- Le sacrifice en vaut-il la peine ? demanda Gael à un homme se tenant dans l’encadrement de la porte.
- Je ne crois pas en ce Dieu qui prétend nous guider vers de glorieux chemins, expliqua l’inconnu aux cheveux et à la barbe claires, je crois en la nature et si elle a décidé que cet enfant voit le jour, ce n’est pas pour qu’il périsse maintenant. Mais je devais être sûr que vous feriez le nécessaire pour le protéger, peut-être le regrettons-nous, peut-être est-il destiné à devenir le fléau qui infligera au monde de grands malheurs, cependant qui peut le prédire ? Ce sacrifice, permettra à un enfant de vivre, n’est-ce pas le plus important ? »
Le chef du village acquiesça en silence, cet homme était juste et sage. Gael tourna toutes ses prières vers son fils, il n’oublierait jamais son expression lorsqu’il avait tenu pour la première fois son enfant, une telle expression ne devrait pas exister lorsqu’un père regarde son enfant.
« Yekel, que se passera-t-il une fois ses pouvoirs complètement éveillés ?
- Tout dépendra de lui. »
Gael prit une expression dubitative.
- Comment se fait-il que l’existence des impurs nous soit jusqu’alors inconnue ?
L’homme se contenta de sourire, sans répondre à cette judicieuse question. Gael n’insista pas. Un jeune Heneg rentra alors dans la maison et l’inconnu se cacha immédiatement.
- Chef, les Istris quittent la zone, devons-nous les poursuivre ?
Le guerrier secoua la tête.
- Non, inutile, ils ne reviendront pas.
Une fois le soldat parti, Gael se tourna Yekel.
« Retournes-tu auprès des tiens grand mage ?
- Non, mon devoir va être de veiller sur cette jeune femme, je suppose qu’après tout ceci, elle sera considérée comme responsable de ce carnage. Et toi ? Que vas-tu dire à ton peuple ? Même s’ils connaissent maintenant la vérité sur les impurs, il risque de ne pas comprendre ton choix, ton petit-fils ne sera qu’un démon à leurs yeux.
- Nous ne comptions pas tuer un enfant, même si l’un de nos aïeuls pensait que c’était la meilleure des solutions.
- Je vois, vous saviez avant la naissance qu’un être impur allait voir le jour…Etrange…Comment ? »
Cette fois, ce fut Gael qui esquissa un léger sourire.
- Nous avons tous nos secrets je suppose.
L’homme à la longue tunique bleu ciel, accordée à la couleur de ses iris ria à cette remarque.
- Bientôt le monde redécouvrira l’existence de ces êtres particuliers, je ne sais exactement comment les peuples vont réagir. Mes pouvoirs ne me montrent pas cela.
- Ces êtres ? releva Gael surpris.
- N’est-ce pas étrange ? s’amusa presque le mage. Jamais cela ne s’était produit auparavant, peut-être que les Dieux ont prévu un grand destin pour eux.
Gael se demanda alors s’il avait fait le bon choix, le doute s’immisça lentement dans son esprit.
- J’espère que nous nous reverrons chef Heneg, termina le mage, peut-être que votre petit-fils sera avec vous à ce moment là.
- Je l’espère également.
Il regarda le mage repartir, ne sachant toujours pas ce qu’il avait en tête. Il ne lui avait fait confiance que parce qu’il ne voulait ni s’emparer, ni tuer son petit-fils. Mais qu’en était-il de ses réelles intentions ?
- Est-ce bien ? fit sa femme en arrivant près de lui.
Le guerrier sourit avec confiance à son épouse dont les yeux étaient devenus rouges à force de verser des larmes.
« Il s’occupera bien d’elle, elle ne pouvait pas rester, pas après tout ça.
- Je sais, souffla Alis, mais ce soir, nous avons perdu beaucoup.
- J’ai choisi de faire confiance à ce mage et à cause de cela, j’ai dû chasser mon propre fils, dit-il avec tristesse, je veux croire que j’ai agi pour le bien de tous. »
Gael le voulait réellement. Il serra ses poings de frustration de n’avoir pu faire davantage pour son fils et l’enfant. S’il s’était préparé à cela, peut-être qu’une meilleure solution aurait été trouvée, mais en quelques minutes à peine, il avait dû se résoudre à écouter les conseils d’un homme qu’il ne connaissait pas. Mais ce mage en savait beaucoup plus que lui sur les êtres impurs, le peuple du pays d’Ys semblait posséder les réponses qu’il lui manquait.
- Leur Dieu…soupira le chef de Nehmain avec désarroi en repensant aux paroles prononcées par les Istris alors que son fils partait en direction de la forêt enchantée.
« Notre Dieu ne vous appartient pas ! »
- Est-ce vraiment un Dieu ?
Voilà pour le moment.
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Maitre-Misha
Posté le
18 mai 2009 à 17:58:57
J'ai pas lu, j'ai pas vraiment le temps, et j'en suis désolé. Mais la remarque t'ayant déjà été faite, je me dois de la réitérer : Oblige-toi à sauter des lignes pour aérer ton texte.
Cette remarque est haute de sens, puisque la mise en page de ton texte, c'est l'introduction pour les yeux du lecteur.
Et sans bonne introduction, et ben... Pas de bonne lecture.
Sinon, et bien le fait de faire une histoire sans rapport avec ToS permet d'éviter bien des écueils, tu les as énumérés pour les plus embêtants : descendances en tout genre, trame simpliste... Mais tu pouvais très bien te créer ton univers et faire quelque chose de très intéressant tout en reprenant la base de ToS.
C'était juste pour dire que une fan fic venant d'un jeu n'entraîne pas forcément les défauts cités (il n'y a qu'à voir certaines fics de ce forum, malheureusement pour la plupart abandonnées ou terminées, qui mériteraient de biens beaux coup d'oeil).
En tout cas tu te donnes du mal, tu nous ponds un texte qui me semble aux quelques phrases que j'ai lues ci et là assez construit, réfléchi et "correct". Donc je ne peux que t'encourager.
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yuen
Posté le
18 mai 2009 à 19:42:47
"Et sans bonne introduction, et ben... Pas de bonne lecture. "
Bien d'accord. (avec tout le reste également. )
"J'ai pas lu, j'ai pas vraiment le temps"
--> On dirait moi ça.
D'ailleurs, pour ne pas qu'il y ai confusion, je le dis haut et fort : je n'ai pas lu...Enfin, si peut-être...On m'a forcé...J'ai pas eu le choix...
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[Nevada]
Posté le
27 mai 2009 à 10:27:42
Je crois que j'ai encore des efforts à faire niveau structure de texte.
Merci Maitre-Misha pour cette remarque, j'en prends note.
"Sinon, et bien le fait de faire une histoire sans rapport avec ToS permet d'éviter bien des écueils, tu les as énumérés pour les plus embêtants : descendances en tout genre, trame simpliste... Mais tu pouvais très bien te créer ton univers et faire quelque chose de très intéressant tout en reprenant la base de ToS.
C'était juste pour dire que une fan fic venant d'un jeu n'entraîne pas forcément les défauts cités (il n'y a qu'à voir certaines fics de ce forum, malheureusement pour la plupart abandonnées ou terminées, qui mériteraient de biens beaux coup d'oeil). "
--> Oui, je le sais bien, j'ai lu beaucoup de ces fics (certes, inachevées pour la plupart) que j'ai apprécié. Le soucis, étant que pour faire preuve d'originalité, sans avoir l'air de copier sur tel ou tel histoire, ce n'est pas aisé.
Et puis, j'étais très inspiré pour cette histoire-ci.
"En tout cas tu te donnes du mal, tu nous ponds un texte qui me semble aux quelques phrases que j'ai lues ci et là assez construit, réfléchi et "correct". Donc je ne peux que t'encourager. "
--> Merci, je ferai de mon mieux.
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[Nevada]
Posté le
5 juillet 2009 à 22:46:58
Chapitre 2 : Adieux.
Dagan ne su exactement comment il réussit à franchir la barrière montagneuse. Il ne su combien de temps il resta dans cet état d’hébétude, courant droit devant, ne se retournant pas une seule fois, fuyant simplement la réalité de cette nuit chaotique.
Il se retrouva juste de l’autre côté de Taranis, l’air encore hagard, son esprit fatigué assimilant difficilement les évènements qui l’avaient mené ici même, sur ces terres qu’il n’avait pu qu’imaginer.
Devant lui, il ne voyait que la noirceur de la nuit qui n’en finissait pas. Il fit quelques pas chancelants, ses jambes meurtries par sa course au milieu d’une forêt dense en végétation, dont les ronces avaient peu à peu égratigné ses habits, puis sa peau. L’escalade des imposantes dames avaient fini par venir à bout de ses forces.
Le souffle de plus en plus saccadé, il continua à avancer toujours tout droit, sans savoir ce qu’il l’attendait derrière l’obscur horizon. Les Istris le poursuivait-il ? Combien de chemin allait-il devoir parcourir encore ? Sa vie se résumerait-elle à ça dorénavant ?
Il n’avait nul part où aller, il ne pouvait revenir auprès des siens, il était désormais seul.
Il serra contre lui le fardeau qu’il tenait dans ses bras, un fardeau bien trop lourd pour lui. Il ne regardait pas l’enfant, ne voulant pas voir son visage, s’obstinant à l’ignorer.
Son fils. Il aurait dû faire sa fierté. Pour lui, il avait senti son cœur changer, se détourner de ses rêves d’enfant, grandir tout simplement. Ses instants de doute, longuement ressasser sur la falaise abrupte, l’océan pour seul conseiller, à l’aube de sa naissance, lui avaient ouvert une nouvelle voie, l’incitant à comprendre ce qui lui importait réellement.
Cette voie s’était cruellement dissipée sous ses pas, le faisant choir dans le tourment du cauchemar pourtant si réel qu’il vivait. La beauté de cette illusion, il l’avait approché de si près, tendant la main pour la saisir, qu’il ne ressentait à présent que la douleur de la voir s’effriter entre ses doigts.
L’épuisement jouant avec ses nerfs, Dagan fut alors convaincu qu’il devait éliminer ce fardeau, les paroles de son père lui revenant en tête : Faire ce qu’il lui paraissait juste.
Il s’arrêta au milieu de l’immense plaine désolée où aucune forme de vie ne semblait pouvoir exister. Sur le sol rocailleux et aride, il posa l’enfant enroulé dans un drap blanc devenu poussiéreux et s’agenouilla devant lui. L’éclat d’une profonde haine brillait dans le regard du jeune guerrier, en une nuit il avait tout perdu, tout, et devant lui, la cause de tous ses malheurs. Dagan avait écouté les nombreuses discussions sur les impurs, il avait lu le petit carnet et il avait encore en mémoire les horreurs qu’avait commis l’un de ses êtres. Comment pourrait-il vivre en laissant cette abomination grandir et causer tant de souffrance ? Il devait réagir maintenant, avant qu’il ne soit trop tard, ça semblait tellement évident ! Il évita encore de regarder le tout jeune enfant, chair de sa chair, et retira sa légère veste de tissu noire héritée de son père en même temps que l’épée qu’il portait avec fierté. D’un geste tremblant sous l’émotion, il la plia rapidement avant de la poser sur le visage du si petit bébé.
- Pour Erell, pour mon village…se justifia-t-il afin de se donner le courage de commettre un crime bien horrible.
Dagan ouvrit les yeux sur un ciel bien gris. Les nuages formaient une masse épaisse sans forme, prêts à déverser leur crachin sur ces terres impatientes de recevoir quelques gouttes du nectar des cieux.
Le jeune homme se redressa, il n’avait pas le souvenir de s’être endormi, il avait du sombrer avant de s’en rendre compte. Sa main tomba sur un morceau de tissu qu’il froissa des doigts, furieux de sa faiblesse. Il n’avait pas pu le tuer. Un frisson glacial lui parcourut l’échine, le souvenir de cette tentative lui était pénible.
Malgré toute sa rancœur, toute sa détresse, commettre cet acte barbare était au-dessus de ses forces. Quel homme pourrait tuer un être sans défense, innocent jusqu’à ce que le destin ne décide de le pousser dans les bras tentateur du côté obscur ? Il pouvait le haïr, mais l’assassiner froidement était contraire à ses principes et ceux de son peuple, comment se prétendre encore Heneg après ce crime ? Il avait beaucoup trop perdu pour abandonner également sa fierté et ses valeurs.
L’enfant émit un léger gazouillis, se rappelant à lui. Avait-il faim ou froid ? Dagan chassa ses questions d’un mouvement de tête, peu lui importait, il ne pourrait s’occuper de lui. Il se mit sur pieds et lança un regard en direction des montagnes de Taranis, une vague de nostalgie dans les yeux, son pays allait lui manquer, son ancienne vie, sa famille, plus jamais rien ne serait comme avant.
Il regarda tout autour de lui puis, avec précaution, prit l’enfant dont les yeux n’étaient plus imbibés de cette étrange lueur, le rendant ainsi semblable à tout autre bébé. Les plaines étaient bien différentes de sa terre natale, il n’y avait que peu de végétation sur le sol craquelé par la sécheresse. Au loin, une fumée s’élevant dans les airs lui indiqua la présence d’habitations, ne sachant où aller pour le moment, il se dirigea dans cette direction.
La honte grandissait au fur et à mesure de ses pas, devoir mendier sa nourriture lui portait un coup dans sa fierté de guerrier. Les Henegs étaient de grands chasseurs, capables de se débrouiller seuls au milieu de la nature, pour survivrent ils n’avaient besoin de personne, mais sur ces terres si infertiles, ces terres qu’il ne connaissait pas, le jeune homme se sentit presque désemparé. Quels animaux vivaient ici ? Où était leur habitat ? Vivaient-ils le jour, la nuit ? Il ne connaissait rien et il ne pouvait se permettre de rester des jours à étudier le comportement de la faune, s’il y en avait réellement une.
Il marcha un long moment avant d’enfin apercevoir des cabanons délabrés, s’il n’y avait eu cette fumée, jamais il n’aurait pu croire que des gens y vivaient. Le bois semblait pourri et plus il se rapprochait, plus il constatait la désolation des lieux. Etait-ce ça alors la pauvreté ? pensa-t-il en se souvenant des récits de ses camarades ayant effectué leur voyage initiatique. Son peuple partageant tout, il n’y avait pas de différence entre les familles d’un même village, et bien qu’il avait ouï dire que de l’autre côté, les choses étaient différentes, il n’avait juste pas imaginé à quel point.
Il entendit des rires d’enfants provenant de l’arrière de la première maison, il pinça ses lèvres, se méprisant à devoir imposer sa présence à des personnes aussi démunies. Il avait faim, mais il pouvait encore tenir un peu, eux devaient ne pas manger tous les jours.
- Jeune homme, que vient faire un étranger sur ces terres inhospitalières ?
Dagan sursauta et se tourna vers l’homme d’une quarantaine d’années qui venait de lui adresser la parole.
- Je…
Il hésita, que devait-il dire ? Il regarda l’enfant qu’il tenait toujours dans ses bras, comme s’il pouvait lui apporter la réponse.
- Je…Ma sœur est morte en mettant cet enfant au monde…Je dois retrouver son père…Je ne sais m’occuper d’un nouveau né…Alors…Alors…
N’osant regarder l’homme dans les yeux, il baissa le regard sur les habits troués et usés qu’il portait.
- Je comprends, je suis bien navré pour ta sœur. Viens, ma femme est dans la maison.
Serrant les mâchoires, Dagan suivit l’homme silencieusement. Le mensonge qu’il venait de prononcer, n’était en rien réfléchi, il lui était venu si naturellement qu’il en fut un peu effrayé, il n’avait pas pour habitude de raconter de telles choses. La honte était un sentiment bien étrange, mais il tenta de l’ignorer. Il n’avait pas le choix.
Il pénétra dans ce que son bienfaiteur appelait maison, mais qui ressemblait plus à un taudis, l’intérieur n’était pas plus reluisant que l’extérieur, le toit diffusait la lumière du jour à travers ses innombrables orifices, les murs et le plancher n’avaient pas non plus bonne allure et semblaient prêts à s’effondrer. Une petite table bancale, rafistolée à plusieurs endroits, siégeait au milieu de la première pièce mangeant presque tout l’espace. Les meubles y étaient rares, ces gens ne devant se contenter que du strict minimum, néanmoins, ils avaient tout fait pour rendre ce lieu chaleureux. Les sièges étaient recouverts de tissus aux couleurs chaudes, un grand cadre représentant un paysage au couché du soleil habillait un des murs, peut-être pour y dissimuler un trou béant, mais donnant une touche plus accueillante à l’ensemble de la maison. Un tapis rouge, usé mais toujours en bon état, avait été placé sous la table, là encore, Dagan se dit qu’il servait de cache-misère.
- Es-tu Heneg ? demanda alors l’homme.
Le jeune guerrier hocha la tête.
« Oui…murmura-t-il tristement.
- Je croyais ce peuple solidaire avec les siens, serait-il arrivé un malheur à ton village ? »
Constatant que l’homme était décidemment bien curieux et plutôt futé. Dagan répondit par un autre mensonge qui mettrait fin à ces questions embarrassantes.
« Non…Mais, ma sœur ma fait promettre de retrouver son mari…Mes parents étaient contre ce mariage…Maintenant qu’elle est décédée…
- Je vois...C’est une bonne décision, il ne faut pas contrarier la volonté des morts. »
Dagan lui lança un regard suspicieux, se demandant s’il se moquait de lui.
- Je suis Owen, je vais appeler ma femme pour qu’elle s’occupe du bébé.
L’homme partit dans la pièce d’à côté et quelques minutes après, une femme blonde, un peu ronde, au tablier autrefois blanc sortit.
- Je suis Sev, alors tu as besoin d’un coup de main gamin ?
Il hocha la tête, en regardant le visage rubicond de cette femme aux manières quelque peu rustres.
« Je suis Dagan…Je suis désolé de vous importuner, s’excusa-t-il en baissant la tête.
- Ce n’est rien, ici, nous avons l’habitude avec les enfants ! Laisse-moi m’occuper de ce petit, je suis sure qu’il a faim. »
Dagan fut soulagé et lui tendit son fils avec un sourire reconnaissant. Owen l’invita à s’installer autour de la table, une fois en face de lui, Dagan remarqua que l’homme ne le lâchait pas du regard. Loin d’être impressionné par l’éclat de ses yeux gris, le guerrier planta son regard dans le sien.
- Où se trouve le père de l’enfant ? En as-tu la moindre idée ?
Les poings de Dagan se crispèrent sur son fin pantalon bleu foncé.
« Il appartient à la garde d’Aelez, il est en ce moment sur le continent Kornôg.
- Sur Kornôg, c’est vague ça…Comment vas-tu arriver jusqu’à là-bas avec un si jeune enfant ? Le voyage va être long.
- Je sais, mais je n’ai pas le choix…Je ne peux pas retourner chez moi… »
Cette fois, le jeune homme ne mentait pas, troublé par l’émotion qui le submergeait, il détourna le regard.
« Je vais t’indiquer la route à prendre, la plus sure pour vous. Les plaines d’Iben sont plutôt rudes.
- Merci… »
Le sujet dévia sur tout autre chose, Owen lui racontant la vie au milieu de ce pays, comment lui et sa femme avaient décidé de rester malgré tout sur ces terres autrefois plus accueillantes. Dagan l’écouta d’une oreille distraite, son esprit absorbé par toutes autres préoccupations.
Son peuple était-il sauf ? Sa famille ? Comme il lui était pénible d’être dans l’incertitude. Il était parti si vite, abasourdi par la décision irrévocable de son père qu’il n’avait eu le temps de faire ses adieux.
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[Nevada]
Posté le
5 juillet 2009 à 22:47:31
Ils furent soudain interrompus par deux jeunes enfants entrant bruyamment, Dagan sursauta lorsque la porte cogna contre mur dans un bruit sourd.
- P’pa ! Regarde…
Le petit garçon aux cheveux blonds se tu lorsqu’il remarqua la présence du jeune homme, il le regardait avec des grands yeux verts emplis de curiosité et à la fois de crainte. L’autre enfant, une fillette à la chevelure châtain, au visage ressemblant considérablement à son père jusqu’à ses yeux gris, se plaça derrière son cadet et posa ses mains sur ses épaules en un geste protecteur.
- Halory, Hélène, nous avons un invité, restez sages !
Les deux gamins acquiescèrent en silence, fixant toujours cet hôte impromptu. Dagan tenta un sourire, mais abandonna ne s’en sentant pas le courage.
- Dagan, voici deux de mes enfants, ce sont les plus jeunes, les aînés sont partis voilà déjà bien longtemps…
La voix de l’homme exprimait tristesse et regret, le jeune guerrier se demanda si son père aurait la même émotion dans sa voix lorsqu’il évoquerait son nom.
- Qu’as-tu trouvé de si exceptionnel Halory ? Fit Sev en revenant dans la pièce principale. Allons ne sois pas timide !
« Je n’ai rien trouvé, répondit le garçonnet en regardant ses pieds.
- Pourquoi diable toute cette excitation alors ?! Je vous ai répété cent fois de ne pas ouvrir cette porte si brutalement ! »
Cette fois, le ton de Sev avait pris un ton plus exaspéré.
« Mais...
- Il pleut ! s’écria alors la fillette avec une excitation non cachée. »
Dagan n’aurait jamais pensé que la simple évocation de la pluie puisse rendre des gens aussi heureux, il les accompagna dehors, regardant avec toute cette famille puis les quelques autres qui les rejoignirent, le nuage noir déversant son flot à quelques kilomètres de ce piteux village.
« C’est…C’est incroyable ! s’extasia un homme âgé crispant sa main autour de la canne qui le maintenait debout.
- Nos prières ont enfin été écoutées ! pleura une jeune femme au ventre arrondis. Les Dieux ne nous ont pas oublié ! »
Le vent poussait le gros nuage en leur direction, comme s’ils n’y croyaient pas, beaucoup restèrent dehors, attendant que les premières gouttes de pluie ruissellent entre leurs mains. Dagan se mit à l’abri de cette violente averse qui s’abattit sur ses terres desséchées. Il regarda des enfants récoltant l’eau dans des seaux avec un certain étonnement, ce ne fut que quelques instant plus tard qu’il réalisa ce que cette pluie déferlante représentait pour ce village. Pour lui, ce n’était qu’un phénomène banal, sans réelle importance, mais ici, sa venue prenait un tout autre sens, c’était un bien des plus précieux. Depuis combien de temps se restreignaient-ils en eau ? Depuis quand n’avaient-ils pas eu plaisir à rester sous une pluie battante ?
Dagan qui n’avait jamais manqué de rien, se demanda ce qu’était la soif, la vraie soif dont tous ces habitants devaient souffrir quotidiennement. Sortant de son abri de fortune, il prit le premier récipient qu’il trouva et rejoignit les enfants et adultes à présent complètement détrempés par la pluie. Le sol avalait goulûment la moindre goutte, la boue souillait les chaussures en cuir tanné du jeune Heneg qui continua de remplir un à un les récipients qu’il trouvait.
Une fois la dernière goutte tombée, Dagan rejoignit Sev à l’intérieur de la maison, tandis qu’Owen vidait les récipients dans un grand bac. Conscient de l’état pitoyable dans lequel il se trouvait, il se déchaussa et essora ses habits du mieux qu’il le pu. La première chose qu’il remarqua en entrant fut les dégâts provoqués par la soudaine averse. Le tapis rouge était à présent complètement ravagé par la boue, la table baignait dans quelques centimètres d’eau et l’un des pieds s’était enfoncé dans le sol. Dagan, pieds nus, réalisa que lui-même marchait dans l’eau, le planché n’avait pas tenu bon fasse à tant d’eau qui avait infiltré les moindres coin de la pièce.
- Quel désastre ! lança Sev en riant.
Il la regarda avec incompréhension, elle ne semblait pas perturbée par l’état dans lequel ces quelques meubles se trouvaient.
- Si j’avais su qu’un Heneg nous apporterait la pluie, j’aurais été en chercher un bien avant !
Le sourire éclairant son visage la rendait presque méconnaissable. Il l’aida à remettre un peu d’ordre, mais faire partir toute l’eau était un travail laborieux. Il ne su combien de fois il vida des seaux dans lequel il avait essoré les diverses serviettes engorgées d’eau. Il devint évident qu’enlever le bois pourri du plancher s’imposait, les lattes cédant parfois sous leur poids, les laisser serait dangereux pour les enfants. Owen semblait à peine contrarié par cela, en emmenant les quelques meubles dehors, le jeune homme remarqua que les quelques familles vivant au village faisaient de même.
- Nous allons mériter un bon repas après tout ça !
Le soir tomba rapidement, Dagan ne s’était même pas rendu compte qu’il était déjà si tard. A ce même instant, la veille, sa vie n’avait pas encore basculé, il portait encore en lui ses rêves de chevaliers, d’aventure. Erell vivait encore, luttant avec désespoir pour sa vie et celle de son enfant qu’elle chérissait déjà. Et puis, le cauchemar.
Aller de l’avant, ne pas regarder en arrière, c’était ainsi que vivaient les Henegs, mais combien d’entre eux avaient dû tout abandonner contre leur gré ?
Il allait devoir errer toute sa vie, de ville en ville, de famille en famille, mendiant et mentant. Quel sens aurait cette vie ? Sans foyer, sans attaches, il n’était rien. S’il avait tant souhaité rejoindre la garde, s’était pour rendre fier ses parents, prouver qu’il était un valeureux guerrier, et l’indépendance à laquelle il avait aspiré ne prenait pas en compte une rupture totale et définitive avec les siens.
Tout le petit village s’était réuni autour d’un feu, la plupart des maisons étaient devenues inhabitables et les habitants allaient devoir passer de longues nuits dehors avant de pouvoir à nouveau avoir un toit au dessus de leur tête, pourtant tous étaient dans un grand état d’excitation, comme si ce simple phénomène avait réveillé une flamme d’espoir en chacun d’eux.
La faim lui serrait l’estomac et se fut donc impatiemment qu’il attendit que les femmes finissent de préparer le repas. Sev s’occupait de l’enfant, lui parlant comme s’il était capable de la comprendre. Il ne l’avait pas repris dans ses bras depuis qu’il était arrivé voilà quelques heures, il regarda cette scène du coin de l’œil, revivant les évènements de la nuit précédente avec rancoeur envers son fils, cette abomination.
- Cet enfant est une bénédiction !
Par cette simple remarque, Sev réveilla en lui le sentiment d’injustice telle une innocente brise ravivant un feu oublié.
- Ne pleure-t-il donc jamais ? continua-t-elle sans se douter un instant du violent tourment qui secouait le jeune homme au plus profond de son être. C’est agréable, mais un peu étrange…
Dagan se figea cette fois, il s’était attendu à ce qu’il remarque l’étrangeté de son fils mais cela lui fit un choc de l’entendre.
- Il ne mange pas énormément non plus…souffla la femme avec un air plutôt inquiet.
Se rendant soudain compte qu’elle avait parlé à haute voix, elle lui fit un sourire tremblant, se voulant sans doute rassurant.
- Je suis sure que ce n’est rien…se rattrapa-t-elle, après tout, les enfants Heneg sont un peu différents des nôtres…Je suppose qu’ils pleurent moins et sont plus robustes à la naissance…
Dagan acquiesça poliment de la tête. Il ne voulait pas la contredire, si elle le pensait, tous les autres aussi, bien qu’il sache pertinemment qu’un enfant Heneg ou non, avait besoin de manger et de pleurer.
- C’est vrai, vos pouvoirs doivent grandement vous avantager, intervint soudain Owen avec une lueur plutôt intéressée dansant dans ses yeux gris.
Le jeune homme secoua la tête.
- Nous essayons de ne pas y avoir recours, nous respectons le traité.
De son père, et plus encore de son arrière-grand-père, il savait que les humains avaient longtemps été jaloux et envieux du pouvoir qui leur avait été donné, il ne pu réprimer l’idée que cet homme lui faisant face, n’était pas si innocent qu’il y paraissait. Quand il lui avait parlé de son pays, ces plaines si rudes, il n’avait cessé de les comparer au territoire s’étendant derrière les montagnes de Taranis, pensait-il que les Henegs étaient responsables de la sécheresse ? Qu’ils avaient usé de leur pouvoir pour rendre leur terre fertile au détriment de la leur ?
- Vraiment ? fit Owen avec une feinte surprise. Si je possédais un tel pouvoir, je ne me priverai pas de l’utiliser…Ici, sur les plaines d’Iben, un peu d’aide serait la bienvenue…
Le jeune Heneg se raidit aussitôt, même s’ils l’avaient accueilli sans rien demander en retour, il ne connaissait rien de ces gens et un sentiment de méfiance ne cessait de grandir en lui. Qu’attendaient-ils de lui ?
Dagan ravala de justesse la remarque désagréable qui lui était montée aux lèvres, préférant ne pas provoquer ses hôtes. L’homme semblait guetter sa réaction, alors il tenta de rester le plus calme possible et nonchalamment il accepta l’assiette qu’une jeune femme aux cheveux blonds lui tendit, réussissant même à lui rendre un sourire, sourire qu’elle dû prendre comme une invitation, car elle s’installa à côté de lui, son épaule effleurant la sienne. Ignorant la présence de cette femme aux manières un peu trop familières, il reporta discrètement son attention sur Owen. L’homme, le visage souriant, détendu, bavardait maintenant avec deux autres villageois, le jeune Heneg aurait presque pu croire qu’il avait mal interprété les paroles d’Owen, imaginant des sous-entendus qui n’avaient pas lieu d’être, oui, peut-être y aurait-il cru s’il n’avait pas intercepter leur regard glissant vers son fils avec beaucoup trop d’attention.
Le sang de Dagan se figea dans ses veines, il ne s’agissait pas de lui, seule l’abomination qu’il avait engendré semblait les intéresser. Savaient-ils ? Non, si les Henegs avaient à peine eu connaissance de l’existences des impurs, il y avait très peu de chance que des humains isolés sur des terres peu fréquentées puissent ne serait-ce que l’imaginer.
Après la pluie, le ciel s’était rapidement dégagé de ses lourds nuages, laissant place aux innombrables étoiles constellant la voûte céleste. Dagan, songeur, contemplait ce spectacle qu’il connaissait par cœur. Il se souvenait des noms que lui avait appris son père, de ses moments qu’il avait passé avec lui, se sentant important à ses yeux, d’agréables instants qu’il aurait dû partager avec son fils, perpétuant l’enseignement transmis par Gael, des instants qui n’existeront jamais.
Il jeta un rapide coup d’œil à l’enfant qu’il avait gardé près de lui malgré l’insistance de Sev et d’Owen, pas par envie, mais parce qu’il n’avait pas confiance en ces gens bien trop attentionnés envers son fils. Si des humains avides de pouvoirs venaient à s’emparer de ce démon dont la puissance dépassait l’imaginable, le monde courrait à sa perte, les guerres actuelles ne seraient rien à côté de ce qu’il arriverait dans un tel cas. Dagan serra ses poings de rage en imaginant pareille situation, la nature démoniaque de son fils ne devait jamais être révélée.
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[Nevada]
Posté le
5 juillet 2009 à 22:48:23
Il passa une première nuit, puis une deuxième dans ce piteux village dont pourtant son instinct lui préconisait de fuir. Malgré toute sa défiance, ses soupçons, Dagan ne pouvait nier qu’être au sein de cette communauté le rassurait. Peut-être était-ce la vision des montagnes qui l’avaient vu naître qui l’empêchait de quitter cet endroit, peut-être ne pouvait-il tout simplement pas se détacher de ses terres si proches de lui mais maintenant si loin de son cœur ?
Pourtant, il ne pouvait rester ici indéfiniment, les raisons qui le retenaient étaient une entrave, des chaînes invisibles qui l’empêchaient d’avancer et de continuer sa vie.
Sa vie. Que serait-elle ?
Sous la douce lueur de la lune, il se torturait l’esprit avec des questions qui n’appelaient aucune réponse satisfaisante, son avenir lui semblait bien trouble et obscur. Il savait qu’il devait se libérer de ses chaînes, s’évader de cette prison de nostalgie, trouver par lui-même un sens à son existence et écrire les nouveaux chapitres de sa vie, jour après jour, mais tourner la page sur un pan important de sa vie restait un choix difficile.
En cette troisième nuit sous le ciel des plaines d’Iben, Dagan se débattait encore avec ses émotions contradictoires, raison et déraison s’étaient lancées dans un duel dont l’issue déterminerait sa destinée. Le jeune homme ne pouvait se résoudre à abandonner ses terres à jamais, mais ne pas le faire ne ferait que rendre douloureux cette lointaine proximité.
Et puis, il le sentait un peu plus chaque jour, le danger se rapprochait. Les chuchotements sur son passage, les regards en biais, les brides de conversations qu’il avait surpris inopinément, il ne pouvait ignorer que quelque chose se tramait au sein de cette communauté d’apparence si inoffensive.
Des bruit de pas se rapprochant de lui, Dagan fit mine de dormir, réprimant un soupir d’exaspération. Il s’était installé à l’écart des villageois, aspirant à la tranquillité et espérant chaque nuit trouver le courage de fuir. Ces gens l’intriguaient, mais il ne pouvait perdre son temps à découvrir leurs motivations quand à l’intérêt qu’il portait à son fils.
Les pas se firent hésitants, Dagan ne bougea pas, attendant de savoir ce qu’on lui voulait. Peut-être s’agissait-il juste de Sev venant s’inquiéter de l’enfant, qui que soit cette personne, elle ne semblait pas être une grande menace, toutefois, l’esprit du jeune homme n’était pas tranquille. Doucement, il ouvrit un œil et repéra une silhouette de femme près de lui, mais remarqua qu’elle n’avait rien en commun avec celle de Sev.
L’enfant émit une sorte de pleure, comme si lui aussi ne se sentait pas totalement rassuré par cette présence inconvenante. Dagan ne pu simuler plus longtemps son sommeil et se redressa lentement, fixant la femme aux cheveux blonds avec vigilance. Il esquissa une moue contrariée en reconnaissant la jeune femme qui n’arrêtait pas de rechercher sa compagnie, lui posant de bien curieuses questions. Ses yeux bleus paraissant bien sombres dans la pénombre se posèrent sur lui avec impudence, le détaillant sans la moindre gène. Il fit de même, ne se laissant pas intimider par cette impudeur. Elle était d’un physique avenant, Dagan aimait en particulier la couleur de ses pupilles claires, teinte assez commune parmi ces villageois mais qui pour lui était bien intrigante, ses cheveux blonds maintenus par un nœud rose étaient semblables à ceux de la mère d’Erell dont il regardait souvent la photographie, espérant un jour rencontrer le peuple qui l’avait toujours fasciné. Il était bien déçu de cette rencontre, les humains n’étaient pas ceux qu’il avait cru être.
- Désolée, je ne voulais pas réveiller le petit, s’excusa-t-elle avec un peu trop de légèreté pour qu’il puisse la croire sincère.
- Aucune importance, fit-il sèchement. Un problème ?
Il avait dû supporter son incessant babillage et ses questions quelque peu insistantes, ne faisant qu’éveiller en lui plus de doutes et de méfiance. La jeune femme était décidemment bien obstinée, que lui voulait-elle encore ? Ne pouvait-elle pas juste se taire et disparaître ?
- Je voulais te proposer quelque chose…Enfin…Tu vois…
Elle s’agenouilla vers lui, se mettant ainsi à sa hauteur. Alors qu’elle se baissait, un éclat argenté attira son regard dans le décolleté un peu trop prononcé de sa robe. N’était-ce pas une lame dont l’éclat de la lune venait de lui révéler la présence ?
- Que veux-tu ? lui demanda-t-il brusquement en la fixant droit dans les yeux, tentant de faire abstraction de l’arme qu’elle cachait.
Son épée se trouvait à portée de main, mais il ne la saisit pas, cette femme, bien que qu’armée, lui semblait bien maladroite pour représenter un danger quelconque. Sans s’en rendre compte, elle avait dévoilé son jeu et ses intentions.
Ces gens étaient de plus en plus inquiétants, mais envoyer une femme, seule qui plus est, pour le tuer était une erreur de leur part, il leur apprendrait ce que cela faisait de sous-estimer un guerrier Heneg aussi jeune qu’il puisse être.
La jeune femme dont le nom lui échappait posa une main sur sa joue, Dagan se raidit à ce contact qu’il désapprouva aussitôt.
- Pourquoi ne pas laisser ton neveu à Sev ? Nous pourrions rester seuls…
Dagan scruta son visage enjôleur, y recherchant la vérité. Neven lui avait souvent parlé de ce jeu de séduction entre un homme et une femme, il devait malheureusement avouer qu’il n’avait pas le même tempérament que son aïeul et qu’il n’était pas à l’aise face à cette situation.
- Nous pourrions nous isoler et faire…plus ample connaissance…
Son ton mielleux l’irrita au plus haut point. Malgré tout, il accepta sa proposition, il aurait moins de mal à découvrir sa motivation à l’écart du village.
« Attends moi ici, je vais apporté l’enfant à Sev.
- Ne t’inquiète pas, je ne bouge pas…souffla-t-il alors qu’il la regardait courir transportant son fils dans les bras. »
Rapidement, il dissimula un poignard qu’il attacha autour de sa cheville, son épée ne ferait qu’éveiller les soupçons de la jeune femme, il se devait de paraître aussi inoffensif que possible. Il n’était pas encore sûr des réelles intentions de la demoiselle imprudente, mais il était clair qu’elle tenait avant tout à l’éloigner de son fils, avait-elle pour mission de le séduire pour le tuer dans un moment de faiblesse ? Cela lui paraissait également des plus évidents et il espérait bien renverser son jeu à son avantage. Cependant, il devrait attendre le moment opportun pour agir, menacer une femme innocente ne faisait pas partit de ses principes. Mais son intuition lui soufflait qu’il ne se trompait pas, même son fils avait pressenti la menace que représentait la jeune femme, ce démon semblait posséder un instinct de survie très développé.
La jeune femme fut de retour quelques instants plus tard, un sourire victorieux sur les lèvres qui l’agaça. Alors qu’elle lui prit la main pour l’entraîner plus loin, il jeta un coup d’œil rapide dans son décolleté et ne fut pas surpris de constater que le poignard était toujours présent.
Il imaginait mal cette femme plutôt chétive en chasseuse expérimentée, de plus, cacher une arme à un tel endroit n’était guère conseillé, en cas de chute la lame pouvait transpercer la poitrine et s’était la mort assurée. Il avait directement exclu l’idée que cette femme puisse porter une telle arme pour des raisons rationnelles et puis, derrière son sourire mièvre, il la sentait nerveuse, ne cessant de lui jeter des regards en biais le détaillant avec insistance comme si elle mesurait sa force. Se rendrait-elle compte par elle-même de la bêtise de son acte ?
Le bruit des vagues s’échouant sur la petite falaise accompagnait leur pas, dans la claire obscurité de cette nuit, Dagan restait à l’affût de la moindre présence suspecte, une fois certain qu’ils furent seuls, il reporta son attention sur la femme.
Lui tenant toujours la main, elle avançait d’un pas rapide, continuant à lui jeter quelques regards qui se voulaient sans doute charmeurs.
- Nous sommes assez loin à présent, finit-elle par dire.
Dagan jeta un œil en direction du village, il voyait encore la lumière projetée par le feu de camp, il n’aurait aucun mal à le rejoindre pour récupérer son fils si besoin était.
La jeune femme se colla contre lui, l’entourant de ses bras, Dagan réprima une grimace de dégoût et fit de même. Il avait choisi d’entrer dans son jeu, il devait maintenant en prendre la responsabilité même si cette attitude ne lui déplaisait. Elle plaqua ses lèvres contre les siennes, ne lui laissant pas le temps de réfléchir à la suite à donner aux évènements, cette femme avait le don de le prendre au dépourvu.
Il répondit à ce baiser, essayant d’agir comme Neven aurait fait, bien qu’il ne fût pas sûr que cela soit la bonne méthode. Ne devrait-il pas juste la repousser et lui faire avouer ce qu’elle et son peuple voulait à son fils ?
Elle se détacha de leur étreinte avant qu’il n’ait le temps de le faire, soulagé, il se demanda si elle allait enfin dévoiler ses véritables intentions. Au lieu de ça, elle s’assit sur le sol et l’invita à faire de même, Dagan hésita, jusqu’où devrait-il pousser cette comédie ?
- Ne sois pas timide, lui fit-elle en détachant sa chevelure blonde du nœud rose qui l’enserrait.
Le guerrier tenta de calmer son trouble, la tournure que prenaient les choses le dépassait complètement, pourquoi n’essayait-elle pas encore de le tuer ? Ici, loin de toute aide ?
- Je ne te veux aucun mal, je veux juste être avec toi, continua-t-elle cette fois déboutonnant le bas de son chemisier assorti à la couleur de son nœud.
Sans un mot, le jeune homme obéit et s’installa à côté d’elle. Il était à présent certain qu’elle n’agirait pas tant qu’elle ne serait sure qu’il fut complètement sous son emprise. Il était un homme après tout, un guerrier qui plus est, elle ne devait pas être sotte au point de croire qu’elle pourrait le vaincre seule. Avoir sa pleine et entière confiance et l’abattre au moment même où il baisserait sa garde devait être son plan.
- A quoi penses-tu ? lui demanda-t-elle alors qu’il fixait inconsciemment le haut de sa poitrine.
Ne voulant plus éterniser cette situation inconfortable, Dagan lui sourit avec une certaine désinvolture, voire une légère moquerie. Il n’était pas Neven, il ne pouvait supporter davantage ce jeu ridicule, il réalisa que depuis le début il aurait dû agir à sa manière et s’épargner des tentatives futiles dont il ne pouvait appréhender les conséquences. Sur ce terrain, il manquait d’expériences et d’assurance, il ne pouvait prendre le risque de s’enfermer dans son propre piège maladroitement tendu.
Une lueur narquoise dans les yeux, un sourire féroce sur les lèvres, il l’attrapa violemment par les épaules. Assez des détours et des faux semblants, il était plus que temps pour lui de passer à l’action.
- Attends… !
Le regard apeuré qu’elle lui jeta fut pour lui la preuve que sa méthode, bien que moins délicate certes, était d’une rapide efficacité. Rester soi même, ne pas chercher à jouer un rôle qu’il ne maîtrisait pas, il en était quitte pour une bonne leçon.
Evitant autant que possible de la brusquer plus que de raison, il reserra son emprise autour d’elle.
- Que veux-tu ?
Il n’avait pas crié ni même haussé la voix, il avait juste parlé sèchement, mais cela sembla porter son effet.
« Je…Je voulais juste être avec toi…
- Cesse tes mensonges ! »
D’un geste vif, il attrapa le poignard.
- Que croyais-tu faire avec ceci ?
La peur laissa place à une lueur malicieuse dans les yeux bleus de la captive.
- Je lui avais bien dit de ne pas te sous-estimer…soupira-t-elle mi-railleuse. Est-ce uniquement pour cette raison que tu as accepté mon invitation ? Les Heneg ne savent donc pas profiter des occasions qui leur sont proposées ?
Le jeune homme la fixa avec mépris. La madrée soutenait son regard sans sourciller, avec un léger amusement.
- Pourquoi ne pas rester au village avec nous ? lui demanda-t-elle. Oublions cet…Incident.
Sa désinvolture, son arrogance appela la sienne et avec un sourire sardonique il apposa la pointe de la lame sous le cou de la femme.
« Pourquoi ne pas avouer tes intentions ? répliqua-t-il sur le même ton.
- Mes intentions étaient pourtant claires…Es-tu si naïf au point de ne pas comprendre les désirs d’une femme ? »
Il augmenta la pression de la lame sur la peau blanche de sa prisonnière, lui signifiant qu’il ne se laisserait pas abuser par ses mensonges.
- Ne crois pas que je t’épargnerai, la prévint-il froidement.
La jeune femme se raidit et son visage prit une expression glaciale.
« Owen m’a demandé de te persuader de rester au village avec l’enfant, ce poignard c’était en cas de refus...
- Pourquoi ?
- Pour notre survie à tous bien sûr ! s’écria-t-elle comme si cela était d’une grande évidence. Toi qui as vécu sur des terres fertiles, tu ne peux évidemment pas comprendre. Mais depuis votre arrivée, la pluie daigne enfin inonder nos terres !
- Ce n’est que pure coïncidence ! Les Henegs n’apportent pas la pluie, nos pouvoirs ne sont pas aussi puissants !
- Comment expliques-tu alors cette différence entre ce côté de Taranis et ton territoire ? Ne mens pas, nous savons que ce sont vos pouvoirs qui rendent vos terres fertiles ! »
Dagan soupira d’agacement, les humains ne comprendraient jamais rien ! Exaspéré, il la relâcha brusquement et recula de quelques pas.
- Voilà ce qu’un Heneg est capable de faire !
Prononçant ces mots, il tendit une main devant lui, concentrant toute son énergie au creux de sa main. Une lueur rougeâtre y apparue, peu à peu, elle gagna en densité et forma une petite sphère flamboyante, le brasier de ces flammes incandescentes tournoyait sur lui-même, dégageant une aura nacarat autour de la main du jeune guerrier. Ce concentré de Mana ignescent lui demandait un grand effort de concentration, la maîtrise de ce pouvoir n’avait jamais été son fort, il fut donc ravi de constater que cela impressionnait la jeune femme, voire l’effrayait.
- Nous avons la connaissance du feu, aucun Heneg ne peut invoquer la pluie, poursuivit-il, chaque peuple élu possède un seul et unique pouvoir, telle était la volonté des elfes.
- Impossible ! C’est faux ! éclata-t-elle niant la réalité.
Dagan secoua la tête de découragement, il ne pouvait pas lui prouver le contraire, comme il l’avait pensé, les discussions ne mèneraient à rien.
- Si ce n’est pas toi, alors c’est l’enfant ! Lui possède le don d’appeler la pluie ! se persuada alors la jeune femme.
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[Nevada]
Posté le
5 juillet 2009 à 22:49:01
Dagan se cabra instantanément à ses propos. Il refusait cette idée. Tellement absurde !
- Ne sois pas ridicule ! tonna-t-il.
La sphère rutilante qu’il tenait encore au creux de sa main, auréolant le visage de la jeune femme de reflets pourpres, s’embrasa davantage, grandissant instantanément sous le coup de sa colère. Dans son emportement, il lança la boule ardente au loin celle-ci heurta le sol dans une violente explosion.
Le jeune guerrier se détourna de la jeune femme dont le visage affichait une expression de terreur. La retentissante et brutale explosion avait dû se ressentir jusqu’au village, bientôt, on viendrait s’inquiéter du sort de la jeune fille, Dagan regrettait déjà son geste impulsif, mais il n’avait plus le temps de se soucier de son acte. Il devait retourner au village et reprendre son fils coûte que coûte.
Il courut aussi vite qu’il le pu, défilant dans le paysage monotone de ses plaines, une ferme volonté inscrite sur les traits de son visage. L’égoïsme de ses humains lui était inadmissible, se servir de lui et d’un enfant juste pour améliorer leur confort et faciliter leur vie quotidienne était une insulte à son peuple.
Il n’allait pas se laisser tuer pour ça. Il ne pouvait mourir pour une histoire de pluie. Ces humains ne savaient respecter la vie d’autrui ou seulement à leur profit.
A l’orée du village il constata une vive agitation, des hommes venaient de toute part s’attroupant rapidement. Dagan jura d’avoir ainsi attiré l’attention. Se concentrant à nouveau, il créa une minuscule sphère rouge entre ses deux mains, inspirant un grand coup, il l’envoya loin derrière lui. Le bruit de l’explosion fut moins fort que la précédente, néanmoins, cela suffit à faire diversion. Quand la plupart des hommes s’élancèrent dans la direction voulue, il contourna le village par le sud et se cacha derrière la première maison en ruine qu’il croisa.
Furtivement, il avança de maison en maison, évitant toute présence humaine, il ne voulait que prendre son fils et partir. Il se moquait bien de leur croyance ridicule, il n’avait le courage de leur prouver leurs tords, ni même les moyens. Il devait juste passer inaperçu, ne pas rechercher la confrontation, lutter contre ces gens désespérés ne lui apporterait rien. Il l’avait vu ce désespoir dans les yeux de la jeune femme, ce refus de croire qu’il ne pouvait lui apporter un miracle, c’était pathétique.
En pénétrant dans leur vie, s’imposant à eux tel un faiseur d’espoir, il avait réveillé leurs instincts les plus sombres. Il avait fait une erreur en restant dans ce village alors qu’il avait conscience du trouble qu’il provoquait.
- Qu’allons-nous faire Owen ?
En reconnaissant la voix de Sev, Dagan s’arrêta net, dissimulé derrière un pan en bois, il écouta la conversation entre les époux.
« Tant que nous avons l’enfant, nous ne ferons rien.
- Tu vas le tuer ? Le gamin ? »
Sev semblait écoeurée à cette idée, le jeune homme fut presque heureux de le constater, elle s’était beaucoup inquiéter de son fils, s’occupant de lui comme de son propre enfant, il avait du respect pour cette femme qui gardait le sourire malgré les épreuves. Owen était le seul responsable de cette situation, il avait dû convaincre les siens d’en venir à de telles extrémités. Lui seul avait paru intéressé par ses pouvoirs après tout.
« Je ferai ce qui est juste pour notre bien. Nous avons besoin de ces pouvoirs, l’enfant nous sera d’une grande aide, nous pourrons vivre comme avant.
- Comme avant ! Qu’est-ce qui sera comme avant ? Nos enfants ne reviendront pas ! Comment pourrais-je te regarder à nouveau dans les yeux si tu commets un meurtre ? Je ne te reconnais plus Owen !
- Je ne veux tuer personne, mais c’est notre chance Sev ! Et puis, il ne veut pas de cet enfant, je l’ai tout de suite remarqué, c’est un poids pour lui, peut-être verra-t-il une occasion de s’en débarrasser ! »
Dagan serra les mâchoires. Owen avait vu juste, chaque fois qu’il avait pu, il avait laissé son fils à Sev, jamais il ne lui avait parlé, jamais il ne l’avait étreint, jamais même il ne l’avait nourrit. S’il avait fait ne serait-ce qu’un geste envers son enfant, peut-être qu’Owen n’en serait pas arrivé là. Pourtant, il n’arrivait pas à ressentir la moindre culpabilité, la folie de l’homme, ses ambitions, il n’en était pas responsable.
« Penses-tu au père de cet enfant ? Lui, qu’en diras-t-il ? On ne peut pas le garder, il ne nous appartient pas. Sois raisonnable Owen, laisse-les partir !
- Sev ! Je fais ça pour toi et les enfants !
- Je le sais…Mais…
- Reste avec l’enfant, je vais chercher le gamin, juste pour discuter… »
Sev marcha jusqu’aux ruines de sa maison, Dagan la suivait de quelques pas. Il était certain qu’elle lui remettrait l’enfant sans discuter. Cette femme n’avait rien en commun avec son mari. Elle était droite, juste, il avait presque de la peine de la laisser dans cette situation, mais il ne pouvait exaucer aucun miracle.
- Sev…murmura-t-il alors qu’elle prenait l’enfant dans ses bras.
Il la vit légèrement tressaillir, mais elle ne chercha pas à se dérober.
- Dagan, ne reste pas ici, je ne peux assurer ta sécurité.
- Merci de vous être occupée de lui.
Ses remerciements étaient plus que sincères, elle avait tenu le rôle qu’il ne pouvait et qu’il ne voulait assurer, sans avoir la moindre mauvaise pensée. Quand elle s’inquiétait pour son fils, s’était bien son instinct de mère qui ressortait, il regrettait à présent d’en avoir douté.
- Ishbel…Ishbel va bien ? demanda-t-elle le yeux remplis de crainte.
Il hocha simplement la tête.
- Owen n’aurait pas dû l’entraîner dans sa folie, mais les conditions sont difficiles par ici…Ce n’est pas une excuse mais…Il faut que tu partes maintenant, avant qu’ils ne reviennent.
Elle lui mit de force l’enfant dans les bras, l’obligeant à le prendre. Il regarda le visage de son fils avec froideur, s’il n’avait pas existé, jamais ces villageois n’auraient eu à subir cela. Ce démon créait déjà bien des problèmes, peut-être même était-il responsable du comportement d’Owen ? Semer le trouble jusqu’à ce que les guerres éclatent, engendrer les pires infamies sur terres et faire couler le sang, c’était cela après tout le pouvoir des impurs. Il ne pouvait l’oublier à cet instant, en quelques jours, il avait poussé ces gens à une révolte, qu’en serait-il plus tard ?
- Tu ne veux pas de lui….
Sev avait parlé avec douceur et tristesse, le mettant face à la réalité. Non, il ne voulait pas de lui, il n’était pas capable de le supporter.
« Ce n’est qu’un enfant, il n’est pas responsable de la mort de ta sœur, comment peux-tu le punir d’un évènement pareil ? Un enfant naît mais il ne l’a pas choisi.
- Il est…
- Peu importe, reporter sur lui la culpabilité d’une mort est cruel, que pensera-t-il plus tard ? Comment pourra-t-il grandir normalement ? Occupe-toi bien de lui jusqu’à ce qu’il retrouve sa famille. Pars vite maintenant ! »
Dagan s’enfuit du village comme il l’avait fait trois nuits plus tôt. Son sac sur le dos et son épée à la ceinture, il courait sur les terres d’Iben en sachant cette fois qu’aucun retour n’était possible. Derrière lui, il imaginait les hautes montagnes disparaître peu à peu derrière l’horizon, ces montagnes qu’ils ne reverraient jamais.
Encore une fois, il ressentit le déchirement de ce départ, mais cette fois, il était sûr de ce qu’il devait faire. Après être certain de ne pas être suivit, il s’arrêta et regarda en direction de Taranis. La lune semblait lui accorder un souhait, faisant jouer ses doux rayons sur les nuages reflétant son halot de lumière, il pouvait distinguer le contour des imposantes montagnes dans la froide obscurité. Son père regardait-il dans sa direction en cet instant ?
Doucement, osant à peine le murmurer, il bougea ses lèvres prononçant silencieusement un seul et unique mot : Adieux.
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yuen
Posté le
10 juillet 2009 à 17:17:49
Pas lu ( ) mais j'étais prise d'une frénésie de comm', alors...
J'ai cru voir une faute en passant, mais je l'ai pas retrouvé.
Je chercherai une prochaine fois.
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[Nevada]
Posté le
10 juillet 2009 à 21:31:57
Il n'est pas difficile de retrouver ces fautes, je les ai remarqué juste après avoir posté, malheureusement, il était trop tard pour les corriger.
Je ferai donc plus attention la prochaine fois.