Les forums de JeuxVideo.com
-
redsissi
- Posté le
16 juillet 2006 à 22:33:35

-
Ffrules
ça j´en sais rien du tout!!
mais j´ai toujours assez bien su détecter les beaux parleurs par contre
- Lien permanent
-
redsissi
- Posté le
16 juillet 2006 à 22:36:41

-
c´est bien connu les beaux mecs croient qu´ils ont tout pour eux
tu es toujours mon premier lecteur toi aussi Ffrules
- Lien permanent
-
FFrules3
- Posté le
21 juillet 2006 à 23:54:25

-
Une nouvelle (pas si) courte histoire d´amour. J´ai tenté de changer un peu de domaine et je ne sais pas si cela rend bien. J´attends vos avis et commentaires (surtout toi Red
)
Un grand merci à Céline pour m´avoir inspiré cette histoire
Transition
Le maître d’hôtel ouvre la porte et laisse entrer deux personnes, un homme et une femme. Un couple comme des millions d’autres ; elle, avec des yeux qui pétillent devant tant de luxe pour un simple restaurant et lui, qui devrait se demander combien va lui coûter cette soirée.
On les installe à une table près de la fenêtre qui donne sur le lac dans lequel la lune se reflète en cette chaude soirée d’été. Les lueurs des bougies posées sur la table confèrent à la scène une tonalité orangée, les flammes dansant devant le visage rieur de la femme. Tout semble parfait dans le meilleur des mondes pour ce couple d’amoureux.
- Marianne, il faut que je t’avoue quelque chose, dit alors l’homme.
La respiration de la femme se coupe, comme si le moment tant attendu était enfin arrivé. Il passe une main dans sa poche et elle espère, elle ne vit que pour cet instant, ses lèvres formant déjà un « oui » porteur de promesses de bonheur éternel.
- Je vois quelqu’un d’autre, avoue l’homme en jetant sa serviette sur la table. Je ne t’aime pas et je ne t’aimerai probablement jamais bien que tu sois une fille extraordinaire. Le fait est que je ne nous vois pas d’avenir ensemble. Désolé. Je tiens à payer le repas ceci dit. Tu devrais goûter le homard. Il est excellent ici.
Il se lève devant le visage horrifié de la femme et sort du restaurant sans jamais jeter un regard en arrière.
Cet homme, c’est moi.
- Tu sais Fletcher, il y a des jours où je déteste ce boulot, dis-je le matin suivant en arrivant au bureau. Ce que nous faisons à ces hommes et ces femmes est inhumain.
Fletcher, la trentaine séduisante, est mon collègue de travail. Il est grand, les cheveux bruns, la mâchoire carrée et les muscles saillants, tout comme moi d’ailleurs. En fait, nous nous ressemblons tous un peu dans ce bureau.
- Elle est bien bonne celle-là, me répondit-il en riant bruyamment. Ce que nous faisons est au contraire bien plus humain que ce qu’ils se font entre eux, crois-moi.
- Oui, mais quand même, Marianne ne méritait pas cela, constatai-je en prenant le briefing de la prochaine cible. Pas après presque un an.
- Tu sais aussi bien que moi que ce que nous faisons est nécessaire au monde tel qu’Il le conçoit.
- Oui, je le sais, mais parfois j’aimerai bien aller plus loin que cela.
- Tu as eu ta chance, mec. Maintenant, tu es à leur service même s’ils ne le savent pas.
Fletcher a raison, il a toujours raison d’ailleurs. Il est actuellement sur une mission de trois semaines avec une fille qui l’apprécie beaucoup mais qui se sert de lui pour rendre jaloux son ex. Et pourtant cette histoire aura une fin heureuse.
La mission « Marianne » est terminée pour moi et selon le débriefing que j’ai reçu, c’est un franc succès. Une enveloppe vient d’arriver du Dessus pour moi, la cible de ma prochaine mission. Oula, plutôt belle selon la photo et des centres d’intérêt très variés mais intéressants. Une citoyenne culturelle selon le descriptif. Nom : Nell. Durée de la mission : une semaine. Arf, ce n’est pas autant que j’espérais mais bon, j’ai besoin de me vider la tête de Marianne et comme Fletcher l’a dit, c’est aussi pour son bien.
Ces derniers temps, j’étais plutôt en train de penser au mien pour être honnête. A force de rendre les gens heureux, on en oublie presque son propre bonheur. Et même si je sais que c’est impossible dans mon cas, voire trop tard, je ne peux m’empêcher d’y penser de temps en temps.
- Qui est l’heureux élu ? me demande Fletcher.
Les descriptifs renseignent de tout ce qu’il faut savoir sur la cible, ses goûts, sa vie, mais aussi sur son futur. Or là, comme cela arrive parfois, la réponse était plutôt floue.
- Pas de nom. Juste le minimum. Date et circonstances. Bon, il faut que j’y aille de toute façon, Fletcher. Le point de contact est estimé à dans trente minutes.
Il a plongé à nouveau la tête dans ses notes et me fait un vague signe du bras. Fletcher est très assidu pour être le meilleur d’entre nous. Le Patron ne tient pas les comptes, mais je pense que je suis toujours le meilleur dans ce que je fais. Je fais souffrir le cœur des femmes et je le fais bien.
Si cela continue, je vais être en retard au point de contact. Il me reste encore à prendre un CD à la boutique ainsi qu’une glace. Elle ne doit pas être loin, tout près de moi au fur et à mesure que j’approche du lieu, la glace à la main, le sac avec le CD dans l’autre.
Une femme me bouscule, ce qui a pour effet de renverser ma glace sur son pull pourpre. C’est parti pour ma mission numéro 2 632. Place à l’artiste.
- Oh, excusez-moi mademoiselle, je suis sincèrement désolé, dis-je en prenant l’air faussement contrit.
Elle est plus belle que sur la photo, ses yeux verts mettant en valeur un visage délicat. Ses cheveux bruns mi-courts lui tombent sur la nuque, et elle semble plus ennuyée que réellement mécontente.
- Non, ce n’est rien, c’est moi qui vous ai bousculé. Ce n’est rien, ce ne sont que des habits, on ne va pas en faire toute une histoire.
Elle retire devant moi son pull, dégageant des effluves de parfum qui devrait m’enivrer, puis réajuste un T-shirt blanc.
- Et voilà, disparue la glace ! s’écrie-t-elle alors, avec un sourire.
Elle semble pleine de vie et j’aime cela.
- Je me sens quand même affreusement désolé. Et si je vous payais un café pour me faire pardonner ?
Elle sait qu’elle devrait refuser, mais elle sent au plus profond d’elle-même qu’accepter ne l’engage à rien et qu’elle a tout à gagner. Ce qui a de bien dans ce boulot, c’est qu’Il m’a rendu attractif auprès de la gente féminine.
Nous nous sommes donc installés à la terrasse du café et appris à nous connaître, même si à ce petit jeu, je trichais. Elle m’a demandé ce que j’ai acheté, il se trouvait que c’était son CD préféré comme par hasard. De quoi établir de bases solides pour un second rendez-vous trois jours plus tard.
Comme le disait à juste titre son descriptif, c’est ce que l’on peut appeler une citoyenne culturelle. Elle visite les musées, se rend à des expositions ou des vernissages, va à des concerts ou au cinéma, avec pour seule source de revenus ce qu’elle écrit à propos de ces événements dans un journal très connu.
Elle m’a proposé de l’accompagner à une exposition au Metropolitan, ce que j’ai accepté bien évidemment. C’était écrit dans le plan de notre histoire. Et je dois avouer que j’ai passé une journée extraordinaire. Elle est vive d’esprit et de corps, s’enthousiasme pour un coup de pinceau minuscule sur une toile de 2m sur 3 et me fait rire. Plus qu’il n’en faut pour que je tombe amoureux alors que je sais très bien que je n’en ai pas le droit.
Nous décidâmes de nous revoir à nouveau, trois jours plus tard, dans le lieu de mon choix, qui s’avérait être un vernissage au Tate Museum. Je ne m’y connais absolument pas en peinture, mais cela faisait partie du plan. Ce second rendez-vous devait être notre dernier, selon le scénario qu’Il avait mis au point.
Mais quelque chose en moi se mit à aller de travers. Je ne voulais pas la quitter et surtout, je ne voulais pas lui faire du mal comme j’en avais fait aux 2631 autres. Elle ne le méritait pas. Je décidai donc de lui avouer la vérité sur moi, et sur le travail que j’accomplissais pour qu’elle comprenne ce que je m’apprêtais à faire.
- Un quoi ? dit-elle en s’étouffant sur un des petits fours qu’elle venait d’avaler.
- Un Ange de l’amour, répétai-je avec un sérieux imperturbable.
- Comme Cupidon ? rit-elle.
- Les ailes et le slip blanc ne m’ont jamais vraiment plu, mais on peut dire cela comme ça. Bien sûr, nous avons adapté nos méthodes et notre apparence physique au monde d’aujourd’hui, mais notre but reste le même.
- T’es complètement malade, Will, dit-elle en continuant de rire. Marrant, mais malade.
- Je ne plaisante pas, Nell. Je suis très sérieux au contraire, dis-je en la fixant dans les yeux, ses beaux yeux verts.
Ses certitudes deviennent moins solides que les miennes et elle fuit mon regard.
- En admettant que tu aies raison ce dont je ne suis vraiment pas convaincue, je croyais que les anges faisaient tomber les gens amoureux.
- Et tu as raison. Je ne suis qu’une transition.
- Une transition vers quoi ? me demande-t-elle, un peu effrayé.
- Vers ton unique grand amour bien sûr. Vers la personne que tu recherches ou non, mais qui est parfaite pour toi.
- Qu’est-ce que tu racontes ?
- Dans ce monde enclin au changement, Il a fait en sorte que vous ayez tous quelqu’un, un double parfait qui vous attende quelque part. Le monde étant ce qu’il est, avec toutes ses inégalités et ses êtres humains menteurs, nous devons vous aider à vous faire rencontrer, même si vous devez souffrir pour cela.
Je vois au regard qu’elle me lance qu’elle ne comprend pas un mot de ce que je lui raconte. Je regarde ma montre, le contact est pour bientôt. Il ne me reste pas beaucoup de temps.
- La semaine dernière, j’ai mis fin de façon ignoble à une aventure de près d’un an avec une dénommée Marianne. Je l’ai emmenée dans un restaurant chic pour la quitter de la façon la plus lâche possible. Je savais que son chagrin, aussi immense soit-il, serait bientôt comblé par une rencontre qui changerait sa vie. Dans ce restaurant, avec son maquillage coulant, elle a rencontré celui qui l’aimerait vraiment et pour toute la vie. C’est un serveur, gentil, aimable, mais elle ne lui aurait jamais accordé un regard si elle l’avait croisé dans la rue. Il l’a consolée, l’a raccompagnée chez elle à la fin de son service, et ensemble, ils ont parlé toute la nuit pour se rendre compte qu’ils avaient des points communs tout en étant complémentaires. Il connaît les mots qui peuvent la toucher, il sait comment la traiter avec respect et elle le lui rend bien. Au final, de quoi se souviendra-t-elle de cette soirée au restaurant ? Qu’un salaud l’a quittée mais qu’elle y a gagné une âme sœur pour la vie. C’est ce que je fais, le « métier » dont Il m’a chargé.
- Qui ça, Il ?
- Celui en charge de ce grand foutoir qu’est notre monde.
- Tu veux dire Dieu ?
- Dieu, Allah, Bouddha, peu importe le nom que vous lui donnez et la façon dont vous le vénérez. Pour moi, ce n’est que le Patron qui m’envoie en mission.
- Tu dérailles complètement, Will.
- Ce que tu penses n’a plus d’importance maintenant. Que tu le veuilles ou non, il est là, près de nous. Tu comprendras bien assez tôt ce que je viens de te dire.
- Et pourquoi tu me dis cela ? Qu’est-ce que tu attends de moi ?
- Je n’attends rien du tout. Tout est écrit avec plus ou moins de précisions et je ne voulais pas te faire souffrir. Je ne te connais pas depuis longtemps, mais j’en sais assez pour ne pas avoir envie de t’infliger une rupture indélicate. Je vais donc te laisser rencontrer l’homme fait pour toi et espérer le meilleur pour vous deux, même si je sais persuadé que tout ira bien.
- Et si je ne suis pas d’accord ? Ai-je quand même le choix au moins ?
- Ce n’est pas en option parce que le vrai choix qu’il te reste est de répondre à une seule question : « Manquerais-je cette chance de passer à côté de mon seul amour véritable ? ». Et c’est ce que j’aime chez les humains. Que vous soyez heureux ou malheureux, optimiste ou aigri, vous espérez toujours que quelqu’un viendra vous sauver. C’est ta chance, Nell. Ne la laisse pas passer.
Elle me regarde toujours avec ce même visage sur lequel je peux lire de l’incompréhension. Cette nouvelle technique de travail fonctionne moins bien que l’autre, ce dont je prends note. Même si je n’aime pas cela, il n’y a peut-être qu’une seule façon de bien faire ce boulot. Blesser les gens pour qu’ils baissent leur garde et acceptent auprès d’eux des personnes qu’ils n’auraient jamais pensé laisser entrer.
- Et comment cela se passe ? me demande-t-elle pourtant.
- Comme je l’ai dit, les détails sont difficiles à voir clairement, mais dans les grandes lignes, il viendra t’apporter quelque chose.
- J’aime être avec toi, Will, dit-elle après une hésitation. J’aime la façon dont tu me regardes. J’aime la femme que tu fais de moi.
- Et pourtant, entre nous, c’est impossible. Je ne suis qu’un Ange et tu es une femme. Notre équation s’arrête là et n’a pas de solution.
Elle s’approche de moi et me prend dans ses bras. Je pourrais presque ressentir sa chaleur si je n’étais pas une simple coquille vide douée de conscience.
- Donc je suppose que c’est ici qu’on se quitte, me dit-elle avec un petit sourire.
- Bonne chance, Nell.
Je détourne les talons et la laisse au milieu de la foule du musée. Je déteste vraiment ce boulot, il va falloir que je me renseigne des formalités pour démissionner. Mes mains se glissent dans les poches de mon pardessus et je sens quelque chose dans ma poche. J’en ressors un stylo que j’ai emprunté à Nell quelques minutes auparavant pour signer le livre d’or, mais que je me souviens assez bien lui avoir rendu juste après.
Ta mémoire débloque, mec, me dis-je. Je ne peux quand même pas garder un stylo en souvenir, cela ne me sera d’aucune utilité pour là où je travaille. Je fais demi-tour et retourne vers elle, qui attend toujours, scrutant la marée humaine au milieu de laquelle doit émerger cet homme parfait pour elle.
- Nell, j’ai gardé ton stylo et...
Je m’arrête tandis qu’elle se tourne vers moi et regarde le stylo dans ma main. Ma montre m’indique que le contact aurait dû déjà avoir lieu. Une idée folle surgit dans mon esprit alors qu’à l’intérieur de moi, quelque chose est en train de se produire. Des sensations me reviennent, l’odeur de son parfum titille mes narines, le poids de mes habits se fait sentir sur mes épaules, celui de mon corps sur mes jambes.
Elle s’approche et touche ma main quand elle veut reprendre le stylo. Un frisson si longtemps oublié parcourt mon être de nouveau de chair et de sang. Je sens à nouveau dans ma poitrine mon cœur battre la chamade.
- Je ne comprends pas, parviens-je seulement à dire.
- Laisse-moi tenter de trouver la solution à notre équation, me répond-elle en s’approchant plus près de moi. Ou bien tu es le plus grand manipulateur romantique que j’ai jamais vu...
- Ou bien ?
- Ou bien ton Patron nous a accordé une faveur. Dans les deux cas, j’aime ça, me dit-elle avec un sourire.
Elle m’embrasse et je suis trop étonné pour me rendre compte de ce qui est en train de se passer. Mais je me reprends et lui rend son baiser avec cette passion, cette fougue qui nous a animé pendant de nombreuses années par la suite.
Bien plus tard, Nell m’a avoué qu’elle avait elle-même déposé le stylo dans ma poche à mon insu quand nous nous sommes dit « au revoir ». C’était donc peut-être écrit de la sorte.
- Lien permanent
-
bababouboubaba
- Posté le
22 juillet 2006 à 02:41:05

-
perso, j´ai vraiment aimé. Le style est toujours aussi bien, ça se lit sans peine, ça coule tout seul.
"l´heureux élu", ça serait pas plutôt "l´heureuse élue ?" (à moins qu´il y ait des missions gays !)
enfin bref, encore un super texte, même si l´issue n´est pas une grande surprise
- Lien permanent
-
redsissi
- Posté le
22 juillet 2006 à 04:30:26

-
si cela rend bien? Ffrules... tu es sérieux là?
comme si je pouvais ne pas adorer une de tes histoires d´amour...
Elle coule très bien cette histoire, des sentiments à fleur de peau, peut-être même encore plus que certaines autres de tes histoires. Toujours des descriptions qui nous plongent dans l´action "comme si on y était"
J´ADORE!!!
Moi je suis tellement absorbée quand je lis que je vois même pas les fautes s´il y en a!!!
- Lien permanent
-
FFrules3
- Posté le
22 juillet 2006 à 09:00:28

-
bababouboubaba -> Non, c´est bien "l´heureux élu" dans la phrase. La cible est une femme et l´homme qu´elle va rencontrer est l´heureux élu. (Mais il y a aussi des missions gays même si je n´en ai pas parlé
)
Redsissi -> J´avais peur que cela rende moins bien que les autres, justement parce que je m´écartais un peu, en ajoutant un peu de Fantastique ou d´ésotérique. Mais bon, je suis ravi de voir que cette nouvelle est appréciée.
- Lien permanent
-
FFrules3
- Posté le
22 juillet 2006 à 09:44:59

-
J´en profite pour corriger une phrase qui est un contre-sens absolu.
Dans le passage :
Ce n’est pas en option parce que le vrai choix qu’il te reste est de répondre à une seule question : « Manquerais-je cette chance de passer à côté de mon seul amour véritable ? ».
Il faut lire :
"Manquerai-je cette chance de rencontrer mon seul et véritable amour ?"
- Lien permanent
-
bababouboubaba
- Posté le
26 juillet 2006 à 02:08:29

-
voilà, une petite fic... ya du vrai ya du faux
Une photo parmi tant d´autres
Ce matin, en prenant mon courrier, il y avait une enveloppe envoyée par Marie-T. Elle n´avait pas pris la peine d´écrire de lettre, elle y avait juste glissé une photo. Une photo de moi que j´aime beaucoup. Elle a été prise il y a plusieurs mois déjà, avec un appareil jetable. C´était rigolo de revivre l´excitation d´avant l´ère numérique, de ne pas savoir si telle ou telle photo allait être réussie... enfin, toujours est-il qu´avec cet appareil très bon marché, nous avions redécouvert les joies de la photo râtée, granuleuse à souhait et du flash soit totalement englouti par un décor des plus sombres, soit puissant au possible, nous donnant un teint éblouissant... Bref, cette photo prise par Marie-T, un jour où on s´est croisées à la gare -j´arrivais d´un trou perdu en Normandie (une de mes premières sorties improvisées à l´époque) alors qu´elle allait sauter dans son train d´un instant à l´autre pour la capitale- m´est particulièrement chère. Sur cette photo, je suis exactement ce que je suis, ce que j´étais. Je veux dire par là que sur cette photo, non seulement on me voit "physiquement", mais elle retrace totalement mon état d´esprit de l´époque. Je suis immobile, je porte le petit haut bleu que je venais d´acheter, mon inséparable pull blanc noué autour de mes hanches, derrière moi, des anonymes passent, pressés. Il y a cette femme avec cette affreuse jupe à fleurs, ce jeune homme qui recrache la fumée de sa cigarette, et trois autres personnes immortalisées sur ce cliché. Et moi, au milieu, je regarde l´objectif, souriante, sûre de moi, avec mon sac à dos et je fais signe à Marie-T. Cette photo, c´est mon envie de voyager, c´est le plaisir de profiter de chaque instant, c´est mon indépendance et la solitude que j´apprécie tant, c´est la prémonition de mon premier véritable voyage, c´est moi. C´est également l´insousciance qui a accompagné mon entrée dans le monde adulte. C´était juste avant que je ne parte, un matin de novembre, sur un coup de tête.
Mon voyage était sans but réel, j´avais dans l´idée de parcourir le monde mais aussi de donner de mon temps. Depuis toute petite je regarde ces documentaires animaliers où on peut voir de jeunes vétérinaires verser une larme lorsqu´ils relâchent le petit chimpanzé qu´ils ont nourri au biberon pendant des semaines...Ca m´a toujours fait rêver et je savais grâce à internet qu´il existait des refuges en Afrique ou en Asie qui cherchaient des bénévoles pour s´occuper de la même manière d´éléphants ou autres animaux typiquements non-européens. Je me voyais déjà au coeur d´un documentaire sur Arte, en train de soigner un petit puma... Bref.
Après plusieurs mois de tribulations à travers le monde, l´Amérique du Sud essentiellement -où j´ai d´ailleurs pu réaliser mon rêve de gamine et me lier d´amitier avec un singe atèle-, j´avais décidé de quitter cette nouvelle vie qui me plaisait tant. Celle où je n´avais pas à me soucier de "que va penser machin si je fais telle chose ?" , "combien va me coûter ce foutu plein ?" , celle où je pouvais rester là, à observer autant que mes yeux le permettent les étoiles, les paysages, les gens, les enfants, à rencontrer des personnalités tellement différentes d´un pays à l´autre, d´un village à l´autre. J´avais décidé de faire quelques pas en arrière et de revenir au bercail, de m´immerger dans le monde réel, dans mon autre vie, celle d´avant.
Marie-T fut la seule personne à me savoir en France pendant trois semaines. Il fallait que je prenne le temps de redécouvrir "l´ancien monde", que je prenne le temps tout court. Pourquoi ai-je voulu revenir ? je n´en sais rien moi-même, peut-être avais-je envie de revoir tout ceux que j´aime, ceux qui malgré mon indépendance affirmée me manquaient terriblement.
Je vis pour le moment dans un petit studio au coeur de Paris, mais j´ai passé le plus clair de mon temps chez Marie-T depuis mon retour. Elle vit seule depuis peu et a été heureuse de m´accueillir, étrangement la solitude ici me pesait et j´avais besoin de sa présence. Pendant ces trois semaines, on a beaucoup parlé, on a ri, on a pleuré... Un matin, alors que je préparais le petit déjeuner, le regard parcourant machinalement l´amoncellement de post-it et de photos sur son réfrigérateur, la foudre m´est tombée dessus. Peut-être que si elle n´avait pas accroché cette fameuse photo sur son frigo, au milieu de toutes les autres, avec ce petit magnet en forme d´abeille, je n´aurais pas eu ce serrement au coeur, ma main ne se serait pas crispée à la poignée du réfrigérateur et Marie-T n´aurait même pas remarqué mon regard embué. Car sur cette photo, il y a aussi la jeune fille perdue et désemparée, éternelle amoureuse, que rien ni personne ne semble comprendre, il y a l´ado en fin de carrière qui n´a pas envie d´en savoir plus sur le monde adulte, il y a une timidité sans limite... Et il y a, invisible aux yeux de tous, un garçon, enfoui là, dans son coeur, son sourire, son regard, ses tripes. Et ce garçon, je l´avais oublié.
Juste avant mon départ, on avait passé beaucoup de moments ensemble, on discutait jusqu´à l´aurore, on était capable d´improviser aussi bien des soirées pizza-bières-foot que des soirées ballades au clair de lune. On refaisait sans cesse le monde. On était sûrement les deux meilleurs amis qui puissent exister. On l´aurait été tout du moins, si je n´avais pas eu la maladresse de croire, d´imaginer que cette amitié sans faille cachait quelquechose de plus. Plutôt que d´affronter une relation évidente et mûre, plutôt que de mener une vie d´adulte, j´avais choisi de fuir.
Ma main a enfin décidé de lâcher la poignée du frigo et j´ai prétexté une envie pressante pour ne pas avoir à croiser le regard de Marie-T, pas tout de suite. En revenant dans la cuisine, je lui ai annoncé que j´allais rentrer chez moi. Je ne lui en ai pas dit plus, c´est particulier chez moi, cette façon de partir sans explication. Et ce matin, trois jours après que je sois retournée m´isoler dans mon studio miteux, j´ai trouvé la photo. Je n´arrive pas à la quitter des yeux. Ce n´est pas que je me trouve exceptionnelle dessus, c´est juste qu´elle m´inspire tellement de souvenirs, de sentiments. Elle est comme la clé de ma vie, pleine de questions et pleine de réponses.
Quand je suis partie, j´ai quitté tout le monde sans un mot.
Maintenant que je suis rentrée, il est temps que je les retrouve un à un. J´ai tant de photos à leur montrer, d´anecdotes à leur raconter, de choses à lui avouer.
- Lien permanent
-
FFrules3
- Posté le
26 juillet 2006 à 15:26:11

-
Magnifique texte, qui met un peu de temps à démarrer mais qui lâche toute sa puissance dans les derniers paragraphes.
Je m´y suis totalement retrouvé (même si nous ne sommes pas du même sexe) dans cet amour du voyage et de certaines personnes chères à mon coeur.
Et l´expression "ado en fin de carrière" est géniale. J´adore.
- Lien permanent
-
bababouboubaba
- Posté le
26 juillet 2006 à 18:21:54

-
merci pour ce comm ultra positif, venant de toi, c´est pas rien
- Lien permanent
-
FFrules3
- Posté le
28 juillet 2006 à 22:45:23

-
Tiens, cela fera l´occasion d´un
mais je dois dire que l´expression "Ado en fin de carrière" que tu emploies dans ta nouvelle est une révélation pour moi. C´est tout à fait dans la période où je me trouve.
Une révélation mystique...
"Ado en fin de carrière", génial...Je ne vais pas m´en remettre.
- Lien permanent
-
Dame_Mistie
- Posté le
28 juillet 2006 à 23:50:46

-
J´ai pas fait attention à "ado en fin de carrière".
Bref.
J´ai lu les 3 textes.
Red > on retrouve ce qu´on a vécu ou ce qu´on aurait aimé vivre, j´adore la réalité que tu donnes à tes textes
FF > J´adore l´irréalité que tu donnes à tes textes
Sérieusement, j´ai beaucoup aimé, une histoire d´amour toute bête (pas banale mais toute bête quand même
) mais il en ressort tellement de sentiments, tellement d´amour qu´on ne peut qu´aimer et en ressortir les yeux pétillants de l´envie de trouver soi-même l´âme soeur.
Babaetc > C´est vrai qu´il met du temps à démarrer mais on plonge quand même dans l´histoire, l´histoire d´amour entre une fille et des animaux, puis entre une fille et un garçon dont on espère qu´il sera célibataire
- Lien permanent
-
redsissi
- Posté le
29 juillet 2006 à 04:41:28

-
Un délicieux petit texte que j´aurai voulu lire avant de partir en vacances... que j´ai oublié à mon retour et que Mistie remet habilement à l´ordre du jour... merci Mistie!
Hé bien je suis du même avis qu´Ffrules, ce texte m´a aussi rappellé des trucs vécus... J´adore la photo, particulièrement la photo noir et blanc qui pour moi parle plus au niveau des émotions... Ce texte nous mène à quelques photos d´une façon assez subtile et l´histoire est bien menée! Bravo!
Perso, je crois que je serai toujours une éternelle ado en fin de carrière...
et une adulte en devenir...
- Lien permanent
-
bababouboubaba
- Posté le
29 juillet 2006 à 12:08:29

-
redsissi -> gloups, elle doit pas être si bien menée que ça en fait...
je ne parle que d´une seule photo dans ce ptit texte
FF -> et bien décidément, je ne pensais pas que cette petite expression de rien du tout te faire un tel effet
- Lien permanent
-
FFrules3
- Posté le
6 novembre 2006 à 20:38:09

-
A l´amour comme a la guerre !
Enjoy
Reddition
J’ai du mal à croire que l’on va vraiment le faire. Après toutes ces années, je nous croyais à l’abri et pourtant, cela me semble la meilleure chose à faire à l’heure actuelle. Pour nous deux. Enfin je crois.
Nous étions au lycée quand nous nous sommes rencontrés. J’étais le bad boy, elle était la princesse, mais contrairement aux contes de fées, c’est elle qui m’a sauvé. Ensemble, nous avons évolué, ensemble, nous avons grandi, et depuis peu, nous nous sommes ensemble éloignés l’un de l’autre.
Il n’y a personne dans ce bar, à l’exception des deux vieux qui regardent un match de football à la télévision dans la fumée de leurs cigarillos. Je ne sais pas qui joue, d’habitude j’aime le foot, mais là, j’ai la tête ailleurs. En fait, je me demande si je n’aurai pas dû emménager avec elle.
Depuis six ans que nous sommes ensemble, la question est revenue plusieurs fois sur le tapis, mais à chaque fois, de nouvelles raisons sont venues l’empêcher. Trop compliqué, pas le bon moment, trop cher. Pour moi, c’était surtout trop officiel. Autant crier sur tous les toits qu’on va se marier un jour et je n’aime pas sentir la menace de la corde autour de mon cou. Nous avons donc deux chez-nous, ou plutôt deux chez-nos-parents.
Cela me rappelle nos débuts du lycée, quand tout était simple, léger, facile. Maintenant, c’est l’inverse et je n’aime pas ça. Mais je l’aime, elle. Et pourtant, nous allons rompre d’un commun accord.
Elle arrive enfin, bien habillée comme à son habitude. Elle a la face rieuse mais ses yeux mentent. Ils sont fuyants, se dérobent à mon regard, cherchent à établir le contact avec une plante verte plutôt qu’avec moi. On s’embrasse avec gêne parce que nous savons tous les deux pourquoi nous sommes ici : c’est ici que se discuteront les termes de notre rupture, comme deux généraux se rencontrant à la fin d’une guerre pour négocier une reddition.
Comparer notre vie ensemble à une guerre est une injustice à l’Histoire, la nôtre. Je n’en ai que des bons souvenirs, et s’il n’y avait pas cette saleté de routine pour plomber le coup, je pense que nous aurions terminé nos vies ensemble. Mais voilà, les sentiments humains ne sont jamais prévisibles. Nous, le couple parfait selon nos amis, le couple modèle, celui qui donne confiance en l’amour, le couple 1 + 1 = 1 , allons nous séparer.
- Comment en sommes-nous arrivés là ? me dit-elle en plongeant ses yeux bleus dans les miens pour la première fois depuis qu’elle est arrivée.
Quand elle fait cela, je pourrais lui demander de m’épouser dans l’instant. Et Dieu que la tentation est grande mais je me retiens.
- J’en sais rien Juliane. Je suppose qu’il était temps, c’est tout.
D’une manière générale, j’ai remarqué que la plupart des couples long terme de mon entourage ne passe jamais la barrière des 22-23 ans. Cela correspond à mon avis à la prise de conscience des deux parties qu’il y a d’autres poissons dans la mare, que la vie est longue mais la jeunesse courte et qu’elle mérite peut-être d’être vécue pleinement au lieu de s’attacher pour toujours à quelqu’un que l’on a connu au lycée, au temps des premiers amours.
J’ai lu dans l’un des magazines de Juliane que la moyenne des gens qui se mariaient était de 28 ans. Nous avons encore cinq ans pour entrer dans la norme, quitte à se retrouver sur la fin du compte à rebours. Mais ce serait dommage de passer à côté de la femme ou l’homme de sa vie parce que cela nous semblait confortable de vivre sans passion avec une personne dont on connaît déjà tout. C’est comme cela que je le vois. Et puis, je commence à remarquer chez elle des choses qui m’énervent, donc je préfère prendre les devants. Ce doit sûrement être les mêmes raisons qui l’animent.
- Qu’est-ce qu’on fait alors ? me demande-t-elle.
- Je ne sais pas, Juliane. On s’embrasse et on se dit au revoir ? Comme le font les autres.
Ce que je voulais dire n’est pas sorti comme je le souhaitais. C’est trop désinvolte, pas assez respectueux de notre histoire et elle l’a tout de suite senti.
- Bravo, bonne idée. Je sais que nous sommes sur le point de nous séparer mais cela n’est pas une raison pour bâcler notre fin.
Je recule devant la virulence de ses propos. D’habitude, c’est moi qui gueule et elle m’apaise. J’ai toujours eu ce tempérament un peu sanguin, mais je ne l’ai jamais touché, hein. Je suis peut-être con, mais pas un salaud.
- Eh bien propose quelque chose alors ! Ca changera pour une fois.
Une attaque gratuite. Elle ne relève pas.
- On devrait se fixer des règles. Au moins pour quelques temps.
- Quel genre de règles ? je demande.
- On pourrait dire qu’on ne sortira avec personne d’autre pendant les deux prochains mois.
J’y réfléchis quelques instants.
- Ca me va, dis-je finalement. Personne pendant deux mois. Cela nous ferait trop bizarre, sauf si tu veux que ton futur mec se retrouve avec mon poing dans la gueule si je vous croise tous les deux dans la rue.
Elle ne sait pas trop comment prendre ma dernière réflexion, mais elle me connaît assez bien pour savoir que j’en serais capable.
- Qu’est-ce qui te fait croire que je vais retrouver quelqu’un aussi vite ? dit-elle doucement, les yeux penchés vers la table qu’elle frôle du bout des doigts.
- Je le sais, c’est tout. Tu es belle, intelligente, drôle, je ne vois pas comment il en serait autrement. Il y a même sûrement certains de nos potes qui sont déjà en phase d’approche pour être le prochain moi.
- Tu dis n’importe quoi... souffle-t-elle.
Je baisse les yeux et au fond de moi, je me prépare déjà à la souffrance de la voir heureuse avec quelqu’un d’autre. Ce que je viens de dire pourrait passer pour de l’égoïsme, mais ce n’en est pas. Ou peut-être, si. Et même si cela en est, je ne vois pas où est le mal.
- Donc règle numéro une : ne pas sortir avec quelqu’un d’autre pendant les deux mois qui viennent. Règle numéro deux ?
- Hé ! C’est ton idée cette histoire de règles. Et je suis sûr que tu en as préparé plein.
Un petit rictus moqueur se dessine au coin de ses lèvres.
- D’accord. Alors, on se dit que l’on doit s’appeler ou se voir au moins une fois tous les deux jours.
- Heu, je ne sais pas trop, dis-je.
Et je le pense. Ce n’est pas parce que je n’ai pas envie de la voir, mais si on doit se séparer, faisons-le vraiment. Cela ne sert à rien de maintenir un semblant de relation sous respiration assistée et c’est ce que je lui dis.
- Ce n’est pas une question de couper les ponts ou pas. Tu es - étais mon petit ami en plus d’être mon meilleur ami. Si nous ne sommes plus ensemble, nous pouvons au moins rester amis. En tous cas, moi, je le souhaite.
- Quitte à ce que cela nous fasse souffrir ?
Elle me fixe à nouveau et je devine à son expression que le point de rupture n’est plus très loin. Encore un peu plus et elle craquera. Elle se mettra à pleurer et s’en ira, ou alors viendra se blottir contre moi et on repartirait pour un tour. Ce serait la solution la plus simple, nous l’avons déjà expérimentée une fois mais ce n’est pas ce dont j’ai envie. J’ai envie que l’on se remette ensemble pour de bonnes raisons et pour l’instant, nous en sommes loin.
- Ne rends pas les choses plus difficiles, Will. S’il te plaît.
Elle supplie presque quand elle dit cela et cela a le don de m’énerver.
- Je ne suis pas certain que tout ceci soit une bonne idée, dis-je en me levant. Nous aurions dû faire comme les autres et nous séparer en se balançant le service en porcelaine des parents sur le coin de la gueule. Quelque part, je crois que cela nous aurait aidé.
- Mais nous ne sommes pas comme les autres ! crie-t-elle alors dans le bar, faisant retourner les deux petits vieux qui étaient jusqu’alors concentrés sur l’écran de télévision.
Elle fond en larmes sur la table et je me rassois en vitesse.
- Chut, chut, calme-toi, Juliane.
L’étrangeté de la situation me saisit brusquement alors que je tente de la consoler. Je me rends compte que je ne sais plus comment agir avec elle ou en général. Nous ne sommes plus ensemble, mais je l’aime encore. Et je ne peux pas me conduire en ami parce que cela reviendrait à dire que je m’accommode de cette situation ce qui n’est pas vrai. La vérité est que je l’aime. La vérité est que je veux que l’on se sépare parce que je l’aime. N’y cherchez pas un quelconque raisonnement, ce serait inutile. L’amour n’est pas une chose raisonnée.
Je l’aime mais je ne veux pas être esclave de cet amour. Elle est toute ma vie et c’est triste à dire, mais cela ne me plaît pas. Je veux avoir autre chose qu’elle dans ma vie, des expériences auxquelles me raccrocher si notre couple ne fonctionne pas. Je n’existe qu’à travers elle et je veux vivre pour moi et pour moi seul, là où elle ne pourra pas me suivre, là où je trouverai enfin qui je suis. C’est de l’égoïsme bien sûr, mais après sept années dévouées à elle, j’ai besoin de me retrouver.
C’est difficile de rester dans ce bar, de regarder dans ses yeux, quand je lui dis que je pars. Je n’étais pas sûr jusque là, mais je crois que j’ai pris ma décision en un instant.
- Où ça ? Combien de temps ? me demande-t-elle avec des yeux horrifiés.
- Je ne sais pas encore, mais j’ai besoin de faire le point sur ma vie.
- Tu veux vraiment me faire du mal, hein Will ? Tu veux me faire payer pour notre rupture ?
Jamais je ne comprendrais par quelle logique tordue elle est arrivée à cette conclusion. Encore un autre détail qui m’énerve chez elle : cette façon de tout ramener à elle.
- Non, pas du tout. Je veux juste faire et voir autre chose, c’est tout.
Je comprends au regard qu’elle me lance que cela ne va pas être si facile que cela de lui expliquer ce que je ressens. J’aimerais la prendre dans mes bras et la serrer très fort, très longtemps jusqu’à ce qu’elle comprenne. Et c’est ce que je fais. Je m’approche d’elle alors qu’elle se met à pleurer et la serre contre moi. Elle tressaute quelques secondes, veut se libérer de l’étreinte puis abandonne. Je la berce doucement d’avant en arrière, sa tête contre mon épaule.
- Tout ira bien, tu verras.
Je continue à la serrer dans mes bras, très fort, très longtemps, jusqu’à ce qu’elle comprenne.
- Lien permanent
-
redsissi
- Posté le
7 novembre 2006 à 00:27:39

-
merde... c´est fait exprès?
pourquoi t´as mis ce titre?
tu restes toujours attaché à Will et Anne hein?
tu sais que je t´aime toi? mais tu me fais trop pleurer...
- Lien permanent
-
Dame_Mistie
- Posté le
7 novembre 2006 à 10:35:50

-
Je ne sais pas ce que ça évoque pour toi Red, mais apparemment ce texte t´a touchée.
J´aime bien. J´aime ce côté étrange qui est de rejeter l´amour alors que tant de personnes le recherche. J´aime l´absence de faute d´orthographe. J´aime l´idée d´avoir un personnage égoïste (le gars qui s´en va parce que la situation ne lui plait pas quitte à faire souffrir la fille) et un personnage égocentrique (la fille qui ramène tout à elle). J´aime l´idée des règles (la fille se raccroche à tout ce qu´elle peut pour ne pas le perdre).
Néanmoins, ce n´est pas la nouvelle qui m´a le plus touchée. Je ne me rappelle plus du titre mais je me souviens qu´une fois ou deux j´avais eu les larmes aux yeux par ta faute. Pas cette fois.
Eh, il fallait bien un bémol
- Lien permanent
-
redsissi
- Posté le
7 novembre 2006 à 13:16:13

-
effectivement Mistie, peut-être même un peu trop...
tu traînes toujours dans le coin toi?
je te croise rarement par contre... dommage...
c´est vrai que la vie va trop vite par moments... on a pas le temps de la savourer...
- Lien permanent
-
hipop_danseuse
- Posté le
10 novembre 2006 à 22:17:12

-
J´ai commencé à lire les nouvelles de ce topic! Wahouuu, ça me fait rêver.
C´est à mon tour...
------------------
Je traînais avec lui...Quand? Je ne sais plus...Il y a deux ans, un an?
Il était nouveau, venait de Saint Gapour. La première fois que je le vis, je me suis dis qu´il était moche, que dans ce lycée pourri on était vraiment mal servi.
J´ai appris à le connaître. On est devenu inséparables. On mangeait ensemble, on se marrait...
Son caractère? Je suis sûre qu´il avait des défauts, mais...
Un peu pervers? C´est tout ce que je me souviens. D´ailleurs, c´est ça qui m´a perdu. Il me regardait d´un oeil brillant. Je me suis fait des idées. J´ai commencé à l´aimer, ou du moins j´ai cru que je l´aimais. Je craignais de trop le coller, de devenir envahissante. Il s´intéressait à moi, s´informai sur mes goûts, me faisait rire.
Je ne m´étais jamais aperçu à quel point il était beau. Ses yeux!
Surtout ses yeux!
Son regard me manquait, son odeur!
Alors j´ai craqué.
Mais j´étais timide. Alors, fébrilement, en cours, je lui ai écrit un mot, comme font les petits maternelles, vous savez?
La sonnerie marque la fin de la journée. On sort de la classe ensemble, on se dirige vers la sortie. Mon poing moite serre le petit bout de papier tout chiffoné à présent. Arrivé devant la porte, il s´arrête.
-Je vais à mon casier, tu viens?
Je reste là, mon coeur bat...
-Non, j´y vais. Au fait, tiens.
Je lui tend l´objet fatidique.
-C´est quoi?
-Un cadeau, mon chou! Lui dis je en lui saisissant la peau de la joue.
-Allez, à tchousse! ajoutais-je.
Il s´éloigne. Ses longs doigts osseux déplient le papier. Je vois sa nuque se pencher, tandis que je m´éloigne.
Ca y est, c´était fait. Alea vacta est. Que la force soit avec moi.
Je rentre à pied. Un bus passe. Je l´aperçois. Il ne sourit pas, n´est pas heureux.
Le week end file lentement. Lorsque je le vois devant la salle de classe, le Lundi suivant, mon coeur chavire. Il parle avec un pote à lui. Je n´oses pas m´approcher. Je sais qu´il m´a vu. Mais lui ne vient pas. Je sens venir le début des ennuis.
En cours, je lui balance un mot.
"Alors?"
"j´sais pas."
Rien. Pas un regard, pas un sourire. Il m´évite.
Belle amitié. Toute gâchée à présent.
Il ne m´a jamais donné de réponse. Nous n´avons plus jamais traîné ensemble.
Je lui ai juste dit:
-Tant pis.
Lui, il a rien dit. Il s´est barré. Sympathique.
***
Deux ans ont passé. Depuis, je me suis pris quelques vents, je suis sortie avec quelques mecs. Y en a que j´ai aimé. Lui, je n´en voulais plus.
Mais il est avec moi en latin. Deux heures par semaine. Je le regarde. Il ne me voit pas. Il a enlevé son appareil dentaire. Je n´ai pas osé lui faire remarquer. Mes mouvements redeviennent maladroits devant lui. Il rit quand il me voit. Moquerie? Ou juste bonne camaraderie?
Il me parle, comme si rien ne s´était passé. Pour lui, c´était qu´une amourette. Je le croyais aussi.
Il reste tout de même moqueur. On est proches désormais.
Un moment, je le vois dans la cour. Il parle avec une amie à moi. Je me mets à rêver. Je m´approche dans son dos. Je l´enlace tendrement. Sa réaction? J´espère qu´elle me plaira.
- Lien permanent
Sujet : « Cycle : Courtes Histoires D'Amour »