Fic : Les mémoires d’Avallonia - Tales of Symphonia sur JeuxVideo.com

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Sujet : « Fic : Les mémoires d’Avallonia »

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  • [Nevada] Voir le profil de [Nevada]
  • Posté le 11 avril 2009 à 18:26:34 Avertir un administrateur
  • Bien le bonjour à tous, voici le topic de mon histoire, fic comme l’on dit.
    Le scénario ne reprenant pas du tout la trame de ToS, je vais donc répondre aux questions que certains pourront se poser.
    Pourquoi poster l’histoire ici ? Tout simplement parce que ToS est le dernier RPG auquel j’ai joué et qu’il y aura quand même quelques similitudes. Et puis, j’ai lu quelques histoires ici qui m’ont beaucoup plus.
    Pourquoi le scénario n’a aucun rapport avec l’univers ToS ? Là encore, c’est tout simple, je n’avais pas envie d’une « fic fanservice » (oui, je sais, pour une fanfic c’est étrange ) avec du Colloyd ou du Sheelos ou je-ne-sais-quoi. Un univers tout droit sorti de mon imagination est bien plus intéressant et permet des possibilités qu’un scénario déjà construit, prédéfinit, ne le peut. Il y aura tout de même des éléments, comme le Mana, les elfes, qui se rapprocheront de ToS (et de pas mal d’autres RPG en fait.)

    Que dire d’autre… ? Rien de plus je pense. Je vais donc commencer par le prologue, ce qui semble être le plus logique.
    (PS : Si quelqu’un pouvait me faire remarquer les éventuelles fautes, je suis preneur, la science de l’orthographe m’échappe quelque peu.)


    Prologue :

    Un brouillard épais habillait les hautes montagnes de Taranis tel un manteau de soie, dissimulant leur présence aux yeux de quelconques voyageurs égarés. Cette barrière de roches créé par la main de la Déesse Gaïa, s’étendait du Nord au Sud sur le continent Est, Iben, scindant le territoire en deux. Cette limite naturelle, volonté divine, était presque infranchissable, le nombre de dépouilles en contrebas de la falaise était un présage mortel pour quiconque osait s’y aventurer. Perchés sur la muraille rocheuse, des rapaces attendaient patiemment la venue de quelques aventuriers inconscients, guettant, prêts à prendre leur festin à la moindre erreur fatale. Les victuailles ne manquaient pas, le danger de ses montagnes n’étanchait pas la soif des hommes, la soif d’avidité, de cupidité. Derrière la roche dure et aduste des Dames de Taranis, comme on les appelait, se cachaient des joyaux précieux et rares, source de nombreuses convoitises. Des centaines, des milliers d’hommes avaient sacrifié leur vie à la recherche de ces quelques gemmes et le temps ne semblait pas raisonner la folie de ces êtres en quête de richesse.
    Par delà ces montagnes, s’étendait une terre fertile que peu de personnes purent admirer de leurs propres yeux. Une terre verdoyante, où serpentait des fleuves d’une eau pure et limpide, prenant source sur les versants de la montagne. D’une superficie cinq fois moins grande que les inhospitalières plaines de l’ouest, ce territoire était d’une bien plus grande richesse que toutes les pierres précieuses renfermées au sein des dames de Taranis. Berceau de toute une faune et flore dont certaines espèces étaient inconnues au-delà de la frontière, la forêt représentait la survie du peuple Heneg qui la vénérait. Ce peuple vivait en paix, disséminé en petits villages sur tout le territoire, à l’abri de toute intrusion. En effet, plus à l’est, un océan déchaîné bordait de hautes falaises, rendant impossible une quelconque invasion et même si un navire survivait aux récifs qui se dressaient fièrement à la surface de l’océan, aucun chemin ne permettait d’atteindre le rebord, le bateau se ferait inévitablement emporter par les vagues géantes et se fracasserait contre l’inébranlable parois. Pourtant, plus d’une fois, les envahisseurs avaient tenté l’amère expérience et plus d’une fois, les Henegs avaient dû prier pour le salut de ses âmes perdues. Protégés par leur habitat naturel, les guerres qui ravageaient Avallonia, leur planète, ne les affectaient pas.
    De là haut, bien plus haut que les nuages, les Dieux, en regardant le fruit de leur création, ne devait y voir que horreur et désolation. En cette année huit du règne de la Déesse Pure Abigael, jamais Avallonia n’avait subit autant d’éclats de violence. Les cinq continents étaient devenus chacun leur tour un champ de ruines et les fumées noires et âcres s’échappant des villes et villages impitoyablement réduit en cendre, devaient incommoder ces Dieux, dont les larmes ne cessaient de s’abattre sur les terres ensanglantées. Malgré toutes ses larmes, la couleur pourpre de la mort souillait toujours le sol de ces contrées. Le monde semblait avoir perdu la raison, tout n’était que conquête et pouvoir, chaque victoire et chaque défaite engendraient toujours plus d’hostilité, le cercle vicieux de ces guerres sans fins n’était pas prêt de se rompre. La nature elle-même se déchaînait, la terre tremblait, se fissurait et crachait son chaud venin rouge sang sur les plaines, le ciel se déchirait avec de violents éclats et se voilait de menaçants nuages toujours plus sombres, la mer submergeait les terres les avalant voracement et les emportant dans son antre abyssale. Les visions d’apocalypse souvent décrite dans les anciens ouvrages semblaient prendre vie.
    Les doyens Henegs, gardiens de la mémoire du monde, détenteur du passé, vinrent de chaque village et se rassemblèrent, plus que jamais les derniers évènements leur remémorèrent ce que leurs aïeuls leur avaient relaté dans le passé, telle une histoire, un conte, inventé pour les jeunes esprits avides d’aventure. Cependant, il savaient bien que toutes ces fabuleuses histoires n’étaient en rien le fruit d’un esprit débordant de créativité, elles étaient on ne peut plus réelles, alors, tout ce qui rendait ces contes fabuleux devenait vite effroyable. Les vieillards n’avaient sans doute jamais imaginé à quel point les paroles de leurs aïeuls seraient si précieuses en ces temps troublés. Eux qui avaient transmis leurs connaissances à leurs descendants devaient alors regretter de ne pas avoir pris ces contes d’un autre temps au sérieux, mais qui aurait pu prévoir qu’un tel fléau viendrait les frapper à nouveau.
    L’un de ces Henegs, Neven, malgré un état de santé fragile fit le chemin jusqu’au village du sud, là où les dames de Taranis et la falaise se rejoignaient, formant une boucle de petites collines verdoyantes, enfermant le village dans un écrin de soie émeraude. Il ne fallait pas se laisser abuser par l’apparente facilité d’accès que présentaient ces collines moins rudes à escalader, car c’était sans doute le chemin le plus périlleux. Le sol était instable et les éboulements fréquents, entre toutes ces petites montagnes rendues rondes par le vent qui les érodait de sa brise cinglante, il était très aisé de s’y perdre. De plus, une faune féroce habitait ce morceau de territoire, bien plus agressive que les autres espèces de la forêt, celle-ci défendait avec hargne son habitat. Mais ce qu’il fallait absolument éviter, c’était de mettre ne serait-ce qu’un pied dans l’étrange forêt qui bordait les collines côté ouest. Le peule Heneg l’avait nommé la forêt merveilleuse, sous ce nom enchanteur, évoquant un lieu féérique, se cachait le plus hostile domaine du continent. L’origine de cette forêt demeurait un mystère, pour les Henegs, il s’agissait d’un sanctuaire protégé des Dieux, un lieu où aucun humain ne devait pénétrer sous peine de provoquer la fureur des êtres divins, et ceux qui osaient s’y aventurer n’en ressortait jamais indemne. Il était dit que des plantes gigantesques avait pris possession de ce lieu, des fleurs à l’allure et au parfum attrayants mais d’une grande dangerosité régnaient en maître, d’après les quelques rares survivants, les choses paraissant les plus inoffensives étaient les plus terribles.
    Bravant ces quelques dangers, le vieil homme cahin-caha passa la barrière rocheuse en grimpant par la plus petite colline qui surplombait les eaux bleues tourmentées. En arrivant au sommet de ce qui paraissait être une petite dune comparée aux imposantes dames de Taranis, le vieillard, essoufflé, épuisé, se tourna un instant vers l’océan et laissa son regard dériver sur les vagues indomptables. Son esprit, devenu vacillant par les années écoulées, était inquiet, torturé par tous les évènements qui ne présageaient que malheur et destruction. Il serra contre lui un petit carnet dont l’allure laissait deviner son ancienneté. Il n’avait jamais ignoré l’existence de ce carnet aux pages jaunis, à la couverture ternis et déchirée par endroit, héritage de sa famille, mais il devait avouer que son contenu l’avait longtemps laissé perplexe. Pour lui, sans oser prétendre que tout n’était que fantaisie, ces écrits étaient surtout l’œuvre d’une grande imagination, voire d’une folie naissante. Les hommes, il le savait, étaient souvent prédisposés à l’exagération et à l’enjolivement des évènements, trois gouttes d’eau tombées du ciel devenaient une véritable tempête dans les souvenirs ou l’imagination de certains. Et puis, la guerre et tous les fléaux s’étaient abattus d’un coup, lui laissant penser que finalement, la folie ne s’était peut-être pas emparer de l’âme de l’auteur.
    En proie à une grande fatigue, le vieil homme s’assit sur un rocher, au plus haut de la colline. Il ne craignait pas le vent sec et chaud, son visage buriné et marqué par les effets du temps, dépeignait la vie qu’il avait eu dans ces montagnes, une vie rude mais remplie d’instants de bonheur. Pendant des années, il avait été dans la garde de la cité d’Aelez, un honneur suprême pour les Henegs, il avait parcouru le monde et rencontrer des peuples qui comme le sien disposaient du pouvoir de contrôler le Mana. L’origine de ce pouvoir était inconnue même pour eux, ils étaient nés avec, comme leurs ancêtres avant eux, c’était ainsi et depuis des siècles, voir des millénaires, la nature l’avait ainsi voulu. Ces peuples avaient fait allégeance aux Déesses pures promettant de ne pas faire usage de leur faculté pour nuire aux autres peuples, une décision plus que sage au vu des derniers évènements.
    Le vieil homme se remémora l’époque où il était un jeune homme vigoureux, capable d’escaler des montagnes, de se battre avec courage. Il esquissa inconsciemment un léger sourire, il n’aurait pour rien au monde changé quoi que ce soit de la vie qu’il avait menée. Ses arrières petits-enfants faisaient sa fierté, voulant suivre ses traces en intégrant les rangs de la garde d’Aelez et servir la Déesse Abigael. Lui aussi aurait aimé rencontrer une Déesse et voir de ses propres yeux la beauté légendaire qui rendait ses femmes encore plus exceptionnelles. L’homme ouvrit le petit carnet et tourna les pages jusqu’à trouver ce qu’il cherchait. C’était un de ses passages préférés, une ode à la Déesse Lia.
    Chaque contrée, chaque peuple, chaque village avait ces légendes et ses croyances, cependant, une était commune à tous, même au terrible peuple Istri : celle des Elfes. C’était bien plus qu’une fable issue de leur folklore, c’était un élément de leur histoire, un morceau du passé. Au palais d’Aelez, au cœur du pays de Tella, restait des vestiges de ce peuple sacré. Quelques ouvrages écrits dans une langue mystérieuse étaient farouchement gardés au sein du palais, seuls témoignages de l’existence des Elfes, leur valeur était inestimable. Des historiens avaient bien tenté de décrypter ces écrits, mais le travail était incommensurable. Personne ne pouvait expliquer pourquoi ces êtres avaient brusquement disparus de la surface de la terre, diverses hypothèses avaient bien été émises, mais aucunes ne reposait sur des preuves concrètes. La plus répandues était sans doute la plus irréelle, comme presque toujours le romanesque l’emportait sur la raison, mais après tout, il n’y avait aucun mal à cela.
    On racontait que les Elfes avaient peuplés Avallonia pendant des millénaires et bien avant les hommes. A cette lointaine époque, d’autres créatures aussi puissantes mais bien plus terrifiantes que le peuple sacré vivaient sur les terres du continent Sud, Kaano. La cohabitation entre ces deux peuples bien différents n’était pas des plus cordiale, mais les Elfes, sages et pacifiques, évitaient toutes confrontation. Les hommes apparurent alors et s’étendirent sur tous les continents, protégés par le bienveillant peuple elfique. Si les humains et les Elfe ne rentraient que rarement en contact, les démons virent dans ces êtres sans pouvoir un moyen d’anéantir leur ennemi. Pour la toute première fois depuis sa création, Avallonia connue des guerres violentes. Les Elfes furent la proie des hommes qui pour les capturer, détruirent leur habitat, ainsi la légendaire forêt Veia brûla pendant des années. Sournois et vils, les démons avaient pris l’apparence des hommes et avaient insufflés dans la tête de ce peuple, l’idée que le sang des Elfes leur permettrait d’obtenir leur pouvoir. Les démons avaient bien compris comment manipuler ces êtres qu’ils jugeaient inférieurs et seulement destinés à être leurs esclaves. La guerre, dite Guerre de Saphir dura pendant plus d’un siècle, pourtant peu d’Elfes périrent. La patience des démons vacillait et les hommes commencèrent à se déchirer entre eux. La soif de pouvoir qu’ils avaient décelé chez ce peuple faible était bien plus importante qu’ils ne l’avaient prévu. Alors, une nuit, les démons envahirent les terres d’Is, là où se cachaient les Elfes. Voyant le peuple de Kaano sous leur véritable apparence, les humains prirent peurs. Ils avaient été trompés par les enfants du Dieu Maudit, ils avaient défié les Elfes et ceux-ci allaient payer pour leurs erreurs. Les humains présents s’agenouillèrent devant le peuple sacré et les supplièrent de leur venir en aide. Les humains pensaient qu’avec la magie issue du Mana, les Elfes pourraient combattre le mal et faire revenir la paix mais ils se trompaient. Les démons avaient profité de l’occasion pour accroître leur force, eux aussi pouvaient contrôler le Mana, ce que les humains ignoraient c’étaient que la magie n’était pas toujours bénéfique et que les démons n’hésiteraient pas à s’en servir sans réserve, quitte à détruire complètement Avallonia. Un choix se présenta aux Elfes et ils décidèrent ensemble d’utiliser le pouvoir interdit. Leur chant mystérieux résonna dans tout Avallonia et une lumière intense les entoura, un éclair déchira le ciel et scinda la voûte céleste, la terre se déchira sous les pieds des démons et les engloutis. Avant de disparaître, les Elfes confièrent leurs pouvoirs à quelques humains leur ordonnant de ne pas s’en servir pour des raisons impurs mais pour protéger la terre contre les démons qui un jour où l’autre reviendraient les châtier. Le peuple sacré fit la promesse de ne jamais les abandonner et qu’ils veilleraient toujours sur eux, bien qu’ils ne puissent plus exister dans ce monde, bannis par les Dieux pour avoir user du pouvoir interdit.
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  • [Nevada] Voir le profil de [Nevada]
  • Posté le 11 avril 2009 à 18:27:31 Avertir un administrateur
  • Neven avait toujours été intrigué par le fait que les légendes expliquent les mystères du monde sans que cela ne soulève plus de questions. La plupart des hommes se contentaient de ses histoires même si elles étaient complètements idiotes et ridicules. Déjà enfants, en écoutant son père lui conter cette histoire, il avait pensé que les Elfes n’avaient rien d’un peuple intelligent. Se sacrifier pour un peuple qui les avait trahis ? Quelle idée ! En générale les contes de ce type étaient conçus pour que l’on en tire une morale, mais la morale de celle-ci lui avait parue floue et dans son jeune esprit, il avait eu beau retourner la question dans tout les sens, il n’avait pas compris en quoi cela apprenait quelque chose aux hommes. Il avait harcelé son père de questions, mais n’avait pas eu plus de réponse, le voyant tourmenté son frère avait prononcé ses mots qui l’avaient marqué.
    « Les Elfes ont fait leur devoir, celui de protéger Avallonia. Ce n’était peut-être pas nous qu’ils sauvaient. Et puis, ses pouvoirs qu’ils nous ont transmis, ce n’est pas vraiment un cadeau, mais plutôt un fardeau pour nous. Le seul vrai cadeau, c’est la Déesse Pure, elle, elle est la preuve que les Elfes veillent sur nous, mais je suis sûr que c’est pour nous remettre dans le droit chemin et ne pas oublier ce que l’on doit faire. »
    Son frère avait huit ans et lui six, mais il avait longtemps cru en ses paroles, comme si elles émanaient d’un vieux sage. A présent, il ne voulait croire qu’à ce qu’il voyait et la Déesse Pure, Abigael, était bien réelle. Qu’elle soit venue par la volonté des Elfes pour les protéger ou les surveiller, il s’en fichait. Elle apportait beaucoup à tous les peuples et son règne se faisait toujours dans la félicité, tout du moins, jusqu’à ces derniers temps.
    De par sa simple présence, elle pouvait guérir les malades et les rendre forts, elle pouvait régénérer les terres infertiles, ses pouvoirs étaient bienveillants et n’avaient que pour but la sauvegarde de l’humanité. Sa gentillesse et sa générosité n’avait d’égal que sa beauté ensorcelante. Ses longs cheveux d’un blanc scintillant et ses doux yeux mauves plein de bienfaisance ainsi que son visage gracieux à la peau diaphane ne pouvant qu’être le fruit des elfes, lui valaient ce titre de Déesse Pure, tout comme celles qui l’avaient prédécédé. Chacune d’elles, quand elles atteignaient l’âge de huit ans, régnaient sur la cité d’Aelez, au cœur du pays de Tella. Ce pays neutre, considéré comme la terre natale des elfes, était le cœur d’Avallonia. Situé au centre du continent étoilé, nommé ainsi de par sa forme particulière, Tella était un pays prospère avec une technologie avancée qui lui permettait de survivre par lui-même. Entourée de collines, Tella était un tout petit territoire comparée à ses voisins, néanmoins, la garde personnelle de la Déesse Pure était l’une des plus importante armée du monde. Cette armée bien qu’entraînée aux arts du combat, n’existait que pour porter assistance aux pays les plus démunis et pour assurer la protection de la Déesse. Respectée dans tout Avallonia, personne n’osait porter atteinte à ses hommes et femmes officiant sous les ordres de la Déesse sans quoi, c’était la Déesse Pure elle-même qu’ils offensaient. En cette triste période de guerre, cette garde parcourait le monde entier et l’on pouvait alors à de nombreuses reprises admirer ses hommes et ses femmes arborant fièrement l’uniforme d’un blanc pur secourir les personnes en dangers, que ce soient les envahisseurs ou les victimes, peu importait. La garde personnelle de la Déesse respectait la neutralité de leur pays et les volontés de félicitée de leur Reine. Leur venu signifiait espoir pour les peuples opprimés, ils n’oubliaient ainsi jamais que la Déesse Pure veillait à leur salut. Bien plus que la souveraine de Tella, elle était la souveraine du monde.
    Alors, quelle importance finalement ? Quelle importance avait les raisons de sa présence ? Il respectait cette jeune femme qui faisait passé son bien-être avant tout, elle était bien plus courageuse que beaucoup d’homme et il espérait se tromper sur l’origine du mal qui rongeait Avallonia.
    Son souffle revenu, l’homme se releva et continua son chemin. Le temps ne se prêtait pas aux rêveries.

    Il arriva quelques heures plus tard à Nehmain, le village de son enfance, celui-ci n’avait guère changé depuis la dernière fois qu’il s’y était rendu, les maisons avaient gardé le même aspect, le bois sombre ne rendait pas ce village accueillant d’un premier abord, mais cette apparente froideur était vite oubliée dès que l’on rentrait en contact avec les villageois. Des rires, des cris d’enfants résonnaient dès que l’on franchissait les barrières de ce village, les regards et les échanges étaient chaleureux, malgré le nom barbare de « peuple guerrier » qu’on lui attribuait, le peuple Heneg était très loin de l’image de brute sans savoir vivre que l’on pouvait avoir de lui. Le vieil homme se dirigea tout droit vers la plus imposante des maisons, elle non plus n’avait pas changé, les années ne semblaient pas l’avoir affectés, contrairement à lui elle avait su résister aux méfaits du temps. Les deux hommes qui montaient la garde le laissèrent entrer sans discuter, ici, le vieil homme était chez lui. Il lui sembla alors faire un bond dans le passé, revenir à l’époque où il était le chef de Nehmain. Il avait vécu dans cette maison qu’il avait quitté à regret pour rejoindre le village natal de sa femme. Il était fier qu’aujourd’hui, cette maison soit à l’un de ses petits-fils, perpétuant ainsi une sorte d’héritage familiale.
    Absorbé par ses lointains souvenirs, il ne remarqua pas immédiatement qu’une personne le dévisageait d’un air curieux. C’était une jeune femme, à peine dix-sept printemps, son ventre déjà bien arrondi ne pouvait échapper à personne, mais étrangement, ce qui frappa le plus le vieil homme furent ses yeux d’une magnifique couleur noisette, il su alors immédiatement qui elle était.
    Seuls les Henegs vivent parmi les Henegs, c’était une des règles fondamentales que l’on rabâchait aux enfant dès leur plus jeune âge. De tous temps, ou du moins d’aussi loin que remontaient ces lois, il était interdit à deux peuples possédant le pouvoir du Mana de s’unir sous peine de provoquer le courroux des Dieux. Ecrite des millénaires auparavant, cette loi illustrait déjà bien la peur des humains sans pouvoir face à des peuples tel que celui des Henegs, car qui pourrait prédire la puissance d’un enfant né d’une union taboue. Alors, que faire d’une jeune enfant de sang mêlé dont les origines étaient plus que troubles ?
    Le hasard les avait conduit, lui et son petit-fils, sur ce flanc de la montagne, au départ, ils n’avaient remarqué que le corps d’un homme dans la blancheur scintillante de la neige. Ils s’étaient alors approchés, le bruit de la respiration rauque de l’homme indiquant qu’il était encore en vie et avait besoin d’aide et puis, bien emmitouflée dans une couverture, ils avaient aperçus un tout petit bébé qui par miracle semblait en bonne santé. Ce jour là, Neven avait ressentit une sorte d’admiration pour cet être qui avait survécu au rude condition de la montagne, depuis combien de temps étaient-ils là ? Comment avaient-ils fait pour avoir échappé aux pièges des dames de Taranis ? Son petit-fils, Gael, avait pris l’enfant dans ses bras, père de trois enfants, trois fils, il s’était tout de suite pris d’affection pour la fillette. Ils étaient revenus au village où l’on fournit lit et soins au blessé. Ne comprenant pas pourquoi un homme d’une soixantaine d’années était venu se perdre dans les montagnes, avec une jeune enfant qui plus est, Neven avait fouillé dans les affaires du rescapé. Une photo d’un jeune couple avait attiré son attention, un homme aux cheveux et aux yeux noirs jais tenait par la taille une jeune femme blonde aux yeux noisettes, d’après la tenue, il s’agissait d’un clicher pris le jour de leur mariage. Il n’y avait aucun doute que l’homme de la photo fut un Heneg, alors, afin de savoir qui il pouvait être exactement, la photo passa de village en village. Il fallut bien un mois pour qu’un couple se manifeste, un mois durant lequel l’homme était resté inconscient, un mois durant lequel les villageois s’étaient attachés à la petite-fille aux yeux noisette. Le mourant ne semblait pas vouloir passer à trépas, luttant jusqu’au bout. Son état bien que stable restait fragile et il fallut encore deux semaines avant qu’il n’ouvre enfin les yeux. Neven se souvenait que la saison Beltene commençait à peine, la neige couvrait encore une grande partie du territoire Heneg, l’homme avait murmuré quelques mots inaudibles et Neven s’était penché vers lui tentant de comprendre ses dires. Il avait veillé auprès de l’inconnu de longues nuits, portant dans ses bras la fillette qui s’éveillait de jour en jour un peu plus. Il ne connaissait pas l’histoire de cet homme et peut-être ne voulait-il pas la connaître, mais un sentiment étrange l’avait poussé à encadrer la photo et la poser près du chevet du blessé. C’était bien plus qu’un simple geste de compassion, même s’il ne se l’avouait pas à lui même. Il lui était important de comprendre les motivations de cet homme qui semblait avoir agit par désespoir. Qu’attendait-il d’eux ?
    Avec une certaine fébrilité, il avait tenté de décrypter les paroles de celui qu’il considérait déjà comme un ami, mais rien n’avait de sens. Neven avait porté à ses lèvres un verre d’eau, la fillette dormant dans son berceau avait alors émit quelques petits gémissements plaintifs, comme si elle encourageait le blessé à boire. L’homme lui avait semblé sourire, mais peut-être que cela n’avait été qu’un tour de son imagination. Après quelques minutes pendant lesquels le rescapé resta silencieux, semblant écouter les pleurs de l’enfant, Neven lui avait emmené la fillette et l’avait déposé sur son torse. Erell. Il avait murmuré à plusieurs reprises ce nom puis avait de nouveau sombré dans l’inconscience. Erell, le prénom de la fillette était ainsi dévoilé. Neven fut tout fier de pouvoir l’annoncer à son village et à la famille de l’enfant. Cette dernière était prête à accueillir la petite Erell, même si cela était contre les règles, et personne ne s’y opposa. Quel mal pouvait un enfant ? Et puis, cette famille avait perdu un fils, n’était-il pas plus que normal qu’ils prennent en charge l’éducation de leur petite fille ?
    L’histoire avait été révélée quelques semaines plus tard. Bien que la famille de la fillette s’était préparée au pire, elle avait pourtant espéré jusqu’au bout. Les Henegs étaient fiers, mais pleurer leurs morts était un signe de respect envers les défunts. La maladie, une épidémie virulente et mortelle avait frappé le petit village où ils vivaient. La mère de Erell avait succombé la première, se sachant atteint et condamné, Jalm avait fait promettre à son beau-père d’emmener la fillette chez sa famille, sur les terres d’Iben. C’était ainsi que l’homme avait décidé de se rendre sur la terre des Henegs, il avait suivit les indications de Jalm, empruntant ainsi un passage plus facile d’accès.
    Le vieil homme, Jelan, était resté au village jusqu’à ce que la mort ne l’emporte, Neven avait perdu un ami très cher ce jour là. Erell et son arrière petit-fils Dagan avait le même âge, comme il était coutume chez les Henegs, Neven avait promis à Jelan qu’ils les marieraient une fois adulte. L’homme avait accepté avec joie, sachant que ce que cela signifiait pour un Heneg. Il se demanda si Jelan aurait été heureux d’apprendre que les deux jeunes gens s’étaient mariés, rien ne les avait obligé, cette promesse n’était rien d’autre qu’un signe d’amitié envers feu son ami et si Neven en avait souvent plaisanté devant Erell, jamais ils ne les auraient contraint à respecter ce vœux. En apparence, cette union semblait plutôt heureuse, mais Neven savait qu’ils s’étaient mariés pour de mauvaises raisons. Son arrière petit-fils bien que vif d’esprit, n’était motivé que par une seule chose, devenir comme lui ou ses deux frères aînés un garde de la Déesse. Il ne détestait pas sa femme, mais il ne l’aimait pas non plus. Gael avait été contre dès le départ, prédisant que rien de bon ne sortirait de ce mariage, mais son fils âgé de seize à l’époque lui avait comme toujours tenu tête. Se marier jeune, lui permettant de fonder rapidement une famille, il pourrait dès ses dix-huit ans rejoindre ses deux frères au sein de l’armée d’Abigael. Son esprit ambitieux y avait vu le moyen de faire honneur à ses parents en se mariant et de faire une belle carrière sans devoir l’interrompre plus tard pour fonder sa famille, comme son aîné l’avait fait. Neven regrettait toute les fois où il lui avait raconté combien il aurait aimé rester un garde d’Aelez au lieu de se marier, mais Dagan n’avait pas pris en compte le fait que lui aimait sa femme et qu’il était revenu au village pour être avec elle, sans avoir le sentiment de se privé de quoique ce soit. Ce n’était que des paroles d’un vieil homme qui repensait avec fierté à une période glorieuse de sa vie, comment expliquer ceci à un enfant aussi borné ?
    Erell ne semblait pas non plus transcendée par l’amour, au fond de lui, le vieil homme savait qu’elle avait cru bien faire en respectant les derniers souhaits de son grand-père, mais se sacrifier de la sorte n’était pas ce qu’aurait souhaité Jelan. Néanmoins, les deux jeunes époux se respectaient, ils avaient grandis ensemble et étaient amis, alors peut-être qu’un jour, ils finiraient par s’aimer réellement, la venue d’un enfant pouvait tout changer, même son imbécile d’arrière petit-fils. Neven espérait vivre assez longtemps pour voir leur enfant, il se sentait de plus en plus fatigué et avait atteint un âge que beaucoup ne pourront atteindre. En venant à Nehmain, il avait usé ses dernières forces, il savait qu’il ne repartirait pas d’ici. Sa femme avait déjà quitté ce monde des années auparavant et il était heureux de savoir qu’il la retrouverait bientôt.
    « Neven ! s’étonna la jeune femme en lui prenant le bras. Qu’est-ce qui vous amène ici ?
    - Oh ! Erell, j’ai des choses importantes à faire…Où est Gael ? Je dois lui parler d’urgence… »
    Le souffle court, il s’interrompit. Erell, prévenante, le fit asseoir à la grande table qui trônait au milieu de la pièce et lui servit un verre d’eau bien fraîche. Les mains tremblantes, le vieil homme peina à le porter à ses lèvres, les moindres gestes de la vie quotidienne devenaient un vrai calvaire. Il avait beaucoup maigri ses derniers temps et son corps entier lui rappelait son âge avancé. Il réalisa alors qu’il devrait profiter de ces derniers moments pour dire au revoir à ses petits-fils et arrière-petits-fils. Peut-être que cette nuit, il s’endormirait pour toujours. Il dut rester les yeux dans le vague un long instant car Erell posa une main sur son épaule et le regardait à présent d’un air inquiet.
    - Je dois voir Gael…, soupira-t-il simplement.

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  • yuen Voir le profil de yuen
  • Posté le 16 avril 2009 à 21:06:20 Avertir un administrateur
  • J'avais envie de faire un comm' et puis finalement non...
    Je vais me contenter du minimum (ah, flemme ! ) :
    - les accents sont là.
    - Vocabulaire varié
    - pas trop de répétitions.
    - Les fautes il doit y en avoir, mais bon, d'autres sont meilleurs que moi pour ça.

    Pour l'histoire en elle-même, ce n'est qu'un prologue j'attends de voir la suite, si suite il y a.
    Et puis, c'est tout, j'étais venue commenter une autre fic à la base...J'ai plus le courage.
  • Lien permanent
  • Spiteful_Ghost Voir le profil de Spiteful_Ghost
  • Posté le 16 avril 2009 à 22:28:55 Avertir un administrateur
  • Je n'ai pas encore lu cette fic (Pas le temps)

    Ceci dit rien qu'en regardant l'ensemble sans lire aucune phrase, on remarque un problème : Ton texte n'est pas aéré.

    Tout les paragraphes son collés les un aux autres. Il n'y a que des retour à la ligne.

    Résulta, on se retrouve avec un gros pavé. Et ça donne pas très envie de lire.

    Tu devrais sauter une ligne entre chaque paragraphes plutôt que de te contenter de revenir à la ligne. Sa serait beaucoup plus espacé et donc plus agréable à lire.

    Tu peu aussi (éventuellement) sauter deux ligne au lieux d'une lors d'une transitions (Changement de scène, de lieu etc...)

    Sur le forum il n'y a pas de fonction pour édité les post. Mais tu pourrais procédé comme je te l'ai suggéré dans tes prochains chapitres.

    Bonne chance pour la suite. :ok:
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  • [Nevada] Voir le profil de [Nevada]
  • Posté le 17 avril 2009 à 16:48:06 Avertir un administrateur
  • Merci des conseils.
    Je ferai plus attention la prochaine fois. C'est que c'est un peu la plaie de poster un long message sur JV, en plus la mise en forme ne reste pas.
    Je ne me ferai pas avoir le prochain coup.

    Bon week end tout le monde.
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  • [Nevada] Voir le profil de [Nevada]
  • Posté le 17 mai 2009 à 11:05:59 Avertir un administrateur
  • Je suis un peu long à écrire la suite, cependant, j'aime bien prendre mon temps.
    Ce premier chapitre était à la base inclu dans le prologue, mais vu la longueur, j'ai décidé d'en faire un chapitre à part. Et encore, j'ai dû couper quelques scènes pour ne pas que ce soit encore trop long, j'espère que cela n'altérera pas le sens que j'ai voulu donner à ce passage.

    J'ai tenté de tenir compte des conseils et d'aérer mon texte, n'hésitez pas à me prévenir si ce n'est pas encore ça. Pour les fautes, j'ai vraiment fait l'effort de relire plusieurs fois le texte, toutefois, je ne suis pas très fort pour remarquer mes propres erreurs.

    Chapitre 1 : Leur Dieu.

    Le mois de Samonios s’achevait presque, mais la période sombre ne faisait que commencer, la neige ne tarderait pas à recouvrir les terres de son manteau blanc et le froid mordant contraindrait bientôt chaque animal du territoire à hiberner pendant de longs mois, mettant ainsi fin à la saison de chasse. Les Heneg ne craignaient pas cette saison froide, ils possédaient en eux un mana les protégeant des températures glaciales.
    Gael contemplait l’océan, les yeux emplis de nostalgie. Dans sa main, le petit carnet jaunis qui avait conduit Neven jusqu’à lui, ce pour quoi son cœur avait cessé de battre. Les craintes des anciens Heneg se confirmaient, Neven avait risqué sa vie pour leur apporter cette preuve, il ferait en sorte que sa mort ne soit pas vaine, pourtant, son esprit n’était pas en accord avec ce que préconisait leur aïeul. Toutes ces histoires sur les démons, il n’y avait pas plus cru que son grand-père, peut-être était-ce une punition des Elfes pour ne plus considérer suffisamment leur sacrifice ? Gael sourit tristement à cette pensé, se disant que son esprit divaguait totalement. Son quatrième petit-enfant allait naître, il ne voulait pas qu’il voie le jour dans un monde dévasté par la haine, mais pour autant, devait-il condamner un autre enfant innocent à la mort ? Son peuple y était opposé, mais que penseront-ils une fois l’enfant né ? Que feront aussi les autres peuples ? Ils n’étaient pas les seuls à garder les fresques du passé et si les mauvaises personnes s’emparaient de cet enfant, le plus inquiétant serait à venir. Une fois l’enfant adulte, personne ne pourrait prédire quand le mal prendrait le dessus.
    - Gael, Alis te cherche.
    L’homme ne se retourna pas immédiatement en entendant la voix posée de son plus jeune fils, réprimant l’envie de lui lancée une remarque acerbe concernant sa manie de les appeler, lui et sa femme, par leur prénom. Il en était ainsi depuis qu’il savait parler, au départ, il avait trouvé ça plutôt drôle, mais maintenant c’était plus clairement un manque de respect de sa part.
    - J’arrive, soupira-t-il finalement.
    Il fit face à son fils, un jeune homme aux longs cheveux ébène attachés en queue de cheval au bas de la nuque, comme tous les Henegs il avait les yeux aussi noirs qu’une nuit sans lune, mais les siens exprimaient une arrogance peu caractéristique de son peuple. Arrogance était le mot qui désignait le mieux Dagan. Ces autres fils possédaient aussi ce défaut, mais pas à ce point. Alis, sa femme, ne cessait de lui répéter qu’ils avaient hérité de cela de lui, pourtant, lui n’avait jamais osé tenir tête à ses parents. Gael espérait qu’Erell, sa toute jeune épouse, le fasse changer un peu.
    « Comment va Erell ? demanda-t-il pour briser le silence.
    - Bien. »
    Encore une fois, Gael se retint de lui lancer une réflexion.
    « Tu comptes toujours partir ? Ne vas-tu pas rester les premiers mois ? fit-il un peu sèchement.
    - Je n’ai aucune raison de rester.
    - Pour ta femme, ton enfant !
    - Erell savait à quoi s’attendre et rester au village n’est pas dans mes ambitions.
    - Sais-tu que tu vas la laisser seule pendant des mois, des années, si tu intègres la garde d’Aeles ?
    - Elle ne sera pas seule, elle s’occupera de l’enfant… »
    Gael avait toujours pressenti que son fils ferait passer ses ambitions avant tout, mais ce détachement dont il faisait preuve était quelque peu effrayant, même si il lui semblait parfois feint. Il avait toujours été mature, mais il agissait comme un vrai gamin égoïste depuis quelques temps. Son aîné, s’était marié trois ans auparavant et avait quitté la garde, il avait fait sa vie en dehors d’Iben, Gael s’était fait une raison, mais Dagan n’acceptait pas sa décision. Depuis l’enfance, les deux frères étaient en rivalité, Hadrien, l’aîné, n’avait jamais accepté que son jeune frère montre des talents que lui ne possédaient pas. Il n’avait eu de cesse de le rabaisser, et Dagan n’avait eu de cesse de le provoquer.
    De tous ses fils, il devait admettre que Dagan était le plus prédisposer à devenir un très bon soldat et faire une belle carrière dans l’armée, mais ce n’était pas ça qui le rendrait plus fier de lui. Hadrien avait toujours été perturbé, d’une manière bien plus inquiétante que l’indifférence que montrait Dagan envers sa femme et son futur enfant. Il avait été soulagé d’apprendre qu’il s’était enfin stabilisé, même si cela impliquait qu’il ne le revoit plus jamais.
    Une lettre de temps en temps, un morceau de pages avec des banalités, souvent les mêmes. Rien de plus ne les liait. Le grand rapace qui lui transmettait les missives lui était plus familier que son propre fils. Il ne savait pas à quoi il ressemblait maintenant, jamais il n’avait envoyé un portrait de sa femme ou de son fils dont il ne connaissait même pas les noms. Il espérait, il espérait vraiment que Dagan ne devienne pas comme son aîné.
    « Quand ces guerres vont-elles cesser… ? pensa-t-il à haute voix, pour détourner le cours de ces pensées.
    - Ces derniers mois…Est-ce vraiment à cause d’un démon que les gens s’entretuent ? »
    Gael ne s’attendait pas à cette remarque, laissant transparaître une légère inquiétude de sa part.
    « Le démon …On les appelait les êtres impurs autrefois. Les opposés des Déesses Pures, leurs pouvoirs sont destructeurs. Je ne sais pas si un démon prend réellement possession de leur corps, mais nous avons la preuve du chaos qu’ils peuvent engendrer.
    - Preuve ? Tu parles de ce carnet ? Vous êtes si désespérés que vous vous fiez à un vieux bout de papier sorti de nulle part. »
    Gael resta silencieux. Tout remettre en cause, faire basculer le mythe à la réalité, c’était difficile, même pour de valeureux guerriers. Il ne le niait pas, il avait peur. Son cœur s’emballait chaque fois qu’un éclair déchirait le ciel, son estomac se serrait au son du moindre grondement, vivre dans l’incertitude l’angoissait. Une fois l’être impur né, combien de temps leur resterait-il ?


    Les lunes se succédèrent les une aux autres, bientôt, la tension qui avait envahi les esprits s’évanouit et même le chef du village de Nehmain finit par croire qu’ils avaient fait fausse route, pourtant, il restait à l’affût. Les guerres ne cessaient pas, s’intensifiaient davantage, rien ne laissait paraître une issue favorable à tous ses conflits. Une rumeur inquiétante commençait à circuler de village en village, les guerriers envoyés au pays d’Aelez étaient revenus sans avoir pu transmettre leur message, la Déesse Pure avait disparu. Personne au Palais ne voulut les renseigner sur ce qu’était devenue Abigael, mais on les assura que bientôt la paix reviendrait. Gael avait foi en la jeune Déesse, elle avait dû comprendre le danger que le monde encourait bien avant qu’il ne découvre l’existence du carnet. Pourtant, au fond de lui sommeillait un mauvais pressentiment, la disparition subite d’Abigael réveilla cette sombre crainte. Partir ainsi, sans même rassurer son peuple, était étrange. Qu’avait donc en tête la jeune Déesse ? Pour assurer la paix, elle n’aurait qu’un seul choix, assassiner un enfant tout juste né, un être encore innocent, sans défense, il ne l’imaginait guère commettre un tel acte, même pour le bien d’Avallonia. Il espérait qu’elle sache prendre une sage décision. Les pouvoirs d’une Déesse étaient grands, peut-être savait-elle déjà où l’enfant allait naître, qui le soi-disant démon avait possédé.
    Démon. Il imaginait ses créatures d’une extrême laideur, comme ceux représenté dans les livres pour enfants, mais personne ne pouvait dire si tel était le cas, personne ne pouvait même dire s’ils existaient réellement. Gael avait toujours du mal à croire en l’existence de ces démons, même à présent. C’était la solution de facilitée, l’explication rationnelle, celle qui contenterait tout le monde, celle dont aucune preuve ne sera exigée pour tuer un enfant. Les êtres impurs, ceux dont la magie rivalisait de puissance avec les Déesses, engendraient une ère de violence et de chaos, pourtant, étrangement, il semblait que ces évènements sombres dans l’oublie, leur existence, leur pouvoir, devenaient un mythe comme si rien ne devait le rendre réel.
    Un coup de tonnerre résonna dans toute la vallée, un bruit lugubre telle une plainte sortant du plus profond des entrailles des montagnes de Taranis. Gael leva les yeux vers le ciel qui s’obscurcissait de plus en plus, les orages en cette de saison n’étaient pas rares, mais c’était leur fréquence qui devenait inquiétante.
    Le monde devient vraiment fou, pensa l’homme en levant sa main, paume vers le haut pour recueillir les premières gouttes de pluie qui s’échappaient des nuages. Dans la forêt, les animaux aussi étaient en proie à un grand mal. Depuis peu, on recensait des attaques d’espèces jusqu’à présent calmes et inoffensives, aller d’un village à un autre devenait une route dangereuse aussi bien le jour que la nuit.
    - Ainsi, je crois que je n’ai plus aucun doute, souffla l’homme en fixant l’océan en contrebas.


    Les évènements heureux donnaient la force aux hommes d’oublier un instant les doutes et les peines. L’astre solaire brillait de tout son éclat, déployant ses rayons lumineux sur un village en effervescence, Gael remercia les Dieux du présent qu’ils lui accordaient. Depuis les premières lueurs de la journée, la jeune Erell subissait les douleurs liées à l’accouchement, aussitôt les femmes du village dont Alis, s’étaient rendues à son chevet. Gael était impatient de serrer l’enfant contre lui, son deuxième fils, Leagh, lui avait déjà donné des petits-enfants, mais à chaque fois, il ressentait la même excitation.
    Au fond de lui, il espérait que Dagan change après la naissance, qu’il comprenne que vivre loin de sa famille serait quelque chose de douloureux. Dagan n’était pas resté auprès de sa femme, l’accouchement ne semblait pas se dérouler facilement et Erell souffrait atrocement, ces cris étaient angoissants même pour lui qui portant avait assisté à la mis au monde de ses fils, alors pour un jeune homme cela devait être un martyre de rester à ses côté sans rien pouvoir faire pour apaiser ses maux. Gael aussi tentait d’échapper à cela, faisant preuve d’une lâcheté qu’il ne se connaissait pas, il marcha aux alentours de son village, réfléchissant sur des sujets sans importance, fuyant son inquiétude.
    Après quelques heures, alors que le soleil déclinait doucement derrière les majestueuses montagnes, il finit par se raisonner et à retourner auprès de la future mère. Arrivé devant la maison, il y aperçut sa femme qui s’épongeait le front d’un air plus que soucieux. Son épouse était une femme à l’allure gracile, même après vingt années de mariage, elle avait gardé cette grâce et sa délicatesse qui émanait d’elle de manière naturelle, alors la voir le dos voûté, les épaules relâchés, le visage empreint d’une expression accablée lui fit envisager le pire.
    - Alis, que se passe-t-il ? demanda-t-il en arrivant à sa hauteur.
    Sa femme secoua doucement la tête en signe de renoncement, le cœur de Gael se serra douloureusement.
    - Je ne sais pas si elle va pouvoir tenir encore longtemps, l’enfant tarde à se présenter, il risque de ne survivrent ni l’un ni l’autre.
    Atterré par cette nouvelle, il serra contre lui son épouse avec tendresse. L’ombre d’un malheur planait toujours sur un moment comme celui-ci, malheureusement, ce n’était pas rare. Alis avait faillit ne jamais se remettre de l’accouchement de leur premier enfant, un couple n’était pas à l’abri d’une telle tragédie.
    « C’est tellement injuste, lança Gael en serrant les dents.
    - Ne dis rien à Dagan pour le moment, attends un peu, peut-être que ce n’est qu’un mauvais moment à passer. »
    L’homme aurait voulu être aussi optimiste que son épouse, pourtant il décida de respecter sa volonté.
    « Où est-il ?
    - Près de la falaise, Dis-lui juste que c’est un peu plus long que prévu. Nous ne baissons pas les bras et Erell encore moins. Nous saisirons le petit espoir qu’il nous reste. »
    Alis savait comment le rassurer, elle avait toujours su comment si prendre avec lui, il s’était senti chanceux le jour où elle avait accepté de l’épouser, lui, le garnement qui n’avait eu de cesse de la tourmenter dans leur enfance. Il lui sourit et la laissa retourner auprès de leur belle-fille.
    Gael se dirigea vers les falaises à la recherche de son fils, en chemin, il tenta de reprendre contenance, afficher un air désespéré n’allait pas être d’un grand secours pour Dagan. Le jeune homme était assis au bord de la falaise, de là, les cris d’Erell ne l’atteignaient pas, il n’y avait que le bruit des vagues se fracassant sur les rochers, comme il le pensait, son fils était beaucoup plus inquiet qu’il ne le laissait apparaître. Gael hésita soudain à venir troubler sa quiétude, Dagan n’était jamais très bavard, même avec lui. Il se demanda quoi lui dire, il ne souhaitait pas devoir supporter un silence gênant entre eux.
    Une rafale de vent souleva les quelques herbes qui tentaient de survivrent sur les rochers arides, Gael frissonna malgré lui, la température lui sembla soudain glaciale. Pendant de longues minutes, il resta telle une statue, regardant son fils, incapable d’avoir la moindre parole de réconfort. Il ne voulait pas le perdre, il ne voulait pas qu’il parte du village, qu’allait-il faire si un drame arrivait ? Gael serra imperceptiblement les poings, comment pourrait-il le consoler alors qu’à cet instant il n’en était pas capable. La distance entre eux n’avait jamais été aussi profonde, depuis quand s’étaient-ils ainsi éloignés l’un de l’autre ?
    - Dagan…Je…
    L’intéressé jeta un simple coup d’œil derrière lui avant de se replonger dans la contemplation du paysage.
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  • Posté le 17 mai 2009 à 11:06:39 Avertir un administrateur
  • Dagan continua obstinément de tourner le dos à son père. Il ne voulait pas que ce dernier remarque la peur qui imprégnait tout son être, une peur contre laquelle il lui était vain de lutter. Les cris presque agonisants d’Erell tourmentaient sans fin son esprit, il n’arrivait plus à penser sans que les hurlements ne se répètent encore et encore dans sa tête. Ce jour qui allait faire de lui un père, un homme, lui faisait prendre conscience qu’il n’était définitivement pas prêt à cela. Sa fierté l’avait fait aller à l’encontre des volontés de son père, juste sa stupide fierté. C’était encore cette fierté qui l’empêchait de pleurer, de s’effondrer devant celui qui l’avait élevé. Ses amers regrets n’allaient rien changer, Erell allait-elle lui pardonner un jour ?
    Une question lui brûlait les lèvres, mais il n’osait engager la conversation, la tenir ne lui semblait guère possible sans que son masque de détachement ne se fissure lamentablement. Il avait tout prévu depuis des années, il avait pensé à tord que rien ne viendrait contrecarrer ses plan, mais il avait mis de côté tout ses sentiments. Il n’était pas son frère, il ne pouvait mettre une barrière définitive entre lui et les autres, il n’était pas si fort que ça.
    Il sentait toujours la présence de son père derrière lui, l’envie de se confier à lui s’imposa d’un coup, mais il était trop tard à présent, il avait lui-même creusé le fossé qui les séparait à présent, un incroyable gouffre que son père n’arrivait pas à franchir, même pour quelques mots de réconfort ou de conseils paternels.
    « Parts ! »
    Il aurait voulu le lui crier avec toute la force et la colère dont il était capable, le silence fut cependant sa seule réaction.
    Combien de temps son père resta là ? Une éternité selon lui, mais lorsqu’il l’entendit s’éloigner, l’éternité se transforma en une poignée de secondes.
    - Attends !
    Sous le choc d’avoir prononcé cette si courte phrase pourtant ô combien révélatrice, le jeune homme serra les mâchoires, troublé de sa propre réaction. Il imagina alors son père, attendant plein d’espoir qu’il fasse un pas en sa direction, Dagan hésita puis avec résignation mit sa fierté de côté.
    - Comment va Erell ?
    Gael ne répondit pas de suite et Dagan su qu’il cherchait ses mots pour lui parler, une main glacée empoigna alors son cœur avec une insoutenable cruauté. Son corps complètement contracté par l’angoisse, il attendit que son père lui parle.
    - C’est…Si l’enfant ne vient pas, Erell risque de ne pas survivre.
    Dagan pensait s’être préparé à entendre ses mots, mais le choc fut plus violent qu’il ne l’avait imaginé.
    - Je suis désolé Dagan…
    Le jeune homme réalisa qu’il avait cessé de respirer, doucement, il inspira une grande bouffée d’air puis cette fois se tourna vers son père qui fixait le sol avec tristesse. Il n’avait plus rien du grand guerrier qu’il avait toujours admiré, il était juste un homme accablé par la peine, un homme avec ses failles.
    « Etre fort c’est aussi être capable de sentiments, la faiblesse c’est de se croire fort. »
    Son arrière grand-père lui faisait toujours cette réflexion, jusqu’à présent il n’en avait jamais compris entièrement le sens, mais découvrir son père sous ce jour lui fit comprendre à quel point il s’était trompé sur lui-même. Depuis longtemps, il avait voulu ressembler à son père, être comme lui, fort, intelligent, infaillible dans ces choix, il avait juste voulu lui ressembler sans le connaître réellement. Il n’avait jamais cru que Gael puisse être affecté par un évènement à ce point, pourquoi n’avait-il rien vu, rien compris ?
    « Il faut que je sois avec elle….
    - Non, pas maintenant, j’ai promis à ta mère de ne rien te dire. Erell lutte de toutes ses forces, tu dois lui faire confiance. »
    Dagan hocha la tête en regardant l’homme qu’il croyait si bien connaître, comprenant qu’il réalisait son erreur un peu trop tard, même maintenant il n’osait se livrer totalement à lui, il ne pouvait pas changer comme ça, peut-être même ne changerait-il jamais. Hadrien avait-il lui aussi fait cette même erreur ?
    - Bien, j’attendrai ici alors, fit-il d’un ton bien plus calme qu’il ne l’aurait cru.
    Son père paru déçu par son attitude, n’avait-il fait que le décevoir pendant toutes ces années ?


    La nuit tomba sans que l’enfant ne vienne. Dagan avait presque cessé d’espérer, alors en un dernier acte désespéré il regarda le ciel sans étoile et adressa une prière aux Dieux. Il ne priait jamais, ne croyant pas au puissances divines ni mêmes aux elfes ou aux démons, pourtant, sous la clarté d’une lune résistant à l’assaut de nuages obscurs, il pria de tout son cœur.
    Il ne su si un quelconque Dieu écouta sa prière, mais à peine eut-il finit que la voix de son père retentit, l’appelant à venir accueillir son enfant. Un étrange sentiment étreignit son cœur, un mélange de soulagement et de reconnaissance, il sourit de bonheur et réalisa que depuis bien longtemps un tel sourire n’avait pas étiré ses lèvres. Il se leva rapidement et une dernière fois regarda la lune dont l’éclat se fit soudain plus brillant, comme si elle savait ce qui se déroulait ici bas, était-ce la Déesse de la lune qui avait entendu ses implorations ?
    Il était maintenant prêt à renoncer à intégrer la garde d’Aelez, il ne voulait pas devenir comme son frère et la vengeance qu’il avait si longuement réfléchie n’avait maintenant plus de sens. Il avait laissé l’ombre d’Hadrien contrôler sa vie trop longtemps et avait fini par se perdre lui-même, il était grand temps pour lui d’avancer et de faire ses propres choix. Il laissa l’appréhension gagner son corps, cette appréhension, celle de devenir père, il voulait la ressentir encore un instant afin de s’en rappeler tous les jours. Il s’apprêtait à rejoindre le village quand un détail ou plutôt l’absence d’un bruit attira son attention. Curieux, il se tourna une nouvelle fois vers l’océan et là, son cœur se figea.
    - Impossible…, souffla-t-il incapable de le réaliser lui-même.
    Devant ce phénomène relevant d’une forte sorcellerie, le jeune homme ne perdit pas un instant et se précipita jusqu’au village. Le chemin ne lui parut jamais aussi long que cette nuit, comme si chacun de ses pas l’éloignait encore un peu plus de Nehmain.
    Quand il aperçut son père près de la maison en pierre blanche, il cria plusieurs fois son nom, mais la voix enrouée par l’angoisse, celui-ci ne sembla pas l’entendre. Autour de lui les villageois, le pensant sans doute excité par l’heureux évènement, lui firent un simple geste de la main sans s’éterniser sur son agitation.
    - P’pa !
    Il avait hurlé ce mot d’exaspération, d’impatience, il en tressaillit presque, ce mot, il ne l’avait jamais prononcé. Il put lire la surprise dans le regard de son père, il crut même y déceler une certaine joie, cependant le jeune homme ne s’attarda pas là-dessus.
    - Suis-moi, vite !
    Il vit le visage de Gael s’assombrir aussitôt, l’homme devant lui n’était plus le grand-père impatient mais le chef efficace et plein de bon sens qui commandait les guerriers de ce village. Dagan le précéda jusqu’aux falaises, là où il se tenait quelques instants auparavant.
    - Par Taranis…murmura son père.

    La menace grandissait au fur et à mesure que les voiles, d’une blancheur de nacre sous les doux rayons de la lune, déchirant le sombre horizon, s’approchaient. Ces bateaux sans étendards flottaient sur l’océan étrangement calme, comme si leur présence avait effrayé le Dieu de cette vaste étendue d’eau lui-même. Leur apparition soudaine, presque surnaturelle, prirent les habitants du village au dépourvu. Une telle flotte n’avait rien d’amicale.
    Loin de se douter de l’agitation extérieure, dans une maison de pierre blanche, une jeune femme aux longs cheveux noirs, le visage crispé et en sueur, s’apprêtait à mettre au monde son enfant. Les violentes douleurs qui contractaient son abdomen lui arrachèrent des cris de souffrance, ses yeux bruns emplis de larmes suppliaient les trois femmes présentes de l’aider à mettre fin à son supplice, cela faisait des heures que le travail avait commencé et la jeune femme était à bout de force. Les bougies de cire issue des arbres Taäl diffusaient une douce lumière aux reflets roux ainsi qu’une odeur identique à celle du pin, la pièce embaumait de ce parfum léger. La jeune femme regarda danser la flamme d’une des bougies, se concentrant pour supporter la douleur, son regard noisette brillait de mille éclats sous l’effet des larmes et de la lumière. C’était un regard plein d’espoir qu’elle avait à cet instant, l’espoir de pouvoir serré contre elle le petit être qui était encore en elle. Elle ne voulait pas abandonner, mais elle ne savait si elle aurait le courage et la force de lutter encore longtemps.
    - Erell, lui fit doucement Alis, il va falloir être forte maintenant. Quoiqu’il arrive, nous serons avec toi.
    Pourquoi tant d’inquiétude dans sa voix alors qu’enfin tout semblait se dérouler normalement ? La jeune Erell pensa au pire, allait-elle mourir ou son enfant était-il déjà mort ? Non, il y avait autre chose, elle le sentait, elle avait entendu Gael parler à sa femme, leur chuchotement noyé dans ses cris, elle n’avait pu entendre leur propos, mais il semblait se passer quelque chose à l’extérieur. Elle tenta de chasser ses obscures pensées, se concentrant uniquement sur les conseils des sages-femmes qui l’accompagnaient.
    - Encore un effort.
    Erell hurla une nouvelle fois de douleur, crispant ses poings sur les draps blancs, elle se demanda si son enfant entendait ses cris, elle espéra que ce ne soit pas le cas, elle ne souhaitait pas que ce soit son premier et peut-être dernier souvenir d’elle.
    « Que…que se…passe-t-il ? Haleta-t-elle se sentant soudain étrange.
    - Tout va bien, la rassura l’une des femmes d’une voix calme ;
    - Non…non, je… »
    Violemment, une force puissante la submergea complètement, elle se senti pousser à l’extérieur de son corps, comme si une main invisible agrippait son âme et tentait de l’extraire avec rage de son enveloppe charnelle. Autour d’elle, tout était silencieux, bien que consciente de l’agitation des femmes, aucun de leurs mots ne l’atteignait, lentement elle s’enfonçait dans un autre monde.

    Il était de ces jours, de ces instants qui marquaient à jamais les esprits de toute une génération d’homme, cette nuit allait incontestablement faire partie de ses rares évènements pour tout le peuple Heneg. Qu’y avait-il de pire que de se sentir impuissant ? Qu’y avait-il de pire que ne pas pouvoir agir ?
    Dagan fut un spectateur impuissant de la bataille qui se déroula sur les terres d’Iben, les plus valeureux guerriers du village firent barrage aux ennemis toujours plus nombreux, cherchant à s’introduire dans Nehmain.
    Le jeune homme regarda son père lutter avec acharnement contre des bêtes sanguinaires, un peuple qui ne méritait pas d’être appelé « humain ». Les Istris s’étaient alliés sans que personne ne puisse un instant l’imaginer. Les grands mages Istris, petite communauté maîtrisant parfaitement le mana avait fait allégeance aux féroces guerriers Istris.
    Bien qu’issus d’un même peuple, rien ne pouvait opposer davantage deux clans. Leurs idéaux, leur mode de vie étaient bien différents. L’avidité de pouvoir, la soif de sang avait-elle dont atteint elle aussi les mages du pays d’Ys ? L’alliance inattendue était d’une redoutable efficacité, sans le pouvoir des mages, jamais les guerriers n’auraient eu accès à leurs terres. C’était une attaque incontestablement préparée depuis des jours, voire des semaines, rien n’avait été laissé au hasard, chaque clan jouait admirablement son rôle.
    Le sang bouillonnait dans ses veines, assigner à rester à l’écart sur le chemin menant au village, ne devant se battre que si un ennemi passait le barrage, Dagan regardait avec des yeux pleins de haine la violence de cet affrontement. Les guerriers Henegs n’avaient rien à envier à leurs adversaires, il fut heureux que les membres de la garde royale soient là, leur expérience aux combats était un atout précieux. Aucun des deux peuples n’avait un réel avantage, Dagan se demandait se qu’il en serait si les mages venaient à prendre part au combat, jusqu’à présent ils restaient en retrait, sans doute épuisés par l’effort inouï qu’ils avaient produits pour les faire parvenir jusqu’ici.
    L’épée dégainée, le jeune homme, posté au milieu du chemin menant au village, restait vigilant aux mouvements de l’ennemi. Chaque peuple possédait ses propres caractéristiques, si les Istris comme les Heneg avaient les yeux noirs et des cheveux sombres, la structure de leur visage les différenciait aisément. Les traits des guerriers sanguinaires étaient plus anguleux que les leurs, comme taillée dans de la pierre, sur un faciès plus allongé, plus fin. Leur peau était aussi plus claire bien qu’il ne fût réellement possible de le constater dans la pénombre.
    Le choc des lames se dressant les unes contre les autres émettait une triste symphonie, accompagnée par les voix des guerriers entonnant le chant lugubre de la guerre. Inconsciemment, Dagan resserra ses mains autour du manche de son épée, étrangement, il ne ressentait aucune peur, bien qu’impressionné par la lutte que se livraient les siens, il n’avait qu’en lui cette excitation qui lui vrillait l’estomac. Rester en arrière, inutile, lui laissait un goût amer, il voulait se jeter au cœur de la bataille et se montrer digne d’un guerrier Heneg. Finalement, après de longues minutes, jaillit un premier ennemi juste devant lui. Vif, confiant, Dagan s’engagea dans ce premier duel un sourire satisfait sur les lèvres. Faire couler le sang ne le rendait pas heureux, loin delà, il se sentait juste heureux d’être là pour protéger sa famille. Le guerrier qui lui faisait face sonda son regard avec un plaisir malsain et le jeune homme fut révulsé par la lueur démoniaque qu’il découvrit dans l’expression de son adversaire.
    - Jeune Heneg, lui murmura l’homme d’une voix railleuse, ne tiens-tu donc pas à la vie ?
    Assez réfléchi pour ne pas entrer dans le jeu de l’Istri, Dagan s’abstint de toute réponse orale, préférant faire parler son épée.
    - Je vois…continua son opposant avec un sourire cruel, je vais me faire un plaisir de t’ôter la vie !
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  • Posté le 17 mai 2009 à 11:08:18 Avertir un administrateur
  • Refoulant un frisson d’effroi devant le ton impitoyable qu’avait utilisé l’homme, le jeune homme s’acharna à en finir le plus rapidement possible. Il ne possédait aucune expérience en combat réel, il était très loin d’être un guerrier aguerri pourtant, il avait confiance en ces aptitudes. Evaluer les faiblesses de l’ennemi, le tester, puis enfin, lui porter un coup fatal. Il devait suivre ses règles et ne pas chercher un combat se prolongeant, garder ses forces était vitale. L’homme devait le sous-estimer, un tel guerrier ne se méfierait pas d’un jeune garçon comme lui. Il en profita pour tenter une feinte, mais l’homme dont les cicatrices défigurant son visage témoignaient de ses nombreux combats, ne fut pas dupe et riposta immédiatement, sans hésitation. Le jeune novice ne dû sa survie qu’à ses réflexes aiguisés et avec vivacité contre-attaqua à son tour. Cela sembla plaire à son adversaire dont un sourire, semblable à un rictus, étirait ses fines lèvres.
    - Notre Dieu est bon, il nous offre des guerriers à notre hauteur.
    Dagan lui intima mentalement de se taire. Rester concentré était difficile dans ses conditions, non seulement il devait se méfier de l’homme en face de lui, mais aussi de ceux qui pourraient à leur tour surgirent vers lui. Dans le chaos qui régnait, tous les bruits devenaient suspects, toutes les silhouettes se mouvant dans l’ombre étaient dangereuses, il n’arrivait pas à fixer son attention sur un seul point, rendant ce combat pénible. Il réalisa que devenir un vrai soldat demandait beaucoup d’efforts et que même avec des capacités innées, sans un minimum de préparation et d’expérience, sur un champ de bataille, on était qu’un poids mort, une cible bien trop facile.
    Ils échangèrent de nombreux coups, s’il avait été naïf, le jeune homme aurait eu alors le vain espoir de pouvoir l’emporter, heureusement pour lui, il réalisa très vite que le guerrier ne faisait que jouer avec lui. Il profita de cette opportunité pour renverser l’avantage, il était certes inexpérimenté, mais pas totalement idiot. Il attendit un moment propice pour lâcher son épée de manière à ce que cela passe pour une maladresse de la part d’un trop jeune guerrier. Victorieux en son fort intérieur, Dagan arbora une mine accablée, terrifiée, fixant son adversaire comme s’il était la mort incarnée, quand il fut ensuite sûr que l’homme se jetterait tout droit dans son piège, il recula de quelques pas, jetant de rapides coup d’œil sur son épée tombée à terre. Le guerrier Istri ricana fortement, alors Dagan esquiva un pas sur le côté, imitant une tentative de reprendre son arme, comme il le pensait, l’Istri prédit cette tentative désespérée et s’élança en direction de l’épée relâchant sa garde, le quittant un instant du regard. Dagan profita de l’occasion pour lui balancer un violent coup de pied dans l’estomac enchaîné d’un deuxième dans la tête lorsque son adversaire déséquilibré se pencha juste assez en avant pour se maintenir debout. L’ennemie posa un genou à terre, se tenant le crâne d’une main, le jeune Heneg attrapa rapidement son épée et transperça l’homme en pleine poitrine, ce dernier lui lança un regard surpris, réalisant sans doute son erreur. Dagan fut assailli par diverses émotions quand il prit conscience de son acte, comme pour effacer son crime il retira la lame du corps de son adversaire, faisant gicler des gouttes de sang sur ses mains et son visage. L’Istri le regardait toujours, cette fois avec une légère moquerie dans les yeux comme s’il pouvait lire dans son esprit, soutenant ce regard, le jeune homme tentait d’afficher une expression calme et détachée, mais cela lui fut bien plus difficile qu’à l’accoutumée, car auparavant, il n’avait jamais tué un homme.
    - Gloire à notre Dieu ! cria le guerrier en s’affaissant sur le sol, une main sur sa blessure saignant abondamment.
    Dagan oublia un instant le combat qui se déroulait un peu plus loin, figé devant le spectacle d’un guerrier mourrant.
    - L’avènement de notre Dieu…murmura l’homme dans un dernier souffle.
    Le jeune Heneg continua de fixer le cadavre de son ennemi, les yeux révulsés par l’horreur de son geste. Ainsi, c’était cela la guerre, pensa-t-il réprimant un haut-le-cœur. Ne supportant plus cette vision, il se retourna brusquement et courut jusqu’aux portes de Nehmain. En chemin, d’un geste frénétique, il frotta son visage pour en effacer les traces de sang dont le goût et l’odeur imprégnaient sa bouche. Bientôt ce ne fut que des traces invisibles qu’il tentait désespérément d’effacer. Alors qu’il se rapprochait de son village, il s’arrêta derrière un arbre et reprit son souffle, les images de l’ennemi mort le harcelant encore et encore. Il ferma les yeux, rationalisant son geste, après tout, il n’avait fait que se défendre lui et sa famille. Cela ne lui suffit pas, il ne pouvait ignorer le plaisir qu’il avait pris à combattre, la satisfaction éphémère de la victoire qu’il avait remporté, avait-il aimé tué ? Il secoua vigoureusement la tête, chassant cette perverse pensée.
    - seulement me défendre, juste me défendre, murmura-t-il avec une conviction plus que vacillante. Juste protéger les miens…

    Une fois plus calme, Dagan sortit de sa cachette, les bruits du combat s’étaient rapprochés, les Istri avaient fait reculer les Henegs un peu plus loin sur leur terre, ce n’était qu’une question de temps avant qu’ils n’arrivent au village. Encore sous l’effet du choc, le jeune homme était néanmoins prêt à lutter de toutes ses forces, même si pour cela il devait tuer. Il pensait à son père, à tous les hommes et femmes qui se battaient sans peur à cet instant, la honte, le regret, la culpabilité d’enlever des vies n’avaient pas leur place sur un champ de bataille, il devait juste apprendre à mettre ses sentiments de côté et de se montrer digne d’un guerrier Heneg.
    Il ne pouvait pas mourir avant d’avoir vu son enfant, tué pour lui, il y arriverait. Erell devait l’attendre à présent, l’enfant dans ses bras, pour elle aussi il devait se montrer plus fort, plus courageux.
    - Gael !
    La voix de sa mère résonna à travers toute la contrée environnante et le désespoir de son cri se perdit presque aussitôt dans le tumulte du combat. Dagan fut foudroyé par cet appel torturé, il n’avait jamais entendu sa mère si forte, si souriante, si bienveillante, hurler le nom de son père ainsi.
    - Alis ! s’écria-t-il en s’élançant de nouveau sur le chemin du village avec une rapidité qu’il n’aurait jamais imaginé possible.
    Etait-elle blessée ? Son père était-il… ? Non, impossible se rassura-t-il un optimisme forcé, Gael était bien trop fort pour mourir par la main de ses monstres. La voix de sa mère retentit encore, cette fois c’était lui qu’elle appelait, quand il l’aperçu juste devant le village, Gael à ces côtés, son cœur fit un bond dans sa poitrine, le village aurait-il été envahi ? Il avait quitté juste quelques instant son poste, l’ennemi serait-il passé à ce moment ? La rage le consuma, il avait mis en danger tout son village pour ses états d’âme, il ne se pardonnerait jamais si l’un des siens périssait par sa faute. Ce fut donc avec soulagement qu’il constata que Nehmain ne semblait pas avoir été le triste lieu d’une quelconque bataille, mais sa rage était toujours bien présente, son père lui avait fait confiance et il n’avait pas su respecter ses engagements.
    - Dagan, suis-moi ! lui ordonna son père avec une voix qu’il ne lui connaissait pas.
    Silencieusement, le jeune homme emboîta le pas de son père, il s’attendait à recevoir la punition de sa vie, mais quand ils s’arrêtèrent devant la maison de pierres blanches, celle où Erell devait se trouver à cet instant, Dagan se figea instamment.
    - les Istris se rapprochent du village, je te laisse juge de ce que tu dois faire, mais ne reviens plus jamais au village.
    Dagan resta sans voix, estomaqué par la brutale remarque de son père. Celui-ci lui tournait le dos, une main sur la porte.
    - Quoi… ? souffla-t-il hagard.
    - Ne discute pas ! Hurla presque Gael toujours sans se retourner.
    Incompréhension et colère submergèrent le jeune guerrier, on lui cachait quelque chose, il en avait la certitude. Aucun de ses parents ne lui avaient parlé d’Erell ou de l’enfant, et maintenant il était là, devant cette maison où son père hésitait à pénétrer.
    - Non ! déclara Dagan d’un ton dur. Vas-tu me dire la vérité ?
    - Erell n’a pas survécu, lui annonça violemment son père dont la main tremblait à présent.
    Le jeune homme sentit les battements de son cœur s’accélérer dans sa poitrine. La vérité qu’il avait tant voulu connaître lui fit mal. Il ne bougea pas quand son père se décida à pénétrer dans la maison, il n’avait pas le courage d’y voir la dépouille de son épouse.
    - Dagan.
    Sa mère lui posa une main qui se voulait sans doute réconfortante sur son épaule, mais le jeune homme atterré, l’ignora.
    - Rentre avec moi Dagan, fit-elle d’une voix maternelle comme lorsqu’il était enfant.
    Sa main glissa sur son dos et le poussa à entrer. Il ne résista pas. Il se sentit oppressé dès qu’il fut à l’intérieur, le lit dans lequel Erell avait dû souffrir le martyr était à présent vide. Il fit machinalement le tour de la pièce du regard, exceptée une petite table rectangulaire de bois sombre sur laquelle était disposé des bougies presque entièrement consumées, la chambre était d’un triste vide. Prévenante, Alis sortit du tiroir de la petite table de nouvelles bougies qu’elle alluma aussitôt afin d’apporter un peu plus de lumière. Son père n’était pas là mais il l’entendit parler dans la petite pièce juste à côté d’où il sortit quelques minutes plus tard portant dans ses bras un tout jeune enfant. Dagan fit un pas en sa direction, mais le regard triste de son père le stoppa net.
    - Les impurs ne sont que des êtres comme les autres...
    Le jeune homme regarda son père avec curiosité se demandant pourquoi il lui disait tout ça. Le village était sous la menace des Istris en ce moment même, pourquoi perdait-il du temps à lui raconter ces idioties ?
    - Les Istris ne sont pas venus par hasard sur nos terres et encore moins jusqu’à notre village. Ils…Ils sont venus récupérer ton fils Dagan.
    Ce dernier se figea sur place en réalisant ce qu’essayait de lui avouer son père, s’était comme si le sol se dérobait sous ses pieds, l’engloutissant complètement.
    - Quelque soit ton choix, ne reviens pas. Emmène l’enfant loin d’ici, tue-le si cela te semble juste, mais ne le laisse pas tomber entre les mains des Istris.
    Dagan secoua la tête, ne voulant pas y croire. Il entendit sa mère pleurer doucement derrière lui, lui aussi aurait eu envie de pleurer, mais ses yeux, incrédules, restaient étrangement secs. Son fils était un impur, un monstre. C’était alors à cause de lui que tout le village risquait en ce moment sa vie. Le désespoir et l’incompréhension laissèrent place à une folle rage. Erell avait donné sa vie pour engendrer un tel être, c’était tellement injuste ! pensa-t-il en regardant l’enfant qui semblait inerte.
    - Dagan, pars !
    Voyant que son fils ne réagissait toujours pas, Gael lui mit de force l’enfant portant un médaillon doré trop grand pour lui dans les bras. Le jeune homme lui jeta un regard dégoûté, il ne ressentit que de la haine pour ce petit être. Il ressemblait certes à tous les bébés, mais une étrange aura brillait dans son regard qu’il gardait ouvert, et puis il était bien trop calme pour un nouveau né. Ne devait-il pas pleurer ? Pourquoi fixait-il toujours un point indéfini de son regard vide ?
    - Que dois-je en faire ? demanda-t-il avec un mépris non dissimulé.
    - Ton frère vit sur le territoire de Servana, il t’accueillera. Tant que ton fils portera le médaillon, il ne pourra être retrouvé par les mages Istris. Fais en sorte qu’il ne le quitte jamais !
    Un fracas retendit dans le village, ne laissant pas plus de temps au jeune homme pour réfléchir à ce qu’il allait maintenant faire. Il allait juste devoir fuir le village, y être chassé par son propre père, tout ça à cause du monstre qu’il avait engendré.
    - Je suis désolé Dagan…souffla Gael juste avant qu’il ne franchisse la porte.
    - Ne meurs pas mon fils, sanglota sa mère.
    Dagan s’éloigna du village une boule au ventre. Il courut sans se soucier un instant du confort de l’enfant qu’il ne pouvait considérer comme son fils. Qu’allait-il faire de cette abomination ? Il lui vint l’idée de le jeter dans la forêt enchantée, mais il réalisa aussitôt qu’il ne pourrait être aussi cruel, malgré tout il ne s’agissait encore que d’un enfant. Des larmes s’échappèrent de ses yeux sans qu’il ne s’en rende compte. Les bruits de l’affrontement devinrent de plus en plus sourds au fur et à mesures de ses pas, il ne savait pas si les siens survivraient à cette attaque et il souffrait de ne pas rester là où il avait toujours vécu. Ne contenant pas plus son désarroi, il tomba à genoux et laissa éclater toute sa peine.
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  • [Nevada] Voir le profil de [Nevada]
  • Posté le 17 mai 2009 à 11:09:15 Avertir un administrateur
  • - Le sacrifice en vaut-il la peine ? demanda Gael à un homme se tenant dans l’encadrement de la porte.
    - Je ne crois pas en ce Dieu qui prétend nous guider vers de glorieux chemins, expliqua l’inconnu aux cheveux et à la barbe claires, je crois en la nature et si elle a décidé que cet enfant voit le jour, ce n’est pas pour qu’il périsse maintenant. Mais je devais être sûr que vous feriez le nécessaire pour le protéger, peut-être le regrettons-nous, peut-être est-il destiné à devenir le fléau qui infligera au monde de grands malheurs, cependant qui peut le prédire ? Ce sacrifice, permettra à un enfant de vivre, n’est-ce pas le plus important ? »
    Le chef du village acquiesça en silence, cet homme était juste et sage. Gael tourna toutes ses prières vers son fils, il n’oublierait jamais son expression lorsqu’il avait tenu pour la première fois son enfant, une telle expression ne devrait pas exister lorsqu’un père regarde son enfant.
    « Yekel, que se passera-t-il une fois ses pouvoirs complètement éveillés ?
    - Tout dépendra de lui. »
    Gael prit une expression dubitative.
    - Comment se fait-il que l’existence des impurs nous soit jusqu’alors inconnue ?
    L’homme se contenta de sourire, sans répondre à cette judicieuse question. Gael n’insista pas. Un jeune Heneg rentra alors dans la maison et l’inconnu se cacha immédiatement.
    - Chef, les Istris quittent la zone, devons-nous les poursuivre ?
    Le guerrier secoua la tête.
    - Non, inutile, ils ne reviendront pas.
    Une fois le soldat parti, Gael se tourna Yekel.
    « Retournes-tu auprès des tiens grand mage ?
    - Non, mon devoir va être de veiller sur cette jeune femme, je suppose qu’après tout ceci, elle sera considérée comme responsable de ce carnage. Et toi ? Que vas-tu dire à ton peuple ? Même s’ils connaissent maintenant la vérité sur les impurs, il risque de ne pas comprendre ton choix, ton petit-fils ne sera qu’un démon à leurs yeux.
    - Nous ne comptions pas tuer un enfant, même si l’un de nos aïeuls pensait que c’était la meilleure des solutions.
    - Je vois, vous saviez avant la naissance qu’un être impur allait voir le jour…Etrange…Comment ? »
    Cette fois, ce fut Gael qui esquissa un léger sourire.
    - Nous avons tous nos secrets je suppose.
    L’homme à la longue tunique bleu ciel, accordée à la couleur de ses iris ria à cette remarque.
    - Bientôt le monde redécouvrira l’existence de ces êtres particuliers, je ne sais exactement comment les peuples vont réagir. Mes pouvoirs ne me montrent pas cela.
    - Ces êtres ? releva Gael surpris.
    - N’est-ce pas étrange ? s’amusa presque le mage. Jamais cela ne s’était produit auparavant, peut-être que les Dieux ont prévu un grand destin pour eux.
    Gael se demanda alors s’il avait fait le bon choix, le doute s’immisça lentement dans son esprit.
    - J’espère que nous nous reverrons chef Heneg, termina le mage, peut-être que votre petit-fils sera avec vous à ce moment là.
    - Je l’espère également.
    Il regarda le mage repartir, ne sachant toujours pas ce qu’il avait en tête. Il ne lui avait fait confiance que parce qu’il ne voulait ni s’emparer, ni tuer son petit-fils. Mais qu’en était-il de ses réelles intentions ?
    - Est-ce bien ? fit sa femme en arrivant près de lui.
    Le guerrier sourit avec confiance à son épouse dont les yeux étaient devenus rouges à force de verser des larmes.
    « Il s’occupera bien d’elle, elle ne pouvait pas rester, pas après tout ça.
    - Je sais, souffla Alis, mais ce soir, nous avons perdu beaucoup.
    - J’ai choisi de faire confiance à ce mage et à cause de cela, j’ai dû chasser mon propre fils, dit-il avec tristesse, je veux croire que j’ai agi pour le bien de tous. »
    Gael le voulait réellement. Il serra ses poings de frustration de n’avoir pu faire davantage pour son fils et l’enfant. S’il s’était préparé à cela, peut-être qu’une meilleure solution aurait été trouvée, mais en quelques minutes à peine, il avait dû se résoudre à écouter les conseils d’un homme qu’il ne connaissait pas. Mais ce mage en savait beaucoup plus que lui sur les êtres impurs, le peuple du pays d’Ys semblait posséder les réponses qu’il lui manquait.
    - Leur Dieu…soupira le chef de Nehmain avec désarroi en repensant aux paroles prononcées par les Istris alors que son fils partait en direction de la forêt enchantée.
    « Notre Dieu ne vous appartient pas ! »
    - Est-ce vraiment un Dieu ?



    Voilà pour le moment.
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  • Maitre-Misha Voir le profil de Maitre-Misha
  • Posté le 18 mai 2009 à 17:58:57 Avertir un administrateur
  • J'ai pas lu, j'ai pas vraiment le temps, et j'en suis désolé. Mais la remarque t'ayant déjà été faite, je me dois de la réitérer : Oblige-toi à sauter des lignes pour aérer ton texte.

    Cette remarque est haute de sens, puisque la mise en page de ton texte, c'est l'introduction pour les yeux du lecteur.

    Et sans bonne introduction, et ben... Pas de bonne lecture.



    Sinon, et bien le fait de faire une histoire sans rapport avec ToS permet d'éviter bien des écueils, tu les as énumérés pour les plus embêtants : descendances en tout genre, trame simpliste... Mais tu pouvais très bien te créer ton univers et faire quelque chose de très intéressant tout en reprenant la base de ToS.
    C'était juste pour dire que une fan fic venant d'un jeu n'entraîne pas forcément les défauts cités (il n'y a qu'à voir certaines fics de ce forum, malheureusement pour la plupart abandonnées ou terminées, qui mériteraient de biens beaux coup d'oeil).


    En tout cas tu te donnes du mal, tu nous ponds un texte qui me semble aux quelques phrases que j'ai lues ci et là assez construit, réfléchi et "correct". Donc je ne peux que t'encourager.
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  • yuen Voir le profil de yuen
  • Posté le 18 mai 2009 à 19:42:47 Avertir un administrateur
  • "Et sans bonne introduction, et ben... Pas de bonne lecture. "

    Bien d'accord. :oui: (avec tout le reste également. )

    "J'ai pas lu, j'ai pas vraiment le temps"
    --> On dirait moi ça. :o))

    D'ailleurs, pour ne pas qu'il y ai confusion, je le dis haut et fort : je n'ai pas lu...Enfin, si peut-être...On m'a forcé...J'ai pas eu le choix... :non2:


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  • [Nevada] Voir le profil de [Nevada]
  • Posté le 27 mai 2009 à 10:27:42 Avertir un administrateur
  • Je crois que j'ai encore des efforts à faire niveau structure de texte.
    Merci Maitre-Misha pour cette remarque, j'en prends note.


    "Sinon, et bien le fait de faire une histoire sans rapport avec ToS permet d'éviter bien des écueils, tu les as énumérés pour les plus embêtants : descendances en tout genre, trame simpliste... Mais tu pouvais très bien te créer ton univers et faire quelque chose de très intéressant tout en reprenant la base de ToS.
    C'était juste pour dire que une fan fic venant d'un jeu n'entraîne pas forcément les défauts cités (il n'y a qu'à voir certaines fics de ce forum, malheureusement pour la plupart abandonnées ou terminées, qui mériteraient de biens beaux coup d'oeil). "
    --> Oui, je le sais bien, j'ai lu beaucoup de ces fics (certes, inachevées pour la plupart) que j'ai apprécié. Le soucis, étant que pour faire preuve d'originalité, sans avoir l'air de copier sur tel ou tel histoire, ce n'est pas aisé.
    Et puis, j'étais très inspiré pour cette histoire-ci.

    "En tout cas tu te donnes du mal, tu nous ponds un texte qui me semble aux quelques phrases que j'ai lues ci et là assez construit, réfléchi et "correct". Donc je ne peux que t'encourager. "
    --> Merci, je ferai de mon mieux.

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  • [Nevada] Voir le profil de [Nevada]
  • Posté le 5 juillet 2009 à 22:46:58 Avertir un administrateur
  • Chapitre 2 : Adieux.


    Dagan ne su exactement comment il réussit à franchir la barrière montagneuse. Il ne su combien de temps il resta dans cet état d’hébétude, courant droit devant, ne se retournant pas une seule fois, fuyant simplement la réalité de cette nuit chaotique.
    Il se retrouva juste de l’autre côté de Taranis, l’air encore hagard, son esprit fatigué assimilant difficilement les évènements qui l’avaient mené ici même, sur ces terres qu’il n’avait pu qu’imaginer.
    Devant lui, il ne voyait que la noirceur de la nuit qui n’en finissait pas. Il fit quelques pas chancelants, ses jambes meurtries par sa course au milieu d’une forêt dense en végétation, dont les ronces avaient peu à peu égratigné ses habits, puis sa peau. L’escalade des imposantes dames avaient fini par venir à bout de ses forces.
    Le souffle de plus en plus saccadé, il continua à avancer toujours tout droit, sans savoir ce qu’il l’attendait derrière l’obscur horizon. Les Istris le poursuivait-il ? Combien de chemin allait-il devoir parcourir encore ? Sa vie se résumerait-elle à ça dorénavant ?
    Il n’avait nul part où aller, il ne pouvait revenir auprès des siens, il était désormais seul.
    Il serra contre lui le fardeau qu’il tenait dans ses bras, un fardeau bien trop lourd pour lui. Il ne regardait pas l’enfant, ne voulant pas voir son visage, s’obstinant à l’ignorer.
    Son fils. Il aurait dû faire sa fierté. Pour lui, il avait senti son cœur changer, se détourner de ses rêves d’enfant, grandir tout simplement. Ses instants de doute, longuement ressasser sur la falaise abrupte, l’océan pour seul conseiller, à l’aube de sa naissance, lui avaient ouvert une nouvelle voie, l’incitant à comprendre ce qui lui importait réellement.
    Cette voie s’était cruellement dissipée sous ses pas, le faisant choir dans le tourment du cauchemar pourtant si réel qu’il vivait. La beauté de cette illusion, il l’avait approché de si près, tendant la main pour la saisir, qu’il ne ressentait à présent que la douleur de la voir s’effriter entre ses doigts.

    L’épuisement jouant avec ses nerfs, Dagan fut alors convaincu qu’il devait éliminer ce fardeau, les paroles de son père lui revenant en tête : Faire ce qu’il lui paraissait juste.
    Il s’arrêta au milieu de l’immense plaine désolée où aucune forme de vie ne semblait pouvoir exister. Sur le sol rocailleux et aride, il posa l’enfant enroulé dans un drap blanc devenu poussiéreux et s’agenouilla devant lui. L’éclat d’une profonde haine brillait dans le regard du jeune guerrier, en une nuit il avait tout perdu, tout, et devant lui, la cause de tous ses malheurs. Dagan avait écouté les nombreuses discussions sur les impurs, il avait lu le petit carnet et il avait encore en mémoire les horreurs qu’avait commis l’un de ses êtres. Comment pourrait-il vivre en laissant cette abomination grandir et causer tant de souffrance ? Il devait réagir maintenant, avant qu’il ne soit trop tard, ça semblait tellement évident ! Il évita encore de regarder le tout jeune enfant, chair de sa chair, et retira sa légère veste de tissu noire héritée de son père en même temps que l’épée qu’il portait avec fierté. D’un geste tremblant sous l’émotion, il la plia rapidement avant de la poser sur le visage du si petit bébé.
    - Pour Erell, pour mon village…se justifia-t-il afin de se donner le courage de commettre un crime bien horrible.

    Dagan ouvrit les yeux sur un ciel bien gris. Les nuages formaient une masse épaisse sans forme, prêts à déverser leur crachin sur ces terres impatientes de recevoir quelques gouttes du nectar des cieux.
    Le jeune homme se redressa, il n’avait pas le souvenir de s’être endormi, il avait du sombrer avant de s’en rendre compte. Sa main tomba sur un morceau de tissu qu’il froissa des doigts, furieux de sa faiblesse. Il n’avait pas pu le tuer. Un frisson glacial lui parcourut l’échine, le souvenir de cette tentative lui était pénible.
    Malgré toute sa rancœur, toute sa détresse, commettre cet acte barbare était au-dessus de ses forces. Quel homme pourrait tuer un être sans défense, innocent jusqu’à ce que le destin ne décide de le pousser dans les bras tentateur du côté obscur ? Il pouvait le haïr, mais l’assassiner froidement était contraire à ses principes et ceux de son peuple, comment se prétendre encore Heneg après ce crime ? Il avait beaucoup trop perdu pour abandonner également sa fierté et ses valeurs.
    L’enfant émit un léger gazouillis, se rappelant à lui. Avait-il faim ou froid ? Dagan chassa ses questions d’un mouvement de tête, peu lui importait, il ne pourrait s’occuper de lui. Il se mit sur pieds et lança un regard en direction des montagnes de Taranis, une vague de nostalgie dans les yeux, son pays allait lui manquer, son ancienne vie, sa famille, plus jamais rien ne serait comme avant.

    Il regarda tout autour de lui puis, avec précaution, prit l’enfant dont les yeux n’étaient plus imbibés de cette étrange lueur, le rendant ainsi semblable à tout autre bébé. Les plaines étaient bien différentes de sa terre natale, il n’y avait que peu de végétation sur le sol craquelé par la sécheresse. Au loin, une fumée s’élevant dans les airs lui indiqua la présence d’habitations, ne sachant où aller pour le moment, il se dirigea dans cette direction.
    La honte grandissait au fur et à mesure de ses pas, devoir mendier sa nourriture lui portait un coup dans sa fierté de guerrier. Les Henegs étaient de grands chasseurs, capables de se débrouiller seuls au milieu de la nature, pour survivrent ils n’avaient besoin de personne, mais sur ces terres si infertiles, ces terres qu’il ne connaissait pas, le jeune homme se sentit presque désemparé. Quels animaux vivaient ici ? Où était leur habitat ? Vivaient-ils le jour, la nuit ? Il ne connaissait rien et il ne pouvait se permettre de rester des jours à étudier le comportement de la faune, s’il y en avait réellement une.

    Il marcha un long moment avant d’enfin apercevoir des cabanons délabrés, s’il n’y avait eu cette fumée, jamais il n’aurait pu croire que des gens y vivaient. Le bois semblait pourri et plus il se rapprochait, plus il constatait la désolation des lieux. Etait-ce ça alors la pauvreté ? pensa-t-il en se souvenant des récits de ses camarades ayant effectué leur voyage initiatique. Son peuple partageant tout, il n’y avait pas de différence entre les familles d’un même village, et bien qu’il avait ouï dire que de l’autre côté, les choses étaient différentes, il n’avait juste pas imaginé à quel point.
    Il entendit des rires d’enfants provenant de l’arrière de la première maison, il pinça ses lèvres, se méprisant à devoir imposer sa présence à des personnes aussi démunies. Il avait faim, mais il pouvait encore tenir un peu, eux devaient ne pas manger tous les jours.
    - Jeune homme, que vient faire un étranger sur ces terres inhospitalières ?
    Dagan sursauta et se tourna vers l’homme d’une quarantaine d’années qui venait de lui adresser la parole.
    - Je…
    Il hésita, que devait-il dire ? Il regarda l’enfant qu’il tenait toujours dans ses bras, comme s’il pouvait lui apporter la réponse.
    - Je…Ma sœur est morte en mettant cet enfant au monde…Je dois retrouver son père…Je ne sais m’occuper d’un nouveau né…Alors…Alors…
    N’osant regarder l’homme dans les yeux, il baissa le regard sur les habits troués et usés qu’il portait.
    - Je comprends, je suis bien navré pour ta sœur. Viens, ma femme est dans la maison.
    Serrant les mâchoires, Dagan suivit l’homme silencieusement. Le mensonge qu’il venait de prononcer, n’était en rien réfléchi, il lui était venu si naturellement qu’il en fut un peu effrayé, il n’avait pas pour habitude de raconter de telles choses. La honte était un sentiment bien étrange, mais il tenta de l’ignorer. Il n’avait pas le choix.
    Il pénétra dans ce que son bienfaiteur appelait maison, mais qui ressemblait plus à un taudis, l’intérieur n’était pas plus reluisant que l’extérieur, le toit diffusait la lumière du jour à travers ses innombrables orifices, les murs et le plancher n’avaient pas non plus bonne allure et semblaient prêts à s’effondrer. Une petite table bancale, rafistolée à plusieurs endroits, siégeait au milieu de la première pièce mangeant presque tout l’espace. Les meubles y étaient rares, ces gens ne devant se contenter que du strict minimum, néanmoins, ils avaient tout fait pour rendre ce lieu chaleureux. Les sièges étaient recouverts de tissus aux couleurs chaudes, un grand cadre représentant un paysage au couché du soleil habillait un des murs, peut-être pour y dissimuler un trou béant, mais donnant une touche plus accueillante à l’ensemble de la maison. Un tapis rouge, usé mais toujours en bon état, avait été placé sous la table, là encore, Dagan se dit qu’il servait de cache-misère.
    - Es-tu Heneg ? demanda alors l’homme.
    Le jeune guerrier hocha la tête.
    « Oui…murmura-t-il tristement.
    - Je croyais ce peuple solidaire avec les siens, serait-il arrivé un malheur à ton village ? »
    Constatant que l’homme était décidemment bien curieux et plutôt futé. Dagan répondit par un autre mensonge qui mettrait fin à ces questions embarrassantes.
    « Non…Mais, ma sœur ma fait promettre de retrouver son mari…Mes parents étaient contre ce mariage…Maintenant qu’elle est décédée…
    - Je vois...C’est une bonne décision, il ne faut pas contrarier la volonté des morts. »
    Dagan lui lança un regard suspicieux, se demandant s’il se moquait de lui.
    - Je suis Owen, je vais appeler ma femme pour qu’elle s’occupe du bébé.
    L’homme partit dans la pièce d’à côté et quelques minutes après, une femme blonde, un peu ronde, au tablier autrefois blanc sortit.
    - Je suis Sev, alors tu as besoin d’un coup de main gamin ?
    Il hocha la tête, en regardant le visage rubicond de cette femme aux manières quelque peu rustres.
    « Je suis Dagan…Je suis désolé de vous importuner, s’excusa-t-il en baissant la tête.
    - Ce n’est rien, ici, nous avons l’habitude avec les enfants ! Laisse-moi m’occuper de ce petit, je suis sure qu’il a faim. »
    Dagan fut soulagé et lui tendit son fils avec un sourire reconnaissant. Owen l’invita à s’installer autour de la table, une fois en face de lui, Dagan remarqua que l’homme ne le lâchait pas du regard. Loin d’être impressionné par l’éclat de ses yeux gris, le guerrier planta son regard dans le sien.
    - Où se trouve le père de l’enfant ? En as-tu la moindre idée ?
    Les poings de Dagan se crispèrent sur son fin pantalon bleu foncé.
    « Il appartient à la garde d’Aelez, il est en ce moment sur le continent Kornôg.
    - Sur Kornôg, c’est vague ça…Comment vas-tu arriver jusqu’à là-bas avec un si jeune enfant ? Le voyage va être long.
    - Je sais, mais je n’ai pas le choix…Je ne peux pas retourner chez moi… »
    Cette fois, le jeune homme ne mentait pas, troublé par l’émotion qui le submergeait, il détourna le regard.
    « Je vais t’indiquer la route à prendre, la plus sure pour vous. Les plaines d’Iben sont plutôt rudes.
    - Merci… »
    Le sujet dévia sur tout autre chose, Owen lui racontant la vie au milieu de ce pays, comment lui et sa femme avaient décidé de rester malgré tout sur ces terres autrefois plus accueillantes. Dagan l’écouta d’une oreille distraite, son esprit absorbé par toutes autres préoccupations.
    Son peuple était-il sauf ? Sa famille ? Comme il lui était pénible d’être dans l’incertitude. Il était parti si vite, abasourdi par la décision irrévocable de son père qu’il n’avait eu le temps de faire ses adieux.
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  • Posté le 5 juillet 2009 à 22:47:31 Avertir un administrateur
  • Ils furent soudain interrompus par deux jeunes enfants entrant bruyamment, Dagan sursauta lorsque la porte cogna contre mur dans un bruit sourd.
    - P’pa ! Regarde…
    Le petit garçon aux cheveux blonds se tu lorsqu’il remarqua la présence du jeune homme, il le regardait avec des grands yeux verts emplis de curiosité et à la fois de crainte. L’autre enfant, une fillette à la chevelure châtain, au visage ressemblant considérablement à son père jusqu’à ses yeux gris, se plaça derrière son cadet et posa ses mains sur ses épaules en un geste protecteur.
    - Halory, Hélène, nous avons un invité, restez sages !
    Les deux gamins acquiescèrent en silence, fixant toujours cet hôte impromptu. Dagan tenta un sourire, mais abandonna ne s’en sentant pas le courage.
    - Dagan, voici deux de mes enfants, ce sont les plus jeunes, les aînés sont partis voilà déjà bien longtemps…
    La voix de l’homme exprimait tristesse et regret, le jeune guerrier se demanda si son père aurait la même émotion dans sa voix lorsqu’il évoquerait son nom.
    - Qu’as-tu trouvé de si exceptionnel Halory ? Fit Sev en revenant dans la pièce principale. Allons ne sois pas timide !
    « Je n’ai rien trouvé, répondit le garçonnet en regardant ses pieds.
    - Pourquoi diable toute cette excitation alors ?! Je vous ai répété cent fois de ne pas ouvrir cette porte si brutalement ! »
    Cette fois, le ton de Sev avait pris un ton plus exaspéré.
    « Mais...
    - Il pleut ! s’écria alors la fillette avec une excitation non cachée. »

    Dagan n’aurait jamais pensé que la simple évocation de la pluie puisse rendre des gens aussi heureux, il les accompagna dehors, regardant avec toute cette famille puis les quelques autres qui les rejoignirent, le nuage noir déversant son flot à quelques kilomètres de ce piteux village.
    « C’est…C’est incroyable ! s’extasia un homme âgé crispant sa main autour de la canne qui le maintenait debout.
    - Nos prières ont enfin été écoutées ! pleura une jeune femme au ventre arrondis. Les Dieux ne nous ont pas oublié ! »
    Le vent poussait le gros nuage en leur direction, comme s’ils n’y croyaient pas, beaucoup restèrent dehors, attendant que les premières gouttes de pluie ruissellent entre leurs mains. Dagan se mit à l’abri de cette violente averse qui s’abattit sur ses terres desséchées. Il regarda des enfants récoltant l’eau dans des seaux avec un certain étonnement, ce ne fut que quelques instant plus tard qu’il réalisa ce que cette pluie déferlante représentait pour ce village. Pour lui, ce n’était qu’un phénomène banal, sans réelle importance, mais ici, sa venue prenait un tout autre sens, c’était un bien des plus précieux. Depuis combien de temps se restreignaient-ils en eau ? Depuis quand n’avaient-ils pas eu plaisir à rester sous une pluie battante ?
    Dagan qui n’avait jamais manqué de rien, se demanda ce qu’était la soif, la vraie soif dont tous ces habitants devaient souffrir quotidiennement. Sortant de son abri de fortune, il prit le premier récipient qu’il trouva et rejoignit les enfants et adultes à présent complètement détrempés par la pluie. Le sol avalait goulûment la moindre goutte, la boue souillait les chaussures en cuir tanné du jeune Heneg qui continua de remplir un à un les récipients qu’il trouvait.

    Une fois la dernière goutte tombée, Dagan rejoignit Sev à l’intérieur de la maison, tandis qu’Owen vidait les récipients dans un grand bac. Conscient de l’état pitoyable dans lequel il se trouvait, il se déchaussa et essora ses habits du mieux qu’il le pu. La première chose qu’il remarqua en entrant fut les dégâts provoqués par la soudaine averse. Le tapis rouge était à présent complètement ravagé par la boue, la table baignait dans quelques centimètres d’eau et l’un des pieds s’était enfoncé dans le sol. Dagan, pieds nus, réalisa que lui-même marchait dans l’eau, le planché n’avait pas tenu bon fasse à tant d’eau qui avait infiltré les moindres coin de la pièce.
    - Quel désastre ! lança Sev en riant.
    Il la regarda avec incompréhension, elle ne semblait pas perturbée par l’état dans lequel ces quelques meubles se trouvaient.
    - Si j’avais su qu’un Heneg nous apporterait la pluie, j’aurais été en chercher un bien avant !
    Le sourire éclairant son visage la rendait presque méconnaissable. Il l’aida à remettre un peu d’ordre, mais faire partir toute l’eau était un travail laborieux. Il ne su combien de fois il vida des seaux dans lequel il avait essoré les diverses serviettes engorgées d’eau. Il devint évident qu’enlever le bois pourri du plancher s’imposait, les lattes cédant parfois sous leur poids, les laisser serait dangereux pour les enfants. Owen semblait à peine contrarié par cela, en emmenant les quelques meubles dehors, le jeune homme remarqua que les quelques familles vivant au village faisaient de même.
    - Nous allons mériter un bon repas après tout ça !

    Le soir tomba rapidement, Dagan ne s’était même pas rendu compte qu’il était déjà si tard. A ce même instant, la veille, sa vie n’avait pas encore basculé, il portait encore en lui ses rêves de chevaliers, d’aventure. Erell vivait encore, luttant avec désespoir pour sa vie et celle de son enfant qu’elle chérissait déjà. Et puis, le cauchemar.
    Aller de l’avant, ne pas regarder en arrière, c’était ainsi que vivaient les Henegs, mais combien d’entre eux avaient dû tout abandonner contre leur gré ?
    Il allait devoir errer toute sa vie, de ville en ville, de famille en famille, mendiant et mentant. Quel sens aurait cette vie ? Sans foyer, sans attaches, il n’était rien. S’il avait tant souhaité rejoindre la garde, s’était pour rendre fier ses parents, prouver qu’il était un valeureux guerrier, et l’indépendance à laquelle il avait aspiré ne prenait pas en compte une rupture totale et définitive avec les siens.

    Tout le petit village s’était réuni autour d’un feu, la plupart des maisons étaient devenues inhabitables et les habitants allaient devoir passer de longues nuits dehors avant de pouvoir à nouveau avoir un toit au dessus de leur tête, pourtant tous étaient dans un grand état d’excitation, comme si ce simple phénomène avait réveillé une flamme d’espoir en chacun d’eux.
    La faim lui serrait l’estomac et se fut donc impatiemment qu’il attendit que les femmes finissent de préparer le repas. Sev s’occupait de l’enfant, lui parlant comme s’il était capable de la comprendre. Il ne l’avait pas repris dans ses bras depuis qu’il était arrivé voilà quelques heures, il regarda cette scène du coin de l’œil, revivant les évènements de la nuit précédente avec rancoeur envers son fils, cette abomination.
    - Cet enfant est une bénédiction !
    Par cette simple remarque, Sev réveilla en lui le sentiment d’injustice telle une innocente brise ravivant un feu oublié.
    - Ne pleure-t-il donc jamais ? continua-t-elle sans se douter un instant du violent tourment qui secouait le jeune homme au plus profond de son être. C’est agréable, mais un peu étrange…
    Dagan se figea cette fois, il s’était attendu à ce qu’il remarque l’étrangeté de son fils mais cela lui fit un choc de l’entendre.
    - Il ne mange pas énormément non plus…souffla la femme avec un air plutôt inquiet.
    Se rendant soudain compte qu’elle avait parlé à haute voix, elle lui fit un sourire tremblant, se voulant sans doute rassurant.
    - Je suis sure que ce n’est rien…se rattrapa-t-elle, après tout, les enfants Heneg sont un peu différents des nôtres…Je suppose qu’ils pleurent moins et sont plus robustes à la naissance…
    Dagan acquiesça poliment de la tête. Il ne voulait pas la contredire, si elle le pensait, tous les autres aussi, bien qu’il sache pertinemment qu’un enfant Heneg ou non, avait besoin de manger et de pleurer.
    - C’est vrai, vos pouvoirs doivent grandement vous avantager, intervint soudain Owen avec une lueur plutôt intéressée dansant dans ses yeux gris.
    Le jeune homme secoua la tête.
    - Nous essayons de ne pas y avoir recours, nous respectons le traité.
    De son père, et plus encore de son arrière-grand-père, il savait que les humains avaient longtemps été jaloux et envieux du pouvoir qui leur avait été donné, il ne pu réprimer l’idée que cet homme lui faisant face, n’était pas si innocent qu’il y paraissait. Quand il lui avait parlé de son pays, ces plaines si rudes, il n’avait cessé de les comparer au territoire s’étendant derrière les montagnes de Taranis, pensait-il que les Henegs étaient responsables de la sécheresse ? Qu’ils avaient usé de leur pouvoir pour rendre leur terre fertile au détriment de la leur ?
    - Vraiment ? fit Owen avec une feinte surprise. Si je possédais un tel pouvoir, je ne me priverai pas de l’utiliser…Ici, sur les plaines d’Iben, un peu d’aide serait la bienvenue…
    Le jeune Heneg se raidit aussitôt, même s’ils l’avaient accueilli sans rien demander en retour, il ne connaissait rien de ces gens et un sentiment de méfiance ne cessait de grandir en lui. Qu’attendaient-ils de lui ?
    Dagan ravala de justesse la remarque désagréable qui lui était montée aux lèvres, préférant ne pas provoquer ses hôtes. L’homme semblait guetter sa réaction, alors il tenta de rester le plus calme possible et nonchalamment il accepta l’assiette qu’une jeune femme aux cheveux blonds lui tendit, réussissant même à lui rendre un sourire, sourire qu’elle dû prendre comme une invitation, car elle s’installa à côté de lui, son épaule effleurant la sienne. Ignorant la présence de cette femme aux manières un peu trop familières, il reporta discrètement son attention sur Owen. L’homme, le visage souriant, détendu, bavardait maintenant avec deux autres villageois, le jeune Heneg aurait presque pu croire qu’il avait mal interprété les paroles d’Owen, imaginant des sous-entendus qui n’avaient pas lieu d’être, oui, peut-être y aurait-il cru s’il n’avait pas intercepter leur regard glissant vers son fils avec beaucoup trop d’attention.
    Le sang de Dagan se figea dans ses veines, il ne s’agissait pas de lui, seule l’abomination qu’il avait engendré semblait les intéresser. Savaient-ils ? Non, si les Henegs avaient à peine eu connaissance de l’existences des impurs, il y avait très peu de chance que des humains isolés sur des terres peu fréquentées puissent ne serait-ce que l’imaginer.

    Après la pluie, le ciel s’était rapidement dégagé de ses lourds nuages, laissant place aux innombrables étoiles constellant la voûte céleste. Dagan, songeur, contemplait ce spectacle qu’il connaissait par cœur. Il se souvenait des noms que lui avait appris son père, de ses moments qu’il avait passé avec lui, se sentant important à ses yeux, d’agréables instants qu’il aurait dû partager avec son fils, perpétuant l’enseignement transmis par Gael, des instants qui n’existeront jamais.
    Il jeta un rapide coup d’œil à l’enfant qu’il avait gardé près de lui malgré l’insistance de Sev et d’Owen, pas par envie, mais parce qu’il n’avait pas confiance en ces gens bien trop attentionnés envers son fils. Si des humains avides de pouvoirs venaient à s’emparer de ce démon dont la puissance dépassait l’imaginable, le monde courrait à sa perte, les guerres actuelles ne seraient rien à côté de ce qu’il arriverait dans un tel cas. Dagan serra ses poings de rage en imaginant pareille situation, la nature démoniaque de son fils ne devait jamais être révélée.
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  • Posté le 5 juillet 2009 à 22:48:23 Avertir un administrateur
  • Il passa une première nuit, puis une deuxième dans ce piteux village dont pourtant son instinct lui préconisait de fuir. Malgré toute sa défiance, ses soupçons, Dagan ne pouvait nier qu’être au sein de cette communauté le rassurait. Peut-être était-ce la vision des montagnes qui l’avaient vu naître qui l’empêchait de quitter cet endroit, peut-être ne pouvait-il tout simplement pas se détacher de ses terres si proches de lui mais maintenant si loin de son cœur ?
    Pourtant, il ne pouvait rester ici indéfiniment, les raisons qui le retenaient étaient une entrave, des chaînes invisibles qui l’empêchaient d’avancer et de continuer sa vie.
    Sa vie. Que serait-elle ?
    Sous la douce lueur de la lune, il se torturait l’esprit avec des questions qui n’appelaient aucune réponse satisfaisante, son avenir lui semblait bien trouble et obscur. Il savait qu’il devait se libérer de ses chaînes, s’évader de cette prison de nostalgie, trouver par lui-même un sens à son existence et écrire les nouveaux chapitres de sa vie, jour après jour, mais tourner la page sur un pan important de sa vie restait un choix difficile.


    En cette troisième nuit sous le ciel des plaines d’Iben, Dagan se débattait encore avec ses émotions contradictoires, raison et déraison s’étaient lancées dans un duel dont l’issue déterminerait sa destinée. Le jeune homme ne pouvait se résoudre à abandonner ses terres à jamais, mais ne pas le faire ne ferait que rendre douloureux cette lointaine proximité.
    Et puis, il le sentait un peu plus chaque jour, le danger se rapprochait. Les chuchotements sur son passage, les regards en biais, les brides de conversations qu’il avait surpris inopinément, il ne pouvait ignorer que quelque chose se tramait au sein de cette communauté d’apparence si inoffensive.
    Des bruit de pas se rapprochant de lui, Dagan fit mine de dormir, réprimant un soupir d’exaspération. Il s’était installé à l’écart des villageois, aspirant à la tranquillité et espérant chaque nuit trouver le courage de fuir. Ces gens l’intriguaient, mais il ne pouvait perdre son temps à découvrir leurs motivations quand à l’intérêt qu’il portait à son fils.
    Les pas se firent hésitants, Dagan ne bougea pas, attendant de savoir ce qu’on lui voulait. Peut-être s’agissait-il juste de Sev venant s’inquiéter de l’enfant, qui que soit cette personne, elle ne semblait pas être une grande menace, toutefois, l’esprit du jeune homme n’était pas tranquille. Doucement, il ouvrit un œil et repéra une silhouette de femme près de lui, mais remarqua qu’elle n’avait rien en commun avec celle de Sev.
    L’enfant émit une sorte de pleure, comme si lui aussi ne se sentait pas totalement rassuré par cette présence inconvenante. Dagan ne pu simuler plus longtemps son sommeil et se redressa lentement, fixant la femme aux cheveux blonds avec vigilance. Il esquissa une moue contrariée en reconnaissant la jeune femme qui n’arrêtait pas de rechercher sa compagnie, lui posant de bien curieuses questions. Ses yeux bleus paraissant bien sombres dans la pénombre se posèrent sur lui avec impudence, le détaillant sans la moindre gène. Il fit de même, ne se laissant pas intimider par cette impudeur. Elle était d’un physique avenant, Dagan aimait en particulier la couleur de ses pupilles claires, teinte assez commune parmi ces villageois mais qui pour lui était bien intrigante, ses cheveux blonds maintenus par un nœud rose étaient semblables à ceux de la mère d’Erell dont il regardait souvent la photographie, espérant un jour rencontrer le peuple qui l’avait toujours fasciné. Il était bien déçu de cette rencontre, les humains n’étaient pas ceux qu’il avait cru être.
    - Désolée, je ne voulais pas réveiller le petit, s’excusa-t-elle avec un peu trop de légèreté pour qu’il puisse la croire sincère.
    - Aucune importance, fit-il sèchement. Un problème ?
    Il avait dû supporter son incessant babillage et ses questions quelque peu insistantes, ne faisant qu’éveiller en lui plus de doutes et de méfiance. La jeune femme était décidemment bien obstinée, que lui voulait-elle encore ? Ne pouvait-elle pas juste se taire et disparaître ?
    - Je voulais te proposer quelque chose…Enfin…Tu vois…
    Elle s’agenouilla vers lui, se mettant ainsi à sa hauteur. Alors qu’elle se baissait, un éclat argenté attira son regard dans le décolleté un peu trop prononcé de sa robe. N’était-ce pas une lame dont l’éclat de la lune venait de lui révéler la présence ?
    - Que veux-tu ? lui demanda-t-il brusquement en la fixant droit dans les yeux, tentant de faire abstraction de l’arme qu’elle cachait.
    Son épée se trouvait à portée de main, mais il ne la saisit pas, cette femme, bien que qu’armée, lui semblait bien maladroite pour représenter un danger quelconque. Sans s’en rendre compte, elle avait dévoilé son jeu et ses intentions.

    Ces gens étaient de plus en plus inquiétants, mais envoyer une femme, seule qui plus est, pour le tuer était une erreur de leur part, il leur apprendrait ce que cela faisait de sous-estimer un guerrier Heneg aussi jeune qu’il puisse être.
    La jeune femme dont le nom lui échappait posa une main sur sa joue, Dagan se raidit à ce contact qu’il désapprouva aussitôt.
    - Pourquoi ne pas laisser ton neveu à Sev ? Nous pourrions rester seuls…
    Dagan scruta son visage enjôleur, y recherchant la vérité. Neven lui avait souvent parlé de ce jeu de séduction entre un homme et une femme, il devait malheureusement avouer qu’il n’avait pas le même tempérament que son aïeul et qu’il n’était pas à l’aise face à cette situation.
    - Nous pourrions nous isoler et faire…plus ample connaissance…
    Son ton mielleux l’irrita au plus haut point. Malgré tout, il accepta sa proposition, il aurait moins de mal à découvrir sa motivation à l’écart du village.
    « Attends moi ici, je vais apporté l’enfant à Sev.
    - Ne t’inquiète pas, je ne bouge pas…souffla-t-il alors qu’il la regardait courir transportant son fils dans les bras. »
    Rapidement, il dissimula un poignard qu’il attacha autour de sa cheville, son épée ne ferait qu’éveiller les soupçons de la jeune femme, il se devait de paraître aussi inoffensif que possible. Il n’était pas encore sûr des réelles intentions de la demoiselle imprudente, mais il était clair qu’elle tenait avant tout à l’éloigner de son fils, avait-elle pour mission de le séduire pour le tuer dans un moment de faiblesse ? Cela lui paraissait également des plus évidents et il espérait bien renverser son jeu à son avantage. Cependant, il devrait attendre le moment opportun pour agir, menacer une femme innocente ne faisait pas partit de ses principes. Mais son intuition lui soufflait qu’il ne se trompait pas, même son fils avait pressenti la menace que représentait la jeune femme, ce démon semblait posséder un instinct de survie très développé.

    La jeune femme fut de retour quelques instants plus tard, un sourire victorieux sur les lèvres qui l’agaça. Alors qu’elle lui prit la main pour l’entraîner plus loin, il jeta un coup d’œil rapide dans son décolleté et ne fut pas surpris de constater que le poignard était toujours présent.
    Il imaginait mal cette femme plutôt chétive en chasseuse expérimentée, de plus, cacher une arme à un tel endroit n’était guère conseillé, en cas de chute la lame pouvait transpercer la poitrine et s’était la mort assurée. Il avait directement exclu l’idée que cette femme puisse porter une telle arme pour des raisons rationnelles et puis, derrière son sourire mièvre, il la sentait nerveuse, ne cessant de lui jeter des regards en biais le détaillant avec insistance comme si elle mesurait sa force. Se rendrait-elle compte par elle-même de la bêtise de son acte ?
    Le bruit des vagues s’échouant sur la petite falaise accompagnait leur pas, dans la claire obscurité de cette nuit, Dagan restait à l’affût de la moindre présence suspecte, une fois certain qu’ils furent seuls, il reporta son attention sur la femme.
    Lui tenant toujours la main, elle avançait d’un pas rapide, continuant à lui jeter quelques regards qui se voulaient sans doute charmeurs.
    - Nous sommes assez loin à présent, finit-elle par dire.
    Dagan jeta un œil en direction du village, il voyait encore la lumière projetée par le feu de camp, il n’aurait aucun mal à le rejoindre pour récupérer son fils si besoin était.
    La jeune femme se colla contre lui, l’entourant de ses bras, Dagan réprima une grimace de dégoût et fit de même. Il avait choisi d’entrer dans son jeu, il devait maintenant en prendre la responsabilité même si cette attitude ne lui déplaisait. Elle plaqua ses lèvres contre les siennes, ne lui laissant pas le temps de réfléchir à la suite à donner aux évènements, cette femme avait le don de le prendre au dépourvu.
    Il répondit à ce baiser, essayant d’agir comme Neven aurait fait, bien qu’il ne fût pas sûr que cela soit la bonne méthode. Ne devrait-il pas juste la repousser et lui faire avouer ce qu’elle et son peuple voulait à son fils ?
    Elle se détacha de leur étreinte avant qu’il n’ait le temps de le faire, soulagé, il se demanda si elle allait enfin dévoiler ses véritables intentions. Au lieu de ça, elle s’assit sur le sol et l’invita à faire de même, Dagan hésita, jusqu’où devrait-il pousser cette comédie ?
    - Ne sois pas timide, lui fit-elle en détachant sa chevelure blonde du nœud rose qui l’enserrait.
    Le guerrier tenta de calmer son trouble, la tournure que prenaient les choses le dépassait complètement, pourquoi n’essayait-elle pas encore de le tuer ? Ici, loin de toute aide ?
    - Je ne te veux aucun mal, je veux juste être avec toi, continua-t-elle cette fois déboutonnant le bas de son chemisier assorti à la couleur de son nœud.

    Sans un mot, le jeune homme obéit et s’installa à côté d’elle. Il était à présent certain qu’elle n’agirait pas tant qu’elle ne serait sure qu’il fut complètement sous son emprise. Il était un homme après tout, un guerrier qui plus est, elle ne devait pas être sotte au point de croire qu’elle pourrait le vaincre seule. Avoir sa pleine et entière confiance et l’abattre au moment même où il baisserait sa garde devait être son plan.
    - A quoi penses-tu ? lui demanda-t-elle alors qu’il fixait inconsciemment le haut de sa poitrine.
    Ne voulant plus éterniser cette situation inconfortable, Dagan lui sourit avec une certaine désinvolture, voire une légère moquerie. Il n’était pas Neven, il ne pouvait supporter davantage ce jeu ridicule, il réalisa que depuis le début il aurait dû agir à sa manière et s’épargner des tentatives futiles dont il ne pouvait appréhender les conséquences. Sur ce terrain, il manquait d’expériences et d’assurance, il ne pouvait prendre le risque de s’enfermer dans son propre piège maladroitement tendu.
    Une lueur narquoise dans les yeux, un sourire féroce sur les lèvres, il l’attrapa violemment par les épaules. Assez des détours et des faux semblants, il était plus que temps pour lui de passer à l’action.
    - Attends… !
    Le regard apeuré qu’elle lui jeta fut pour lui la preuve que sa méthode, bien que moins délicate certes, était d’une rapide efficacité. Rester soi même, ne pas chercher à jouer un rôle qu’il ne maîtrisait pas, il en était quitte pour une bonne leçon.
    Evitant autant que possible de la brusquer plus que de raison, il reserra son emprise autour d’elle.
    - Que veux-tu ?
    Il n’avait pas crié ni même haussé la voix, il avait juste parlé sèchement, mais cela sembla porter son effet.
    « Je…Je voulais juste être avec toi…
    - Cesse tes mensonges ! »
    D’un geste vif, il attrapa le poignard.
    - Que croyais-tu faire avec ceci ?
    La peur laissa place à une lueur malicieuse dans les yeux bleus de la captive.
    - Je lui avais bien dit de ne pas te sous-estimer…soupira-t-elle mi-railleuse. Est-ce uniquement pour cette raison que tu as accepté mon invitation ? Les Heneg ne savent donc pas profiter des occasions qui leur sont proposées ?
    Le jeune homme la fixa avec mépris. La madrée soutenait son regard sans sourciller, avec un léger amusement.
    - Pourquoi ne pas rester au village avec nous ? lui demanda-t-elle. Oublions cet…Incident.
    Sa désinvolture, son arrogance appela la sienne et avec un sourire sardonique il apposa la pointe de la lame sous le cou de la femme.
    « Pourquoi ne pas avouer tes intentions ? répliqua-t-il sur le même ton.
    - Mes intentions étaient pourtant claires…Es-tu si naïf au point de ne pas comprendre les désirs d’une femme ? »
    Il augmenta la pression de la lame sur la peau blanche de sa prisonnière, lui signifiant qu’il ne se laisserait pas abuser par ses mensonges.
    - Ne crois pas que je t’épargnerai, la prévint-il froidement.
    La jeune femme se raidit et son visage prit une expression glaciale.
    « Owen m’a demandé de te persuader de rester au village avec l’enfant, ce poignard c’était en cas de refus...
    - Pourquoi ?
    - Pour notre survie à tous bien sûr ! s’écria-t-elle comme si cela était d’une grande évidence. Toi qui as vécu sur des terres fertiles, tu ne peux évidemment pas comprendre. Mais depuis votre arrivée, la pluie daigne enfin inonder nos terres !
    - Ce n’est que pure coïncidence ! Les Henegs n’apportent pas la pluie, nos pouvoirs ne sont pas aussi puissants !
    - Comment expliques-tu alors cette différence entre ce côté de Taranis et ton territoire ? Ne mens pas, nous savons que ce sont vos pouvoirs qui rendent vos terres fertiles ! »
    Dagan soupira d’agacement, les humains ne comprendraient jamais rien ! Exaspéré, il la relâcha brusquement et recula de quelques pas.
    - Voilà ce qu’un Heneg est capable de faire !
    Prononçant ces mots, il tendit une main devant lui, concentrant toute son énergie au creux de sa main. Une lueur rougeâtre y apparue, peu à peu, elle gagna en densité et forma une petite sphère flamboyante, le brasier de ces flammes incandescentes tournoyait sur lui-même, dégageant une aura nacarat autour de la main du jeune guerrier. Ce concentré de Mana ignescent lui demandait un grand effort de concentration, la maîtrise de ce pouvoir n’avait jamais été son fort, il fut donc ravi de constater que cela impressionnait la jeune femme, voire l’effrayait.
    - Nous avons la connaissance du feu, aucun Heneg ne peut invoquer la pluie, poursuivit-il, chaque peuple élu possède un seul et unique pouvoir, telle était la volonté des elfes.
    - Impossible ! C’est faux ! éclata-t-elle niant la réalité.
    Dagan secoua la tête de découragement, il ne pouvait pas lui prouver le contraire, comme il l’avait pensé, les discussions ne mèneraient à rien.
    - Si ce n’est pas toi, alors c’est l’enfant ! Lui possède le don d’appeler la pluie ! se persuada alors la jeune femme.
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  • Posté le 5 juillet 2009 à 22:49:01 Avertir un administrateur
  • Dagan se cabra instantanément à ses propos. Il refusait cette idée. Tellement absurde !
    - Ne sois pas ridicule ! tonna-t-il.
    La sphère rutilante qu’il tenait encore au creux de sa main, auréolant le visage de la jeune femme de reflets pourpres, s’embrasa davantage, grandissant instantanément sous le coup de sa colère. Dans son emportement, il lança la boule ardente au loin celle-ci heurta le sol dans une violente explosion.
    Le jeune guerrier se détourna de la jeune femme dont le visage affichait une expression de terreur. La retentissante et brutale explosion avait dû se ressentir jusqu’au village, bientôt, on viendrait s’inquiéter du sort de la jeune fille, Dagan regrettait déjà son geste impulsif, mais il n’avait plus le temps de se soucier de son acte. Il devait retourner au village et reprendre son fils coûte que coûte.

    Il courut aussi vite qu’il le pu, défilant dans le paysage monotone de ses plaines, une ferme volonté inscrite sur les traits de son visage. L’égoïsme de ses humains lui était inadmissible, se servir de lui et d’un enfant juste pour améliorer leur confort et faciliter leur vie quotidienne était une insulte à son peuple.
    Il n’allait pas se laisser tuer pour ça. Il ne pouvait mourir pour une histoire de pluie. Ces humains ne savaient respecter la vie d’autrui ou seulement à leur profit.
    A l’orée du village il constata une vive agitation, des hommes venaient de toute part s’attroupant rapidement. Dagan jura d’avoir ainsi attiré l’attention. Se concentrant à nouveau, il créa une minuscule sphère rouge entre ses deux mains, inspirant un grand coup, il l’envoya loin derrière lui. Le bruit de l’explosion fut moins fort que la précédente, néanmoins, cela suffit à faire diversion. Quand la plupart des hommes s’élancèrent dans la direction voulue, il contourna le village par le sud et se cacha derrière la première maison en ruine qu’il croisa.
    Furtivement, il avança de maison en maison, évitant toute présence humaine, il ne voulait que prendre son fils et partir. Il se moquait bien de leur croyance ridicule, il n’avait le courage de leur prouver leurs tords, ni même les moyens. Il devait juste passer inaperçu, ne pas rechercher la confrontation, lutter contre ces gens désespérés ne lui apporterait rien. Il l’avait vu ce désespoir dans les yeux de la jeune femme, ce refus de croire qu’il ne pouvait lui apporter un miracle, c’était pathétique.
    En pénétrant dans leur vie, s’imposant à eux tel un faiseur d’espoir, il avait réveillé leurs instincts les plus sombres. Il avait fait une erreur en restant dans ce village alors qu’il avait conscience du trouble qu’il provoquait.
    - Qu’allons-nous faire Owen ?
    En reconnaissant la voix de Sev, Dagan s’arrêta net, dissimulé derrière un pan en bois, il écouta la conversation entre les époux.
    « Tant que nous avons l’enfant, nous ne ferons rien.
    - Tu vas le tuer ? Le gamin ? »
    Sev semblait écoeurée à cette idée, le jeune homme fut presque heureux de le constater, elle s’était beaucoup inquiéter de son fils, s’occupant de lui comme de son propre enfant, il avait du respect pour cette femme qui gardait le sourire malgré les épreuves. Owen était le seul responsable de cette situation, il avait dû convaincre les siens d’en venir à de telles extrémités. Lui seul avait paru intéressé par ses pouvoirs après tout.
    « Je ferai ce qui est juste pour notre bien. Nous avons besoin de ces pouvoirs, l’enfant nous sera d’une grande aide, nous pourrons vivre comme avant.
    - Comme avant ! Qu’est-ce qui sera comme avant ? Nos enfants ne reviendront pas ! Comment pourrais-je te regarder à nouveau dans les yeux si tu commets un meurtre ? Je ne te reconnais plus Owen !
    - Je ne veux tuer personne, mais c’est notre chance Sev ! Et puis, il ne veut pas de cet enfant, je l’ai tout de suite remarqué, c’est un poids pour lui, peut-être verra-t-il une occasion de s’en débarrasser ! »
    Dagan serra les mâchoires. Owen avait vu juste, chaque fois qu’il avait pu, il avait laissé son fils à Sev, jamais il ne lui avait parlé, jamais il ne l’avait étreint, jamais même il ne l’avait nourrit. S’il avait fait ne serait-ce qu’un geste envers son enfant, peut-être qu’Owen n’en serait pas arrivé là. Pourtant, il n’arrivait pas à ressentir la moindre culpabilité, la folie de l’homme, ses ambitions, il n’en était pas responsable.
    « Penses-tu au père de cet enfant ? Lui, qu’en diras-t-il ? On ne peut pas le garder, il ne nous appartient pas. Sois raisonnable Owen, laisse-les partir !
    - Sev ! Je fais ça pour toi et les enfants !
    - Je le sais…Mais…
    - Reste avec l’enfant, je vais chercher le gamin, juste pour discuter… »

    Sev marcha jusqu’aux ruines de sa maison, Dagan la suivait de quelques pas. Il était certain qu’elle lui remettrait l’enfant sans discuter. Cette femme n’avait rien en commun avec son mari. Elle était droite, juste, il avait presque de la peine de la laisser dans cette situation, mais il ne pouvait exaucer aucun miracle.
    - Sev…murmura-t-il alors qu’elle prenait l’enfant dans ses bras.
    Il la vit légèrement tressaillir, mais elle ne chercha pas à se dérober.
    - Dagan, ne reste pas ici, je ne peux assurer ta sécurité.
    - Merci de vous être occupée de lui.
    Ses remerciements étaient plus que sincères, elle avait tenu le rôle qu’il ne pouvait et qu’il ne voulait assurer, sans avoir la moindre mauvaise pensée. Quand elle s’inquiétait pour son fils, s’était bien son instinct de mère qui ressortait, il regrettait à présent d’en avoir douté.
    - Ishbel…Ishbel va bien ? demanda-t-elle le yeux remplis de crainte.
    Il hocha simplement la tête.
    - Owen n’aurait pas dû l’entraîner dans sa folie, mais les conditions sont difficiles par ici…Ce n’est pas une excuse mais…Il faut que tu partes maintenant, avant qu’ils ne reviennent.
    Elle lui mit de force l’enfant dans les bras, l’obligeant à le prendre. Il regarda le visage de son fils avec froideur, s’il n’avait pas existé, jamais ces villageois n’auraient eu à subir cela. Ce démon créait déjà bien des problèmes, peut-être même était-il responsable du comportement d’Owen ? Semer le trouble jusqu’à ce que les guerres éclatent, engendrer les pires infamies sur terres et faire couler le sang, c’était cela après tout le pouvoir des impurs. Il ne pouvait l’oublier à cet instant, en quelques jours, il avait poussé ces gens à une révolte, qu’en serait-il plus tard ?
    - Tu ne veux pas de lui….
    Sev avait parlé avec douceur et tristesse, le mettant face à la réalité. Non, il ne voulait pas de lui, il n’était pas capable de le supporter.
    « Ce n’est qu’un enfant, il n’est pas responsable de la mort de ta sœur, comment peux-tu le punir d’un évènement pareil ? Un enfant naît mais il ne l’a pas choisi.
    - Il est…
    - Peu importe, reporter sur lui la culpabilité d’une mort est cruel, que pensera-t-il plus tard ? Comment pourra-t-il grandir normalement ? Occupe-toi bien de lui jusqu’à ce qu’il retrouve sa famille. Pars vite maintenant ! »

    Dagan s’enfuit du village comme il l’avait fait trois nuits plus tôt. Son sac sur le dos et son épée à la ceinture, il courait sur les terres d’Iben en sachant cette fois qu’aucun retour n’était possible. Derrière lui, il imaginait les hautes montagnes disparaître peu à peu derrière l’horizon, ces montagnes qu’ils ne reverraient jamais.
    Encore une fois, il ressentit le déchirement de ce départ, mais cette fois, il était sûr de ce qu’il devait faire. Après être certain de ne pas être suivit, il s’arrêta et regarda en direction de Taranis. La lune semblait lui accorder un souhait, faisant jouer ses doux rayons sur les nuages reflétant son halot de lumière, il pouvait distinguer le contour des imposantes montagnes dans la froide obscurité. Son père regardait-il dans sa direction en cet instant ?
    Doucement, osant à peine le murmurer, il bougea ses lèvres prononçant silencieusement un seul et unique mot : Adieux.
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  • yuen Voir le profil de yuen
  • Posté le 10 juillet 2009 à 17:17:49 Avertir un administrateur
  • Pas lu ( :o)) ) mais j'étais prise d'une frénésie de comm', alors...

    J'ai cru voir une faute en passant, mais je l'ai pas retrouvé.
    Je chercherai une prochaine fois.
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  • [Nevada] Voir le profil de [Nevada]
  • Posté le 10 juillet 2009 à 21:31:57 Avertir un administrateur
  • Il n'est pas difficile de retrouver ces fautes, je les ai remarqué juste après avoir posté, malheureusement, il était trop tard pour les corriger.
    Je ferai donc plus attention la prochaine fois.
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Sujet : « Fic : Les mémoires d’Avallonia »

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