JVWC2005 - Les Steppes Aveugles - Ecriture sur JeuxVideo.com

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Sujet : « JVWC2005 - Les Steppes Aveugles »

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  • FFrules3 Voir le profil de FFrules3
  • Posté le 26 mars 2005 à 10:15:28 Avertir un administrateur
  • Sous ce nom énigmatique se cache la poule 1 du concours JVWC2005. C´est sur ce topic que se trouveront les textes de xbq, loveisgreat, the_big_monarch et moi-même.

    Commençons par le RQ1 avec le thème suivant :
    Un homme vit reclus dans la forêt. Il voit une lumière blanche et est poursuivi par des Aliens qui le chopent et le tuent.

    Enjoy !  
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  • The_Big_Monarch Voir le profil de The_Big_Monarch
  • Posté le 26 mars 2005 à 10:16:26 Avertir un administrateur
  • Et bien, à toi l´honneur, FFrules, je te succèderai
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  • FFrules3 Voir le profil de FFrules3
  • Posté le 26 mars 2005 à 10:18:48 Avertir un administrateur
  • J´ouvre le bal !  

    Enjoy


    Full Closure

    Le soleil n’allait pas tarder à se coucher derrière les hauts arbres de la forêt. Une lumière orangée réchauffait l’atmosphère ainsi que le petit monde de Corey qui ne comprenait que sa maison en bois et les arbres aux alentours. Cette vie faite de solitudes, il l’avait voulue et l’avait obtenue à force de persévérance. La race humaine le dégoûtait par ses excès, son manque de respect envers la nature et sa vanité.
    Depuis cinq ans qu’il était installé ici, il n’avait vu personne et ne savait pas ce qu’il se passait en dehors de son petit monde. Il avait tout quitté, famille, amis, travail pour venir ici, construire sa cabane et y vivre en toute tranquillité. Il avait perdu en confort ce qu’il avait gagné en fierté. Il se sentait d’égal à égal avec la nature, ne prenant que ce dont il avait besoin, ni plus ni moins.
    Il se dépêcha de finir les réparations sur son toit avant que l’obscurité ne devienne totale. Il avait plu hier et l’eau s’était infiltrée dans sa cabane. Il ne devrait pas pleuvoir cette nuit normalement, le ciel étant parfaitement clair. Il s’attarda un instant sur le soleil couchant.
    - Bonne nuit et à demain, murmura-t-il dans un sourire.
    Il était tellement content de vivre ici, au Paradis. Son Paradis. Pas de télévision et d’émissions abrutissantes, pas de téléphones portables et de sonneries stridentes, juste lui et des choses vraies, simples. Il adorait le bourdonnement constant de la nature. Il y avait toujours quelque chose à entendre, à découvrir, à voir.
    Au menu, ce soir, il y avait du lapin. Corey l’avait chassé lui-même cet après-midi avec l’arc qu’il s’était construit. Il était devenu un vrai homme des bois, avec toute la panoplie que cela impliquait. Seule concession à la modernité, des allumettes, qu’il avait achetées par centaines de boîtes le jour où il avait quitté la civilisation. Le feu était la seule chose qu’il ne parvenait toujours pas à recréer et ce n’était pas faute d’essayer.
    La nuit était claire, illuminée par la pleine lune. De son lit, il regardait dehors les arbres prendre une couleur surnaturelle, changés par la poussière d’étoiles qui les recouvrait. Un instant magique, un instant qu’il n’aurait jamais pu vivre en ville à cause de la pollution lumineuse. Il entendait ce soir, comme tous les soirs, les bruits des insectes nocturnes et les trouvait si apaisants qu’il s’endormait généralement en quelques minutes. Une autre journée l’attendrait demain avec un challenge de taille : refaire la barrière du potager pour éviter que des animaux sauvages ne viennent y manger les délicieux fruits et légumes qu’il y faisait pousser.
    Curieusement, ce fut l’absence de bruit qui le réveilla en sursaut en pleine nuit. La lune avait bougé dans le ciel, modifiant les ombres des arbres portées sur le sol. Corey se leva et s’approcha doucement de la fenêtre. C’était comme si quelqu’un avait coupé le son de son petit monde. Tout était étrangement silencieux. Il enfila un pantalon à la hâte et prit son arc. Un sentiment de détresse extrême s’empara de lui. Il se sentait complètement seul dans cette immense forêt muette et cela lui faisait peur. Où étaient passés les insectes, les chouettes qui d’ordinaire peuplaient la nuit ?  
    Il sortit dehors. La première chose qu’il remarqua est qu’il faisait plutôt chaud pour une nuit d’automne. Il ne portait qu’un tee-shirt mais il ne frissonnait pas. Une vive lumière venue du ciel apparut alors tout autour de lui. Impossible de voir de quel engin elle provenait.
    Corey se précipita à l’intérieur de sa cabane. C’était sûrement la lumière d’un hélicoptère mais que venait-il faire par ici ?   Il n’y avait rien d’autre à part lui et sa petite cabane. Mais depuis quand les hélicoptères étaient-ils silencieux ?   On n’entendait toujours aucun bruit mais le rai de lumière était toujours là, à la place où Corey se tenait quelques instants plus tôt.
    Les yeux braqués sur la lumière, tous les sens en alerte, il sursauta dès que se firent entendre les « sons ». Des cliquetis derrière lui. Au-dessus de lui. Devant lui. Partout. Comme si des araignées métalliques frappaient en même temps un sol dur de leurs pattes. Corey regretta à cet instant de n’avoir ni téléphone, ni fusil. Pour la première fois en cinq ans, il avait besoin de la civilisation mais aucun moyen de la contacter.
    Les « sons » continuaient à résonner dans sa tête, toujours plus vite, toujours plus vite, sans ne jamais vouloir s’arrêter. Ils devinrent un grondement sourd au bout de quelques minutes puis le silence revint brusquement. Une voix aux résonances métalliques se fit alors entendre dans sa tête :
    - Viens. Retourne dans la lumière, disait-elle.
    Corey hésita avant de répondre. Il ne savait toujours pas à qui il avait affaire.
    - Nous ne te dirons pas d’où nous venons, dit la voix comme si elle avait lu dans ses pensées. Sache seulement que nous ne sommes pas humains. Viens. Retourne dans la lumière.
    - Pourquoi moi ?   Que me voulez-vous ?   demanda Corey.
    - Tu es le dernier. Il ne reste personne d’autre.
    - Quoi ?   Qu’est-ce que vous voulez dire ?   Comment cela « personne d’autre » ?  
    - Nous nous sommes déjà occupé d’eux. De tous les humains, animaux, insectes et autres parasites. C’est ton tour maintenant, dit la voix.
    Malgré le fait que cela semblait de la pure folie, cela expliquait pourquoi il n’entendait plus aucun son provenant de la forêt.
    - Jamais !   cria le dernier homme sur Terre.
    - Comme tu voudras.
    Il y eut à ce moment un grand crissement, vrillant les tympans de Corey. Il se retrouva à genoux, du sang coulant de ses oreilles. Puis tout redevint silencieux. Corey se releva douloureusement. Ses tympans percés, il n’entendait quasiment plus rien. C’était peut-être la raison de la disparition du crissement.
    En quelques mouvements rapides, il vérifia que toutes les issues étaient fermées, même s’il se doutait que des êtres d’une telle intelligence viendraient facilement à bout d’une cabane en bois et d’un pauvre arc. Il lui restait l’espoir, pensa-t-il avant d’en rire. Le moment était plutôt mal choisi pour débiter ces conneries.
    Cela faisait maintenant plusieurs heures que les « sons » avaient disparu mais la lumière était toujours là, dehors. Cette attente commençait à lui peser. Que devait-il faire ?   Il ne semblait y avoir aucune échappatoire. Si les aliens disaient vrai, il était tout seul et ne pouvait compter que sur lui-même. Ironiquement, c’était le défi qu’il avait voulu relever en s’installant ici. Etre seul, indépendant, autonome, ne pouvoir compter que sur soi-même. Cela avait été son rêve mais plus maintenant.
    Il rêvait désormais d’armées d’humains bottant le cul de ses aliens à grands coups de bazooka et de bombes atomiques, de soldats armés jusqu’aux dents, de chars et d’avions de chasse. Mais au fond de lui, il savait que cela n’arriverait jamais. Avec un soupir, il se leva et sortit de la maison en courant.
    Il fila aussi vite que possible à travers les arbres, évitant les pièges que la nature, autrefois amie maintenant hostile, lui mettait en travers de son chemin. C’était son échappée belle, son chant d’adieu à cette Terre qu’il avait aimée et avec qui il avait passé les cinq plus belles années de sa vie.
    Un intense éclair blanc illumina la nuit et la forêt puis tout fut fini. Le dernier Homme avait disparu et avec lui plusieurs illustres civilisations, de fabuleuses découvertes et inventions. Le vaisseau prit de l’altitude et quitta l’orbite de la Terre à la recherche d’autres planètes à vider. Ils allaient être en retard sur leur planning.
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  • The_Big_Monarch Voir le profil de The_Big_Monarch
  • Posté le 26 mars 2005 à 10:26:49 Avertir un administrateur
  • Je fais une petite aération entre les deux textes ;   celui de FFrules est excellent, mais je détaillerai plus tard.
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  • The_Big_Monarch Voir le profil de The_Big_Monarch
  • Posté le 26 mars 2005 à 10:28:27 Avertir un administrateur
  • Les portes se ferment. D’abord, les ténèbres, envahissantes, se propageant dans toute la superficie libre, inoccupée. Les accompagnant, une sensation de calme et de tranquillité s’installe. L’homme dort. Dans cet état, le cerveau laisse libre court à toutes ses inventions les plus folles. Dans un univers purement subjectif et flou, un oiseau mange un crocodile, un chien coiffe une dame, une console de jeux joue à l’enfant. Un monde où tout est contraire.
    Les paupières, lourdes, s’ouvrent avec vigueur, puis se referment aussitôt. Un éclair a parcouru le monde. Un positif s’est égaré dans les négatif. Le flash, de toute sa puissance, réveille l’homme. Il ne dort plus. Dans cet état, le cerveau est la proie de toutes les inventions les plus folles de la Nature. Que va-t-il se passer ?   Une énorme tempête ?   Un ouragan ?   L’Apocalypse ?   Des martiens ?   Des petits hommes verts venus d’une planète astronomiquement lointaine et qui se sont égarés justement dans le coin le plus perdu de la Terre ?  
    L’homme, se rendant enfin compte qu’il se doit d’aller constater de lui-même la source de cette blancheur violente, se lève vite fait, enfile des pantoufles, vêt un peignoir, et avance vers la porte. Il déverrouille la serrure, tourne la poignée rustre, et, en même temps que la porte s’ouvre, l’accompagnant dehors, constate que la Nature n’a rien de plus fou à lui offrir que sa campagne. Sa campagne comme toujours présente, avec les collines devant, les près sur les côtés et la grange derrière. Rien de changer. Alors qu’il est sur le point de rentrer chez lui, dos aux collines, un bruit se fait enfin entendre. Il se retourne et contemple une créature strictement humaine, une bouche, un nez avec deux narines, deux oreilles, deux yeux, des cheveux châtains, un mètre quatre-vingt visiblement, de stature assez maigre, deux bras de longueur normale s’achevant par deux mains avec cinq doigts chacune, deux jambes et on devine les pieds. Seuls les vêtements qui habillent l’être semblent hors-contexte. Une espèce de satin, aux allures très douces, avec des poches disséminées un peu partout, d’un jaune fluo très aveuglant et d’un gris terne. Sont recouverts le torse et les jambes. L’inconnu s’adresse à l’homme à l’aide d’un dialecte incompréhensible. L’homme rétorque qu’il n’est pas intéressé par l’intégration nocturne d’une secte aux goûts vestimentaires douteux et lui claque la porte au nez.
    Rentré chez lui, l’homme verrouille la serrure et revient dans sa chambre, avec une fenêtre donnant sur l’un des près. Il s’aperçoit alors qu’il n’a pas parlé à un humain, ou alors à un sacré farceur, car se trouve justement devant ses yeux, quelques dizaines de mètres les séparant, une soucoupe volante digne des plus grands films de science-fiction, toute grise et d’une envergure gigantesque. Apeuré par cette vision, il entend alors frapper à la porte d’une violence inouïe, une violence inhumaine.
    Se mettant à trembler comme une feuille morte, il se rue vers la salle à manger, dans laquelle il s’empresse de décrocher la carabine de l’aïeul. Il cherche à tâtons, dans le tiroir couinant d’un grand meuble en bois poli, les cartouches, et, les ayant trouvées, tente de les introduire dans l’arme. Il donne un petit coup sur le canon qui ne cède pas, puis frappe contre le meuble, le fissurant, mais ouvrant la carabine. Il y place une bille argentée et referme vivement le canon. Il y a un déclic annonçant qu’il est chargé. Il entend encore le martien, la bébête verte aux allures humaines, rompre le bois dur de la porte.
    La tension à son comble, l’homme allume un grand feu dans la cheminée, manquant de peu de brûler à cause d’une flammèche naissante sur son peignoir bleu. Il alimente très vite le brasier et part chercher l’ouvre lettres dont il en reconnaît l’utilité pour la première fois de sa vie. Il s’équipe ensuite des oreillers qu’il est allé chercher dans sa chambre, et se les ceinture au niveau du ventre de chaque côté.
    Il se sent enfin près, et commence à avoir très chaud. Il est posté à côté de la cheminée, prêt à lancer des rondins de bois enflammés. Son ouvre lettres dans la bouche, tenu par les dents, et la carabine à une main, canon contre le sol, cartouches dans l’unique poche du peignoir.
    Il sent l’adrénaline lui couper l’utilisation des sens. Il voit mal, n’entend plus frapper, ne perçoit guère ses membres. Il attend l’alien, imperturbable. Soudain, il devine quelque chose qui frôle sa tempe. Pris au dépourvu, il se retourne instantanément et ne voit ni plus ni moins que la vieille horloge qui se détraque souvent. Elle sonne. Refaisant face à la porte, l’homme compte nerveusement les coups. Lorsque l’horloge a terminé son chant lugubre, l’homme se demande s’il a bien compté, car il a entendu treize battements. Il passe sa mains sur le front et sait désormais qu’il sue abondamment. Il respire avec difficulté, et semble toujours les yeux rivés sur cette porte.
    Crac !   La porte s’ouvre violemment et tout aussi tôt, rondins de bois enflammés, ouvre lettres et balle argentées volent à travers l’entrée. La cible semble atteinte. L’homme va regarder l’extra-terrestre. Il examine ses pupilles, son souffle et son pouls. Rien. Silence radio. Alors qu’il va s’exclamer, les fenêtres volent en éclat d’un bruit assourdissant, les murs tombent avec un soubresaut tonitruant, le toit s’effondre dans un cataclysme inconcevable, et très vite, l’homme est submergé. Pris de court, il se dépêche de sortir et voit des dizaines d’aliens le regarder sur les débris de sa demeure.
    Avec la même violence, ils courent droit sur le solitaire et le frappent, dans des rugissements féroces, alors qu’ils découvrent une langue fourchue, des dents acérées et recourbées, des ongles pointus et fins, des cuirasses épaisses et molles, et des yeux vides de pupille.
    Le cœur vole et atterrit dans la bouche de l’un des assaillants. La tête décolle avec la même pression qu’un bouchon de bouteille de champagne et roule à quelques mètres. Les bras se font déchiqueter et lacérer, tandis que l’estomac tombe par terre suivi du foie. Les intestins se déversent dans l’herbe et beaucoup d’os craquent. Le corps est une fontaine de sang.
    Soudain, un alien s’exprime en terrien parfait, venant d’ingérer une partie de l’humain.
    - Ils n’ont pas l’air consistants et il semblerait que les manger les tuerait. Je me demande comment ils font pour manger tout en survivant.



    Les portes se ferment. D’abord, les ténèbres, envahissantes, se propageant dans toute la superficie libre, inoccupée. Les accompagnant, une sensation de calme et de tranquillité s’installe. L’homme est mort.
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  • FFrules3 Voir le profil de FFrules3
  • Posté le 26 mars 2005 à 10:36:06 Avertir un administrateur
  • TBM -> Variation autour d´un même sujet qui choisit une vision beaucoup plus interne. Pas vraiment de descriptions du monde alentour, juste ce que l´homme ressent et c´est suffisant. On est dans sa tête. L´humour en plus !  
    Quelques phrases qui m´ont bien fait rigoler :
    "  une console de jeux joue à l’enfant"
    "   L’homme rétorque qu’il n’est pas intéressé par l’intégration nocturne d’une secte aux goûts vestimentaires douteux et lui claque la porte au nez."

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  • Masterbow Voir le profil de Masterbow
  • Posté le 26 mars 2005 à 12:15:44 Avertir un administrateur
  • Bonne idée ce topic.

    Mais vous pouvez poster vos textes sur des topics à part, ils le méritent bien...
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  • The_Big_Monarch Voir le profil de The_Big_Monarch
  • Posté le 26 mars 2005 à 12:31:43 Avertir un administrateur
  • Et bien, je crois que je tiens là le 5ème texte des Récits Quelconques
    Non, sérieusement, je trouve que c´est plus efficace de poster nos textes sur le même topic, car :
    -d´une part, on aura plus de chances d´être lus =D ;  
    -d´autre part les textes seront moins éparpillés sur le forum, enfin, même si c´est un forum fait pour ça, je trouve que niveau commodité, c´est le "  manu best of plus".
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  • Loveisgreat Voir le profil de Loveisgreat
  • Posté le 26 mars 2005 à 13:12:31 Avertir un administrateur
  • Ce n´était pas un reve




    Journal de Michael Razorbak 18 Décembre 2009



    02h28

    Voilà, encore une de ces soirées qui se terminent et se commencent a la fois. En effet, la première partie, celle normal, est finie, oui. J’ai invité des amis, j’ai passé une super soirée, ou j’ai peut être un peu trop bu, d’ailleurs. Nous avons bien mangé,( du gigot, fait maison, carrément) bien bu (   Saint Emilion 1979) et surtout, bien rigolé, ce que j’avais pas fait depuis longtemps. Tous ces amis, ca devait faire facilement deux, voir trois mois que je les avais pas vu, au moins. Néanmoins, je n’ai pas osé leur parler de mes rêves, a nouveau. J’allais pas leur parler de la chose qui les avaient éloigné de moi au départ, quand même, ca aurait gâché la soirée. De toute façon, pourquoi prendre au sérieux un quinquagénaire paysan sur le déclin et accablé de dettes, hein? Si on s’imaginait la fin du monde pour chaque insomniaque ayant des cauchemars et voyant le monde envahie par des aliens, alors on n’arrêterait jamais de s’affoler, non? Enfin, même si on s’affole déjà pour un rien. Apres tout, en 2004, Georges Bush Junior( qui a enfin fini son deuxième mandat, il était temps) avait fait peur au monde entier en nous faisant croire qu’il y avait des armes de destructions massives, en Irak. Et que dire du mystère de Roswell, qui tint en haleine la population humaine pendant pres de 50 ans, avant que la vérité soit enfin avoué, sur le chevet de mort de l’auteur de toute cette comédie. Il y eut aussi ces motif circulaire tracés dans les champs, soi disant mis la par des extraterrestres, alors que ce ne fut qu’a nouveau l’œuvre de petits farceurs.
    Néanmoins, je me moque de tous ces gens, mais je crois en mes cauchemars, moi. J’y crois dur comme fer, je sais qu’un jour, les extra terrestres arriveront, et me tueront le premier, sans donner aucune chance a l’humanité. Mais pourtant, ces rêves sont si flous, comme des petites hallucinations, sauf que c’est pendant mais quelques minutes de sommeil, moi, Michael, insomniaque depuis 14 ans maintenant. Ce ne sont que des rêves. Oui, ce ne sont que des rêves, j’ai encore trop bu, moi. Il est temps de dormir, maintenant, du moins, essayer. Bonne nuit.

    Journal de Michael Razorbak 18 Décembre 2009

    02h59

    Non, décidément, je n’arrive plus a dormir. J’ai encore eu un de ces rêves, une de ces hallucinations. Mais celui ci était a la fois plus flou, et plus inquiétant que les autres. Oui, ils arrivent, ils arriveront bientôt, j’en suis sur, sur et certain, même.
    Ces extra terrestres, ils feront leur mouvement bientôt, je le sais. Ils ne veulent plus attendre, ils savent que l’humanité a fini son cycle. L’humanité n’a plus rien. Plus aucun sentiment la domine, plus aucun espoir, plus aucune peur. Les religions n’existent pratiquement plus, depuis la mort du dernier vrai Pape, Jean Paul 2, en Mars 2005. Les gens n’ont même plus peur de la mort, c’est pour dire.
    Alors, ils ont décidé d’attaquer, oui, ils ont décidé d’en finir. Ils sont nombreux, a arriver. Ils nous ont déjà épiés, mais c’en est fini d’attendre, il est temps pour eux d’agir, d’en finir avec nous, exécrables petits humains qui ne voyons même plus la différence entre le manque d’eau sur la Terre et la défaite de l’équipe de France en demi finale de la coupe du Monde 2006, face a l’Italie.
    Apres tout, pourquoi pas disparaître, si nous y sommes destinés. Pourtant, je crois encore en l’humanité, moi. Il reste du bon en nous, que nous pouvons réparer. Pour une fois, autant utiliser les chiffres. En 2008, d’après le président Nicolas Sarkozy, le chômage est descendu a un taux exemplaire, de seulement 220 000 sans emploi, contrairement a Un million en 2004. Les opérations humanitaires ont battu le record du Tsunami de 2004 en envoyant plus de quatre cents million d’euros au Tibet( ?  ), pour cette tempête si meurtrière. Mais j’en ai déjà parlé, de tout cela, dans une note précédente.
    Mais non seulement j’ai encore espoir en l’humanité, mais j’ai aussi peur de mourir, atrocement peur. M’imaginer le vide, l’absence de tout et de rien, le néant total, me terrifie. Je ne peux même pas l’imaginer, puisque rien qu’en écrivant tout ce que je penses, cela me tord le ventre dans tous les sens. Oui, je vais arrêter de parler de la mort, ca me fait trop peur, et trop mal.
    Je crois, qu’il faudrait que j’essaye de me remettre a roupiller, a nouveau, oui. Les rêves sont passés, il faut maintenant dormir, pour de bon, pour de vrai.
    Sur ce, bonne soirée


    Journal de Michael Razorbak 18 Décembre 2009

    3h54


    C’est pas vrai ca, putain. Pour une fois que j’arrivais a dormir, sans cauchemar, il a fallu que je me fasse réveiller par un flash aveuglant. Mais qu’est ce que cette lumière d’ailleurs, si impressionnante ?   Elle pourrait même me faire peur, si ca continuait. On dirait qu’elle est de plus en plus forte. Quoi que, cette lumière a l’air constante. C’est sûrement mon cerveau qui me joue encore des tours, ce saligaud. Si c’est encore un des fils Wilsham qui me vole mon tracteur, je portes plainte cette fois, c’est décidé. Ca doit sûrement être Maxime, le plus grand, mais surtout le plus téméraire( pour ne pas dire le plus con, tout simplement) Leur père a beau être vraiment sympa, je ne supporte pas qu’on utilise mon essence, pour faire des conneries. Bon, je vais mettre un pantalon quelconque et un tee-shirt, et j’arrive.

    03h57

    Bon, je vais aller faire un tour. Non seulement il y a de la lumière, mais maintenant, il y a du bruit. Ces crétins de gosses ont sûrement réussi a faire tourner le moteur. Bande de petits cons, cette fois ci, vous vous en sortirez pas si facilement, ca je vous le promets mes petits salauds Je suis sincèrement désolé pour leur père, mais vraiment, je n’aime pas que l’on se foute de ma gueule. Ca va faire la troisième fois en trois mois, quand même. J’ai des limites. Je veux bien être monsieur gentil garçon pendant un certain temps, mais au bout d’un moment, ca suffit.

    Journal de Michael Razorbak 18 Décembre 2009

    04h01


    Mon Dieu! C’est pas possible que j’ai vu ce que j’ai vu. Oui, pour l’humanité, avant de mourir, comme je l’avais prédit, il faut que j’écrive, le plus vite possible, ce que je viens de voir. J’étais si persuadée de voir les petits Wilsham, que je n’ai même pas pu m’imaginer une seule seconde que ce puisse être autre chose, non. Quel con. Comment vais je dire ca a mes deux doigts, tombés dans l’herbe, hein? J’ai été trop présomptueux, trop sur de moi, comme d’habitude. Je suis arrivé en courant, la lampe dans les mains, ne regardant même pas ou je vais. C’est au bout de deux, trois minutes de course effrénée vers la lumière, que je me suis rendu compte, que ce ne pouvait être mon vieux tracteur. Une telle lumière, qui n’augmentait ou ne diminuait pas, c’était impossible pour un tracteur qui avait déjà 11 ans de loyaux service.
    Puis c’est la que j’ai entendu. Tout d’abord, ce bruit rauque de moteur qui devenait de plus en plus puissant, puis enfin, ces voix, strictes, calmes, et tres grave. Il parlait une lettre dont je pouvais distinguer quelques mots. On aurait cru du vieux français, c’était tellement étrange. Mais je n’ai pas pu m’arrêter, oh non. Bien sur, j’ai ralenti mon pas de course, mais je n’ai jamais, jamais réussi a m’arrêter, non. La curiosité est un bien vilain défaut, mais c’est le plus joli des pêchés. Bon Dieu que j’ai du être joli alors, avançant comme un con, sans rien comprendre. Et c’est a ce moment précis, que j’ai vu cette… ce…ces… choses. De toutes les images qu’on ait jamais vu des martiens, jamais aucune n’a ressemblé a ce que j’ai vu. Tout d’abord, leur taille est extravagante, il font au moins sept ou huit têtes de plus que moi. Leur corps, ce corps, semble si long et si agile. Comme si ils avaient travaillé toutes ces années pour se bâtir un corps d’athlète, mais que, malgré tout, leur morphologie ne pouvait s’empêcher de leur donner un corps gras et moche. Quand aux yeux, ils ne sont pas globuleux comme dans les films pour la bonne raison qu’il n’en n’ont pas, tout simplement.
    Au moment même ou je vis tout ceci, je pris la décision logique de repartir en arrière et courir chez moi. Mais ils sont si rapides, et semble ne faire aucun effort. Un du groupe arrive plus vite que les autres, et au moment ou je m’apprêtais a fermer la porte, réussit a me couper deux doigts de la main droite. Pour la première fois de ma vie, je suis fier d’être gaucher. Pour la première fois de ma vie aussi, j’ai crié comme je n’avais jamais crié, tellement la douleur fut insoutenable. Je ne sais même pas si vous arriverez a relire tous les mots, a cause du sang et les larmes qui sortent de mon corps pour tomber sur mon journal, ce précieux journal. Mais non, ceci ne peut qu’être un rêve. Oui, c’est sûrement un rêve, comme les autres. Alors pourquoi ne me réveilles je pas?

    Journal de Michael Razorbak 18 Décembre 2009

    04h08

    Ceci risque sûrement d’être ma dernière note. Ainsi ma vie va s’achever, comme je l’avais prédit, assassiné par ces extraterrestres, et probablement le premier d’une tres longue lignée. Peut être entrerais je dans l’histoire, comme le premier adversaire éliminé. Peut être mes deux petits doigts deviendront une pièce célèbre dans le plus grand musée de la nouvelle espèce de notre Terre.
    Je vais mourir. Je le sais, je n’ai aucune chance de m’en sortir. J’ai perdu deux doigts en fermant une porte, contre un seul adversaire. Comment pourrais je alors réussir a en tuer dix, vingt, peut être cent autres sans même y perdre ma vie, et en corps a corps, qui plus est.
    Alors pourquoi résistes je ?   Qu’est ce qui me pousse a le faire, honnêtement ?   Je sais que je vais mourir, je risques de moins souffrir sans me battre, et pourtant, je tente vainement de défendre ma vie. Peut être est ce tout simplement parce que j’ai encore l’espoir. Je ne l’ai jamais perdu, l’espoir. Je n’ai jamais perdu la peur de mourir aussi, d’ailleurs. Ainsi, ces deux sentiments qui me furent si important vont jouer sur ma mort ?   Qui l’eut cru ?   A cause de ces deux putains de sentiments, j’ai décidé de barricadé ma maison, sortir mon vieux fusil a pompe, et de le recharger pour tirer sur tout ce qui bouge. L’espoir n’existe plus, car il n’y en a jamais eu. La peur de la mort existe seulement, car on ne sait pas ce qu’il y a après la mort. Voilà tout. Les bruits contre la porte se font de plus en plus insistants, ils vont bientôt entrer. Et moi, j’écris mes dernières paroles, sur ce texte.
    L’humanité n’aura aucune chance de s’en sortir. Elle ne se battra même pas, j’en suis sur. Qui, a part moi, a encore l’espoir, ou croit en quelque chose, après tout? Je suis le seul croyant de mon village, durant toute ma vie, j’ai été le seul a espérer un jour pouvoir sortir de toutes ces dettes. Et surtout, surtout, j’ai peur de quasiment tout. J’ai peur de la nuit, j’ai peur des femmes, j’ai peur du gouvernement, j’ai peur des microbes, et enfin, j’ai peur de la mort. La peur de la Mort et l’espoir de réussir sont les deux seuls choses qui auraient pu faire gagner l’humanité. Mais les deux sont partis, tranquillement, en même temps. Les gens n’ont plus peur de mourir, car ils n’aiment pas le futur sombre et obscur dans lequel nous allons entrer. Et, les gens ont perdu l’espoir d’un monde meilleur, étant donné que, tous les jours, la télévision, les journaux, n’annoncent que des mauvaises nouvelles. Comment peut on croire, si, tous les jours on apprend qu’il y a eu un attentat en Palestine, un tremblement de Terre en Asie, une nouvelle guerre, une énorme fraude fiscale, un manque d’eau, un manque de pétrole, la disparition du Prix Nobel de 1985, et des statistiques toujours plus affolantes. Puis, il y a ceux comme moi, qui continuent a croire, malgré toutes ces choses. Il y a ceux comme moi, qui croient en toutes les bonnes nouvelles, grandes ou petites. Il y a ceux comme moi, qui, quand ils voient une femme sauvée d’un cancer par une chaîne a la lettre diffusée sur Internet, se mettent a rêver d’un monde nouveau. Mais combien sommes nous, a y croire, encore? Je vis dans un petit bled de 1500 habitants, et strictement plus personne ne croit en rien. 1 sur 1500, est ce la la statistique de la vie, dorénavant? Alors quand des extraterrestres, plus grand, plus fort, plus dangereux vont arriver, l’humanité va t’elle vraiment se débattre? Non, après tout, le futur est pourri, et la mort est une libération.
    Ca y est, les tapements contre la porte se font de plus en plus insistants. Les premières brèches sont faites, les premiers morceaux de la corps traversent la porte. Ils ont gagné, nous avons perdu.
    Finalement, vous savez quoi ?   Je crois, que ce n’était pas un rêve… Je vais mourir, le sort en est jeté, alea jac…



    J´ai peur que la mise en page soit ratée, mais voici mon texte
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  • Posté le 26 mars 2005 à 16:42:01 Avertir un administrateur
  • Manque plus que le texte de xbq
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  • Posté le 26 mars 2005 à 17:09:41 Avertir un administrateur
  • *hop*, désolé pour le retard, le temps de revenir en Suisse :/

    --

    Light & Ashes -> Cendres et Lumière




    Au commencement, il n’y avait rien. Du moins le prêche-t-on, en laboratoire comme en église. Il y eut un Dieu, ou un événement indéterminé, peut-être le fruit du hasard, d’une distraction, ou même, qui sait, d’un plan machiavélique mûrement réfléchi ;   les planètes, la vie en résultèrent. Comment expliquer avec cohérence ce changement brutal ?   Quelle puissance inimaginable a pu mettre le tout en branle ?  
    Dans ce cas-ci, il n’y eut point de puissance, car le commencement ne fut que lumière. Une lumière vive, lancinante, et bien plus transcendante que n’importe quelle introduction philosophique. Cette luminosité accrue, perturbante, s’insinua jusque dans le rêve de Randall – au demeurant, un fort agréable songe –. Elle eut cependant l’audace de l’en tirer, le forçant à entrouvrir les paupières.
    Jadis, un des professeurs de Phoenix, qui avait eu la malchance de tomber sur cet élève, lui avait enseigné que le soleil dispensait une lumière blanche. Il ne l’avait pas cru, car la réalité s’y opposait ;   enfant, quand il passait des heures dans la vieille grange de l’autre côté de la cour, il s’amusait souvent à observer les rayons qui filtraient entre les planches mal ajustées. C’était tout sauf blanc. Une preuve supplémentaire venait de lui être apportée : il avait maintenant 37 ans, la grange avait disparu dans les flammes au moins dix ans auparavant, et voilà qu’une intense blancheur nappait les murs chaulés de sa chambre à coucher, formant une harmonie des plus singulières. Il s’éveilla tout à fait.
    Des phares ?   Ils ne seraient ni si puissants, ni si immobiles, et il dormait qui plus est au premier étage. Sans oublier qu’il vivait seul depuis la mort de Randall Kint senior, voilà plus de quatre ans ;   qui le visiterait de la sorte, à cette heure tardive ?   Repoussant la couverture, il mit pied à terre et s’approcha de la fenêtre incriminée avec circonspection.
    Et tant pis pour le faux suspens accumulé, il ne vit rien. C’était bien trop aveuglant. La clarté inondait son champ de vision qui, après une résistance héroïque, finit par s’y noyer en signe de reddition.
    « Et si à un moment, vous vous retrouvez dans une grande étendue blanche, c’est que le programme a planté !   »
    Cette pensée sortie des tréfonds de sa mémoire lui arracha un sourire. Il pouvait quasiment dire qu’il fonctionnait ainsi, tournant invariablement en dérision ce qui semblait trop complexe pour être compréhensible, peut-être pour tromper une hypothétique peur. Une chose dont on peut se moquer paraît évidemment moins dangereuse.
    Il n’ouvrit pas la fenêtre pour autant. La durée, l’uniformité du phénomène lui laissaient un arrière-goût dérangeant d’inachevé. Il n’aurait pas été capable de décrire rationnellement ses réserves ;   il craignait d’être happé, entraîné dans cet univers incomplet.
    Il tituba, un pied approximativement devant l’autre, et fit claquer la vieille porte de chêne en sortant, ce qu’elle apprécia modérément. Mais Randall n’avait que faire de ses invectives grinçantes. Il se plaqua contre le mur, et calma sa respiration saccadée. Il lui fallut quelques instants avant de pouvoir braquer son regard dans l’embrasure, où il découvrit que la lumière existait toujours, ce qui le ramena vite à son angoisse. Il gagna difficilement les marches du vieil escalier et descendit au rez-de-chaussée.
    Il devait sortir.
    Mais cette obligation était loin de lui convenir. Elle impliquait qu’il affronte la lumière, et il ne voulait pas lui faire face. Il préférait fuir. Il préféra fuir. Il n’avait qu’à prendre à gauche, et la jeep l’attendrait au bout de l’allée.
    Il se dirigea d’abord vers l’étagère du salon, en tira sa lampe de poche vieux modèle – une sorte de boîtier rectangulaire d’un rouge terne, agrémenté d’un verre circulaire qui protégeait l’ampoule – puis se figea, un sourire empreint d’autodérision sur les lèvres. Une lampe torche. Balaise. Et surtout, vachement utile, avec le nouveau projecteur extérieur.
    A tâtons, il atteignit le vestibule, où il revêtit son bel anorak d’hiver et ses bottes boueuses, ce qui, assorti avec le short de coton qu’il portait pendant la nuit, donnait un aspect fantaisiste – chose qui ne l’importuna pas outre mesure dans la situation présente.
    Il avait déjà la main posée sur la poignée de l’entrée lorsqu’il s’immobilisa. Après tout, il ne savait pas ce qu’il y avait dehors, et puis… Il hésita longuement. Qui cela gênerait-il que Randall Kint, honnête habitant des environs de Cibecue, Arizona, voyage avec un Winchester dans son véhicule ?   Et le contact d’une gâchette, ce sentiment de puissance qui était si apaisant… il traversa le salon, entra dans la cuisine en catimini, ouvrit la vieille étagère du fond, ensuite de quoi il tendit le bras et s’empara de son fusil de chasse. Il était froid et dur. Son dernier cerf remontait à… quoi, deux ou trois mois ?   Il se demanda s’il était encore capable de viser correctement.
    Il regagna le vestibule en adoptant une démarche chaloupée, un peu grotesque, mais parfaitement inaudible. Après avoir entrouvert la porte, la main crispée sur la crosse de son fusil, il se faufila dans l’embrasure et s’éloigna sans même refermer derrière lui. Ce n’est qu’arrivé à la jeep qu’il finit par regarder en arrière.
    Au début, il crut qu’il n’y avait rien, que tout appartenait à son imagination. Mais son soulagement resta bloqué dans sa gorge quand il se rendit compte que la lumière persistait ;   elle était simplement de l’autre côté de la ferme, dans la cour. Il pouvait apercevoir une ligne incolore, ondulante, qui rampait sur le faîte du toit. Tremblant, il ouvrit la portière, sortit les clés de la boîte à gants et les engagea dans le contact.
    Et le moteur vrombit, et les phares clignotèrent. Et dans la lumière nouvellement créée, il en distingua fugitivement un.
    Il était d’un vert si grisâtre qu’il paraissait maladif. Le noir des fentes auxquelles étaient réduites ses yeux semblait opaque, glissant, plutôt malsain. Point de cheveux, point de membres. Il flottait. D’une manière ou d’une autre, il était suspendu dans l’air.
    Randall blêmit et hoqueta fébrilement. Il enclencha la marche arrière, mais l’émotion lui fit commettre un faux mouvement et le moteur cala au changement de vitesse. Quand il parvint à ramener à la vie ce tas de ferraille crachotant, la créature frappait déjà à sa vitre. Sans réfléchir, il saisit son fusil et, prenant le plus de recul possible sur son siège, il tira. La vitre vola en éclats en crissant de dépit, et un débris particulièrement mécontent vint entailler la cheville du tireur.
    Mais si la douleur l’atteignit, elle fut comblée par l’exaltation qui le prit : la créature avait été touchée dans ce qui avait dû être sa tête, et il n’en restait qu’un tas épars et gélatineux. Que pouvait être cette chose ?   Ce n’était manifestement pas terrestre. Mais Randall se préoccupait surtout de savoir si la menace était écartée. Il fit un créneau malgré les supplications de son moteur grommelant, et s’engagea dans l’allée. C’est à ce moment qu’il eut sa réponse.
    Non, il n’était pas seul.
    Plusieurs créatures, semblables à celle qu’il avait occis précédemment, barraient le sentier qui rejoignait la route de campagne. Son premier réflexe fut d’appuyer sur l’accélérateur, dans l’espoir de se frayer un chemin au travers de ses ennemis, mais il abandonna cette idée. C’était dangereux, beaucoup trop hasardeux. Il ouvrit la portière, provoquant la chute des derniers morceaux de vitre cassée, et se précipita vers l’intérieur réconfortant de la ferme.
    Il eut à peine le temps de refermer la porte et de tirer le loquet. Mais, sans même reprendre son souffle, il parcourut en trombe les quatre pièces qui le séparaient du garage, et de la porte secondaire qui s’y trouvait. La serrure grinçante n’avait pas été utilisée depuis des lustres, et la clé résista. D’un coup sec, Randall parvint pourtant à faire jouer le mécanisme ;   à peine son geste était-il terminé que la poignée tourna, actionnée par une des créatures du dehors. La porte pourrait-elle résister ?  
    Affolé, il tomba en arrière et recula jusqu’au fond de la salle, le bas de son anorak produisant un frottement désagréable au contact du sol. Il heurta assez violemment le mur, et ce n’est qu’à cette occasion que son cerveau se remit à fonctionner. Les portes étaient bloquées, les volets étaient tous clos. Il était en sécurité. Non ?  
    Dans sa chambre. Il avait laissé le volet ouvert, c’était d’ailleurs ainsi qu’il avait aperçu pour la première fois cette maudite lumière. Il retraversa la maison, fronçant le nez devant une odeur inconnue, sans doute celle des créatures, grimpa avec célérité l’escalier de l’étage et gagna sa chambre. Sans un regard au dehors, il ouvrit, repoussa le battant du volet, referma. Et il ne bougea plus.
    Il était agité de tremblements incontrôlés, et il avait si peur qu’il était même incapable de s’en gausser. L’immonde lumière filtrait toujours, à travers les interstices du volet, et il ne put la supporter qu’un moment. Il finit par redescendre.
    L’odeur des extra-terrestres était plus entêtante maintenant. Et pourtant, il s’étonnait de cette senteur, qu’il connaissait déjà. C’était âcre, et certains souvenirs cherchaient à réapparaître, sans qu’il puisse réellement les situer. Ce n’est que lorsqu’il vit la lueur dans le vestibule qu’il revit sa grange, sa petite grange qui brûlait joyeusement dans la nuit. Et cette odeur qui lui prenait la gorge, qui lui avait donné une toux rauque pendant le nycthémère suivant, c’était bien celle-là. Ils avaient mis le feu à sa ferme !  
    Le vestibule était déjà trop atteint pour qu’il puisse espérer contenir le sinistre, aussi décida-t-il de tenter le tout pour le tout. Il se maudit de ne pas l’avoir fait dès le début, quand il était encore dans sa jeep. Mais l’illusion de protection que lui procurait sa ferme avait été la plus forte, pour son malheur. Il revint au garage, tourna la clé et passa la tête au dehors. Ils l’attendaient.
    Ils étaient quatre. Randall tenta de repousser le battant, mais l’un d’eux s’interposa pour l’en empêcher. Il fit volte-face et tenta de revenir en arrière, sans même penser à son Winchester, qu’il tenait toujours mollement par le bras, mais avant qu’il n’ait atteint le couloir, les aliens fondirent sur lui. Il fut percuté et s’affala sur le sol, l’arme lui échappant. Le choc fut rude, mais la juste crainte qu’il éprouvait le marquait bien plus. Il tenta de reprendre le fusil, mais il se trouvait hors de portée.
    Les quatre créatures l’entouraient, leurs visages inexpressifs braqués sur lui.
    Et des images se mirent à défiler dans l’esprit de Randall. Des images qu’il ne connaissait pas, qu’il ne comprenait pas. Du moins au début, car au fur et à mesure de cette procession, certaines images s’imbriquèrent, se raccordèrent, prirent un sens précis. Il imagina, sans trop savoir comment il en était capable, qu’il participait à la mémoire collective de ce peuple. Et cette vision l’éblouit. Tant de nouveautés, tant de précision, tant de différences… Et tant de paix. Tout cela était si supérieur à l’humanité… Et pourtant, il le voyait, et se sentait participant de ce phénomène, lui, simple humain. Etait-ce possible ?  
    Après tout, il n’y avait pas eu grand-chose de communément « possible » au cours de cette soirée, si bien qu’il décida de s’abandonner dans ces visions. Il apprit bien plus, durant ces quelques minutes, que durant 37 années cumulées, et il en ressentit du bonheur. Son corps était heureux, son âme était béate, son cerveau était satisfait. Il était d’ailleurs si satisfait qu’il le prouva avec exubérance en causant une majestueuse rupture d’anévrisme, qui fut létale en moins d’une minute. Randall s’effondra, le sourire aux lèvres. Il n’était pas prédisposé pour autant de connaissances.
    Le vaisseau repartit, la lumière s’envola. Un monde dont les créatures tiraient sans sommation sur les éclaireurs, qui venaient proposer alliance, ne méritait manifestement pas l’intérêt de la Confédération de Paix Galactique.
    Une manchette annonça, dans le journal local, la mort de Randall Kint, brave fermier un peu marginal, dans l’incendie de son domicile. L’enterrement réunit quatorze personnes, parmi lesquelles cinq n’avaient jamais entendu parler du personnage avant sa disparition.
    Il est à noter que parmi les neuf autres, il n’y en aurait eu aucun pour désapprouver l’attitude de Randall, s’il en avait eu connaissance – allons jusqu’à dire que le tir aurait été, dans ces circonstances, la réponse largement majoritaire.
    Je vois que vous comprenez aussi. Nous ne sommes pas prêts.




    Valà, valà. Bon, bah me reste plus qu´à m´attabler aux autres^^
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  • Spacebar Voir le profil de Spacebar
  • Posté le 27 mars 2005 à 09:36:11 Avertir un administrateur
  • Excellente initiative!
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  • Ostramus Voir le profil de Ostramus
  • Posté le 27 mars 2005 à 11:59:45 Avertir un administrateur
  • Tout les textes sont biens, bravo à tous !   Néanmoins je préfère celui de FFrules3
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  • Loveisgreat Voir le profil de Loveisgreat
  • Posté le 27 mars 2005 à 12:50:00 Avertir un administrateur
  • The_Big_Monarch a le meilleur texte pour moi, vraiment sublime
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  • Zachachariel Voir le profil de Zachachariel
  • Posté le 27 mars 2005 à 14:53:19 Avertir un administrateur
  • Je viens de lire le texte de Loveisgreat, je n´aurais plus qu´à lire celui de xbq et je pourrais faire un commentaire sur les trois =)
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  • Zachachariel Voir le profil de Zachachariel
  • Posté le 27 mars 2005 à 16:58:59 Avertir un administrateur
  • Je viens de lire le message de Loveisgreat : Merci beaucoup, ravi qu´il t´aie plu
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  • Loveisgreat Voir le profil de Loveisgreat
  • Posté le 27 mars 2005 à 17:42:30 Avertir un administrateur
  • J´avais meme pas compris que Zachachariel était The Big Monarch

    C´est moi qui te remercie pour une écriture vraiment réussie, et vraiment plaisante a lire. Ta conclusion est la meilleure en plus, vraiment bravo
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  • FFrules3 Voir le profil de FFrules3
  • Posté le 30 mars 2005 à 14:06:20 Avertir un administrateur
  • C´est vraiment intéressant de voir plusieurs auteurs sur le même sujet. On a différent styles et formes de texte. Vraiment très intéressant.
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  • Loveisgreat Voir le profil de Loveisgreat
  • Posté le 30 mars 2005 à 17:23:17 Avertir un administrateur
  • Je crois que j´ai été le plus éloigné des autres dans le style^^
    Un peu HS, mais bon, je me voyais mal changer ma facon d´écrire
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  • ClarenceSeedorf Voir le profil de ClarenceSeedorf
  • Posté le 30 mars 2005 à 17:36:51 Avertir un administrateur
  • j´ai lu les textes de Love et The Big Monarch.

    Je ne vais pas mentir en disant que j´ai trouvé un cran au dessus celui de Monarch. j´ai trouvé son texte poètique, naif, magnifique, et une fin qui casse la poèsie mais très sympa, j´ai beaucoup apprécié ce texte.

    Pour Love, je toruve bizarre que le mec alors qu´il est poursuivi par un alien arrive à écrire,en plus à la fin avec deux doigts en moins lol néanmoins j´ai trouvé que la psychologie du perso était très bien développée et que l´écriture était fluide

    Bravo .  
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