Si l'on synthétise, voilà ce que l'on peut dire de Splinter Cell et de ses trois premiers volets. Prenez un agent très spécial, assisté d'une quantité de gadgets de haute technologie, des environnements toujours sombres, souvent marqués par le modernisme en dépit de la présence de quelques extérieurs et un scénario déshumanisé qui ne touche pas vraiment le joueur. Avec Double Agent, la donne change radicalement. Admettons que vous n'ayez pas suivi les news et que vous ne sachiez pas ce qui vous attend, admettons donc que vous avez volontairement choisi de ne pas prêter attention au buzz médiatique. A la suite de la mort accidentelle de sa fille, Sam Fisher a grand besoin d'action, d'action périlleuse, dans laquelle il pourra s'oublier. Voilà comment on lui offre de travailler en couverture officieuse. Prétendant avoir trahi la NSA et perpétré des crimes honteux, notre héros devenu anti-héros infiltre un groupe de terroristes de façon si profonde qu'il en devient un lui-même, tiraillé entre son devoir, sa morale, son besoin de maintenir la crédibilité de sa couverture et les ordres reçus de ceux qui restent ses véritables maîtres, la NSA.




Une situation qui n'est évidemment pas sans conséquences sur le gameplay, à plusieurs degrés. Recevant des ordres à la fois des "gentils" et des "méchants", il vous appartiendra de faire vos choix, parfois douloureux, mais indispensables au maintien de la confiance placée en vous par le groupe que vous avez infiltré. Ces choix prendront parfois la forme de Directed Moments, une sorte de cinématique interactive. Un exemple concret se déroule lors de vos fréquents passages au quartier général des terroristes (un temps de jeu encore mystérieux). C'est ici qu'à travers une vue subjective, il vous sera demandé d'abattre un prisonnier ligoté et qu'il vous appartiendra de vous exécuter ou pas, alors que face à vous, l'homme se tortille et supplie. Voilà le genre de situation qui apporte à la série l'humanité qui lui a toujours manquée. Et dans la mesure où la chose n'est plus un secret depuis la sortie de Splinter Cell Essentials sur PSP, sachez (spoiler) que Sam sera confronté à un choix bien plus cruel et difficile, celui de tuer ou pas son mentor et ami qui l'accompagne depuis le début, Lambert. Sur la balance du choix, le démantèlement d'un groupe violent d'un côté, la mort d'un ami de l'autre (fin du spoiler). Ceci en gardant en mémoire que c'est bien à vous qu'il appartiendra d'appuyer sur la détente.




Empruntant énormément au cinéma, et notamment à la trilogie méconnue Infernal Affairs, Splinter Cell Double Agent marque déjà un tournant conséquent dans l'ambiance et l'univers du jeu. Le Sam Fisher que l'on a connu est mort et enterré, en deuil de sa fille unique, contraint aux pires atrocités, tiraillé de toutes parts. D'une série où l'humanité se résumait à quelques traits d'humour pas toujours très habiles, on passe au drame le plus complet. Et ce n'est pas le seul revirement auquel on doit s'attendre. L'emprunt au cinéma passera de plus par la présence de scènes d'actions à grand spectacle, notamment le Directed Moment de la chute libre au cours duquel le joueur devra se dépêtrer d'un parachute parti en torche via un jeu d'adresse similaire au crochetage de serrure.