Les forums de JeuxVideo.com Taille normale Grande taille

Forum : Ecriture

Ajouter ce forum à mes forums préférés Ajouter ce forum à mes forums préférés

Sujet : « Demain, rien n'aura changé »

Créer un nouveau sujet   Liste des sujets
Alerte mail  Répondre  Rafraichir
  • PremierSinistre Voir le profil de PremierSinistre
  • Posté le 28 avril 2011 à 23:44:30 Avertir un administrateur
  • Salut à tous :)

    Voilà un petit moment que j'ai envie de poster quelque
    chose ici. Alors... voici !

    *roulements de tambour*

    ...

    *public qui tousse*

    ...

    Le rideau se lève




    --------------------------------------------------
    ------


    Matthieu a 16 ans. Il est en cours de français, mais n'écoute plus les paroles de son professeur.
    Le regard perdu dans le ciel, il fixe à travers la fenêtre le vol d'un groupe d'hirondelles qui dessine le visage d'une fille.
    Elle s'appelle Marie. Un nom comme un autre, mais qui aujourd'hui lui semble le plus beau de tous.

    Ce matin, Matthieu a fait la connaissance de cette fille. Une amie de son meilleur ami. Banal.
    Elle est belle. Mais pas cette beauté qu'on trouve dans les magazines, ou qui s'est imposée dans les couloirs du lycée. Pas cette beauté qu'on envie, qu'on jalouse car elle appartient à ceux qui ne la méritent pas. Cette beauté la est universelle, tout le monde la voit, tout le monde la veux, elle n'a aucun intérêt.

    Quand Matthieu a vu Marie, son coeur s'est mit à battre, il ne metrisait plus l'expression de son regard, de son corps tout entier. Toute la beauté de la vie était là, devant lui. Cette vraie beauté, celle qui est inconcevable, inexpliquable, celle que tout le monde ne voit pas, celle qui, dans ce qu'elle nous procure comme joie, à nous et à nous seuls, nous appartient.

    Ce que Matthieu voyait en Marie, il était le seul à le voir. Un seul être, à ce moment précis, pensait à elle de cette façon, il en était certain, et c'était lui. C'était trop intense. Trop unique pour être partagé.
    Lui et elle, rien d'autre.

    Il lui a plu. Il en etait persuadé. Il a toujours charmé les filles, mais sans le vouloir plus que ça.
    Il savait très bien quand l'une d'elles s'intéressait à lui, et en souriait, car c'était un sentiment
    très agréable. Mais aujourd'hui, tout est différent. Toutes les certitudes, mais tous les doutes aussi, se sont envolés. Comme si il avait fait la connaissance d'un être qui boulverse tout. Ce pour quoi on se bat,
    ce qu'on pense faire plus tard, ce qu'on pense aimer, et ce qu'on pense être, plus rien de tout ça n'est certain.

    Aujourd'hui il n'est plus rien. Il n'est plus rien sans son regard.

    Marie... Marie... Marie... Marie...

    Le professeur de français l'a sorti de ses songes, et l'a mis en garde. "Tu es ici pour suivre tes cours, et écouter ce qu'on s'attarde à t'enseigner".

    Mattieu sourit. Il sait très bien où il est. Il sait pourquoi il y est. Et il sait qu'il est là, à cet instant
    précis, pour apprendre comme jamais il ne l'a fait.

    Car aujourd'hui, un nouveau chapitre s'est invité au livre de sa vie.
    Il est intitulé : "Marie".




    3 Aout 1974. 00:52

    Ils sont enlacés, sous les draps, sans rien dire. Depuis des heures, ils s'embrassent délicatement et se carressent. Ils s'aiment et s'aggripent l'un à l'autre, sans se lacher un seul instant, de peur de se perdre.

    De temps à autres, leur etreinte se resserre, comme pour dire "Je suis toujours là, je t'aime toujours autant, et je ne veux pas que tu t'en ailles".

    Ils savent chacun que l'autre l'aime, que demain rien n'aura changé. Mais si il y a une chance, même infime,
    que la vie leur reprenne cet amour qu'elle leur a offert, qui les a délivrés, il ne s'en reléveront pas.

    Alors ils se ressèrent. Toujours plus fort.
    Et sous les draps, leurs mains sont enlacées. Leurs doigts entremélés se carrèssent, et de leur danse expriment
    l'amour profond de deux adolescents.




    14 Octobre 1975


    Matthieu se réveille. C'est son anniversaire aujourd'hui. 19 ans.

    Marie...

    Il a gagné un an.
    Mais il pleure.
    Il a perdu ses membres. Plus de bras, plus de jambes.
    Plus rien.
    Hier encore il était un homme, aujourd'hui il n'est qu'un monstre.

    Non, il n'a pas bu la veille et n'a pas eu d'accident de voiture. Non il ne paye pas ses erreurs.
    Il s'est simplement fait renverser par un chauffard en camion qui a pris la fuite, il y a 2 semaines environ.

    Tous les matins, Matthieu se réveille en pleurant.
    Lorsqu'il émerge, il se passe 5 secondes, pendant lesquelles il est un jeune homme qui reprend conscience,
    qui sort paisiblement du monde des cauchemars, mais dès que son esprit est assez lucide, dès qu'il prends conscience de son eveil, tout bascule.

    Plus de bras. Plus de jambes. Il pleure.
    Difforme, immobile, pitoyable, il gît sur son lit d'hopital, hurlant de temps en temps, lorsque ses parents le serrent fort dans leurs bras, pour lui montrer combien ils l'aiment.

    Ils l'aiment, ce corps infirme, ce bout d'homme inhumain qui tente de se mouvoir sans succès. Cette tête liée
    à ce tronc, cette bête qui agonise, baignant dans sa sueur.

    Ce soir, il regarde par la fenêtre restée ouverte, le visage couché sur le coté, le regard perdu dans l'horizon.
    Des hirondelles volent librement, puis dessinent le visage d'une fille, et s'enfuient avec elle.
    Un courant d'air frais lui carresse le visage.

    Il ferme les yeux, ses lèvres se resserent. Il pleure et ne peux pas sécher ses larmes.

    Marie...

    Il voudrait sauter par la fenêtre, mais ne peut pas. Il est là, tel un poisson à l'agonie, qui se débat
    pour rien. Il n'a pas d'appui, ni bras, ni jambes. Son corps difforme, convulsif, perdu dans la pénombre, ses gémissements réguliers, ses yeux injectés de sang, déversant toutes les larmes de son être...
    Cela n'a plus rien d'humain.

    Et il le sait.

    Alors il sourit. Puis se met à rire de plus en plus fort. Un rire diabolique.
    La folie s'empare de lui.

    Ses parents entrent dans la chambre. Paniqués, ils appellent un médecin.
    Matthieu leur crache au visage et les insulte. Ils pleurent et crient.
    Voyant l'expression de ses parents, qu'il sait en proie au désespoir devant leur fils, il hurle encore plus fort.
    Des rires mêlés aux pleurs.
    La vie a fait de lui une attrocité, un mort parmi les vivants, un reste d'humain dégoutant qui donne la nausée et inspire un dégout plus profond qu'un gros tas de merde.

    Il est un monstre, et vomit tout son sang sur Dieu, ses parents, la vie, et le monde.

    Cette nuit même, sa mère a pressé de toutes ses forces un oreiller contre sa tête.
    On ne distinguait dans la pénombre de la chambre que son tronc qui se débatait.

    Ses gémissements, étouffés par l'oreiller, se faisaient de moins en moins fort.

    Puis encore moins forts.

    Puis... plus rien...

    L'attrocité était morte et gisait dans sa putanteur, celle de ses moignons dont les bandages avaient craqués à force de gesticuler.

    La même nuit, sa mère se jeta du haut de son appartement.
    Et son père sa tira une balle dans la tête.
    Les deux, sans se consulter, s'étaient donnés la mort séparément.

    Comme un moyen de pouvoir défier cette saleté de vie une dernière fois, lui rejeter son cadeau au visage. Dire à Dieu, "Je t'emmerde, connard..."

    Une famille était partie.
    C'est la vie...

    Et demain, rien n'aura changé.
  • Lien permanent
  • 24bits Voir le profil de 24bits
  • Posté le 29 avril 2011 à 15:13:45 Avertir un administrateur
  • Salut à toi !

    Que dire, je ne sais pas trop. Déjà, j'ai bien aimé. Étrangement, pour d'obscures raisons que je ne trouve pas, j'ai l'impression que je ne devrais pas aimer. Mais restons honnête et bon public :)
    Ca se lit, ça se tient du début à la fin, sans soucis, tranquille mimile quoi. C'est donc très correct. J'ai même été pris à un moment par l'horrible chose que tu fais des restes de cet homme. Mais j'en suis vite sortit, et j'ai gardé mes distances, car je me suis trouvé devant des effets assez faciles, c'est peut-être (très probablement) pour cette raison que je ne sais pas si je devrais aimer ou pas.


    Techniquement, je trouve pas grand chose à dire, c'est plutôt bien écrit, simplement et efficacement, fluide, rythmé. Rythmé, dans la construction des phrases seulement. Dans la construction globale du texte, c'est assez difforme si je puis dire. A dire vrai le premier, et surtout le deuxième paragraphe, pour moi, ne représente rien sur la fin du texte. Je ne vois pas de lien assez fort entre chaque partie pour les faire suivre. En fait, je ne garderais que le dernier, c'est le plus développé.

    Tu as 3 petites histoires ici. La première et la deuxième n'ont pas de finalités, ni en leur sein, ni dans la troisième partie (à part la mort du héros mais bon, ça ne suffit pas toujours pour conclure une intrigue).
    Bref dans ce premier texte Mat (Tu permets que je l'appelle Mat ? :p) tombe amoureux, c'est tout. Est-ce qu'il va réussir ou pas ? on ne sait pas. Deuxième texte, deux ados ensemble. On devine Mat et Marie, mais rien ne l'affirme.
    Troisième texte, plus de Marie. C'est le gros problème pour moi. L'histoire d'amour que tu as installé sur deux paragraphes ne servent pas le troisième. En tout cas pas assez. Pourquoi installer une histoire d'amour si c'est pour qu'à la fin on se centre sur Mat et ses parents ?

    Enfin, après, ça peut être volontaire. Moi j'y vois quand même une certaine maladresse. Tu as pu vouloir faire 3 tableaux, sans liens apparent. Pour autant, ici il y en a. Ces liens sont j'ai envie de dire, trop ancrés dans l'intrigue des uns et des autres pour en faire des tableaux, mais pas assez pour en faire une intrigue continue :)

    Bref, mon préféré reste le troisième texte. Un peu facile, un peu gratuit, un peu naïf, mais c'est pour ça que ça marche.

    Sinon fais attention aux chiffres ou aux nombres. Réfère toi aux règles pour plus de détail, mais ici 2 semaines ou 5 secondes s'écrivent en toute lettre.

    Bon voilà, j'ai pas grand chose de concret à te dire, je manque d'inspiration. :)

    Espérons que d'autres viendront donner leur avis !
  • Lien permanent
  • Excroissance Voir le profil de Excroissance
  • Posté le 2 mai 2011 à 01:51:58 Avertir un administrateur
  • A vrai dire, j'ai vraiment apprécié. Malgré la taille relativement courte du texte, on se sent vraiment immergé par l'histoire.

    On a également une espèce de contraste , intensifiant le récit, rendant les événements d'autant plus marquants. C'est une fresque de la vie, qui dans son infâme décadence parvient à réellement nous émouvoir, de par ce contexte établit, de par cette ambiance intense.

    En ce qui concerne l'écriture, rien à dire de spécifique de ce coté là. C'est bien écrit, c'est fluide.

    Enfin, pour réagir a
  • Lien permanent
  • Excroissance Voir le profil de Excroissance
  • Posté le 2 mai 2011 à 01:54:54 Avertir un administrateur
  • Erreur d'envoi. Toutes mes excuses :o)

    Je disais donc :

    "Enfin, pour réagir au commentaire de 24bit, je pense que si il n'y a pas forcément de rapport direct entre les passages, c'est voulu. Et c'est justement ça qui donne un sens au récit.

    Pour conclure, j'ai trouvé la lecture du récit assez intéressante.

    Bonne continuation.
  • Lien permanent
Alerte mail  Répondre  Rafraichir

Sujet : « Demain, rien n'aura changé »

Créer un nouveau sujet   Liste des sujets

Flux RSS du sujet "Demain, rien n'aura changé"