J'ai compris. La nuit tombée, quelques stagiaires de Sega visitent les armoires à pharmacie et les gardes-mangers du coin. Munis de vues infrarouges et de caméras, ils entrouvrent légèrement ces enceintes nébuleuses. Un univers récréatif se dévoile à leurs yeux avertis. La substance la plus totalement indolente que l'on puisse imaginer, la gélatine, se désolidarise en centaines de morceaux, qu'elle sépare en quatre équipes peinturlurées de couleurs primaires, va chercher la chaine hi-fi la plus proche, et fait un concours de base-jump sans parachute. Sega le documentariste n'a donc rien inventé avec Puyo Pop Fever !

Malgré la description précise du concept rédigée par "Puyo Pop" Killy en 2004 lors de la naissance du premier versant Fever, celui qui se demande encore si cet intitulé hispanisant n'est pas celui d'un tube estival d' il y a quelques années mérite un nouveau résumé. Héritier plus vraisemblable de Columms et Bust A Move que de Tetris, Puyo Pop est un puzzle-game limpide. Affronté à un ou plusieurs rivaux, vous avez la charge de boules de 4 couleurs différentes qui chutent par lot de 2, 3 ou 4 dans le sens vertical. Vous devez joindre au moins quatre de ces éléments de même couleur pour créer ce qu'on appellera une série, et qui s'éliminera alors d'elle-même. La faillite advient quand votre cadre de jeu, ou celui de l'un des adversaires, est bouché et ne peut plus recevoir de Puyos (les boules en questions). Pour accélérer cette indigestion, chaque participant doit aligner les séries le plus vivement possible ou, mieux, réussir en un seul placement un combo de plusieurs séries. Cette possibilité ne doit rien au hasard et demande de construire son jeu, d'éviter de placer chaque nouveau Puyo sur la première série à disposition. Avec ces quelques préceptes, le joueur endiguera non seulement tout débordement, mais il entravera surtout ses adversaires en déclenchant des jets de Puyos casse-pieds dans leurs cadres. Ces Puyos-là ne connaissent pas la règle des séries, et bloquent toute construction. En multipliant les envois de Puyos casse-pieds ou en réussissant des combos, le jeu de son adversaire se couvre de strates blanches, comme de nouveaux planchers, qui marquent une victoire proche. Pour abattre ces dramatiques remparts, il faut multiplier des séries en contact avec les Puyos blancs, lesquels disparaîtront avec elles. Voilà pour le concept du Puyo Pop original, passons à l'explication de la mécanique de fièvre, ou Fever. Si vous atteignez un cran limite de séries dûment exécutées, votre cadre de jeu bascule dans une séquence très courte. Des Puyos y sont déjà doctement arrangés pour créer une réaction en chaîne de séries. Il vous faut trouver le placement parfait, celui qui amorcera cette chaîne. Et vous êtes prié de le faire rapidement : c'est timé et d'autres arrangements de puyos vous attendent dés que vous avez réussi ou rompu une chaîne. Le volume de Puyos blancs que l'on peut propulser chez son opposant dans le cas d'une séquence fiévreuse soignée est tel que cette mécanique va de pair avec la victoire.


- Graphismes12/20
Les menus pétillent et ne connaissent pas la sobriété. Constamment hauts en couleurs, les personnages comme les illustrations d'arrière-plan font vivre une direction artistique indéniablement sympathique. Les Puyos ont la physionomie de boules de gélatine, c'est l'essentiel. Mais pourquoi avoir gardé la disposition des cadres de jeu sur un seul écran ? C'est cruel pour nos pupilles, et généreux pour nos opticiens.
- Jouabilité10/20
Vive le multijoueurs. C'est à la force d'un mode autorisant 8 participants et un seul possesseur de la carte à se faire des crasses que Puyo Pop Fever propose de la nouveauté. Car la face solo du titre en est totalement dénuée, et ne fait que recycler de l'inusité, comme cela est expliqué dans la case juste en dessous.
- Durée de vie8/20
Le nombre de modes de jeu ne renvoie pas la durée de vie concrète du titre. Oubliez les sections débutants et normaux du mode principal, obsolètes en une petite heure. Le Puyo Pop original n'a strictement aucun intérêt : poubelle. Les modes défis et Fever ne sont que des entraînements masqués : idem. Reste donc le multijoueur, encore lui, seul à pourvoir en émotions l'amateur comme le fan.
- Bande son12/20
Dans les menus comme pendant les parties, votre DS vous sortira ses plus nerveux gazouillis, entrecoupés d'exclamations vocales d'un optimisme révulsant. Bon, ça bave pas mal et on ne supporte pas ça en continue plus d'une demi-heure, mais son application sur le design kawaii et le gameplay sous pression est forcément pertinente.
- Scénario/
Le puzzle game, particulièrement sur DS, a évolué très rapidement cette dernière année mais la gélatine de Puyo Pop Fever reste collée sur place. Deux ans après l'apport des séquences Fever, et sur une machine propice à l'innovation, Sega n'est pas capable d'offrir la moindre variation ludique par rapport aux précédents ouvrages, si ce n'est un agréable mode multijoueurs en wi-fi. Ce manque de générosité et de remise en question après les passages de Tetris DS et Meteos est inacceptable. La gélatine ne prend pas.