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Zech
- Posté le
29 juillet 2009 à 11:13:53

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Revoilà la première partie des correspondances, mais cette fois j'ai bien commencé à travailler la deuxième partie.
Bonne lecture.
Dimanche 31 décembre.
Ma chère Céline,
Si je n'écris plus, c'est que mes mains engourdies,
Ne répondent plus aujourd'hui aux mots d'hier.
Des rigueurs de la roche, mes mains alourdies
Gardent les gravures, et raideurs des prières.
Le vent qui guidait ma plume n'est plus le même,
Il était doux, enthousiaste et libérateur.
Mais ces derniers mois et toutes ces erreurs
Sont de blessants sarcasmes à mes vieux poèmes
L'amour aujourd'hui ? Je ne sais que le railler.
Les douceurs de la vie s'effacent à mes yeux,
Seul l'ardeur du désir brille de quelque feu,
Et mon esprit n'aspire plus qu'à dérailler,
Ian.
Mardi 2 janvier.
Ian,
Tu ne vas peut-être pas me croire, ou bien simplement vas-tu t'imaginer que je n'ai rien compris à cette réponse que tu m'as envoyée, mais j'ai pris grand plaisir à la lire.
C'est vrai, je ne te comprends plus, je t'ai vu changé ces derniers mois, enfin pas tant que ça.
Malgré ta perpétuelle bonne humeur, et ce sourire qui était tout le temps le tien, dès qu'il y avait un peu de compagnie, celui-là qui ne voulait pas forcément dire que tu étais heureux, mais simplement qu'il fallait l'être pour soi et pour les autres. Tu as toujours détesté les rabats joies, tout ces gens qui font partager leur malheur comme s'ils étaient les seuls à souffrir, et comme s'il n'y avait rien d'autre à y faire que de se plaindre. Et bien que tu joues le morose en ce moment (je sais que tu ne joues pas. Mais n'est ce pas toi qui disait qu'il n'y avait pas un instant où on ne jouait pas la comédie ? J'ai retenu tes leçons, je sais que ça t'étonnes), je suis sûre que ça n'a pas changé.
Oui je sais que je perds encore le fil de ce que je disais, c'est mon défaut, tu me le fais assez souvent remarquer, en ajoutant à chaque fois, les yeux tournés vers le ciel « Ah, les femmes ! Toutes les mêmes ! ». Pourtant je suis désolée, mais j'adore ça, me souvenir de toutes ces anecdotes de notre relation, oui j'aime aussi te rappeler, (me rappeler ?) que je te connais...peut-être plus que les autres, et que tu me connais sans aucun doute plus qu'aucun autre (plus que moi-même sûrement d'ailleurs).
Mais j'en reviens à ce que je disais.
Oui j'ai aimé lire cette lettre que tu m'as envoyée. Pourquoi ? C'est simple, et ça ne t'a pas échappé à toi non plus, j'en suis sûre. Premièrement, car tu m'as répondu, et j'y vois un semblant d'intérêt, même d'affection, à mon égard. Oui je sais que toi, tu n'y verras qu'une simple envie, à laquelle tu as cédé, ni pour moi, ni pour toi, ni pour les autres, simplement cela t'a pris, et il n'y a rien d'autre à ajouter.
C'est pourquoi j'en viens à la deuxième raison, la plus essentielle, ce que tu dis dans cette lettre.
Qu'est ce qu'elle dit ? Non, non, ne t'inquiètes pas je n'ai pas la prétention de penser comprendre ce qu'elle révèle entièrement de toi ou de la vie, mais il y a une chose dont je suis sûre, c'est qu'il y a encore là-dessous une de tes nouvelle vision de la vie, dans laquelle tu te lances comme à ton habitude avec enthousiasme. Tu la vivras jusqu'à l'extrême, jusqu'à l'épuiser, jusqu'à voir ses erreurs, et tu en changeras pour en trouver une meilleur. C'est tout toi ça, tu changes tout le temps, peu de gens le voient, ils s'arrêtent aux traits visibles de ta personnalité, tes provocations, tes passions, et ce qu'ils prennent pour de la prétention. Mais chaque fois tu t'améliores, tu en ressors plus heureux, ou les autres en ressortent plus heureux. Cela dépend des fois, mais tout le monde y gagne au bout du compte, même si ça n'apparaît pas forcément dès le début. J'attends avec impatience quand tu auras trouvé la voie optimale, celle qui fera, d'après toi, souffrir le moins de monde, et en rendra le maximum heureux, mais aussi celle qui sera la plus belle, aussi belle que le souvenir de Pauline. Oui je sais que c'est elle qui sera toujours là près de toi, je n'en suis pas jalouse, tu ne l'aimes plus, elle t'a trop déçue, je le sais, mais c'est malgré tout le souvenir que tu chériras toujours le plus. Celui aussi qui te fera toujours te remettre en cause.
Alors voilà, tu entres dans une nouvelle vie, c'est tout. Le mouvement est toujours là !
Mais une chose, je te le dis (pourtant ça ne changes rien) ce n'est pas la bonne. Non ce n'est pas la bonne vision, ce n'est pas la bonne façon de voir la vie, je ne sais pas laquelle est ce, toi tu le sauras, la découvriras. Mais ce n'est pas celle là, fais confiance à l'intuition féminine, pour une fois.
Ça n'empêche pas que tu dois y croire, comme tu y crois toujours, avec toute ta passion.
Et j'ai hâte de voir ce que cela va donner, ce grésillement que tu m'annonces, cette brutalité, cette raideur dont tu parles, elle m'intrigue vraiment.
Tu t'es donc remis à écrire. Et tu vas encore écrire, avec cette nouvelle plume, si bien aiguisée.
S'il te plait, fais la moi partager. Dans nos correspondance, je veux te suivre encore, jusqu'au bout.
Je t'embrasse,
Céline.
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Zech
- Posté le
29 juillet 2009 à 11:14:37

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Vendredi 5 janvier.
Ma chère Céline,
Il est des femmes, dont la présence éternelle
N'est que le souvenir de charmes irréels,
Pauline est de celles-ci, et je m'y suis fait.
Mais Céline ! En amour, il est d'autres effets.
Ceux plus concrets, des femmes d'une autre nature,
Dans les bras d'une amie, qui guérit les blessures.
Et, puisque tu en fais partie, quelques réponses.
Pourquoi au passé et ses rires, je renonce.
Ces cicatrices sur mon corps ont une histoire,
Elles ont pâli avec le temps, mais certains soirs,
Elles me brûlent encore. Douleurs de l'enfer
Qui laissent dans ma chair, un amer goût de fer.
Je t'en ai peut-être parlé de cette enfance,
Cette errance et ce manque...et de chance et de sens.
Ces couteaux qui brillaient, d'un éclair dans le noir.
Tous ces espoirs, en lesquels je ne puis plus croire.
Souvenirs déjà, puisque depuis bien des mois,
Chaque brise, sourire, instant, étaient pour moi
Douceurs angéliques aux saveurs enivrantes,
Baume apaisant de lumières rafraîchissantes.
Et puis quoi ? Sur ce point je m'avoue ignorant.
J'ignore où, quand et comment cela s'est passé.
Mais en moi quelque chose, en mille, s'est cassée.
Mes mouvements sont raides, et mes os faiblissants.
Mes membres se déplient! Des voix aiguës s'écrient :
« Souffrez de milles maux ! Fuyez où vous voudrez !
De tout temps vous ne serez jamais à l'abri.»
Et la terre fertile est d'étoiles cendrées.
Voilà qui a changé, je n'en connais la cause.
Mais pour toute faiblesse, une révélation !
A un ami on peut reprocher bien des choses,
Mais les souvenirs présents sont consécrations.
A toi donc, que j'ose appeler dorénavant mon amie.
Ian.
Lundi 6 janvier.
Ian,
Hier, c'était dimanche, hier j'ai lu ta lettre. Ce poème, non simplement des vers.
Ta façon à toi de t'exprimer avec pudeur.
Tu développes tout le temps des théories, et il m'en vient une, tu déteins sur moi, mais j'en suis consciente, et même heureuse.
Alors si la faiblesse de la théorie, dont je vais te faire part, t'agace profondément, comme cela t'arrive si souvent quand tu écoutes ces autres, qui n'ont pas ton sens de l'improvisation, du rebondissement et des acrobaties dans leur raisonnement, oui si tu t'énerves en lisant ma petite thèse, et bien, ne la regarde plus comme telle, mais vois la simplement comme une façon à moi de me rapprocher de toi.
Encore une fois, j'ai dérivé, mais là je me lance.
Pourquoi chez toi tout ces vers ? Car tu es pudique. Pas timide ! Non, non, tu penses peut-être l'être un peu, mais pour tout les gens qui te connaissent cela serait ridicule, tu t'amuses si souvent à choquer les gens, qu'il n'y a rien, aucune idée, que tu n'oses exprimer, et tu te gènes rarement pour le faire. Quand on était au lycée, nos professeurs s'en sont vite rendus compte, il ne passait pas un cours, sans que tu ne remettes en cause ce qu'ils disaient, dans des domaines où pourtant tout les autres les jugeaient spécialistes. Et presque aucune matière n'y échappait, que ce soit en histoire, en philosophie, en littérature, en économie, et même en mathématique, bien que plus rarement. Et comme tu le dis si souvent, et je dois le reconnaître c'est assez vrai, tu avais presque tout le temps raison. N'allons pas trop loin, ce n'est pas tant que tu connaissais mieux les matières qu'ils enseignaient que ces professeurs, mais simplement, par quelques détails, tu avais sur leurs connaissances une toute autre vision, plus précise, parfois plus nuancée, souvent plus extrême, qui tenait à quelques détails, auxquels ils n'avaient pas accordé suffisamment d'importance. Le pire dans tout ça, c'est que, même si parfois cela lançait un très long débat entre toi et eux, qui parfois agaçait la classe, ils en venaient toujours à t'accorder entièrement raison, ou au minimum nuançait leur propos précédent.
C'est pourtant ce débat, qui les poussait à réfléchir, à rompre leur monotonie, à enfin être vu comme un être à part entière par un de leurs élèves, et qui faisait qu'ils t'adoraient pour la plupart, ou te détestaient pour quelques uns.
Bref, c'est un peu longuet pour quelques souvenirs de classe, et tout ça pour quoi ? Je ne l'ai pas oublié, tu vois même si je dérive, je sais maintenant me concentrer. Pour montrer que tu n'as rien de timide. Bien sur cela peut sembler restreint comme ouverture, mais c'est avec tout le monde, que tu en viens à débattre, enfin tout ceux qui savent raisonner un tant soi peu.
Mais non, ce n'est pas juste dans des domaines intellectuels que tu provoques. Quoique ! C'est toujours par un débat, une discussion, que tu en viens à cette attitude.
Mais tu n'es pas timide, tu te souviens de ce jour ? Cette fois c'était à la fac, tu discutais avec deux demoiselles sur la question de la priorité que l'on devait accorder à la vérité, ou bien au bonheur. Tu leur soutenais avec enthousiasme que le bonheur balayait rapidement toute importance que l'on pouvait accorder à la vérité. Et bien que c'était risqué, tu utilisais même un exemple que tout le monde aurait cru en faveur de la vérité, celles des relations de couples. Mais ton génie, ce jour là, éclata par deux fois, premièrement tu réduisis l'importance des avis de ces deux femmes, d'une manière assez subtile pour qu'elles ne s'en rendent pas compte, en faisant intervenir deux inconnus qui passaient par là, deux hommes, tu leur posais des questions, je ne me souviens plus vraiment lesquels, et ils en venaient bien évidemment à répondre quelques choses qui allaient en ta faveur. Et puis, le deuxième coup de génie vînt, quand l'une des filles prononça avec passion cette phrase :
« Peut-être, mais moi je veux quand même la vérité toute nue.».
Je me souviens encore de cet instant précis, tes yeux brillèrent, tes sourcils se froncèrent, tu plongeas ton regard dans le sien, et lui demanda :
« En es tu sûre ? »
J'avais compris que tu mijotais quelque chose, je te connaissais déjà pas mal, mais je ne savais pas quoi, si cela se passait aujourd'hui, je pense que j'aurai prévu la suite.
Oui j'aurai prévu, ce mouvement radieux qui te fit faire un grand tour sur toi-même avec un grand sourire, les bras écartés, et qui se termina sur une simple phrase :
« Hé bien, là voilà, la vérité toute nue ! »
Et tu t'es mis littéralement à nu, envoyant ta chemise sur une inconnue qui passait, enlaçant une autre de ta ceinture, je passe certains détails, et tu finis simplement avec ta sacoche qui pendait sur le devant pour garder un minimum de décence dans un lieu publique, à ce moment là très fréquenté. Et tout le monde s'était mis à rire, à sourire autour, tu étais devenu le centre d'attention de la place. Pourtant, je le sais tu ne t'en es pas réellement aperçu, tu n'avais d'yeux que sur l'effet que tu faisais à tes précédentes interlocutrices. Les deux filles avec qui tu parlais, étaient en effet assez timides, et bien que souriantes, et amusées, elles étaient assez gênées, et cela coupa court à toutes leurs réflexions. Tu avais gagné, tu n'avais plus qu'à en terminer.
Et tu le fis, en quelques gestes, tout d'abord ces mots :
« Alors elle vous plait cette vérité mise à nue ? »
Et l'une qui répondit avec un sourire :
« Hé bien oui, je soutiens toujours que je lui donne la préférence, même si un peu de gonflette ne ferait pas de mal. »
Et voilà, tu avais ce que tu voulais, je t'entends encore rire, et prononcer avec cette joie enfantine ces mots, tout en tendant vers elle ta main :
« Et bien, mesdemoiselles, peut-être avez-vous raison, je vous laisse le prouver, jusqu'ici tout n'était que mots, offrez nous votre vérité toute nue »
Et là tu étais heureux, aucune des deux n'aurait osé se mettre à nue. Elles rirent, tu les regardas, interrogateurs. Puis tu te retournas avec un grand sourire, enfin tu t'en allas, finissant toute cette comédie en ces termes :
« J'ai donc ma réponse, le bonheur est le seul que l'on hésitera jamais à étreindre. »
Désolée encore, j'ai peut-être raconté un peu plus que de besoin, tout cela n'était que pour montrer que tu n'avais aucun problème à montrer ton corps, s'il y avait une raison qui te plaisait de le faire, et là encore je crois que cela prouve l'absence de timidité chez toi.
Je crois que tu me pardonneras facilement d'avoir ramener au présent ce souvenir.
Vraiment ces moments au quotidien avec toi ont souvent laissé la place à des moments inoubliables.
Bon il reste le plan le plus important, les sentiments, es tu timide sur ceux-ci ? Oui un peu, même avec ta mère, vous ne vous dîtes que rarement des mots comme « je t'aime ». Mais malgré tout, je ne crois pas qu'on puisse te dire timide sur ce plan, car tu n'as jamais eu trop de difficultés avec les filles, tu as su les conquérir, et tu leur disais tes sentiments même si c'était toujours avec quelques rougeurs, je crois. Mais tu n'étais pas là à attendre des jours avant de te lancer.
Mais pourtant, il y a non la timidité, mais la pudeur, surtout des sentiments à vrai dire. Oui, tu leur dis tes sentiments, mais pourtant tu n'iras pas développer, les expliquer, les détailler, en fait si mais pas directement. Je suppose que c'est grossier pour toi une telle manière de le faire.
Alors voilà la poésie ! Tes sentiments avec les femmes, mais pas seulement, tous tes sentiments tu les exprimes dans cette coupe, qu'est le vers.
Il y a un cadre, le vers, ce nombre de syllabes qui permet de ne pas déborder, de s'épancher d'une manière trop vulgaire, sans aucune retenue, sans aucune attention aux autres. Tu commences au début d'un vers, tu termines à la fin d'un autre. Et si tout est limité, cadré, il y a pourtant dans le vers assez de place pour l'infini même. Mais il n'y pas que ces limites, il y a aussi ce rythme. Tu l'adores, il exprime tous les élans, tous les silences, il exprime le mouvement de ta voix, en accord avec ton cœur, il donne le ton, la puissance. Et puis il y a les sons, qui expriment les nuances du sentiments, ces « t » qui appuient ton audace, ces «l » (ailes ?) qui te suspendent en vols, le temps d'une demi seconde, et les « m » qui caressent en douceurs, mais je ne vais pas tous les faire, ni trop les limiter à un sens précis. Car, peut être, sûrement, ce que tu aimes avant tout, c'est la complexité de ce tout, de ce rythme mélangé aux mètres, aux sons, aux sens, aux limites, qui donneront toujours un sens bien précis, unique, et particulier à chaque vers, chaque strophe.
Mais tout cela n'est que suggéré. Non, c'est donné, et ce ne peut être repris, ni oublié comme les mots, mais par contre, on peut passer à coté. Voilà ta pudeur, ne pas vouloir imposer aux autres l'ampleur et les détails de tes sentiments, tu les laisses à porter, à qui voudra les prendre.
Oui je sais trois pages d'anecdotes pour introduire une théorie de moins de vingt lignes, c'est peut être beaucoup, mais c'est comme ça que je fais. En plus sur ce plan là, t'es pareil, tu le sais comme moi, c'est un bon exemple qui fait qu'un argument touche l'interlocuteur. C'est toi, qui me l'a appris, tu peux avoir le meilleur argument au monde, le mec d'en face changera jamais d'avis, même si parfois par honnêteté, il avouera qu'il n'a rien à y redire. Mais tu peux le faire changer d'avis, avec UN bon exemple, qui le fera sourire, lui rappellera sa propre vie, ou sera en accord avec ces aspirations.
Bon, bon à priori, on pourrait penser que cette lettre contrairement à la tienne ne contient aucun élément de réponse, c'est pourtant le principe d'une correspondance, parler sans écouter l'autre, enfin surtout sans lui répondre, n'a que peu d'intérêt. Mais en fait, c'est juste que je voulais retarder ce que j'avais à dire, parce que je ne sais pas très bien comment le dire. Pour tout dire d'ailleurs, cette lettre, ta lettre, je l'ai lue tout ce dimanche, et j'ai pleuré en la relisant, car la première chose que j'ai retenue de celle-ci, c'est que j'étais enfin pour toi une amie, et je sais que pour toi c'est pas rien, que c'est quasiment définitif. T'inquiètes pas, c'est pas pour ça, que je vais faire des conneries, et tout me permettre, je sais que si je faisais ça, tu m'oublierais rapidement. Mais juste j'ai été touché, et j'espère être digne d'être une personne qui compte pour toi. Digne, car je sais que tu seras toujours là, si j'en ai vraiment besoin. Tu ne peux pas savoir à quel point, j'attendais ça.
Je sais, il n'y a pas grand chose dans cette lettre en fait, mais rassures toi j'en ai conscience, et si je m'accorde ce moment de faiblesse, ce n'est pas pour en faire une habitude. Tu hais la faiblesse, et tu as raison, je ferai en sorte de ne pas faire de celle-ci une habitude, car je t'adore.
Je t'embrasse tibou,
Ta Ninoune.
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Zech
- Posté le
29 juillet 2009 à 11:15:28

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Mercredi 15 janvier.
Ma chère Céline,
Il est neuf heures trente-cinq, quand minuit sonne.
Je les entends, toutes ces cloches qui résonnent,
Au coin d'une âme à l'agonie prédestinée.
Et dans sa mort, une naissance aux dons innés.
Dans ces souffrances, tout n'était que décadence.
Jusqu'au cri de révolte du dernier souffle,
Qui renie en un mot, une mort, une gifle,
Et acclame alors la divine renaissance.
Céleste départ, mais immonde cruauté,
Qui change le passé en ignobles barreaux.
Puisque c'est toi la victime, et moi le bourreau.
Je m'en vais loin de toi cueillir ma liberté.
Adieu,
Ian.
Vendredi 17 janvier,
Ian,
Je t'avoue ne pas comprendre ta dernière lettre. Je l'ai reçue hier et depuis, je n'arrête pas d'y penser! Que signifie-t-elle? J'ai peur de ce qu'elle semble dire, mais je dois simplement avoir mal compris. Après tout n'est ce pas souvent le cas quand on lit de la poésie? N'y met-on pas ce que l'on veut, ou au contraire parfois ce que l'on craint? Les contres-sens sont nombreux en poésie, même si je sais que tu es contre toute poésie obscure. Cette poésie égocentrique de jeunes puceaux qui n'ont pas encore compris que tout n'était que partage des corps, comme tu le dis si souvent. Je sais bien que tu souhaites toi être compris. Tu refuses de te replier sur toi même, de rester un incompris, d'utiliser tes propres signes, symboles, ou métaphores qui te sont personnels.
Tu te souviens le cours de philo sur l'innée et l'acquis? On en était venu à parler des génies. Je m'en souviens particulièrement, car ce jour là c'était bizarre, d'habitude tu étais toujours attentif à ce cours, et d'ailleurs on t'entendais même plus que le professeur, mais pas cette fois-ci. Tu semblais fatigué, ta tête reposait sur ta main, et tu regardais vaguement le ciel à travers la fenêtre. Et autour de toi, tout le monde laissait enfin libre cours à leur verve, bien fade comparé à la tienne. Comme d'habitude l'unanimité n'était pas de mise à vrai dire. Il y avait le groupe d'arrogants et orgueilleux, qui prônait cette différence fondamentale des génies du commun des mortels.
C'est étonnant d'ailleurs, d'un coté tu leur ressembles, tu es toi même assez élitiste, arrogant. Oui, c'est une réalité, tu ne peux le nier. Ce n'est pas une critique, tu sais que je t'adore. Enfin bon, tout le monde aurait pensé que tu aurais été d'accord avec eux, mais non, tu les contredisais presque toujours. Beaucoup voyaient là, un orgueil encore plus démesuré, qui refusait tout mise à égalité avec qui que ce soit. C'est peut être vrai d'ailleurs...je ne sais pas trop. Difficile de te cerner réellement! Tu te contredis d'un jour à l'autre, et pourtant chaque jours on te donne finalement raison, c'est drôle et un brin absurde vu de l'extérieur. On se croirait dans une comédie de Molière, maintenant que j' y pense, tu ne trouves pas?
Enfin, pour en revenir à cette journée, tu pris le partis des autres, des consensuels, qui se refusaient absolument à mettre une différence, et une supériorité trop large entre les génies et le reste des hommes. En fait, tu ne donnais raison à aucun des deux groupes. Mais tout se passait si rapidement, que tout le monde crut que tu rejoignais l'avis, dirons nous le plus consensuel. De mémoire, ça avait commencé ainsi, l'un des élèves avait rétorqué assez fort pour te sortir de ta rêverie, que la preuve de la différence des génies était cette difficulté ces derniers, à être compris par les autres. Ils disaient qu'il n'y avait qu'à regarder, de tout temps les grands génies, les grands inventeurs, ceux qui avaient des capacités qui dépassaient largement celles du commun. Ils avaient toujours eu des problèmes à se faire reconnaitre comme des génies de leur vivant, et surtout ne s'étaient jamais réellement intégrés à la société. Et ce n'était pas pour rien qu'il y avait ce mythe du scientifiques dans sa tour d'ivoire, ou de ces intellectuels qui vivent dans leur monde, inaccessible aux autres.
Dans la classe personne n'était dupe. Celui là et tout ceux qui soutenaient alors cette thèse se prenaient eux même, si ce n'est pour des génies, au moins pour des être supérieurs. Ou comme ils disaient par consensualité "différents", vivant déjà dans leur monde, sous entendu plus élevé. Peut-être est cela qui t'a énervé, en tout cas d'un bond tu t'es levé, et t'es mis à le regarder, puis de lui dire d'une manière assez agressive qui choqua, mais surtout scotcha tout le monde:
"Leur monde? J'ai jamais entendu pareille connerie ! Je suis désolé de te le dire, mais on vit dans le même monde. Tu nous penses peut-être dans la matrice... Et toi dans le monde réel? Je voudrais pas dire, mais si tu y avais un peu réfléchis, enfin surtout mieux réfléchis... Ce que tu décris, cette incapacité à communiquer avec l'autre, se repli pathologique sur soi même, ça porte un nom. On appelle ça l'autisme! Et malheureusement pour toi c'est pas une forme de génie, c'est simplement une maladie. Oui je suis d'accord, à regarder certains autistes, on les prendrait presque pour des génies parfois. Ils ont des capacités que nous n'avons pas! Mais à quel prix? Ils sont limités à quelques rares, voir unique, domaines où ils excellent. Tu crois que c'est ça, qui a formé notre monde. Et bien va falloir revoir tes classiques, ma poule. C'est peut être ça en partie, mais si tu regardes bien, les génies c'est le contraire même, l'artiste par exemple, c'est celui qui arrive pas à faire de belles choses, c'est celui qui traverse le temps, parce qu'il aura réussi à faire partager aux autres un peu de soi même. Et l'artiste de génie, c'est celui qui découpe toutes les frontières, celles qui pouvaient exister entre la musique, la poésie, la peinture, le théatre et le chant.
Il est l'homme des correspondances, adressées à l'humanité. Un génie arrive à percevoir l'unicité profonde de ce monde, et sa proximité avec les autres, ce lien qui existe entre nous. Bien sûr chez les artistes, il y a aussi des autistes, qui font des œuvres appréciables soit dit en passant, du moins par la critique. Comme toute cette poésie obscure et repliée sur elle même du vingtième, que personne n'a lu et dont tout le monde se contrefout. Mais bon, tu veux peut-être qu'on parle de scientifiques? Tu veux qu'on parle d'Einstein? Qui a été plus engagé que lui? Qui s'est senti aussi responsable, aussi partie intégrante du monde et des conséquences de chacun de nos actes, qu'Einstein lui-même? Pourquoi on retient tant de phrases, souvent humoristiques d'ailleurs, de lui? Simple ! Parce qu'il était ouvert au monde !Il se sentait supérieur, certes, mais avant tout, profondément semblables aux autres. Et la plupart des noms de génies qu'on retiendra, seront de ceux de cette trempe! Pourquoi? Parce qu'ils se sont efforcés de saisir le monde dans son ensemble! Dans toute sa réalité! Les autres savants resteront peut-être dans les manuels, mais on s'en contrefout. Ils auront un peu mieux compris un mécanisme précis, mais seront passés à coté de tout ce qui se passe autour. Tu appelles ça de l'intelligence? Encore pire du génie? Mais réfléchis un peu! Qualifierais tu de génial par exemple, quelqu'un qui aura passer toute sa vie à apprendre le dictionnaire par cœur, mais qui n'en comprendrait même pas le sens, et ne saurait même pas entretenir une conversation, ou répondre à la plus enfantine question? Il aura réussit ce que d'autres sont incapables, c'est vrai. Mais en sacrifiant tellement de chose, tellement de compréhension ! Je sais que nous avons mis un pas dans une époque, où les sciences se spécialisent toujours plus, et qu'avoir une connaissance globale du savoir de notre siècle est totalement impossible. Mais faudrait quand même voir à arrêter de faire l'éloge de la connerie! Et de masse en plus! Alors mon ange, si tu te penses dans un monde différent, faudrait voir à te faire soigner... C'est pas du génie, c'est juste une maladie...."
Quand tu avais terminé sur ces mots, je me souviens du regard de la professeur hébétée, qui au bout d'un moment tout de même s'était exclamée " Là tu vas trop loin ! On ne doit pas s'attaquer aux personnes mais aux thèses." D'habitude tu aurais répondu, mais tu avais laissé courir.
Au fait tu dois me prendre pour une taré obsessionnelle, qui se souvient mot pour mot de ce que tu as dis, mais je te rassure. Je sais pas si tu le sais mais à cette époque, on était plusieurs dans la classe à prendre en note, tout ce que tu disais. Il faut dire qu'à chaque fois que tu intervenais, tu plaçais autant, voir plus, de références utiles dans ton discours que la prof, et puis tu nous apportais surtout la matière pour remplir nos dissertations. Oui, je sais tu vas encore me trouver stupide, tu vas dire qu'on dirait une groupie de dix ans en admiration devant son chanteur de rock. Mais si toi tu prends du recul, moi je me laisse aller à mes impressions! Ne je suis pas typiquement féminine?
Non mais de toute façon, tu dois te demander encore pourquoi je parle de tout ça, en fait je sais pas vraiment. Peut être que comme d'habitude, quand y a des trucs que je veux pas dire, ou écrire, je parle beaucoup pour essayer de noyer le poisson. Enfin ce que j'essaye de dire, c'est que même si pour toi la poésie, le génie poétique, consiste dans la rechercher du partage, il se peut qu'il y ait des erreurs de temps en temps. Et là je crois que y en a une. Enfin tu sais moi quand j'entends le mot adieu, ça me fait peur... même si je sais que certains le disent alors qu'ils se revoient le lendemain. Mais je me souviens de ce que tu m'as dis, il y a un peu plus d'un an, que tu serais toujours là pour moi, si j'avais besoin. Mais pas pour des caprices, t'inquiète pas j'ai compris, quand je voudrais vraiment changer. Alors ça me rassure, c'est pas possible que tu partes comme ça. On est amie non? Et puis il y a cette promesse.
Enfin voilà, réponds moi rapidement s'il te plait, j'ai vraiment peur, j'ai besoin de toi ! Peut être une autre lettre, pour m'expliquer ce que je n'ai compris.
Je t'embrasse Tibou,
Tu es la personne la plus importante dans ma vie...
Ta Ninoune.
Vendredi 2 février,
Ian,
J'ai pas reçu de réponse, je t'en supplie réponds moi ! Ca fait déjà deux semaines, que je t'ai répondu. Dépêche toi de me répondre, je suis de plus en plus inquiète, je ne comprends pas. Tout s'est passé si vite, tu me dois au moins des explications. Je sais que ce n'est pas la première fois, que tu as besoin de prendre de la distance. On s'est déjà disputé, ne voulant même plus nous revoir. Mais d'habitude, on pique une crise, on fait tout nos reproches à l'autre, et on s'en va chacun de notre coté énervé. Et puis je reviens te faire mes excuses, et tout redevient comme avant, mais là je ne sais pas ce que tu pourrais me reprocher!
Répond moi!
Ninoune.
Lundi 19 février,
Ian t'inquiète plus, si tu t'es jamais inquiété pour moi, ton absence de réponse est claire. J'ai bien compris. Je dois avouer être surprise. Je te pensais différent, mais tu es comme les autres, tu joues les sauveurs, les gentils, pourtant à la fin tu nous abandonnes. Ca me rassure d'une certaine manière, j'avais raison avant de te rencontrer...
Bonne continuation à toi,
Adieu.
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Kurtyn
- Posté le
29 juillet 2009 à 22:10:11

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Je me pencherai uniquement sur les vers, je n'ai pas encore pris le temps de lire toute ta prose... Mais j'aime beaucoup, en tout cas.
"L'amour aujourd'hui ? Je ne sais que le railler.
Les douceurs de la vie s'effacent à mes yeux,
Seul l'ardeur du désir brille de quelque feu,
Et mon esprit n'aspire plus qu'à dérailler"
Je trouve que la rime railler/dérailler est dommage. Elle est facile, presque téléphonée, et je trouve presque qu'elle n'est pas dans la lignée de tes mots, qu'elle est véritablement une intruse. Après, peut-être était-ce le but que de faire une rupture claire et nette, une pointe assez surprenante. Je dois avoir l'esprit un peu classique sur ce coup, ma foi... Bien sûr, ce n'est que mon avis
"Je t'en ai peut-être parlé de cette enfance,
Cette errance et ce manque...et de chance et de sens.
Ces couteaux qui brillaient, d'un éclair dans le noir.
Tous ces espoirs, en lesquels je ne puis plus croire. "
Ici, je pense plutôt à un problème de ponctuation... Les "..." ne me dérangent pas plus que ça, mais en lisant le dernier vers, je butte un peu sur la virgule qui suit "espoirs". Je n'aurai pas mis de virgule ou, quitte à marquer vraiment un temps, juste après "lesquels". Tous ces espoirs en lesquels... / Je ne puis plus croire.
"Dans ces souffrances, tout n'était que décadence.
Jusqu'au cri de révolte du dernier souffle,
Qui renie en un mot, une mort, une gifle,
Et acclame alors la divine renaissance."
Jusque là je n'avais pas vu de problème de rimes, et j'ai un peu de mal avec souffle, gifle. Tout dépend de la diction. Mais puisque la poésie se "chante", c'est un peu maladroit. Par contre, j'aime le premier vers. Vraiment
"Céleste départ, mais immonde cruauté,
Qui change le passé en ignobles barreaux.
Puisque c'est toi la victime, et moi le bourreau.
Je m'en vais loin de toi cueillir ma liberté."
Là aussi, j'aime beaucoup. Peut-être que je n'aurai pas opté pour cette ponctuation assez sèche, mais le rythme est agréable, et le sens me parle suffisamment pour que j'apprécie
--
En attendant de lire la prose, je trouve que ce dialogue s'annonce très intéressant... J'ai hâte =)
(Ce que j'ai écris n'implique que moi et j'espère ne froisser personne, je ne suis pas assez talentueux pour pouvoir donner un quelconque conseil, mais un avis, c'est à ma portée).
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Zech
- Posté le
29 juillet 2009 à 22:50:10

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Merci beaucoup de ce commentaire et d'avoir lu.
Tu as raison pour toutes tes remarques, ceci dit pour la première et la troisième, ces éraflures à la poésie s'explique que ses vers se veulent avant d'être poésie, épistolaires.
Et acceptent volontiers quelques petits écarts, comme souffle gifles que je n'aurai pas utilisé pour un texte qui se voulait avant tout poésie.
Par contre tu as vraiment mais alors à deux cent pour cent raison pour le vers "Tous ces espoirs, en lesquels je ne puis plus croire."
Et je vais peut être mettre ce que tu m'as suggéré de beaucoup mieux, mais il me vient à l'idée une autre proposition qui me semble pas mal du tout même si elle comporte un désavantage.
Voilà que dirais-tu de mettre:
"Et tous ces espoirs, (ou "...") auxquels je ne puis plus croire"?
Je trouve que le "Et" permettra une meilleur fluidité, ceci dit le rythme serait peut être trop audacieux ici avec le cinq/sept.
Donc voilà j'hésite entre
Tous ces espoirs... en lesquels je ne puis plus croire.
et
Et tous ces espoirs, auxquels je ne puis plus croire.
Ou encore
Et tous ces espoirs... auxquels je ne puis plus croire.
A ton avis?
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Kurtyn
- Posté le
29 juillet 2009 à 23:03:49

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Je pense effectivement que l'usage des points de suspension serait judicieux, et que la troisième solution est intéressante ;
"Et tous ces espoirs... auxquels je ne puis plus croire. "
Le "et" souligne pour moi, à ma lecture, une sorte d'accumulation, un excès, un trop-plein qui suis particulièrement mes sentiments quand je lis ceci. Et l'utilisation doublée de deux points de suspension (dans la même strophe) renforce un peu plus ce que je ressens être comme des mots extirpés profondément, recherchés, mais douloureux aussi. En tout cas, ce vers est superbe.
Je commence à lire la prose, let's go!
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Kurtyn
- Posté le
29 juillet 2009 à 23:14:20

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Je voulais directement commenter uniquement la réponse du 2 janvier tant elle m'a plu ! A vrai dire, une fois que j'ai terminé ma lecture, une citation est venue m'expliquer tout cela ; "On ne peut écrire qu'à partir de soi" (C.Juliet).
En lisant cela, je me suis retrouvé énormément et le style est tellement fluide, agréable, que je me suis vite laissé emporter. Voilà pour la petite histoire.
Alors le personnage qu'elle s'acharne à décrire sans jamais le faire vraiment, l'homme en mouvement qui sait manier les mots et qui semble à la fois être simple et terriblement complexe - comme nous tous? ; comment ne peut-il pas plaire?
"Mais n'est ce pas toi qui disait qu'il n'y avait pas un instant où on ne jouait pas la comédie?" L'idée du masque, du personnage que l'on connait sans jamais saisir tout à fait, et qu'on s'aperçoit rapidement qu'on ne peut le connaître, ça a un charme fou. Je crois que ça ressemble à tout le monde...
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Zech
- Posté le
29 juillet 2009 à 23:25:38

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C'est gentil merci beaucoup.
Allez hop, je corrige, sur mes fichiers word et suit ton avis pour le vers ! Qui me semble aussi le plus judicieux !
Ca fait plaisir de pouvoir remanier un texte versifié parce qu'un petit changement comme ça change tout.
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Zangetsu05
- Posté le
30 juillet 2009 à 20:12:25

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Lu la première correspondance.
J'aime bien le principe. C'est assez léger, ça se laisse lire facilement. Je ne vais pas essayer de commenter le poème, mais j'ai certaines choses à dire sur la réponse de Céline.
Déjà, c'est extrêmement dommage de voir que ton texte est saupoudré (légèrement, mais tout de même) de fautes d'orthographe/grammaire/conjugaison. Pour moi, la correspondance, c'est le genre littéraire (je sais pas si c'est un genre littéraire, mais tu m'as compris) le plus pur ; j'en suis d'autant plus gêné de te voir parfois écorcher tes mots. De plus, je m'attendais à quelque chose de plus classique, genre "Liaisons dangereuses". Là, je trouve que l'expression de Céline est trop orale. Le texte en gagne certes en fluidité, mais je sais bien que tu es capable de faire quelque chose de plus classique et de plus beau à mon sens. Après, bien entendu, c'est un choix de ta part d'opter pour une expression simple, plus "vraie", mais je trouve que ton texte en devient un peu commun, alors qu'il pourrait gagner en prestance.
Enfin, c'est mon humble avis.
Il n'en résulte pas moins que l'ensemble est bien écrit et intéressant, ne serait-ce que pour l'habileté avec laquelle tu fais comprendre à ton lecteur le caractère des deux protagonistes, des caractères ma foi plutôt intéressants.
Je lis la suite plus tard dans la soirée.
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Zech
- Posté le
31 juillet 2009 à 02:16:40

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Merci beaucoup de cette lecture, je dois avouer que bien que je connaisse mes règles et mon vocabulaire assez bien. Je suis de ceux qui ont eu une formation de base assez mauvaise, et que donc j'ai un premier jet relativement pourri, et un manque d'attention pour mes relecture pitoyable.
Donc je remercie d'avance ceux qui me les pointeront du doigt.^^
Pour le coté plus classique, tu as raison, mais en réalité, ces correspondances, sont une partie d'un de mes romans, qui permettent simplement de cerner mieux les personnages, qui feront partie de la narration principale. D'ailleurs la suite des correspondances, se verra encore plus orale, même les vers de ian, deviendront plus fluide léger dans le seul but de trouver l'or alité de l'épistolaire et d'être plus accessible. En fait, ces lettres sont les clés pour comprendre des personnages qu'on aura vu auparavant sous le regard d'un narrateur par trop subjectif.
Et je m'excuse encore pour toutes les fautes. Futur prof de français, c'est un vrai scandale et une honte de ma part. Mais que voulez-vous, apprendre les règles c'est facile le vocabulaire aussi, mais trouver des automatismes qu'on a pas eu, c'est assez difficile, du moins je galère personnellement.
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Epitaph
- Posté le
31 juillet 2009 à 23:06:17

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Mister Hyde dit :
*loool
*Bon va booster mon topic correspondances en faisant un comm "Comme tu le sais j'adore trop!"
Comme tu le sais j'adore trop!
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Zech
- Posté le
31 juillet 2009 à 23:06:58

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Merci beaucoup de ce commentaire si naturel ca fait plaisir!
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Kurtyn
- Posté le
31 juillet 2009 à 23:45:35

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Au contraire de Zangetsu, j'aime le contraste entre le registre poétique, plutôt fin, et une réponse qui se rapproche parfois du langage oral. Ça donne bien la différence de ton, et peut aussi se faire sa propre idée sur chacun des personnages - personnellement, je m'attache beaucoup plus à... Ian
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Zech
- Posté le
31 juillet 2009 à 23:51:39

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Tant mieux ca sera le personnage principale du roman.^^
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Zech
- Posté le
1er août 2009 à 00:04:52

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JE suis trop généreux, je vous laisse tellement d'occasion de m'humilier!
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Zangetsu05
- Posté le
1er août 2009 à 00:28:54

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Tout lu.
Je vois ce que tu voulais dire par "la suite est plus orale, plus fluide même pour les vers de Ian". Au final, c'est pas ce à quoi je m'attendais, mais c'est pas plus mal.
Déjà, d'une part, plus grande proximité avec les personnages, ce qui me semble essentiel pour ce genre du texte où tout ce qui compte est la personnalité des protagonistes. D'autre part, ça serait rapidement devenu lourd, vu le nombre de correspondances, si tu t'étais borné à un style bien classique.
Donc, ouais, expérience intéressante. Mais j'aime pas Ian (en plus, je l'associe à toi, ce qui arrange pas les choses...), et Céline est un peu trop niaise à mon goût. 'Fin bon, ils ont tout de même leur charme, et si je dis ça, c'est que tes correspondances sont plutôt bien écrites.
J'attends la deuxième partie des correspondances.
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Zech
- Posté le
1er août 2009 à 13:07:02

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Merci pour ce commentaire. Je suis en train d'écrire la deuxième partie. J'espère ne pas décevoir, je dois avouer avoir plus de mal, moins d'inspiration pour le coté prose, mais là je sens que ca revient. Enfin on verra.^^
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Zech
- Posté le
5 août 2009 à 18:20:27

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Voici les deux premières lettres de la deuxième partie.
Lundi 23 février 2009,
Céline,
On m'a dit que le bonheur était ailleurs
Dans de lointaines contrées inhabitées.
Et bien des pays je devrai visiter
Pour toucher de mes mains un monde meilleur.
Partir loin fut alors ma grande obsession.
Trop de gens trop prudents, saisis par les peurs,
Sombrent tout doucement dans une torpeur,
Décolorée de la couleurs des passion.
J'avais l'impression d'exister un peu moins,
Ces jours où mon cœur battait d'un peu plus loin.
Et puis, un matin où je voulus écrire,
Ma plume dépourvue d'encre crut périr.
Et moi je me disais que c'était un signe,
Que tout ça devait avoir un sens caché.
Il fallait que je parte, ou me résigne
Insatisfait... De moi même détaché...
Alors je suis parti, l'œil à l'horizon,
Avec quelques habits et un peu d'argent.
J'abandonnais tout : Mes amis... ma maison...
Et me contentais d'une vie d'indigent.
Mes journées se ressemblaient aux premiers mois,
Organisées au tour du même soleil,
Que j'allais affronter à chaque réveil
Et que je laissais au soir derrière moi.
Pourquoi courir ainsi toujours plus à l'est?
Peut-être pour fuir les limites du bleu,
Ou pour renaître chaque jour en ses feux,
Que je fuyais au Zénith comme la peste.
J'étais trop occupé de moi, pour comprendre
Les silences de leur danse régulière
Sur la terre et sur l'eau... même sur les pierres.
Il m'a fallu plusieurs mois pour les entendre
Mais pas à pas et rencontre après rencontre,
Plus attentif, je partais un peu moins loin.
Je ne voulais plus d'un voyage aussi vain,
Au rythme d'une course contre la montre.
A la fin d'une année, je prenais plaisir
A revoir sans cesse les mêmes visages.
Je restais des semaines dans un village
Regrettant chaque fois de devoir partir.
Je n'avais plus le goût à la nouveauté...
Je lui préférais de loin l'intimité
Qui naissait à force de complicité.
J'appréciais un nouveau genre de beauté.
Du familier naissaient mille souvenirs :
La vie de chacun brodée de feuilles mortes,
Charme d'un passé parcouru d'anecdotes,
Teintant les voix, les sourires et les rires.
Mais auprès d'aucun je ne trouvais ma place.
Je n'étais pour eux qu'une ombre vagabonde
Qui repartirait bientôt dans le grand monde.
L'horizon était devenu mon impasse...
Alors me revoilà, deux printemps suivants.
Tout semble avoir changé, à la même place.
Tu avais raison, de mes mains maintenant,
Je touche un monde qui a changé de face.
Ma passion du plaisir est dans la patience
Du silence, des regards et des caresses...
Le bohème donne aux sens plus de finesse :
De mon bonheur j'ai appris l'art et la science.
De Ian, pour sa Ninine.
Vendredi 27 janvier,
Ian...
Deux ans, c'est long tu sais....
Et te revoilà... Comme si de rien n'était...
Tu m'écris cette lettre, sans un mot d'excuse... Rien.. A peine une explication...
Tu ne prends même pas de mes nouvelles, tu ne me parles que de toi. As tu réfléchis ne serait ce que quelques minutes à ce que je pourrais ressentir en lisant ta lettre?
L'homme que je connaissais à l'époque, l'aurait fait.
Mais deux ans Ian !!! Deux ans !!!! Tu ne peux pas me demander d'avoir encore la moindre certitude sur toi, je ne peux plus rien me permettre avec toi. Cela fait si longtemps que je serais ridicule si je répétais cette formule qui me rassurait tant « Malgré tout ce que j'ignore, je reste surement celle qui te connait le mieux ».
Mais aujourd'hui je me demande juste si tu n'es pas devenu tout simplement un monstre d'égocentrisme...
Et pourtant deux ans après, je te fais encore confiance.
Tu sais, je t'en ai énormément voulu quand tu es parti, je t'en ai voulu sincèrement... Et mes lettres dont j'avais gardé copies (même les dernières pourtant si courtes...si vides...), j'ai souvent voulu les brûler. Après tout ce n'était plus que les bouts de verre brisés d'une bouteille que j'avais jeté à la mer et qui s'étaient brisés contre des rochers impassibles. Mais je n'ai pas pu et j'ignore encore pourquoi.
Un mois et demi après ma dernière lettre à la mer, j'apprenais que je n'étais pas la seule que tu avais quitté.
Tu avais tout quitté, tu étais parti sans prévenir personne, ni ta famille ni tes amis. Tu t'en étais allé sans un regard en arrière.
Et je me suis rendu compte que j'étais la seule à qui tu avais fais un signe : Quelques mots, quelques vers balancés sur une feuille. Alors je me suis demandé pourquoi. Pourquoi moi ? Pourquoi tant de précipitation, n'aurais-tu pas pu prendre le temps d'avertir ta mère, la seule famille qu'il te reste ?
Je t'en voulais de tant d'égoïsme, mais une pointe d'admiration se mêlait à mon amertume, et ce pour je ne sais quelle raison. Disons que je commençais à respecter l'inconnu auquel tu t'étais livré. Je ne vais pas te mentir pour autant, tu m'aurais envoyé cette lettre il y a quelques mois, je t'aurai malgré tout envoyé balader tu sais ?
Tu m'as abandonnée... Aussi bonne que soient tes raisons, je ne suis pas sûr encore que je doive te répondre et accepter que tu reviennes ainsi ! Je suis une femme après tout et notre rancune est légendaire. (Et il paraît que je fais honneur à la gente féminine sur ce plan-là)
Si le monde tournait rond, tu serais à genoux devant moi en train de me supplier de t'excuser. Et alors peut-être daignerai-je t'accorder un regard magnanime accompagné d'un battement de cils des plus sexy... Peut-être ! Qui sait... .Enfin depuis que je te connais le monde tourne carré, faut s'y faire.
Et puis j'ai changé moi aussi tu sais ! Deux ans c'est pas rien ! (Oui je me répète mais j'espère que tu vas quand même avoir un soupçon de culpabilité à force)
Je suis pas parti à l'autre bout du monde moi, j'ai pas les mêmes ambitions que toi, pas le même panache, mais quand même j'ai changé. Aujourd'hui je suis moins impulsive, moins sur la défensive aussi. J'ai appris à lâcher prise je crois. Ça ne sert à rien de suivre son orgueil quand celui n'a qu'un terminus : La solitude.
Alors, voilà je t'écris comme si de rien n'était moi aussi. Je ne devrais probablement pas mais j'ai envie de t'écrire et l'envie que tu m'écrives. Et pourquoi je me garderai de mes envies ! Ce n'est pas l'arrogance et la désinvolture d'un jeune poète blond aux cheveux bouclés qui va m'en empêcher par tout les saints ! C'est drôle, mais quand tu t'en es allée je me suis approprié bon nombre de de tes expression comme ce «Par tous les saints». Ça me faisait rire, je trouvais ça ringard et ridicule, je n'aurai jamais cru qu'ils sortiraient de ma bouche, mais en ton absence il fallait quelqu'un pour jurer «Tudieu! Morbleu! Sacrebleu! Ventrebleu! ». Le monde est plus dangereux quand on blasphème. Bon ok, je ne crois absolument pas en dieu, mais malgré tout ça me donne l'impression de provoquer quelqu'un au-dessus. En fait je crois que mes jurons s'adressaient à toi tout ce temps.
Bref, tu es revenu et c'est l'essentiel. Enfin non c'est assez secondaire en réalité, l'essentiel c'est qu'il semblerait que tu ne m'aies pas oubliée. Et là j'ai envie de faire comme si on ne s'était jamais quitté, que tu étais juste parti en voyage quelques semaines. De toutes façons c'est d'une certaine manière l'impression que j'en ai. Bon allez ! Assez du bilan, passons à ta lettre.
Ton récit c'est quelque chose tu sais. Le temps passe sans qu'on s'en rende vraiment compte. Jusqu'à ces mots que tu m'as envoyé. Je t'ai reconnu en te lisant, mais j'ai reconnu un étranger d'une certaine manière. Tu es le même, mais tu m'es aujourd'hui un peu inconnu tout de même. Je pense que ce voyage t'as plus transformé que tu ne le crois, bien plus. Il y a comme une sérénité qui se dégage d'entre tes lignes, peut-être un peu moins de poésie aussi, mais beaucoup plus de vie. Ton style n'a plus rien à voir, et je ne sais lequel je préfère à vrai dire. Tes vers semblent plus vrais, on ne doute jamais de ce qu'ils contiennent et si on ne peut jamais vraiment ressentir les choses sans les vivre, je crois qu'on les devine ici. Tu es un peu devenu minimaliste en fait. Tu te contentes de décrire les choses, comme si cela suffisait à nous révéler ce qui se cachent au fond. Tu nous délivres plus de vérités, mais moins de toi je crois. Tu es partie pour vivre une vie qui mérite d'être écrite, pour te souvenir et ressentir les choses de manière à nous les faire partager. J'espère que tu as réussi et que tu vas m'envoyer tout ce que tu as écris quand tu étais si loin de nous. As-tu écrit en pensant à moi ? Je l'espère, et j'aimerais voir ce que cela donne.
J'arrête je me ridicule un peu là, je me rappelle cette fille qui te demandait tout le temps d'écrire un poème sur elle. Qu'est ce qu'elle pouvait t'agacer, tu essayais pourtant de lui faire comprendre qu'un poème c'était bien sûr du travail, beaucoup de travail, mais qu'il fallait qu'une image, une sensation ou parfois juste des mots surgissent et motive un poème. Que si l'on ne voulait pas se contenter de faire rimer Amour et Toujours, Cœur et Malheur, il fallait trouver ce petit fait vrai qui veut tout dire, enfin qui veut dire quelque chose au moins. Pendant deux ans, elle n'arrêtais pas de te tanner pour ce poème. Tu ne lui disais pas non, non plus.
Ça m'a toujours agacé cette faiblesse que tu as envers les femmes de ne pas oser leur dire non. Non mais vraiment. Tu sais avec les autres, on se fout toujours de ta gueule à propos de Bérengère. Tu ne la trouvais pas belle (et c'est un euphémisme), tu la trouvais vulgaire (encore un), et quand à la soirée chez elle dans sa chambre elle t'a sauté dessus en t'embrassant avec une fougue qui nous faisait tous rire. Au lieu de dire non, comme n'importe qui aurait fais. Toi tu fais semblant de dormir. C'était une scène hilarante, tout le monde savait que tu étais éveillée et on la regardait tenter de susciter chez toi le moindre désir. Je me souviens encore, quand nous sommes tous partis de la chambre éteignant la lumière en disant bonne nuit. Je crois que nous avons été vraiment mesquins ce jour là, mais c'était tellement drôle. Et la suite tu la connais.... Seule avec toi elle s'est déchainée, t'as déshabillé, trainé sous la douche et essayait de s'empaler sur toi. Et toi... Toi!!!! Toujours aussi faible, tu continuais de faire semblant de dormir. Tu te rends compte tu aurais pu te faire violer. Heureusement que, bien que passionné, tu restes un rêveur, et que pour éveiller ton désir il faut quelques charmes plus subtils. J'ai oublié de rappeler le plus important que quand elle t'a trainé sous la douche, elle avait mis l'eau brûlante et que si tu avais une envie à cet instant c'était de crier de douleur. Mais selon ta propre logique, tu ne pouvais pas, car bien entendu tu étais censé être en train de dormir. J'aurai voulu voir ta tête à ce moment : Les yeux fermés, les lèvres crispées en train de te mordre l'intérieur de la joue, le front plissé... Tu es vraiment une sources inépuisable d'anecdotes croustillantes et inoubliables.
Bon, heu... je me laisse un peu emporter, je ne sais plus ce que je disais. J'ai changé mais je me laisse quand même parfois un peu emporter par la nostalgie, te moque pas!
Pour en revenir à ta lettre, enfin pour en venir même.
Si j'ai bien compris, ton voyage n'avait qu'une destination : l'est. Destination assez vague, tu le reconnaitras, et pourtant très précise quand on y réfléchit bien. Marcher à contre-sens de l'éternel caprice du soleil, c'est un peu essayer de se retrouver. Mais c'est aussi je pense accorder plus d'importance au voyage, et pour être précis au fait même de voyager, qu'à tout autre objectif. En somme c'est un peu l'image de l'itinérant que tu nous livres. J'allais dire dire de bohémien mais je dois avouer avoir un peu de mal à t'imaginer en vagabond... Tu es trop propre sur toi. Tes fameuses chemises et vestes doivent avoir du mal à s'accorder à cette vie de bohème. Je n'arrive pas non plus à t'imaginer mal rasé ou mal coiffé. Pourtant aucune odyssée, comme celle que tu nous a décrit ne peut être exempte de ces réalités, mais je suis sûre qu'à ta manière, tu n'as jamais vraiment renoncer aux apparences.
Tu nous rabâchais si souvent ton éternelle sentence « Les apparences c'est le respect que l'on doit aux autres ». Et si c'était souvent pour justifier certaines de tes préciosités, c'était aussi parfois pour nous admonester quand nous n'étions, selon toi, pas mis en valeur. Tout ça pour dire que le concept de « dandy errant » reste tout de même assez paradoxale. D'ailleurs j'ai toujours l'original du poème que tu as écris il y a cela quatre ans sur les dandys. Comme tu perds toujours tout, j'accompagne cette lettre d'une copie. Je pense que ça pourrait t'intéresser, après tout, on ne porte plus le même regard sur les choses quand les années ont filé.
D'ailleurs je me répète mais ce qui m'a le plus surpris dans ses vers, c'est que, malgré tous les changements que l'on perçoit dans ta façon d'écrire et d'appréhender la vie, tu ne clames rien d'autre que ce tu prônais déjà bien avant de partir. Tu as changé, c'est certain, mais le fond de ta pensée ne s'est pas renouvelé, pas du tout même.
J'aurais bien un semblant d'explication à ce paradoxe (serais-je devenu philosophe en deux ans?). Je pense que ce voyage t'a permis d'assimiler tout ce que tu prêchais et pressentais. Je pense que tu as enfin comblé le vide qui sépare trop souvent nos pensées et nos actes.
C'est l'impression que j'ai et j'aimerais pouvoir la vérifier. Et tu te doutes que pour cela je dois te voir en chair et en os. Non, non, ce n'est pas une excuse pour t'arracher une rencontre (quoique...qui sait), mais tu nous répétais si souvent cette citation de Wilde « Le vrai mystère du monde est le visible, non l’invisible.» et tu rajoutais qu'on ne pouvait jamais que pressentir vaguement les choses si on ne mettait pas son intuition à l'épreuve de la réalité.
De toutes les façons peu importe tout compte fait que ce soit ou non un prétexte pour te convaincre, ou peut-être bien même pour me convaincre, La raison n'en est pas moins légitime non? Et tu me le dois bien...
Lundi prochain je serai donc au café où l'on allait parfois boire un verre, celui de rive gauche.
J'espère t'y voir.
Je t'embrasse Ian,
Ta Ninine.
PS: j'y serai vers 14 heure.
Et voici aussi la copie du poème que j'ai mentionné:
« Les chats de la cour des dandys
Sur la terre endormie, ils chaloupent en grâce,
Sont les nostalgiques à l´ardeur révolue,
Les nobles décadents aux gestes farfelus
Qui dédaignent de leur hauteur toute autre race.
Mais dans ces coeurs velléitaires, nulle place
Pour un monde anodin dont ils ne rêvent plus.
Des duels sous mille soleils, qu´ils n´ont que lu,
Hantent leurs doux rêves bercés aux cors de chasses.
Et s’ils se frottent aux gens vulgaires les soirs,
Ils restent solitaires et seuls, en doux noirs,
Symboles de malheur pour de pauvres dormeurs.
Souvent ils plantent leur griffe, triste et chagrine,
Dans les salons mondains, où règnent des charmeurs,
Qu’on appelle dandy, quand les chats nous fascinent. »
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