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Entoxya
- Posté le
12 juin 2011 à 20:56:26

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Tout ce qui se trouve entre / est censé être barré dans la nouvelle. Sachez que normalement, elle a été écrite sur OpenOffice avec une écriture faisant penser à une écriture manuscrite, pour vraiment se mettre dans l'ambiance d'un journal intime, sans les formules du style “mon cher journal”. Bonne lecture.
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11 novembre 2004,
Quelques flocons de neige sont tombés aujourd'hui, au même moment de leur septième visite. Je ne sais toujours pas ce qu'elles me veulent, mais leur présence est très, très agréable... Ma femme ne sait rien de tout ça, et elle ne le saura jamais.
14 novembre 2004,
Je n'arrive pas à dormir... J'ai fait l'amour avec ma femme, encore, et je ne dors plus. Lors de l'acte, elle m'a susurré quelque chose à l'oreille, et ça m'a rappelé certaines de leurs paroles... Je suis alors sorti du lit, et mes yeux ont refusé de se fermer. J'ai mal à la tête, j'ai chaud... Je n'arrive pas à dormir ! Je suis pourtant fatigué...
17 novembre 2004,
Tempête finie, je reprends. Je ne compte plus... Elles m'ont dit de ne pas m'en faire, que tôt ou tard, mon talent serait reconnu de tous. C'est évident, j'ai du talent. Personne, je dis bien personne n'est supérieur à moi. Peut-être suis-je trop timide – c'est impossible –, ou peut-être mon talent est tellement puissant que je n'ose pas le montrer pour ne pas trop impressionner les autres... Oui, c'est sans doute ça. Évidemment.
19 novembre 2004,
J'aimerais tourner dans un film. Pourquoi /ces putains de/ foutus réalisateurs ne veulent pas de moi ? Je ne leur volerai pas la vedette, il faut tout de même laisser un peu de place aux autres ! Je suis le meilleur, OK, mais je ne suis pas un salaud. /Qu'ils aillent au diable./
20 novembre 2004,
Mes deux enfants, Hugo et Louis, sont mes deux petits anges, rien qu'à moi. Rien qu'à moi... Je suis leur modèle, je le sais. Ils m'aiment tellement... Ils sont tout pour moi, et je suis tout pour eux. Je sais tout ça car elles me l'ont dit.
23 novembre 2004,
Il y a déjà des publicités pour les fêtes de fin d'année. C'est pathétique... Ces fêtes n'ont plus aucun sens depuis des années, si ce n'est claquer de l'argent dans des objets plus inutiles les uns que les autres... Je hais ces fêtes. Noël se meurt.
27 novembre 2004,
Oh, je me rends compte que je n'ai pas dit en quoi consistait mon talent... ! Quelle tête-en-l'air je fais parfois, mais c'est ce qui fait tout mon charme, n'est-ce pas ? Si... Et bien, pour faire court, je suis tout simplement le meilleur acteur que le monde n'ait jamais connu. Si si. Mais je n'ai pour le moment jamais tourné dans un film... Et ce n'est pas faute d'avoir essayé. Non mais sans déconner, pour qui ils se prennent de me refuser comme ça, hein ?! Ils ne voient pas le talent que j'ai ?! C'est insensé...
28 novembre 2004,
Cet après-midi, je vais passer une audition devant un réalisateur talentueux. S'il me refuse, je pourrais très facilement m'énerver...
/29 novembre 2004,
Je ne me sens pas très bien... Je crois qu'il est mort... La dernière fois que je l'ai vu, il-- Oui, il est mort. Je le sais... Je le sens./
1er décembre 2004,
Non, il l'a mérité. Bien sûr qu'il l'a mérité ! J'étais en train de pleurer dans ma chambre, et elles sont arrivées. Elles m'ont dit que j'avais bien fait, qu'il avait reçu la correction qu'il devait recevoir... Ouais, c'est sûr. Je J'étais en train de jouer une scène devant lui, pour qu'il se rende compte de mon talent et /ce fils de pute/ il a baillé... Il a baillé ! Je me suis rué sur lui et je lui ai fendu le crâne contre le sol. Sa putain d'assistante a hurlé et j'ai dû lui briser le cou. J'ai fait ça inconsciemment ! J'ai l'impression de n'avoir rien vécu entre mon audition et mon double meurtre, d'être immergé à plusieurs kilomètres... Puis cette nouvelle forme de jouissance, de contrôle des autres, m'a fait frétiller de haut en bas ! Mais ce qui est fait est fait, et je ne regrette en rien mon geste. Leurs corps sont dans le coffre de ma voiture. Des mouches volent par là... Je jetterai leurs cadavres cette nuit au fond d'une fosse... Oui.
8 décembre 2004,
Les cadavres de ces deux idiots pourrissent au fond d'une fosse depuis une semaine dans le désert d'Arrid. Juste après avoir fini de les enterrer, elles sont venues vers moi et m'ont félicité. Pourtant, je me suis laissé tomber par terre et j'ai pleuré... Et elles ont hurlé. J'ai eu si peur ! Elles m'ont ordonné de me relever, de sécher mes larmes et de garder la tête haute. Elles m'ont délicatement murmuré à l'oreille que c'était mon destin, et que d'autres personnes devaient mourir parce qu'elles me faisaient de l'ombre... Dois-je faire ce qu'elles m'ont dit de faire ? Je pense que oui.
9 décembre 2004,
Ce matin, mes enfants ont sauté sur moi pour me dire ce qu'ils voulaient pour Noël. J'ai pris Hugo et je l'ai giflé. Il est parti en pleurant, comme Louis, que je n'avais même pas touché. S'ils veulent des cadeaux, qu'ils aillent voir leur mère, j'ai un destin à accomplir, merde.
12 décembre 2004,
Je viens de tuer un acteur porno. Ce n'est pas dans ce milieu que je veux travailler, loin de là, vu mon talent – pourquoi le gâcher en faisant « ça » ? –, mais elles m'ont conseillé de l'éliminer, elles me guident, donc j'accomplis leurs missions, de la manière la plus simple qui soit.
13 décembre 2004,
Je me suis réveillé en pleine nuit, couvert de sueur. Je suis allé au salon et j'ai bu un verre de whisky – il était trois heures du matin. Au lieu de me parler comme elles font d'habitude, elles se sont immiscées dans l'un de mes rêves... Dans ce rêve, je tuais le plus grand réalisateur au monde, celui que je respecte au plus haut point... Dois-je vraiment le tuer ? Sûrement... Après-demain, il va passer dans la ville pour promouvoir son nouveau film, et je le tuerai. C'est comme ça. Je vais devenir célèbre...
15 décembre 2004,
Le réalisateur a croisé mon regard aujourd'hui. Il m'a souri et a jeté un bref coup d'œil vers ma main, qui était dans la poche de mon imperméable – il pleuvait. Je tenais fermement mon pistolet, chargé. J'étais prêt à tirer, le faire passer de vie à trépas..., et je n'ai rien fait. Foutrement rien. Ce soir, il passe la nuit dans l'hôtel Light Sleep, et je dois absolument rectifier mon erreur. Il va mourir... Il doit mourir.
16 décembre 2004,
Au bout d'un bon quart d'heure, j'ai pu réussir à forcer le verrou de la porte qui se trouvait à l'arrière de l'hôtel, qui donne sur une ruelle puante... J'y suis entré et j'ai monté quatre à quatre les marches du long escalier puis je me suis arrêté : je ne savais pas le numéro de la chambre de ma cible. Donc je suis redescendu et je me suis retrouvé dans le hall principal de l'hôtel. J'ai avancé tout doucement, dans l'ombre, caché derrière des poteaux, des plantes..., et je suis tombé en face du registre. Je l'ai feuilleté rapidement, ne voulant pas être repéré par l'un des vigiles qui surveillaient l'entrée de l'hôtel, et j'ai pu trouver l'endroit où dormait ma proie. Je suis retourné aux escaliers, j'ai arpenté le long couloir et ai défoncé sa porte après avoir assommé le vigile qui la surveillait. J'ai allumé la lumière et je l'ai vu se réveiller... Il a lentement levé les mains, la mâchoire tremblante... Ses cheveux blancs, ses rides et ses petits yeux rouges témoignaient de sa grande vieillesse. Tue-le, allez..., m'ont-elles dit. Et j'ai tiré une balle dans son crâne, puis je suis parti, laissant la flaque de sang s'étaler sur le sol, comme l'ouverture des ailes d'un ange...
17 décembre 2004,
Ce matin en me levant, j'ai eu la merveilleuse surprise de voir ma tronche aux informations. Les caméras de sécurité de l'hôtel m'ont eu... On--
19 décembre 2004,
Deux jours plus tôt, alors que j'écrivais sur ce journal, des policiers sont subitement rentrés chez moi. J'ai eu le temps de fuir avec seulement mon journal et mon pistolet, qui contient cinq balles. Ma femme et mes fils sont, je pense, au courant de la situation... Je suis devenu un meurtrier à leurs yeux, c'est certain.
20 décembre 2004,
Les voix ne me parlent plus désormais. Ai-je fait quelque chose qu'il ne fallait pas ? Non, c'est impossible... Je suis leurs ordres à la lettre, tout marche comme prévu... /Mon avenir sera glorieux./ Je suis en ce moment-même sous un porche pourri, dans un coin de la ville dont jamais je n'aurai pensé mettre les pieds... Il neige, j'ai froid, et mon destin n'est pas accompli...
21 décembre 2004,
Les voix sont revenues cette nuit. Elles ont désigné ma dernière cible, ou plutôt mes dernières cibles. Je ne sais pas pourquoi je dois faire ça mais au fond, je pense avoir une petite idée... Je ferai ça le jour de Noël. Ce sera leurs cadeaux, oui.
22 décembre 2004,
Ma maison est sous surveillance policière, au cas où j'essaierais de prendre contact avec ma femme. Je l'ai vue de loin, dans la cuisine, et elle pleurait... Je m'en veux terriblement de lui faire subir ça mais je n'ai pas le choix. Le monde doit découvrir mon talent... Le monde doit découvrir qui je suis... Je suis l'âme, le talent et la conscience de Jack.
23 décembre 2004,
Dans le cinéma, il y a trois sortes de fins : la fin heureuse, où tout le monde s'aime, baise et se marie dans la joie et la bonne humeur ; la fin triste, où le héros ou l'un de ses proches a souvent tendance à mourir, où le spectateur a souvent tendance à chialer... ; et la fin ouverte, où pendant le générique de fin du film, on se pose énormément de questions, des questions convenues et tellement banales..., ou bien alors, la fin se termine subitement mais on sait tout de même ce qui arrive au(x) personnage(s) ! J'aime bien ce genre de fin... Je vous parle de ça car le cinéma m'intéresse beaucoup, vous le savez, et que si un jour je tourne dans un film – assurément –, je veux ce genre de fin.
24 décembre 2004,
Mes mains sont congelées, mon corps frigorifié. J'écris sur ce putain de journal, installé dans une vieille grange en face de ma maison. Dans quelques heures, les cloches de l'église sonneront, et ma gloire dans toute son apogée prendra forme dès lors où j'aurai fait ce qui doit être fait. Elles m'ont encouragé une dernière fois... Je suis prêt. Les cloches sonnent.
25 décembre 2004,
Je suis rentré dans ma maison par la porte de derrière, après avoir vérifié que les policiers incompétents chargés de la surveillance de ma maison dormaient. Au moment où je suis en train d'écrire, ma femme, les joues ruisselantes de larmes, est assise en face de moi, pieds et poings liés. Nos enfants dorment à ses pieds, baignant dans une douce flaque rougeâtre... Il ne me reste plus que trois balles dans le chargeur de mon pistolet. Elle me regarde, choquée. Ah, l'amour... Pourquoi n'y avais-je pas pensé plus tôt ? Elles m'ont ouvert les yeux. Un homme plein d'ambition doit couper les ponts avec ses proches de la manière la plus radicale qui soit. Ils y pensent, mais ils ne franchissent jamais la limite qui les sépare du “meurtre”. Et bien moi, je la franchis. Il ne me reste plus qu'une seule balle dans mon arme. J'ai accompli ma destinée, et je dois à présent fu-- On toque à la porte... Les coups de feux ont alerté les autres policiers. Je me cache derrière le fauteuil. Quand ils rentreront, je leur tirerai dessus avec la seule balle que j'ai. Ils-- J'ai préféré monter à l'étage, dans la chambre de mes fils... Mon talent va enfin s'épanouir, cette nuit. Les yeux des enfants s'illumineront, les mains des femmes deviendront moites, les sourcils des hommes se lèveront... Ils montent les escaliers. Destin, me voici.
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iDEY
- Posté via mobile le
12 juin 2011 à 21:13:26

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Trop bien !
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Pinkyflue
- Posté le
13 juin 2011 à 16:31:10

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Mon Dieu, c'est tout simplement génial!!! Déjà, j'adore ce genre de présentation. J'adore tout en fait, l'écriture, la présentation (comme je l'ai dit), tout! C'est magique, c'est génial, quand l'histoire du tueur commence. OUAW!!! Je ne peux rien dire d'autre, je suis scotché, t'es sur que t'as que 15 ans? Parce que, j'ai presque le même âge et même ma soeur de 17 ans écrit pas comme ça. Maintenant, je pense que l'écriture n'est pas quelque chose qui dépend de l'âge - sauf à certains moments - mais de la personne en elle même. OUAW
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Entoxya
- Posté le
13 juin 2011 à 16:48:48

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Merci beaucoup pour ton commentaire Pinkyflue, ça me fait rudement plaisir.
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Pinkyflue
- Posté le
13 juin 2011 à 17:06:00

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De rien! je ne vais pas dire que c'est ridicule alors que c'est génial! C'est un peu débile, d'autant plus que ça ne fait pas plaisir aux gens! si je n'aime pas quelque chose, je préfère ne rien écrire!
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Blina
- Posté le
13 juin 2011 à 17:15:22

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Un récit convenu et un procédé déjà souvent exploité, mais le tout est bien maîtrisé et franchement, malgré des maladresses et des conventions déjà usitées (l'interruption des phrases, la progression vers la folie, en brouillant les référents des pronoms "elles", "il", etc.) la nouvelle fait mouche. Comme exercice de rédaction scolaire, "à la manière de", type nouvelle policière, ça se défend bien. Je t'attends sur d'autres genres, jeune homme
!
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FandeDQ4
- Posté le
13 juin 2011 à 19:27:20

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Bon malheureusement avec de lire j'ai vu les premiers commentaires... Et ainsi je m'attendais à quelque chose de bien.
Sur le principe c'est bien bien sûr, bonne évolution, avec les voies etc
Mais déjà la fin (même si je m'y attendais) je n'y crois pas trop... Fou ou pas tu montres le 22 décembre qu'il est triste de voir sa femme comme ça et il la torture le 25.
Pourtant le sujet de la folie m'intéresse énormément aussi, mais là je dirais que c'est assez cliché...
Même si le style rapide est bien je trouve néanmoins ton texte trop court.
Il y a une évolution mais dès le début finalement ça commence "mal", on voit que la descente, ça me déplait...
Non franchement je reste circonspect, bien sûr c'est lisible et pas mal, mais j'en ressors assez déçu.
Surtout que comme je l'ai dit le domaine de la folie me passionne beaucoup je serais presque tenté de dire que ton écrit est l'archétype de ce qu'il ne fallait pas faire...
Mais le côté journal intime rattrape un peu, le style est bien, ça reste quand même pas mal.
Peut-être sur un texte plus grand et une histoire plus "construite" je pourrais mieux te juger...
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Sujet : « [Nouvelle] Le journal d'un acteur déchu. »