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Sujet : « Des pics aux alpages »

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  • VieilleOmbre Voir le profil de VieilleOmbre
  • Posté le 22 février 2011 à 23:54:13 Avertir un administrateur
  • Voici une simple nouvelle, prenant lieu dans l'Allemagne des années 30-40 mais dont le sujet n'est pas directement historique. Je la posterai bout par bout, mais je ne peux pas vous donner un rythme de croisière. Ca variera.

    L'hiver n'avait commencé que depuis trois jours que déjà les rues de Göttingen se couvraient d'une épaisse fourrure blanche. Je marchais pressé, sentant le neige crisser sous mes bottes et l'air cristallin m'embrasser les joues. C'est que j'étais en retard ce jour là, de plus à l'un des cours les plus importants de l'année, et, maudissant ma paresse matinale, j'allongeais obstinément le pas au mépris des plaques de verglas qui parsemaient ci et là l'uniforme hivernal. Le soleil rayonnait déjà haut lorsque j'arrivai à l'université, en retard d'un bon quart d'heure.
    J'eus l'impression de briser une vitre lorsque je pénétrai dans la salle. Le professeur de mathématiques, M. Blumenfeld, discourrait d'une voix lente et tranquille. Le tableau était déjà blanchi de schémas et de démonstrations, et vingts têtes étudiantes se tenait relevées comme suspendues aux lèvres du mathématicien. Ce petit monde figé se retourna d'une traite lorsque je fermai la porte, et je sentis conjugués contre moi le regard sévère de Blumenfeld, les mines vides de mes camarades, et le silence froissé de la pièce. Quoi que je balbutiai, personne n'y répondit, et le cours reprit de sa voix monotone tandis je m'asseyais au dernier rang.

    Ce cours était l'introduction à la topologie de la seconde année de mathématiques, à la prestigieuse université de Göttingen, et il me paraît important d'apporter quelques précisions quant à ce que je faisais là bas. J'avais obtenu mon Abitur en 1930, et bien que j'eus un résultat à peine passable en mathématiques, je décidai précisément de m'orienter dans cette matière, et plus exactement de demander une précieuse place à l'université de Göttingen.
    Pourtant, en plus de n'avoir aucun talent particulier pour les mathématiques, je ne leur portais même pas un intérêt extraorodinaire. Et j'ignore encore ce qui m'a poussé sur cette voie là, si c'est un choix pris parce qu'il fallait en prendre un, ou une intuition quelconque. Toujours est il que j'obtins une place, non pas en raison de mes résultats mille fois surclassés dans la promotion 1930, mais grâce à l'action de mon père, haut fonctionnaire au ministère de l'éducation. Les tenants de mon admission se surent vite parmi les universitaires, et un petit mois suffit pour qu'ils s'accordent tous à me mépriser et à me refuser toute bienveillance, si bien que je devins dès lors une sorte de paria.
    Cependant, ce qui étonna tout le monde, et à commencer par moi, c'est que je passai ma première année. Certes moyennement, mais je la passai néanmoins, et s'il y eut bien quelques soupçons d'une nouvelle largesse paternelle, ils s'évanouirent d'eux même lorsque les correcteurs laissèrent entendre qu'ils m'avaient évalué normalement, et peut être même plus sévèrement que les autres.
    Cette nouveauté modifia un peu l'attitude des professeurs et de mes pairs à mon égard. Au lieu de ce mépris revendiqué, ils me témoignaient maintenant une indifférence apathique et totale, à l'exception de quelques uns, dont Blumenfeld, qui continuaient obstinément à considérer ma présence illégitime.
    On pourrait croire que ça me soulageait, mais en fait, je la souffris plus durement que les railleries et les regards moqueurs essuyés l'année précédente. Car si l'on ne me moquait plus, on me laissait toujours à part, car il n'y avait pas raison de faire autrement et que c'était après tout une habitude de prise. Et ainsi je ne fus plus un paria, mais une ombre allant et venant par l'université, que seuls remarquaient les rares qui la dédaignaient encore.

    Quelques minutes coulèrent et déjà je n'écoutais plus. Mon attention s'envolait, les définitions me passaient au dessus de la tête, les explications ne prenaient ni commencement, ni fin, ni sens, et les schémas se pressaient devant ma rétine sans s'y imprimer. Moi qui avait courru déraisonnablement pour attraper ce cours, voilà que enfin arrivé j'en détournai mon attention, et ne cherchai même pas à la reconcentrer. C'était habituel chez moi, maladif dirai-je.
    Et à vrai dire je ne m'en souciais pas. De toutes manières, c'était ainsi que j'avais réussi en première année. Je ne suivais pas, ne comprenais rien au concept, rien au principe, mais j'avais un certain talent pour recracher ce qu'on me demandait en bonne et due forme, et un certain instinct pour résoudre des exercices sans y comprendre les tenants et les aboutissants. Et qu'après tout, il n'y avait pas de raison que ça ne fonctionne plus ainsi.
    C'était en tout cas comme ça que j'excusais ma paresse et mon incapacité à me tenir à ce que je faisais.
    Comme souvent en pareille situation, je me mis à regarder mes camarades. Ne leur parlant pour ainsi dire jamais, tous se résumaient à un visage, et tout ce que je connaissais d'eux, je le tirais de ces visages. J'observais leurs traits, leurs airs, leurs expressions. Je raillais untel en raison de son front bas, appréciait celui là en raison d'un sympathique regard bleu, ou haïssait celui ci parce qu'un air arrogant s'était peint sur son visage ... Et cette perversion s'étendait à des niveaux plus élevés encore. Fréquemment, je me prenais à fantasmer avec eux des discussions vives ou des disputes brutales, de longues conversations confidentielles ou de grands éclats de rire partagés. Dans tous, j'étais le maître de ce qui se passait, de comment l'échange commençait et finissait, du ton, des mots. Et j'étais surtout le centre de ces interminables rêveries, leur pierre de coin. C'était sûrement ce qui me plaisait le plus.

    Cette réunion toute virtuelle prit fin. Tous se dirigèrent vers la sortie, et je les suivis, me fondant dans la masse. Mais lorsque notre petit troupeau estudiantin pénétra dans la cour centrale, je sentis une grande et puissante clameur me frapper mes oreilles.


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  • 24bits Voir le profil de 24bits
  • Posté le 26 février 2011 à 01:38:49 Avertir un administrateur
  • Pour le coup je ne sais vraiment pas trop quoi te dire. C'est très correct, mais sans plus. Il y a de belles choses, d'autres un peu moins bien. Enfin ça me laisse une sensation étrange, un peu confuse. J'ai du mal à voir où tu nous emmènes, mais en même temps c'est très court donc je peux pas dire grand chose.

    En fait je crois que ce qu'il manque, c'est une vraie situation. On a un étudiant en retard à son cours, mais rien de dramatique ne se crée. Il ne suit plus le cours, mais là encore, aucune issue dramatique. Il dévisage ses camarades, pareil. Puis le cours de maths se termine.
    Je crois que c'est ça qui me laisse un peu pantois, on survole tout, puisque tout est distancié par le narrateur. Il raconte le pourquoi du comment. Plutôt que de lui faire dire qu'il n'est pas aimé, autant le montrer à travers une situation dramatique. Que ce soit une remarque du prof, d'un camarade, un truc qu'on lui aurait jeté, je sais pas...

    Seulement, tu nous place et tu installes un contexte qui laisse un gout de ne servir à rien à l'histoire.

    Bref je relirais ça demain quand je serais en forme et plus lucide, peut-être je saurais plus définir ce qui me gène.
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  • 24bits Voir le profil de 24bits
  • Posté le 26 février 2011 à 01:49:50 Avertir un administrateur
  • Désolé du double post, mais en fait, je pense qu'effectivement tout est un problème de point de vue narratif. Ton narrateur est trop impliqué. Je pense qu'il faut qu'il s'efface parfois. On a l'impression d'être sans cesse dans l'introspection. Je pense que ça mériterait à être moins explicatif et plus descriptif ou dramatique.
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  • 24bits Voir le profil de 24bits
  • Posté le 26 février 2011 à 01:50:50 Avertir un administrateur
  • Descriptif ou narratif*

    Triple post...Vive l'édition sur jv.com...-_-
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  • sanphi Voir le profil de sanphi
  • Posté le 1er mars 2011 à 00:05:44 Avertir un administrateur
  • J'ai lu. Peu de choses à dire sur le fond pour l'instant parce qu'on n'entrevoit pas grand chose de l'intrigue. A voir donc pour la suite. L'entrée en matière assez classique s'attache surtout à présenter un personnage au travers d'un cadre. Une présentation qui passe par une focalisation interne, ce qui est déjà moins classique. J'aime assez. Ça change et ça permet une immersion immédiate en donnant une couleur bien particulière au récit. Après, ce n'est pas toujours évident à gérer ; d'une part pour trouver le bon dosage entre les pensées, apartés, etc.. et le récit à proprement dit. Et de l'autre, faire cohabiter le tout sans que le lecteur s'y perde. Ici, c'est un peu mon impression, d'ailleurs. Les démarcations ne sont pas assez franches mais j'y reviendrai plus tard.

    Pour le style, de manière générale, il est assez correct. Ça se lit plutôt bien. Il y a quelques fautes mais principalement dues à un manque de relecture, j'imagine. Dans les moins qu'il faudrait peut être surveiller :

    - Les tournures utilisant des successions de "que" et des phrases qui mériteraient parfois d'être scindées en deux.

    - "c'est / c'était / Il y avait / ce qui" qui t'obligent souvent à utiliser du "que" justement et rendent la phrase passablement alambiquée. En démarrant directement avec le vrai sujet, tu allégeras et l'important ressortira davantage.

    - Le sujet des phrases : tu as tendance à tout faire passer par ton personnage. Normal me diras-tu, puisqu'il s'agit d'un texte à la première personne. Et c'est vrai. Cependant, sur la longueur, le texte en devient trop linéaire, moins dynamique. Cela s'explique du fait que le récit est en quelque sorte en mode indirect puisque tout est filtré par les perceptions du narrateur. Il faut donc savoir se détacher du "je" de temps en temps. Pour l'éviter, tu pourrais parfois envisager tes phrases différemment en mettant en sujet ce qui est au cœur de "l'action". Ce peut être une partie du corps, un objet, un sentiment, etc... il n'y a pas de limite. Petit exemple vite fait pour illustrer :
    C'était en tout cas comme ça que j'excusais ma paresse et mon incapacité à me tenir à ce que je faisais.
    ==> Ainsi, ma paresse et mon incapacité à me tenir à ce que je faisais, trouvaient matière à excuse.

    - Les répétitions : visage, être, passer, raison



    Voilà, pour finir, petit relevé en vrac de fautes, suggestions, etc. collectées au fil de ma lecture.



    "L'hiver n'avait commencé que depuis trois jours que déjà les rues de Göttingen se couvraient d'une épaisse fourrure blanche." ==> succession de "que" qui alourdissent la phrase. Si tu vires la négation et remplaces les "que" par un adverbe et une conjonction, cela allégerait. " L'hiver avait commencé seulement depuis trois jours, mais déjà les rues de..."

    "C'est que j'étais en retard ce jour là" ==> répétition du verbe être et la forme "c'est" t'oblige à user du "que". Si tu gardes juste "j'étais en retard...", cela allège sans nuire au sens.

    "de plus à l'un des cours les plus importants de l'année, et, maudissant ma paresse matinale, j'allongeais obstinément le pas" ==> Un petit peu haché par les virgules trop nombreuses. il faudrait enlever la virgule après le "et"

    " M. Blumenfeld, discourrait d'une voix lente et tranquille. " ==> discourait

    "et vingts têtes étudiantes se tenait relevées comme suspendues aux lèvres du mathématicien. " ==> vingt / se tenaient / une virgule après "relevées".

    "Ce petit monde figé se retourna d'une traite" ==> "d'une traite" signifie sans s'arrêter. Voulais-tu vraiment dire ça ou plutôt qu'ils se retournent tous en même temps, comme un seul bloc ?

    "et je sentis conjugués contre moi le regard sévère de Blumenfeld, les mines vides de mes camarades, et le silence froissé de la pièce." ==> une virgule après "moi"

    "un intérêt extraorodinaire" ==> extraordinaire

    "Ce cours était l'introduction [...] et il me paraît important d'apporter quelques précisions quant à ce que je faisais là bas. J'avais obtenu mon Abitur en 1930, et bien que j'eus [...] Et ainsi je ne fus plus un paria, mais une ombre allant et venant par l'université, que seuls remarquaient les rares qui la dédaignaient encore.
    "
    ==> problème de concordance de temps. il y a un joli mélange de temps et on a du mal à s'y retrouver. La difficulté du passage vient du fait que tu fais un mini flash back ponctué de remarques du narrateur. Il faut le détacher du reste sinon le lecteur s'y perd. Habituellement, c'est vrai que le plus-que-parfait est de mise pour débuter un retour en arrière mais étant donné que tu l' introduis avec une notion de présent, qui plus est, comme une parenthèse du narrateur, j'aurais tendance à dire qu'il faut continuer dans la lignée avec passé composé pour ce qui est entériné et présent pour ce qui est toujours vrai au moment du récit.

    "Quelques minutes coulèrent et déjà je n'écoutais plus." ==> concordance de temps : "avaient coulé" ou s'étaient écoulées" / virgule après déjà.

    "Moi qui avait courru déraisonnablement" ==> couru

    "voilà que enfin arrivé j'en détournai mon attention, et ne cherchai même pas à la reconcentrer." ==> qu'enfin / détournais / cherchais / virgule après arrivé

    " maladif dirai-je" ==> dirais-je

    "et un certain instinct pour résoudre des exercices sans y comprendre les tenants et les aboutissants." ==> en comprendre.

    "Comme souvent en pareille situation, je me mis à regarder mes camarades." ==> je regardais (imparfait pour marquer une habitude)

    " celui là en raison" ==> celui-là

    " ou haïssait celui ci parce qu'un air arrogant s'était peint sur son visage ..." celui-ci / était peint

    " Fréquemment, je me prenais à fantasmer avec eux des discussions vives ou des disputes brutales, de longues conversations confidentielles ou de grands éclats de rire partagés." ==> "à fantasmer sur eux à propos de discussions..." ou "à fantasmer sur des discussions....partagés avec eux.."

    Cette réunion toute virtuelle prit fin. Tous se dirigèrent vers la sortie, et je les suivis, me fondant dans la masse. ==> concordance de temps "se dirigeaient" / "je les suivais" .

    "je sentis une grande et puissante clameur me frapper mes oreilles." ==> sentir n'est pas vraiment adéquat puisqu'il s'agit d'un son : une grande et puissante clameur frappa mes oreilles



    That's all !
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  • Ayuko Voir le profil de Ayuko
  • Posté le 1er mars 2011 à 14:48:16 Avertir un administrateur
  • Salut :)

    J'ai pas vraiment grand chose à rajouter. Côté vocabulaire, j'ai trouvé que tu plaçais vraiment les bons mots aux bons endroits (je sais pas si tu comprends vraiment ce que je veux dire). Sans être trop compliqué, le texte dégage quelque chose de profond. Bon c'est vrai qu'il n'y a pas de véritable situation pour le moment, mais comme c'est seulement que le premier bout, ça risque de venir ^^

    J'ai vraiment hâte de voir ce que va donner la suite.
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