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Sujet : « Ploc ! »

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  • AshNruins Voir le profil de AshNruins
  • Posté le 14 mars 2009 à 15:41:37 Avertir un administrateur
  • Bon bon bon,

    Je sais pas bien quoi dire.

    Bon app'



    Ploc !

    Ainsi chanta la goutte d’eau au sortir d’un bref vagabondage dans les replis humides d’une feuille d’iris. Et ce son seul se retrouva bien vite perdu au cœur d’une clinquante symphonie aquatique. Le souffle d’un vent frais mais toujours chargé d’une pointe de douceur estivale fit trembler la verte flore du marais. La musique se tut, faute de gouttes à déchoir de leurs piédestaux. Le vent poussa un ultime gémissement, puis se mourut à son tour dans le silence ouaté que le crépuscule déployait.

    Plus tôt, le ciel s’était fait furie. Ses hordes mugissantes avaient créé force remous dans le miroir plat de l’onde avec un bruit de tonnerre. Les nues s’étaient ternies pour emprisonner en leur sein noir toute teinte d’espoir. La terre, la nature toute entière s’était déchaînée, comme s’il avait dû n’y avoir nul lendemain pour les marais.

    Le ménestrel avait préféré ce passage. Niché au creux du feuillage de l’un des rares arbres du voisinage, en partie sauvegardé de la furie céleste sous une toile huilée, il avait compté les éclairs en espérant que l’un d’eux, par charité, veuille bien mettre un terme flamboyant à sa vie. Une incommensurable lumière, si forte qu’à elle seule elle l’eut rendu à la poussière. Un fracas digne de l’ouverture des Portes de l’Enfer même. Un départ dans la Flamme, un départ dans la joie et la gloire.

    Rien ne l’avait frappé, cependant, sinon un regain de tristesse et de ressenti à l’égard de cette cruelle Nature qui s’entêtait à lui jouer mauvais tour sur mauvais tour. C’était en vain qu’il avait vu les grandioses lueurs s’éloigner au gré des volontés divines. A la déception de leur départ s’était ajoutée celle du départ de la pluie, ce lien essentiel entre les éléments tellurique et aérien. Le ménestrel aimait à la sentir couler par les interstices de son simulacre de protection. Chacune des froides rigoles qui se formaient sur sa peau lui donnait l’impression de se mêler peu-à-peu à la pluie elle-même. Il avait attendu avec délice que vienne le moment où, entièrement acquis à la cause aquatique, il se serait bel et bien mué en une masse liquide et aurait coulé nonchalamment parmi les aspérités de l’écorce, vers le marais dans lequel les racines venaient boire.

    Mais les nues s’étaient tues, laissant sous elles une multitude de feuilles et de tiges ébouriffées, couronnées d’une infinité de diamants éphémères dans lesquels nul soleil ne venait chatoyer.

    « étonné », songea le ménestrel. Le marécage avait l’air étonné, avec ses plantes décoiffées et son eau qui hésitait à reprendre son calme. L’on eu dit que l’endroit ne se résolvait pas à croire que c’en était bien fini de l’orage.

    Ploc !

    Pourtant, plus rien ne viendrait, au grand dam de l’homme dans l’arbre. Il avait cru le jour tout entier dédié à la violence des cieux et restait sur sa faim devant ce plat et mort coucher d’un invisible soleil. Ses pensées, son humeur avaient changé. Frustré, il adressa un poing rageur aux dieux qui se riaient de lui de la sorte. Pour toute réponse, trois dernières gouttes churent de son arbre pour s’abattre à grand bruit dans l’eau, comme l’ultime sursaut de la symphonie avant le retour au silence ordinaire.

    Il se sentit mal. Oppressé. Compressé. Le marais était une ruine. Il était partie de cette ruine, à moitié ancré seulement dans le présent, bien engagé déjà dans l’étreinte langoureuse du passé. Les ténèbres qui glissaient sur les terres inondées ne venaient pas en finir avec le crépuscule, mais avec sa pauvre existence. Il les entendait ramper, avalant tout sur leur passage avec l’immonde bruit des porcs bâfrant quelque pâtée.

    Son monde était mort. Tous étaient partis. Aucun ne reviendrait. Sa seule compagnie, désormais, serait celle d’une série de mottes, au creux d’un vallon lointain, que lui seul à présent savait être des tombes.

    Le vent, tout à fait froid à présent, réitéra ses avances et emporta la toile huilée du ménestrel. Ses vêtements frissonnèrent dans le souffle glacé. L’envie lui prit de rire, d’éructer de la sorte son amertume à la face de ceux qui régissaient son destin. Mais il ne parvint pas à décrisper son visage figé dans une morgue froide et sans vie. Il demeura donc immobile, insensible à la morsure pourtant aigüe du froid.

    Dans sa tête tournoyait les chansons. Celles qu’il avait déclamées au cours de sa carrière. Celles qui lui venaient de sa jeunesse dorée parmi ceux de son entourage. Le long requiem expiré par les grandes orgues de la cathédrale pour la mort de la Reine, avec leur profonde musique de fer qui l’avait crucifié, jeune sot qu’il était.

    Nul requiem, nulle ode, nul éloge chanté n’avait célébré le départ de ses amis. Le sort cruel ne l’avait pourvu d’une si admirable voix que pour l’en priver dans les moments de deuil. C’était bien égal. Lui aussi partirait dans le silence, seul salaire des longues années passées au service de sa muse ingrate.


    Au-dessus des marais, plus aucun son ne se faisait entendre.
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  • TheBoss1606 Voir le profil de TheBoss1606
  • Posté le 14 mars 2009 à 17:43:11 Avertir un administrateur
  • C'est magnifique. Fluide, rythmé, enchanteur... Chaque mot est à sa place, tu n'en fais ni trop, ni pas assez, pas de fautes, tu installes une ambiance à la fois mélancolique et empreinte d'une beauté naturelle. J'adore.
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  • IgorLeFossoyeur Voir le profil de IgorLeFossoyeur
  • Posté le 14 mars 2009 à 21:20:16 Avertir un administrateur
  • J'imagine que c'est un texte qui veut se suffire à lui même, c'est comme ca que je l'ai lu... Un instantané qui veut en peu de lignes créer une émotion... Tu ne décris pas seulement la réalité, tu la transformes grace aux mots, complètement, donc je l'ai lu comme de la poésie en prose, j'ai essayé de me laisser porter, s'il y a un sens caché, une ironie derrière, je n'ai pas réussi à la percevoir et m'en excuse...

    Donc là, c'est une vraie jungle d'adjectifs, ce que tu fais, je trouve ca surfait, artificiel, pas naturel. J'ai eu l'impression d'etre dupé, qu'on exagérait la scène montrée. Je n'ai rien vu de beau dans cette Nature qui domine ton texte, en fait, je n'ai vu aucune transformation poétique, aucune transformation par l'écriture, j'ai juste vu des éléments réels que tu remplaçais par des mots, avec beaucoup beaucoup de pathos. Beaucoup d'images évidentes et utilisées de manière évidente, et qui ont donc déjà perdu leur charme à la lecture.

    Enfin c'est vraiment chargé quoi, chargé de pas grand chose. C'est comme si tu décrivais une photo avec beaucoup de préciosité. Tu veux m'émerveiller, moi le lecteur, non? Mais là il n'y a que des jolis mots les uns à la suite des autres, du coup je ne vois plus rien du tout. Je ne peux même pas dire que c'est hermétique, vu que je comprends tout. Donc si c'est pour émerveiller, c'est raté, même à quelqu'un qui aimerait Mallarmé je ne crois pas que ça irait. Mais s'il y a un sens caché, si le texte est de nature intellectuelle, alors évidemment c'est ma lecture qui était mauvaise.

    Mais comme je l'ai lu, ce que tu fais me parait beaucoup trop enfantin...
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  • AshNruins Voir le profil de AshNruins
  • Posté le 14 mars 2009 à 21:44:41 Avertir un administrateur
  • Alors alors :-)

    Je suis désolé d'avoir trop mit d'adjectifs dans ce texte. Je me suis sans doute laissé entrainer. Pour la petite histoire, j'ai écrit ça sur un coup de tête en écoutant la BO du SDA, sur un coup de cafard très exactement. Le but n'est pas du tout d'émerveiller, bien au contraire. C'est censé assombrir l'âme, voilà tout. Je suis désolé si cela paraît artificiel, ça n'était, évidemment, pas voulu.

    Et merci à toi TheBoss pour ta lecture :-)
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  • _DarkKnight_ Voir le profil de _DarkKnight_
  • Posté le 14 mars 2009 à 21:50:58 Avertir un administrateur
  • Personnellement, je trouve ça magnifique. Les adjectifs, bien qu'il soit très (et pas trop) nombreux, servent le texte en lui donnant une dimension enchanteresse au début puis dramatique à la fin. Je rejoins donc TheBoss et je te félicite (même si ma félicitation ne vaut pas grand chose).

    Mais je ne suis pas vraiment sûr d'avoir compris la fin, tu peux me l'expliquer ? (j'ai ma petite idée mais je préfère quand même la version "officielle")
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  • IgorLeFossoyeur Voir le profil de IgorLeFossoyeur
  • Posté le 14 mars 2009 à 22:06:19 Avertir un administrateur
  • Le but n'est pas du tout d'émerveiller, bien au contraire.

    :d) Je voulais dire émerveiller dans le sens où ca doit prendre aux tripes, on doit etre touché. Une image si forte qu'elle rend triste et assombrit, c'est vraiment merveilleux, c'est ce que je voulais dire. Pardon de m'etre mal exprimé.
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  • Yohan-Kiefa Voir le profil de Yohan-Kiefa
  • Posté le 18 mars 2009 à 11:15:25 Avertir un administrateur
  • Tiens, un revenant.
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  • syntagi Voir le profil de syntagi
  • Posté le 3 avril 2009 à 22:21:06 Avertir un administrateur
  • J'ai passé un moment agréable, même s'il manque un petit fil conducteur ou plutôt une "structure" à la description de cette "émotion". La pléthore d'adjectifs ne m'a pas repoussé, mais je comprends que cela puisse.
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  • Yohan-Kiefa Voir le profil de Yohan-Kiefa
  • Posté le 27 juillet 2009 à 10:47:27 Avertir un administrateur
  • up!
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