La Voie des Hommes - Ecriture - Page 3 sur JeuxVideo.com

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Sujet : « La Voie des Hommes »

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  • Negatum Voir le profil de Negatum
  • Posté le 7 août 2008 à 23:55:20 Avertir un administrateur
  • Merci, et désolé de la non-réponse, j'ai oublié :p)

    Bon, voici la suite. RAS, et enjoy! :-)




    Chapitre 4: Autant les jours en dérobent

    Le soleil blanc et énorme était déjà descendu se graver dans le crépuscule. La peste mourait, mais son deuil terrifiant avait tracé une ligne mortelle, jeté un lacet noir, séparé l'Agonie et le Salut: ceux qui mouraient encore dans leurs maisons, et ceux qui restaient là, vivants et tremblants, comme des fantômes dans une ville morte. Les grimaces et les sourires se déliaient après des heures de fêtes, et de joies. Un sourd chagrin, un faible sentiment de gâchis, un peu d'amer l'avait remplacé. Les flammes des bûchers s'étaient étranglés les unes après les autres, mais les rues étaient désertes, muettes, étouffés. Quelques messagers volait dans les quartiers de Jerusalem, les déchirants parfois de leurs graves et sombres appels.
    « Peuple du Paradis! Anges de l'Univers! »
    Prés de l'esplanade du palais, en face du balcon gigantesque où Michael avait ruminé ses sombres pensées, deux jours avant, une foule d'ailes blanches sans langue et sans gorge s'était assemblée. Les visages palis et cernés tournés vers le ciel semblaient comme milles pièces aux motifs absurdes, qui brillaient dans un trésor secret.
    « Que ceux qui sont en bonne santé et qui n'ont pas de malade à veiller se rapprochent du palais! Le Firmament va vous communiquer une information capitale! »
    Les anges avaient allumés dans leurs yeux une lumière de gratitude, et une de reproche. Ils voulaient voir leur Seigneur, celui qui s'était caché dans son palais depuis le début de la Peste. Ils voulaient entendre ses mots clore le livre de cette farce absurde, sans ennemi ni héroïsme, seulement la mort et la douleur. Ils voulaient une dernière lumière d'espoir dans toute cette haine, un petit geste pour refermer cette histoire, pour toujours, et pour continuer leur tâche pour des siècles et des siècles. Juste un cadeau, un petit cadeau, avant de reprendre, le Travail.
    Mais cette histoire qui est la nôtre ne fait que commencer, et celui qui les épiait, prêt à apparaître et à parler, n'était pas Dieu, mais son fils.
    Sehel grimpa sur un muret pour apercevoir la scène. A ses pieds, quelques uns de ses amis survivants jouaient des coudes.
    -Tu vois quelque chose? Demanda Serenielle, un doux visage de fille tendu vers le ciel.
    -Pour l'instant, non. Il n'y a personne au balcon.
    Un petit garçon surgit de la foule, un grand sourire aux lévres.
    -Hé, Sehel! C'est vrai que t'as parlé avec l'Archange Michael?
    -En tout cas, je les ais vu discuter ensemble, intervint Archaël. Après le retour du Soleil, il s'est mis à courir vers le palais.
    Sehel se jeta au bas du muret.
    -Bah, à mon avis, il devait penser que quelque chose de grave était arrivé. Du genre la victoire de Lucifer, ou la mort d'un archange...
    -Ouais, du genre...
    Une vague de murmure balaya leurs paroles. Archaël bondit sur le muret, suivi de prés par un Sehel précipité. Quelques anges s'envolèrent au-dessus de la foule. Sur le balcon, Michael venait d'apparaître.
    L'ange attendit que le silence se fit. Il jeta un regard derrière lui. Gabriel et Raphaël, les deux autres archange, le soutenait durement du regard. Et, caché dans une longue tunique sombre, Lucifer lui jeta un clin d'oeil narquois.
    Michael se retourna, et leva lentement les bras. La parole d'argent et de tranchant qu'il menait si aisément s'était métamorphosé en une enclume de plomb qui fondait dans ses mains. Il avait la conviction que de ses paroles influencerait le sort du monde.
    Et ça le troublait.
    -Peuple du Paradis... commença-t-il.
    Mais ça ne venait pas. Ca restait bloqué dans sa gorge comme une lame de rasoir. Le fleuve des mots s'était tari. Dans son âme ravagé par la plaine des possibles, il ne les voyait plus.
    Il décida alors de ne plus jouer à l'Archange, cette fois. Juste d'être Michael. En espérant que ça suffirait;
    -Peuple du Paradis, comme vous le savez déjà, depuis quelques heures, le Soleil est réapparu dans le ciel. Depuis, on constate partout des guérisons miraculeuses, ou des morts rapides et sans douleur. Même si nous ne pouvons être sur de rien, je pense... je pense pouvoir affirmer que l'épidémie s'est enrayé.
    Et là, il se passa quelque chose d'extraordinaire. Dans l'âme de chacun de la centaine de milliers d'anges qui se rassemblait autour de la place, il y eut une attente D'un hurlement commun de bonheur et de soulagement, qui commencerait doucement, comme une goutte, et qui roulerait de voix en larmes, de larmes en torrent, jusqu'à l'océan de la communion. Mais personne, absolument personne, ne cria. Pas une seule personne dans toute l'assemblée n'eut le courage de soulever une nouvelle fois sa joie, de la faire éclater pour enclencher l'infernal. Seul le silence, lourd, grotesque, gêné, plana, indolent mais mortel, au dessus d'eux.
    Michael enchaîna.
    -Pour l'instant, nous ignorons qui, ou quoi, a provoqué la Peste. Ce que nous savons, en revanche, c'est que ce n'est pas le fait du Diable. Des... infiltrés, envoyés en Enfer, ont découvert que les démons souffrent du Fléau. Et même qu'ils y sont plus sensibles encore.
    Là, les rumeurs naquirent et serpentèrent dans les allées et dans les esprits. Chacun parlait à mi-vois avançant une piste, partageant son incompréhension. Mais qui, alors? Des entités inconnues? Un complot des anges? Des démons rebelles? Ou bien... les hommes?
    Michael étendit les bras, et les murmures furent aspirés. Il prit son inspiration.
    -Pour le bilan... Nous pensons qu'environ trois cents milles anges sont morts dans l'épidémie, à partir des chiffres pris sur les bûchers de Jerusalem. Les bas quartiers ont globalement plus été touché que les hauts. Au niveau des hautes autorités de l'Etat, l'archange Raphaël avait contracté la Peste, mais, par miracle, celle-ci s'est résorbé il y a une semaine. Il vous en parlera lui-même. De même, les généraux Yuel, Remiel, Aschotel sont morts, ainsi que l'agent spécial Ankiel.
    Par ailleurs...
    Il y eut un brusque appel d'air dans la foule. Le silence se fit pesant, et Michael comprit que les gens savaient déja. Ils l'avaient deviné depuis son entrée sur le balcon. Ils l'avaient deviné, mais ne voulaient pas qu'on leur le disent. Les foules agrandissent les murmures, et étouffent les cris.
    Un aigle passa dans le ciel.
    -J'ai une importante nouvelle à vous annoncer...
    Et cria...

    -Dieu est mort.
    Un rugissement colossal transperça l'air, et fusa des limbes de l'Enfer. Cinq milles gorges rassemblés à la hâte au retour de Lucifer vomirent des geysers de joies qui montérent jusque dans l'oeil borgne, bleu et avide, de la Terre
    Les canaux de laves encerclaient des démons comme des riviéres d'apocalypse. Le ciel sombre s'étendait juste autour de la citadelle d'or et de sang de Babylone, grouillantes d'ombres noires, de chauves-souris, et de ricanements. Les cornes et les ailes brandies, la joie sauvage sur les visages, les monstres se jetèrent dans leurs propres griffes.
    -Nous avons vaincu! Criérent un petit groupe de jeunes, au loin.
    -Cette Peste n'aura donc pas été vaine!
    Lucifer sourit, et, d'un mouvement de bras, envoya une nouvelle vague de rire et de joie.
    -Oui, mes amis! Notre grand et terrible ennemi, celui qui a déchiré nos ailes, celui qui a détruit nos vies, et qui a brimé notre liberté, l'Enchanteur du Bien, le Marabout des Nuages, est mort!
    La foule cria de nouveau. Lucifer sentit des picotements de plaisirs lui parcourir le corps alors qu'il tendait les bras, faisant lever les acclamations et les cris dans la foule.
    -Allons massacrer tout les anges restants!
    -La voie est libre! Tous à Jerusalem!
    -Tous à Jerusalem!
    Lucifer ralentit le rythme, doucement, il rabaissa les mains en signe de paix.
    -Ce n'est pas aussi facile, mes frères! Une petite semaine vient de passer depuis le retour du Soleil et de la Lune sur les Deux Royaumes, et nos troupes ont été durement touché. Nous n'avons plus de généraux, plus de sergent, plus d'armées. Les anges sont plus nombreux, et mon frére Michael, le -euh- le Pokémon de l'Evangile, a reprit le pouvoir! Non, le massacre n'est pas une solution.
    Il se cambra. Des gouttes de sueur perlérent sur les visages sombres et charbonnés.
    -Puisque Dieu est mort, Démons, nous...

    -... Allons conclure une trêve avec le peuple rescapé des Enfers.
    Trois semaines avait passé, et l'annonce était enfin faite, en petit comité, cette fois-ci. Michael, nommé Seigneur du Paradis et de la Terre par intérim, avait réuni les généraux et les chefs de villages. Les milliers de visages qui s'étaient effondrés devant lui s'étaient coulés en cinquante faces platreuses et lézardés.
    -J'ai parlé à Lucifer, continua Michael. Il accepte de parlementer. C'est peut-être un moyen d'arrêter la guerre sans trop d'effusion de sang.
    -D'arrêter la guerre? Excusez-moi, seigneur, mais nous sommes à deux doigts de la victoire! Intervint une voix.
    Michael s'assit plus profondément sur son siège. A coté de lui, dans l'immense salle du conseil, sommeillait le trône de Dieu, puant déjà de son si doux passé. L'archange n'avait pas osé aller aussi loin.
    En face de lui, l'assemblée, qui bruissait.
    -Et a un doigt de la fin définitive et absolue de tous les royaumes célestes répliqua-t-il en abattant le sien avec la sécheresse d'un poignard, que ce soit en-haut ou en-bas. Poursuivre la guerre signifie abandonner la Terre a son sort, et à nous entre-égorger.
    Personne ne répondit. Michael poussa un grand soupir.
    -Trés bien. Les conditions dont j'ai discuté avec Lucifer sont les suivantes:
    Son regard traversa la vaste salle. Dans la lumière aveuglante, une pluie d'yeux vides l'accompagnait.
    -D'abord, la réintégration de Lucifer et de tout son... « peuple » parmi nous, à Jérusalem. En échange, les anges pourront s'installer en Enfer, mais il exige le droit de demeurer sur notre sol.
    Il attendit une chorale de contestation, mais elle ne vint pas. Vint, en revanche, un soupir lourd et oxydée pulvérisé par les souffles des Anges, et il sut qu'en sortant de la salle, tout à l'heure, rien ne serait gagné.
    -Ensuite, il demande que je partage avec lui le titre et le rôle du Premier Archange, Chef des Armées, et représentant du Paradis. Ainsi que la formation d'un Conseil Gouvernemental, formé des trois Archange -Moi, Gabriel, et Raphaël si il en a encore la force- et de deux démons -Lucifer, et probablement son second, Ascalon.
    Un général poussa un petit ricanement sarcastique au fond. Se moquait-il des exigences du Diable ou de la dégradation de Michael?
    -Dites-moi, Majesté... commença une voix féminine au-dessous de l'horizon des yeux.
    « Non, pas Majesté. » Fut la première chose qui bondit dans l'âme de Michael. Elle dévala les couloirs de son ton suppliant, se roula dans les rares corridors, et coula en pathétique quand elle tomba dans les prairies vides et noires. Mais, au dernier instant, les dents se ressérérent, et la phrase atroce disparut.
    -Saphorel?
    Deux yeux bondirent.
    -Si vous redevenez Premier Archange... Qui sera... euh... Le Seigneur du Paradis?
    « Elle aussi a ravalé une boule noire » pensa-t-il. Il se frotta les mains l'une contre l'autre, puis les joigna comme une épée de prière. Avec fluidité, elle se divisa à nouveau, et l'une de ses moitiés tira dans l'atmosphère.
    -Le prochain Seigneur du Paradis sera nommé par Dieu lui-même, lança-t-il, et je vais vous expliquer comment...

    :)
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  • Aristimbault Voir le profil de Aristimbault
  • Posté le 8 août 2008 à 10:59:41 Avertir un administrateur
  • Un bon chapitre, qui malgré son manque de longueur intolérable, met en place des questions, surtout sur la dernière phrase.
    Comme d'habitude : la suite !
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  • Rizo-Waal Voir le profil de Rizo-Waal
  • Posté le 9 août 2008 à 07:46:25 Avertir un administrateur
  • Ca veut dire quoi RAS?
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  • Aristimbault Voir le profil de Aristimbault
  • Posté le 9 août 2008 à 10:15:17 Avertir un administrateur
  • Rien à signaler.
  • Lien permanent
  • Negatum Voir le profil de Negatum
  • Posté le 31 août 2008 à 15:58:06 Avertir un administrateur
  • Désolé du retard, j'était en vacance ^^ Bon, la suite, now:


    Chapitre 5: Les Murmures de la Chair


    Berlin, novembre 2009

    Gunther regarda le vide à ses pieds un long moment, suspendu aux minces semelles de ses chaussures, les bras étendus en arrière, comme un oiseau avant l'envol. Ses yeux fixaient, béants, les fenêtres et les pierres aplatie contre l'abîme, et puis la ville, toute ces lumières et tout ces humains qui s'étalaient sous ce bête ciel vide et noir.
    Tu veux savoir ce que ça fait, hein?
    Il sentait un vague frisson le parcourir en de lents soupirs, des extrémités jusqu'à son coeur. Sa respiration n'était qu'un mince filet sifflant qui se faufilait de ses poumons à sa gorge, un mince goulot qui s'engorgeait.
    Allez, saute. Prends ta vie en main, pour une fois.
    Gunther fit un pas, et resta là, une de ses baskets appuyés sur la terre, l'autre sur le néant, hésitant encore, sur le fil entre la vie et la mort, les mains frappés par le vent du gouffre. En bas du building, les hommes et les femmes de Berlin, les lumières du quotidien, vivaient, bougeaient, pantins absurdes, grossier, indifférent, étranger à ce monde d'ombre et d'hésitation qui grouillait sur les toits, qui l'enserrait, lui, Gunther, qui l'embrassait, en quête d'un châtiment. Ou d'une rédemption.
    Tu pourra voir, ce que nous cache ce beau ciel noir.

    -Et il a sauté?
    Sehel hocha la tête, soupira.
    -Ca a pas été simple pour le repêcher, je te dis pas... Enfin, personne ne m'a vu, mais le temps que je réalise, il avait déjà fait trois étages. C'est pas passé loin, cette fois-ci.
    Archael eut un vague sourire. Assis à même les briques, leur quatre ailes étouffés par le ciel noir, les deux amis contemplaient un Berlin désert, oublié, perdu sans humains et sans lumières, un Berlin qui sentait l'histoire rance et tenace de la guerre et des horreurs. Accoudé ainsi, fusionnant avec le mur de la Dent Creuse, Sehel pouvait presque entendre les hurlements des officiers, le chant des canons, et les musiques si belles et si terribles de ce monde grand, beau et effroyable. Ca l'exaltait, et ça l'effrayait.
    Le chaud et le froid.
    -Gunther, hein? Ca me dit quelque chose, fit Archaël.
    -Encore heureux, soupira son compagnon. Archa, ca fait la sixième fois qu'il essaye de se jeter du haut d'une tour, et presque à chaque fois, c'est moi qu'on envoie!
    -Il a tenté six fois de mettre fin à ses jours?
    -Oui, enfin, y a des fois où je suis arrivé à temps pour lui envoyer des ondes positives avant qu'il tombe. Y a quelque chose qui le parasite, j'en suis sur. Un démon qui s'amuse à faire tomber les gens, ou quelque chose dans ce genre...
    Il cracha.
    -Enfin, quand je pense que y a des milliers de morts dans le monde qu'on pourrait sauver d'un battement d'aile et que je perd mon temps ici, à protéger Prométhée de son canari...
    Archael savait pertinemment que si il y avait un ange qui n'en avait rien à faire de ce qu'il pourrait apporter, c'était bien Sehel de la ville basse. Mais il ne releva pas.
    -C'est incroyable que tu arrive à faire abstraction de tout ça, lanca-t-il soudain.
    -Tout ça quoi? Demanda Sehel.
    Le sourire d'Archael disparut.
    -Tu sais bien... La mort de Dieu, l'Alliance avec les démons, l'arrivée de Lucifer...
    L'ange mit quelques secondes à continuer. Dans le noir, Sehel vut que son âme, et son sourire, étaient partis à l'autre bout de la Terre.
    -J'ai toujours du mal à réaliser...
    Sehel s'assit à coté de lui.
    -Oui, je sais, c'est un coup dur. La mort de Dieu fait mal à tout le monde... Mais il faut se dire que la Peste est définitivement derrière nous, et que le Paradis n'est pas mort...
    -Mais tu ne comprends pas? Demanda Archael avec brusquerie. Tu comprends pas ce que ça pourrait vouloir dire?
    Sehel recula prudemment.
    -Si, fit-il, que notre royaume se retrouve sans roi, mais Michael va certainement prendre sa succession, et...
    Archael se leva.
    -Ce n'est pas ça dont je veux parler... Merde, Sehel, Dieu est mort! Dieu est mort! Mais Dieu est immortel, éternel, omniscient, il est le tout et le rien, l'Alpha et l'Oméga, le commencement, la fin! Tu comprends, maintenant?



    -Parle doucement, Archael, les humains peuvent pas nous entendre, mais les oiseaux, si, murmura Sehel avec empressement. Je ne vois pas où tu veux en venir.
    Archael se retourna vers le monde rugissant des humains et des lumiéres.
    -Réfléchis une minute, Sehel, haleta-t-il, si Dieu est mort, mais qu'un Dieu est immortel ça veut dire... Ca veut dire que Dieu n'était pas Dieu. Tu comprends, ça? IL NE PEUT PAS ETRE DIEU!
    Le hurlement se répandit dans l'air avec la violence d'un coup de feu. Une nuée de pigeons surgit de la cathédrale en ruine, entourant leurs ailes blanches d'un millions de noirs. Puis, le silence tomba sur Archael et Sehel, entre eux, à travers eux. Comme une tombe.
    -Et si j'ai raison, continua Archael, ça veut dire...
    Il leva la tête au ciel, ce bête ciel noir et vide.
    -Que notre empire est une vaste blague. Et que notre vie tout entière, est un mensonge.

    Asamaan avait quitté la maison a neuf heure. Les poignets serrés par les manches d'une vielle chemise, flanqués de deux de ses petits fréres, il avait marché jusqu'aux grandes avenues sablonneuses, où il avait pris le car de nuit, remplis de chaleur et de murmure. Direction le nord de la ville.
    A dix heure, ils étaient descendus et, en silence, avaient de nouveau marché. Asamaan se souvient avoir vu dans le ciel noir une ombre furtive les survoler, et se souvient avoir senti son coeur se mettre à battre. Et si c'était lui?
    Ils avaient continués presque malgré lui, jusqu'à entendre les beats lourds qui éclataient comme des coups de canons. Et puis les cris, les gémissements de Lil Wayne, et les sourires de ses frères.
    La fête se situait dans une petite maison à l'écart des autres, loués au prix fort par la famille de sa mère. On y fêtait le mariage d'une des cousines d'Asamaan, et, apparemment, les jeunes avaient réussis à prendre le contrôle des baffles dés leur arrivée. Amusé par tant d'audace, les adultes avaient du laisser faire, pour l'instant en tout cas.
    A peine arrivé, Asamaan sentit sa main se tendre, caresser les paumes puis frapper les poings. La plupart de ses amis étaient partis à l'écart, leur bouteille de Coca-Cola à la main, un portable brillant comme une étoile dans la main de l'un d'eux.
    -Salut, Asamaan. On a cru que tu viendrai pas.
    -Les Ahmadous viendront dans une heure de temps, je crois. Sans eux, la fête n'est pas une fête, continua un second avec un sourire.
    Asamaan les salua sans leur répondre, et s'assit au milieu d'eux.
    -Vous avez mangé? Demanda-t-il au bout de quelques secondes.
    -Nan, toi aussi... Les vieux ont même pas fini de servir les plats.
    Soulja Boy eut soudain le souffle coupé dans les enceintes, et ils entendirent de l'intérieur des cris d'enthousiasme et de déception. Bien vite, le rythme infernal des Ndours s'enchaînèrent, dans ces sons hybrides entre le traditionnel et le moderne, entre le synthéthiseur et le djembé, entre ses deux Afriques qui se chevauchent, s'embrassent et s'affrontent.
    -Hé, boys! Vous avez entendu l'histoire qui s'est passé à Ekellé, dans l'uni?
    C'était Park', un des plus vieux de la bande. Quinze ans qu'il salissait ses jeans sur les pierres dures de Yaoundé, et il n'avait jamais perdu le goût des histoires. A l'affût des rumeurs de chaque instant, il cherchait les moindres miracles, les moindres mystères, comme un chercheur de question dans un océan de réponses. Asamaan sentit les oreilles des autres se tendre presque naturellement.
    -Ouais, j'en ai entendu parler, dit un autre. C'est pas là où il y a eu des filles qui se sont évanouies?
    Park se leva, le visage fier et triomphant.
    -Ouaip'. Ca a commencé y a un mois, un mois et demi, et ça s'est multiplié, de plus en plus. Des évanouissements, des cris, des possédées. Y a eu une trentaine de filles, et deux ou trois garçons qui ont eu des problèmes. Ils ont fait venir un marabout, Serigne Mbacki je crois, mais il a pas réussi à les calmer.
    Il garda cinq seconde le silence, ménageant son effet. Puis, il lacha sa sentence.
    -Et il y a deux semaines exactement, une fille y est morte.
    -Quoi? S'écria un des enfants.
    -Tu mens, lança un autre. On l'aurait su si elle était morte. J'avais entendu parler des crises, c'était passé au journal. Mais pas de mort.
    Park' lança sa tête de gauche à droite.
    -Nan, j'suis sur de ce que je dis, boy. C'est sa soeur qui me l'a dit, c'est la girl d'un pote. Une cap-verdienne. Des riches, qui pouvaient se payer des 4*4, et tout et tout. Au nom de Dieu, je le jure.
    Asamaan leva la tête.
    -Ca s'est passé quand?
    -Il y a deux semaines, j'te dit.
    -Ouais, mais quand?
    -Jeudi ou Vendredi, j'sais plus trop... Vendredi je crois.
    Asamaan baissa la tête, brusquement.
    -Merci, dit-il d'une voix sourde.
    Les bruits et les sons autour de lui se stridérent. Ses yeux regardèrent fixement sa main grouillante de doigts, qui dansait lentement, par groupe de cinq. Vendredi, hier. Vendredi dernier, huit jour. Vendredi d'avant... Quinze. Quinze jours.
    Et cela faisait quinze jours qu'il l'avait croisé. L'Aigle.
    Quand il était rentré chez lui, ce fameux jour, il s'était senti, épuisé, par l'épuisement de celui qui vient de découvrir l'amour, et qui se couche, perdu, aux cotés de son amie encore tremblante. Ses pensées suivait un nouveau chemin, de nouvelles voies. Il s'amusa pendant des heures à imaginer les éclairs électriques danser de neurones en neurones, de connexion en connexion, picoter son crane et hérisser ses cheveux courts. Il sentit une excitation sexuelle le parcourir à plusieurs reprise, sans qu'il ne sache vraiment pourquoi.
    Le lendemain, il était passé dans la ruelle, mais il n'y avait plus personne. Asamaan était bien trop franc avec lui-même pour nier qu'il avait été déçu, ce jour-là. Et bien trop franc pour se dire deux jours après qu'il se baladait seulement dans le quartier
    Il finit pourtant par le retrouver trois jours plus tard. L'Aigle. Ou si ce n'est point lui, c'est donc son frère. Il faisait sept heures du soir, et le manteau de la nuit s'abattait comme une masse dans les nuées grises. Une clairière urbaine, un de ces mystérieux terrain qui ne voulait appartenir à personne d'autre qu'au sable et qu'aux ruines de bétons, lui tendait ses bras de nuit, avec, dans son corps claisemés de parpaings détruits, une petite ruine, un bout de mur encore tenu par des fers, qui s'élevait et s'élevait. Sur ce promontoire, il y avait une ombre, et dans cet ombre, se tenait l'Aigle.
    Il devait y avoir une bonne dizaine de milliers de rapaces semblables qui tournoyaient dans le sillage des hommes de Yaoundé, mais Asamaan savait que c'était celui qu'il cherchait. Un pressentiment, toujours le même, le poussa à s'avancer.
    Il tendit sa main droite vers l'aigle, puis se ravisa. L'animal, dont l'ombre se confondait déjà avec la nuit, semblait le scruter, en silence, mais Asamaan n'en était pas sur. Lentement, il sortit de sa poche un bout de viande séché. Un gros morceau, acheté dans une gargotte à un vieux sud-africain, qui se répandait en filament croquant dans sa paume offerte.
    Les yeux d'Asamaan avait regardé la silhouette majestueuse de l'Aigle avec respect. Pas soumission, respect; le jeune garçon avait passé ses treize premières années à imposer cette nuance. Puis, il avait tendu sa main, grouillante de chair pétrifié.
    Et, suivant toujours ce mystérieux instinct, il avait éteint son baladeur.
    Immédiatement, l'Aigle s'était posé au sol, en face de lui, ses serres lacérant le sable. Il avait pris la viande sans un cri.
    Et puis, Asamaan était tombé de nouveau dans ses yeux. Et la sensation avait été encore plus extraordinaire que la première fois.
    Il alla voir l'Aigle tout les soirs. Chaque jour il lui donnait à manger, et, chaque jour, l'Aigle le regardait. Ce manège infernal, d'où Asamaan ressortait comme drogué, dura plus d'une semaine.
    Et après, plus rien. L'Aigle n'était pas réapparu.
    -Hé, Asa!
    Quelqu'un lui frappait l'épaule avec insistance. Son petit frére entoura son bras dans le sien.
    -Y a Holster qui vient, il paraît.
    Park' avait apparemment commencé une autre histoire, sur un fantôme qui rodait dans une ruelle à coté de chez lui, et les cris d'admiration, de rire, et d'incrédulité, fusaient du petit groupe. Mais quand le nom d'Holster fut prononcé, l'attention des jeunes se tourna irrésistiblement vers Asamaan et son frère.
    -Mayekoor! Quand tu parles d'Holster, tu veux dire... LE Holster?
    Le petit ne quitta pas Asamaan des yeux.
    -Oui. Tante Myriam l'a invité... Il trouve pas où c'est, j'dois aller le chercher.
    Un murmure parcourut le groupe.
    -Je t'accompagne, dit Asamaan. Ce gars-là, il est pas sur.
    -Tu rigole? Fit Park avec un rire nerveux. Tout le monde t'accompagne, boy.

    :)
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  • Negatum Voir le profil de Negatum
  • Posté le 31 août 2008 à 15:58:21 Avertir un administrateur


  • Des mains innombrables qu'avaient serrés Asamaan Keïta et ses amis, la plus marquante, la plus violente, la plus fascinante, était sans doute celle d'Holster. Les enfants de la famille ne parlaient presque que de lui, les yeux brillant à la fois de frayeur et de respect, faisant pleuvoir sur lui les rumeurs et les légendes, celles qui transforment les hommes en mythe. Car Holster -on ignorait son vrai nom- avait ce petit quelque chose qui différenciait les personnes des personnages. Quand on le voyait, sa casquette militaire vissé sur son crane, sa peau si noire arraché à la terre de la Sierra Leone, ses muscles roulants, ses poses de rappeur blasé, sa moue de mépris et de haine, on entrait dans un autre univers, celui du sang et du sperme, des coups de feux et des hurlements. Il avait des airs de despote africain déchus par l'Enfer, de salopard divin, de mythe hanté par les massacres. Oui, définitivement, Holster avait ce qu'on appelait une aura, une aura de Dieu de la Guerre descendu sur Terre pour punir les mortels, un ange de la mort, du noir né sur les diamants rouge.
    Les enfants le trouvèrent accoudé à un lampadaire grésillant, ses yeux et ses doigts tranquillement attentifs à son portable, seul dans la lumière, au beau milieu des ténèbres de la ville, une cigarette accrochés aux lèvres. Il leur sourit.
    -J'commencais à me demander...
    Il avait un accent tordu, nasal, comme celui d'une voix modifié à l'ordinateur, et de ses lévres, de ses mots, s'écoulait une violence non dite, une rage crachoté par des caillots de jurons. Asamaan se souvint, en lui serrant la main, de ce qu'avait dit une fois un de ces cousins « Il a la gueule de Fifty, mais bordel, la voix de Lil Wayne » et il se rendit compte que c'était vrai.
    -Donc? Où elle est cette soirée?
    -Là-bas, Holster, fit Park'. Suis nous.
    Ils se mirent à marcher dans le noir. La musique, doucement, coulait à leurs oreilles, les djembés bondissait à leurs tympans. Holster, absent, avançait sous les regards méfiants et fascinés des enfants, comme une star tombée au milieu de ses idoles. Asamaan, discrètement, passa sa main dans la poche de son jean, où la douce caresse du plastique ralentit son coeur. Il n'était pas vraiment rassuré.
    Soudain, des ténèbres, un grognement. Un aboiement.
    -Et merde... murmura Mayekoor.
    Il se colla à Asamaan, qui posa doucement sa main sur son épaule. Le petit groupe s'arrêta, mais le grognement s'amplifia. Park eut un mouvement de recule.
    Et il surgit des entrailles ténébreuses et horribles de l'Afrique, l'Afrique des cauchemars. Il était énorme, un grand chien, noir, musclé, au plus fort de sa forme et de sa vie, l'écume rageuse, les babines retroussés. Deux yeux jaunes brûlants et terribles. Un pitbull gigantesque leur faisait face, un cerbére d'horreur et légendaire, arraché des pages d'Ulysse et de Thésée, naseaux fumants, devenu fou par la maladie, la famine, et les puces qui le travaillaient sans cesse.
    -C'est un monstre... murmura Park'. Comment ça peut exister un truc pareil?
    -Personne ne s'enfuit, ordonna Asamaan. C'est pas un chien de garde, il aurait rien à foutre dehors. Tant qu'on reste groupé, il n'osera pas nous attaquer.
    -Mais on peut pas passer à coté, il va nous tuer!
    L'animal s'approcha en grognant. De ses poils roussis par la sauvagerie suintait un peu de sang noir. Il avait perdu depuis des années et des années tout ce qui caractérisait le domestique et le quotidien, il avait oublié la voix de ses Maîtres.
    A quelques pas du groupe, il montra les crocs, aboya. Mayekoor ne put s'empêcher de faire un pas en arrière.
    -Vraiment... soupira Holster, faut tout vous apprendre.
    Il tapota l'épaule d'Asamaan.
    -Toi, dit-il, viens avec moi. Les autres, partez.
    -Quoi? Articula Asa avec difficulté.
    Il sentit la main de son frère le quitter, et des ombres s'éloigner de lui. Devant lui, le chien, gueule béante, commença un long grognement.
    -C'est quoi ton plan, Holster? chuchota-t-il
    -Je r'connais cette bête, pour sur, ricana l'homme. C't un chien de combat, ça se voit tout de suite. Échappé ou libéré, merde, j'sais pas, mais il est dehors depuis un bout de temps, et il a déjà pas mal tué. Et il a faim.
    -Donc s'enfuir calmement, c'est du suicide?
    -Tu pige vite, gamin, faut juste le tuer. Protège ta gorge, avec ton bras, comme ça. Je vas y aller.. Si je m'arrange bien, je pourrai le maintenir immobile A ce moment-là...
    Il lui tendit quelque chose qui ressemblait à un poignard.
    -Schlak! Entre les deux yeux. Manque pas ton coup, gamin.
    Asamaan serra très fort son baladeur, au creux de sa poche, puis saisit le couteau. Il sentait sa chemise se tendre sous la pression de l'effroi, son esprit se resserrer sous l'emprise de griffes hideuses et terribles. Ses mains tremblèrent, se répandaient en sursaut et en spasme. Sa vessie se tordait dans la masse grouillante de chair et de boyaux qui s'agitait sous sa peau marronâtre, prêt à être arraché, dévidé, dévoré par...
    « Calme-toi, fit la voix de sa mére. Tu es le descendant de Soundiata, l'Empereur des terres du monde. Tu es un roi, Asa, « le ciel », par le sang de ton père, la Terre te revient. Ne fuis pas. »
    Asamaan respira profondément.
    -Pars à ma droite, chuchota Holster. J'avance.
    Lentement, les sandales de l'homme quittèrent le sable. Devant lui, le cerbère grogna de plus belle. Une bave écumante jaillissait de sa bouche comme une fontaine empoisonnée.
    Holster s'approcha, voûté, le bras gauche enroulé autour de son cou, l'autre brandissant une caillasse noire.
    -Approche, le cleb', approche.
    Asamaan réalisa soudain que c'était à lui de bouger. Lentement, marchant de coté, il amorça un arc de cercle autour de la bête furieuse, brandissant maladroitement le poignard, silencieux.
    Le monstre sembla se tourner vers Holster. Grognant, rugissant, il tendit ses muscles, prêt à bondir. Asamaan sentit son coeur se figer, mais continua à marcher doucement, prés du mur, pour arriver à la droite de la créature. Maintenant, lui, le chien et Holster formait une sorte de triangle mortel, où chacun attendait celui qui se lancerait en premier.
    Celui qui tuerait.
    Quelque chose craqua sous le pied d'Asamaan. Un bruit sec, soudain. Qui brisa la tension, implacable, et qui deversa la panique dans l'âme du garçon.
    -Ah! Cria-t-il.
    Cela suffit.
    Le monstre poussa un grognement de surprise, tourna sa tête écumante et horrible vers Asamaan. Il jeta un regard meurtrier à Holster, et se détournant dans un aboiement terrifiant, se mit à courir, la queue dressée, vers le garçon.
    Asamaan eut un moment sourd, où son cerveau ne répondit plus, paralysée par l'horreur, gargouillant de signaux d'alertes, abasourdi par ce qui fonçait vers lui. Puis, par simple réflexe, comme dernier recours, il se jeta en arrière, mit son bras en protection.
    L'animal bondit, gueule ouverte, yeux brûlants, muscle bandé, crocs luisantes. Et frappa.
    Asamaan ferma les yeux, et sentit une douleur écrasante déchirer son coude. Quelque chose de dur, de pointu, et de violent, lacérait son bras, mordant la chair, tordant les veines, tranchant les nerfs, touchant même l'os, dans un instant de folie. Il les rouvrit, et vit le dogue, accroché à son bras à vif, dégoulinant de sang et de bave, vomissant son poison qui pénétrait à gros bouillon dans le corps d'Asamaan.
    Il hurla.
    Il entendit une voix, vague, violente, tranchante « Bouge surtout pas ton bras! Il te lâchera pas! » Comment pouvait-il bouger? Il y eut un océan de douleur où se mêla avec quelques gouttes de rires. Son cri se transforma en spasmes, en hoquets. Il eut le sentiment d'étouffer.
    Holster avait couru aussi vite qu'il le pouvait. Arrivé au niveau d'Asamaan, il se pencha lestement prit le couteau, et regarda longuement le chien. Accroché au bras du garçon, n'osant pas le lâcher, le cerbère jeta à Holster des yeux hurlants de haine.
    -Tu t'crois fou, hein?
    Asamaan, à moitié évanoui, regardai la scéne avec les yeux vides, révulsés, ce regard gris qu'on ceux qui vont mourir. Plus loin, les gamins criaient son nom, effrayés, en larmes. Holster soutint le regard du chien, tira sur sa cigarette, et sourit, d'un sourire de cauchemar.
    -Moi, j'suis plus fou que toi!
    Il leva sa cigarette, et l'écrasa sur le front du chien.
    Entre les deux yeux.
    L'animal étouffa un grognement de douleur, et enfonça encore plus profondément ses crocs. Une seconde vague de douleur, plus sourde encore, frappa Asamaan en son coeur. Il tenta de hurler, mais ses poumons refusèrent ses ordres, et se vidèrent dans un murmure, refusant de se reprendre, distordant sa bouche, son visage.
    Le dogue rugissant défia le regard vide et froid d'Holster, qui appuyait négligemment le bout brulant sur le front du monstre. Puis, n'y tenant plus, il lâcha Michael, et bondit vers l'homme, droit vers sa gorge.
    Holster n'attendait que ça. Il bondit en arrière, saisit le couteau à deux mains. Le chien n'était qu'à quelques centimètres de son visage quand il frappa, déchirant la gueule de la créature dans un giclement de sang et de bave, envoyant valser le lourd corps à terre.
    Le chien gémit, roula sur le bitume, se remit sur ses pattes. Son museau n'était plus qu'une bouillie sanglante. Il aboya une dernière fois vers Holster, et s'enfuit sans demander son reste.
    L'homme entendit le cri des enfants qui couraient vers lui. Il ralluma une cigarette. Et regarda Asamaan.
    L'enfant avait perdu connaissance.
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  • Negatum Voir le profil de Negatum
  • Posté le 4 septembre 2008 à 02:32:43 Avertir un administrateur
  • Gneup? Ce serait dommage qu'il y ai aucun lecteur :-(
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  • Le_Pistolero Voir le profil de Le_Pistolero
  • Posté le 4 septembre 2008 à 19:02:57 Avertir un administrateur
  • Je m'y mets un peu plus tard. :)
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  • Negatum_ Voir le profil de Negatum_
  • Posté le 10 septembre 2008 à 17:23:18 Avertir un administrateur
  • Vraiment? Z'êtes sur?
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  • Aristimbault Voir le profil de Aristimbault
  • Posté le 10 septembre 2008 à 17:27:01 Avertir un administrateur
  • J'ai bien aimé.
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  • Negatum_ Voir le profil de Negatum_
  • Posté le 13 septembre 2008 à 16:43:56 Avertir un administrateur
  • Chapitre suivant! A la fois charnier et de transition, celui-là, charnier parce qu'il fait définitivement entrer Asamaan dans l'histoire, parce qu'il lie deux des trois fils rouges, et de transition parce qu'il introduit un nouveau personnage, second de Lucifer, démon plutot triste et plutot sympa, parce qu'il prépare un autre chapitre charnier derriére. Raïdi?


    Chapitre 6: Et les Miracles s'accomplissent

    L'absence.
    La douleur, terrible, terrifiante, implacable, qui avait marqué au fer rouge l'esprit d'Asamaan, se dissipa dans un grésillement. Dans l'âme du garçon, elle sembla soudain comme un oiseau -un aigle?- dêpétré dans son crane, qui griffait, griffait, griffait, et qui avait fini par trouver la sortie, à s'envoler. Et tous ces vers noirs, ces serpents nocturnes rampait, cette peur et cette mort omniprésente disparurent dans son sillage.
    Il n'y avait plus de bruit non plus. Du tumulte du combat, du chaos mou et agité qui dansait dans ses sens, il n'y avait plus rien. Le silence. Parfait. Absolu. Spatial.
    Il ouvrit les yeux.
    La même rue. Le même endroit. Desert.
    Il jeta un vaste regard qui parcourut la ruelle. Il y avait du sang, qui gouttait tranquillement sur la chaussée vide. Et un lampadaire, à quelques métres de là, qui éclairait faiblement les tenébres. Mais c'était tout. Lentement, avec crainte, ses yeux se posérent sur son bras droit.
    Il n'avait rien.
    -H...Holster? Holster!
    Il se leva sans mal, fit quelques pas. Appela de nouveau.
    -Mayekoor! Mayekoor! Park'! Où êtes vous? Hé! Où êtes vous?
    Sa voix résonna dans la ruelle, se repercuta, une fois, deux fois, dans les rues alentours. Rebondit sur les murs. Frappa les boulevards. Gagna les quartiers. Revint, un milliers de fois, sous des myriades de voix, d'objets, tous qui tendaient vers le ciel, marqué de leur propre écho, de leur chemin. Et c'est dans ce dédale de mirroirs déformants qu'Asamaan comprit qu'une fois encore, son Dieu, celui du baladeur, peut-être celui de l'Aigle, avait agi. Et que ses pouvoirs bienfaisant ne s'était plus incarné en une ombre furtive, en un objet de plastique, en un ange, mais en un monde.
    Dieu venait de lui offrir un univers.
    Asamaan redressa la tête, ferma les yeux. Attendit un instant, là, figé, dévoré par le silence. Ecouta.
    Il se souvint de l'Aigle. Il revit toute cette abîme, cette chute infinie, puis le choc, lent, progressif, comme si il rencontrait un drap tendu, et qu'il s'enfoncait, s'enfonçait jusqu'à toucher l'Enfer. Et cette fontaine blanche au bout du trou noir, cette remontée brusque, ce choc qui l'avait projetée à l'autre bout de sa conscience, éveillé, pantelant.
    Il vit avec ses yeux fermés une silhouette. Plus loin, dans la ville. Encore plus loin. Quelque part, prés de cette autoroute où, un jour, il avait rencontré Dieu, il y avait une silhouette muette, qui l'attendait. Et dans son dos, il y avait des ailes.
    Asamaan se mit tranquilement en marche. Sa crainte, sa méfiance, sa surprise, sa reflexion, toute ces choses qui font des humains des montres, avaient disparus. Il ne restait plus qu'une confiance aveugle, une assurance dangereuse, une foi implacable. Asamaan laissa ses chaînes de mortels se briser les unes aprés les autres, ses regrets, ses remords, son identité, se déssecher sur son sillage. Ses pieds foulait sa rationalité, son esprit critique, sa haine, sa rage, et toutes ces idées venues par armées de l'Europe et de l'Arabie, quand son Empire à lui, à ses aïeux, rayonnait comme le soleil sur la terre rouge. Et les djembés qui frappaient et frappaient dans son coeur semblait comme autant de trompettes, en quête d'absolu, de redemption, d'Apocalypse.
    Il dut attendre dix minutes, à se perdre dans les ténébres rouges et pétrifiés de la capitale, pour arriver à l'autoroute. Ici, il n'y avait pas plus d'humain que de voitures. Seuls restaient les lumiéres des buildings, et la route noire, blanche, détruites par le passages d'un milliers de voitures.
    Et un ange.
    Assis prés d'un lampadaire, comme Holster tout à l'heure, feuilletant un livre blanc enflammé par la lumiére, il eut un sourire en voyant Asamaan arriver. Il était blanc, grand, musclé, vêtu simplement d'une chemise et d'un jeans, avec l'assurance modeste de ceux qui admire trop le monde pour s'aimer ou se detester. Ses ailes étaient immenses, naissant et fleurissant sur son dos, pour exploser en une apothéoses de plumes blanches, qui se perdaient jusque dans les ténébres. A sa main, un anneau rouge, étincelant comme un rubis, irradiait.
    -Ah... Te voilà. J'ai cru que tu n'arriverais pas à me trouver.
    Asamaan sursauta. L'ange ne parlait ni le francais, ni l'anglais, comme il s'y était attendu, et encore moins l'argot de la rue. Ce qu'il disait, peu d'enfants de son âge aurait pu le comprendre: Car l'ange chantait le Nufi, une langue ancestrale du Sud du Cameroun, dont les contes, les chants et les mythes, avaient bercés Asamaan. La langue de son pére... Et voilà cette voix blanche et légére qui la parlait avec tant de perfection qu'elle sonnait décalé, emprunté dans sa bouche.
    -Qui es-tu? Demanda l'ange.
    Asamaan avala sa salive:
    -Je m'appelle Asamaan. Asamaan Keïta.
    -Keïta... murmura l'ange comme pour lui-même. C'est un nom du Mali?
    -Euh... Mon pére était malien, bredouilla Asamaan en Nufi maladroit. Ma mére, est une Sérére, de Saint-Louis, au sénégal.
    Il fut surpris de l'habileté avec laquelle il parlait. La derniére fois qu'il avait essayé de parler Nufi, à un de ses amis malien, il s'était limité à barboter quelques mots au milieu d'un océan d'hésitation. Mais là...
    -Etait?
    Asamaan prit de l'assurance.
    -J'ai dit qui j'était. A vous, maintenant.
    L'ange durcit la voix.
    -C'est à toi de poser les questions?
    -Lorsqu'un inconnu se présente à un autre, fit Asamaan sans trembler on doit lui retourner la politesse. C'est ainsi qu'on me l'a appris. Vos ailes, et ce monde pétrifié, n'y changent rien.
    Il y eut un silence de quelques secondes. Puis, l'ange abdiqua en un sourire satisfait.
    -Je suis Gabriel, Deuxiéme Archange, et le Messager de Dieu. Je suis celui que l'on envoie pour parler aux mortels.
    Asamaan ne bougea pas.
    -Tu n'as pas l'air vraiment surpris, fit Gabriel dans un sourire.
    -Non.
    Asamaan sentit comme quelque chose se briser dans son esprit. Son argot, sa langue, et tous ces mots qui l'enchaînaient malgré tout à sa condition, s'évaporait à chaque mot prononcé en Nufi, un Nufi toujours plus lointain, toujours plus différents. Parlaient-ils encore une langue humaine?
    -A vrai dire... J'ai toujours su que quelqu'un viedrait. Ma vie ne pouvait pas se limiter à des jours et à des nuits, à un quotidien pauvre et éternel, à la mort sans la gloire. J'ai toujours vu les miracles. Suivis les signes. J'ai toujours su que j'étais...
    -Spécial, continua Gabriel avec gravité. Car tu es le descendant de la lignée du roi, le dernier héritier d'un des plus vastes empires du monde... Le dernier descendant de Soundiata Keïta.
    -Alors Dieu, les anges... Tout existe vraiment?
    Gabriel sourit.
    -Dans les grandes lignes. Même si c'est souvent différent de ce que les humains attendent. Mais pour le moment, je voulais juste te rencontrer. Je te dirais ta mission plus tard, Asamaan.
    -Trés bien, fit le garçon. Mais... comment savez-vous? Que je le mérite? Que je suis celui que vous attendez?
    L'Ange se détourna tranquillement.
    -Tu m'as trouvé.
    Ses ailes battirent. Une fois, deux fois...
    Puis, Asamaan se réveilla.

    Steady... :)
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  • Negatum_ Voir le profil de Negatum_
  • Posté le 13 septembre 2008 à 16:44:18 Avertir un administrateur

  • Une silhouette épiait Jerusalem.
    Accoudée au bord d'une ruelle ténébreuse, la caillot d'ombre et de sang observait. Il voyait les hommes vivre autour de la ville, dans la ville, et se voyait, lui, bloqué au fond d'une artère, si prés du coeur, prêt à le faire exploser. Deux cornes gigantesques, tournoyantes, s'appuyaient sur son crâne, l'allongeant, le déformant, plein d'une beauté sauvage et mythique. Deux yeux jaunes et luisants, perdus dans l'immensité de son visage.
    La silhouette se releva lentement. Paisiblement. Elle s'étira. Et sortit dans la lumière...
    Où elle s'arrêta, sous la menace d'une dizaine de lances acérés.
    Chaune des lames était tenue par un ange, la plupart ne dépassant pas la vingtaine, organisé en un demi-cercle parfait, qui formait, avec leurs armes et le démon, une étoile blanche et mortelle.
    La silhouette bailla d'ennui.
    -Vraiment... fit-elle d'une voix maigre, incisive.
    -Ah! Cria un des anges, une jeune fille d'une vingtaine d'années. Tu te décides à sortir?
    -Ouais, fit le démon. C'est bien le noir, mais à force, ben, bof...
    Un autre des anges rit avec nervosité.
    -Sans vos ombres, vous êtes perdus! Ta vie touche à sa fin, Démon!
    La silhouette lui jeta un long regard noir. C'était un blond. Il avait toujours détesté les blonds. Qui plus est ceux qui débitait des clichés.
    -La vie... Ne me parlez pas de la vie...
    Sur cette déclaration, l'assemblée fut plongée dans un étrange silence. Puis, le démon, releva la tête, et dit:
    -Sur ce, il est possible de me laisser passer? J'aime pas les lances, et puis, vous savez, y a une trêve, tout ça...
    La jeune fille répondit avec violence:
    -C'est peut-être ce que dit Michaël, mais Dieu est notre seul maître! Tu vas payer pour Kobé!
    -Serenielle? Qu'est-ce qui se passe?
    Le démon haussa les épaules en direction des deux silhouettes qui couraient vers eux. Les joues de la jeune fille s'empourprèrent.
    -On est parvenu à coincer un démon! Sehel! Archael!
    Les autres anges n'avaient pas bougé, hésitant sur la démarche à suivre. La silhouette en profita.
    En une seconde, elle avait franchi la barriére des lances.
    -Enfin, coincer... C'est beaucoup dire.
    Serenielle et les deux autres anges sursautérent quand il approcha. Le démon alluma une cigarette d'un air désolé.
    -Euh... Qui êtes vous? Demanda le plus grand des deux pendant que les anges, penauds, rentrait leurs lances.
    -Bonne question. Moi-même j'en sais rien, à vrai dire, avoua la silhouette dans un haussement d'épaules.
    Elle se tourna vers Sehel, et ses traits s'agrandirent de surprise.
    -Hé! Mais c'est le meilleur pote à Gunther!
    Avant même que Serenielle et Archael purent réagir, le démon avait déjà enroulé un de ces longs bras autour de leur ami, et lui disait d'un ton faussement confident.
    -Alors? Ca fait quoi de sauver toujours, toujours la même personne? Hein?
    -Euh...
    -Sehel! S'écria Serenielle. Il a tué tes parents!
    La voix porta. Les deux anges se figérent instantanément sous la surprise, et le démon leva même un sourcil d'interrogation.
    -Que... Mais... hoqueta Sehel.
    -Tes parents sont morts dans la prise d'otage de Kobé, c'est ça? Quand le désespéré leur a tiré dessus, à eux et à mon frére?
    Serenielle pointa un doigt accusateur sur le démon.
    -C'est lui! Le responsable! C'est Raüm, le Seigneur du Désespoir, le fils unique et l'héritier de Nahash le Tentateur, et...
    -Oh, j'ai tout un tas de nom à rallonge, oui, fit le démon d'un air vaguement ennuyé. Mais j'ai pas le temps, là. Je suis en retard. Ravi d'avoir parlé!
    Et, avant même que les anges amorcent un mouvement, il avait disparu de leur vision médusée.

    Go! :-)
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  • Darth_vador_2 Voir le profil de Darth_vador_2
  • Posté le 13 septembre 2008 à 20:06:00 Avertir un administrateur
  • Que dire avec un titre aussi alléchant et une narration aussi séduisante ? :coeur:

    __________________________________________________


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  • Negatum_ Voir le profil de Negatum_
  • Posté le 27 septembre 2008 à 19:05:16 Avertir un administrateur
  • :up:

    J'attend peut-être un ou deux retardataires avant d eposter la suite? J'ai vingt pages d'avance, mais histoire d'être sur :p)
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  • Aristimbault Voir le profil de Aristimbault
  • Posté le 27 septembre 2008 à 20:53:22 Avertir un administrateur
  • Tiens, j'avais lu mais oublié de commenter.
    Bon bah pour rester constructif, j'ai relu et trouvé ça cool. Dur de refaire un truc sur chaque chapitre ><
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  • Negatum_ Voir le profil de Negatum_
  • Posté le 2 octobre 2008 à 16:47:22 Avertir un administrateur
  • Let's Go alors :-)

    Pour ceux que ça interesse, au niveau du manuscrit, j'approche du dénouement de la premiére partie (Avant-dernier chapitre). Tout sera probablement fini d'ici une ou deux semaines. Aprés, il y aura probablement une réecriture, que je posterai dans un autre topic. Sinon, ben, voila quoi :-)

    Chapitre 7: Conseil des Firmaments

    -Tu es sur qu'ils vont venir? Demanda Lucifer.
    Pour la première fois depuis qu'il était arrivé à Jerusalem, Lucifer avait l'air anxieux. Assis dans la salle sombre du conseil, prés d'une grande table ronde, Michaël haussa les épaules.
    -Si c'est moi qui leur ait demandé, ils viendront, fit-il. Gabriel et Raphaël sont certainement ceux sur qui je peux le plus compter en ces temps difficile.
    -J'espére, lanca Lucifer, car je te rappelle qu'on a toujours pas trouvé l'enfoiré qui a lancé les ragondins et leurs copines les pustules. Et tu sais que ça peut-être n'importe qui, aussi bien dans mes potes que dans les tiens.
    Micha¨le lui porta un regard acéré.
    -Dans ce cas, ça peut très bien être moi... ou toi.
    -Tu me fais toujours pas confiance, hein?
    Michael dit avec une douceur calculé:
    -Je te ferai jamais confiance, grand frére. Pour qui me prend-tu?
    Lucifer leva les yeux au ciel.
    Soudain, une porte s'ouvrit à leur droite.
    -Michael! Fit Gabriel. Je suis heureux de te revoir.
    Ils se tombérent dans les bras.
    -Moi aussi, vieux frére. J'ai tant besoin de toi, si tu savais.
    -tu peux compter sur moi. Les temps sont si dur...
    Ils se séparérent. Lucifer eut un vague sourire.
    -Arrêtez, je vais vomir...
    Gabriel se tourna vers lui.
    -Et voilà le fils prodigue... Le paradis te tend sa joue gauche, mon petit.
    Lucifer entra dans le jeu. Ils s'étaient toujours bien entendu, malgrés les camps et les guerres.
    -T'as préparé ça à l'avance, nan? Les métaphores à la con, c'est mon truc, maintenant.
    Gabriel le regarda de haut en bas.
    -Tu as opéré quelques changements dans ta caboche, pas vrai?
    Lucifer leva les yeux au ciel.
    -Deux ou trois trucs. Au point où j'en suis, tu sais... Tiens, pour te dire, une fois, j'ai même tenté d'imiter notre labrador préféré, faire style ténébreux torturé, tout ça...
    Il fit la grimace.
    -Au début, ça marchait bien, mais c'était d'un chiant... Alors vu que j'ai toujours aimé les vanneurs à deux balles, je me suis modifié.
    Michael leur fit soudain signe de se taire.
    -J'entend quelqu'un...
    Lucifer s'avança.
    -Tu sais, Mewto, au départ, on est dans un palais, tu sais, un gros machin blanc et moche avec pleeein de bruits, et avec pleeein de gens, donc c'est un peu normal si t'entend des...
    -Ta gueule.
    Et, à la surprise générale.
    Un grincement derriére eux.
    -Ce n'est que moi, Michael. Il est inutile de s'inquiéter.
    L'archange soupira.
    -Je suis désolé, Raphaël, mais...
    -Raphaël? S'écria Lucifer.
    Il se retourna brusquement. Ses yeux s'agrandirent, sa bouche s'affaissa.
    -Merde... murmura le Diable.
    Où était passé l'ange merveilleux, aux yeux d'étoiles, à la peau sombre et belle, aux cheveux noir et court, la créature parfaite, l'ultime oeuvre de Dieu? Où était passé les perfections de ses traits, son corps musclé, ce chant à la place de la voix? Ce que découvrait Lucifer, à l'autre bout de la Salle du Conseil, n'avait plus rien à voir avec Raphaël, l'Archange de la Beauté et des Arts. Ce n'était plus qu'une chose sans âge ni visage, ratatiné dans son fauteuil roulant, la peau rougie, cendré, recouverte de bubons, et son crâne déchiré, et ses yeux exorbités. De ses ailes, il ne restait que deux vagues moignons sanglants et horribles.
    -Raphaël, mon Dieu, que... murmura Lucifer.
    La chose émit un grognement, et une plaie poussant au milieu de son visage se tordit, dans une parodie grotesque et pathétique de sourire.
    -La Peste, Satan. La Peste.
    Michael s'approcha doucement.
    -Quand les rats sont apparus dans la ville, Raphaël fut le seul a faire le lien avec les Pestes Humaines. Pendant que Gabriel était retenu en Chine, et que je te combattais sur les flancs de l'Eden, il a réuni une petite équipe, et a enquêté dans la ville basse...
    Sa voix se brisa.
    -Ils n'ont rien trouvé. Mais trois jours aprés, les morts se sont multipliés, et Raphaël a contracté la peste. On a cru qu'il était fini, mais... voilà.
    Lucifer resta pétrifié.
    -Bien... Ravi de te revoir, Raphaël.
    La chose grogna de nouveau, et une voix toussotante s'en extirpa.
    -Ce n'est pas réciproque, Lucifer. Je fais confiance à Michael, mais pour moi, tu n'est pas innocent à cette épidémie.
    De l'horreur s'extirpa un bras d'insecte, qui brandit son doigt unique et difforme sur Lucifer.
    -Et je trouverai de quoi tu es coupable.
    Le Diable se retrouva immédiatement dans son élément. Il haussa les épaules.
    -Demande à tes potes du hard rock de faire ton boulot. Ils vont finir par te confondre avec moi, ils ont toujours adoré les cadavres.
    Il regarda sa montre.
    -A propos de cadavres qui bougent, qu'est-ce que fout le cinquiéme?
    -'Suis là, Patron.
    D'une colonne apparut une silhouette tranquille, apathique, qui s'avança dans la salle.
    -Ca fait combien de temps que t'es planqué derriére cette colonne?
    Raüm haussa les épaules.
    -Quinze secondes? Je me suis perdu dans, euh, la ville haute, et j'ai été un peu retardé...
    -Les anges? Demanda Michael.
    Le démon opina de la tête d'un air ennuyé.
    -Ca va, ils étaient rigolos. J'ai même croisé celui qui s'occupe de... Oh, mais ça vous dira rien.
    Puis, jetant un vague regard autour de lui.
    -Au fait, salut.
    Gabriel et Michael s'échangérent un long regard, puis se tournérent vers Lucifer.
    -Mesdames et Messieurs, voici Raüm le jeune, fils cadet de Nahash le Tentateur, demi-satyre demi-muse, Démon de la Tristesse, du Déséspoir, du Suicide et de l'Agonie, et, depuis la mort de son pére, devenu second et porte-étendard de l'Enfer.
    -Wah, je les avait tous oublier... fit Raüm en se grattant la joue. Enfin, il me semble que vous aussi, Patron. Y avait un truc sur les abîmes, non?
    Gabriel ne put s'empêcher de sourire en tendant la main. L'enfer n'était vraiment plus ce qu'il était.
    -Et encore, vous pouvez pas imaginer... fit Raüm en la prenant dans ses griffes.
    Gabriel resta figé. Lucifer éclata de rire.
    -Oui, oui, Raüm a hérité de son papa chéri l'amour des mensonges et la passion de la vérité. Au moindre geste d'ouverture envers lui, il saura lire dans votre âme.
    Raphaël toussa.
    -Et... Peut-on savoir à quoi correspond un « geste d'ouverture »?
    Raüm haussa les épaules.
    -C'est moins drôle si je vous le dit.
    -Bien, conclut Lucifer, vous êtes tous présents, finalement. Après ces émouvantes retrouvailles, je vais pouvoir vous expliquer notre plan.
    Chacun des cinq membres, Michaël, Lucifer, Gabriel, Raüm, et Raphaël, se posèrent aux cinq coins de la table. Raphaël délaissa le fauteuil qui lui était attribué, et resta dans sa chaise, ce qui rendit Michaël légérement mal à l'aise: Partout où il allait, il y avait toujours un trône vide, un trou dans un mur...
    -D'ici peu, fit Lucifer, un « remplaçant » à Dieu sera nommé. Un tout nouveau Seigneur, inexpérimenté, qui n'aura vraisemblablement fréquenté aucun sommet du Pouvoir, une pauvre bergère brésilienne au fond de son trou, un poète quelconque, un ange inexpérimenté, ce genre de choses.
    -Et...Comment vous comptez le choisir? Grinca Raphaël.
    Michael soupira.
    -Je suis désolé de ne pas pu t'en parler plus tot, Raphaël, mais je voulais que cette affaire reste absolument secrète. En réalité, nous avons trouvé un moyen de chercher un... successeur à Dieu.
    Lucifer se leva d'un bond, et ses bottes noires frappèrent le lourd sol de l'Histoire. Il semblait s'amuser comme un fou.
    -Reprenons les évenements, établissons le diagnostic: Nous sommes le vingt-quatre aout 2009, premiéres apparitions des rats. Deux septembre: Premiers cas. Quatre septembre, un ciel noir et rouge entoure le Paradis, disparition des rats. Dix septembre: Nos deux armées se perdent de vue. Vingt-huit septembre: Moi et mon agent Solal partons à pied pour le paradis. Et puis... Nous atterissons au trois octobre.
    Lucifer jeta un regard à Michael, qui reprit.
    -Le mardi trois octobre 2009, Lucifer est arrivé à Jerusalem. Le ciel s'est éclairci, et lui et moi sommes montés dans la chambre de Dieu, avec tout les deux le même pressentiment. Et... ce que nous avions deviné s'est bien réalisé.
    -Nous ne sommes arrivés qu'à quelques minutes d'intervalles. Tout les deux seuls, vu que Solal fut retardé par la foule à l'entrée. Il n'est pas aussi doué que moi pour se déguiser.
    Gabriel se massa les tempes.
    -Et aucun nouveau cas ne s'est déclaré depuis: Ou bien les anges atteint meurent sans souffrance, ou bien ils sont miraculeusement guéri. Je vois où tu veux en venir...
    -Ca voudrait dire qu'au moment où Dieu est mort, un nombre invraisemblable de coïncidence se sont produites? Demanda Raüm.
    -Nous sommes sous le joug du monothéisme, lanca Lucifer. Quand tout les prophétes se sont mis à annoncer la naissance de Jésus, et quand tous ont précisé qu'il serait descendant de David, était-ce des coïncidences?
    Le souffle de Raphaël s'accelera.
    -Ca voudrait dire... Que la peste serait voulue? Voulue par Dieu? Tu te rend compte de ce que tu es en train de dire, Satan?
    Michael fit un geste d'apaisement.
    -Pas de conclusion hative. Dieu a peut-être du faire face à un grand ennemi, et à du disparaître, ou à prendre une autre forme, quelque chose de ce genre... Pour l'instant, nous devons trouver un successeur, aussi absurde que cela puisse paraître.
    -Ce n'est pas la premiére fois que notre pére nous ferais des secrets, fit Gabriel. Mais bref, si on regroupe ces coïncidences, ça veut dire qu'il a modifié la trame de la réalité.
    -L'Orgue de Dieu... murmura Raphaël.
    Raüm s'impatienta.
    -Et donc, c'est bien beau tout ça, mais où méne votre raisonnement?
    -Si il nous a amené tout les deux face à face, c'est qu'il voulait nous donner un message. Un message pour nous deux. D'une part, notre union, et d'autre part, son successeur.
    -Quand nous discutions, moi et mon frére, ce fameux trois octobre, reprit Michael... Lucifer a lancé cette même hypothése. Et à ce moment-là, une page s'est echappé du livre qu'il tenait.
    Le Diable eut un sourire.
    -Au cas où ça interesse quelqu'un, le livre est un recueil de poèmes d'un certain Wilheim Guemant, que personne n'a vu nulle part, et illustré par un anonyme. Pas de date, pas d'éditeur, le style d'un Kipling sous amphétamine, une couverture rouge, et des gravures à réveiller les morts.
    -Un livre probablement inventé par Dieu pour l'occasion, pour qu'on le suive dans son jeu de piste, c'est ça? Fit Gabriel. Pas de doute, c'est bien son genre
    Raüm leva la tête, ennuyé.
    -Et cette gravure? Elle représente quoi?
    Michael sortit la page de sa poche, et la déplia sur la table. Les cinq se levérent, s'approchérent.
    Malgré ce que disait Lucifer, il était clair que le graveur n'avait aucun don particulier. Les encres tremblaient, vibraient, comme un croquis cendreux, comme le dessin d'un enfant, avec des visages trops maigres, des bras trop longs, des yeux sans pupilles, des robes visiblement recopiés. Pourtant, dans ce déluge de maladresse, il suintait quelque chose de grandiose, de gigantesque, d'une façon simple, comme une ligne sur une feuille appelle l'infini, comme le blanc projette la lumière, et le noir les ténébres. Il y avait de l'absolu raté étalé sur le croquis, quelques soupçon d'océan et des gouttes de ciels, et Michael, absurdement, pensa que ce dessin venait du futur.
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  • Posté le 2 octobre 2008 à 16:47:50 Avertir un administrateur
  • Il y avait un homme assis sur un trône qui fusionnait avec un arbre. Un homme aux ailes blanches. Les traits masqué par l'encre, la silhouette se fondant dans la séve, des branches sortaient du trône comme pour le déchiqueter. Au dessus de lui, une pyramide, un oeil. Derriére lui, une gueule monstrueuse, les dents plates, les yeux exorbités, d'un hippopotame enragé. Et de cette gueule surgissait un doigt.
    -Monsieur Langdon est demandé à l'accueil, ricana Lucifer.
    Raüm se baissa.
    -C'est un peu plus évident qu'on le croit. Le trône de bois est la représentation du titre de Dieu. Un ange va récupérer le pouvoir. Et c'est... euh... Popo, le Messie Hippo qui va nous dire de qui il s'agit?
    Gabriel sourit.
    -L'hippopotame est un animal qui a peu de représentation symbolique. Partant du principe que le doigt représente un humain, il suffit de chercher quel famille l'a pour symbole. Et là, c'est relativement clair...
    -Soudiata Keïta. Le fondateur de l'Empire du Mali. La légende raconte qu'à sa mort, son âme se serait envolé, et se serait métamorphosé en hippopotame sous les yeux de ses sujets.
    -Et vous voulez retrouver cet hippopotame? Fit Raphaël, abasourdi.
    -Ce n'est qu'une légende, continua Gabriel. En revanche, Soundiata a existé: Je l'ai assisté lors de son ascension, et plusieurs de nos agents sont intervenus en faveur de son Empire. Ce que nous devons chercher, ce n'est pas lui: Ce sont ses descendants.
    Raüm soupira.
    -Moi je veux bien, mais la moitié de l'Afrique, à peu de choses prés, prétend avoir dans son sang quelques gens illustres. Et, bah, la plupart ont raisons, alors...
    -Nous avons des dossiers, des registres sur les familles « illustres », fit Michael dans un sourire. Aimer l'ordre, ça a du bon. En l'occurence, des descendants indirects, il y en a à la pelle. Mais sa véritable lignée, avec son épouse légitime, de fils ainé à fils ainé... Là, il n'en reste plus qu'un.
    Lucifer rangea la page.
    -Coïncidence supplémentaire. J'ajouterai, d'après mes recherches, qu'il est fort possible que Soundiata soit le descendant du roi David. Un seul homme, clairement indiqué dans les registres, facilement trouvables avec quelques extrapolations... Tout colle. Dieu a bien voulu nous passer un message.
    -Qui est le descendant? Demanda Raüm.
    Gabriel attendit un peu, pour ménager son effet, puis:
    -Un gamin camerounais de treize ans. Asamaan Keïta. Né le 8 mai 1995, mouride, ancien talibé, orphelin de pére, famille relativement aisée qui a connu des difficultés financiéres il y a quatre-cinq ans. Son nom signifie « Le Ciel » en wolof. Une coincidence supplémentaire.
    Raphaël toussa de façon horrible.
    -Vous voulez confier la destinée de l'univers a un gamin de treize ans?
    -C'est plus ou moins ça, fit Lucifer en haussant les épaules. En fait, je pense qu'il s'agit plus ou moins d'un médium. Il pourra décrypter la volonté de Dieu. Choisir celui qui le deviendra.
    -Je suppose qu'il est inutile de rappeler à quelle point votre... théorie est tirée par les cheveux. Bon sang, vous vous rendez compte que le fil de votre raisonnement est ténue comme une toile d'araignée? Et qu'à la moindre erreur dans toutes ces analyses, vous précipitez le Paradis, l'Enfer, et la Terre, dans l'abîme?
    Michael baissa la tête.
    -Oui... J'en ai conscience. Si nous échouons, si la personne n'est pas assez forte pour supporter son rôle, alors l'univers s'effondrera sur lui-même.
    Sous la table, ses mains s'étranglérent.
    -Mais... C'est notre seule option. C'est la seule idée que nous ayons, le seul moyen de nous raccrocher à la réalité. Dieu est mort, Raphaël, et il ne reviendra pas. Ce que nous décidons maintenant, c'est si nous préférons nous éteindre, laisser la Terre aux griffes des humains, ou si nous acceptons de nous battre. Si nous voulons que notre espéce survivre, ou si nous voulons mourir.
    Lucifer approuva.
    -Les démons marcheront avec les anges. Ensemble, nous sauverons le monde, et nous trouverons qui a lancé cette peste. Et je peux te jurer qu'il le paiera, Raphaël.
    Il y eut un petit rire de gêne, à l'autre bout de la table. Les anges se tournérent.
    C'était Raüm
    -Tout ça, c'est génial, enfin, à peu prés, mais vous évitez une question, je crois. Faudrait pas oublier que... Hé ben, que Dieu est mort, alors qu'il était censé être, euh, immortel, tout ça? Donc que si il est mort... C'est que quelque chose clochait depuis le début, vous trouvez pas?
    Il rit, et ça n'avait plus rien avoir avec de la gêne.
    -Et si vous ne trouvez pas des réponses, très vite... Alors la Voie des Anges n'aura plus de raison d'être. C'est la fin du Paradis, de l'Enfer. C'est la fin du monde.
    -Michael...
    C'était Raphaël. Les autres le sentirent hésitant. Le monstre, juché sur son fauteuil, caressa de sa main ses brulures noircies. Puis...
    Puis il se tourna vers ceux qui composeront plus tard le Conseil du Firmament, celui du dernier espoir, les cinq qui dirigeront, avec ce Dieu sorti d'un livre d'image, la Terre, le Paradis, l'Enfer: Il y a Michaël, l'Archange du Bien, il y a Lucifer, le Diable, Gabriel, l'Envoyé de Dieu, il y a Raphaël, le Maître des Arts, et il y a Raüm, Prince de la Tristesse, Seigneur du Chagrin.
    -Comment s'appelle ce livre, d'où sort cette gravure?
    -Il s'appelle la Voix des Hommes.
    -Comme un chemin?
    -Non. Comme un cri.

    :(
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  • Negatum_ Voir le profil de Negatum_
  • Posté le 2 octobre 2008 à 23:07:31 Avertir un administrateur
  • Nan, mais en fait, ça appelait pas de réponse.

    Maintenant, si le hobb' pouvait passer un coup de balais :)
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  • Epitaph Voir le profil de Epitaph
  • Posté le 3 octobre 2008 à 10:19:44 Avertir un administrateur
  • Je peux^^
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  • Negatum_ Voir le profil de Negatum_
  • Posté le 26 octobre 2008 à 14:31:29 Avertir un administrateur
  • :up:

    Si ca vous interesse, le manuscrit est terminé. PLus qu'à retravailler l'ensemble :-)
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Sujet : « La Voie des Hommes »

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