A coups de suites, remakes et versions dématérialisées, le mythique studio Treasure entretient depuis quelques années maintenant ses titres phares. Gunstar Heroes et Alien Soldier pour le run 'n' gun, Guardian Heroes pour le beat'em up, Radiant Silvergun et Ikaruga pour le shoot'em up, Sin and Punishment pour le rail shooter... excusez du peu ! La liste n'est toutefois pas exhaustive et parmi les titres plus dispensables ou tout simplement méconnus, Silhouette Mirage est sans doute celui qui profiterait le plus d'un tel traitement. En attendant, notre coup de rétro se porte aujourd'hui sur la version originale japonaise sortie sur Saturn.

L'histoire de Silhouette Mirage, sans être obligatoire pour apprécier le jeu, se révèle de plus en plus riche et complexe sous ses airs enfantins. Après des expérimentations génétiques plutôt glauques, l'humanité se retrouve divisée entre Silhouette et Mirage, deux attributs à la fois complémentaires et opposés : les Silhouette, de couleur bleue, privilégient la force, tandis que les Mirage, de couleur rouge, privilégient l'intelligence. Une guerre infinie a lieu entre chaque attribut depuis l'Armageddon scientifique, et notre personnage, Sinna Neutlarva Sinner, est réveillé pour y mettre un terme. Sinna est une petite fille pleine d'entrain et de malice, douée des deux attributs mais frappée d'amnésie depuis son éveil. Avec l'aide du système informatique Gehenna, elle s'élance vers sa mission sans se poser de question : retourner au système Eden, afin de réinitialiser tous les attributs et revenir avant l'incident qui divisa l'humanité. Dès le début du périple pourtant, la question se posera de savoir si Sinna a raison de se présenter comme “Messagère de la Justice” quand d'autres la connaissent comme “Messagère de la Destruction”. L'intrigue, renforcée par les nombreuses références bibliques, finit par former une parabole étrange, sans dieu ni enseignement bien arrêté. Les différentes fins sont si nuancées et ouvertes qu'aucune ne nous laisse clairement l'impression d'avoir eu une “bonne” ou “mauvaise” fin, même si l'une d'elles sort du lot grâce à un générique exclusif particulièrement touchant. L'histoire mérite donc qu'on s'y attarde, même si elle reste tout à fait appréciable lorsqu'on se contente d'en savourer l'humour et le casting, pour le moins haut en couleur !





- Graphismes18/20
Alors oui, nous sommes en 1997 et les capacités 3D de la Saturn ne sont pas exploitées, mais la belle est au départ conçue pour nous offrir de la 2D, et quelle 2D ! La console de Sega se régale et nous régale grâce à ses nombreuses parallaxes, avec notamment un effet miroir somptueux pendant toute la seconde partie du deuxième niveau. Ce festival d'effets pèse parfois sur une animation déjà énorme au point d'accuser quelques ralentissements, mais l'ensemble reste très solide. Que ce soit à travers les séquences animées, le character design, ou les décors, on savoure de bout en bout ce style unique et bourré de trouvailles.
- Jouabilité18/20
L'idée d'un run 'n' gun aussi méthodique qu'un puzzle-game est tout simplement brillante, encore faut-il savoir en tenir l'équilibre. ''Silhouette Mirage'' s'en sort par une liberté de jeu plus vaste qu'il n'y paraît au premier abord. Il ne s'agit pas d'un run 'n' gun où chaque arme et chaque technique doit absolument être maîtrisée pour en voir le bout comme dans ''Alien Soldier'' par exemple. Ici la variété des armes est plus là pour permettre au joueur de créer sa propre façon de s'amuser, quitte à ce que ce soit un peu artificiel. Après quelques parties, on finit donc par dompter l'impressionnante panoplie d'actions de notre héroïne pour aller défier les nouveaux boss imaginés par le studio. Du délire, du grandiose et du bien retors : du Treasure !
- Durée de vie14/20
Cette progression principalement axée sur les boss rend toutefois l'aventure très facile une fois la découverte passée. L'aspect un-contre-un n'est pas forcément idéal ici car Sinna peut souvent se contenter de se caler d'un côté ou de l'autre sans trop de risques. Fort heureusement, le dernier tiers du jeu redresse la barre et il existe pas mal de moyens pour prolonger le plaisir. Et puisqu'il y a plusieurs fins et plusieurs boss de fin, pourquoi ne pas tout recommencer en inversant dès le début nos profils ?
- Bande son17/20
Il n'y a pas de véritable défaut à cette bande-son. Au pire, vous croiserez trois ou quatre thèmes pas spécialement marquants en eux-mêmes, mais la mise en scène et le contraste parmi les différentes pistes risquent au contraire de vous les remémorer. Au mieux, vous resterez scotché par l'audace musicale du titre, capable de vous sortir les chœurs et les violons pour sublimer le combat contre un boss complètement dingue. La plupart des personnages disposent en plus de petites phrases ou de petits cris leur conférant un minimum de personnalité, tout en respectant les mélodies.
- Scénario15/20
Sans être indispensable au plaisir de jeu, le scénario permet de comprendre le style de ''Silhouette Mirage'' et les belles séquences animées concluant notre aventure. Avec pour héroïne une petite fille aussi enthousiaste que mystérieuse, pour cadre un univers post-apocalyptique mêlant informatique, mutations et références bibliques, il n'est pas étonnant que le soft soit dans un premier temps resté sur l'archipel japonais. Un petit tour par la traduction de la version PlayStation américaine (directement dans le jeu ou retranscrite) risque en revanche d'être nécessaire pour saisir les motivations de chacun.
Silhouette Mirage est un excellent jeu, mais ce qui est le plus bluffant, et un peu dommage, c'est que Treasure ne semble pas en avoir épuisé l'immense potentiel. Le gameplay en apparence confus sur le papier fonctionne pourtant à merveille, et on aurait voulu encore plus de boss gigantesques, de variations parmi les ennemis de base, de ces moments de tension quand on parvient à rivaliser face à un adversaire redoutable. En espérant qu'un jour Treasure ou d'autres se penchent sur ce petit bijou et nous proposent un jeu encore plus éclatant, on ne peut que vous recommander cette première version Saturn.