Les joies du multiplateforme demandent parfois des sacrifices, et lorsque l'illustre studio Treasure s'y risque grâce à la toute jeune société de production ESP, c'est l'excellent Silhouette Mirage qui échoue sur les rives de la PlayStation. Après avoir brillé sur la Saturn de Sega, le soft est en effet édité chez Sony, au Japon puis en Amérique du Nord. C'est cette dernière mouture, fruit de la localisation made in Working Designs, qui nous intéresse, car nous allons voir que l'éditeur a pris quelques libertés.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas la version Saturn, Silhouette Mirage nous permet d'incarner Shyna Nera Shyna, une mystérieuse petite fille dont la mission est de sauver le monde d'un terrible désastre expérimental ayant transformé les êtres humains, désormais répartis entre Silhouette et Mirage. Les Silhouette, de couleur bleue, privilégient la force. Les Mirage, de couleur rouge, misent plutôt sur l'intelligence et la ruse. Shyna dispose elle d'un double profil, moitié Silhouette moitié Mirage, lui permettant de s'aventurer au sein du conflit. Guidée par le système d'information télépathique Gehena, notre héroïne a été conçue pour retourner à Edo afin de réinitialiser tous les attributs et de revenir avant l'incident fatidique. Au cours de son périple, celle qui s'annonce comme “Messagère de la Justice” rencontrera de nombreux opposants issus des deux camps, mais aussi quelques alliés. Pourquoi certains l'appellent “Messagère de la Destruction” ? Quel est l'étrange message qui s'affiche à l'écran de Game Over ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles répondra le scénario au fil des rencontres. Egalement disponible en script sur le Web si vous préférez découvrir l'une des versions japonaises du jeu, la traduction de Working Designs reste savoureuse malgré certains choix comme la censure (partielle) des noms bibliques. Les textes sont également relookés au passage par une nouvelle police de caractères stylée informatique, un ajout pas franchement nécessaire qui enlève aux dialogues un peu de leur réalisme.





- Graphismes16/20
La 2D du titre reste solide, mais une fois qu'on a vu la version Saturn, on ne peut plus s'empêcher de voir la différence pendant le premier tiers du jeu. Ces différences affaiblissent principalement l'aspect étonnamment réaliste qui, mélangé au délire du character design et des situations, fait pourtant la force et le style de ''Silhouette Mirage''. À quelque chose malheur est bon puisque les rares ralentissements se font désormais encore plus discrets. Il ne reste plus qu'à savourer joyeusement l'animation, toujours aussi riche en détails, en folies, et en bonnes idées, du plus commun des ennemis au plus imposant des boss !
- Jouabilité17/20
Disons-le, la nouvelle difficulté couplée à la complexité du gameplay ne fait pas de cette version l'idéal pour aborder ''Silhouette Mirage''. Toutefois un joueur aguerri saura apprécier les choix opérés par Working Designs, qui peuvent constituer comme une sorte de nouveau mode à part entière (et qu'on aurait préféré par conséquent optionnel, mais les raisons historiques de ces changements ne le permettaient pas). Dans tous les cas, la marge est encore suffisante pour prendre son pied grâce au système de polarité et aux nombreux boss proposés par Treasure, le péché mignon du studio. Il faut simplement en vouloir !
- Durée de vie15/20
Si l'on accroche à cette mouture particulière du jeu, la durée de vie est très bonne pour un run 'n' gun. Il existe quelques passages multiples, souvent plusieurs façons d'aborder un boss, et il faudra compléter les quatre fins plus le boss secret pour débloquer le Super Core Fighter II ainsi que toutes les options (difficulté, choix du niveau, etc.). On regrette un peu les nombreux écrans de chargement / sauvegarde qui cassent le rythme et facilitent pas mal les choses quand il s'agit de recommencer, mais ce dernier détail a au moins le mérite de compenser les ratés du travail opéré par Working Designs.
- Bande son16/20
Quatre ou cinq boss sont devenus assez lourds, et au moins l'un d'eux – et pas des moindres – est devenu insupportable à cause de la place prise par les voix anglo-saxonnes... C'est d'autant plus dommage que d'autres combats sont sur ce plan très réussis. A l'exception du tutoriel, dont le thème a mystérieusement disparu au profit du premier thème du troisième niveau, les musiques sont restées les mêmes, à savoir toujours aussi efficaces et surprenantes. La mise en scène musicale des deux nouveaux boss est également très bonne, en particulier en ce qui concerne le nouveau boss de fin.
- Scénario15/20
Ecoutez d'ailleurs le nouveau boss final ! Vous en apprendrez un peu plus sur notre mystérieuse héroïne. Au-delà de la censure partielle des références bibliques et de l'américanisation de certains passages (une pratique fréquente et compréhensible lors d'une localisation), la traduction reste savoureuse et profite de tous les registres de langue. Le niveau d'anglais requis pour en profiter est donc un tout petit peu exigeant, mais dans la mesure où l'on n'a pas affaire à un RPG en 4 CD, on peut recourir à un outil de traduction léger pour déchiffrer les quelques mots inhabituels rencontrés çà et là. En lui-même, le scénario de ''Silhouette Mirage'' reste ce qu'il est : une histoire de pouvoirs étonnamment nuancée si on se donne la peine d'y prendre garde, et dans tous les cas agréable à suivre grâce à son humour.
Les débats sur les forums sont tantôt incisifs, tantôt paternalistes. Les tests amateurs ou professionnels sont parfois carrément accusateurs. Victor Ireland, ex-président de Working Designs et fondateur de l'actuel Gaijinworks, a pourtant justifié ses choix difficiles, et Masato Maegawa, le président de Treasure en personne, les a approuvés. L'argument d'autorité ne fait pas tout mais oui, Silhouette Mirage, même sur cette galette PlayStation américaine, reste un très bon jeu. Il convient d'être prévenu à l'avance des avantages et des inconvénients que peuvent certes poser cette version par rapport aux autres, mais c'était là précisément la tâche de notre test. Alors si vous vous êtes laissé convaincre, n'hésitez pas à découvrir un jeu import aussi excellent qu'atypique, que ce soit sur Saturn, sur PlayStation, ou même plus récemment sur le PSN japonais.