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Sujet : « Fic : Le dernier jour (SF) »

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  • FFrules3 Voir le profil de FFrules3
  • Posté le 13 mars 2007 à 21:08:24 Avertir un administrateur
  • Nouvelle petite fic apres des mois d´hibernement bien sympathiques.

    C´est donc un petit crochet par la SF pré-apocalyptique que je vous propose, en 12 chapitres. j´ignore le rythme de parution des chapitres, mais cela ne devrait pas etre long.


    Enjoy ! :ok:


    H – 11

    Le soleil s´était levé pour la dernière fois sur la surface de la Terre et Christopher Therazan s´arrêta pour graver cette image dans sa mémoire. Son dernier lever de soleil. A lui et à toute l´Humanité. C´était quelque chose qui se fêtait, non ? Il grimaça à cette pensée et s´assit sur le bord de la route, le soleil levant conférant une teinte orangée autour de lui.

    Ses jambes lui faisaient mal et le soutenaient à peine, tandis que son dos se courbait sous le poids d´un sac qui renfermait tout ce qui avait été nécessaire à son odyssée des deux derniers mois. Il avait fait une longue marche depuis Saint-Louis mais il avait réussi.

    Devant lui s´élevaient enfin les gratte-ciels de New York City, dont certains laissaient toujours échapper une fumée qui montait dans les airs en tourbillonnant. Christopher l´avait connue au temps des jours heureux; lui et sa femme avaient déambulé dans ses rues animées, trainant sur les docks, parlant pendant des heures, étendus sur l´herbe de Battery Park, sous les grands arbres dont les feuilles commençaient à tomber. Mais tout ceci était du passé depuis bien longtemps. De phare dans la nuit du monde, la ville était devenue aussi sombre que la mort, désertée par la sagesse, envahie par la folie des hommes. La fin du monde était la pire chose qui soit arrivée à la Big Apple.

    Les conséquences de ce désastre imminent se ressentaient partout où il posait son regard. La route depuis Saint-Louis n´avait été qu´une succession de carcasses de véhicules brûlant dans le fossé, de corps sans vie qu´on n´avait pas eu le temps d´enterrer, sinistre routine de temps en temps brisée par des assauts de saoulards qui n´avaient rien trouvé de mieux à faire en cette fin du monde que de chasser à coups de fusil les âmes errantes dont il faisait partie.

    Non, cela n´avait pas été facile d´arriver jusque là et il lui restait encore pas mal de route à parcourir s´il voulait les retrouver à temps. Un coup d´oeil à sa montre lui indiqua que l´Apocalypse était prévue pour dans un peu moins de onze heures. New York devait être maintenant aux mains des pillards, les riches bourgeois ayant fui ou s´étant enfermés dans leurs appartements des étages supérieurs.

    Christopher réajusta la carabine de son oncle sur son épaule et se releva. Les semelles de ses chaussures étaient trouées et chaque pas faisait saigner ses pieds, usés par tant de jours passés sur la route. La douleur commençait à devenir difficilement supportable, mais il se sentait pousser des ailes au fur et à mesure que les immeubles new-yorkais grossissaient dans son champ de vision.

    Il passa la main dans sa barbe rèche pour retirer la poussière qui s´était accumulée au fil des jours. En temps normal, jamais il ne se serait laisser pousser une telle barbe, mais comme il l´avait constaté : la fin du monde était une bonne occasion pour changer ses habitudes. Tout ceci n´aurait plus d´importance dans quelques heures de toute façon. Il espérait simplement qu´il arriverait à temps pour les retrouver.


    **

    Plus vite ! Plus vite !, pensa le Père McCullough en évitant de trébucher sur les gravats qui se mettaient en travers de son chemin, obstacles supplémentaires dans une vie qui n´en manquait déjà pas. Une barre de fer dépassant d´un bloc de béton le fit tomber, mais des mains agiles le relevèrent aussitôt.
    - Merci Ted, souffla-t-il avant de reprendre sa course.
    - Dépéchez-vous mon Père. Ils ne sont plus très loin derrière, lui intima le jeune homme qui ne devait pas avoir plus de 25 ans.

    Le vieux prêtre le savait terrifié mais il n´en laissait rien paraître. Ses habits étaient encore propres, il esquivait les obstacles avec aisance, puis l´attendait pour voir s´il le suivait toujours et continuait ainsi de suite.
    - Ted, arrête-toi ici s´il te plaît.
    - Mais c´est dangereux. Allez, remettez-vous en route ! Ils ne sont plus très loin derrière.
    - Ecoute-moi Ted maintenant. Il nous faut nous séparer. Si nous restons ensemble, nous sommes morts.
    - Je ne peux pas vous abandonner, mon Père, sanglota Ted.
    - Et pourtant, il le faudra bien. Tu sais ce qui est en jeu et tu n´as pas besoin de moi pour remplir ton rôle. Tu as été préparé toute ta vie pour ce jour. Nous l´avons tous été. Maintenant, il faut qu´au moins l´un d´entre nous parvienne à l´Eglise sinon, nous sommes perdus.
    - Mais... gémit Ted en frottant ses mains nerveusement sur son jean.
    - Ne discute pas ! Va-t-en ! dit le Père McCullough d´une voix dure.

    Ted s´éloigna alors de lui, en reculant, les yeux brillants puis disparut au détour d´un immeuble. McCullough reprit son souffle bruyamment, tendant l´oreille pour tenter de repérer ses poursuivants. Des murmures étouffés se faisaient entendre ici et là, jusqu´à ce qu´une voix plus forte résonna dans la rue emplie de décombres, son écho se réverbérant contre les parois intactes des bâtiments alentours.
    - McCullough ! Je sais que vous êtes là, quelque part, terré comme un rat. Vous avez échoué, vous et vos protégés. Tout est fini, alors montrez-vous.

    Le prêtre réfléchit, songeant à la meilleure façon de gagner du temps pour permettre à Ted d´avoir assez d´avance sur eux. Il décida de rester caché, même s´il les connaissait assez bien pour savoir qu´ils le retrouveraient bientôt. Sa jambe le faisait souffrir, il n´irait pas plus loin de toutes façons. Comment tout ceci avait-il pu se produire ? Toutes ces années de préparation pour ce résultat. Ils étaient presque tous morts, seul lui Ted et quelques autres avaient survécu, mais il ignorait où ils avaient trouvé refuge.

    Le vieil homme regarda le ciel alors, le soleil s´était levé depuis presque une heure maintenant. Le dernier lever de soleil sur Terre. La Lune semblait bien petite à côté de la comète qui était apparue dans le ciel quelques jours auparavant et qui s´apprétait à réduire la planète en un tas de cendres qui se disperserait dans toute la galaxie dans un peu plus de dix heures.
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  • linkalink Voir le profil de linkalink
  • Posté le 13 mars 2007 à 21:29:48 Avertir un administrateur
  • FFrules3 Posté le 13 mars 2007 à 21:08:24 Nouvelle petite fic apres des mois d´hibernement bien sympathiques.

    pas d´"hibernation" plutôt? :o))


    Bref, je lirais sans doute une fois que j´aurais finis de copier mes 18 pages de règles de poésie :mort: (Bien que je doute que mon avis t´interesse vraiment :noel: )
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  • Gorgot Voir le profil de Gorgot
  • Posté le 13 mars 2007 à 22:35:41 Avertir un administrateur
  • Bonsoir :-D

    Je viens très occasionnellement, et je poste très peu souvent, mais on va passer outre...


    Bref...

    J´ai bien aimé l´idée de base, la fin du monde. De plus, vu la (relative) petitesse de ton texte (faut pas voir là un défaut), tu nous laisses une grande part de mystère (à défaut d´autre terme adequat...). Au final, on sait très peu de choses.

    Réalisant soudain que ce que je dis n´a ni queue ni tête et ne va mener à rien, je préfère plutôt parler de la forme, ce qui sera bien plus facilement descriptible...

    La première chose qui m´a sauté aux yeux, ce son les virgules. Je ne sais pas si c´est volontaire ou pas, mais il y a des endroits où elles m´ont paru manquer, notamment dans "seul lui(,) Ted et quelques autres avaient survécu" ; "- Ted, arrête-toi ici(,) s´il te plaît." ; "Ted s´éloigna alors de lui, en reculant, les yeux brillants(,) puis disparut au détour d´un immeuble".

    Je ne sais pas vraiment s´il y a d´autres exemples, mais j´ai repéré facilement seulent lors d´une rapide relecture.

    "Un coup d´oeil à sa montre lui indiqua que l´Apocalypse était prévue pour dans un peu moins de onze heures."
    Bien que correcte, j´ai tiqué sur cette phrase, à cause du "pour dans". Je sais qu´il y a peu (pas ?) de manière de le dire autrement, mais je trouve que ça rompt le rythme de la phrase, on bute facilement dessus (du moins c´est mon cas).

    Le 25 pourrait être écrit en lettres, puisque ce n´est pas un nombre excessivement long, et ne sert qu´à définir l´âge d´un protagoniste.

    Sinon, j´ai pas relevé d´énormités, mais tu sembles très bien maîtriser la langue, donc de ce côté là...


    Bref, je trouve que le constat est plutôt positif, puisqu´à moi, ça m´a donné envie de savoir la suite :-)

    Ca m´a d´ailleurs fait un peu penser à La Peste Ecarlate (ou Rouge, j´ai déjà vu les deux...) de Jack London, surtout pour les routes abandonnées laissées en proies aux pillards, aux cadavrex et aux carcasses de véhicules.


    Donc, pour conclure, je sais que mon commentaire n´est pas très riche en remarques, mais je pense que d´autres étofferont à ma place :-)

    Bonne cotinuation !
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  • Ostramus Voir le profil de Ostramus
  • Posté le 13 mars 2007 à 23:31:15 Avertir un administrateur
  • Une heure aussi précise, une impuissance manifeste face au phénomène, qui semble être connu, sans compter la fameuse comète ... je pencherais pour Apophis mais je préfère ne pas m´avancer davantage.

    Le texte est bon, on voit que ton style à changer, toujours aussi peu de description mais l´ambiance est bien retranscrit et les détails ne sont pas assomants.

    Très, très fluide. :-)

    Que dire de plus ? La suite bien sûr ! :)

    PS : J´espère que tu ne vas nous faire de fin à la queue de poisson style doplenger ou un truc du genre.
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  • Yohan-Kiefa Voir le profil de Yohan-Kiefa
  • Posté le 14 mars 2007 à 00:15:46 Avertir un administrateur
  • Le jour même où je me dis que ce serait bien que FFrules débarquent sur le forum avec une nouvelle fic. Écriture de qualité garantie. ^^
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  • Yohan-Kiefa Voir le profil de Yohan-Kiefa
  • Posté le 14 mars 2007 à 01:07:47 Avertir un administrateur
  • Lu. Je devrai me plonger un peu plus dans l´ambiance et m´imprégner de ton style de façon plus soutenu avant de commenter. ^^
    Mais ce sera fait.

    :)
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  • Abdool Voir le profil de Abdool
  • Posté le 14 mars 2007 à 02:27:44 Avertir un administrateur
  • Je lirai, sinon tu vas le publier et faudra acheter :-p ahah je rigole!
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  • Yohan-Kiefa Voir le profil de Yohan-Kiefa
  • Posté le 14 mars 2007 à 05:07:15 Avertir un administrateur
  • Pas forcé d´acheter, même publié. ^^
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  • FFrules3 Voir le profil de FFrules3
  • Posté le 14 mars 2007 à 09:06:22 Avertir un administrateur
  • Merci pour vos comms, et j´en reviens pas de ma faute "hibernement" ! Puree, la premiere chose qui se barre quand on vit a l´etranger, c´est la langue francaise, ce qui explique aussi le nombre affolant de virgules et de fautes de construction de mes phrases. Je vais essayer d´y remedier. Merci encore ! :ok:
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  • Yohan-Kiefa Voir le profil de Yohan-Kiefa
  • Posté le 16 mars 2007 à 23:56:03 Avertir un administrateur
  • La suite? :-)
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  • FFrules3 Voir le profil de FFrules3
  • Posté le 18 mars 2007 à 17:07:32 Avertir un administrateur
  • Deuxieme chapitre. Enjoy ! :ok:


    H – 10

    La jeune femme tenta de sortir de l´appartement sans un bruit mais son pied heurta une table basse, faisant tomber deux trois photos encadrées par terre. Elle grimaça et tendit l´oreille. Aucun son ne se fit entendre et elle souffla doucement. Tout ceci était déja assez compliqué sans que sa grand-mère ne lui rabâche les mêmes délires.

    Elle avait presque atteint la fenêtre quand une voix retentit depuis une pièce voisine, brisant le silence.
    - Sarah ?
    Sarah baissa la tête de dépit et laissa tomber son sac à dos près du canapé troué par endroits.
    - Oui, je suis là, grand-mère. J´arrive.

    L´apartement était encore rangé comme avant l´annonce de la fin du monde, les pillards ne s´étant pas intéressés à cette partie de la ville, notamment pour la très bonne raison qu´il n´y avait rien de valeur à piller dans ce quartier. Tous s´étaient dirigés vers les quartiers riches de Manhattan délaissant le Bronx et Harlem.

    Et quand bien même ils viendraient, Sarah les empêcherait d´entrer. Dans cet appartement qu´elle traversait était retacée en photos et souvenirs l´histoire de sa famille, depuis l´arrivée de leurs ancêtres sur un bateau en provenance d´Afrique jusqu´à il y a peu, avant l´annonce de la catastrophe.

    Elle se souvenait très exactement de l´endroit où elle se trouvait quand cela avait été rendu public deux mois plus tôt. Elle travaillait alors dans un bar plus bas dans sa rue, le Harvey´s Bar. A la télévision était retransmis une émission débile puis le Président était apparu, l´air grave à l´écran. Elle se souvenait s´être arrêtée de travailler pour écouter ce qu´il avait à dire parce qu´elle pressentait que c´était important pour une raison qu´elle ignorait. Harvey avait alors augmenté le son et les trois habitués de ce début d´après-midi avaient levé le nez vers la télévision.

    Sarah ne se souvenait plus de la façon élégante dont le Président avait tourné la chose mais son message était clair : “C´est la fin du monde. Des météorites se dirigent vers la Terre et il n´y a rien d´humainement possible que nous puissions faire pour empêcher ça.”

    Cela avait donné le coup d´envoi à l´arrivée de l´Enfer sur Terre. Les premiers pillages étaient apparus aussitôt après la déclaration du Président puis s´étaient répandus a vitesse grand V. Les policiers avaient alors abandonné leurs postes mais pas leurs armes, suivis une semaine plus tard par l´Armée. Sans personne pour rétablir l´ordre, le monde avait sombré dans la guerre civile la plus brutale avec une différence majeure : il n´y avait plus de camp à défendre, plus de conséquences à redouter. Tous les coups étaient permis et tout le monde était ennemi.

    Alors que la plupart des gens sensés avait quitté New York, Sarah était restée. Ironiquement, la première vague de météorites frapperait dans environ quatre heures la ville et sa région. Après avoir subi tous les affronts d´Hollywood, la Big Apple allait réellement être détruite par une vengeance venue du ciel. La seconde vague, celle qui transpercerait les dix kilomètres de croûte terrestre envoyant la planète hors de son axe de rotation, frapperait elle dans l´océan entraînant une catastrophe d´ampleur cataclysmique.Avec un peu de chance, elle mourrait dans la première vague.

    Mais Sarah était restée. La raison était étendue sur le lit de la chambre, avait la peau noire comme l´ébène, des cheveux gris et près de 80 ans.
    - Qu´y a-t-il Grand-mère ? demanda-t-elle en tentant de la calmer.
    Elle s´agitait de plus en plus mais tout ceci aurait une fin bientôt.
    - Tu dois aller te mettre à l´abri dans les collines, Sarah. Tu dois survivre, ma chérie.
    - Calme-toi Grand-mère, calme-toi.

    La vérité était que personne ne survivrait. Personne. Pas même ceux qui s´étaient terrés sous le sol avec assez de nourriture pour tenir dix ans, ni ceux qui avaient prévu de rester dans les airs quand les météores percuteraient la planète. Tout ceci ne servirait à rien. Ils ne gagneraient que des jours, des semaines peut-être, mais pas leur vie.
    - Dieu nous savera, ma chérie ! Tu dois avoir foi en la puissance du Seigneur !
    - Dieu n´en a rien à foutre de nous, Grand-mère. Ca fait longtemps qu´il a arrêté de s´occuper de nous, dit Sarah en replaçant l´oreiller sous sa tête. Je dois sortir, nous n´avons plus de nourriture.
    - Laisse-moi ici Sarah ! Sauve-toi tant que tu le peux encore ! Je t´en prie, ma chérie ! Laisse-moi ici et va dans les collines !

    Elle était vraiment de plus en plus agitée mais pas une seule seconde Sarah n´aurait fait ce qu´elle lui demandait. Sa grand-mère avait tant fait pour elle, l´élevant quand sa mère l´avait abandonnée, la forçant à étudier, se privant pour qu´elle ne manque de rien. Tout ceci resterait gravé dans son coeur et puisqu´elle devait mourir aujourd´hui, elle mourrait aux côtés des personnes qu´elle aimait.
    - Je n´en ai pas pour longtemps, Grand-mère. Je reviens très vite.

    En vitesse, elle prit son sac, le cala sur son dos et ouvrit la fenêtre qui donnait sur l´échelle de secours alors que dans sa chambre, la vieille femme continuait de crier. Elle se ferait une raison bien assez tôt. Le soleil inonda le visage de Sarah quand elle sortit et elle s´accorda un petit temps de pause.

    **

    Christopher avait imaginé New York de bien des façons mais jamais il n´aurait pu décrire l´ampleur de ce qui s´étendait sous ses yeux. Là où se trouvaient auparavant des rues n´étaient plus aujourd´hui que des monceaux de débris et de carcasses de voitures brulées, de papiers voletant et de corps humains. Certains bâtiments brulaient toujours dans les étages supérieurs, là où des combats devaient avoir eu lieu entre les pillards et les riches propriétaires et plusieurs fois, il entendit un cri humain dans les hauteurs des immeubles avant un bruit sourd plus bas.

    New York était devenue une zone de non-droit et depuis qu´il était arrivé, il n´avait pas quitté sa carabine des mains, l´oeil vif et l´oreille aux aguets. Il se déplaçait comme son oncle lui avait appris lorsqu´il avait appris à chasser, doucement mais sûrement, mettant à profit chaque ombre pour se cacher et étudier les lieux.

    Le chaos ambiant avait au moins un avantage, celui de lui procurer de nombreux endroits où il pouvait se mettre à l´abri des groupes de pillards qui continuaient de circuler dans la ville. Il en avait croisé quelques-uns déjà, se demandant comment dans de telles circonstances les gens des bas-fonds étaient parvenus à s´organiser si vite. Ils avaient pris le contrôle de la ville comme un seul homme, tuant, massacrant, pillant sans discernement.

    Christopher avait entendu de nombreuses histoires quand les journaux télévisés étaient toujours diffusés, dans les premiers jours de l´état de siège. Certains pillards s´étaient rassemblés en groupe et avaient pris le contrôle de certaines parties de la ville, comme le sud de Manhattan et le Centre Financier. Heureusement pour lui, les personnes qu´il recherchait n´étaient vraisemblablement pas dans cette partie de la ville.

    Un bruit le fit s´arrêter et il se plaqua contre ce qui avait été apparemment une boite à journaux sur laquelle figurait encore la une du 9 juillet 2009, il y a tout juste deux mois au jour près. Le bruit se transforma en un cri alors qu´il vit en face une jeune femme noire sortir en courant d´un bâtiment qui, selon l´enseigne délabrée, avait été une épicerie. Elle était poursuivie par trois pillards qui la rattrapèrent assez vite, grâce à l´aide de deux autres qui attendaient cachés dehors.

    Christopher hésita un instant. Devait-il tenter de la sauver alors que de toutes façons, la pauvre mourrait dans les heures qui venaient ? Il tritura sa carabine pendant quelques secondes tandis que les cris de la jeune femme devenaient de plus en plus stridents. Elle se débattait tant bien que mal, envoyant coups de pied et coups de poing autour d´elle sans beaucoup de résultats. Les pillards la regardaient amusés, puis l´un d´eux la frappa et sortit un couteau.

    Christopher arma finalement son arme et visa la tête du pillard qui s´approchait d´elle avant de tirer. La détonation claqua dans l´air et un corps sans vie tomba par terre avec un bruit sourd. Les autres pillards tentaient de déterminer d´où pouvait bien provenir le coup de feu avant de juger que cela ne valait peut-être pas la peine de traîner dans le coin. Ils décampèrent, laissant la jeune femme sur le sol et qui n´esquissait aucun geste.

    Christopher attendit quelques instants puis sortit de sa cachette, sa prise toujours ferme sur son fusil. Il approcha pas à pas du corps inanimé de la jeune femme et s´agenouilla près d´elle. Elle était encore vivante et il la prit dans ses bras pour l´amener à l´intérieur de l´épicerie.
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  • Ostramus Voir le profil de Ostramus
  • Posté le 18 mars 2007 à 19:49:26 Avertir un administrateur
  • Bien bien bien, fluide et tout ça mais ça manque de consistance, c´est un peu plat par moment ...

    Sinon j´avais raison pour la thèse des astéroïdes. A ca propos j´ai remarqué deux erreurs. :-)

    1. De façon arbitraire, les météoroïtes sont des masses de moins de 50 mètres de diamètre, au delà de cette taille, on parle d´astéroïdes. Ce faisant, il serait plus probable qu´une vague d´astéroïdes détruisent la Terre.
    Je sais ce que tu vas me répondre ; une vague de météorïtes est dévastatrices. certes. Mais certainement pas assez puissantes pour penetrer le manteau rocheux de la planète comme tu le dis dans le récit.
    2. Si tant que se seraient des météorites, je trouve ça peu probable que des astronomes ne les aient décelé que deux mois avant l´impact. En général, on arrive assez bien à repérer les corps célestes notamment s´ils sont proches du système solaire.

    Un dernier truc, il existe plusieurs moyens de dévier des météorites ou des astéorides, autres que ceux que l´on voit dans le cinéma. Je trouve dommage que tu n´aie pas fait mention de tentatives dans la fiction, ni même précisé la provenance des météorites (deux vagues succesives, c´est très très peu probable, donc pas très crédible).

    Hormis ces menus détails d´ordre astronomiques, le texte est bon à prendre et très plaisant. :)
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  • FFrules3 Voir le profil de FFrules3
  • Posté le 20 mars 2007 à 09:44:05 Avertir un administrateur
  • Ce que j´aime chez toi Ostra, c´est que tu vas toujours trouver le detail qui coince :) Alors, tout ceci est dument noté et je vais donc devoir trouver une explication a ces asteroides sortis du neant... Ah, ca y est.

    Reponse au prochain chapitre :ok: et merci de ton comm, Ostra !
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  • Negatum Voir le profil de Negatum
  • Posté le 22 mars 2007 à 20:51:58 Avertir un administrateur
  • Ah, ça faisait longtemps que je n´avais pas soigné un comm´ :)

    Avant tout, la mise en scéne est trés bien faite. Les images et l´actions sont magnifiques, comme l´aube sur ce New YOrk devasté par les pillards (ça m´a fait penser au jour d´aprés). L´ambiance est crépusculaire, apocalyptique, grise, bref, géniale. On regrette justement un peu que tout ne soit pas mis un peu plus mis en valeur, que tu ne prennes pas un peu plus de temps pour décrire tout ça.
    On en vient au style. Il est fluide, certes, mais j´ai quand même quelques reproches à faire au niveau de la musicalité, qui est un peu poussive je trouve, la faute à de trés longues phrases qui accelérent trop le rythme de la lecture. On aimerait parfois des métaphores, des descriptions, des images fortes, que tu ne nous donne pas.
    En revanche, si le style me cause quelques soucis, ce n´est pas le cas de l´histoire ce monde devasté et sans foi ni loi, ce nouveau chaos ou seule la folie est maitre, excellent. On ne connait que trés peu les personnages (tu passe peut-être trop vite d´un persos à un autre, mais ça ça dépend de ton plan.), et on ne peut donc vraiment s´y attacher, pourtant certains dégagent un puissant charisme (je pense à Christopher ou au Pére Mctruc). Il y a juste un truc qui m´a gêné: POurquoi le président a-t-il annoncé à la populace qu´ils allaient tous mourir? Pourquoi tout simplement ne pas leur dire pour que les deux derniers mois de l´humanité se passent tranquillement? Même si il y aurait eu des fuites, il n´y aurait eu qu´une vagu rumeur inquiéte, rien de la panique et du chaos que tu nous décrit. De plus, normalement, le Président aurait du reflechir a tout ça. Ensuite, pour ceux qui agresse la fille, c´est juste un détail, mais quel interet ont ils à la tuer? N´aurait-ils pas préféré la violer (pour pouvoir passer du bon temps avant la fin du monde, au lieu de tuer bêtement tout le monde)?
    Je crois que j´ai fait le tour. j´ai au final bien apprecié malgré les défauts sous-cité et je lirais la suite trés certainement. :-)
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  • FFrules3 Voir le profil de FFrules3
  • Posté le 27 mars 2007 à 23:42:20 Avertir un administrateur
  • Merci de vos commentaires !

    La suite...

    Enjoy ! :ok:

    H – 09

    Sarah fut étonnée de ne voir ni anges ni démons quand elle ouvrit les yeux. Sa tête bourdonnait et sa vision mit quelques instants à redevenir claire. Elle ne voyait qu´un plafond nu et sentait sous son corps un sol irrégulier. De la poussière voletait autour d´elle et elle reconnut l´intérieur de l´épicerie où elle était venue chercher de la nourriture.

    Que s´était-il passé ? Elle se souvenait avoir été attaquée par des pillards mais ils n´étaient pas du genre à laisser leurs victimes vivantes ou en relativement bonne santé. Le sifflement qui vrillait ses oreilles s´estompa, laissant la place à un silence seulement troublé par des bruits discrets venant de sa gauche.

    Elle tenta de se relever mais sa tête tournait trop.
    - Restez allongée encore quelques instants, le temps que vous vous sentiez mieux, dit alors une voix d´homme.

    Il apparut au-dessus d´elle, bel homme barbu au visage fin et aux cheveux longs. Ses yeux étaient d´un bleu profond et il irradiait de lui tout un tas de choses agréables que Sarah n´aurait pu décrire. Elle savait seulement qu´elle ne devait pas avoir peur de lui.
    - Vous n´êtes pas un pillard, dit-elle plus pour elle-même.
    Il lui montra dans ses mains des brioches qu´il avait probablement trouvées dans les décombres de l´épicerie où ils se trouvaient tous les deux.
    - Je suis un gentil pillard, sourit-il en lui tendant une brioche. J´ai trouvé ça et même une bouteille de vin dans ce capharnaum.
    - Il n´y avait rien à manger quand j´ai cherché tout à l´heure, remarqua-t-elle.
    - Je suis plutôt chanceux pour ce genre de choses. L´avantage d´avoir été élevé dans les bois. Je m´appelle Christopher Therazan au fait, dit-il alors que Sarah prit la brioche de ses mains et commença à la manger. Chris, si vous préférez.
    - Merci Chris de m´avoir sauvée. Moi, c´est Sarah se présenta-t-elle en lui tendant la main qu´il serra après un temps d´hésitation, comme si, au milieu de ce monde de chaos, la moindre notion de politesse lui était devenue déplacée, sinon étrangère.
    - Enchanté de faire votre connaissance en ce dernier jour, Sarah, fit-il avec un sourire triste.

    Ils mangèrent en silence pendant un petit momen, lui semblait être sur ses gardes, surveillant l´extérieur de l´épicerie.
    - Vous ne semblez pas être du coin, Chris. Que fait un gentil pillard à New York surtout aujourd´hui ? Vous ne passez quand même pas votre dernier journée sur Terre à sauver des jeunes femmes en détresse ?

    Il reporta ses yeux sur elle et la regarda comme s´il la voyait pour la première fois avant de rire doucement.
    - En fait si. Je suis venu ici pour retrouver ma femme et ma fille.
    - Il ne reste plus beaucoup de femmes en ville, vous savez. Les hommes sont partout et si vous ne m´aviez pas sauvée, j´ose même pas imaginer ce qu´ils me feraient en ce moment.
    - Je sais qu´elles sont encore ici, je veux les retrouver à temps pour les voir une dernière fois. Qu´est-ce que vous, vous faites ici ? demanda-t-il après une pause.
    - Ma grand-mère ne peut pas se déplacer donc nous sommes restées. Pour ce que cela changera au final.
    - Amen, souffla l´homme.
    - Vous savez où se trouve votre famille au moins ? Je veux dire, New York est plutôt grand, surtout pour un étranger comme vous.
    - Je n´ai que cette adresse dans le Bronx, fit-il en lui tendant une feuille de papier qu´elle regarda.
    - Je vois où c´est mais ce ne sera pas facile de vous y rendre. Je peux vous accompagner si vous voulez, j´habite sur le chemin.

    **

    Non, je ne veux pas que vous m´accompagniez, c´est ce que Christopher aurait du répondre. La règle de base quand il s´agissait de se déplacer avec efficacité et rapidité dans un environnement hostile était d´être seul et surtout pas en groupe. Mais il l´avait quand même laissée l´accompagner et ensemble ils marchaient à présent à couvert entre les monceaux de déchêts qui jonchaient les rues apparemment désertes de New York.
    - Vous étiez où quand on a annoncé la fin du monde ? Lui demanda-t-elle alors en chuchotant. J´ai toujours pensé qu´ils auraient dû nous cacher cela que l´on puisse finir nos vies tranquillement même si je peux comprendre aussi pourquoi ils nous l´ont dit.

    Il ne voulait pas répondre, pas tant qu´ils ne seraient pas en sécurité. Il ne décocha donc pas un mot se contentant d´observer les environs.
    - Ok, pas envie de parler, c´est noté, ajouta-t-elle avant de se taire.
    Elle lui indiqua une rue sur la gauche.
    - Nous sommes bientôt arrivés chez moi, ce n´est plus très loin.

    Ils n´avaient croisé aucun groupe de pillards depuis qu´ils étaient partis mais on pouvait voir partout sur le sol des postes de TV éventrés au milieu d´autres gravats et Christopher aperçut un bras sans vie dépasser d´une carcasse de voiture qui avait été ensevelie par d´autres débris. Il espéra que Sarah ne le verrait pas, sans succès. Elle arrêta sa marche une fraction de seconde puis continua comme si de rien n´était. La fin du monde imminente avait aussi cette fâcheuse habitude de tout relativiser.
    - C´est ici, fit-elle en montrant un immeuble délabré dont la plupart des fenêtres avaient été brisées, sauf certaines dans les étages supérieurs. Christopher allait entrer quand elle l´arrêta.
    - Pas par la porte d´entrée. Les locataires du quatrième étage ont démoli l´escalier et la cage d´ascenseur pour éviter que les pillards ne montent. Il faut passer par l´échelle de secours, dans la ruelle là.

    Il hocha de la tête et la suivit. Elle sortit de son sac à dos une sorte de grappin qui semblait avoir été fait maison à partir de cintres et de ceintures avant de l´envoyer dans les airs, jusqu´à l´échelle située environ trois mètres plus haut.

    Elle réussit du premier coup à atteindre l´échelon et tira sur la corde pour abaisser l´échelle.
    - Je n´ai pas toujours été aussi chanceuse. Les premières fois furent un vrai calvaire, dit-elle avec un sourire.
    - Votre grand-mère a de la chance de vous avoir, vous savez.
    - Nous sommes tous les deux bien placés pour savoir ce que nous sommes prêts à faire pour notre famille. Vous montez ?

    Christopher hésita en jetant un coup d´oeil à sa montre. Plus que huit heures et quinze minutes, un peu plus de trois heures avant la première vague d´astéroïdes. Le temps pressait mais il accepta quand même. Il n´avait eu de relations amicales avec quelqu´un depuis bien longtemps.
    - Je ne vous retiendrai pas longtemps, dit Sarah. Ma grand-mère voudra connaître l´homme qui m´a sauvé la vie.

    Avec agilité, elle grimpa le long de l´échelle, l´attendant en haut pour la remonter quand il arriva près d´elle. Sarah habitait au sixième étage et elle entra la première dans l´appartement avant qu´il ne la suive. Christopher eut l´impression d´avoir fait un saut dans le passé en marchant dans le salon de cette vieille dame. Tout était propre et bien rangé, l´exact opposé du monde extérieur. Il jeta un coup d´oeil à certaines photos.
    - Grand-mère, je suis rentrée dit Sarah en se dirigeant vers ce qu´il pensa être la chambre à coucher.

    La première chose qu´il entendit par la suite fut un cri de terreur.
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  • Ostramus Voir le profil de Ostramus
  • Posté le 27 mars 2007 à 23:53:42 Avertir un administrateur
  • Il ne se passe pas grand chose mais c´est toujours intéréssant. :)
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  • le_maitre-du_67 Voir le profil de le_maitre-du_67
  • Posté le 28 mars 2007 à 21:36:41 Avertir un administrateur
  • la grand mere est morte!!!
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  • FFrules3 Voir le profil de FFrules3
  • Posté le 1er avril 2007 à 19:20:21 Avertir un administrateur
  • Allez hop, la suite. Merci de vos comm´ !

    Enjoy :ok:

    H – 08

    Ted avait encore beaucoup de chemin à parcourir pour atteindre l´Eglise mais il ne se sentait plus le courage ni la force de le faire. Ils se rapprochaient, il pouvait les entendre sur ses talons, coordonnant leur chasse à quelques blocs de là. Il aurait pu être loin à l´heure qu´il était mais après avoir quitté le Père McCullough, il était resté à une distance raisonnable pour voir ce qui allait advenir du vieux prêtre.

    Ils n´avaient pas tardé à le trouver puis l´avait amené devant leur chef, un homme que Ted savait qu´il était derrière tout cela. Le Père McCullough s´était redressé devant lui, ne montrant pas la douleur qui devait lui vriller la jambe.

    Jude paraissait immense à côté du prêtre. Il mesurait presque deux mètres, les cheveux blonds et ras et dont le visage était rendu étrangement fait par l´absence de sourcils. Il avait bien changé depuis la dernière fois que Ted l´avait vu, tout juste six mois plus tôt. Les deux hommes s´étaient échangés quelques paroles que Ted n´entendit pas, étant caché trop loin.

    Comment Jude était-il devenu ce monstre ? Lui et Ted avaient été élevés ensemble au monastère par le Père McCullough et préparés en vue de ce jour. L´enseignement était dur mais la tâche qui leur incombait l´était tout autant et nécessitait que l´on s´y donne de tout son être. Ted avait toujours pensé que Jude était trop faible pour cette mission. Il prenait des décisions irréfléchies, sans se préoccuper des conséquences et avait eu de plus en plus de difficultés au cours des années à supporter les corrections du Père McCullough.

    Il s´était enfui un beau matin du monastère, six mois auparavant et tous avaient cru qu´ils ne le reverraient jamais. Si seulement... Jude était réapparu quelques semaines plus tard, entouré de ses adeptes et préchant des idées contraires à celles de l´Eglise concernant l´Armaggedon à venir et le feu purificateur qui débarrasserait le monde des infidèles.

    Des frères de l´Ordre avaient commencé à mourir un peu partout dans le pays et il ne fallut pas longtemps pour relier Jude à ces meurtres. Puis deux mois plus tôt, l´annonce de la fin du monde était arrivée comme la réponse à leurs interrogations. Le jour qu´ils attendaient et redoutaient était arrivé et une seule chose pouvait l´empêcher d´être le dernier. Alors que Ted et ses frères de l´Ordre préparaient tout ce qu´ils auraient besoin pour leur mission, Jude et ses adeptes avaient attaqué le monastère et Ted était parvenu à s´enfuir avec le Père McCullough pour rallier New York, en espérant arriver à temps pour le contact.

    Toutes ces images revenaient dans l´esprit de Ted alors que devant ses yeux, Jude s´était approché du vieil homme, lui avait embrassé le front avant de poser ses mains autour de son cou et serrer. Le prêtre ne s´était pas débattu, n´avait pas crié. Puis les adeptes s´étaient débarrassé du corps dont la fumée s´était répandue dans plusieurs rues à la ronde, jusque qu´à l´endroit où il était caché. Il s´était couvert le visage avec un voile et avait entendu la voix de Jude, aussi clairement que s´il avait été à côté de lui.
    - Tu crois vraiment pouvoir empêcher cela tout seul ?

    Ted s´était alors enfui, loin de Jude et de ses hommes, loin du cadavre du Père McCullough. Oui, il pensait pouvoir empêcher cela même s´il ne savait pas encore comment. Tout ce qu´il avait à faire était d´être présent pour le contact. Il frissonna à l´idée de ces forces plus puissantes qui s´agitaient dans l´ombre au même moment pour le futur de l´espèce humaine dont l´extinction était prévue dans sept heures et quarante minutes.

    **

    Christopher ne savait pas quoi faire. Cela faisait presque vingt minutes que Sarah pleurait sur le corps sans vie de sa grand-mère qui s´était vraisemblablement suicidé s´il en croyait la lettre laissée à côté d´elle et qu´il tenait à présent dans sa main, depuis que la jeune femme l´avait laissée tomber sur le sol.

    “Ma petite Sarah, l´ange de ma vie, mon soleil, aucun mot ne sera jamais assez fort pour exprimer tout l´amour que j´ai pour toi. Je n´ai jamais été aussi heureuse de toute ma vie que quand tu étais avec moi, à mes côtés, à veiller sur moi mais c´est maintenant mon tour de veiller sur toi. Je te serai plus utile là-haut qu´ici-bas et je t´en prie, ne pleure pas. Nous serons bientôt ensemble mais pas aujourd´hui. Tu dois quitter la ville ma chérie, il te reste encore une chance de vivre, je le sais. Le Seigneur ne te laissera pas mourir aujourd´hui, j´en ai l´intime conviction. Fuis, quitte cette ville avant la première vague d´astéroïdes, ceci est ma dernière volonté et je te demande de la respecter. Je t´aime.”

    Il ne voulait pas paraître insensible auprès de Sarah mais l´heure tournait et il devait retrouver sa femme et sa fille. Il s´approcha d´elle et du lit puis lui posa une main sur l´épaule.
    - Sarah, je dois partir, je suis désolé.
    Elle releva légèrement la tête et se retourna vers lui, les joues brillantes de larmes.
    - Pourquoi a t-elle fait cela ? Rien ne nous sauvera, tout a été tenté. Je n´ai pas plus de chances qu´elle de survivre à la fin du monde.
    - Elle semblait penser que Dieu empêchera cela.
    - Dieu a quitté cette planète il y a bien longtemps, dit Sarah avec un grognement étouffé par ses larmes. Et il n´en a plus rien à foutre.
    Christopher ne sut pas quoi répondre à cela, ne s´étant jamais intéressé à la religion au cours de sa vie. Il caressa doucement l´épaule de Sarah et se retourna vers la porte de la chambre.
    - Bonne chance Sarah dit-il simplement avec toute la gentillesse dont il était capable en un moment pareil.

    Il sortit de la pièce et ouvrit la fenêtre qu´il enjamba quand il aperçut la jeune femme juste derrière lui.
    - Je viens avec vous, Chris.
    - Je...euh.
    - N´essayez pas de m´en dissuader. Jamais je n´arriverai à quitter la ville avant la première vague d´astéroïdes et je ne vais pas rester ici à attendre de mourir. Vous m´avez sauver, à mon tour de vous aider. Et je connais ce coin de la ville. Vous aurez besoin de moi que vous le vouliez ou non.

    C´était plutôt arrogant de sa part, pensa Christopher. Il n´avait pas besoin d´elle pour survivre dans cette ville mais elle avait cependant raison quand elle disait pouvoir l´aider à se rendre chez sa femme. Il lut dans ses yeux de la détermination et aussi de la pitié comme si elle l´implorait de l´emmener avec lui pour une raison qu´il ne comprenait pas. Il hocha doucement de la tête et elle eut un faible sourire.
    - Alors en route.

    Ils marchèrent ainsi pendant une vingtaine de minutes dans les rues désolées de New York City, sans aucune trace d´âme qui vivent. Plusieurs raisons pouvaient expliquer cela selon Christopher. Soit les pillars avaient tué tout le monde et se contentaient donc maintenant de rester dans les quartiers riches pour profiter de leurs dernières heures, soit toutes les personnes sensées avaient quitté la ville en la laissant aux mains des pillards.

    Sarah marchait à ses côtés et semblait perdue dans ses pensées, mettant un pied devant l´autre avec une lassitude infinie.
    - J´étais en forêt quand ils ont annoncé la fin du monde, lui dit-il. Je pars chasser pendant plusieurs jours et je reviens chez moi, c´est ce que je fais quand mon boulot m´en laisse le temps.
    - Vous faites quoi comme boulot ?
    - Je suis charpentier dans la région de Saint-Louis. Ca me laisse pas mal de temps libre et c´est plutôt bien payé, assez pour moi en tous cas.
    - Et votre femme, elle n´habite pas avec vous ?
    - Nous sommes séparés depuis presque un an, je ne vois ma fille Ellie que de temps en temps. Ma femme est venue s´installer ici, nous y avions habité pendant un temps. Mais je suis trop attaché à mes forêts, vous savez. Quand j´étais gamin, mon oncle m´emmenait chasser et j´adorais ça. New-York, côté forêts, c´est pas le meilleur endroit sur Terre.
    - Oui, c´est sûr. Ma dernière ballade en forêt doit remonter à quinze ans. Je ne suis jamais sortie de cette ville et c´est ici que je vais mourir. Quelque part, je ne suis pas étonnée.

    En disant cela, elle n´était pas triste, juste consciente que son heure allait venir, comme pour eux tous.
    - La prochaine à droite devrait être la rue où habite votre femme. Quel numéro est-ce déjà ?
    - Le 11.

    Ils pressèrent le pas et débouchèrent dans une rue qui ressemblaient en tous points à toutes celles qu´ils avaient déjà traversées; des débris et des carcasses partout sur la chaussée. Au fond de lui, Christopher espérait que quelque chose serait différent ici, mais non. Sa femme et sa fille devaient être quelque part dans cette rue et il devait les trouver.

    Ce fut Sarah qui trouva le numéro 11 et au-dessus de la porte était accroché un panneau dont les néons ne fonctionnaient plus et qui disait “Medium” ce qui surprit Christopher.
    - Vous ne m´aviez pas dit que votre femme était une voyante.
    - Je l´ignorais. Laura était décoratrice d´intérieur à Saint-Louis, je ne comprends pas.
    - Vous parlez d´un changement de carrière ! On frappe ?

    La porte semblait en bon état, aucun pillard n´avait tenté d´entrer. Christopher frappa une fois, puis deux.
    - Laura ? Tu es là ? Laura c´est Christopher ! Ouvre-moi si tu es là, cria-t-il, se fichant des éventuels dangers que cela pouvait présenter.

    Des bruits se firent entendre à l´intérieur de l´appartement et Chris continua de tambouriner sur la porte qui s´ouvrit en grand sur une femme qui pointait un fusil à pompe sur eux. Elle était brune, des lunettes rectangulaires, de taille moyenne avec des cheveux longs. Sur son visage, il put lire une expression ferme et dans ses yeux fuyants de l´incompréhension.
    - Laura, c´est moi.
    - Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? Dit-elle d´une voix dure dans laquelle on pouvait quand même lire de la peur.
    - A quoi tu joues Laura, c´est moi, Christopher, ton mari.
    - Vous devez faire erreur, dit-elle en fixant Sarah. Je ne suis pas mariée.
    - Laura, regarde-moi dans les yeux.

    Elle s´exécuta, le regardant en face pour la première fois et eut un mouvement d´arrêt. Elle abaissa lentement son arme.
    - Je vous connais, finit-elle par dire. Votre regard. Je comprends maintenant, ajouta-t-elle en lâchant son fusil sur le sol.
    - De quoi parles-tu Laura ? Je suis ton mari.
    - Non, vous ne l´êtes pas. Mais je crois que je peux expliquer.
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  • Posté le 17 avril 2007 à 20:02:21 Avertir un administrateur
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    Laura est desormais appelée Mary.

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    H – 07

    Il était apparu sur le pas de sa porte comme dans les rêves que Mary faisait depuis plus de deux mois, comme la réponse qu´elle attendait. La même chevelure longue et vaguement bouclée, le même visage doux mais résolu et ses yeux d´un bleu acier. Elle avait compris quand elle l´avait regardé dans ses yeux.
    - Je crois que je peux expliquer, leur avait-elle dit avant de les faire entrer.

    La vérité était qu´elle ne pouvait expliquer que sa version de l´histoire, ces rêves qu´elle faisait et que l´homme devrait comprendre. Il était accompagné d´une jeune femme noire qui semblait éprouver une tristesse infinie. Tout dans ses gestes dévoilait une lassitude qu´elle tentait malgré tout de cacher par un regard déterminé. Mais Mary savait lire dans les personnes, c´était pour cela qu´elle était devenue médium. Il lui suffisait d´étudier la personne devant elle pour apercevoir des bribes de son futur. Ressentir le passé de ses clients pour deviner leur futur, voilà ce qu´elle faisait et cela n´avait rien à voir avec un quelconque pouvoir comme se l´imaginaient les gens. Elle était juste capable de mieux ressentir les émotions, les ondes qui émanaient des personnes et à aucun moment dans sa vie elle ne s´était sentie différente du commun des mortels. Jusqu´à depuis peu en tous cas.

    - Je ne comprends rien à tous cela, dit Christopher en tournant dans le salon tandis que la jeune femme noire s´assit sur le canapé. Elle semblait vivement intéressée par la scène qui se déroulait sous ses yeux. Je te connais, Mary, tu es ma femme, nous avons une fille, Ellie.

    Il porta la main à son pardessus et en sortit un portefeuille qu´il ouvrit pour en retirer une photo qu´il lui donna.
    - C´était nous, il y a deux ans près du lac Mikita. Tu ne te souviens pas ? Nous avions campé et Ellie s´est coupé la main en ramassant du bois. Il a fallu l´emmener à l´hôpital même si ce n´était pas si grave. Tu voulais être certaine qu´elle ne risquait pas d´avoir une maladie. Je me moquais de cette façon que tu avais de t´attendre au pire à chaque fois. Tu dois te souvenir.

    Mary regarda cette femme sur la photo qui lui ressemblait en tous points et qui paraissait heureuse aux cotés de son mari et de sa fille. L´espace d´un instant, elle aurait aimé se souvenir de ces choses mais il ne s´agissait pas de sa vie. Elle sourit faiblement avant de lui rendre la photo.
    - Je n´ai jamais quitté New York, je n´ai même jamais eu de fille ou de mari. Je suis désolée mais c´est la vérité.

    Christopher la regarda et elle lut dans ses beaux yeux qu´il l´implorait presque de se souvenir. Le moment de silence se prolongea jusqu´à ce que la jeune femme noire le rompit.
    - Quelqu´un va-t-il m´expliquer ce qui se passe ici ? Il dit que vous êtes sa femme et que vous avez un enfant ensemble et vous, vous dites que vous n´êtes pas la personne qu´il recherche depuis deux mois même si vous en êtes l´exacte sosie.
    - Je n´ai jamais dit que je n´étais pas celle que vous recherchiez, mademoiselle... ?
    - Pardon, je m´appelle Sarah. Sarah Cayle. Tout à l´heure, vous disiez pouvoir nous expliquer ce qu´il se passe. Je crois que le moment est venu, vous ne trouvez pas ?
    - Je doute que vous me croyiez, fit-elle avec une petite voix, les yeux perdus.
    - Dis-nous Mary, demanda Christopher, toujours avec ce ton implorant.
    - Je peux déjà vous assurer que nous n´avons jamais été mari et femme tous les deux et que nous n´avons pas non plus de petite fille. Laissez-moi finir, dit-elle en intimant l´ordre de se taire à Christopher qui était prêt à la contredire. Si mes amis étaient restés en ville, ils auraient pu vous le confirmer. Vous devrez juste me croire sur parole. Mais je vous connais. Il faut croire que j´étais même destinée à vous rencontrer.

    **

    Cette femme est complètement folle, pensa Sarah quand Mary prononça ces mots. Elle n´avait jamais eu confiance en les médiums surtout depuis que sa grand-mère avait dépensé plusieurs centaines de dollars avec l´une de son quartier sans résultat notable excepté la fin du monde, mais Sarah doutait que ce fut la réponse aux attentes de sa grand-mère.

    L´intérieur de l´appartement de Mary était décoré dans les tons roses, plus ou moins prononcés selon les endroits. Malgré l´Apocalypse imminente, tout était remarquablement rangé comme dans l´appartement de sa grand-mère. Toute cette situation était des plus étranges et elle se tenait au milieu, observatrice impartiale entre un homme qui voulait trouver sa femme et une femme qui voulait être trouvée par cette homme. Si la première vague d´astéroïdes n´avait pas été prévue dans un peu plus d´une heure, elle en aurait certainement ri. Mais pour le moment, elle était suspendue aux lèvres de Mary qui reprit la parole.
    - Depuis un peu plus de deux mois, je fais des rêves. Enfin, ce ne sont pas des rêves, je ne crois pas. J´entends des voix dans mon sommeil, je vois des images, toujours les mêmes. Un homme, vous, dit-elle en regardant Chris, apparaît dans ce qui ressemble à une église et la voix me dit que je dois vous aider. J´ai beau demander à quoi faire, la voix ne m´écoute pas, elle continue de dire “Aidez-le”, “aidez-le”. Quand je vous ai vu derrière ma porte, j´ai compris que vous étiez l´homme de ces apparitions.
    - C´est du pur délire, Mary, souffla Christopher. Du pur délire. Où est Ellie ? Dis-le moi !
    - Je n´ai aucune idée de qui vous parlez, Christopher. Tout ceci me dépasse mais je sais ce que je dois faire. Pour la même raison que je n´ai pas quitté la ville quand on me l´a dit, pour cette même raison que j´ai senti que je devais rester ici et vous attendre. Je dois vous aider.
    - M´aider à faire quoi ? Je suis venu ici pour te retrouver, toi et Ellie. J´ai fait tout ce chemin depuis que l´on a annoncé la fin du monde juste pour vous serrer dans mes bras et toi, tu me dis que nous n´avons jamais eu de fille ou que nous n´avons jamais été marié.
    - Ce que vous me dites ne m´évoque rien, Christopher. Je ne vois qu´une seule chose à faire pendant le temps qu´il nous reste. Nous devons nous rendre dans cette église.
    - Quelle église ? demanda Sarah. Celle de votre rêve ?

    Mary hocha de la tête et lança un regard vers Chris.
    - Peu après que les rêves aient commencé, je suis tombée sur une vieille église dans le sud de Manhattan, dans le Business District. J´étais déja passée devant une ou deux fois auparavant et c´est un endroit magnifique, enserré par les buildings de Wall Street. Je me suis dit que c´était l´occasion ou jamais de la visiter, surtout alors que le monde commençait à devenir fou. Quand j´y suis entrée, j´ai reconnu le lieu, celui dont je rêvais nuit après nuit depuis quelques semaines. Il ne peut s´agir d´un hasard. Tout est lié, j´en suis certaine, je le sens.
    - Qu´y a-t-il de si important dans cette église ? dit Chris.
    - Des réponses. Pour nous deux. Enfin je l´espère, répondit doucement Mary.

    Sur la cheminée, l´horloge tiquait discrètement et Sarah eut un petit frisson. Il ne restait qu´une petite heure avant la première vague d´astéroïdes.
    - Que faisons-nous alors ? dit-elle avec énergie. Le temps n´est pas notre ami, aujourd´hui. Si nous voulons aller au fin fond de cette histoire, il va falloir faire confiance à la médium et aller à cette église. Ce sera d´ailleurs peut-être la dernière chose que nous ferons aujourd´hui. Vous décidez quoi ?

    Christopher semblait indécis mais il acquiesca quand même après un court moment d´hésitation.
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  • Posté le 28 avril 2007 à 13:03:26 Avertir un administrateur
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    H – 06

    De toutes les façons qu´il avait imaginé les retrouvailles avec sa femme, jamais Christopher n´avait pensé à celle-ci, où la folie collective côtoyait une forme étrange d´amnésie. Se pouvait-il qu´il ait rêvé cette vie ? Ou bien cette Mary était-elle vraiment sa femme ? Les réponses à ces questions en appelaient d´autres dont il avait peur. Où était sa vraie femme ? Où était sa fille ? Avec tristesse, il se rendit compte qu´il ne restait qu´un peu moins de 6 heures avant la fin du monde. Même s´il avait la moindre idée d´où chercher sa famille – ce qui n´était pas le cas – les chances de les retrouver maintenant à temps devenaient minces.

    Il avait donc décidé d´accompagner Mary qui semblait savoir où trouver les réponses mais malheureusement pas celles qu´il espérait. Selon elle, l´église vers laquelle ils se dirigeaient avec Sarah lui apporterait ce qu´il cherchait mais il en doutait. Comment une église pouvait expliquer l´amnésie de Mary ? Et cette histoire de rêve que la jeune femme avait raconté ne tenait pas debout. Il avait cru assister à un show et s´était même attendu à ce qu´elle tente de lui vendre quelque chose, une amulette ou autre connerie New Age. La vérité était qu´il n´avait jamais eu confiance en les voyantes, même quand elles ressemblaient traits pour traits à sa femme.
    - Où se trouve cette église déjà ? Chuchota-t-il à Mary qui marchait à ses côtés en lançant aux alentours des coups d´oeil inquiets.
    - Dans le Sud de Manhattan. Si on continue à ce rythme, on devrait y être dans une petite demi-heure environ, répondit-elle en regardant sa montre.
    - C´est-à-dire en même temps que la première vague d´astéroïdes. Ce n´est pas bon pour nous. La ville va être l´épicentre du choc et nous fonçons au beau milieu.
    - Je ne m´inquiéterai pas si j´étais vous. Vous devez avoir confiance en les puissances supérieures. Ce n´est pas un hasard si nous nous sommes rencontrés, j´en suis convaincue.
    Il aurait voulu lui dire de lui épargner son baratin de voyante mais il se tut et regarda avec plus d´attention où il posait les pieds. Les routes étaient piégeuses à cause de tout ce qui y avait été déversé au cours des deux derniers mois comme autant de symboles d´une civilisation en perdition.
    - Vous semblez triste, Christopher, continua Mary.
    - C´est juste que je comptais ne plus être en ville à cette heure-là, répondit-il finalement. Je me voyais plutôt en sécurité quelque part dans le New-Jersey à pique-niquer une dernière fois avec toi et Ellie dans un champ ou au sommet d´une colline d´où nous aurions vu les astéroïdes arriver sur New-York. Cela aurait été une belle façon de partir.
    - C´était un bon plan, sourit doucement Mary. Christopher, il y a quelque chose que j´aimerai vous demander ajouta-t-elle après une pause.
    - Vas-y.
    - Avons-nous eu une vie heureuse ? Je veux dire, en admettant que je sois bien votre femme et que j´ai tout oublié pour une raison que j´ignore, avons-nous été heureux ?

    Il plongea ses yeux dans les siens et y lut alors ce qui ressemblait à de l´envie.
    - Oui, au début. Les plus heureux au monde. Nous parlions toutes les nuits pendant des heures. De nous d´abord, puis au fil des années d´Ellie et de la personne qu´elle allait devenir. Nous étions bien.
    - Et que s´est-il passé ? Pourquoi vous-êtes vous séparés ?
    - Différentes carrières, différentes envies. On s´est lentement éloigné l´un de l´autre. Nous nous aimions toujours mais ce n´était plus assez. C´est alors que tu, enfin qu´elle est partie pour New-York avec Ellie. J´aurai dû venir les voir en juin mais j´ai décroché un boulot sur un chantier. C´était bien payé et je pensais que j´aurais tout le temps de venir ensuite. Puis tout cela est arrivé.

    Mary souriait en l´écoutant, sa main frôlant la sienne parfois.
    - A vous entendre, je me dis que j´aurais aimé être votre Mary. Elle semble avoir eu tout ce que je désirais.

    Sarah, qui marchait légèrement en retrait depuis qu´ils avaient quitté l´appartement les rattrapa et leur fit signe d´arrêter. Ils se trouvaient maintenant un peu après Central Park et continuaient toujours en direction du sud de Manhattan. Ils n´avaient rencontré aucun signe de vie depuis qu´ils étaient partis mais Christopher avait toujours sa main fermement agrippée à son fusil.
    - Vous entendez ? Demanda Sarah. On dirait de la musique.

    Chris et Mary tendirent l´oreille et effectivement, une musique semblait venir du ciel ainsi que des hurlements.
    - Certains sont en train de célébrer la fin du monde à leur manière on dirait, expliqua Mary. Au début des émeutes, j´ai entendu parler de ces jeunes qui s´étaient réunis sur les toits des immeubles pour y faire la fête. J´ignorais qu´ils y étaient toujours.
    - Ils vont attirer les pillards, s´inquiéta Chris.
    - Cela m´étonnerait, ils ont d´autres chats à fouetter qu´une bande de jeunes dansant autour d´iPods. En plus, ils ont dû se barricader comme il faut.
    - Nous devrions quand même nous dépêcher d´avancer, je n´aime pas cela.

    Christopher n´était pas à l´aise. Il ne l´avait jamais vraiment été depuis qu´il avait quitté Saint Louis mais il sentait dans cette ville un danger qui pouvait survenir de n´importe où. Le groupe reprit sa progression mais pas pour longtemps. Des voix s´élevèrent à l´autre bout de la rue, cachées par un tas d´immondices.
    - Vous allez pas la fermer avec votre musique ! Beugla un homme d´une voix rauque.
    - La ferme Wilkins dit une autre voix qui semblait plus calme, plus assurée mais en même temps très ferme.

    En un instant, Chris poussa Mary et Sarah sur le côté de la rue où ils se mirent à couvert dans la vitrine éventrée de ce qui avait été autrefois une animalerie. Les cages gisaient par terre parmi les cadavres de hamsters et de canaris qui n´avaient pas survécu. Chris passa la tête discrètement au-dehors et aperçut enfin un groupe d´une demi-douzaine de pillards armés dont celui qui semblait le meneur avait la main bandée par un tissu taché de sang. Il le reconnut avec difficulté mais il s´agissait du même pillard qu´il avait blessé quelques heures plus tôt en sauvant Sarah. Chris recula alors dans la boutique et changea d´angle, caché par le montant et un présentoir. Il mit son fusil en joue et attendit. Il voulait éviter le combat mais ce choix ne lui appartenait plus.

    **

    Christopher la regarda avec Sarah depuis l´endroit où il s´était caché, en face d´elles et il leur fit un signe de la main. Il montra d´abord une main ouverte puis un seul doigt. Six pillards approchaient. Mary pouvait entendre quelques bribes de conversations qui devenaient de plus en plus perceptibles au fur et à mesure qu´ils approchaient.
    - Pourquoi on retourne pas avec les autres, Benson ? Ils doivent être en train de siphonner tout ce qu´il reste d´alcool. Il est hors de question que je quitte cette Terre sans être bourré comme un cartable.

    Des bruits étouffés se firent entendre, suivis par des gémissements. Mary aurait voulu jeter un oeil pour voir ce qui se passait mais Chris lui fit signe de ne pas bouger.
    - On ne retournera pas avec les autres tant que je n´aurai pas retrouvé le fils de pute qui m´a tiré dessus, dit une autre voix, celle du dénommé Benson. Tu m´as compris ?

    Sarah bougea inconfortablement et Mary surprit un regard inquiet entre elle et Christopher. Elle comprit alors que le fils de pute en question ne devait être autre que lui. Voilà qui n´arrangerait pas leur situation. La route était déjà bien assez dangereuse sans qu´un gang de pillards n´en profite pour mener une petite vendetta personnelle et ne se mette à leur poursuite.
    - Ouais, j´ai compris, dit l´homme qui avait protesté et dont la voix semblait moins forte. Mais il peut être n´importe où, on ne le retrouvera jamais à temps.
    - Il est dans le coin, Jude a dit qu´il serait bientôt là.

    Le gang était maintenant à leur hauteur et seules deux carcasses de voitures les séparaient d´eux. Mary ne respirait plus mais elle était persuadée qu´ils ne les trouveraient pas, du moins pas tout de suite. Il y avait quelque chose qu´elle n´avait pas révélé à Christophe parce qu´elle savait qu´il ne l´aurait pas cru et quand bien même l´aurait-il cru, il n´aurait pas voulu prendre le risque de traverser toute la ville pour cela. Cette église avait quelque chose. Elle l´avait senti le jour où elle était tombée dessus, comme si la vieille bâtisse l´avait appelée et qu´elle y avait été attiré. Ce qu´elle avait découvert à l´intérieur ne lui avait pas semblé extraordinaire sur le moment mais cela prenait tout son sens aujourd´hui. Tout serait bientôt fini pour elle. Elle en était persuadée maintenant. Parvenir à l´église demanderait un sacrifice, celui de sa vie. Et c´était quelque chose qu´elle était prête à faire pour Chris même si elle ne le connaissait que depuis un peu plus d´une heure. Il y avait quelque chose à propos de lui qui inspirait la confiance et la rassurait.
    - Justement, je n´aime pas ce Jude et ses acolytes en robe.

    Des bruits qu´elle entendit, Mary imagina que ce Wilkins avait encore franchi la limite et que Benson lui avait réglé son compte en le frappant.
    - Commence pas à m´emmerder, Wilkins. Tu sais ce qui est en jeu, tu as vu ce qu´il peut faire. Crois-moi, quand le show commencera, il faudra être de son côté. Alors on va faire ce qu´il nous a dit et retrouver ce mec même si c´est la dernière chose que nous ferons de nos vies. Compris ? Allez relève-toi. La première vague d´astéroïdes sera là dans vingt-cinq minutes. Essayons d´accélérer le mouvement.

    Les bruits de pas s´éloignèrent rapidement et Mary put enfin prendre une grande bouffée d´air.
    - Plein de gens vous en veulent, on dirait, dit Sarah à Christopher. Cela fait beaucoup d´ennemis pour quelqu´un qui vient juste d´arriver en ville.

    L´homme s´approcha d´elles en poussant le présentoir et en surveillant l´extérieur de la boutique.
    - Je ne comprends rien à ce qui se passe, répondit-il d´un air véritablement perdu.
    - Nous n´avons pas le temps de parler ici, nous devons arriver à l´église, remarqua Mary. Comme cet homme l´a dit, nous n´avons plus beaucoup de temps avant que la première vague n´arrive.

    Sans que personne n´ajouta un mot, ils sortirent tous trois de la boutique et reprirent leur route en restant sur le côté, les sens toujours en alerte. Cette partie de la ville avait été des années durant le centre financier de New York et par conséquent du monde entier. Il n´en restait que des bâtiments vides de sens et de gens. Malgré les circonstances, Mary ressentait une étrange excitation à parcourir cette ville fantôme qui avait été la plus grande métropole du monde, comme ce rêve qu´elle faisait parfois et dans lequel elle était la dernière femme sur Terre. Elle le vivait maintenant dans la réalité, à quelques exceptions près.
    - Nous ne sommes plus très loin, chuchota-t-elle alors qu´ils marchaient toujours aussi vite. C´est au coin de la prochaine rue.
    - Plus vite, répondit Christopher qui était visiblement impatient d´arriver.

    Une détonation formidable emplit alors le ciel de la ville, comme une clameur s´élevant. Le sol trembla sous l´effet de l´onde sonore, déplaçant des piles d´immondices, brisant des fenêtres dont le verre s´écrasa sur le sol tout autour d´eux.
    - Regardez ! Fit Sarah en pointant du doigt le ciel. Ça commence !

    Une boule de feu passa alors au-dessus des gratte-ciels et d´eux pour se diriger vers le nord de la ville.
    - On n´a plus de temps à perdre ! Courrez ! Cria Christopher.

    Les deux femmes obéirent et se mirent à suivre l´homme dans les rues dévastées en direction de l´Église dont ils pouvaient maintenant apercevoir le petit jardin devant eux au coin de la rue. Une explosion se fit alors entendre, le signal pour le premier choc que la planète eut à subir de la journée. Mary courait à perdre haleine et tentait de rattraper Sarah et Chris qui étaient un peu devant elle. D´autres clameurs retentirent alors et du coin de l´oeil, elle pouvait voir le ciel s´emplir de traînées incandescentes se dirigeant vers la ville. Un autre son claqua dans l´air, plus proche d´eux et elle crut s´être blessée sur un bout d´épave, une douleur lui transperçant la hanche. Ses jambes se dérobèrent sous elle et Mary s´écroula sur le sol. La dernière chose qu´elle vit avant que ses yeux ne se ferment était Chris revenant vers elle.
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Sujet : « Fic : Le dernier jour (SF) »

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