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Topic Liberté d'expression

Sujet : Liberté d'expression

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Mc-Kinley5
Mc-Kinley5
MP
20 juin 2015 à 05:46:30

Ah, cette fameuse « haine » qui permet de censurer tout propos qui dérange. Le problème, c'est que c'est exactement le prétexte qui est aujourd'hui invoqué dans la majorité des pays « occidentaux » pour justifier la censure tout en paraissant préserver la liberté d'expression afin de se donner bonne conscience. Et c'est d'autant plus aisé que la « haine » est quelque chose de subjectif et donc d'impossible à définir. Si tel propos est considéré comme choquant par tel groupe, il suffira à ce dernier de dire que son auteur est motivé par la « haine » pour le faire condamner. Evidemment, le résultat de cette poursuite dépendra du pouvoir et de l'influence dudit groupe sur la société, et tous les groupes n'ont pas le même pouvoir et la même influence.

J'irai même plus loin en disant qu'il ne peut y avoir de réelle liberté d'expression sans droit d'exprimer sa « haine », puisque toute opinion bien tranchée ira forcément à l'encontre des sentiments d'une partie de la population et sera interprétée par elle, à juste titre ou non, comme une manifestation de « haine » à son égard. La liberté d'expression n'a de sens qui si elle permet justement l'expression d'opinions considérées comme choquantes ou dangereuses par la société. C'est la définition même du concept de liberté d'expression : si on ne peut tenir que des propos avec lesquels les autres sont d'accord ou qui les laissent indifférents, alors la question de la liberté d'expression ne se pose pas. Il ne viendrait en effet à l'idée de personne de dire à quelqu’un « Nous sommes tout à fait d'accord avec ce que vous dites, et nous allons nous battre jusqu’au bout pour que vous ayez le droit de le dire, au cas où des gens schizophrènes qui sont également d’accord avec vous voudraient vous empêcher de parler. » Les seuls cas où on peut moralement condamner des propos sont ceux où ils engagement directement la sécurité d’une personne ou d’un groupe de personnes clairement défini : à savoir la diffamation nominative (accuser une personne ou un groupe clairement défini de faits délictueux ou criminels sans apporter de preuves) et l’appel ouvert et direct à la violence (et je précise bien « appel » et non « incitation », ce dernier mot étant également une escroquerie puisqu’il présuppose que tout propos , même lorsqu’il est tenu sans aucune arrière-pensée négative et de manière totalement objective, peut-être interprété par autrui comme étant un appel à la violence – or, si on est responsable de ce que l’on dit, on est en rien responsable de ce que les autres comprennent de ce que l’on dit).

Cette hystérie de la lutte anti-« haine » va même plus loin, puisqu’elle va jusqu’à dire que tout propos considéré comme « inacceptable » ne relève pas de l’opinion, mais du délit. Or qu’est qu’une opinion ? C’est, d’après le dictionnaire de l’Académie française, une « idée, croyance, conviction d’ordre moral, religieux ou politique propre à un individu ou à un groupe ». Par conséquent, la définition d’une opinion est objective, elle ne relève pas des prérogatives du pouvoir ou d’un quelconque groupe de pression. Une opinion peut être considérée comme souhaitable et bénéfique ou au contraire comme détestable et dangereuse, mais dans tous les cas elle est et reste une opinion, et il n’appartient à personne de lui retirer cette qualité. Or c’est ce précisément ce qui se passe avec les lois « anti-racistes » et plus généralement « anti-discriminatoires ». Cette dialectique relève d’ailleurs du plus parfait sophisme, puisqu’elle permet à un état de dire que, chez lui, le délit d’opinion n’existe pas. Effectivement, dans sa perception à lui, le délit d’opinion n’existe pas, puisqu’il a décrété que tout propos choquant n’était pas une opinion. C’est une gigantesque hypocrisie qui permet à un état répressif de se défiler en n’ayant pas à assumer son caractère liberticide, puisque celui-ci « n’existe pas ». La République populaire de Chine et la République populaire démocratique de Corée n’agissent pas autrement : chez eux non plus le délit d’opinion n’ « existe pas », et la liberté d’expression y est garantie.

En bref, on ne peut pas se réclamer de la liberté d’expression et interdire l’expression de la « haine », puisque c’est alors laisser la porte ouverte à l’arbitraire le plus pur, étant donné que cette « haine » est parfaitement indéfinissable et sera d’ailleurs définie différemment selon le pouvoir en place ou les groupes concernés (et c’est celui qui a le plus d’influence qui parviendra à imposer SA vision de la « haine »), et pourra être appliqué à loisir à tout propos dérangeant, y compris lorsque celui-ci n’est motivé par aucune arrière-pensée spécifique. Vous le dites d’ailleurs vous-même à la fin de votre article « Ne me demandez pas comment ils pouvaient déterminer quels sites étaient haineux, mais l’intention d’en interdire l’accès sur des ordinateurs publics était certainement louable. »
Or non, ce n’est pas « louable », car nous voilà revenus au fait du prince : c’est l’état, le juge, le lobby, l’association qui décide, selon son humeur du moment, si vous avez le droit ou non de tenir tel propos. Et comme seule justificatif dans le cas d’une interdiction, il suffit de ressortir la bonne vieille « haine », réelle ou supposée, véhiculée par ce propos.

Voilà pourquoi, lorsque vous dites « Tout le monde est pour la liberté d’expression, surtout lorsqu’il s’agit de la sienne. Nous sommes surtout en faveur de cette liberté tant qu’elle n’exprime pas ce que nous ne voulons pas entendre ou parfois, ce que nous ne voulons pas que les autres entendent. En fin de compte, notre appui à la liberté d’expression demeure bien extensible et opportuniste. « , vous vous mettez vous-même dans la catégorie des opportunistes avec le paragraphe suivant, puisque ce que vous estimez être de la « haine » ne sera pas perçue comme telle par quelqu’un d’autre, et vice-versa. Que la liberté d’expression ne soit pas une licence à la diffamation, c’est vrai (à condition de prouver de manière absolument irréfutable qu’on a effectivement et délibérément diffamé) , au mensonge, c’est vrai (à condition de prouver de manière absolument irréfutable qu’on a effectivement et délibérément menti ) mais à la « haine », c’est faux, puisqu’à supposer même que la « haine » soit, pour une raison ou une autre, un sentiment répréhensible, l’impossibilité qu’il y a à lui donner une définition claire et précise permet de l’invoquer à tout bout de champ chaque fois qu’une opinion considérée comme choquante ou dangereuse se fait entendre, ce qui, de fait, met un terme au concept de liberté d’expression, en le soumettant à l’arbitraire et aux désidérata du pouvoir sous toutes ses formes.

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