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Sujet : « Théotokon »

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  • UberLamm Voir le profil de UberLamm
  • Posté le 2 mai 2011 à 01:22:26 Avertir un administrateur
  • Oh si, j'ai menti! Par trois fois je me suis jeté aux pieds d'une Impératrice, et Seigneur! à chaque fois mon coeur tressaillait au mépris rieur qu'elle me murmurait! Et je fuyais ses yeux, ses grands yeux noirs, espiègles comme la Mort! Et mon coeur! Mon coeur! Carnage! La chair brûle! Les âmes hurlent! Le sang fuit en torrents! Là haut, milles brisures sillonnent les cieux cristallins, et des flots de larmes en coulent, se répandant lentement sur les corps brûlés, comme autant d'onctions délicates longuement dispensées d'une main maternelle ... Aimable mère qui nous prodigues tant de gentilles douceurs, que te trahissons-nous pour rechercher la volupté des lits incendiaires? Quelle charme nous fait fuir paix et foyer pour courir après de sataniques mirages parfumés? Traîtres et débauchés de nous! Que le Diable nous emporte tous! Loin des yeux maternels dont nous sommes indignes! Loin de ses yeux, loin de ses yeux!

    Ah! Ma vieille, ma pauvre vielle ... sais-tu ce qu'elle me disait? Qu'il fallait pleurer, pleurer toute sa vie et laisser les larmes laver ses souillures ... Ignorante et sainte mère ... Moi, en ce qui me concerne, je ne verse aucune larme. Je contiens tout, je ravale. Et quand viendra le jour Dernier, quand je serai présenté à Dieu, nu comme un ver, suspendu à son Jugement, et bien je relâcherai tout! Façon barrage voûte qui craque! Même le Vieux fermera sa gueule après ça!

    Quel chaos. Elle savait parfaitement ce qu'il fallait. Travailler la terre et entretenir une aimable famille. Voilà, il semblerait que ce soit le comble du bonheur. Mais maman m'a-t elle seulement vu? Moi? Engendrer de la marmaille? Ah oui! Et toi, ne crois-tu pas qu'on devrait plutôt couper ma race à la racine? Empêcher par tous les moyens des cinglés de mon genre de se reproduire, d'envenimer la terre de leurs sornettes insensées?
    Ah!Ah! Aimable! Elle voulait aussi me faire artiste! Je chantais bien quand j'étais gosse. Un petit sifflement d'ange, résonnant du ciel à la foire du village. Même que je jouais aussi du piano - j'en ai toujours un d'ailleurs. Mais maintenant! Maintenant! Franchement! M'y lancerai-je? Hurelerai-je mes peines à toute une gueusaille arrogante, qui prendra mes Lieder, les mettra en laisse, et les promènera devant les putains de son bordel favori? Oh oui, oui! c'est tout ce qu'ils valent! Je me vois déjà présenté à eux, avec ma sale grosse voix éraillée, mon Pleyel en ruine, mon phrasé pataud de gueux n'ayant jamaus su se départir de son accent lorrain! Je me sens déjà conquérir les coeurs, toute l'humanité! Et ma dégaine de cadavre! Et mon regard! Tantôt hâve, tantôt hystérique! Admets, y'a de quoi séduire!
    On me mettra entre Booba et Madonna, on m'invitera pour la bouffonerie! "Amis, regardez donc ce goliard puant!Là, tout sot qu'il est, à nous présenter son grand front labouré par le souci! Squellettique, lui qui nous martèle son piano le dos courbé de vingt ans de chagrin! A moitié dans la tombe, lui qui nous braille éploré les délices de la vie! Vraiment, c'est un amusement sans fin que de le voir épancher sa gloire comme une sudation, lui qui se voudrait Christ, et qui ne vaut même pas le clou pour le crucifier!"
    Voilà ce qu'ils diraient, pendant mon entracte! Et ils riraient fort! Comme des bêtes! Au moins aurais-je assuré le spectacle!
    Mais faut pas se leurrer. L'amusement passé, il me dégageraient tous à coups de pompe dans le cul. Voilà. Et eux retourneraient déhancher leur gros derche au son de leur tam-tam électronique, et moi j'errerais à nouveau par la nuit glaciale. Et ils jouiraient tous les uns sur les autres, et s'endormiraient avec le visage paisible de l'âme dévidée, et moi, moi, brisé, je n'aurai plus qu'à chanter mes sales comptines sanglantes à ma meilleure amie! La souveraine broderie des lamentations nocturnes!
    Cela dit, ils ont pas tort. C'est que le comble de la jouissance pour moi, ce serait quand même de me faire clouer les membres, comme le Christ! Qu'on me crache dessus, qu'on me déchire la barbaque à coups de sarisses! Eh, quoi! Je veux qu'on me persécute! Moi aussi je veux finir sur la croix! Le christ avait son amour des enfants de Dieu, eh bien moi j'aurai la haine de ma carcasse! Le Ier et le XXIème siècle personnifiés, avec moi dans le rôle du gueux dégénéré! Le blanc et le noir, le ciel et la caverne, la gemme et la rocaille! Et entre, le mince trait tout cabossé de vingt siècles d'humanité! Pas plus! Ca diapre pas, la cité céleste!
    Mais voilà! C'est bandant, mais c'est pas des plus réalisables! M'étonnerais que je fasse Christ, même pas saint! Je pourrais pas. Faut dire à ma décharge que c'est pas branlé comme nous, un saint. C'est pas la même barbaque, d'ailleurs c'est même plus de la barbaque, c'est juste un automate divin, tout fait d'acier, veiné d'or, glacé par l'air des nues, avec en guise de coeur un crucifix planté dans l'estomac! Les saints, c'est le bon Père qui est au cieux qui nous les envoie pour nous narguer, histoire de bien nous rappeler comme on est poussière, comme notre chair est brûlante, comme notre entendement est désespérément inassouvi - des fois qu'on l'oublie! C'est qu'il les cultive bien, ses larmes, le Vieux! Un saint est une machine à semer les pleurs, voilà tout. Voilà tout le problème. Car, moi, honnêtement, quels pleurs tirerait ma crucifiction de mes contemporains?


    Aucun. Pas de pleurs pour moi, j'en mérite pas. Ma vieille mère, sais-tu ce qu'elle me disait? Qu'il fallait pleurer, pleurer toute sa vie et laisser les larmes laver ses souillures, purifier ses rotures, noyer ses péchés! Ignorante et sainte mère! Bah, moi, en ce qui me concerne, je ne verse aucune larme! Pas la moindre! Je contiens tout, je ravale tout, jusqu'à la dernière goutte! Et quand viendra le jour Dernier, quand je serai jeté devant Dieu, nu comme un ver, suspendu à son Jugement, et bien je relâcherai tout! Façon barrage voûte qui craque! Même le Vieux fermera sa gueule après ça!

    Mais revenons-en à l'essentiel. Les reines, les gueuses et les ribaudes, bref, celles qui déterminent réellement la valeur de nos vies. D'ailleurs, sais-tu que mon existence entière n'a pris lieu que dans six yeux féminins? Deux bleus célestes, deux verts d'absinthe, deux noirs caverne. Mon enfance, mon adolescence, et ce que je suis. Quelle cruauté! Ce qui est marrant, c'est qu'on m'a longtemps soupçonné de faire partie du bataillon sacré, le thébain. Du reste y'a pas besoin d'être grand clerc pour le constater. Je ne sais aimer les femmes que trop grandement pour être proprement hétérosexuel. Tiens, me croirais-tu si je te disais que j'ai volontairement brisé une pauvre petite vierge blonde qui s'était éprise de moi, et ce dans le seul but de contempler, ô beauté! mille petites larmes amères lécher sa joue mignonne? Le mâle conforme à la Dieu et la Nature, ne l'aurait il pas plutôt enserrée de ses bras forts, ne l'aurait-il pas plutôt ensemencée au son langoureux de mille serments d'amour? Il y a clairement quelque chose de dissonant chez moi. XXIème oblige, mon pauvre coeur ne peut que brailler du Webern à tue tête, quand il n'aurait rien voulu d'autre que glisser les doux accents d'un madrigal élisabéthain dans une petite oreille amoureuse ... Mais il ne peut pas. C'est aussi simple que ça! Je suis dissonnant, contre-nature! Je sais pourquoi! Mon coeur est aride comme le Sinaï! Mes oreilles obstruées par le bourdon du Félon -lui même! et ma langue empâtée dans la bouche de la ribaude trismégiste! Gare à elle! Ses deux fourches me grilleront la gueule bien assez tôt! Et le Verbe scellé jusqu'à la purification, et l'âme putrescente confinée jusqu'à la rédemption! Mais voilà! Quand mon suzerain Dieu m'adouba homme, j'ai prêté serment de ne rechercher que le Christ et l'amour! Alors pas encore, pas encore - J'ai juste quelques comptes à régler, ami fourchu! Après je viens, et je vous embrasserai la gueule, vous lécherai les crocs, boirai votre haleine sulfurée! Eh! Entends ce qui suit! Crains donc! Plus tard! - Jamais!



    Notre vie est une vallée de larmes, et le temps ne coule que pour la cultiver. Il nous sema dans la ventres de nos mère, et nous sommes tous nés dans le torent de leurs souffrance, et lorsque nous fûmes rejetés du ventre protecteur, nous hurlâmes tous notre douleur d'être amenés à l'existence! Sages de nous! Notre amour s'épanche en doux filets cristallins! Notre haine tombe en solides herses orageuses! Nos regrets nous enserrent aussi lâches et mordants qu'une bruine d'automne! Et nous mourons tous dans le baptistère débordant de nos larmes amères!
    Ces milles myriades de vies souffrantes coulent lentement vers le champ. Ils l'inondent, le fertilise, et le nourrissent de mort. La douleur croît, mûrit, et bientôt, sera prête! Le champs frémira sous l'onde d'un orage nouveau, paraissant à l'horizon. Le point final, sous l'apparence de quatre cavaliers crépusculaires, accourera. Leur tête sera sans visage, leur poitrine délabrée, et au travers luira l'étoile d'un coeur mort et blafard, surmonté d'une croix. Bientôt les sept trompettes sonneront les moissons, et les cavaliers courront par les champs, tirant dans leur sillage la couverture d'une nuit sans étoiles. Ils faucheront toutes les larmes; et Dieu les prendra de ses mains, Dieu les contemplera de son amour infini, et, le Jour Dernier, les distillera en une huile nouvelle et féconde. L'essence qu'il en tirera n'aura qu'un nom: Beauté. Et, sache le! elle lui sera supérieure. Gloire! Le vieux démiurge s'incline devant sa fille parée de toutes les souffrances, et il la fait Reine, pour les siècles des siècles! Allélulia! Inclinons-nous devant la Dauphine! Nous l'ignorions, mais nous ne fûmes là que pour préparer la succession de Dieu! Alléluia! Mère, contemple ton fils, car ton souhait s'est accomplie! Il bêche, il travaille la terre, et il entretient une aimable famille! Alléluia! Réjouis toi, mère! Alléluia! Alléluia! ... Alléluia! ...

    Ah, ma vieille, ma pauvre vielle! Sais-tu ce qu'elle me disait? Qu'il fallait pleurer, pleurer toute sa vie et laisser les larmes laver ses souillures ... Ignorante et sainte mère! Moi, en ce qui me concerne, je ne verse aucune larme. Je contiens tout, je ravale. Et quand viendra le jour Dernier, quand je serai présenté à Dieu, nu comme un ver, suspendu à son Jugement, et bien je m'ouvrirai, j'arracherai mon coeur le sourire aux lèvres et l'offrirai au Démiurge, grand est son dessein! Et la joie m'emplira quand sa petite fille sera couronnée, car elle promènera son regard bleu et humide sur nos âmes, et toutes refleuriront, et Beauté! je verrai accroché à son cou, parmi milles autres, mon coeur saisi dans une châsse ensoleillée, tout reluisant de longs et pâles filets cristallins!




    Bref. Moi, là, je m'en vais vais dormir. Depuis ce midi, y'a une jolie mâtine qui me casse la tête avec ses yeux délavés. J'ai l'impression que mes nerfs vont pas tarder à se rompre. Et merde! J'ai le bide qui fermente! Pas saine cette affaire!

    M'en vais demander conseil à Morphée.
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  • Kapellsaffe Voir le profil de Kapellsaffe
  • Posté le 4 juin 2011 à 03:06:00 Avertir un administrateur
  • Notre danseuse! Qui étalait l'ombre voluptueuse de sa jambe nue sur nos coeurs brûlés! Les revigorant de milles jeunesses lascivement prodiguées! Ah, qu'a-t-on fait de vous, sainte rédemptrice! Qui vous laissait souriante à nous prendre en pitié! Tous hâves et gueux, harassés du labeur et de l'existence, trouvions dans votre chair tendresse, beauté et réconfort, et pourtant! si vous saviez! ce que sortis de votre boudoir sanctifié nous murmurions perfidement, piques veules et délétères, crachats velléitaires, toutes laideurs bien gardées de votre vue "Putain! Esclave! Vénale!" Las. Douce prostituée des meurtris, certes non ne méritiez pareil traitement, mais l'on devait! Aimable, Dieu lui-même vous répudiait! La jambe qui passait et repassait sur nos coeurs appesantis, nulle beauté a-t-il dit, nulle beauté, eh donc! Après tout fichue putain, souffre donc que l'on te crucifie! Qu'on te lacère un peu la chair - maintenant!
    Nous vînmes en meute à votre retraite, mi-hagards mi-alertes, tant défaits qu'énervés par le joli de mois de mai. Roses, violettes et bleuets parsemaient le chemin, et au bout vous teniez-vous, lys et myosotis diaprant le gazon, cheveux blonds éperdus sur votre épaule nue, et le joli mois de mai tendant sa lumière d'or à vos yeux humides! Nous vînmes par le chemin, mi-défaits mi-alertes, et vous trouvâmes, et vous nous vîtes, et un sourire mignon s'échancra sur votre petite figure, douce et gentille figure, sainte beauté envoyée sur terre!
    Le grand-prêtre dit: "Cette femme est du Diable" Et milles coeurs soulevèrent frénétiques "Oui, cette femme est du Diable!" Et le soleil monta au zénith, ardeur de mai! Le soleil écrasait nos faces! Brûlure du printemps! Les tempes battaient chaudes, nous approchâmes, frénétiques et brûlants, le coeur soulevé, assourdi d'un hurlement céleste qui déchire les entrailles! Vrillés! Tordus! Approchâmes ...
    Et vous, douce, vous tendiez votre bras blanc, et votre main molle pendait amicalement dans l'azur. Le sourire doux s'agrandissait, et de vos petites dents s'échappait un sifflement d'ange, joli bonjour adressé à tous les coeurs ... aimée! Hurlez donc! Car l'on vous caillasse! Vous écrase la gueule! Mille hurlements, aimée, vous déchire le sein! Vous fiche la chair en compote, massacrée, rougie, le sang, mordîmes même! Cinglée, ô beauté, fichue cinglée de vous! Ainsi que l'on vous purifie, Marie-Madeleine, compagne du Christ, envoyée à toute l'humanité pour toutes les rotures! Ainsi que l'on vous crucifie! Nos clous et nos lance! Ainsi! Passons, repassons! Purifiée, en miettes, et l'on se repaît, l'on bénit, l'on nettoie, l'on lave ... plus de souillures ... et le gazon reverdit ... et le myosotis penche un peu ...

    Si toute trace de l'acte disparut de la terre et de nos consciences, il subsista dans nos coeurs le mordant souvenir de votre sein, et un lâche remord, indistinct comme les bruines d'automnes, enserra notre gorge à chaque retour du printemps. Car si notre esprit ne vous connaît plus guère, si nulle tombe ne marque votre passage ici bas, il arrive cependant qu'au doux soleil de mai, quand le vent murmure aux prés les souvenirs d'amours passés, quand les arbres se penchent bienveillants sur l'humanité qui s'ébat, il arrive que votre main revienne toucher la nôtre, doucement la caresser et jouer de nos doigts, et sachez qu'alors, alors, le pleur coule à flots de nos vieux coeurs arides, et qu'il s'épand en longs fils d'argent sur la petite main que nos lèvres baisent ...
    Tas de porcs. Qu'avons nous fait?
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