Chacun de nous doit nécessairement avoir en tête un ou deux jeux jamais terminés dans sa jeunesse, et que, par nostalgie ou volonté farouche, on se décide finalement à compléter. Et avec le recul, on a souvent d'excellentes surprises, comme le démontre ce Bram Stoker's Dracula.

L'œuvre de Abraham Stoker, le mythique Dracula, est probablement celle qui a le plus influencé le cinéma vampirique ou nos jeux vidéo gothiques - nous parlerons ici plus du côté vidéoludique de la chose, mais il aurait été injuste de ne pas accorder à la cinématographie ses qualités indéniables. Entre autres, la série des Castlevania, si on devait la réduire à une chose, serait un vibrant hommage à cet écrivain fantastique du 19ème siècle. Van Helsing, Jonathan Harker, les châteaux de Transylvanie... Avec Dracula et grâce à de longues recherches sur la légende, Bram Stoker forgeait un microcosme glauque à souhait, extrêmement fouillé et mirobolant de détails - on se souviendra évidemment des inventaires gargantuesques des récents Castlevania : Portrait of Ruin et Order of Ecclesia, qui n'ont finalement rien d'étonnant. Bram Stoker's Dracula sur Nes, quant à lui, fait partie d'une série de jeux de plates-formes tous homonymes sortis sur plusieurs supports, de la Megadrive jusqu'en version Super NES en passant par le Gameboy, avec certaines différences selon la puissance de la machine. Sachez donc que la version étudiée ici est quasiment identique à la version Gameboy. Cette dernière est évidemment décolorée et quelques sons y ont été modifiés. Il n'y est cependant pas question de collectionner des glaces au chocolat et des truffes dans un monde de toutes les couleurs, mais de survivre.



- Graphismes17/20
Les jeux d'ombre et de lumière font mouche, particulièrement dans les derniers niveaux. C'est une véritable prouesse graphique, encore appuyée par l'animation incroyablement fluide de Jonathan. Quant à la rigidité de certains monstres, il suffit de s'apercevoir qu'il s'agit de cadavres ou de statues pour tout pardonner.
- Jouabilité16/20
Un bouton pour sauter et un bouton pour frapper, et quelques interactions de base avec le décor. Jonathan est très maniable et on ne pourra regretter que ses sauts d'hippogriffe qui l'envoient hélas trop souvent dans les herses au plafond.
- Durée de vie17/20
C'est partout pareil : soit le soft ne vous arrache aucune pitié et vous n'insisterez pas, soit vous misez tout sur votre fierté de gamer et devrez prévoir suffisamment de café pour tenir toute la nuit (oh, et aussi la nuit suivante, et la nuit suivante...). L'autre motivation, plus tenace, est incarnée par l'espoir de tomber sur les crédits à la fin de chaque niveau, et c'est pour des raisons évidentes de spoil que je ne vous en dévoilerai pas le nombre exact. Si vous jouez sur votre vieille Gameboy, n'oubliez pas non plus de changer les piles...
- Bande son17/20
Parce qu'il vous sera nécessaire de recommencer le jeu un nombre incalculable de fois avant de parvenir ne serait-ce qu'au début du premier acte du dernier niveau, les sordides thèmes cliquetants vont à coup sûr rester imprimés dans votre mémoire. Quant aux bruitages, vous n'en retiendrez que l'horrible râle de Jonathan (particulièrement troublant sur Gameboy)... et c'est bien suffisant.
- Scénario/
Le jeu reprend plus ou moins, et surtout de très loin, la trame des aventures de Jonathan au château de Dracula, mais c'est essentiellement l'ambiance générale, gothique et malfaisante, que l'on appréciera. Vous n'aurez certainement pas peur, mais soyez sûr que vos mains trembleront sur vos commandes et que la tension mènera votre tête au bord de l'explosion.
Si Contra avait fait dans la dentelle et la psychologie, il aurait été Bram Stoker's Dracula. Les lecteurs de l'œuvre originale risquent de déplorer l'absence de véritable trame narrative, mais il leur sera cependant impossible de ne pas en ressentir l'ambiance horrifique. En deux mots : un jeu d'action pure qui tourneboule les méninges. Fascinant.