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Sujet : FanFic "Rédemption"

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LogriderV2
LogriderV2
MP
02 juillet 2019 à 18:32:31

Bonjour,

Je suis un ancien du forum "Fallout 3" sur lequel j'avais déjà posté une Fanfic il y a de ça une dizaine d'années. (Elle a du courir de 2009 à 2011, il me semble).

En parallèle, (défi d'une amie), j'avais entamé l'écriture d'une Fanfiction dans l'univers de Pokémon. Celle-ci n'a jamais été terminée et il ne me reste pas grand chose de ce qu'elle a pu être sur mon ordinateur...

Je souhaiterais donc vous proposer de la (re)découvrir 10 ans plus tard, sur ce forum, plus récent et actif.
Bien que mon histoire prenne très majoritairement place dans l'univers Kantoh, j'espère que ce début de dystopie inspiré par la première génération ainsi que le premier film de la franchise saura accrocher votre curiosité et, pourquoi pas, m'amènera à terminer ce petit projet avec vous.

Ce bon vieux Logrider, que vous n'avez jamais connu, renfile les gants. A voir s'il les gardera longtemps aux poings.

Je vous présente donc le premier chapitre de ma Fanfiction dystopico/apocalyptique intitulée "Rédemption".

LogriderV2
LogriderV2
MP
02 juillet 2019 à 18:32:58

Chapitre 1 :

Retombées

Jadielle a changé de visage, tout comme moi. Il devient difficile de se remémorer le temps où de jeunes dresseurs s’engagaient sur la route vers le nord en rêvant du jour où ils partiraient vers l’ouest. Cela fait bien longtemps que le Plateau Indigo n’attire plus personne.

Aujourd’hui Jadielle est sale, Jadielle est laide. C’est encore plus triste à voir les soirs de pluie. Des milliers de gouttes d’eau venaient claquer contre mon feutre et mon long manteau tous deux trempaient. Ici, les dresseurs ne combattaient plus pour le prestige de la victoire, mais pour acquérir les pokémons de l’autre par la force. Comme ce type, là, derrière moi. Il me suivait depuis que la forêt de Jade quittée un quart d’heure plus tôt. Il marchait à la même vitesse que moi, s’arrêtait quand je m’arrêtais, attendant patiemment le bon moment pour frapper. Je n’allais pas lui laisser ce plaisir.

- « Qu’est ce que tu me veux ? » Lui lançai-je en me retournant à peine.
- « Devine. » Répondit-il simplement.
- « Ca ? » Dis-je en détachant une pokéball de ma ceinture.
- « Ca. » Laissa-t-il tomber.

Je me retournai finalement pour faire face à celui qui en voulait à mes pokémons. Il était plutôt grand mais mince, et semblait avoir trouvé ses vêtements dans une poubelle.

- « Je te le donne si tu arrives à le battre. » Dis-je calmement.

Il ne se fit pas prier. A peine lui avais-je lancé ce défi qu’il lança une pokéball. Apparut alors devant moi un Nidorino au pelage terne. Enervé et agressif, il ne devait avoir reçu d’autre entrainement que celui des coups de son maitre pour l’enrager. Je ne pus contenir une moue de dégout rien qu’à l’idée de ce que ce pauvre pokémon avait pu subir des mains de cet homme.

Je lançai à mon tour la pokéball que je tenais déjà en main. La silhouette argentée qui en sortit dut paraitre bien familière à ce frêle Nidorino. Elle partageait avec lui un nombre non négligeable de points communs, mais plus massive, plus puissante, plus… évoluée. Les traits de mon Nidoking se dessinèrent rapidement.

Celui qui se voulait à présent mon apposant laissa paraitre un léger mouvement de recul, mais ne se démonta pas totalement pour autant.

- « Nodorino ! Attaque koud'korn ! » ordonna-t-il.

Le Nidorino gratta le sol puis poussa un cri avant de s’élancer furieusement dans notre direction.

- « Nidoking ! Attrape sa corne et frappe-atlas ! »

Nidoking attendit que son adversaire soit à portée. Au moment opportun, il esquiva sur la droite, saisit la corne du Nidorino puis profita de son élan pour pivoter et lancer le pokémon droit devant lui. Le Nidorino frappa le sol boueux, puis roula plusieurs fois sur lui-même, sonné.

- « Relève toi ! Attaque koud'korn encore ! » Insista l’ordure alors que les pattes de son pokémon tremblaient déjà sous son propre poids.

- « Nidoking finis le ! Empal’korn ! » Répliquai-je.

Le choc fut violent, non seulement pour le Nidorino, mais aussi et surtout pour son maitre qui le reçut très violemment en pleine poitrine. Ils chutèrent tous deux en arrière dans la boue grasse formée par la pluie qui tombait toujours.

Le dresseur finit par se relever péniblement, mais le pokémon, lui, n’était plus en état.

- « Reviens ! » Siffla-t-il, énervé. Je rappelai également mon pokémon. « On va essayer autre chose ! » Menaça-t-il.

Il sortit d’une de ses poches un cran d’arrêt avant de se jeter sur moi. Le sol trempé de boue, la douleur et la colère ne rendaient pas ses gestes très adroits. Je n’eus pour le métriser qu’à imiter mon Nidoking. J’attendis qu’il arrive à ma hauteur pour lui saisir la main qui tenait le couteau, puis pivotai pour le laisser s’écrouler plus loin. Je ne comptais pas en rester là et me hâtai de poser le pied sur son poigné avant de m’emparai de la lame encore dangereuse, surtout entre les mains d’une personne qui ne sait pas s’en servir.

- « Confisquée… » Dis-je, moqueur, avant de ranger la lame. « Allez, moi aussi j’essaye autre chose. »

Je m’accroupis pour le saisir fermement par le col de son tee-shirt. En plus du tissu de son vêtement, mais doigts s’étaient également quelque peu… agrippés à sa chair, lui arrachant un râle sourd.

- « Pourquoi moi, et de la part de qui ? » Demandai-je.
- « J’ai besoin de personne pour me dire ce que j’ai à faire… »
- « Evidemment… »

Je lui décochai un direct du droit en pleine figure. Je sentis son nez se briser sous mon poing.

- « Réponds. »
- « Va te faire enculer ! »

Mon poing le frappa à nouveau, à deux reprises. Les dents qu’il perdit laissèrent voie libre à son sang pour couler. Ce type ne semblait pas encore comprendre que je ne jouais pas avec lui, et que j’attendais réellement une réponse. Je le lâchai pour le laisser cracher le sang qui s’accumulait dans sa bouche.

- « Pourquoi tu crois que je fais tout ça ? » Soupira-t-il finalement, la voix cassée par la douleur. « Pour les mêmes raisons que tout le monde ici. Mewtwo… »

Mewtwo… ce pokémon légendaire créé artificiellement depuis l’ADN de Mew. Tout ce qui avait pu arriver de mauvais sur ce continent, chaque larme versée, chaque douleur ressentie, lui seul en était responsable. Des scientifiques lui avaient donné la vie, ainsi que des pouvoirs psychiques inimaginables. Ils avaient joué à Dieu, et s’étonnèrent de finir brûlés par leur propre création. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Une interrogation était alors née dans l’esprit de Mewtwo : « Pourquoi suis-je ici ? Quelle est ma destiné ? » Interrogation qui tourna à l’obsession, et qui finit par le dévorer. La folie s’insinua peu à peu dans son esprit, et Mewtwo finit par haïr du plus profond de son âme tout ce qu’il ne parvenait pas à comprendre. Son mépris envers l’être humain, qui l’avait condamné à vivre à l’état d’objet de création, n’en finissait plus d’alimenter sa colère. Il était né dans l’ombre et la faiblesse, il voulait vivre dans la lumière et la puissance. La lumière du feu. Personne n’ignorait cette histoire…

- « Connerie ! » M’emportai-je en sortant de ma torpeur. « Mewtwo a disparu depuis des années ! »
- « Mewtwo a disparu ! Pas ses idées ! D’autres ont repris le flambeau pour marcher dans ses pas. Il y a toujours quelqu’un pour tirer les ficelles ! Et un jour il reviendra… Mewtwo… il nous félicitera pour ce qu’on a fait pour lui ! »
- « Et qu’est ce que vous faîtes pour lui ? Voler des pokémons ? Pourquoi ? Les tuer ? »
- « T’es fort... mais tu sais rien. » Répondit-il, un faible sourire découvrant les dents qui lui restait. »

Le monde ne tournait plus rond, ce n’était pas chose difficile à comprendre. Mais à cet instant, où je posais mon regard sur ce type allongé dans la boue. Je voyais la folie naitre dans ses yeux, et pas n’importe quelle folie. Celle-là même qui avait déjà eu raison de l’esprit de Mewtwo… l’esprit le plus puissance que la Terre n’ait jamais porté.

J’aurais cru que sa disparition allait apaiser le monde, mais l’effet se révélait tout à fait inverse. Avec les années, il était en train de passer d’Histoire à croyance, de légende à Divinité…

Malgré cette succession de décors pathétiques plantés sur tout le continent, je n’avais pas pris conscience de la réelle tournure des évènements. Il fallait absolument enrailler cette machine perverse, il fallait la stopper. Ce temps que j’avais laissé filer, espérant le retour au calme, ce temps m’apparut comme un manque, un terrible gâchis.

Le point de non-retour avait peut-être déjà été atteint.

Yveljk9
Yveljk9
MP
02 juillet 2019 à 18:59:49

J'adore. :ok:

Dark-moze
Dark-moze
MP
03 juillet 2019 à 00:36:14

Je ne m'y attendais pas mais c'est vraiment excellent. Bien décrit, avec un concept intéressant et des dialogues bien amenait.

J'attend impatiemment la suite de cette histoire qui s'annonce plus que prometteur.

Galywat17
Galywat17
MP
03 juillet 2019 à 10:04:09

Le 03 juillet 2019 à 00:36:14 Dark-moze a écrit :
Je ne m'y attendais pas mais c'est vraiment excellent. Bien décrit, avec un concept intéressant et des dialogues bien amenait.

J'attend impatiemment la suite de cette histoire qui s'annonce plus que prometteur.

Tu as fait la même faute de grammaire volontairement ? ^^

Pas mal du tout il y a une grosse faute au début (trempaient) mais pour le reste bien écrit et intéressant

LogriderV2
LogriderV2
MP
03 juillet 2019 à 18:42:40

Yveljk9 :
Deux petits mots qui font très plaisir, merci à toi !

Dark-moze
Merci pour ton avis. J'essaye d'écrire sérieusement et de ne pas simplement me dire "Ça va, c'est juste une fic".
J'apporte le plus de soin possible à l'écriture, ce que j'espère savoir encore faire après toutes ces années à ne plus avoir gratté du papier... (pour de la fiction en tout cas). Je voudrais me servir de cette histoire inachevée pour "rebondir".

Galywat17
Effectivement, maintenant que je le vois, ça pique les yeux...
Je pense avoir un niveau respectable en orthographe, grammaire etc... mais je ne serai malheureusement jamais à l'abri de ce genre de coquilles. Je vais au moins la corriger sur mon document original.

Merci à vous pour vos retours, j'apprécie énormément inventer et écrire des histoires mais j'ai du mal à le faire pour "du vent", aussi n'hésitez pas à vous manifester si la lecture vous parait digne d'intérêt.
Je tiens à prévenir également que le rythme de parution ne sera clairement pas d'un chapitre par jour, ou tous les deux jours, mais plutôt d'un par semaine (ou deux grand maximum). Ce ne serait pas l'envie qui manquerait, mais le temps.

[Wizer]
[Wizer]
MP
03 juillet 2019 à 21:37:22

Merci à vous pour vos retours, j'apprécie énormément inventer et écrire des histoires mais j'ai du mal à le faire pour "du vent", aussi n'hésitez pas à vous manifester si la lecture vous parait digne d'intérêt.

Bon bah je sors de l'ombre alors pour te dire que j'ai bien apprécié ce premier chapitre. :hap:

Yveljk9
Yveljk9
MP
03 juillet 2019 à 21:51:26

Merci à vous pour vos retours, j'apprécie énormément inventer et écrire des histoires mais j'ai du mal à le faire pour "du vent", aussi n'hésitez pas à vous manifester si la lecture vous parait digne d'intérêt.

Comme tout ficeur je pense. :hap:

Mamamama99
Mamamama99
MP
04 juillet 2019 à 03:48:42

Sympathique pour l'instant, je suivrai. :oui:

En tout cas ça fait plaisir de voir quelques fics en première page sur un forum Pokémon, ça faisait bien longtemps.

LogriderV2
LogriderV2
MP
04 juillet 2019 à 17:38:16

[Wizer]
Oh ! Quoi de mieux qu'un lecteur qui sort de l'ombre ? Je sais, un lecteur qui sort de l'ombre avec l'écusson de l'OL ! ^^

Yveljk9
Certainement oui, je ne suis pas très familier du "milieu", si je puis dire.
Mais je sais que quand j'ai commencé à écrire pour internet, j'avais trouvé le format chapitre par chapitre super motivant du fait des retours plus directs des lecteurs. Même ceux qui trouvaient certains chapitres un peu en dessous des autres venaient en parler, dans le calme et le respect. C'était vraiment agréable d'échanger avec eux, ou même de les voir échanger entre eux.

Mamamama99
Merci à toi, j'espère que la suite te plaira tout autant.

Galywat17
Tiens, j'ai également écrit 'mais doigts" au lieu de "mes doigts". Ça aussi quand on le voit, ça pique.

Sinon, le prochain chapitre sera très certainement posté ce soir.
(Mais ne vous habituez pas trop à ce rythme de parution). ^^

[Wizer]
[Wizer]
MP
04 juillet 2019 à 17:43:11

[Wizer]
Oh ! Quoi de mieux qu'un lecteur qui sort de l'ombre ? Je sais, un lecteur qui sort de l'ombre avec l'écusson de l'OL ! ^^

Mon frère. http://www.noelshack.com/2019-27-4-1562254958-26959-full.png

LogriderV2
LogriderV2
MP
04 juillet 2019 à 20:48:40

Chapitre 2 :

Une question de temps

Même en projetant mes souvenirs aussi loin que ma mémoire le pouvait, il paraissait évidement que la chance ne figurait pas dans la maigre liste de mes qualités. Dans ce monde laid, sale, où à la nuit tombée les rats valsaient avec les détritus. Dans ce monde où tout pouvait être acheté : les hommes, le sexe et même la mort, il fallait que je manque de l’unique valeur introuvable même pour tout l’or du monde… le temps. Il avait filé à toute vitesse sous mes pathétiques yeux d’enfant naïf, trop embrumés de regrets et d’espoir.

L’espoir… cette idée inconcevable qu’il nous suffirait d’attendre en levant la tête vers le ciel pour être exaucé. Opposer aux forces qui nous tourmentent, ce simple proverbe : « Tout vient à point à qui sait attendre ». L’espoir n’a toujours été rien d’autre qu’un aveu de faiblesse, voire de lâcheté. Deux défauts que j’avais si souvent impérialement méprisés lorsqu’ils se manifestaient chez les autres, et pourtant, dans ma passiveté, je craignais fort d’en avoir fait preuve à mon tour. Mais cette erreur grossière pouvait être corrigée. J’allais agir.

Deux questions subsistaient cependant. Si j’avais répondu à « Pourquoi ? » et « Quand ? », demeuraient toujours « Où ? » et « Comment ? ». Kanto était vaste et impossible à sonder. Comment discerner où se situait l’épicentre du séisme de violence qui la torturait depuis tant d’années ? Il fallait d’abord répondre à cette question avant de se pencher sur un quelconque moyen de renverser la machine, et la personne en capacité de m’y aider était déjà toute désignée. Elle ne résidait pas si loin de Jadielle, de plus, je réalisais que je ne lui avais pas rendu visite depuis beaucoup trop longtemps.

Au nord d’Argenta, la montagne. Et à flan de cette montagne, un des derniers bastions où la végétation avait conservé ses droits. C’était dans cet improbable décor, trop abondant de formes et de couleurs, que se dressait une maison. Petite, simple et vierge de tout vandalisme. Une fois arrivé sur le pas de la porte, je ne pus m’empêcher de regarder derrière moi.

Argenta ne portait plus aussi bien son nom qu’autrefois, elle le portait même à présent on ne peut plus mal. Plus rien ne brillait, plus rien ne se reflétait sur quoique ce soit. Tout ce qui pouvait attirer mon regard était l’épaisse fumée noire qui se dégageait de l’arène, depuis longtemps reconvertie en fonderie. La chaleur étouffante de la forge avait rendu ce bâtiment absolument impraticable pour les humains, il avait fallu sept morts pour que le maire le reconnaisse publiquement. Cette ordure avait donc pris la décision d’exploiter les pokémons de type roche qui abondaient dans la région. Ils charriaient des blocs de pierre nuit et jour depuis la montagne jusqu’à l’usine afin de les fondre puis les modeler. Dans quel but ? Qu’alimentait cette fonderie ? Je n’en avais passablement aucune idée, mais le but profond de cette triste manœuvre ne devait certainement pas être de construire des centres de soin ou des écoles…

Après avoir nerveusement réajusté le col de ma veste et retiré mon chapeau, je frappai quelques coups sur la porte, presque timides. Puis, comme toujours, j’entrai sans attendre réponse. A l’intérieur, je traversai un petit hall pour atteindre la cuisine.

- « Bonsoir Monsieur. » Dis-je.

Comme à son habitude du soir, le nonagénaire Gerald Kahlagan se tenait assis devant sa petite table à manger, dos vouté et tête penchée au-dessus de mots croisés insolubles pour le commun des mortels. Je le trouvais... aminci et fatigué, comme si les quelques mois que nous avions passés éloignés l’un de l’autre avaient creusé ses joues, plissé ses yeux, alourdi sa tête...

Il prit le temps de placer une dernière suite de lettres avant de poser son stylo.

- « Assieds-toi. » Ordonna-t-il plus qu’il ne le proposa.

Je m’exécutai, tirant lentement la seule autre chaise présente autour de la table.

- « Tu t’es décidé à agir. » Dit-il gravement, d’une voix rocailleuse.
- « Oui monsieur, je... »
- « Je sais. Tout le monde sait. » Me coupa-t-il. « Tu crois vraiment pouvoir casser la figure à quinze personnes par ville et par jour sans attirer l’attention ? Faire état de tes talents de… « dresseur » sur tout le continent sans te créer un nom ? Pendant des années tu n’as été qu’une ombre dans la rue. Je te l’avais bien enseigné. Un homme qu’on ne reconnait pas, qu’on n’aperçoit pas. On ne connait toujours pas ton visage… »

Il avait laissé trainer le mot « visage », plantant son lourd regard dans le mien.

- « …mais ton manteau, ton chapeau, ta silhouette… tout ce cinéma est gravé dans leur mémoire par des patrons, des supérieurs, des boss qui n’en peuvent déjà plus de toi et de tes envolées de violence contre leurs petites mains. »

Il parlait lentement, mais ses yeux étaient remplis de colère mêlée de tristesse. Ses mains et sa mâchoire tremblaient un peu plus à chaque mot qu’il prononçait. Cet homme, le seul à m’avoir tendu la main, le seul à connaitre mes secrets les plus enfouis… jamais je ne l’avais vu dans un tel état.

- « Tu as les moyens de changer les choses mon garçon, tu en as potentiellement les moyens. Tu es peut-être même l’un des seuls. Mais malgré tous mes efforts, tous mes discours et toute ma patience… tu ne restes qu’un gamin stupide et impulsif. »

Chacun de ses mots provoquaient en moi une sensation de mal-être de plus en plus sourde, comme si mon esprit tentait de quitter ma tête tandis que mon corps lui, se changeait peu à peu en plomb.

- « Je suis déçu. » Lâcha-t-il finalement, comme un coup de grâce.

Ces trois derniers mots finirent de me couper les jambes. Jamais je n’avais subi une telle réaction de sa part, si bien que mon regard ne parvint plus à soutenir le sien. Je ne pouvais que reconnaitre que Kahlagan n’exprimait rien d’autre que la vérité. Des années durant, je n’avais réagi que par la fuite. J’ai fui devant la haine, la colère, la peur, la violence…

Jusqu’au jour où cela me devint tout bonnement insupportable. Ce jour où j’ai brisé la mâchoire d’un homme qui agressait un vieillard dans le but de le détrousser de quelques billets. A partir de ce matin là, deux semaines plus tôt, mon poing avait du embrasser une cinquantaine de visages. Et mon ami accroché à ma ceinture avait du voir la lumière du jour tout autant de fois.

Si seulement… si seulement j’étais moins stupide.

- « Je suis désolé monsieur. » Dis-je, honteux. « J’ai laissé parler ma colère, c’est vrai. Mais je vais arranger les choses. »
- « Et bien commence tout de suite. » Répondit-il, le visage soudain sombre.
- « Vous dîtes ? »
- « Ils sont ici… »

Je me levai de ma chaise d’un bond, les yeux froncés, les sens en alerte.

- « Ils sont venus pour toi, mais je ne suis pas moins en danger pour autant. Je t’ai tout donné, tout offert. Je connais tes secrets, je les ai reçus et acceptés sans mot dire. Alors que tout autre que moi t’aurait brulé sur place publique, je t’ai enseigné à devenir une ombre pour que tu puisses vivre. Tout simplement vivre. Je t’ai donné ma vie, toute ma vie… et aujourd’hui ta stupidité me crache à la figure. J’avais beaucoup espéré de toi, mon garçon. »

Sans se lever, il tendit un bras fragile jusqu’à un tiroir pour en sortir trois pokéballs.

- « Reprends-les. Je ne les garderai plus. Tu n’es plus le bienvenu ici. »

Il baissa la tête, joignant ses mains fatiguées. Il grimaçait de tristesse et peut-être aussi de peur.

Je le regardais, le souffle presque coupé par la violence et la soudaineté avec laquelle notre lien venait juste de se briser. La dureté des mots qu’il avait employés me laissait littéralement cloué sur place. Après toutes ses années passées auprès de lui, auprès de sa sagesse, ses conseils, son savoir, la rupture se révéla atrocement pénible. Il avait joué tous les rôles dont j’avais eu besoin. Celui d’un professeur, d’un mentor, d’un ami, d’un père, et bien plus encore. Cela ne constituait en aucun cas une exagération lorsqu’il a prétendu m’avoir tout donné. Tout.

Je voulais lui parler, je voulais m’excuser, lui expliquer, tout reprendre à zéro, le convaincre que je pouvais me montrer meilleur, à la hauteur de ses espérances et bien plus encore. Je voulais lui prouver qu’il n’avait pas commis d’erreur en me prenant sous son aile, mais je ne pus exprimer aucun mot, aucun son. Le lien était rompu.

Je laissai finalement tomber une main dégoutée sur les pokéballs pour les ranger à ma ceinture, où patientaient déjà trois autres de ces sphères rouges et blanches.

- « Au revoir Monsieur. Et… merci. »

Après les avoir prononcé, ces mots m’apparurent comme véritablement ridicules. Mais mon esprit pourtant vif ne semblait pas encore réaliser qu’il s’agissait là d’un adieu à l’unique personne à n’avoir jamais manifesté de l’affection à mon égard. Et puis, l’urgence de la situation me condamnait à l’action immédiate : « Ils sont ici » avait dit Kahlagan. Et lorsque des visiteurs s’annoncent à votre porte, on se doit de les accueillir, c’est l’usage.

Je tournai donc le dos à celui qui ne voulait plus de ma compagnie, pour me presser de quitter sa maison. Dehors, il devint évident que je n’accueillais personne, tout simplement car la personne véritablement attendue n’était autre que moi.

Je n’aurais su dire qui ils étaient, ni quels gourous adorateurs de l’or les avaient envoyés. Mais ils étaient là, une bonne dizaine, dans les airs, des Rapasdepic pour monture. Leurs battements d’ailes ainsi que leurs cris stridents n’étaient que trop éloquents sur les intentions de leurs maitres. Ma main chercha le bon allié à ma ceinture.

Ce soir, le ciel d’Argenta allait être bien mouvementé. Et pour une fois, la foudre n’y serait pour rien…

youmario
youmario
MP
11 juillet 2019 à 19:36:55

Je viens de lire, et jusqu'ici j'aime bien. :hap:

Les descriptions sont bien écrites, et en dehors de l'opinion du héros sur ses adversaires ses pensées sont bien retranscrites.

Il n'y a pas trop de fautes, mais à partir de "métriser" dans le premier chapitre on en voit quand même quelques unes. Normalement on met des guillemets uniquement pour ouvrir et fermer le dialogue, le reste des interventions étant introduites par un simple tiret. J'ai déjà vu le combo tiret + guillemet à chaque prise de parole dans d'autres fics, mais à ma connaissance ce n'est pas correct.

Je ne suis pas parvenu à ressentir le choc du héros lorsque le vieux l'abandonne. On vient juste de découvrir ce personnage, tu ne décris pas assez tôt l'importance du lien qui les unie et ils se séparent déjà.

En tout cas, cette fic a l'air prometteuse. Continue comme ça, j'attends la suite. :ok:

Nyvaldium
Nyvaldium
MP
11 juillet 2019 à 23:24:29

C'est sympathique, ça se laisse lire malgré quelques coquilles et plusieurs choses peu cohérentes qui me frappent personnellement, mais c'est du détail :oui:

Après en terme purement d'histoire, c'est dommage que le nom de Mewtwo tombe si tôt, on y perd un peu en suspens, j'aurais aimé voir son nom tomber plus tard avec un twist assez sympathique, mais c'est ton histoire, faut la faire comme tu le sens :oui:

Je lirai surement les suites :oui:

LogriderV2
LogriderV2
MP
12 juillet 2019 à 13:37:05

Youmario :
Merci pour ton retour ! Je pensais que cette fic allait couler comme une pierre.
Pour les fautes, c'est toujours la même chose, on se relie trois fois sans rien voir et une fois le chapitre posté on se dit "et merde..."
Dans le même paragraphe, "m’emparai" est mal écrit également... je ne crois pas qu'il y ait possibilité de correction sur les forums JVC, si ?

Pour les guillemets, j'ai même vu des livres où les auteurs n'en utilisaient pas du tout. Je sais pas s'il existe vraiment une règle... du coup je les utilise simplement comme cela me parait le plus clair pour les yeux.

Pour le "choc", je ne peux pas vraiment te répondre, mais sans trop en dire : (Je place une balise SPOIL pour ceux qui voudraient restés absolument vierges) Je dirais juste que l'histoire n'est pas construite de manière linéaire et ne pas directement entrer en empathie avec le protagoniste est voulu. On sera amené à réaliser plus tard plutôt que de comprendre immédiatement.

Et puis, c'est le désavantage des chapitres postés un à un. Comme on ne peut pas les inscrire dans une globalité, on a tendance à focaliser sur ce qui parait incohérent sur le moment, ce qui peut engendrer de la frustration.

Nyvaldium :
Merci d'avoir pris le temps de donner ton avis !
Je ne pourrais te répondre que grosso-modo ce que j'ai répondu à Youmario. La "révélation" de Mewtow n'avait pas pour vocation d'être un tournant du scénario, mais simplement sa base. C'est ailleurs, et plus loin, qu'il faudra trouver les retournements.

Pour donner une réponse plus globale, je ne connais pas encore avec exactitude les chemins que cette histoire va emprunter, mais je connais déjà la destination, les incohérence sont donc peu probables. (Après, je ne suis évidemment pas infaillible donc si vraiment des éléments vous chatouillent trop, n'hésitez pas à me MP).

Merci à vous deux !

Yveljk9
Yveljk9
MP
12 juillet 2019 à 13:43:03

Pour les guillemets, j'ai même vu des livres où les auteurs n'en utilisaient pas du tout. Je sais pas s'il existe vraiment une règle... du coup je les utilise simplement comme cela me parait le plus clair pour les yeux.

J'en utilise pas pour la plupart de mes fics.
Pour ma dernière, j'en commence à en mettre et je préfère largement.

Dark-moze
Dark-moze
MP
12 juillet 2019 à 13:46:48

Oh damn Nyvaldium qui commente une fic Pokemon. Ça fait longtemps que je n'avais pas vu ça :noel:

Nyvaldium
Nyvaldium
MP
12 juillet 2019 à 13:55:26

Quand je parle d'incohérence, c'est plus en terme de réalité d'action, et pas en terme d'histoire ou d'univers :hap:

Je pense surtout au fait qu'en deux coup de poing, le héros brise les dents de son adversaire :hap:
Pour avoir des années de sport de combat, d'art martiaux et d'armée derrière mois, et avoir un brevet d'état d'instructeur, à moins d'avoir des dents en plâtre ou le scorbut, tu brise pas / déchausse des dents avec des coups de poing si facilement :hap:

LogriderV2
LogriderV2
MP
12 juillet 2019 à 14:13:44

Nyvaldium :
Ah oui d'accord.
J'ai moi aussi pratiqué pendant 6 ans et effectivement on n'édente pas un homme comme ça.
(Encore que maintenant que j'y pense, j'ai souvenir d'un coup de coude ayant fait sauté les deux incisives du haut d'un camarade, mais ça tient plus de l'accident).

Il ne faut pas imaginer le bonhomme avec une dentition en piano comme des les cartoons, mais c'est vrai que la phrase "découvrant les dents qui lui restaient" (mal conjuguée dans le post d'ailleurs) prête à croire qu'il ne lui reste pas grand chose.

C'est cool de donner l'exemple précis, comme ça si je trouve la remarque pertinente, je peux modifier l'extrait dans l'original sur mon PC. Pour en bout de chaine faire un PDF de l'histoire complète en "definitive edition". ^^

LogriderV2
LogriderV2
MP
18 juillet 2019 à 10:24:38

Mes excuses pour ce léger retard mais la vie est une fille de mauvaise vie.
De plus, je pense avoir minimisé à quel point les années d'inactivité dans l'écriture ont érodé ma technique.
Je le dis, je l'affirme, je galère beaucoup plus aujourd'hui qu'il y a dix ans... triste.

Allez, je vous souhaite (et espère) une bonne lecture.

Chapitre 3 :

Pas de retour possible

Tête levée vers le ciel, je les observai quelques secondes. Les Rapasdepic me surplombaient, battant leurs ailes, claquant leurs becs, secouant nerveusement leurs cous comme des chiens tenteraient de se libérer d’une chaine. Leurs maitres ne semblaient pour autant pas décidés à passer à l’attaque en premiers. Ma réputation était-elle si féroce ? Ou peut-être avaient-ils une idée en tête ? Qu’importe la réponse, il me fallait de toute façon en découdre avec eux.

Je décrochai une pokéball de ma ceinture pour la jeter en l’air. L’éclat argenté qu’elle cracha en s’ouvrant eut le bon goût d’éblouir mes ennemis l’espace d’un instant. Puis, gueule ouverte, ailes déployées, les formes d’un imposant Dracaufeu apparurent. Les Rapasdepic s’agitèrent de plus belle sous leurs maitres lorsque le dragon vira à quelques mètres à peine d’eux avant de piquer vers moi. Je n’eus qu’à sauter sur son dos pour sonner le début des hostilités.

- « Monte ! » Ordonnai-je.

Dracaufeu s’élança vers les hauteurs, dans la direction opposée à nos adversaires. Pour espérer les faire tomber, je devais les séparer, et pour les séparer je devais les pousser à prendre des initiatives individuelles, semer la pagaille dans leurs rangs dont je doutais déjà fort de la capacité d’organisation. Comme je m’y attendais, les Rapasdepic fondirent sur nous, bec en avant.

- « Retourne toi et Lance Flamme ! »

Dracaufeu rabattit une de ses ailes tout en déployant l’autre d’un coup sec afin d’effectuer un rapide volte-face. Une boule de feu se forma entre ses mâchoires écartées qu’il laissa échapper en une intense langue de flammes.

Surpris, les Rapasdepic vrillèrent dans diverses directions pour éviter l’attaque, mais cela n’empêcha pas les flammes d’atteindre plusieurs cibles. Le combat tourna court pour deux d’entre elles qui vinrent s’écraser sur les arbres à flanc de montagne dans un désagréable mélange de craquement de branches et d’os.

Les autres n’avaient néanmoins pas dit leur dernier mot et, profitant de notre perte de vitesse, piquèrent sur nous. Je sentis Dracaufeu déployer ses ailes de toutes leur amplitude afin d’éviter l’assaut, mais je le stoppai :

- « Pas le temps ! Cru’aile ! »

Plutôt que de rabattre ses ailes en direction du sol pour nous donner de l’altitude, Dracaufeu les entrechoqua brutalement l’une contre l’autre à plusieurs reprises, créant ainsi de puissantes ondes de choc. Si celles-ci parvinrent à freiner nos ennemis, elles ne les arrêtèrent pas pour autant. Il allait falloir se défendre au corps à corps.

- « Tranche ! » Hurlai-je dans la précipitation, mes mains de plus en plus crispées autour de la base du cou de ma monture.

Alors que le premier Rapadespic était sur le point de frapper Dracaufeu en pleine poitrine, il fut violemment repoussé par un puissant coup de griffes qui lui arracha peaux et plumes du visage dans un strident cri de douleur. Un deuxième, puis un troisième, puis un quatrième adversaire put être mis hors d’état de nuire de cette manière. Certainement apeurés par la scène dont ils venaient d’être témoins, les Rapasdepics semblèrent vouloir changer de direction, comme pris d’hésitation au mépris des ordres de leurs maitres. Cette pincée de secondes de confusion leur coûta très cher car elle permit à Dracaufeu de réitérer sa terrible attaque Lance Flamme.

Les hurlements des hommes se mêlèrent à ceux de leurs montures depuis le nuage de fumée noire à l’odeur de chair et de plumes brulées résultant de l’attaque.

- « Efficace. » Commentai-je, mais le sentiment de victoire ne fut que de courte durée.

Alors que notre garde s’était légèrement relâchée, des Rapasdepic en furie avait percé l’épaisse fumée. Dracaufeu fut touché. Les Bec Vrille le frappèrent de plein fouet, tailladant sa poitrine, lacérant ses ailes… les chocs successifs manquèrent de peu de provoquer ma chute alors que mon pokémon ne pouvait réprimer de sourdes plaintes. Le temps de retrouver un semblant d’équilibre, l’ennemi avaient déjà viré en vue d’une nouvelle attaque.

- « Lance… »

Mais il me fut impossible de terminer ma phrase. Le premier Rapasdepic était déjà sur nous. Dracaufeu fut atteint une nouvelle fois en plein corps, incapable de répliquer tant il se voyait harcelé de furieux coups de bec. C’est alors que je vis un des chevaucheurs de pokémon dégainer ce qui ressemblait fort à une arme à feu.

- « Non… » Soufflai-je.

Si. Alors qu’il s’était rapproché de nous au point que nos regards purent se croiser, l’homme pointa son bras armé dans ma direction avant de presser la détente dans un claquement aigu. Jaillirent alors des arcs électriques crachant deux pointes qui vinrent mordre ma chair. La charge libérée contracta si intensément chaque muscle de mon corps que je ne parvins même pas à crier de douleur. Par conduction, Dracaufeu subissait le même sort.

Après quelques interminables secondes, lorsque le taser fut vidé, nos corps dépouillés de toute force chutèrent comme des feuilles prises au vent, secoués de toute part dans ce ciel qui paraissait à présent insupportablement vide.

Sonné, vidé, KO. Je ne pouvais que tomber.

Le vent sur mon visage, les ondulations de mon manteau, la vue de nos ennemis qui semblaient s’éloigner chaque seconde un peu plus, les étoiles si loin derrière eux. L’espace d’un instant, tout ceci me parut étrangement apaisant, presque réconfortant. L’idée d’essayer d’échapper à cette situation m’apparut alors comme absurde, jusqu’à ce que mes yeux se posent sur mon pokémon : Dracaufeu ne bougeait plus. Seul son œil mi-clos me se maintenait péniblement dans ma direction, comme dans un aveu d’impuissance, un appel à l’aide. Il souffrait. Il avait peur. Il avait outrepassé ses limites là-haut, peut-être par ma faute. Il fallait le sauver.

Ma main tâtonna mollement ma ceinture le temps de trouver le refuge sphérique de mon ami. Je tendis faiblement mon bras vers lui.

- « Reviens. » Lâchai-je finalement.

L’œil de Dracaufeu s’était soudain écarquillé, comme pris de panique à l’idée de me laisser m’écraser seul sur le sinistre sol d’Argenta. Il n’eut pas le temps de pousser un cri avant que son corps ne soit rougi par le laser de la pokéball dans laquelle je voulais le protéger. Puis, dans un dernier effort, mon pouce vint buter contre une autre pokéball accrochée à ma ceinture pour l’expédier vers le sol.

Je n’étais alors plus maitre de rien. La messe était dite, ne me restait plus qu’à fermer les yeux et prier pour que la prochaine surface que je toucherais ne soit pas la dernière.

Ronflex était apparu assez rapidement pour me rattraper de ses immenses bras robustes. Je pus ouvrir les yeux pour regarder sa tête ronde qui, une demi-seconde plus tôt, devait encore être argentée. L’imposant pokémon avait réussi à amortir suffisamment ma chute, mais le choc avait néanmoins été extrêmement brutal. Je me laissai tomber à quatre pattes dans la boue pour expulser une nausée.

J’étais à bout de forces, exténué, prêt à m’effondrer sur moi-même au moindre relâchement, mais nos ennemis fondaient déjà sur nous. Je ne les voyais pas, je ne les entendais pas non plus, mais je le savais. Je savais également, et surtout, quel ordre donner. Je connaissais les mots qui pourraient nous tirer de ce mauvais pas. Je pouvais en finir.

Je levai un regard dépité sur Ronflex, avant de prononcer ces mots, presque chuchotés :

- « Attaque Ultralaser… »

Le pokémon posa sur moi un regard sombre que je ne lui connaissais pas. Ses yeux déjà si fins se plissèrent pour ne devenir que deux minuscules fentes. Mais dans les circonstances actuelles j’étais son maitre, qu’il approuve ou non ma décision, il devait m’obéir. Le choix ne lui appartenait pas.

Il s’éloigna d’un pas, tête levée vers nos ennemis ailés avant de gonfler ses poumons en écartant ses bras dans une profonde inspiration. Il bloqua un instant, et alors qu’un des Rapasdepic ne se trouvait plus guère qu’à quelques mètres de lui, il laissa échapper son attaque. Un souffle doré d’une puissance incommensurable vint balayer nos adversaires dans une tempête d’énergie qui m’obligea à enfouir mon visage dans le creux de mon coude pour me protéger des projections de terre, de bois et de pierres provoquées par l’attaque. Une dizaine de secondes s’écoula avant que les poumons de Ronflex ne soient vidés de toute énergie. Le faisceau doré s’estompa peu à peu jusqu’à n’être plus qu’un fin trait de lumière, puis disparut complètement, laissant place à une fumée blanche et une odeur de mort.

Je rappelai immédiatement mon pokémon, il en avait assez fait et vu. Je l’avais forcé à commettre un geste qu’il n’approuvait pas, la moindre des choses était de le soustraire à la vision macabre qui suivit. Les corps calcinés des hommes de mains, ainsi que ceux de leurs montures s’étaient échoués un peu plus loin, là où d’autres de leurs semblables gisaient déjà. Je m’approchai pour observer de plus près les cadavres crispés, les visages déformés, leur chaire brûlée.

Qui étaient ces hommes ? Des sbires certes, mais avant ? Ils devaient bien avoir des familles, ou du moins un entourage. Comment en étaient-ils arrivés là, et pourquoi ?

Je marchai entre les morts comme un zombie, le cœur soulevé par l’odeur. Je n’avais plus tué depuis tant d’années, même indirectement. Ce geste ne m’avait jamais vraiment inspiré une quelconque gène ou autres sentiments désagréables mais, avec le temps, j’avais appris à le prendre en aversion. La mécanique demeurait la même, bien sûr, ôter une vie. L’unique donnée à avoir changée dans l’opération n’était autre que moi. Avec le temps, et la précieuse aide de Kahlagan, j’avais appris à comprendre le principe d’échelle de valeur, le contrôle de la pulsion ou la conscience de l’autre… tant de travail qui m’avait littéralement forgé.

Alors que je m’injectais un soin plus que bienvenu, mes réflexions furent troublées par un bruit pourtant discret dans les buissons à la lisière de la forêt, tout droit devant moi. Prudent, je m’en approchai lentement avec la désagréable impression que quelqu’un, ou quelque chose, allait me sauter au visage. Mais rien ne jaillit des buissons, rien ne le pouvait. Sinon une légère volée de feuilles pas tout à fait mortes à qui le vent donnait comme une seconde jeunesse. Je ne tombai nez à nez qu’avec un corps meurtri, mutilé, mais bien vivant.

Un des premiers sbires abattus… ceux atteints par l’attaque de Dracaufeu. Il s’était écrasé avec son pokémon au travers des branches d’arbres qui n’avaient vraisemblablement pas été tendres avec lui. La trainée de sang laissée derrière lui m’amenait à penser que le malheureux avait rampé jusqu’ici dans l’espoir de rejoindre la ville. Il ne trouva que la semelle de mes chaussures.

- « Ça pique ? » Dis-je, à défaut d’autre chose.

Il avait péniblement levé son visage lacéré et tâché de sang sur moi, mais sa tête retomba lourdement contre le sol trempé, pour la dernière fois. Il avait finalement succombé à ses blessures.

Je m’accroupis pour fouiller le défunt. Il ne possédait évidemment pas de papier, ni même de portefeuille, je trouvai cependant un peu d’argent dans une de ses poches que j’eus un peu honte de glisser dans une des miennes. Je continuai alors la fouille un peu plus loin. Des vieux emballages de barres énergisantes, des petits papiers illisibles car trop froissés et usés, des capsules de bières… rien de bien intéressant en vérité. Rien jusqu’à ce que je mette la main sur un masque. Pas un de ceux que les gosses plaçaient sur leur figure pour effrayer ou amuser leurs amis, mais un de ceux que les médecins et autres scientifiques portaient pour couvrir leur bouche et leur nez. J’orientai l’objet vers la lumière de la lune afin de l’observer de plus près. Il y avait un symbole à la jointure du tissu et des cordons d’attache. Un triangle fendu d’un éclair. Il ne m’était pas inconnu.

- « La centrale… » Dis-je tout haut.

C’était là-bas que j’avais aperçu ce symbole, gravé au dessus de la porte principale. Restait à savoir si cet homme le portait sur lui pour une bonne raison, ou par pur hasard. Il était fort possible qu’il n’ait fait que le ramasser dans une poubelle ou sur le corps d’une de ses victimes.

Un soudain vertige manqua de me faire perdre l’équilibre. Trop empressé de comprendre, j’en avais oublié que quelques minutes plus tôt à peine, j’effectuais une longue chute dont l’atterrissage n’avait pas été doux. Ma tête vibrait, mon corps tremblait, ma vision se troublait par intermittences, sans compter mes pokémons qui réclamaient eux aussi des soins. Je finis par m’assoir par terre, dos contre une pierre. Le masque toujours dans ma main, je passais machinalement mon pouce sur les reliefs du logo triangulaire.

Il me fallait de toute façon commencer quelque part… la centrale n’était pas un moins bon endroit qu’un autre. A ceci près que, même du temps où Kanto ne toussait pas à gros poumons, ce bâtiment était déjà farouchement protégé et gardé. Aujourd’hui tombé entre les énormes mains de la pègre, la sécurité ne pouvait être que renforcée.

Seulement… ma situation n'était également plus la même. L’unique racine qui me raccrochait à un semblant d’entourage s’était rompue, et les meurtres commis pendant la soirée n’allaient pas rester secrets longtemps. La traque dont j’étais à présent l’objet n’allait pas tarder à se renforcer drastiquement.

Ma décision était prise. Une fois remis sur pieds, j’allais devoir passer les portes de la centrale.

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