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"Il n'y a pas d'addiction aux jeux vidéo" dit un psychanalyste

  • "Il n'y a pas d'addiction aux jeux vidéo" dit un psychanalysteLe psychanalyste Yann Leroux l'affirme : il n'y a pas d'addiction aux jeux vidéo. Il développe à ce sujet un argumentaire particulièrement intéressant dans une interview accordée à internetactu.net. Revenant sur les origines du concept d'addiction au virtuel il en pointe les erreurs de méthodologie et parle également de la façon dont le jeu est encore perçu de nos jours, de son association erronée à la jeunesse et explique surtout qu'il n'y a pas plus de phénomène d'addiction au sens strict qu'avec n'importe quelle autre passion. Ne niant pas pour autant l'observation de comportements extrêmes de fuite du réel, Yann Leroux considère qu'il ne faut pas alors chercher à savoir pourquoi la personne développe une addiction au jeu mais pourquoi elle s'enferme dans une activité chronophage, quelle qu'elle soit, en chercher les causes extérieures. Yann Leroux n'oublie pas non de préciser que la prétendue addiction au jeu vidéo ne doit pas être confondue avec l'addiction au jeu d'argent en ligne. Il n'hésite par ailleurs pas à sortir la grosse artillerie en matière d'analogie, extraits :

     

    «L'idée d'addiction sans drogue s'est développée dans la "psychosphère"[...]. Mais l'idée que l'addiction puisse s'appliquer à l'usage d'objets qui ne sont pas des drogues (comme le travail ou le jogging...) pose un lourd problème, car toute passion peut alors être pathologisée, que vous fassiez du radiomodélisme ou que vous passiez votre temps à jouer aux échecs ou à lire... On débouche très vite sur des positions paradoxales, voire intenables, comme celles de Marc Valleur et Jean-Claude Matysiak auteurs des Nouvelles formes d'addiction. Une femme battue pourrait avoir une addiction à la violence ! On voit qu'on dépasse là des limites que notre profession ne devrait pas franchir. Une femme battue est victime de la violence de son conjoint, point ! Quelqu'un qui passe 12 heures à travailler n'est pas dépendant de son travail, mais d'un système qui le maltraite. S'il travaille plus qu'il ne le souhaiterait, ce n'est pas la faute de son travail, mais du fait qu'une partie de sa vie (sa place dans l'entreprise par exemple) est en jeu.»

    «Les très gros joueurs qui jouent jusqu'à quatre heures par soir, dès qu'ils trouvent un boulot, passent jour et nuit à travailler... L'écran n'est pas la drogue, puisqu'on peut lui substituer autre chose.»

    «Une des critiques récurrentes des jeux qui a donné naissance à la notion d'addiction est le temps qu'on y passe[...]. Mais il n'y a pas que les jeux vidéo qui procurent des plaisirs. On peut passer des heures à jouer aux échecs ou à un jeu de plateau et à ne pas être content quand il faut s'arrêter. Les stimulations qu'apportent les jeux vidéo sont des aides à penser. Ce ne sont pas des excitations vaines, dont on ne sait rien[...]. Je fais le pari qu'à force de rejouer le débarquement de Normandie, on se pose des questions sur la guerre, à force de devenir expert en armes, on va se demander ce qui nous fascine chez elle.»

    Difficile de proposer un bref résumé de l'interview sans tomber dans les raccourcis trompeurs, aussi conseillons-nous à chacun d'aller la lire en personne, que l'on soit joueur ou pas, on y apprendra des choses. Il faudra juste intégrer quelques mots barbares comme "processus cognitif" ou "Roland Barthes". C'est un coup à prendre.

     

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