Proteus, une promenade enchantée ?

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Le par de jeuxvideo.com

Proteus, une promenade enchantée ?Comment décider quel jeu mérite un test et quel jeu n'en mérite pas ? Et, plus problématique encore, comment savoir quand on se retrouve bien face à un jeu, et non plus à une expérience artistique originale ou complètement perchée voire hermétique, selon les avis ? Cette frontière est ténue, et c'est encore une fois le problème qui s'est posé en découvrant Proteus, un titre qui vient de fleurir sur Steam, et qui peut en tout cas directement se poser sur la case ovni.

 

Réajustement mental

Proteus, une promenade enchantée ?Car ce titre indépendant, créé par deux types nommés Ed Key et David Kanaga, m'a simplement donné la possibilité d'explorer une île générée aléatoirement, au fil des saisons, représentées par des journées et des nuits. Le temps défile, et je marche entre les arbres, je m'amuse à faire fuir des oiseaux en les poursuivant, je tente de courir entre les feuilles qui tombent, j'effraie des crabes et j'escalade des collines. Puis-je faire d'autres choses ? Non, pas vraiment. J'ai bien essayé de péter un arbre, en m'inspirant de Minecraft, pour construire un abri, mais ce n'est pas possible, et de toute façon, aucune créature ne me pourchassera la nuit pour me faire la peau. Non, je découvre que je peux simplement m'asseoir en appuyant sur la touche Espace, ce qui ne sert pas à grand-chose, à part à se rapprocher du plancher des vaches, inexistantes, elles aussi, ou de voir des fleurs en pixels, à peine texturées, de plus près.

 

Proteus, une promenade enchantée ?C'est là que je me décide : si je veux apprécier le jeu, il va falloir que je me détache de ce que je connais déjà. Je ne suis visiblement pas là avec un but précis (tuer du zombie, découvrir une base nucléaire cachée à l'intérieur de l'île, poser de la dynamite sur les pierres tombales avant de me barrer en hélico), c'est donc le casque vissé sur la tête et l'esprit immergé dans Proteus que je pourrai vraiment profiter de l'expérience, plutôt qu'en me laissant influencer par les soupirs exaspérés de certains de mes collègues penchés au-dessus de mon épaule. Immergeons-nous donc, puisque c'est bien pour ça que ces deux développeurs ont créé leur « jeu ». Je batifole, je poursuis les grenouilles, j'erre tranquillement, de pâquerette en taupinière, et je vois que le temps passe, puisque le soleil se déplace dans le ciel... Y a-t-il des choses à comprendre, une philosophie derrière tout ça, ou un obscur scénario qui donnerait du sens à ce monde simple et serein ? Eh bien non, ou, en tout cas, rien qui ne saute aux yeux, comme dans un Dear Esther. On se promène, encore et encore, de gros nuages se forment parfois et apportent la pluie, qui s'enfuit ensuite pour laisser place à l'été et sa chaleur étouffante, notamment symbolisée par un voile blanchâtre un peu cheap, quand vous regardez le soleil.

 

Si rien ne s'affiche après plusieurs secondes d'attente :

Plaisir éphémère ou exploration de longue haleine ?

Proteus, une promenade enchantée ?Parfois, quand le temps se gâte au fil des saisons, vous en viendrez naturellement à tenter d'échapper à une chape de brouillard ou de nuages en escaladant une petite montagne, pour enfin apercevoir le ciel. Vous ne serez pas non plus à l'abri d'une petite expérience psychédélique de-ci de-là, ou d'une ou plusieurs apparitions quasi fantomatiques, mais pas du tout flippantes. Et à chaque fois, en fonction de ces petites expériences insignifiantes, mais immersives, la musique se modifiera d'autant, en apportant quelques sons supplémentaires à une gamme s'étoffant d'ailleurs au fur et à mesure. Le son et la musique guident parfois vos pas, ce qui ajoute sans doute à cette atmosphère que l'on pourra trouver prenante. Et ensuite, l'hiver arrive, puis se termine, clôturant une aventure pourtant à peine commencée. Certains n'auront alors de cesse de faire générer de nouvelles îles pour tenter de découvrir quelques nouveaux secrets, apparaissant à des endroits précis du lieu, à certains moments. D'autres, comme moi, n'y retourneront jamais.

 

Proteus, une promenade enchantée ?Car oui, tout est encore une fois dans le subjectif. J'ai passé une bonne heure sur Proteus, mais je sais que je ne retournerai sans doute jamais dans ses îles, aussi différentes soient-elles les unes des autres. L'expérience fut prenante, sympathique, mais je n'oserais pourtant pas conseiller l'achat de ce jeu qui n'en est pas un (mais un peu quand même, selon les dires de l'un de ses développeurs, dans un article très intéressant), surtout pour 10 euros. Pourtant, c'est bien la même rédactrice qui a mis 18 à Journey, malgré sa durée de vie rachitique et son prix identique. Mais Journey nous offrait un carcan magnifique au design travaillé, un personnage auquel s'identifier, un voyage au but ultime bien dessiné...

 

Proteus, une promenade enchantée ?Rassurez-vous, vous aurez quand même tout à fait le droit d'être touché par cette expérience proposée dans Proteus, d'y retourner autant de fois que vous le souhaitez, et de vanter ses nombreuses qualités à vos amis. Reste que, comme le dit si bien Mike Rose chez Gamasutra, il n'est pas plus honteux de dire qu'on n'en a rien retiré, ou que ce gameplay qu'on peut juger inexistant nous a rebutés, malgré ce statut de « titre indépendant forcément trop tendance, super intellectuel et donc inattaquable ». Et on peut aussi être entre les deux, comme moi, et finir par se demander si on n'aurait pas tiré autant de plaisir d'une simple balade en forêt, même pas forcément placée sur une île. Ceci dit, je n'y aurais a priori jamais croisé de champignons sautillants et chantants.

 

Si rien ne s'affiche après plusieurs secondes d'attente :

Lena

 

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