Après un cinquième volet fort réussi quoique légèrement en retrait sur le plan de l'histoire, Final Fantasy VI devait opérer la synthèse entre narration poussée, rythme irréprochable et richesse du système de jeu pour donner naissance à l'épisode le plus abouti de la saga. Sans surprise, le résultat est largement à la hauteur des ambitions, à tel point que beaucoup d'amateurs voient en ce jeu l'un des plus fabuleux RPG de la période faste Super NES, tandis qu'un certain nombre de fans le considèrent encore aujourd'hui comme le meilleur épisode de l'immense saga de Square. D'autres enfin se contentent de le présenter, excusez du peu, comme la plus grande œuvre que le genre ait produit depuis son émergence. Un culte justifié pour l'un des rares opus de la monumentale saga qui met tout le monde d'accord. Posé sur son piédestal, FFVI resplendit comme au premier jour de son existence...

Dès la séquence d'introduction, un constat s'impose : ce titre se présente comme l'un des plus beaux jamais vus sur Super Nintendo. Scrolling différentiel et Mode 7 réquisitionnés à outrance, niveau de détail impressionnant, textures superbes et variées... Et si tout cela peut paraître bien dépassé à l'heure de la haute définition et du tout-3D, le cachet artistique dont bénéficie FFVI, lui, est intemporel. C'est un univers steampunk/fantasy d'une richesse inouïe qui se dévoile au joueur, tout émerveillé qu'il est de constater, au fur et à mesure du déroulement de l'aventure, le degré de cohérence et d'aboutissement artistique de ce fabuleux monde de pixels. Cela dit, ajouteront peut-être certains fans, c'est d'abord l'histoire, alliée à une progression parfaitement rythmée et une puissance émotionnelle inédite, qui constitue la réussite fondamentale de ce sixième FF. Une histoire qui, par sa profondeur et son intensité dramatique, reste probablement l'une des plus marquantes de la série. Certains pics allant même jusqu'à imprégner à jamais la mémoire du joueur lambda.



Au final, ce sixième opus se dote d'un système de jeu extrêmement efficace et complet, certes légèrement moins ouvert que celui du précédent volet, mais indéniablement plus varié d'un point de vue ludique, et plus jubilatoire aussi. Une grande réussite, FFVI l'est donc également sur ce point. Enfin, au très bref chapitre des regrets, on signalera tout de même une navigation dans les menus pas encore tout à fait optimale, parfois même quelque peu inconfortable, ainsi que des villes un peu trop semblables les unes aux autres. Tout juste de quoi justifier le retrait d'un point à la note générale.
- Graphismes18/20
Techniquement, FFVI reste probablement l'un des jeux les plus aboutis de la génération 16 bits, avec des graphismes particulièrement fins et détaillés pour l'époque. En parallèle, il nous permet de partir à la découverte d'un monde riche et fouillé où chaque ville, chaque donjon est susceptible de provoquer émerveillement et plaisir des yeux. A noter une utilisation remarquable du fameux Mode 7 propre à la SNES, pour un rendu 3D très agréable (notamment lors des phases à dos de Chocobo et en vaisseau). Au final, on se retrouve face à un titre qui a très bien vieilli de ce côté-là et dont le charme est resté intact.
- Jouabilité17/20
Sans être le plus profond ni le plus ouvert de la saga, le système de combat proposé dans FFVI se révèle pourtant être l'un des plus "interactifs" qu'elle ait connus. Qu'il s'agisse du Blitz de Sabin dont l'efficacité repose sur la mémoire et la dextérité, des techniques d'escrime de Cyan qui réclameront patience et endurance, ou encore de la roulette de Setzer dont le succès repose sur la chance et la rapidité, chaque aptitude possède son propre mode de fonctionnement. On signalera l'apparition fugitive d'assauts désespérés qui, tout en restant beaucoup trop rares, préfigurent les fameuses Limites des opus suivants. En somme, un gameplay à l'image du jeu dans son entier : riche, passionnant et équilibré.
- Durée de vie17/20
Bouleversée par un événement-clé à l'impact considérable, l'aventure se divise en deux blocs distincts formant un tout gigantesque. La saga de Square gagne sans aucun doute avec FFVI son épisode le plus long, du moins jusqu'à la sortie du septième du nom. En effet, l'aventure principale ne demandera pas moins d'une grosse quarantaine d'heures avant d'être convenablement pliée (comprenez par là en ayant dûment complété la seconde partie), et le jeu recèle évidemment quantité de quêtes secondaires, toutes plus captivantes les unes que les autres et dont certaines sont agréablement scénarisées.
- Bande son19/20
Nobuo Uematsu au sommet de son art ? Sans aller jusque-là, puisque tout est affaire de goûts et de ressenti, on peut cependant affirmer que l'OST de ce volet transcende allègrement ce à quoi nous avions l'habitude dans la plupart des jeux de rôle de l'époque. Épique, bouleversante, tout simplement géniale, la musique du jeu n'est pas près d'être délogée de la mémoire de n'importe quel joueur un tant soit peu réceptif au style. Ayant rendu honneur, je l'espère, à la bande-son du jeu au travers d'un paragraphe entier, je terminerai sur ce point en soulignant la fusion parfaite opérée par les concepteurs entre l'image et le son. Du grand art.
- Scénario18/20
Square renoue ici avec la puissance dramatique et symbolique de FFIV. Non content de nous placer au beau milieu d'un univers des plus fascinants, ce titre nous embarque dans l'une des intrigues les plus prenantes jamais imaginées dans un RPG. Nombreux et charismatiques, les protagonistes plongent en même temps que nous au cœur d'un récit à la fois fabuleux et technologique, truffé de châteaux mécaniques, de vestiges enchantés et autres édifices métalliques. Un scénario aux allures de fresque théâtrale, parsemée de scènes comiques et de grands moments tragiques. Au final, il n'est pas une émotion que Final Fantasy VI ne nous fasse ressentir.
Sans doute le RPG console le plus apprécié de sa génération en compagnie de Chrono Trigger, Final Fantasy VI s'avère incontestablement un joyau absolu du genre. Parfaitement équilibré, grandiose sur le plan de l'intrigue et doté d'une réalisation graphique et sonore au sommet, il réunit tous les ingrédients qui font d'un jeu, une œuvre culte et intemporelle. Dense, grandiose et excellemment menée, l'histoire apparaît peut-être comme la qualité essentielle du titre, mais ce sont aussi une aventure longue, une atmosphère exceptionnelle ainsi qu'un gameplay particulièrement riche et varié qui font sa réussite. On aura beau tergiverser, c'est bel et bien cet épisode qui, en conjuguant excellence ludique, artistique et scénaristique, élève définitivement le nom de Final Fantasy au rang de chef-d'œuvre. Intouchable et indépassable.