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Le Parrain : Edition du Don
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Profil de Logan
L'avis de Logan
MP
Journaliste jeuxvideo.com
24 mars 2006 à 18:00:00
13/20

Lecteurs Jeuxvideo.com
L'avis des lecteurs (146)
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16.7/20
Test Le Parrain

Le Parrain : Edition du Don : Utiliser l'environnement

45 955 vues

Adapter une oeuvre cinématographique, qui plus est culte, revient à marcher sur un fil tendu au dessus du vide. Soucieux de préserver une certaine intégrité vis-à-vis du film d'origine, le développement doit également mettre en exergue une utilisation du matériau de base pour que le joueur participe au déroulement de l'histoire. Un défi a priori insoluble qu'Electronic Arts a tenté de relever grâce à son premier GTA-like qui s'offre pour la peine le chef-d'oeuvre de Francis Ford Coppola, Le Parrain.

Le Parrain

EA a beau être un mastodonte du jeu vidéo, son incursion dans le GTA-like est une première pour lui. De fait, les nombreuses maladresses rencontrées dans l'adaptation vidéoludique du Parrain pourront être excusables, surtout si ces dernières ne prennent pas le dessus en laissant le plaisir de la découverte loin derrière. Ce terrifiant postulat de départ voudrait donc dire que Le Parrain ne vaut pas tripette face à des séries comme True Crime, GTA ou dans un autre style, Mafia ? Non, non et encore non. En fait, le résultat final a de quoi surprendre, dans le bon sens du terme, car si on sent bien que les équipes de développement n'ont pas pu aller au bout de leurs idées (par manque de temps j'imagine), le jeu se pare d'une réalisation qui tient la route, supportée il est vrai par un univers d'une densité visuelle et narratrice à nulle autre pareille. Cependant, le premier écueil qu'on pourra lancer à l'encontre de cette adaptation tient au paradoxe voulant que le joueur participe pleinement aux événements du film sans jamais pouvoir influer sur l'issue de ces derniers. Ceci nous ramène à cette fameuse fidélité scénaristique mais on a tout de même le droit d'être légèrement déçu. Maintenant, la question est complexe, surtout quand on voit ce qu'EA avait réalisé avec l'adaptation de Bons Baisers De Russie qui incluait des scènes inédites au film sans que cela soit d'un quelconque intérêt, du moins pour le cinéphile averti.

Le Parrain
Visez les membres des ennemis pour que ces derniers lâchent leurs flingues.
Quoi qu'il en soit, le pitch de départ nous fait endosser la défroque d'un jeune homme qui va devoir évoluer au sein de la famille Corleone. Son but ? Progresser dans les sphères du pouvoir, éliminer les familles rivales et devenir le roi de New York à l'image d'un certain Christopher Walken. D'entrée de jeu, Electronic Arts recycle des idées issues de ses précédents titres. Ainsi, avant de débuter l'aventure, vous pourrez créer un avatar de A à Z en modifiant sa coupe de cheveux, l'épaisseur de ses lèvres, sa couleur de peau, l'inclinaison de ses sourcils, etc. L'éditeur de personnage se montre très puissant et offre un éventail de possibilités quasi infinies. En parallèle de cette création, vous pourrez également acheter différents vêtements et accessoires (pantalons, gilets, chemises, chapeaux, lunettes....) avec l'argent récolté dans le jeu. Malheureusement, on constate ici que le titre a ses limites car s'il est possible de se vêtir en plein jeu dans GTA ou True Crime, Le Parrain ne propose cette possibilité qu'une fois sorti du jeu. L'immersion en prend un coup, d'autant que le choix de vêtements est limité et ce malgré des costumes éclectiques. Mais l'heure n'est pas à l'apitoiement car voici que se profile déjà votre premier contrat.

Le Parrain
La gamme de véhicules est peu étendue mais ceci est davantage lié à l'époque qu'à autre chose.
Placé sous la protection d'un proche collaborateur de Don Corleone, vous allez devoir faire vos armes dans le monde impitoyable de la pègre new-yorkaise des années 50. Vos premiers jobs seront autant de moyens de se faire la main avec le gameplay puis viendra par la suite une visite en règle de votre terrain de jeu. La leçon la plus importante dans ce milieu est que quand on travaille pour la famille Corleone il ne faut jamais avoir peur de se mouiller et de prendre des coups. Avoir la main mise sur une cité tentaculaire requiert des sacrifices et un coup de poing dans la figure est parfois aussi efficace qu'une bonne poignée de main remplie de liasses de billets. Tu veux qu'un commerçant te reconnaisse du premier coup d'oeil ? Alors laisse-lui un souvenir indélébile lorsque tu iras le voir. Les flics te collent aux basques ? Trouve-en un plus véreux que les autres et fais en sorte qu'il ferme les yeux sur les agissements de la smala Leone pendant quelque temps. De manipulation en manipulation, vous allez donc devoir gagner le respect de vos concitoyens qui vous verseront chaque semaine une somme d'argent. Les moyens sont nombreux pour obtenir cette rente hebdomadaire qui représentera d'ailleurs la majorité de vos objectifs annexes pouvant être effectués entre chaque mission obligatoire.

Le Parrain
Une fois que vous aurez empoigné un ennemi, vous pourrez effectuer plusieurs actions.
De fait, si on retrouve bien tous les personnages de la trilogie, remarquablement modélisés soit-dit en passant, ainsi que les scènes mythiques des films (qui a parlé de tête de cheval ?), une multitude de missions supplémentaires viendront se greffer au récit pour rallonger une durée de vie qui devrait s'étaler sur une quarantaine d'heures pour trois fins différentes. Ces objectifs optionnels sont d'ailleurs assez variés pour ce type de jeu puisqu'on y trouve de l'extorsion de fonds, du braquage de banques, du pillage d'entrepôts, etc. Ainsi, on est agréablement surpris de voir que le jeu n'est pas si bourrin que ça, nonobstant la violence intrinsèque qui se caractérise par des mises à mort agressives. Ainsi, ne perdez pas de vue que chaque quartier est contrôlé par une des cinq familles que sont les Corleone, Tattaglia, Stracci, Cuneo et Barzini. Les tripots, bordels, ou commerces seront tous sous la protection d'un de ces groupes, ce qui vous obligera à les affronter si vous voulez vous accaparer une échoppe. A ce sujet, les moyens de faire du "gringue" aux commerçants se résument à deux choses. Bien que chaque extorsion débute par une cinématique (un dialogue où chaque mot de votre part sonne comme une menace), vous aurez ensuite le choix de démolir le commerce d'un pauvre travailleur ou de le tabasser afin qu'il cède à vos avances. Néanmoins, faites attention à ne pas aller trop loin auquel cas votre pauvre victime se retournera contre vous et ne voudra plus vous payer. Bien que cette persuasion soit délicieuse, on est tout de même un peu déçu que les destructions de commerces se limitent le plus souvent à la démolition de deux ou trois objets. Une fois que vous aurez pris le contrôle d'une boutique, vous pourrez vérifier qu'elle ne cache pas un business illégal qui pourra vous rapporter un bon paquet de fric. Cependant, pour profiter de cette manne providentielle, vous devrez auparavant en découdre avec des escouades de mafieux.

Le Parrain
La création de votre avatar vous permet toutes les excentricités.
En parallèle de ces petites visites de courtoisie, rien ne vous empêchera de graisser la patte aux flics pour qu'ils ferment plus ou moins longtemps les yeux sur vos agissements (en fonction du grade du policier), ce qui pourra vous éviter de finir en prison. A ce propos, s'il est logique que votre jauge de surveillance monte dès qu'on pique un véhicule en pleine rue ou qu'on plombe un pauvre passant, ça l'est beaucoup moins lorsqu'on décide d'éliminer quelqu'un dans sa propre planque. Quoi qu'il en soit, contrôlez de près vos niveaux de surveillance, tout comme l'état de Vendetta propre à chaque famille qui augmentera rapidement si vous vous en prenez trop souvent à une même fratrie. Enfin, si vous vous en sentez le courage, les braquages de banques ou les vols de camions (transportant généralement de la marchandise de contrebande) seront souvent synonymes de rentrées d'argent frais. Une autre possibilité vous demandera d'aller voir vos supérieurs qui vous offriront des contrats rapportant un maximum de pépettes s'ils sont effectués en respectant quelques conditions.

Le Parrain
Si vous cherchez un peu, certains marchands vous vendront des armes plus puissantes sous le manteau.
Si vous vous y prenez correctement, vous gagnerez alors en respect et obtiendrez des points d'expérience qui vous serviront à améliorer vos caractéristiques de combat, tir, d'état... Si vous en ressortirez plus résistant ou plus rapide, vous acquerrez aussi de nouveaux coups lorsque vous vous battrez à mains nues. Par contre, notez que le tout se fera automatiquement sachant que pour votre part, vous n'aurez qu'à utiliser les gâchettes pour agripper votre adversaire ainsi que le stick droit pour aligner les coups. Comme vous l'aurez sûrement deviné, ce système provient en grande partie de Fight Night qui contre toute attente s'intègre très bien au jeu, surtout lors des phases de persuasion où vous devrez gérer vos coups pour ne pas dépasser une certaine limite de tolérance. En fonction des armes à disposition (fusil à pompe, pistolet, batte de base-ball...), vous pourrez réaliser des exécutions une fois que votre ennemi sera au bout du rouleau et en marge de ces rixes sanglantes, EA s'est même permis d'intégrer quelques phases de furtivité. Une fois de plus, ça reste très basique mais ça apporte de la diversité à un jeu qui, au final, n'en manque pas.

Le Parrain
Faites attention à bien vous protéger lors des gunfights si vous voulez éviter un aller simple à l'hopital.
En définitive, Le Parrain est un bon petit jeu qui aurait peut-être dû afficher de plus grandes ambitions pour faire face à la concurrence. Pourtant il serait dommage de bouder notre plaisir, d'autant que passés quelques problèmes de caméra, la jouabilité est d'un bon niveau. Les missions sont variées et se partagent entre des phases de tir, de combat, de conduite et plus on avance dans le titre, plus on adhère à l'ambiance du Parrain fort bien restituée malgré une modélisation du New York des années 50 parfois décevante ou un clipping omniprésent. On regrettera quand même les incessants retours à la maison du Don qui cassent le rythme de la progression, l'IA vacillante des ennemis (surtout lors des séquences de poursuites contre les flics), le faible nombre de véhicules à piloter (l'un dans l'autre, c'est un peu une question d'époque) ou l'impossibilité de changer de vêtements en pleine partie. Au delà de ça, les pérégrinations dans les rues de la grosse pomme donnent parfois le vertige ainsi qu'un sentiment de puissance inavoué qui évoluera suivant vos actions. Au final, l'incursion d'EA dans l'univers des GTA-like est réussie bien que critiquable et naïve par bien des aspects. On espère donc que la société poursuivra dans cette voie en donnant un peu de plus de temps à ses artistes pour un résultat exempt de défauts. Les douilles sont dans votre camp messieurs.

Les notes
  • Graphismes 13 /20

    La modélisation de New York est assez réussie mais on attendait beaucoup plus de EA, d'autant qu'on constate énormément de clipping avec des bâtiments s'affichant par blocs entiers ou des voitures qui apparaissent au dernier moment comme par magie. Ce sont au final les effets spéciaux qui se taillent la part du lion (avec entre autres des explosions splendides) et si les visages des personnages sont criants de réalisme, leurs animations laissent à désirer.

  • Jouabilité 14 /20

    Le système de la Main noire, inspiré de Fight Night, est réjouissant, les phases de tir et de combats sont agréables (et surtout plus maniables pour peu qu'on améliore ses caractéristiques) tout comme celles de conduite. L'IA des adversaires aurait pu être meilleure et on reprochera au jeu de trop nombreux retours à la propriété des Corleone, l'impossibilité de se vêtir en pleine partie, une mini-carte peu visible ou bien encore le fait que notre jauge de surveillance augmente même si des actions illégales sont réalisées à l'abri des regards indiscrets.

  • Durée de vie 15 /20

    Difficile à dire, surtout si vous prenez votre pied avec les nombreuses missions annexes qui gravitent autour des objectifs obligatoires faisant avancer l'histoire. Dans tous les cas, votre but est d'éliminer toutes les familles rivales, de gravir les échelons de la hiérarchie, ce qui vous demandera une forte implication. Bref, vous en aurez pour votre argent d'autant que la diversité des missions est appréciable.

  • Bande son 16 /20

    L'ambiance musicale est exquise avec des musiques d'époque tranchant radicalement avec ce qu'on entend d'habitude dans ce genre de jeu. Les bruitages réussissent parfaitement à retranscrire les années 30 et le doublage français a bénéficié énormément de soin sachant que certains passants sont doublés par des professionnels. La composition du doubleur (entendu dans plusieurs séries et films) qui se charge de notre personnage est malheureusement un peu trop monocorde et effacée, quelques problèmes de mixage sont présents mais à part ça, la réalisation sonore mérite toutes nos félicitations.

  • Scénario 14 /20

    Le scénario suit scrupuleusement celui des films mais on regrette qu'on ne puisse pas vraiment influer sur l'histoire, réduits que nous sommes à un "simple" exécutant. Pour autant, Electronic Arts ne s'en tire pas trop mal et n'a a priori omis aucune scène culte attendue par les fans.

Malgré le désintérêt de Francis Ford Coppola, ce Parrain de pixels est loin d'être mauvais. D'une utilisation plus ou moins habile du scénario à une variété de missions plutôt surprenante en passant par un gameplay qui ne souffre pas de gros problèmes, Electronic Arts nous offre un jeu réussi qui se montre parfois bancal et décevant. L'ambition affichée n'est pas toujours à la hauteur mais la délicieuse ambiance du New York des années 50 couplée à quelques bonnes idées suffiront à vous convaincre du bien-fondé de cette adaptation. On attend donc de voir si EA réitérera l'expérience mais pour un premier essai dans l'univers du GTA-like, la réalisation est soignée et le plaisir de la découverte est au rendez-vous. Ne reste plus qu'à épingler une rose à votre smoking et à faire un peu de business. La Famille vous le rendra au centuple.

Note de la rédaction

13
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