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Sujet : « La Voie des Hommes »

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  • Negatum Voir le profil de Negatum
  • Posté le 22 mai 2008 à 19:10:05 Avertir un administrateur
  • Il y a maintenant un peu plus d'une année, fort de l'inspiration d'une chanson des Red Hot, j'avais élaboré avec l'ami Az' ici dans le coin un projet de fiction commune, un grand truc, vaste, genre le super-projet-en-vingt-tome-que-je-finirai-jamais (et, en effet, on a jamais dépassé la demi-page). Ca parlait d'anges, de peste, de sentiments et de guerres mondiales.
    La fiction que vous n'allez pas lire (je vous connais), parle grosso modo des mêmes choses, enrichies quand même par une grosse restructuration du bordel de l'époque. Comme je sais parfaitement comment marche les fics, il s'agira en fait d'une suite de nouvelles indépendantes les unes des autres, de 40-60 pages chacune, suivant les mêmes personnages au fur et à mesure des histoires (un peu comme les enquêtes de Sherlock Holmes, ou, plus sûrement, le premier tome de la Tour Sombre, le Pistolero). La première arrivant sur word à sa moitié, il est venue pour elle le temps de sortir de l'ombre :-)
    Bref bref bref, c'est de la Fantasy Urbaine/SF, ça raconte la fin d'un Dieu et l'arrivée d'un nouveau, et c'est aussi le début du chapitre, là, maintenant.

    Enjoy (or not!).


    ACTE I: DES CHEMINS DANS LES MURS
    (Michael – Septembre/Décembre 2009)

    Chapitre 1: Un Aigle dans le Ciel


    Notre histoire commence sur la vision d'un aigle. Le ciel est gris autour de lui, d'un gris enflammé où le soleil transperce les nuages. L'aigle est grand, brun, majestueux, aux serres immenses et aux yeux de roi. Il vole, et son voyage, ponctué par de lents battements d'ailes et par des coups de tonnerre vrombissant, s'annonce long, terrible et beau.
    Ce vol est notre histoire.
    Pendant d'interminables minutes, l'aigle vole, perdu dans les nuées, guettant autour de lui les fureurs de l'orage. Il ne dévie pas, pourtant, ne se bat pas avec le vent strident qui hurle à ses oreilles. Il se contente de tracer son chemin. Il est là, et il avance.
    Et puis, soudain, au milieu du néant, une fenêtre.
    Accroché à un mur qui s'étend en face de l'aigle, elle le regarde, ouverte et lascive. Lui ne la voit même pas. Il s'engouffre à l'intérieur sans rien dire, voltige dans la salle, se pose sur les pieds d'un lit.
    Il y a un homme allongé là. Un homme qui regarde l'aigle. L'immense toile qui recouvre le lit à baldaquin les empêchent de se voir, mais et ils savent pourtant que l'autre en face de lui existe. Et ils se devinent à travers la teinture.
    Et puis, l'homme se met à murmurer:
    -Il ne me reste plus grand chose à dire, maintenant...

    La Terre tenait dans sa main.
    Sehël plissa les yeux. ce n'était qu'un mirage, une belle inversion des perspectives, bien sur, et pourtant... Ca avait l'air si réel... Il avait impression qu'en fermant le poing, rien qu'en fermant le poing, cette grosse pomme bleue et blanches s'effondrerait
    Sehël était debout, sur le toit de sa maison, la main tendue vers le ciel dévasté, ses yeux noirs secs bloqué sur celui du monde. Des nuées rouge comme le sang, tournoyant autour de la ville de Jerusalem, balayaient leur nuances de noir et de jaunes. Autour de lui, dans les flammes et la fumée, la cité blanche rayonnait de ses éclats irréels malgré les corps qui la jonchait. Des cendres volait tout autour de lui, et sa tunique immaculé claquait au vent. Deux ailes pâles d'anges rongeait son dos, une légère auréole couronnait ses cheveux.
    Et la Terre, au milieu du ciel, qui brillait malgré la tempête et les cendres. Autour d'elle, les cieux tournoyait et plongeait, comme de l'eau qui glisse dans un typhon. Son hémisphère accusateur surplombait les champs et les plaines, les villages, la ville, et même le palais, si haut dans sa montagne. Bleu, avec des touches blanches et brunes, voilà la Terre vu du Paradis.
    Qui tenait dans les mains d'un ange.
    Lentement, Sehël referma ses doigts. La Terre ne bougea pas. Mi-amusé mi-déçu, il la redescendit, et les porta à son front. La poussière plâtreuse des maisons lui frappa soudain les yeux, et il les ferma dans un gémissement.
    -Sehël! Arrête de rêver.
    Il tourna la tête, les yeux larmoyants. La silhouette de Archaël apparut, flouée par le sable. Une vibration blanche, deux immenses lames se dressant sur ses cotés. Un visage brun et fermé.
    -C'est le crépuscule. Nous devons aider les autres à brûler les corps.
    -Je sais, je sais, grogna Sehël. J'espère que je ne connais aucun des morts d'aujourd'hui.
    Archaël hocha la tête alors que son visage se libérait de la gangue de larmes, découvrant des yeux bleus d'acier entourés par une auréole de cheveux noirs.
    -Ils vont avoir besoin de nous. Allez, viens.
    Ils descendirent tout deux par un petit escalier accroché au toits, et leurs sandales touchèrent les rues. Les pavés autrefois si blancs du paradis était devenu gris de cendres, les lucarnes noircis crevassaient les murs, et les maisons du quartier ouest penchaient leurs ombres vers eux. Sehël soupira devant les terrible conséquence de la Peste.
    Ils marchèrent en silence pendant de longues minutes dans le dédale de ruelles, sans rencontrer personne. Leurs pas résonnaient sous le bourdonnement du ciel noir et rouge, parfois animés par des éclairs muets. Dans le ciel noir, des ombres volaient par centaines.
    Quand ils découvrirent le corps d'un ange agenouillé au coin d'une rue, la tunique gorgée de sang bleue, et les ailes noircies et empêtrés comme dans du goudron, ils ne dirent rien. Un long regard leur suffit: Il le connaissait. Et bien même. Le regard vide du pestiféré était celui autrefois du Gardien des Maisons, le même qui les avait réprimandé tant de fois durant le torrent de leur enfance. Ils restèrent là, à le regarder un long moment, ressassant les souvenirs qui montaient et qui montaient encore. Puis, Archaël le monta sur ses épaules, et le bloqua entre ses ailes et ses omoplates. Ils reprirent leur route, le coeur un peu plus lourd.
    Sehël, lentement, remonta sa main, et la fit briller à la lumière. La pâleur de sa peau d'ange brilla d'un éclat sanglant. Si seulement il pouvait... Si seulement il pouvait arrêter la peste... Si seulement il pouvait trouver les coupables, les extraordinaires coupables de ce massacre... Si il pouvait reconstruire ce royaume, si il pouvait le prendre en main, comme la terre tout à l'heure, et si il pouvait lui souffler doucement dessus pour le réchauffer. Un peu de chaleur pour un petit oiseau malade...
    Une comptine que lui chantait sa mère lui revint en mémoire:
    *Petite lumière, petite lumière
    Toi qui brille si fort dans le noir
    Peux-tu descendre sur Terre, descendre sur Terre
    Pour apporter sourire et espoir?*
    C'était idiot, bien sur. Ce n'était qu'une chanson qu'on chante aux enfants pour qu'ils s'endorment. Pourtant, seize ans après avoir quitté le berceau, Sehël se sentait réconforté, heureux, par la douce mélodie. Il la murmura doucement, pour lui-même, comme un secret volé:
    *Rire dans les airs, rire dans les airs
    Cherche à l'ombre de ton miroir
    Au fond de tes yeux clairs, répond la lumière
    Là se cache mon pouvoir.*

    :-)
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  • _Azerty777 Voir le profil de _Azerty777
  • Posté le 22 mai 2008 à 20:26:55 Avertir un administrateur
  • "les corps qui la jonchait. Des cendres volait"
    T'as appris les conjugaisons en primaire, ou faut t'envoyer en stage? :-)

    Bon, à part ça, j'ai pas grand-chose à dire. En effet ça m'dit quelque chose, même si c'est trop loin pour que mes souvenirs soient précis -et puis t'as remanié le tout, en plus-
    Bref, à part les trop nombreuses fautes d'accord et compagnie, c'est très agréable à lire, pretty sombre, et rather intriguant, autrement dit...j'await la suite et je la lirai, bien entendu. :-)
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  • Ostramus Voir le profil de Ostramus
  • Posté le 23 mai 2008 à 12:17:52 Avertir un administrateur
  • Le style est fluide, seulement le rythme est lent et l'histoire ne semble pas prendre assise. Cependant, j'aime bien les noms, l'atmosphère, et ton univers paraît "stable".

    Espérons que ce projet n'avortera pas comme les autres. :)
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  • Jato Voir le profil de Jato
  • Posté le 24 mai 2008 à 19:05:04 Avertir un administrateur
  • Pour un NOVICE que je suis,ce texte est tout un charabia ! :ouch2:
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  • Negatum Voir le profil de Negatum
  • Posté le 25 mai 2008 à 20:04:44 Avertir un administrateur
  • Az' et Ostra :d) Je pensais pas que je faisait autant de fautes, moi :( Bon ben, merci, hein. Pour Ostra, le petit passage d'exposition va arriver d'içi un ou deux jours, faut juste attendre un peu.

    Jato :d) Merci, mais... Euh... tu pourrais éclairer ta pensée? Nan, parce qu'okay j'écris pas comme Werber, mais bon, on m'a jamais dit que j'étais incompréhensible :o))
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  • _Azerty777 Voir le profil de _Azerty777
  • Posté le 25 mai 2008 à 20:11:20 Avertir un administrateur
  • Déjà, tu pourrais arrêter d'écrire "ici", "içi", c'est vraiment une faute énorme et, surtout, sans aucune raison d'être. :o))
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  • Negatum Voir le profil de Negatum
  • Posté le 25 mai 2008 à 20:17:21 Avertir un administrateur
  • Meis-euh, pourquoi tu t'attarde sur les éléments formels de mon comm', sale juge de concours; :nah:
    Rimbaud avait la jeunesse, Beaudelaire le mal, Eluard les images, Nabokov la provocation, Marc Lévy le... euh... les sous, moi c'est la cédille sur le içi, c'est mon moyen de rentrer dans l'histoire de la littérature, tu vois, jeune rebelle? :noel:
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  • _Azerty777 Voir le profil de _Azerty777
  • Posté le 25 mai 2008 à 20:35:20 Avertir un administrateur
  • Ouais, ouais. En attendant, tu fais toujours des fautes de primaire. :o)) (je crois qu'on voit encore l'imparfait en primaire, même si avec la simplification des programmes... :o)) )
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  • Grhyll Voir le profil de Grhyll
  • Posté le 25 mai 2008 à 21:16:12 Avertir un administrateur
  • Lu :)

    Le thème, j'avoue que je trouve ça vraiment chouette ^^ J'aime beaucoup cette ambiance de départ, un peu lourde... Très bon style également à mon sens, ptête un ou deux adjectifs bizarrement placés (genre dans "ses yeux noirs secs", un petit "et" n'aurait pas fait de mal !), mais dans l'ensemble pas grand chose à redire, j'ai beaucoup apprécié !

    Bon après on te l'ai déjà dit dans les commentaires précédents, mais alors le nombre de fautes, c'est impressionnants '_' Les seuls accords bons, à peu près, c'est les masculins singuliers. Dès qu'il aurait fallu un s ou un e à la fin d'un mot, paf, a pas. Aussi, "si il" se contracte obligatoirement en "s'il" :) Vàlà ça jure un peu avec le style que je trouve bon, quoi ^^'
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  • Negatum Voir le profil de Negatum
  • Posté le 26 mai 2008 à 21:27:02 Avertir un administrateur
  • Merci d'avoir lu Grhyll! je retravaillerai l'orthographe pour la suite de demain, promis, moi et mon pote OpenOffice, on va se battre jusqu'à la mort pour tuer les accords! :-)
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  • Negatum Voir le profil de Negatum
  • Posté le 29 mai 2008 à 14:47:51 Avertir un administrateur
  • Suite du chapitre 1, avec, j'espère, un ratio lecteur/faute plus important :p) On commence à voir l'intrigue principal, et on découvre deux autres personnages parmi les plus important de l'histoire: Michael et Asamaan.

    Enjoy!

    La Fin du Monde avait, pendant des siècles, filtré ses possibles, et n'était apparu dans son hideuse clarté qu'au travers des mailles inspirés des prophètes déments, multipliant les versions, les douleurs et les gloires. Les anges n'en avait retenu qu'une, la principale, celle qui les concernait: La bataille finale entre les forces de Babylone et les Légions de Jerusalem, le combat ultime entre le bien et le mal, entre Dieu et son fils maudit Lucifer, et le triomphe du Messie pour milles éternités. Jamais, ô grand jamais, il n'y eut question d'une épidémie de Peste.
    Pourtant, l'Archange Michaël en avait la conviction, c'était l'Apocalypse rouge et hurlant qui se déchaînait sous ses yeux.
    Ca avait commencé par les rats, des milliers de rats, qui avaient débarqués dans la Nouvelle Jerusalem en une marée sombre et noire, et qui avait hanté leur nouveau navire pendant prés d'une semaine. Pour la plupart des anges, et surtout pour la haute ville, c'était sans importance. Le mal régnait sur Terre, les troupes des Démons avaient enfoncés le Purgatoire jusqu'à border les forêts de l'Eden, et les rats avait été relégué aux dernières priorités. Seul Raphaël s'était réellement préoccupé de l'origine de cette apparition, mais il n'eut pas le temps de réagir. L'épidémie, déjà, s'était déclaré.
    La Peste mis trois jours à contaminer toute la Nouvelle Jerusalem, une semaines pour le pays. Puis elle faucha, avec ses bras lourds de colosse ivre, épargnant certains, écrasant d'autre, jouant avec la peur de chacun. Dans la cité de la Nouvelle Jerusalem, des flammes s'allumèrent au coeur des quartiers comme autant de diamants sanglant. Et, trois jours après encore, une fumée rouge et surnaturelle s'éleva du néant pour recouvrir le ciel. En un mois, le Paradis s'était écroulé.
    Accoudé au balcon du Grand Palais, surplombant la ruine de Jerusalem, l'archange Michaël poussa un profond soupir. Dans son regard noir, la Terre se reflétait, énorme et bleue comme aux Premiers Temps.
    Tout ça n'avait rien de naturel, il en était certain. Rien n'avait été écrit sur ce sujet. Rien n'avait été prédit. Si il s'agissait simplement d'un fléau comme ceux de la Terre, les anges n'aurait pas été affecté. Les anges n'avait jamais été affecté. Alors, qui? Qui était le responsable?
    Le visage de Michael se tourna vers une forêt noire et vaporeuse, qui s'étendait comme un nuage d'ombre, à l'est. Derriére l'Eden et ses ténébres, derriére les citadelles et les champs infinis du Purgatoire, s'étendait l'Enfer. Ses traits se durcirent.
    Le diable avait retiré ses troupes dés que les cas se furent multiplié, sachant pertinemment que Dieu n'oserait pas le poursuivre avec l'épidémie grandissant Aujourd'hui, Michael le savait sans illusion, il lui suffirait de rassembler ses démons et de marcher tranquillement vers Jerusalem sans rencontrer la moindre résistance pour gagner la partie. La Peste le servait un peu trop pour qu'il n'en soit pas à l'origine.
    Et pourtant, quelque chose poussait Michael à penser le contraire. Mais quoi?
    -Archange Michael? Je peux vous parler?
    Stop. Arrête de réfléchir.
    Michael se retourna, un air grave, mais noble taillé sur son visage. Il n'y avait jamais eu que quelques médecins chez les anges, pour soigner les blessures de guerres. Et celui-ci, d'après les rumeurs, étaient le meilleur d'entre tous. Pourtant, le petit docteur qui tendait son cou vers lui n'avait pas le visage des bonnes nouvelles.
    -Comment va t'Il? Demanda l'Archange.
    Le docteur royal s'accouda à la balustrade, et regarda à son tour le Paradis plongé dans les ténèbres.
    -Il est calme, drôle, serein, et il dit qu'il se sent parfaitement bien. Sur sa peau, dans sa chair, il n'y a aucune flétrissure, aucun bubon.
    Michaël poussa un soupir de soulagement.
    -Mais... Il est contaminé par la peste, et Il le sait.
    Un sursaut. Un temps.
    -Pardon? Comment...
    -J'ai fait tout les tests nécessaire. C'est indétectable normalement -Il n'a pas besoin de respirer- mais je lui ait demandé de souffler. L'air qu'il exhale est vicié comme l'enfer, et là, il ne peut pas tricher. Il est touché, et gravement.
    Le médecin se tourna vers Michael, le visage grave.
    -J'ignore comment son cas évoluera, mais si c'était un ange, il ne serait déjà plus de ce monde.
    -Plus de ce monde? Fit Michael dans un rire nerveux.
    Il étendit les bras comme un triomphe, mais cela ressemblait beaucoup trop à un signe d'impuissance.
    -Mais enfin, nous parlons de Dieu! Immortel, Éternel, Indivisible, Unique, l'Alpha, l'Oméga, le Commencement, la Fin! Il est Celui qui Est! Vous n'envisagez pas qu'Il pourrait...
    Il cracha le mot comme un caillot de sang.
    -...Mourir?
    -Seigneur Michaël, je ne sais pas ce que vous en pensez, mais il y a deux mois, l'idée d'une épidémie de peste ici (il appuya le mot) aurait-elle été envisageable? L'idée que... que Dieu puisse tomber malade?
    Un long silence s'effondra sur le balcon.
    -J'ai ma réponse, conclut le médecin en saluant d'un signe de tête.
    Il sortit.
    L'archange resta pétrifié.
    Ces cents milles dernières années, il avait vécu dans des certitudes, dans un carcan de Commandements et de Paraboles qui rétrécissaient les frontières du futur à une série de couloirs éclairés, un arbre des possibles aux bourgeons rares et lumineux. Mais, en quelques jours, le labyrinthe si rassurant de l'avenir s'était fissuré, puis détruit, mur après mur, et il s'était retrouvé, seul, dans une plaine de cendres, de flammes et de ténèbres. Il se noyait dans le futur.
    Ces cent milles dernières années, l'Archange Michaël avait fait la gloire du Paradis et la fierté du Seigneur par son courage et sa loyauté indéfectible. Il avait façonné l'Histoire des hommes, affrontés les tyrans et les rois, ramené l'humanité vers le bien à chaque instant. Il avait combattu les armées du Diable avec acharnement, sans peur ni pitié. Il avait sut gérer les pires crises, les plus saintes horreurs, avec ses armées, son courage, sa loyauté, tout ce qui avait forgé son âme, tout ce qu'il était, en quelque sorte. Et aujourd'hui encore, ce n'était pas devant ce Paradis ténébreux, devant les armées invisibles de Lucifer, devant cette mystérieuse menace, devant la maladie de son Dieu qu'il avait peur.
    Ce fut devant le futur, son futur que, pour la toute première fois, les mains de l'Archange Michaël, bras droit du Seigneur, troisième entité la plus puissante du monde, se mirent à trembler.


    Pour Asamaan Keïta, Dieu avait cinq ans.
    Bien entendu, avant, il en avait entendu parler. Il avait fait l'école coranique de six à huit ans avant d'être renvoyé, et il était allé régulièrement à la Grande Mosquée pour la Tabaski. Il avait prié tout les soirs, il avait récité les quelques versets du Coran dont il se souvenait encore. Mais il ne croyait en ce Dieu invisible que parce que lui, Asamaan Bari, était un enfant de Yaoundé qui ne pouvait voir d'avenir ailleurs que dans le ciel. Parce que dans son sang, au coeur de ses veines, se lovait le descendant du Seigneur Soundiata Keïta, Empereur du Mali, Roi des Rois du monde, et qu'un prince ne devait avoir qu'un seul maître, celui de l'invisible. Ce Dieu vivait en son âme comme un tatouage sur sa peau, gravé dans les massacres du temps et la misère du quotidien. Mais, pour lui, Allah n'était qu'Allah.
    Asamaan Keita avait fait naître Dieu il y a cinq ans, et il avait accouché de son Pére et de son Seigneur sur les bords de l'autoroute rugissante qui s'extirpait des entrailles de Yaoundé pour vomir ses flots d'humanité. Il n'avait que huit ans alors, il était assis sur la rambarde de béton défoncé, à regarder les voitures , des cartes téléphoniques dans la main droite, et la vague intention de les vendre dans l'esprit. Il s'en moquait à moitié, à vrai dire, il ne gagnerait que quelques CFA dans l'affaire, et, si cette année-là, sa mère n'avait pas trouvé du travail, cela ne signifiait pas qu'ils étaient à la rue. Leur famille était bien trop généreuse pour ça. Mais enfin, ça l'occupait...
    Les yeux d'Asamaan Keïta s'était tourné sans qu'il le veuille vraiment vers un hummer métallisé, un gros bonbon bleu aux fenestres noires, bloqué au beau milieu de l'autoroute. Probablement des Blancs ou des notables. Les clients idéaux. Le petit garçon s'était levé, et s'était lentement approché du véhicule.
    Il ne faisait jamais ça, d'habitude. Trop tire-au-flanc. Trop fier, aussi, pour demander directement aux puissants d'acheter aux faibles. Il faisait un très mauvais marchand, d'après ses frères et ses amis. Pourtant, aujourd'hui, il s'était avancé, brandissant en étendard ses cartes de téléphone, glissant ses jambes maigres dans le chaos urbain et sableux, ses yeux ne quittant pas les vitres noires du hummer. Il s'était avancé, s'était approché de la porte, et son coeur avait bondi.
    Juste en dessous du véhicule monstrueux, gisait un appareil immaculé, une goutte de blanc dans un océan de béton. Asamaan l'avait reconnu, car il l'avait déjà vu, dans des mains riches et jalousés. Un de ses amis avait même réussi à en voler un, un jour. Un baladeur, avec écran et écouteur, une fortune, une liasse de billet vert, abandonné là, posé lascivement sur le sable, avec l'indécence d'une femme nue. Asamaan avait vibré de surprise, presque de frayeur, et manqué de se jeter dessus.
    Une voix l'avait interrompu, la voix de sa mère et de la raison, cette voix qui l'avait fait grandir dans la fierté de ses ancêtres et l'amour des siens: « Fais attention, Asa. Ce n'est pas posé là par hasard. L'homme qui est derrière la vitre du passager, c'est certainement à lui. Si tu le prends devant ces yeux, il va te le réclamer, et ça va te causer des problèmes. Tu as déjà été retiré de l'école, ce n'est pas pour finir en prison. » Asamaan fit attention. Légèrement tremblant, sans quitter le baladeur des yeux, il avait de nouveau brandi ses cartes téléphoniques avec une mimique burlesque et pathétique. L'homme, les traits ombrés par les vitres, n'avait même pas pris la peine de le regarder. Asamaan se retint à grande peine de sourire, un sourire plein de revanches malsaines. Parfait.
    Lentement, ignorant le chaos de cette Afrique qui tournoyait autour de lui, il s'était baissé, doucement Son genou avait effleuré le goudron brûlant, comme au ralenti et ses mains avait tâtonné dans les graviers, sous la voiture. Quand il l'eut touché, il recula précipitamment, comme frappé par la foudre.
    Calme-toi, calme-toi, ou tout est perdu. Il avait pris lentement son inspiration, et ses mains avait saisi le baladeur blanc. Alors le hummer démarra dans un hurlement, et sa roue roula sur un des fils de l'écouteur. Asamaan sursauta, mais resta assis, attendant le moment propice.
    -Hey! Dit une voix.
    Le gars de la voiture de derrière avait remarqué son manège. Asamaan ne le regarda même pas. Si la foule le prenait en train de voler, il rentrerait avec une main, la loi de la rue était ainsi. A peine le fil s'était-il dégagé que le baladeur fut englouti par sa poche, et qu'Asamaan Keïta s'enfuyait en courant dans la chaleur liquide de sable et de béton.
    Asamaan courut longtemps ce jour-là. Il traversa les rues de Yaoundé au hasard, courant souvent, marchant parfois, son trésor dans sa poche, ses cartes téléphoniques battant au vent. Son esprit tournait à la vitesse d'un cyclone, mais il ne se demanda pas comment le baladeur avait pu se retrouver aux pieds d'un hummer qui n'avait aucune raison d'avoir ouvert ses barrières noires. Comment le conducteur perdu dans l'ombre n'avait pas pu le remarquer, pourquoi l'homme derrière lui n'avait pas hurlé. Il ne se le demanda pas, car, quand ses mains tremblantes se mettaient dans ses poches pour sentir la caresse plastifié du baladeur, il avait l'intime certitude que tout ce qu'il venait de vivre n'était pas vraiment réel. C'était comme un rêve absurde, sans logique, dont on rit au reveil, jusqu'à ce qu'on découvre que le coeur de nos chimères se trouve bel et bien là, entre nos mains, indécent d'impossible, riant de notre logique dérisoire et humaine.
    Asamaan Keïta n'avait jamais vendu ce baladeur. Il l'avait toujours gardé dans ses poches trop larges, prêt à la brandir face aux ténèbres de sa réalité, comme un petit bout de rêve solide. Il avait toujours l'impression qu'Allah, du haut de ses montagnes, de ses cercles d'anges et d'archanges, avait laissé tomber sa boite à musique, et elle avait dévalé, des escaliers du paradis aux plus hauts sommets de la terre, pour choir, là, sur une autoroute de Yaoundé, au fin fond des abysses planétaires, là ou ceux qui n'avait pas eu de chance avait échoué, beau comme un diamant perdu.
    -Allah Akbar.
    Asamaan Keïta, treize ans, descendant du Dernier Empereur du Mali, enfant de Yaoundé, se leva lentement de sa couche. Dans sa poche, tintait toujours le baladeur. Il l'alluma, le porta à ses oreilles. Et alors que Kanye West commençait à chanter, il sut que Dieu était avec lui.
    En lui.
    Il quitta la maison au début de l'aprés-midi. Il sorti de la petite impasse de tôle et de brique, et marcha dans le long dédale de ruelle, évitant les rares taxis qui longeait la banlieue, ne croisant personne. La tête haute, le regard fier, la musique frappant ses tympans, Asamaan se laissa entraîner par ses pas. La chaleur au-dessus de lui se fit écrasante, le soleil omniprésent. Les maisons de briques, les cabanes de bois, s'enfilèrent les unes aux autres dans un grand labyrinthe infernal.
    Jusqu'à ce cri, dans les airs.
    (Ici, maintenant, Asa.)
    Le temps qu'Asamaan lève la tête, il était là, grand, immense, les ailes déployés. Un aigle noir, posé en face de lui, à même le sol, d'une beauté et d'une sauvagerie foudroyante, qui le regardait.
    Asamaan n'eut pas un mouvement de recul. Pas un sursaut. Il resta là, ne dit rien, lança ses yeux dans ceux sombres et infinis de l'animal. Il sentait quelque chose dans cette créature. Quelque chose d'extraordinaire, comme si...
    Mais non. Ce n'était pas la même chose que quand il avait trouvé le baladeur. C'était moins pur, moins figé, plus sauvage, plus libre. C'était différent. Le baladeur était une main tendue.
    Et ici, c'était une lame qu'on brandissait.
    L'aigle le regarda longuement en retour. Ses yeux était d'un noir absorbant et miroitait faiblement ceux de l'humain. Asamaan eut la désagréable impression de sentir ses pensées quitter son crane pour se loger dans celui de l'animal. Il tenta d'arracher son regard, pour éviter de se faire aspirer. En vain.
    Pendant une, deux minutes, peut-être, ou peut-être une heure, l'aigle et l'homme restèrent ainsi, face à face, figé, les bras ballants, les ailes déployés. Et le baladeur chantait dans les oreilles d'Asamaan, et le flot de ses paroles était sucé par les yeux de l'aigle. Dans l'âme du garçon, une crevasse était apparue, et elle engloutissait tout sur son passage, pensées, caractères, souvenirs, fiertés, détruisait les vallées de son âme, déchira les rêves et les cauchemars, jusqu'à ce que...
    Les yeux de l'aigle s'ouvrirent.
    Explosion.
    Quand Asamaan Keïta porta la main à ses yeux, plus d'une heure avait passé. Son esprit revenait d'un long voyage, et, de retour, et il avait trouvé son corps perdu et debout, au milieu de la route.
    Asamaan Keïta passa sa paume devant ses yeux. Ce simple geste eut la simplicité d'un nouveau né. Et quand il regarda le ciel, ce n'était plus avec la fierté simple d'avoir reçu un baladeur des mains d'Allah.
    C'était de la méfiance.

    :-)
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  • Grhyll Voir le profil de Grhyll
  • Posté le 29 mai 2008 à 17:21:44 Avertir un administrateur
  • Great ^^ J'aime toujours autant :D Il y a moins de fautes, même s'il en reste certaines :) (attention notamment, c'est dommage, on écrit "qu'y a-t-il" et non "qu'y a t'il", pour les formulations de ce genre avec inversion et t de liaison).

    Pis ben sinon moi j'attends la suite, je trouve ça bien écrit, toujours, et le sujet m'intéresse beaucoup ^^
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  • Carnavale Voir le profil de Carnavale
  • Posté le 31 mai 2008 à 19:52:29 Avertir un administrateur
  • Commentaire en préparation.
    Mais lu :) .
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  • Negatum Voir le profil de Negatum
  • Posté le 5 juin 2008 à 00:34:47 Avertir un administrateur
  • Grhyll et Carna :d) Merci d'avoir lu, et à l'année prochaine pour ton post fleuve, Carnavale :noel:

    Sinon, la suite arrive demain ou après demain :)
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  • Evidance Voir le profil de Evidance
  • Posté le 5 juin 2008 à 21:41:09 Avertir un administrateur
  • Je me suis imprimé ça, ce sera ma lecture de chevet de ce soir. Même si j'ai pas de chevet... ( Le chevet c'est une petite table non ? ).
    Je commente demain ( parceque j'ai pas envie de lire tout ça sur un écran d'ordi )
    :ange:
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  • _Azerty777 Voir le profil de _Azerty777
  • Posté le 5 juin 2008 à 21:45:15 Avertir un administrateur
  • Dites, je vais pas bien si j'ai lu "chevalet" au lieu de "chevet"? :o))

    Et sinon, bah je lirai au prochain chapitre, tiens. La flemme, là. :o))
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  • Negatum Voir le profil de Negatum
  • Posté le 6 juin 2008 à 23:12:28 Avertir un administrateur
  • Ah okay, trois promesses de lecture, une lecture, je kiffe, les jeunes :noel:

    J'attend que vous soyez à jour pour poster le reste, pour la peine ^^
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  • Negatum Voir le profil de Negatum
  • Posté le 14 juin 2008 à 02:24:40 Avertir un administrateur
  • ... Bon, okay, je poste la suite lundi XD
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  • Negatum Voir le profil de Negatum
  • Posté le 16 juin 2008 à 20:08:04 Avertir un administrateur
  • Vous êtes incorrigibles. Bon, v'la la premiére partie du second chapitre, pour pas décourager ^^
    -Légions Célestes!
    Claquement de bottes. Bannières aux vents. Armes brandies. Uniforme blanc, ombre noir, terre de cendres. Regard droit, posture fixe. Muscles tendus. Âmes éveillées.
    Michaël regarda le ciel noir un long moment avant de prendre la parole, et quand il la saisit, il forgea une nouvelle fois l'Histoire. De sa voix d'argent, il déchira les éthers et les esprit, les tordit, les broya, en fit un arc, et il tira, avec la fulgurance d'un ouragan, dans chacun des coeurs et dans chacune des âmes des nouvelles recrues.
    Il ne dit que quelques mots. Ce fut suffisant. En face de lui, dans la prairie déserte ou s'étalait la nouvelle Jerusalem, trente nouveaux soldats, droits comme des idoles, les visages perdus dans un maelstrom de fierté et de peur. Leurs épées traversait son regard, pointait derrière lui, vers l'Eden et le Purgatoire, vers l'enfer, et le Seigneurs des Horreurs infinies. Dans le silence qui accompagne les sacrifices, les volontaires devinrent ainsi, enfin, toujours, les Cors de Jerusalem.
    Aprés, le chef de promotion, un vieil ange de quelques siècles, hurla un ordre noyé par l'émotion, et tous allèrent courir dans la plaine. Il jeta un regard plein de gratitude, d'émotion, de solidarité à Michaël, et disparut.
    L'archange allait profiter de ce répit dans la tempête de son quotidien quand il aperçut une silhouette accroché à la barrière, à une petite dizaine de mètres de là, les pieds ballottant dans le vide, la tête brillant dans le ciel noir comme une grosse pièce de monnaie. C'était un adolescent au visage rêveur, au regard doux et pacifique. Il était habillé d'une simple tunique blanche, et ne portait pas l'uniforme doré des recrues.
    Michaël s'approcha.
    -Tu as oublié ta tenue?
    Le jeune homme se tourna vers lui, et pendant un instant, ses yeux s'agrandirent de surprise. Puis, il eut un vague sourire poli.
    -Non, j'accompagne un ami, Seigneur Michaël.
    L'archange sourit.
    -Tu t'appelles?
    -Sehel, Seigneur.
    Puis, rajoutant soudain:
    -De la ville basse!
    -Sehel, hein?
    Michaël s'assit à coté de lui. Ses deux ailes gigantesque pointèrent vers le ciel.
    -Sehel... Un ange connu s'appelait ainsi, tu sais?
    L'adolescent baissa la tête, et ses doigts tissèrent un coeur.
    -Ouais, on me le rappelle tout le temps. Un général, c'est ça?
    -Un grand général, et un ami à moi, fit Michaël simplement. Il est mort pendant le siége de Constantinople il y a cinq siècle en combattant le démon Raüm. Tes parents t'ont appelés pour ça?
    Sehel soupira, blasé.
    -Ca m'étonnerai. Mon père a connu ma mère en mission, quelque part au Sahel oriental. Y avait un vieux touareg à moitié fou qui déformait les noms, et qui les faisait rire, et puis... Enfin, c'est peut-être une blague, mais c'est ce qu'on m'a dit.
    -Ah, je vois, fit Michaël en forçant un sourire.
    Il y eut un silence. Au loin, les cris de l'entraînement reprenaient déjà.
    -Tu viens de la ville basse alors? Comment ça se passe là-bas? Demanda Michael.
    -Vos... espions vous le diront mieux que moi, je suppose.
    Michaël ne releva pas, mais sa voix devint grave.
    -Sehel, c'est à toi que j'ai posé la question.
    L'adolescent eut un petit sourire de défaite.
    -Ca va mieux qu'avant, les bûchers faiblissent. Je suppose qu'il ne restera bientôt que les Immunisés.
    Quelle absurdité... grinça Michaël. Les rumeurs s'étaient multipliés dans la capitale depuis un mois, mais la plus récurrente restait sans doute celle que seul les « élus » survivrait. Les plus purs, les meilleurs, les plus forts, les plus malins, ou tout simplement ceux que Dieu a choisi, selon les oreilles et les langues. Finalement, les anges ne valaient pas forcément mieux que les humains.
    -Sinon, chez les survivants, les esprits commencent à s'échauffer. On dit que vous avez laissé la peste se develloper, et ceinturé la ville basse, que c'est un test lancé par Dieu, et que la moitié du royaume serait mort. L'archange Raphaël serait mort.. A vrai dire, on m'a même dit que vous aviez disparu.
    -Vraiment? Sourit Michael, fatigué. Et bien, comme tu peux le voir, je suis là.
    -Je savais que vous diriez ça... Sinon, ben, c'est tout.
    Apparemment, aucune rumeur sur la maladie du Seigneur. Parfait.
    Il désigna d'un geste de la main le groupe de recrue, en train de courir un peu plus loin.
    -Lequel est ton ami?
    -C'est celui qui court devant tout les autres, le noiraud là-bas, fit Sehel dans un petit rire. Il s'appelle Archaël.
    -Ah, oui. Une bonne recrue, parait-il. Très enthousiaste, peu bavard, d'après le formateur. Il nous en faudrait beaucoup comme ça.
    -Il vous admire beaucoup, vous savez.
    Michael ne put s'empêcher de soupirer. Oui, il savait. Il savait que la plupart des jeunes soldats l'admiraient et l'aimaient plus que Dieu lui-même, et que certains s'égorgeraient pour lui. Et il savait que depuis cent mille ans qu'il était à la tête de l'armée du Paradis, il ne s'y était pas encore habitué.
    Michael regarda le jeune homme à ses cotés. Il était étrangement calme, souriant, tranquille, pour un rescapé de l'hécatombe. Et par rapport à lui, aussi. Il parlait avec une sorte de respect poli, celui d'un ange avec des soucis d'ange qui parle à un autre ange. Et, malgré la défense et la méfiance de Michael, il se sentit rassuré par la présence de cet adolescent indolent, tranquille, naïf, comme une logique dans un cauchemar, une cabane rassurante dans une plaine des Enfers, un phare dans la nuit. Encore un reste d'innocence dans ce monde pourri jusqu'à la moelle.
    -Et toi, Sehel... Ca ne t'interesserais pas de faire partie de la légion?
    L'ange sourit, et secoua la tête en silence.
    -Pourquoi?
    -Je sais pas trop... Archaël insiste tout les jours pour que je vous rejoigne, mais je n'en ai pas envie, je crois. Il a même du insister pour que je vienne aujourd'hui, et pour que je voie... ça. Beau discours, au fait.
    Michael laissa passer quelques secondes, puis enchaîna.
    -Ca ne te plairait pas de servir Dieu, de combattre les armées du mal pour lui?
    -On le sers déjà très bien en vivant, ici, répliqua Sehel. Qu'on soit Gardien du Paradis ou Agent sur Terre.
    -Quand on est gardien ou agent, on lui donne son travail. On lui donne sa vie quand on est soldat.
    Sehel eut un moment de réflexion, et Michael comprit qu'il ne le convaincrait pas. Son interlocuteur faisait partie de la rare espèce d'ange, et de la très nombreuse espèce d'humain qui ne supportent pas d'avoir tort, et qui ne reviennent jamais sur une décision, fut-elle absurde ou stupide. Pourtant, par jeu, et par curiosité, il attendit sa réponse.
    -Et bien... disons que je ne suis pas encore prêt à donner ma vie pour lui.
    -On ne donne pas sa vie à Dieu, récita Michael, on ne fait que rendre la monnaie. Qu'est-ce qui t'empêche de lui léguer ton coeur, Sehel? Nous sommes des anges, pas des humains. Nous sommes faits pour le servir.
    -Ce qui m'en empêche, hein?
    Sehel eut un demi-rire, qui se dilua dans un long soupir. Au-dessus d'eux, le tonnerre gronda.
    -Je ne me suis jamais posé la question, en vérité... Peut-être -oh, c'est idiot- que je ne crois pas vraiment en lui...
    Il eut un arrêt brusque, et se tourna vers Michael, inquiet. L'ange avait visiblement oublié a qui il parlait, et, il y a quelques années, un blasphème de ce genre aurait été puni par un bannissement immédiat du Paradis.
    Michaël ne dit rien, l'encouragea de la main. Au point où on en était...
    -Et bien... Vous savez, Seigneur... Mes parents sont morts quand j'avais dix ans, à Kobé -une prise d'otage qui a mal tourné-. Vu que je n'avais pas de famille, je suis resté dans les rues à attendre, et à manger chez les Gardiens. Archaël, qui a trois ans de plus que moi, m'a connu à cet époque, et, lui qui descend de haute famille, m'amenait ses anciens jouets et est devenu mon ami, presque mon frère. A treize ans, on a bien voulu me faire rentrer à l'académie des agents, et un de mes oncle m'a légué sa maison à sa mort. ... Il ne reste qu'Archaël, et quelques amis, avec une grande maison vide où des orphelins viennent manger de temps en temps, mais sinon...
    Il avait fait la liste de sa vie d'un ton détaché, un sourire serein aux lèvres, ses yeux noirs tranquillement posé sur Michaël. Ce dernier sentit un léger malaise le prendre.
    -Alors... Je ne me plains pas, la plupart des mortels ont des vies bien plus difficiles, et je ne parles pas des démons. Les anges, même... Beaucoup ont énormément souffert... Et je pense que vous en faites partie.
    Ou Sehel ne remarqua pas le regard de son interlocuteur, ou il l'ignora.
    -Mais... Je ne veux pas froisser le Seigneur, tout ça, c'est des raisonnements d'humain... Mais qu'a t-il fait pour moi, dans cette vie? Ou est-il intervenu? Je ne l'ai vu nulle part, alors... Que m'a t-il donné que je puisse lui rendre?
    « La vie » fut la première réponse qui vint à l'esprit de Michaël. La vie, oui. Sauf que ce n'était pas à Sehel qu'on avait donné la vie. C'était au monde. Dieu était au sommet de la longue, très longue pyramide de cause et de conséquences, de futurs et de possibles, qui, entremêlés, fusionnés, avait fait naître Sehel. Mais Dieu n'avait peut-être pas prévu une place dans le monde pour le jeune ange. Non, ce n'était pas ça. Il y avait une autre réponse, une vraie, une qui valait pour le monde entier, mais qui valait surtout, surtout pour Sehel. Une Réponse, faite uniquement pour lui... Michael l'entrevoyait, il l'apercevait, pensait peut-être déjà la comprendre, à l'extirper de la vie si morne et si grise de cet enfant... Mais n'arrivait pas à la saisir.
    Elle était masqué par une teinture.
    Sehel leva la tête.
    -Regardez!

    :ouch:
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  • Corneille_inc Voir le profil de Corneille_inc
  • Posté le 16 juin 2008 à 21:09:53 Avertir un administrateur
  • J'ai tout lu mon bon Negatum !

    Et je dois avouer que tout cela m'a fait forte impression :bave: Je ne reviendrai pas sur l'orthographe, qui est quelque peu décevante au vu de la qualité inhérente au texte du fait que tu en sois l'auteur (comment ça j'fais d'la lèche ? Môaa ? :o)) ). En fait c'est pratiquement proportionnel ! Le texte est presque aussi bon qu'il ne comporte de fautes... plus ou moins grossières... Cela dit, la qualité est quand même supérieure au nombre de faute (lécheur un jour, lécheur toujours :fete: ). Il y en a deux ou trois qui m'ont juste arraché les yeux, quoi ! J'espère que tu vas pouvoir me payer la consultation chez l'ophtalmo et chez le chirurgien, vieille raclure !!
    Je m'égare. A part le fait que j'apprécie moyennement le trip du gros athée haineux qui veut détruire la religion ("Ouais, j'vais faire crever Dieu, bordel ! C'tout c'qu'il mérite s'il existe c'te sale racl' !!") j'ai beaucoup aimé l'ensemble. Ton style, parfois peut-être un peu trop recherché et inaccessible convient quand même plutôt bien à ce genre de texte. Et le concept en lui-même est surprenant, voire déstabilisant dans certaines mesures. Après, tout commence quand même excessivement vite à mon avis. BANG ! 2ème chapitre, Dieu on sait quasiment déjà qu'il risque de crever ! D'ailleurs, j'espère que la fin (si jamais t'as le courage de finir ce texte, hein :o)) ! Faut pas non plus trop en demander :fou: ) ne sera pas trop prévisible. Même si comme c'est parti, je crains de voir un peu le futur se dessiner...

    Mon comm' est pas encore trop long, je vais donc éviter de le rallonger trop (surtout que j'ai la flemme là :o)) ), j'ai dis l'essentiel, je ne rajouterai qu'une seule chose :

    La suite !
    _________________
    Ca fait plus de 15 ans que "Les Feux de l'Amour" nous les casse justement parce que ce sont toujours les meilleurs choses qui ont une fin....
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Sujet : « La Voie des Hommes »

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