Microsoft pas assez fort, pas assez différent ?
En revanche, les sorties simultanées de la GameCube et de la Xbox pourraient être davantage dommageables pour Microsoft. Les deux sociétés ne sont pas censées attirer le même public, mais tout de même, il y aura fatalement une partie de joueurs passionnés et irréductibles, habitués à acheter des consoles régulièrement, qui sera amené à hésiter entre les deux machines. Le prix élevé de la Xbox (299 $ aux USA) par rapport à celui de la GameCube, ainsi que la méfiance du public vis à vis de la marque monopolistique Microsoft, pourraient ici intervenir. Les autres acheteurs potentiels de la Xbox sont les mêmes que ceux susceptibles de se procurer la PlayStation 2. Dans cette catégorie de joueurs, une partie possède déjà la PS2 et aura sans doute du mal à re-débourser une grosse somme pour se procurer une Xbox qui, offre, grosso modo, les mêmes fonctions que la PS2. Ceux qui décideront de revendre leur PS2 au profit de la Xbox seront minoritaires, étant donné l’excellent catalogue de jeux PS2 prévu pour la fin 2001. Ensuite, le public qui ne possède encore ni la PS2, ni la Xbox, devrait logiquement se tourner vers cette première, qui aura certainement baissé de prix pour contrecarrer la seconde, et qui sera soutenu par un catalogue déjà conséquent et un capital confiance hérité de la PS1. Enfin, dernière catégorie de joueurs cibles de la Xbox, les joueurs PC qui en ont assez d’investir sans cesse dans de nouvelles cartes 3D, jamais exploitées au maximum de leur possibilités. A ce niveau, on ne peut pas dire que Microsoft fasse les meilleurs choix pour les attirer : très peu de titres typiquement PC de prévus, aucune interface clavier/souris pour les FPS et jeu en réseau non opérationnel à la sortie. Les joueurs PC, globalement plus que jamais attachés à leur plateforme, la seule qui permette de jouer réellement en réseau à de nombreux titres phares (Counter Strike, Quake III, Diablo 2, Starcraft…), ne verront pas un grand intérêt à migrer vers la Xbox, du moins dans un premier temps. Car le problème est surtout là : la Xbox a un très gros potentiel, c’est certain, mais tous les facteurs que nous venons d’énumérer, feraient tendre la majorité du public à opter pour une position d’attentisme. Peu de gens devraient acheter la Xbox tête baissée dès la sortie de la machine, surtout que les cendres de l’échec Dreamcast sont encore toutes chaudes ! Et comme on le sait, réussir un bon "Day One" est déterminant pour la suite des ventes. D’autant que cette réussite commerciale dépendra également du succès de la Xbox au Japon. Et là, ce n’est pas du tout gagné…
Nous ne souhaitons en aucun cas l’échec de la Xbox, loin de là, car l’existence d’une concurrence forte face à Sony est cruciale pour que le marché ne suffoque pas sous un monopole, mais il est légitime d’être un peu sceptique pour le moment. Une grande interrogation qui évoluera peut-être d’ici la sortie de la console, dans 5 mois maintenant… Ce qui est sûr, c’est qu’avec sa Xbox, symbole de la guerre économique de l’Amérique contre le Japon, le géant de Redmond ne se laissera pas abattre si facilement, et luttera fermement pour s’imposer.
Mais le plus grand combat de Microsoft sera finalement celui de son image de marque, bien moins bonne que celle de Sony ou Nintendo… Tout ceci promet en tous cas de voir arriver de très grands jeux dans chacun des camps, et c’est ce qui est, avant tout, absolument passionnant !