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Sujet : Plouf.

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_Fluttershy_
_Fluttershy_
MP
06 août 2017 à 12:49:50

Y.-R. Zames.

Bleu. J'ai l'impression que c'est la première fois que j'apprécie ce monochrome à sa juste valeur. Cet immense tableau qui décore fièrement notre assemblée. Je viens probablement en ces lieux pour la dernière fois. Quoique ? Que vont-t-ils devenir, maintenant ? Une sorte de musée, peut-être ? Alors j'y reviendrai sans doute. Mais aujourd'hui n'en demeure pas moins la dernière fois que les 59 se réunissent. Nous sommes au complet, ce matin. Il faut dire, c'est le jour ou jamais... Ah, voilà Maurice qui commence son discours. Quel pingouin.

Dire que l'information a été révélée il y a moins de 36 heures. Un séisme. Il faut dire que c'était devenu le symbole de notre mouvement. Pire, tout le monde ne nous connaissait plus que sous le nom de « Burkhonistes ». Comme si l'entier de notre idéologie se réduisait à cela. Quoique, même dans nos rangs... Pourtant, tout ceci ne devrait rien changer. Mais ça changea tout. Enfin, tout... Dans la pratique, ça ne changera pas grand chose, dirons les mauvaises langues. Cela fait 21 ans que ce droit de veto humain n'a plus été ne serait-ce que sollicité. Depuis la fameuse affaire. L'unique défaillance d'Ethim...

C'était l'époque où les robots n'étaient pas encore suffisants pour nous passer du capitalisme. Ethim était encore jeune, quelques années seulement, mais déjà de magnifiques prouesses à son actif. À l'époque, nous avions encore un vrai nom. Les sceptiques. De vieux cons conservateurs, comme on nous appelait. J'étais le plus jeune des vieux cons, avec mes 17 ans. Et puis l'affaire Burkhon défraya la chronique. Du nom de l'homme qu'Ethim déclara inapte à l'exercice de tout pouvoir politique. D'habitude, les raisons invoquées étaient claires et facilement vérifiables. Elles pointaient en général du doigt des faits permettant de remonter à des preuves concrètes et flagrantes. Mais dans le cas de sieur Burkhon, le rapport de la machine paraissait aussi laborieux que fantaisiste. Les habitudes alimentaires, les goûts vestimentaires et tout un tas d'autres détails impertinents semblaient révéler par de surprenantes et incompréhensibles corrélations que le malheureux candidat était un mauvais garçon. Bien sûr, le veto humain avait été sollicité. Mais avant qu'il ne soit voté, le pauvre Burkhon avait préféré se retirer. La campagne des Ethimistes avait été si virulente... Moi non plus, je n'aurais pas voulu siéger dans un climat de méfiance pareille...

Après, la machine ne connut que des succès. Sa fiabilité fut de plus en plus reconnue et acceptée. Ses compétences furent étendues. Elle n'était plus chargée de filtrer les candidats responsables d'écrire les lois. Ethim écrivait directement les lois. Nous gardions simplement un droit de veto. Pour le cas où la machine connaîtrait une nouvelle défaillance. Mais nous ne l'aurons jamais utilisé depuis. Dans les faits, nous ne servons plus à rien depuis quatre lustres. Mais par tradition, nous siégions encore. Quelque part, c'était un loisir comme un autre. Cette déco est assez sympa, il faut l'avouer. Quoique le tableau est peut-être un peu trop bleu.

Et voilà, 21 ans après l'affaire, nous apprenons que la machine ne s'était jamais trompée. Burkhon était corrompu. Son marc de café l'avait trahi, mais seul Ethim avait été capable de lire dedans, apparemment.

La réaction du parti fut imminente. Dès l'aube, nous nous retrouvions en assemblée extraordinaire, tout les onze. Maurice commença le tour de table. Pour lui c'était évident, le parti était mort, et il ne nous restait plus qu'à essayer de nous retirer de la manière la plus digne possible, en admettant notre défaite. Même son de cloche chez Sandra. Nous nous sommes trompés, Ethim est tellement infaillible que le veto humain ne peut qu'être un obstacle à la justice. Conneries. Enfin, oui, Ethim est peut-être infaillible. Mais... Pour moi, ce n'était pas ça, l'essence de notre mouvement. Pedro et Cassandra se contentaient d'approuver les deux précédents. Peut-être m'étais-je trompé de parti. Vraiment, l'affaire Burkhon était votre unique raison d'être ici ? Apparemment, c'était le cas également pour Joanna. Vint mon tour de parler. Je n'arrivais pas à mettre les mots. Il faut dire, ma position n'était pas très rationnelle... Elle était plutôt... Instinctive ? Je me sentais bien seul. Agacé et comme oppressé, je bafouillai et trébuchai mes phrases dans un râle confus. Je savais qu'une telle bouille verbale ne convaincrait personne. Mais au moins, j'avais parlé. Ma voisine de gauche me glissa un « merci » à la fin de ma laborieuse tirade. Irrité, je posai un agressif regard sur elle. Mais à ma surprise, elle n'avait pas l'air ironique. Cela se confirma quand elle prit la parole. Elle était d'accord avec moi. J'ai parfois tendance à oublier que c'est difficile d'assumer ses positions quand on se sent isolé. Il faut dire que j'ai une faculté naturelle à avoir des positions singulières. À défaut de mieux, et aussi maladroits en fussent ses mots, ma grand gueule aura au moins soulagé Sofia, lui facilitant l'expression de son opinion. Et puis, je me sentais un chouïa moins seul. Le tour de table continua, révélant que nous étions peut-être même quatre. Mais quatre sur onze, c'était loin du compte.

Non, non ce n'est pas trop bleu. C'est très bleu, mais c'est pile ce qu'il fallait. Ah, Maurice a fini de signer notre défaite. J'imagine qu'on va voter notre dissolution dans la foulée. Tiens, non. Un membre du parti Prudence veut prendre la parole... Je ne pensais même plus à eux. Après tout, peut-être que parmi eux certains ne sont pas devenu Ethimiste pour autant. Enfin, quand bien même l'intégralité de leur groupe défendrait le maintien de cette assemblée, cela ne suffirait pas. Nous ne sommes plus que quatre vrai sceptiques. Et à vingt-cinq, nous somme bien en dessous de la majorité. Tiens, c'est Madame Coevarria ? Ah. Je vois. Elle veut sans doute savourer sa victoire. Après tout, Ethim est un peu son bébé. Fichtre. À 48 ans, elle a encore un certain charme, je dois dire. Même ses cheveux déjà grisonnant participe à sa subtilité unique. Son charme... Juste à cause de ça je n'ai jamais réussi à la haïr, même quand j'ignorais ses positions. J'aurais tant voulu la détester, elle qui a pratiquement inventé Ethim. Mais il y a tant de sagesse dans ses positions. Assez incroyable que celle qui milite au sein de Prudence. Je crois qu'il me faut l'admettre, je lui voue, sinon un culte, une sincère admiration. Oh, et ce fessier. Absolument délicieux. Bien large, bien fourni, bien magnifique. Elle prend son temps pour monter à cette estrade. Comme si elle voulait nous faire profiter du spectacle plus longtemps. Qu'est-ce que vous nous réservez ? Qu'est-ce que vous ressentez aujourd'hui ? Votre bébé vient de se révéler infaillible. De la fierté ? Pourtant, je vous vois mal vous lancer dans un discours jubilatoire. Je vous imaginais le triomphe plus modeste. Surtout que vous n'étiez même pas Ethimiste, après tout. Alors quoi ? Ah. Enfin vous semblez prête. Écoutons.

« Chers tous, le jour que nous vivons est, je l'espère, historique. Néanmoins, faisons les choses dans les règles de l'art. Après tout, nous parlons de dissoudre cette assemblée. C'est pourquoi, afin que chacun puisse s'exprimer librement, j'invoque la disposition bunker. »

Un lourd murmure parcourt l'assemblée, témoignant de l'onde de choc qui vient de la parcourir.

« Putain mais c'est qui cette conne qui vient nous faire chier ? »

Cela venait de mon voisin de gauche. Pourtant un Ethimiste. Mais un con avant tout... Ne même pas foutu de reconnaître sa propre reine-mère.

« La disposition bunker, c'est quoi ? »

Un con à gauche, un incompétent à droite. Enfin, c'est vrai que moi-même, j'avais oublié jusqu'à l'existence de cette clause, permettant de nous isoler de toute intelligence artificielle. Qu'est-ce qui vous prend, Madame Coevarria ?

« Mais... Madame... Il faut le concours d'au moins deux députés pour invoquer cette disposition. »

Sérieusement ? Le président de l'assemblée ose répondre ça à Madame Coevarria ? Quel toupet. Comme si la moitié de la salle n'allait pas la suivre, ne serait-ce que par respect pour elle...

« N'y a-t-il donc personne dans cette assemblée qui voudrait se joindre à moi pour cette demande ? »

Allez, levez la main, tous les Ethimistes. Par reconnaissance pour la mère de votre enfant prodige. Allez. Vous attendez quoi, putain ? J'ai passé ma vie à critiquer sa création, je ne veux pas lui faire l'affront d'être un des seuls à lever la main.

« Eh bien, désolé Madame Coevarria, mais... »

Bande de cons.

« Euh... Oui, Monsieur Zames ? »

Bah à ton avis, crétin ? Tu crois que je lève la main pour m'étirer ?

« Je soutiens la demande de Madame Coevarria. Je pense que c'est le moins qu'on puisse lui accorder. »

Ouais, ouais, faites « Oh... » tant que vous voulez. Abrutis. Tiens c'était un sourire, ça ? Madame Coevarria m'a souri. Qui l'eût cru... Allez, hop hop hop, on se met en branle. C'est bien... Je n'ai plus vu ce bunker depuis la visite inaugurale des lieux, il y a 22 ans. J'étais le plus jeune de l'assemblée en ce temps là. À 17 ans. J'ai l'impression de ne pas avoir tant changé que ça depuis. Bien sûr, j'ai beaucoup gagné en calme et en maturité. Mais je veux dire, les bases de ma façon de penser étaient déjà là, bien ancrées. Tiens ? Dans mes souvenirs, c'était moins étroit. Alors, asseyons-nous là. C'est bien là. Je n'aime pas être trop central. C'est quand même un peu sombre ici. Ce tableau a toujours été là ? Rouge. Décidément, ce peintre n'était pas très inspiré pour ses titres. Et puis il est quand même nettement moins réussi que Bleu. Ah, là voilà qui arrive. Et toujours ces fesses... Mamma mia ! Ah, si elle savait.... Elle serait fort déçue de ces pensées déplacées. Elle qui est tellement davantage qu'une simple et magnifique paire de fesses. Pardon... Mais je vous jure que ça ne m'empêche pas de vous apprécier et respecter pour votre esprit. D'ailleurs, je vous promets d'écouter attentivement tout ce que vous direz. Cela dusse-t-il durer la matinée. Ah, écoutons.

« J'ai essayé de préparer un discours bref et concis. Mais j'ai lamentablement échoué. Ce que je tenais à vous dire était trop important. Alors je me devais de le dire du mieux que je pouvais. Et il m'est apparu que le mieux à faire était de tout vous raconter. Orgueilleusement, j'espérais que la plupart m'écouterait par respect pour ma personne. À défaut, j'espère que les 57 autres m'écouteront par devoir. »

Elle m'a encore souri. Madame Coevarria m'a souri deux fois aujourd'hui !

« Accrochez-vous, ce sera long. Je tenais à commencer par une petite nouvelle idiote, d'un auteur inconnu et remontant à 2016. »

Putain, son humour est absolument génial. Elle se fout royalement de notre gueule, en fait. Magique.

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