Faisant partie de la dernière fournée de RPG sortis au Japon avant la disparition violente de la Super Nes, Tales Of Phantasia est donc l'un de ces titres majeurs qui donnent une dernière image lumineuse d'une console en fin de vie. Associé au sublime et inégalé Star Ocean, tout du moins dans le domaine de la 2D, le titre de Namco fut un ambassadeur de choix pour la firme qui démontra tout son potentiel dans la création d'univers riches et particulièrement attachants. Ce n'est de fait pas pour rien que cet ancêtre des Tales Of fut une première fois adapté sur PSone agrémenté d'une scène d'ouverture animée, puis inséré dans une valeureuse GBA qui ne demandait que ça. C'est donc trois ans après la version japonaise que la légende s'inscrit enfin chez nous. L'attente en valait-elle le coup ? Yggdrasil connaît la réponse.

Alors que nombre de RPG tentent aujourd'hui de se démarquer par l'utilisation de thèmes, d'approches artistiques ou de schémas ludiques originaux, Tales Of Phantasia nous rappelle ce qu'était ce genre dans ses fastes années, lorsqu'il composait une part non négligeable de l'actualité vidéoludique. En effet, nous voici face à une aventure éminemment épique, dépaysante, mystique et auréolée d'une fin du monde menaçant le jeune héros telle une épée de Damoclès ardente. Nommé Cless Alvein, cet épéiste juvénile vit dans son bon village de Toltus, entouré de ses parents aimants et de son ami Chester. Un environnement on ne peut plus idyllique qui prend fin brutalement lors d'une banale partie de chasse. Alors que les deux compères traquent le sanglier dans les bois attenant à leur hameau champêtre, ils entendent soudain le son lugubre de la cloche signalant un grave problème de sécurité. Cavalant fougueusement vers leurs demeures respectives, les deux garçons seront les témoins d'un bain de sang inhumain dans lequel leurs proches vont être massacrés sans aucune pitié. Ivres de vengeance, ces fiers guerriers mettront tout en oeuvre pour retrouver les coupables et les tuer de leurs propres mains. Mais ce n'est bien entendu que le déclenchement d'une histoire qui va rapidement impliquer un être surpuissant du nom de Dhaos, résolu à punir le genre humain de l'avoir tenu enfermé durant des siècles. Comme vous pouvez vous en rendre compte, la trame résolument classique de Tales Of Phantasia accumule les situations déjà vues, les clichés les plus éventés, et les caricatures de personnages habituelles, mais s'inscrit parfaitement dans ce que l'on entend d'un RPG old-school. Car même si l'on a l'impression de ne jamais sortir de ses habitudes de RPGiste, on prend un plaisir coupable à suivre ce scénario manichéen jusqu'au bout des ongles, mais suffisamment symbolique et assumé pour convaincre. Vous vous laisserez donc sûrement capturer par ce récit quasi mythologique, bien à l'aise dans un déroulement doux, ménageant habilement des retournements de situation assez ingénieux.



- Graphismes16/20
Arborant une 2D toujours aussi charmeuse malgré ses nombreuses années d'existence, Tales Of Phantasia soutient largement la comparaison avec des productions bien plus récentes dédiées à la GBA directement. Véritable festival de couleurs, bardé de panoramas enchanteurs et de lieux oniriques, le soft de Namco est un appel diffus à la contemplation. Rares sont les RPG de l'époque Super Nintendo à diffuser une telle ambiance. De plus, le character design s'avère particulièrement inspiré, offrant aux jolis sprites un attrait sans pareil.
- Jouabilité11/20
Entendons-nous bien. Autant le système de combat en lui-même, libre, accessible et diffusant un plaisir intense s'avère réussi dans les grandes lignes, autant la lourdeur des assauts, le côté poussif des attaques et la gestion des sorts ternissent grandement ce tableau idyllique. Bien plus équilibré, le fond du jeu regorge d'idées sympathiques et donne l'occasion de découvrir les bases de nombreuses possibilités encore d'actualité dans la saga. De plus, le fait de "concevoir" soi-même ses enchaînements reste un atout indéniable.
- Durée de vie15/20
Conservant les données de l'époque, le jeu s'étale sur une quarantaine d'heures environ, en vous proposant moult quêtes annexes et chemins de traverse. Reposant sur une construction habituelle en deux parties, permettant de réinjecter de l'intérêt en milieu d'aventure, le titre se montre également assez double sur son fonctionnement. En effet, alors que l'on commence à faire confiance en ses compétences, on est constamment surpris par la difficulté globale. Vous passerez de fait de nombreuses heures à faire du level-up, passage obligé pour se sentir à peu près à l'aise dans l'aventure.
- Bande son14/20
S'il est vrai que la majeure partie des compositions de l'immense Sakuraba passe plutôt bien, ce dernier changeant d'ailleurs de style assez radicalement selon les territoires visités, on peut regretter les sonorités utilisées, sonnant un peu trop "roots" pour l'époque. Il est dommage de ne pas avoir profité de cette transposition sur GBA pour améliorer un tant soit peu la qualité sonore des mélodies. Quand on entend les B.O de Sword Of Mana ou de Chain Of Memories on ne peut être que déçu.
- Scénario14/20
Dramatiquement classique mais pétri de bonnes intentions, le scénario de Tales Of Phantasia permet de partir sans trop de complexes pour des heures et des heures de marche guerrière dans des pays et des lieux oniriques, gorgés de légendes. Car c'est cela la grande force du soft de Namco, faire rêver sans se prendre la tête, raconter une histoire simple comme un conte mais tout aussi attachante. Néanmoins, attendez-vous à de nombreux rebondissements et à des scènes plutôt tragiques.
Malgré son statut de jeu culte et de légende du RPG, Tales Of Phantasia souffre quelque peu de son portage sur GBA, démontrant au grand jour ses problèmes de rythme et de construction. Offrant des combats intéressants dans le concept mais minés par un côté poussif flagrant, le soft ne peut pas vraiment se rattraper sur la longueur et souffre de cet écueil. Toutefois, de par sa beauté plastique, son aspect épique, et surtout son ambiance incomparable, ce RPG mythique peut se targuer d'attirer les regards sur lui. A vous de choisir si votre âme de vagabond s'avère suffisamment grande.