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Entoxya
- Posté le
29 janvier 2011 à 15:50:52

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Salut !
Je dois écrire une nouvelle pour un recueil de nouvelles qu'on fait en groupe – je suis l'heureux élu pour en faire une seconde –, et j'aimerais que vous me donniez votre avis pour ce début. Merci !
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Panne d'inspiration
« L’enfer, c’est de se lever tous les matins et te demander pourquoi t’es là. »
– Marv, Sin City.
1.
Une jeune femme, emmitouflée dans une grosse veste de fourrure beige, marchait à toute allure pour rejoindre son lieu de travail où la température serait beaucoup plus agréable, tout en regardant avec tristesse le ciel gris. La mi-décembre était très fraîche cette année, et la rue où se trouvait cette femme était déserte, hormis quelques passants tous plus insignifiants les uns que les autres. Elle fourra ses mains congelées dans les poches de sa veste mais malencontreusement, elle fit tomber son porte-monnaie sans s'en rendre compte, où plus de cent euros étaient rangés, ainsi que sa carte bancaire et d'autres cartes de fidélité.
Un vieux SDF, qui avait assisté à la scène sans piper mot, attendit que la femme fasse encore quelques mètres puis se précipita sur le « trésor » et hurla de joie en découvrant le contenu. La femme se retourna pour regarder le vieil homme sans s'arrêter de marcher et tourna au coin de la rue ; elle avait disparu de sa vue. Il rangea la carte bancaire dans l'une des poches de son pantalon troué – tout en la refermant –, fourra les billets dans un gant qu'il enfila ensuite et jeta le reste dans une poubelle nauséabonde. Il n'avait pris que ce qui l'intéressait : l'argent. Il partit en dansant, tout en resserrant son écharpe et en baissant son bonnet plus bas que ses sourcils ; il n'avait pas remarqué le jeune garçon qui passait par là. Ce dernier, qui avait vu la scène dans son intégralité, fouilla dans la poubelle tout en se bouchant le nez d'une main et en sortit le portefeuille de l'autre, le serrant ensuite contre sa poitrine. La fouille terminée, il suivit silencieusement le SDF, qui n'avait toujours pas remarqué sa présence. L'enfant se faufila discrètement à ses côtés et ouvrit délicatement la poche du vêtement de l'homme qui s'arrêta soudainement. Le jeune garçon se plaqua contre le mur et se cacha dans l'embrasure d'un garage, s'arrêtant de respirer. Le vieil homme s'était à présent retourné, les cinq sens en alerte ! Il gratta sa grosse barbe grise, cherchant du regard quelque chose, quelqu'un... Résigné, il continua sa marche, laissant le jeune garçon reprendre une respiration calme et régulière. Saisissant son courage à deux mains, l'enfant courut vers le vieil homme. Il lui piqua la carte bancaire fraîchement volée de la poche préalablement ouverte et accéléra de plus belle droit devant lui, se fichant dès à présent que le vieil homme le voyait et évitant une personne au visage mystérieux. L'enfant entendit le SDF qui criait de rage, s'arrachant la barbe et laissant couler de grosses larmes le long de ses joues ; puis plus rien.
Les quelques passants ne dirent pas un mot.
La jeune femme, qui se trouvait à l'entrée de son lieu de travail, se rendit compte qu'il manquait quelque chose dans la poche gauche de sa veste. « Et merde... », se lamenta-t-elle. Elle ficha un coup de pied dans une bouteille de verre vide qui trainait dans le coin, se faisant mal à l'orteil. Elle s'assit sur le petit muret de l'entrée, déposant ses coudes sur ses genoux et calant sa tête dans ses mains. Elle fit partir la petite mèche brune de cheveux qui s'était laissé glisser devant son œil, et fut surprise d'apercevoir un jeune garçon apparaître devant elle. Il tenait dans ses petites mains son porte-monnaie ! Il lui tendit, lui dévoilant ses petites dents blanches. « Oh, merci ! » s'écria-t-elle. L'enfant rigola, partageant sa bonne humeur avec quiconque passait par là. La femme lui fit un bisou plein de tendresse sur la joue. Il lui demanda son prénom. « Je m'appelle Kate, et toi ? » Déposant son doigt sur ses lèvres et faisant un clin d'œil plein de malice, le jeune garçon s'enfuit en courant, tout fier. Déboussolée, la femme traversa l'entrée de son lieu de travail.
Oui, il faisait meilleur à l'intérieur.
Dans un quartier convivial, à la fenêtre d'une maison, William vit passer une étoile filante et fit un vœu. Pourtant, il ne croyait pas à ces genres de choses – ce n'était qu'une pure habitude, comme lire son horoscope par exemple.
Cela faisait près de deux heures qu'il n'avait pas bougé de devant son ordinateur. Le traitement de texte n'avait pas accueilli un seul mot, et William était découragé. Aucune idée ne lui venait ! Dans sa vie de scénariste, il n'avait écrit que deux scénarios, qui avaient été retranscrits au cinéma. Sur le coup, il était fier, plus qu'heureux ; il pensait qu'il allait gagner un bon paquet d'argent, mais ces deux films furent deux gros bides. Il en gardait un très mauvais souvenir...
L'homme de vingt-neuf ans regarda sur la pendule et vit qu'il était près de huit heures du soir. Il avait mis la table et avait préparé un plat de pâtes à la carbonara. « Elle va bientôt arriver », se dit-il. Dans neuf jours, cela fera trois ans que William était avec elle, et il l'aimait de tout son être, comme depuis le premier jour.
Ils s'étaient rencontrés lors d'une fête foraine, alors qu'ils n'étaient que les amis d'amis communs. Ils avaient sympathisé, avaient discuté de tout et de rien... Une sorte de lien s'était créé entre eux dès le premier regard. Tard dans la nuit, alors que le groupe commençait à se séparer, William s'approcha d'elle et saisit le visage de sa future entre ses mains ; son cœur battait à la chamade, et ses mains étaient légèrement moites. Elle planta ses yeux contre les siens puis sourit. Sur la pointe des pieds, la fille plaqua ses lèvres contre celles du garçon. Ils s'échangèrent leurs numéros et depuis, ils vivaient ensemble et étaient « heureux ».
La clé tourna dans la serrure de la porte d'entrée, qui s'ouvrit sans bruit. Elle passa le seuil de la porte puis la referma à clé. William se leva et la saisit à la taille pour l'embrasser.
« Ça va mon cœur ? lui demanda-t-elle.
— M'oui, ça va..., murmura-t-il. Et toi ?
— Très bien. Toujours pas... d'idée ?
— Non, rien de rien. »
Elle lui sourit, en lui disant que tôt ou tard, cette idée viendrait. Elle lui fit encore une fois un baiser, en lui disant ensuite que pendant le chemin de la maison à son boulot, il lui était arrivé une mésaventure qui s'était en fin de compte bien finie. Il l'écouta jusqu'au bout, intéressé.
William n'avait pas faim. Il s'approcha de Kate, qui s'était mise à servir les pâtes – et qui était dos à lui. Elle se retourna, les mains sur la table et reculant le haut de son corps de quelques centimètres. L'homme saisit le menton de la femme de vingt-six ans et lui glissa quelques mots doux à l'oreille. Elle gloussa, puis se laissa porter jusqu'à la chambre telle une princesse par son amoureux. Elle enleva ses chaussures d'un coup de pied et se laissa tomber sur le lit.
Les pâtes allaient refroidir.
2.
William caressait le dos nu de sa copine, les yeux clos. Après un long soupir, il s'échappa du lit, prit un short dans l'armoire et se dirigea vers la salle de bain, jetant un coup d'œil au calendrier posé sur la commode de la chambre. Mardi 19 décembre. Il rentra directement dans la douche et frissonna au choc de l'eau glacée contre sa peau moite. Des gouttes d'eau perlaient de sa lèvre inférieure et de ses longs cils. Une dizaine de minutes plus tard, il sortit et profita de l'odeur du pain grillé fraîchement fait.
Je reviens dans deux heures mon cœur. Je ne devais pas travailler aujourd'hui mais j'ai du temps à rattraper, à la suite de mon absence injustifiée – ce qui est toujours le cas – d'il y a deux semaines. Ça ne regarde que nous n'est-ce pas ? ;)
Je t'aime, et n'oublie pas que tu travailles au restaurant cet après-midi !
Il déposa la lettre de sa petite amie, laissée sur la table de la salle à manger, et dégusta son petit déjeuner fait avec amour. Il débarrassa, se brossa ensuite les dents, alluma l'ordinateur et démarra le traitement de texte. Il s'assit, fit craquer les articulations de ses mains et commença.
« Alors, c'est l'histoire d'un homme prêt à tout pour... Non. Une femme souhaite mettre fin au règne de... de la méchante... Non plus. Hum... Trois armées souhaitent conquérir le dernier territoire de... Non ! (Il se massa le crâne.) Un homme tout à fait normal n'avait plus aucune idée. Plus aucune idée... Il ne savait plus quoi faire. Trop de temps s'était écoulé à ne rien faire. Il était... Il était en panne d'inspiration... » Il mit à l'écrit ce qui se formait dans sa tête, une bouffée de chaleur grandissante dans ses poumons. Il tremblait d'excitation. Après ces quelques années de flou total dans le domaine de l'écriture, il tenait enfin le scénario qui lui fallait ! Ses doigts martelaient les touches du clavier à une vitesse hallucinante, les idées lui venant seconde après seconde ! Non. Le blocage incessant qui se formait à chaque naissance d'idée refaisait surface, et plus rien ne lui venait. Il effaça tout ce qu'il venait d'écrire, éteignit l'ordinateur et sortit faire un tour, en prenant soin de tout fermer à clé.
Un peu de neige s'était formée sur le sol. Quelques enfants étaient en train de modeler des boules blanches, prêts à les lancer sur le groupe adverse. Le plus petit d'entre eux cria « A l'attaque ! » et les missiles fusèrent dans tous les sens. William ne pût s'empêcher de sourire, des souvenirs de son enfance se bousculant en lui.
Il tenait dans ses mains la plus grosse boule de neige qu'il n'avait jamais faite. Caché derrière un sapin volumineux, il scrutait le moindre mouvement ou bruit suspect de l'un de ses amis. Il s'accroupit, la boule de neige commençant à dégouliner entre ses doigts d'enfant. Il avança lentement jusqu'au buisson le plus proche. A quelques mètres de lui se tenait Jean-Charles, son meilleur ami à l'époque. Il se rapprocha lentement de lui et hurla tout en lui lançant la boule de neige sur le dos. Son ami riposta. Ils tombèrent au sol et rigolèrent. Ce fut l'une des plus belles journées de sa vie...
Jean-Charles et lui s'étaient perdus de vue dès la fin du lycée. Ils s'étaient promis de se revoir ; cela faisait maintenant dix ans.
Kate avait fini son travail. Elle ramassa ses quelques affaires sur son bureau, enfila sa veste, son écharpe et ses gants puis sortit, accueillant avec férocité la morsure du froid. Elle avança le long du trottoir, évitant les quelques traces de verglas. Mais elle vit au reflet d'une fenêtre les couleurs de l'ambulance, garé dans le coin d'une rue ; elle passait par là.
Le moment fut bref mais fort : deux ambulanciers placèrent le corps congelé du SDF qu'elle voyait habituellement sur son chemin. Ils le recouvrirent d'un drap blanc et le placèrent à l'intérieur du véhicule. De l'autre côté du trottoir se tenait l'enfant qui lui avait rendu son porte-monnaie hier. Il souriait, puis disparut une seconde fois.
William portait une pizza encore chaude dans ses mains. Il était bientôt arrivé chez lui. Mais malheureusement, il glissa et tomba à la renverse, la pizza s'échappant de sa boîte et tombant sur la neige. Il se releva, écrasant d'un coup sec la pizza à présent immangeable.
Ce n'était pas du verglas qui l'avait fait tomber, mais un livre. Non pas ceux que l'on peut acheter dans un magasin ou emprunter dans une bibliothèque, avec la belle reliure et les pages propres, mais un brouillon.
Sur ce brouillon était écrit un titre qui surprit au plus haut point William...
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Fatuite
- Posté le
10 février 2011 à 18:47:04

-
Lu.
"la rue où se trouvait cette femme était déserte" la rue où se tr... putain, mais lourd quoi ><
Et si on rajoute le "malencontreusement" de la phrase suivante, c'est bon, on a déjà un boulet de deux tonnes dans la face au premier paragraphe.
"L'enfant se faufila discrètement à ses côtés et ouvrit délicatement la poche du vêtement de l'homme qui s'arrêta soudainement."
Je ne sais pas si tu as lu le livre "Ecriture", de Stephen King, mais, dans celui-ci, il donne un conseil aux jeunes écrivains (conseil qui, pour ma part, jusqu'à présent en tout cas, j'ai toujours trouvé discutable): éviter les adverbes. Or, ici, en une phrase, on a discrètement délicatement soudainement qui s'enchaîne. Alors, je comprends que l'adverbe est tout de même magnifique: plutôt que s'emmerder à décrire un contexte qui, de par sa nature, montrerait au lecteur comment se passe l'action, on peut, en un mot, la moduler purement et simplement. Mais faut pas en abuser, là ça frise l'overdose.
"Le vieil homme s'était à présent retourné, les cinq sens en alerte !"
Là c'est plus personnel, mais, pour ma part, des points d'exclamation dans une phrase de narration, ça me fait toujours tilter. Je sais pas, je me dis toujours que si la scène est puissante et stupéfiante, un bon style doit suffire à créer une description le faisant ressentir. Sans user d'un point d'exclamation.
Le reste m'a l'air correct. Le début m'a l'air plus chaotique que la fin, étrangement. Alors que c'est d'habitude l'inverse chez tout le monde pourtant
C'est un début, j'ai envie de dire. Les personnages semblent corrects, profonds, sans en dévoiler trop dés le début. L'intrigue n'a pas encore réellement commencée, malgré quelques pistes ça et là, donc j'attends encore un peu.
Juste une note question style: fais bien attention au rythme en lui-même. Les scènes du début montrent bien que l'action rapide n'est pas forcément ton fort, et le reste le prouve bien: tu t'en tire excellemment sur tout ce qui est lent. Attention à ne pas toutefois abuser de ces temps lents, et à bien travailler les rapides
Bonne continuation
Moicesmoi
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Entoxya
- Posté le
13 juin 2011 à 19:30:55

-
Et voici la version définitive de ma nouvelle !
+ Tout ce qui se trouve entre {} est écrit différemment.
++ Ce qui est entre [] est en italique.
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« L’enfer, c’est de se lever tous les matins et te demander pourquoi t’es là. »
– Marv, Sin City.
1
Une jeune femme, emmitouflée dans une grosse veste de fourrure, marchait à toute allure pour rejoindre son lieu de travail où la température serait beaucoup plus agréable. La mi-décembre était très fraîche cette année, et la rue où se trouvait cette femme était déserte, hormis quelques passants tous plus insignifiants les uns que les autres. Elle fourra ses mains congelées dans les poches de sa veste mais malencontreusement, elle fit tomber son porte-monnaie sans s'en rendre compte, où plus de cent euros étaient rangés, ainsi que sa carte bancaire et d'autres cartes de fidélité.
Un vieux SDF, qui avait assisté à la scène sans piper mot, attendit que la femme fasse encore quelques mètres pour se précipiter sur le « trésor ». Il hurla de joie en découvrant le contenu. La femme se retourna pour regarder le vieil homme sans s'arrêter de marcher et tourna au coin de la rue ; elle avait disparu de sa vue. Il rangea la carte bancaire dans l'une des poches de son pantalon troué – tout en la refermant –, fourra les billets dans un gant qu'il enfila ensuite et jeta le reste dans une poubelle nauséabonde. Il n'avait prit que ce qui l'intéressait : l'argent.
Il partit en dansant, tout en resserrant son écharpe et en baissant son bonnet plus bas que ses sourcils ; il n'avait pas remarqué le jeune garçon qui passait par là. Ce dernier, qui avait vu la scène dans son intégralité, fouilla dans la poubelle tout en se bouchant le nez d'une main et en sortit le portefeuille de l'autre, le serrant ensuite contre sa poitrine. La fouille terminée, il suivit silencieusement le SDF, qui n'avait toujours pas remarqué sa présence.
L'enfant se faufila discrètement à ses côtés et ouvrit délicatement la poche du vêtement de l'homme qui s'arrêta soudainement. Le jeune garçon se plaqua contre le mur et se cacha dans l'embrasure d'un garage, s'arrêtant de respirer. Le vieil homme s'était à présent retourné, les cinq sens en alerte ! Il gratta sa grosse barbe grise, cherchant du regard quelque chose, quelqu'un...
Résigné, il continua sa marche, laissant le jeune garçon reprendre une respiration calme et régulière. Saisissant son courage à deux mains, l'enfant courut vers le vieil homme. Il lui piqua la carte bancaire fraîchement volée de la poche préalablement ouverte et accéléra de plus belle droit devant lui, se fichant dès à présent que le vieil homme le voyait. L'enfant entendit le SDF qui criait de rage, s'arrachant la barbe et laissant couler de grosses larmes le long de ses joues, puis plus rien.
Les quelques passants ne dirent pas un mot.
La jeune femme, qui se trouvait à l'entrée de son lieu de travail, se rendit compte qu'il manquait quelque chose dans la poche gauche de sa veste. « Et merde... », se lamenta-t-elle. Elle ficha un coup de pied dans une bouteille de verre vide qui trainait dans le coin, se faisant mal à l'orteil.
Elle s'assit sur le petit muret de l'entrée, déposant ses coudes sur ses genoux et calant sa tête dans ses mains.
Elle fit partir la petite mèche brune de cheveux qui s'était laissé glisser devant son œil, et fut surprise d'apercevoir un jeune garçon apparaître devant elle. Il tenait dans ses petites mains son porte-monnaie. Il lui tendit, lui dévoilant ses petites dents blanches. « Oh, merci ! » s'écria-t-elle. L'enfant rigola, partageant sa bonne humeur. La femme lui fit un bisou plein de tendresse sur la joue. « Je m'appelle Kate, et toi ? » Déposant son doigt sur ses lèvres et faisant un clin d'œil plein de malice, le jeune garçon s'enfuit en courant, tout fier. Déboussolée, la femme traversa l'entrée de son lieu de travail.
Oui, il faisait meilleur à l'intérieur.
Dans un quartier convivial, à la fenêtre d'une maison, William vit passer une étoile filante et fit un vœu. Pourtant, il ne croyait pas à ces genres de choses – ce n'était qu'une pure habitude, comme lire son horoscope par exemple.
Cela faisait près de deux heures qu'il n'avait pas bougé de devant son ordinateur. Le traitement de texte n'avait pas accueilli un seul mot, et William était découragé – aucune idée ne lui venait.
Dans sa vie de scénariste, il n'avait écrit que deux scénarios, qui avaient été retranscrits au cinéma. Sur le coup, il était fier, plus qu'heureux ; il pensait qu'il allait gagner un bon paquet d'argent, mais ces deux films firent un échec total. Il en gardait un très mauvais souvenir...
L'homme de vingt-neuf ans regarda sur la pendule et vit qu'il était vingt heures. Il avait mis la table et avait préparé un plat de pâtes à la carbonara. [Elle va bientôt arriver], se dit-il. Dans neuf jours, cela fera trois ans que William était avec elle, et il l'aimait de tout son être, comme depuis le premier jour.
Ils s'étaient rencontrés lors d'une fête foraine, alors qu'ils n'étaient que les amis d'amis communs. Ils avaient sympathisé, avaient discuté de tout et de rien... Une sorte de lien s'était créé entre eux dès le premier regard. Tard dans la nuit, alors que le groupe commençait à se séparer, William s'était approché d'elle et saisit le visage de sa future entre ses mains ; son cœur battait à la chamade, et ses mains étaient légèrement moites. Elle planta ses yeux bleus océan dans les siens puis sourit. Sur la pointe des pieds, la fille plaqua ses lèvres contre celles du garçon. Ils s'échangèrent leurs numéros et depuis, ils vivaient ensemble et étaient heureux.
La clé tourna dans la serrure de la porte d'entrée, qui s'ouvrit sans bruit. Elle passa le seuil de la porte puis la referma à clé. William se leva et la saisit par la taille pour l'embrasser. « Ça va mon cœur ? lui demanda-t-elle.
— M'oui, ça va..., murmura-t-il. Et toi ?
— Très bien. Toujours pas... d'idée ?
— Non, rien de rien. »
Elle lui sourit, en lui disant que tôt ou tard, cette idée viendrait. Elle lui fit encore une fois un baiser, et lui dit que pendant le chemin de la maison à son boulot, il lui était arrivé une mésaventure qui s'était finalement bien terminée. Il l'écouta jusqu'au bout, intéressé.
William n'avait pas faim. Il s'approcha de Kate, qui s'était mise à servir les pâtes – et qui était dos à lui. Elle se retourna, les mains sur la table, reculant sa taille de quelques centimètres et mettant sa poitrine en valeur. L'homme saisit le menton de la femme et glissa quelques mots doux à son égard. Elle gloussa, puis se laissa porter jusqu'à la chambre telle une princesse par son prince. Elle enleva ses chaussures d'un coup de pied et se laissa tomber sur le lit.
Les pâtes allaient refroidir.
2
William caressait le dos nu de sa copine, les yeux clos. Sa peau douce, ses longs cheveux bruns le rendaient chaque jour plus heureux qu'hier... Après un long soupir, il s'échappa du lit, prit un short dans l'armoire et se dirigea vers la salle de bain, jetant un coup d'œil au calendrier posé sur la commode de la chambre. Mardi 19 décembre. Il rentra directement dans la douche et frissonna au choc de l'eau glacée contre sa peau moite. Des gouttes d'eau perlaient de sa lèvre inférieure et de ses longs cils. Une dizaine de minutes plus tard, il sortit et profita de l'odeur du pain grillé fraîchement fait.
{Je reviens dans deux heures mon cœur. Je ne devais pas travailler aujourd'hui mais j'ai du retard dans mon travail, à la suite de mon absence injustifiée – ce qui est toujours le cas – d'il y a deux semaines. Ça ne regarde que nous n'est-ce pas ? ;)
Je t'aime, et n'oublie pas que tu travailles au restaurant cet après-midi !}
Il déposa la lettre de sa petite amie, laissée sur la table de la salle à manger, et dégusta son petit déjeuner fait avec amour. Il débarrassa, se brossa ensuite les dents, alluma l'ordinateur et démarra le traitement de texte. Il s'assit, fit craquer les articulations de ses mains et commença. Il se dit à haute voix :
« Alors, c'est l'histoire d'un homme prêt à tout pour... Non. Une femme souhaite mettre fin au règne de... de la méchante... Non plus. Hum... Trois armées souhaitent conquérir le dernier territoire de... Non ! (Il se massa le crâne.) Un homme tout à fait normal n'avait plus aucune idée. Plus aucune idée... Il ne savait plus quoi faire. Trop de temps s'était écoulé à ne rien faire. Il était... Il était en panne d'inspiration... »
Il mit à l'écrit ce qui se formait dans sa tête, une bouffée de chaleur grandissante dans ses poumons. Il tremblait d'excitation. Après ces quelques années de flou total dans le domaine de l'écriture, il tenait enfin un bout de scénario cohérent ! Ses doigts martelaient les touches du clavier à une vitesse hallucinante, les idées lui venant seconde après seconde ! Non. Le blocage incessant qui se formait à chaque naissance d'idée refaisait surface, et plus rien ne lui venait. Il effaça tout ce qu'il venait d'écrire, éteignit l'ordinateur et sortit faire un tour, en prenant soin de tout fermer à clé.
Un peu de neige était tombée sur le sol. Quelques enfants étaient en train de modeler des boules blanches, prêts à les lancer sur le groupe adverse. Le plus petit d'entre eux cria : « A l'attaque ! » Et les missiles fusèrent dans tous les sens. William ne put s'empêcher de sourire, des souvenirs de son enfance se bousculant en lui.
Il tenait dans ses mains la plus grosse boule de neige qu'il n'avait jamais faite. Caché derrière un sapin volumineux, il scrutait le moindre mouvement ou bruit suspect de l'un de ses amis. Il s'accroupit, la boule de neige commençant à dégouliner entre ses doigts d'enfant. Il avança lentement jusqu'au buisson le plus proche. A quelques mètres de lui se tenait Jean-Charles, son meilleur ami à l'époque. Il se rapprocha lentement de lui et hurla tout en lui lançant la boule de neige sur le dos. Son ami riposta. Ils tombèrent au sol et rigolèrent. Ce fut l'une des plus belles journées de sa vie...
Jean-Charles et lui s'étaient perdus de vue dès la fin du lycée. Ils s'étaient promis de se revoir ; cela faisait maintenant dix ans.
Kate avait fini son travail. Elle ramassa ses quelques affaires sur son bureau, enfila sa veste, son écharpe et ses gants puis sortit, accueillant avec férocité la morsure du froid. Elle avança le long du trottoir, évitant les quelques traces de verglas. Mais elle vit au reflet d'une fenêtre les couleurs de l'ambulance, garé dans le coin d'une rue ; elle passait par là.
Le moment fut bref : deux ambulanciers placèrent le corps congelé du SDF qu'elle voyait habituellement sur son chemin sur un lit à roulettes. Ils le recouvrirent d'un drap blanc et le placèrent à l'intérieur du véhicule. De l'autre côté du trottoir se tenait l'enfant qui lui avait rendu son porte-monnaie hier. Il sourit, puis disparut une seconde fois.
William portait une pizza encore chaude dans ses mains – il était bientôt arrivé chez lui. Mais malheureusement, il glissa et tomba à la renverse, la pizza s'échappant de sa boîte et tombant sur la neige. Il se releva, écrasant d'un coup sec la pizza à présent immangeable.
Ce n'était pas du verglas qui l'avait fait tomber, mais un livre. Non pas ceux que l'on peut acheter dans un magasin ou emprunter dans une bibliothèque, avec la belle reliure et les pages propres, mais un brouillon.
Sur ce brouillon était écrit un titre qui surprit au plus haut point William...
3
[Pauvre vieil homme], pensa William. Sa copine lui avait raconté ce qui était arrivé au SDF qu'elle croisait chaque jour depuis quatre ans, mais ne lui dit rien sur l'enfant qui lui avait déjà rendu son porte-monnaie et qui se trouvait en face d'elle à ce moment-là. Ils s'assirent, chacun buvant silencieusement sa soupe de tomates. Il faisait nuit noire dehors, et la télévision qui se trouvait dans le salon était allumé sur une chaîne de musiques, qui repassait celles du moment. William n'avait pas dit à sa copine ce qu'il avait trouvé il y a quelques minutes. Ce brouillon était assez surprenant, et il n'avait pas pu s'empêcher de le prendre. Il s'était promis de le lire ce soir. « Je vais me coucher Will. Tu me rejoins après ?
— Oui. Je débarrasse et j'arrive. »
Il la regarda s'éloigner, admirant avec tendresse ses formes que nul ne pouvait connaître aussi bien que lui. Elle alla dans la salle de bain pour se brosser les dents puis ferma la porte de la chambre, et William débarrassa la table. Il sortit le brouillon qu'il avait caché dans le tiroir de l'armoire où étaient rangées diverses boissons et s'installa sur le fauteuil.
{Panne d'inspiration}. Le titre du brouillon était {Panne d'inspiration}. Cela l'étonnait.
Il ouvrit le recueil et commença la lecture. C'était écrit à la main, d'une façon désordonnée et le recueil était composé de divers chapitres. Zut, il manque le chapitre un..., pensa-t-il. Il frôla du bout des doigts les aspérités que l’encre avait formées sur le papier rugueux. Il sortit une cigarette de son paquet et s’en alluma une, tout en tournant la page pour voir ce qu’il y avait d’autre. L’écriture, toujours aussi brouillonne, s’étalait sur une centaine de pages. Il prit une bouffée sur sa cigarette et revint au début du bouquin.
Ce brouillon, ce recueil... C’était un script.
Il termina sa cigarette et l’écrasa dans son cendrier, craquelé par-ci par-là. Il lut une page, puis deux, puis trois, puis quatre... [Ennuyant. Ennuyant !] C’était l’histoire d’un gosse de quartier, qui avait une vie plutôt difficile – comme lui. Son père était décédé dans un accident de voiture, puis sa mère était devenue alcoolique, et il avait été envoyé chez sa tante durant quelques années, jusqu’à ce qu’il apprenne le suicide de sa mère, puis il a voulu vivre de son imagination.
[C’est quoi ce bordel ?] se dit-il. Il sauta une dizaine de pages, et vit que l’enfant était devenu un jeune adolescent passionné par le danger, le sexe et l’écriture – normal. Il continua de lire le script, dont l’état se détériorait au fil des pages. Il avait l’impression d’avoir déjà lu tout ça… Un sentiment de déjà-vu. Il commençait à se faire tard mais William ne put se résoudre à abandonner le script. Pourquoi ? Il n'en savait trop rien, mais il ressentait le besoin de le finir...
Une page de plus lui suffit pour comprendre ce sentiment qu'il avait. Une seule page, propre. Le personnage avait le même prénom que lui, vivait dans la même ville que lui, avait une petite amie nommée Kate... Peu à peu, le sens du brouillon prenait forme dans sa tête. La page qu'il venait de lire était une description de la journée qu'il venait de vivre... Toutes les autres pages, qui le troublaient profondément, racontaient sa vie, de son enfance jusqu'à aujourd'hui ! Et le reste du script ? Était-ce son futur ? D'une simple lecture, pouvait-il connaître ce qui allait lui arriver le lendemain ? Dans deux semaines ? Dans six mois ? Dans dix ans ? Pris de vertiges, il jeta le script au sol et retrouva son aimée. Il s'allongea à côté d'elle – il ne la caressa pas, ne l'embrassa pas, rien. Elle dormait, teintée d'un léger et doux ronflement...
Il ne dormit pas de la nuit.
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Entoxya
- Posté le
13 juin 2011 à 19:35:38

-
4
La petite amie de William marcha à quelques centimètres du script, jeté sous la table du salon. Allait-elle le trouver ? Si oui, que dirait-elle ? Pendant qu'elle se préparait pour partir au travail, l'homme avait réussi à trouver le sommeil deux heures plus tôt. Il avait rêvé du script. Et si tout ceci n'était que le fruit de son imagination ? En y repensant, il trouvait ça complètement idiot de croire ça...
Kate claqua la porte. William se leva.
Il n'avait absolument pas faim. Il alla ramasser le brouillon, qui correspondait malheureusement à la réalité – Kate ne l'avait apparemment pas trouvé. Il le posa sur la table du salon, l'endroit où il avait découvert l'affreuse vérité et alla prendre une douche avant de partir au restaurant où il travaillait à mi-temps. L'envie de poursuivre la lecture du script le démangeait. [Juste une petite page...] Il se sécha rapidement et saisit l'ouvrage dans ses mains à peine sèches.
Ce qu'il s'apprêtait à lire racontait la journée qu'il allait vivre – il frémissait. Avec tous les films de science-fiction qu'il avait pu voir, William se demandait si tout ceci ne pouvait pas modifier le cours du temps ou quelque chose du genre.
D'une main frêle, il se mit à tourner une par une les pages jusqu'à celle qu'il avait lu la veille. Il transpirait légèrement, il respirait avec difficulté... Ses yeux embués se mirent à suivre les mots écrits sur la page qui se tenait en face de lui. Peu à peu, il revivait son réveil... Tout ceci était parfaitement normal mais en lisant la fin de la page, il laissa tomber le script au sol et porta ses mains devant sa bouche pour ne pas hurler. Il partit de la maison en courant sans prendre la peine de fermer la porte à clé ni de s'habiller.
Il devait à tout prix retrouver Kate.
Pieds nus, il courait sur le verglas du matin. Le vent glacée griffait sa peau mal rasée et la distance qui le séparait de sa moitié le rendait malade. Si ce script décrivait bien sa vie de long en large, alors il ne resterait plus beaucoup de minutes avant que... [Kate ! Kate ! Kate !] Il prit un virage en plein sprint mais tomba et se cogna la tête la première contre un coin du mur. Le crâne ouvert, le souffle court, le visage dégoulinant de sang, il vit enfin Kate qui bouscula un vieil homme [par accident] – premier des trois signes. Elle s'excusa. William essaya de l'appeler mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il traversa la route et tenta de la doubler par l'autre trottoir. Il glissa encore une fois mais se rattrapa à une vieille femme en surpoids qui l'insulta de tous les noms. « Désolé ! » put-il dire. Kate [frôla] une bicyclette rouge – second signe – et, inconsciemment, elle traversa la route, concentrée sur... William – troisième et dernier signe. La scène se déroula parfaitement comme elle était décrite dans le script...
Il tomba à genoux, les joues ruisselantes de larmes et de sang.
Ce qu'il avait lu quelques minutes plus tôt racontait ceci : {Kate sortit de la maison en claquant la porte. Alors que William se levait avec difficulté, sa petite amie bouscula par accident un vieil homme. Elle s'excusa et poursuivit son chemin. Tout en frôlant une bicyclette rouge, elle traversa inconsciemment la route et, concentrée sur quelqu'un ou quelque chose, elle ne vit pas le camion qui roulait trop vite. Beaucoup trop vite... Alors que sa moitié perdit la vie devant les yeux choqués des passants, William ne savait pas encore ce qu'il venait de se passer. Il allait devoir être fort, très fort...}
5
Est-il possible de changer le cours du destin ?
Assis dans la salle d'attente de l'hôpital, la tête dans le creux de ses mains, le script dans la poche de sa veste, William se posait une question : où ce script allait-il le mener ?
A sa découverte, il l'avait lu par curiosité puis, piqué au vif, il avait eu la charmante idée de croire que ce recueil racontait son avenir. Puis ensuite, il avait refusé de le croire mais à cause des événements qui s'étaient produits la veille, il ne pouvait plus hésiter : ce script ne faisait qu'un avec sa triste existence... Mais disait-il toute la vérité ? Il n'en savait trop rien, car ce script lui révélait que son amoureuse, Kate, mourrait dans l'accident survenu hier. Or, elle était dans une chambre d'hôpital et elle vivait... Elle vivait !
William sortit le script de sa poche et se mit à lire la page suivante. A sa grande stupéfaction, Kate n'était pas morte mais était bien à l'hôpital. Mais à la page d'avant, il se rappelait avoir lu le décès de sa petite amie. Il y revint et, second choc, la page était trempe – seulement cette page. L'encre avait coulé et plus rien n'était lisible. Que se passait-il ? Avait-il réussi à changer le cours de sa vie, et donc celui du script ? Il fut pris de vertiges pendant quelques secondes et arracha la page mouillée. [Mal... à la... tête...]
Au bas de la page suivante était écrit une phrase, qui ne faisait pas partie du texte. Elle semblait à l'écart et était écrit d'une façon très propre par rapport au reste du script. Elle disait : {L'enfant est la clé.} De quel enfant parlait cette phrase ? Les yeux douloureux à force de rester ouverts, les muscles en compote, William décida de se reposer quelques minutes, avant qu'une infirmière ne le secoue pour lui dire que Kate était déjà sortie de son lit. Il se releva subitement et alla la voir tout en rangeant le script.
Il ouvrit la porte et la vit, plus rayonnante que jamais. [Qu'aurais-je fait si tu n'étais plus... ?] Il s'approcha d'elle et la saisit de toutes ses forces, tout en faisant attention de ne pas lui faire mal. Elle tenait debout grâce à une paire de béquilles, et semblait étonnamment en bonne forme. L'infirmière était restée sur le seuil de la porte, laissant le couple se retrouver après une grosse frayeur. « Kate, j'ai eu si peur...
— Je sais William, j'ai eu peur aussi... » Ils s'embrassèrent durant plusieurs minutes, dans le calme continuel de l'hôpital. Et pourtant, malgré la joie de retrouver Kate saine et sauve, William était préoccupé, et sa moitié s'en rendit compte. Elle lui demanda ce qui n'allait pas. « Kate, en ce moment, je... (Il s'arrêta.)
— Qu'est-ce qui ne va pas Wil ?
— Mon ange, rien ne va en ce moment... Si tu savais ce que je vis...
— Dis-moi tout. (Elle s'assit sur le lit.)
— A quoi bon ? Tu ne me croirais pas... » William se laissa glisser le long du mur jusqu'à tomber au sol. Les yeux embués, il passa le script à Kate. Il enleva ensuite sa veste et attendit que sa compagne se mette à lire la première page. « Qu'est-ce que c'est ? lui demanda-t-elle.
— Ma vie... Lis. » Elle obéit et, durant le laps de temps où elle tourna la page pour commencer sa lecture, moment qui sembla durer une éternité pour William, elle leva la tête vers lui et lui dit que la feuille était... « ... blanche. » Elle tourna la page suivante, puis l'autre, puis une dizaine de pages et ce jusqu'à la fin du script. Elle le rendit à William, qui était éberlué. Il ouvrit lui aussi le livre et reconnut au premier coup d'œil ce qu'il avait lu il y a très peu de temps. Il se leva et lui montra une page au hasard, qui était recouverte d'écrits. « Qu'est-ce que tu vois là ? » lui demanda-t-il. « Rien », lui répondit-elle.
Il alla à la page qui racontait la journée qu'il était en train de vivre et lut une phrase à haute. Il la montra du doigt et plaça le script sous les yeux de Kate. « Mon amour, dis-moi que tu vois ce qu'il y a écrit...
— William... La page est blanche... » Il eut subitement l'impression de tomber dans le vide, qu'une partie de lui venait de se faire sauvagement découper... Il y a quelques minutes, il n'arrivait pas à comprendre ce qu'il lui arrivait et maintenant qu'il avait montré le script à sa bien-aimée, il comprenait encore moins. « Qu'est-ce que c'est que ce livre ?
— Rien. On y va. » Il la souleva d'une main et sortit de la chambre. Chaque porte était ouverte, laissant voir un malade en piteux état la plupart du temps... Arrivé face à l'accueil de l'hôpital, William s'arrêta. En fait, c'était Kate qui avait arrêté William. « Que se passe-t-il ?
— Cet enfant, c'est la... (Elle hésita, regarda l'enfant qui se tenait devant l'entrée de l'hôpital...) C'est la troisième fois que je le vois, toujours à un moment assez... inattendu. » William la fit s'asseoir sur une chaise. « Quel genre de moment ? lui demanda-t-il, son cœur redoublant de vitesse.
— La première fois, il m'avait rendu mon porte-monnaie, que j'avais égaré ; la seconde fois, devant le cadavre du pauvre SDF dont je t'ai parlé et la troisième fois... La voici. » William se leva et regarda l'enfant avec insistance... Il semblait tout petit et avait le crâne rasé. Et si...
{L'enfant est la clé.}
Était-ce une simple coïncidence, ou un signe du destin ? Son cœur balançait entre ces deux possibilités, mais la seconde option l'emporta. Il laissa Kate dans la salle d'attente, lui disant qu'il allait revenir d'ici quelques minutes et sortit de l'hôpital. Le froid l'accueillit à bras ouverts... L'enfant semblait serein, comme si le fait que William s'approcha de lui était normal...
L'adulte s'arrêta devant l'enfant, le regard vide de toute compassion. Ce dernier n'avait jamais prononcé un seul mot à Kate ; allait-il faire de même avec William ? Le compagnon de Kate, qui le regardait de la salle d'attente, s'accroupit pour se mettre à la hauteur du garçon. « Bonjour. » Il sourit. « Comment tu t'appelles ? » L'enfant pouffa. « Écoute petit, je ne te veux aucun mal, OK ? (Il hocha la tête.) Seulement, j'ai la forte impression que toi et moi, nous sommes liés. »
L'enfant applaudit.
Était-il mué ? William n'en savait trop rien, mais il semblait se rapprocher de la vérité... Du moins, il en avait l'impression. « Mon... amoureuse, qui est dans la salle d'attente de l'hôpital, a avec elle un script qui raconte toute ma vie. Elle ne peut pas voir ce qu'il y a écrit – je ne peux pas l'expliquer. Et j'ai l'impression que certaines choses que je fais annulent ce qu'il peut y avoir écrit à l'intérieur de ce bouquin. (L'enfant fronça les sourcils.) Je peux comprendre que c'est assez compliqué à comprendre mon gars, mais...
— La journée que tu es en train de vivre se trouve à plus de la moitié de ton livre ? » William cligna des yeux, estomaqué. L'enfant pouvait donc parler, et il connaissait apparemment l'existence du script. Mais pourquoi ? Pourquoi ? « Oui, répondit tout simplement William.
— Retourne le lire, peut-être a-t-il encore changé... » Sur ces mots, l'enfant s'enfuit et disparut de la vue de William. Les mains moites, le front couvert de sueur, il alla retrouver sa femme d'un pas hésitant. Sans rien lui dire, il prit le script de ses mains. Il semblait plus léger... Il alla à la page qu'il avait cornée puis, après s'être rendu compte que cette enfant était bien la clé du mystère, il s'écroula au sol, anéanti.
Il ne restait plus que trois pages au lieu de cinquante-et-une avant la fin du script ; avant la fin de sa vie.
6
{... avançant vers le paquebot, il eut un sentiment étrange... Il prit son courage à deux mains et entra. Quoi qu'il puisse se passer, se dit-il, tout va se terminer ce soir. Ce soir... Il marcha le long de la passerelle et atterrit sur le bâtiment, qui était dans un état déplorable.}
William était arrivé à la dernière page du script. Sa femme dormait à ses côtés, silencieuse. S'il voulait savoir le fin mot de l'histoire, alors il devait aller à l'endroit où la fin du script se déroulait. Mais si la vérité éclatait à la fin du script, qui racontait sa vie, cela signifiait donc la fin de son existence ? Les mains tremblantes, il sortit du lit.
Il s'habilla chaudement sans faire aucun bruit et regarda une dernière fois sa petite amie. Ses lèvres, sa poitrine, ses mains, ses cuisses, ses hanches... Il laissa couler une larme le long de sa joue droite. Il l'essuya d'un revers de manche et décida de laisser un mot pour Kate. Il prit un stylo et une feuille de papier qui traînait dans un tiroir et se mit à écrire.
{Mon amour,
Je pars pour la nuit. Je ne peux pas t'en dire plus, si ce n'est que tout ceci a un rapport avec le script que je t'ai montré dans la journée. Je te demande juste de ne pas t'inquiéter, et de te dire que tout ceci est pour une cause juste. Si je ne suis pas revenu demain matin, c'est que je suis mort. Alors je te demanderai de continuer à vivre sans moi, et de ne pas m'oublier... Je t'aime mon ange, tu es la plus belle chose qui ait pu m'arriver.}
William.
Sur ces mots, l'homme sortit de la maison, ferma la porte d'entrée à clé et démarra sa voiture en direction du port. D'après le script, l'enfant se trouvait à bord d'un immense paquebot abandonné. Là, William aurait droit à toutes les réponses qu'il souhaitait.
Tendrement, il caressa le canon de l'arme qu'il avait soigneusement mit à l'intérieur de son étui, au niveau de son postérieur. Le souffle court, déterminé, il se gara en face du paquebot et y entra.
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Entoxya
- Posté le
13 juin 2011 à 19:39:03

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7
Tenant fermement le script dans sa main gauche, son arme toujours dans l'étui, William suivait le chemin tracé par les longs couloirs sales et humides du bateau. Le bâtiment était immobile, l'atmosphère pesante... William se sentait terriblement seul dans ce paquebot, et il commençait à avoir une légère boule au ventre... « Pas de panique... », tenta-t-il de se rassurer.
Aucune lumière n'éclairait le paquebot, aucune. L'homme marchait à tâtons – il n'avait pas pensé à prendre une lampe torche. Sa respiration commençait à s'accélérer, de même que les battements de son cœur... Lentement, ses jambes commencèrent à s'alourdirent jusqu'à ce qu'il s'écroule au sol, anéanti – il avait horreur du noir.
Quelques minutes plus tard, une lumière se fit, à l'autre bout du couloir. Il se releva avec difficulté et la suivit. La lumière redoubla de vitesse, et William dut accélérer sa course. Le corps couvert de sueur, il se retrouva dans une immense pièce où étaient rangés divers instruments servant à nettoyer le paquebot. Et derrière une caisse remplie de ces produits, il vit apparaître l'enfant. « Bonsoir », dit-il.
William ne bougeait pas d'un pouce. L'enfant le fixait d'un regard heureux – il souriait.
Il redoutait le moment où il aurait les réponses à ses questions. D'où provenait ce script ? Qui était l'enfant ? Comment pouvait-il savoir son avenir aussi précisément ? Toutes ces interrogations se bousculaient dans sa tête... « Bonsoir, répéta l'enfant.
— Bonsoir...
— Pourquoi es-tu ici William ? » L'enfant connaissait son prénom. Il fallait s'en douter... « Je veux tout savoir sur ce... putain de script.
— Quel script ? » dit-il timidement. Quel script ? L'enfant se jouait de lui, il en était certain. William sortit le script de sa veste et le lui montra. La dernière page correspondait à la nuit qu'il était en train de vivre... « Oh, celui-ci...
— Oui, celui-ci. » Il lui demanda comment il s'appelait. « Là n'est pas le problème William, répondit l'enfant. Le problème, c'est ce script, tout simplement. Et moi. N'est-ce pas ?
— C'est exact... Comment as-tu pu connaître mon avenir ? » Première question importante. L'homme attendait la réponse avec impatience. « Je n'ai jamais su ton avenir, William. Tu te fais des films... Tiens, en parlant de film, tes scripts avancent ?
— La ferme ! Réponds à ma question sale gosse, tout de suite ! » L'envie le démangeait de sortir son arme et de la pointer sur l'enfant, mais il devait se contrôler. Le petit sourire angélique qui éclairait le visage de l'enfant s'éteignit. A la place, il se fit sérieux. Terriblement sérieux. « J'ai bien écrit ce script William. »
Un poids s'enleva, mais il avait toujours des questions. « Lorsque je l'ai fait lire à ma femme, les pages étaient blanches. Pourquoi ?
— Tu ne l'as jamais fait lire à ta femme, tout comme elle ne m'a jamais vu.
— Pardon ?! s'écria-t-il.
— Tu as bien entendu William. Ta jolie Kate ne m'a jamais vu.
— Mais elle m'a parlé de toi...
— Non, jamais. La première fois où elle m'a soi-disant vu, son porte-monnaie était par terre, juste devant elle ; elle l'a tout simplement ramassé. La seconde fois, lors de la mort du pauvre SDF, j'étais bien là, mais elle ne m'a pas vu. Et à l'hôpital, tu es venu vers moi de ton propre chef, laissant Kate dans la salle d'attente, étonnée. Elle ne t'a jamais parlé de moi. » Trop de révélations en une seule question. William tomba sur les fesses, abasourdi. « Qui es-tu ? demanda-t-il, le souffle court.
— Je suis toi. » L'homme se releva et plaça sa main sur l'étui de son arme, qu'il ouvrit. Il sortit lentement l'arme et la révéla à l'enfant. « Tu vas... arrêter... de te foutre... de moi... », souffla-t-il à l'adresse de l'enfant, le doigt sur la gâchette. Ce dernier répondit calmement : « Je ne me fous pas de toi William. » Sur ces mots, l'enfant disparut, laissant à sa place un immense éclat de lumière.
De longues secondes plus tard, le flash disparut, laissant apparaître un homme. « C'est impossible... » William pointait désormais son arme sur un autre homme, qui n'était autre que lui-même. La voix de l'enfant résonnait dans sa tête... « Allons William, tu ne vas pas te tirer dessus tout de même... » Sur ces mots, le script qu'il tenait dans son autre main se mit à brûler. Il tenta de le jeter par terre mais c'était peine perdue ; le script ne se décrochait pas de sa main.
L'autre William se mit à rire en se voyant tenir le script en train de brûler. « [Ne tire pas...] {Tire...} [Ne tire surtout pas...] {Il faut que tu tires...} [Ne tire pas !] {Tire !} » L'enfant parlait de deux manières différentes. Devait-il tirer ? La blessure qu'il offrirait à lui-même, la ressentirait-elle ? Et s'il ne tirait pas ? Brûlerait-il avec le script ?
Toutes ces questions trouvèrent une réponse au coup de feu qui fut finalement tiré.
8
Le double du vrai William tomba au sol, un trou béant et ensanglanté dans la poitrine. Il crachota du sang, puis demanda d'une voix inaudible : « Pourquoi ? » Les joues humides, il tira une seconde fois, faisant exploser le haut du crâne de l'homme. William était mort... Il tomba au sol, inerte.
William-le-vivant regardait William-le-mort d'un regard écœuré. Toute cette folie était enfin terminée. Terminée... Les réponses qu'il avait eu étaient toutes remplies de mystère, mais il était trop tard pour essayer d'en savoir plus. Puis au fond, il ne voulait plus rien savoir concernant cette histoire...
Le script continuait de se consumer, au sol maintenant. L'enfant avait disparu, de même que le corps de William. Ce dernier sortit du paquebot d'un pas hésitant.
La nuit était noire, et le soleil tardait à montrer son visage. Il monta dans sa voiture, la ferma à clé, mit sa ceinture et démarra. Les rues étaient désertes cette nuit-là. Il suivit les routes et les chemins qui le menèrent jusqu'à chez lui. Il sortit du véhicule et entra enfin dans sa maison.
Kate dormait toujours, et le mot qu'il avait écrit était toujours à l'endroit où il l'avait posé ; il le déchira et le jeta à la poubelle. Il se déshabilla et alla se coucher au côté de sa bien-aimée. Le script avait disparu, et il pouvait reprendre une vie normale...
Il regarda son amoureuse dormir. Elle souriait, très légèrement... Il lui passa les cheveux derrière les oreilles et, suite à cette action, elle ouvrit les yeux. Ils se regardèrent pendant plusieurs minutes ; William lut de l'hésitation dans ses yeux. [Qu'est-ce que... ?] Puis elle l'embrassa.
Dans une joie immense qui combla William au plus haut point, après ces quelques journées en enfer, ils firent l'amour, toute la nuit.
[Je t'aime Kate.]
9
Nu au centre du lit, sous la couette blanche, William vit Kate sortir de la chambre, habillée et prête à partir. Il lui réclama un bisou et, pressée, elle lui répondit à sa demande : « Désolé mon cœur, je suis pressée ! Et on devra parler ce soir de ce que tu as écrit dans ta lettre... » Sur ces mots, elle partit en refermant silencieusement la porte d'entrée.
Finalement, elle avait lu la lettre... [Ce n'est rien face à ce que j'ai pu vivre... Je lui dirai tout, peu importe si elle me croit ou pas], se dit-il avant de se rendormir.
Deux bonnes heures plus tard, on toqua à la porte. William, toujours dans les vapes, sortit du lit, s'habilla rapidement et alla ouvrir. Il n'y avait personne – sûrement une blague des gamins du quartier. Il referma la porte, avant d'entendre une nouvelle fois toquer. Il sortit cette fois-ci de chez lui et vit un enfant mettre une feuille dans sa boîte aux lettres. Cet enfant se retourna vers lui. [Non, non, non...]
William se rua sur lui et le saisit. Du moins, il crut le saisir ; ses membres étaient passés à travers le corps de l'enfant, qui partit définitivement. Il retourna chez lui, prit les clés de la boîte aux lettres et alla l'ouvrir. Il en sortit une page et se mit lentement à la lire. Au bout d'une dizaine de mots, il comprit que cette page était la dernière du script qui avait brûlée la nuit passée. « Oh non, pas encore..., se lamenta-t-il.
— [C'est la dernière fois, promis.] »
{S'apprêtant à partir, Kate dit à son amoureux qu'elle devrait parler avec lui de la lettre qu'il lui avait laissé cette nuit. William, décontenancé, se rendormit.
Deux heures plus tard, quelqu'un toqua à la porte. Il y alla ; rien. Un second coup à la porte, William sortit et vit l'enfant devant la boîte aux lettres. Il tenta de le capturer mais par un procédé inhumain, l'enfant s'échappa.
Il retourna chez lui, pris d'une peur soudaine.} (Dans la réalité, l'enfant avait bien déposé la dernière page du script dans la boîte aux lettre, mais le recueil n'était pas mentionné à l'intérieur de lui-même...) {Le téléphone se mit à sonner, faisant sursauter William. Il alla répondre et entendit la mère de Kate, en larmes. Sa fille venait de décéder il y avait près d'une heure dans un accident de la route. Elle avait été renversée par un camion.}
[Ce camion l'aura tué finalement...] Les yeux embués, William entendit le téléphone sonner. Inutile de répondre, se dit-il. Il se dirigea jusqu'à son ordinateur, l'alluma et mit en marche le traitement de texte. Une idée de scénario avait germé dans sa tête.
Alors, d'un regard vide, il écrivit en titre : {Panne d'inspiration}. {Panne d'inspiration}...
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