Il était une fois, dans le pays de la simulation automobile, un légendaire chevalier nommé GT4. Fier de ses attributions et de sa gloire immortelle, il réglait les principaux problèmes du royaume sans demander ne serait-ce qu'un denier, jusqu'au jour où il comprit que cela n'allait pas l'aider à assurer sa retraite. A partir de ce jour, il proposa ses services contre paiement et s'enrichit à la hauteur du souverain de ces lieux. Noble, prompt et digne d'éloges, ce héros au grand coeur bordé d'or ne semblait pas pouvoir être renversé. C'est alors que surgit de la nuit, non un cavalier, mais le palefrenier Enthusia qui décida de son propre chef qu'il ne tenait qu'à lui de défier le grand héraut sur ses acquis. S'en suivit une lutte tout autant acharnée qu'amicale. Mais il fallait bien un vainqueur. Comme quoi, la loi du plus fort est encore d'actualité...

Tout d'abord, Enthusia c'est un sigle, que dis-je, une appellation. Beaucoup d'entre vous sont d'ailleurs restés, je pense, en légère interrogation devant ces trois lettres : VGS. Désignant le Virtual Gravity System, ces dernières sont un peu le fer de lance de la carrière rêvée du soft de Konami. En fait, ce principe "révolutionnaire" est en fait la prise en compte de la portance de la voiture et de l'influence de la gravité sur son châssis. De ce fait, et grâce à l'apparition de petites flèches sur la gauche ou la droite de votre véhicule, associé à un indicateur donnant à voir les pressions exercées sur les quatre côtés de ce dernier et par extension sur les roues, vous pourrez gérer efficacement les transferts de masse, et donc appréhender au mieux la réaction à venir. Très instructif une fois que l'on en saisit l'ensemble des subtilités, le VGS fournit un sérieux avantage lors de courses misant grandement sur l'enchaînement de virages serrés et de courbes meurtrières. De plus, et en adéquation avec le poids assez conséquent des voitures présentes, ce système appose un réalisme de très bonne augure et un gameplay privilégiant la finesse. En effet, alors que le passage en force se révèle souvent payant dans GT4, il ne sera ici question que de freinages réfléchis, de prises de risques minimales et d'un certain sérieux dans l'appréhension du circuit. Enthusia amène donc ce petit côté "précis" dont manquait le soft de Polyphony Digital, sans toutefois proposer des variations de conduite aussi élevées que dans celui-ci. Dans le même ordre d'idée, on peut regretter, dans un titre se désignant en tant que simulation, l'absence de réglages un tant soit peu précis. Vous n'aurez le droit ici que de gérer l'appui aérodynamique de manière assez grossière, ou encore la disposition des roues par exemple. Une carence de possibilités pas spécifiquement dommageable, mais qui retire le côté exhaustif de GT4. Effectivement, le public visé par ces deux simulations trouvera une grande partie de sa joie future dans les réglages proposés et les influences plus qu'importantes et calculées que ces derniers peuvent fournir à une automobile. Un double langage donc, déclamé par un Enthusia parvenant à mêler pourtant avec intelligence simulation et plaisir de conduire. Bien que certains modèles aient tendance à survirer un tant soit peu suivant le revêtement, on peut dire sans crainte que le pilotage décrit ici est l'un des plus incisif et sévère qu'il nous ait été donné de voir dans le monde des 128 bits. La moindre incartade vous obligera à valser sans ménagement dans des barres métalliques ou du sable brûlant et se soldera soit par une pénalité tout simplement de vitesse de pointe dans le mode "course libre", soit par une diminution des "points enthusia". Mais qu'est-ce donc que cela ? Allez-vous me dire.



- Graphismes14/20
Malgré la beauté générale du soft et la finesse des modèles de voitures, tant au niveau de la gestion des équipements que du niveau de détail, on ne peut s'empêcher de montrer du doigt l'aliasing terriblement présent et une certaine fadeur des teintes employées. D'autre part, l'impression de vitesse reste assez succincte et n'aide pas vraiment à l'immersion. Pour finir, il faut tout de même noter la réussite de l'habillage global du soft, qui se démarque de fait d'une concurrence souvent peu portée sur ce genre de détail.
- Jouabilité14/20
Un peu moins "rentre dedans" que son compère GT4, Enthusia privilégie une approche intelligente de la conduite, mettant en exergue le freinage et l'appréhension des courbes, ce que semblent bien avoir retenus vos concurrents, particulièrement féroces et instruits de notions de compétition de qualité. Pourtant, et ce malgré le système très intéressant baptisé VGS, il vous faudra lutter contre la lourdeur un peu trop prononcée de certains modèles de voiture, et surtout leur tendance au survirage. Enfin, Enthusia a le mérite d'apporter une façon de progresser originale.
- Durée de vie15/20
Face à l'ensemble des courses présentes et à la possibilité de faire évoluer en entier le parc automobile à votre disposition, vous pouvez déjà tabler sur de nombreuses heures d'acharnement à parcourir le bitume. Néanmoins, le manque de modes multijoueurs digne d'un réel intérêt et le peu de choix présent dans le menu principal ne manqueront pas de faire apparaître les traces de la lassitude.
- Bande son11/20
Pétrie de compositions musicales peu engageantes et donnant lieu à une glorification du synthétiseur spécial années 80, la bande sonore est de très loin inférieur à celle de GT4, ou encore de Midnight Club 3 si on aime le style. Les moteurs et autres bruits environnants quant à eux, se révèlent potables sans chercher forcément un réalisme forcené.
- Scénario/
Enthusia, se voulant le renouveau du jeu de course dans le coeur et l'esprit de tous les joueurs ne parvient pas réellement à convaincre, malgré le nombre de bonnes idées assez imposant. Relativement beau, précis et parfois intransigeant, et imaginatif, le titre de Konami n'échappe pourtant pas à des écueils récurrents, à savoir un aliasing très présent, un fond intéressant mais trop friable, ou encore une absence d'intérêt à long terme. Dommage. Toutefois, Konami étonne dans le bon sens pour un premier essai. Pas encore prêt petit scarabée.