~ The Tomb of Forumers ~ - Tomb Raider Underworld - Page 9 sur JeuxVideo.com

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Sujet : « ~ The Tomb of Forumers ~ »

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  • VideoGammerMan Voir le profil de VideoGammerMan
  • Posté le 12 décembre 2008 à 19:22:23 Avertir un administrateur
  • Bon, le chap est fini... dans mon esprit :-D :dehors:
    Il faudra attendre encore un peu avant de le voir ici même ^^
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  • VideoNightMan Voir le profil de VideoNightMan
  • Posté le 24 décembre 2008 à 14:10:48 Avertir un administrateur
  • Oh My Fucking God ...
    J'étais motivé pour un chap pour Noël... Mais Noël c'est tout à l'heure, ah ok...
    'tain je m'en veux, je suis mauvais :-(
    On va essayer pour le premier de l'an alors...
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  • VideoGammerMan Voir le profil de VideoGammerMan
  • Posté le 30 décembre 2008 à 04:10:21 Avertir un administrateur
  • Ça meurt un peu ici...
    Bref, just to say that...
    CHAPITRE FINI !!!
    Troisième nuit blanche de suite pour le terminer, mais j'ai réussi !
    Il sera donc bien, après une bonne relecture, posté en 2008 =D
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  • VideoGammerMan Voir le profil de VideoGammerMan
  • Posté le 30 décembre 2008 à 11:28:01 Avertir un administrateur
  • Ça meurt un peu ici...
    Bref, just to say that...
    CHAPITRE FINI !!!
    Troisième nuit blanche de suite pour le terminer, mais j'ai réussi !
    Il sera donc bien, après une bonne relecture, posté en 2008 =D
    (Ah ok il est 4h10 mais jv refuse de poster ce message maintenant, comme d'hab les forums buguent après 4h, go poster ça demain matin)
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  • VideoGammerMan Voir le profil de VideoGammerMan
  • Posté le 30 décembre 2008 à 11:29:27 Avertir un administrateur
  • Ah ok le message avait été posté et mon ordi ne l'affichait pas, j'hallucine öÖ
    :fou:
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  • Kty64 Voir le profil de Kty64
  • Posté le 30 décembre 2008 à 12:14:51 Avertir un administrateur
  • Tiens, mon ordi bugue aussi, il n'affiche pas le nouveau chapitre !!! :ouch: :fou:
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  • VideoGammerMan Voir le profil de VideoGammerMan
  • Posté le 30 décembre 2008 à 14:00:04 Avertir un administrateur
  • Ça alors, comme c'est dommage :gni :dehors:
    Ça fait plaisir de te revoir Kty, ça faisait un bout de temps qu'on ne t'avait pas vu :o))
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  • VideoGammerMan Voir le profil de VideoGammerMan
  • Posté le 31 décembre 2008 à 15:15:00 Avertir un administrateur
  • Yeah yeah yeah
    Après 2h30 de relecture intensive, le voilà xD !
    Le dernier chapitre de 2008 de ToF :-D
    (Me reste 2h pour en faire un de DZ now :oui: :dehors: )
    Juste deux mots avant de poster :
    Ceci est le dernier chaptire de ce que je considère comme le premier tome de The Tomb of Forumers. Après, je ferai sûrement une pause avant d'écrire la suite. Peut-être même, soyons fous, irai-je voir un éditeur. Qui sait ?
    Bref, stop palabres, utopies et autres conneries dans le genre.
    Bonne lecture à tous :-D
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  • VideoGammerMan Voir le profil de VideoGammerMan
  • Posté le 31 décembre 2008 à 15:18:41 Avertir un administrateur
  • Chapitre XII : Five becomes four :

    Les murs peints à la chaux me rappelaient vaguement quelque chose. Sorte d’entités blanchâtres et dépecées, ils contrastaient de manière étrange avec l’obscurité qui avait pris possession de mon corps depuis quelques jours. J’avais erré dans des corridors sombres et sans fin pendant des heures et des heures, cherchant une sortie, quelque chose qui me permette de m’échapper de ce cauchemar vivant. Mais d’ailleurs, tout cela avait-il seulement été réel ? Je ne m’en rappelais pas. Tout ce dont je me souvenais, c’était ce noir, ce noir intense et lourd qui pesait comme autant de plomb dans mon esprit. Mais désormais, tout cela semblait terminé. Mes yeux captaient enfin autre chose qu’une ombre étouffante resserrant mon cœur de plus en plus au fur et à mesure que de longues minutes s’écoulaient. C’était peut-être enfin fini. Peut-être…

    J’étais couchée sur le côté, mes yeux fixant éternellement ce blanc bien séant. Je ne pouvais cesser de l’admirer. Il me semblait être quelque chose de divin, un ange venu me sortir des ténèbres. Je tentai de tendre un bras vers cette chose génératrice d’espoir, mais ce simple mouvement me tira un hoquet de douleur. Aussitôt, ma vision s’obscurcit. D’un coup, tout ne fut plus qu’une opaque fumée, dense et impénétrable. Ma main avait disparu de mon champ de vision. Je voulais me débattre, je voulais crier, je voulais vivre autrement qu’étriquée dans une sphère de suie. Mais j’étais impuissante, totalement impuissante. J’aurais pu au moins perdre conscience, arrêter de souffrir, glisser dans un monde entre celui des vivants et des morts… Mais non. Je me rendais compte de tout ce qui se passait, je sentais cette brume se resserrer autour de ma gorge, m’étouffant, m’empêchant de faire le moindre geste. Je n’étais même pas actrice des évènements. Je n’étais qu’une victime.

    Bizarrement, la transe ne dura cette fois pas longtemps, comme si quelque chose luttait pour m’extraire du brouillard. De nouveau, le mur blanc se profila devant mes yeux fatigués. Mais cette fois, j’étais plus près, bien plus près. En fait, je crois que j’étais venue m’étaler contre ce mur contre mon gré et que j’y reposais désormais. J’en avais marre d’être malade, de laisser ce virus profane prendre le contrôle de mon esprit. Je devais lutter. Je ? C’est alors que je me rendis compte d’une chose, c’est seulement à ce moment précis qu’une question me traversa l’esprit : Qui étais-je ? Car j’avais beau raisonner, j’avais beau savoir que je devais lutter, j’avais beau vouloir me battre… Je n’en savais pas moins qui j’étais. Enfin, peut-être l’avais-je su. Mais quoiqu’il en soit, je l’avais oublié. Je tentai de nouveau de faire un geste. Cette fois, la fumée n’apparut que partiellement, et la lumière la domina. J’avais l’impression d’assister à la création du monde, lorsqu’il n’y avait que clarté et néant, et que l’un repoussait l’autre. Alliant résolution et puissance physique, je réussis alors à pousser sur mes membres inférieurs et à me lever. Néanmoins, à peine mes deux jambes durent-elles soutenir mon poids que les volutes réapparurent, plus puissants que jamais. En une seconde, toute mon énergie disparut, et je m’affalai, de nouveau plongée dans un monde de ténèbres.

    Cette vapeur maléfique… Cela me rappelait tellement cet horrible passage de ma vie. Enfin, de ce que je crois être ma vie… Je ne suis plus sûre de rien désormais. Cela fait tellement de temps que je suis ici, enfermée entre ces murs crasseux. Comment avais-je pu en arriver là ? Je me souvenais simplement avoir vu du feu, avoir senti les flammes me lécher la peau… Puis les ombres étaient arrivées. Ce qui a pu se passer entre ces deux instants, je n’en ai aucune idée. D’ailleurs, s’était-il vraiment passé quelque chose ? Toute cette aventure ne s’était-elle pas uniquement déroulée au plus profond de mon crâne ? Et puis il y avait ces moments d’absence. J’étais toujours perdue dans les affres du monde souterrain, mais je sentais les larmes couler sur mon visage. En réalité, j’aurais pu me demander si j’étais encore vraiment en vie, si je n’étais plus tout simplement qu’une âme déchue et torturée dans les profondeurs abyssales d’un corps mutilé.

    Un bruit me tira de ma torpeur. Sec, violent, rapide, il chassa les ombres en un instant. Un deuxième, identique, se fit entendre. C’était quelque chose qui me semblait familier, comme si je l’avais maintes fois entendu, mais je n’arrivais pas à l’identifier. Tout était si flou dans ma mémoire… Les bruits s’intensifièrent, plus rapides, plus nombreux, plus forts également. J’avais l’impression d’être cerné par une armada de caissons de basses à pleine puissance. Cette sonorité, horrible et récurrente, semblait attirer les ténèbres vers mon esprit comme l’odeur du sang attire le squale. Ils étaient de plus en plus intenses chaque seconde, et chaque instant était plus douloureux que le précédent, comme si la source de cet épouvantable vacarme se rapprochait. Et puis d’un coup, la chaleur, une terrible chaleur. Ce n’était pas n’importe laquelle, je la reconnaissais. Cette morsure qu’elle provoquait sur ma peau… Ce ne pouvait être qu’elle, cette chaleur ne pouvait être que le brasier qui me suivait indéfiniment dans mes pérégrinations au fond des abîmes. Même les ténèbres, je les craignais moins que cet infâme feu des Enfers qui ne voulait qu’une chose : me brûler vive.

    Et cette fois-ci encore, je sentis les griffures de la bête sur mon épiderme froid en même temps que je vis l’énorme brasier détruire le mur. C’était exactement pareil que dans mes cauchemars… sauf que cette fois si, cela semblait bien plus réel. La bouffée de particules brûlantes qui me submergea alors me fit me dresser sur mes pieds d’un bond. Alors, tout m’apparut extraordinairement clair. Il n’y avait plus de ténèbres, plus de néant, non, seulement une chambre dévastée en proie aux flammes. Je me trouvais dans une salle de quelques mètres carrés seulement. Le mur en face de moi, celui où devait auparavant se trouver la porte, avait été soufflé par une explosion et de tumultueuses langues enflammées s’engouffraient désormais dans la chambre. Le seul mobilier présent était un lit de piètre facture… un lit aux draps noirs ! Je ne comprenais pas ce que cela pouvait signifier, mais ce n’était sûrement pas hasard. Soudain, le feu s’écarta, et au milieu du brasier se détacha une silhouette humaine. Seule au milieu d’un Enfer rougeâtre, elle était vraiment terrifiante. Et pourtant, elle m’inspirait confiance.
    -Viens, me souffla une voix grave qui ne m’était bizarrement pas inconnue.
    Étrangement, je fis un pas vers cet homme sans me poser de questions. J’avais l’impression qu’avec lui, je serai en sécurité, qu’en me rapprochant de cet être qui semblait en harmonie avec le feu, je m’éloignerai de ma hantise, je me libérerai de mes cauchemars. Aussi n’hésitai-je pas : je me mis à courir dans sa direction et, d’un seul bloc, m’enfonçai dans la masse enflammée. Je sentis les nausées me reprendre aussitôt, mais la main qui se referma dans la mienne, chaude et agréable, m’enleva toute peur. Désormais, je me laissais guider. Ma vision avait perdu en netteté, mais cela ne m’empêchait pas de comprendre plus ou moins bien ce qui se passait. Nous descendions des escaliers, eux aussi en proie aux flammes, et trois autres formes couraient devant nous. Nous passions au-dessus de corps inanimés. Étaient-ils morts ? En réalité, je ne saisissais pas certaines choses. Pourquoi tant de violence ? Tant de précipitation ? Qu’étais-je en train de faire ? Enfin, nous sortîmes du bâtiment, mais mon kidnappeur ne s’arrêta pas de courir pour autant. Je me retournai, histoire de jeter un coup d’œil à l’endroit que nous venions de quitter. C’était une haute et imposante structure, une sorte d’immeuble comme tant d’autres se trouvant autour de moi. Mais celui-là brûlait. Il avait été choisi. Il était la nouvelle victime du brasier des Enfers.

    Nous continuâmes de courir pendant longtemps. Il devait être aux alentours de midi et les rues de la ville étaient désertes. Les rares passants que nous croisions semblaient surpris de nous voir. Les trois autres silhouettes que j’avais pues apercevoir dans le bâtiment en flammes étaient restées avec nous. Pourquoi ? Encore un mystère de plus. Malheureusement pour eux, si je courais allégrement au début, mes jambes se mirent rapidement à me faire mal du fait que je ne les avais pas utilisées depuis… En réalité, les avais-je déjà utilisées ? De plus, le souffle me manquait et cette vue brouillée, cette horrible vue brouillée, était là pour tout me gâcher. J’essayai de résister le plus longtemps possible, mais tout finit par lâcher, et je m’affalai sur l’asphalte. Je sentis alors qu’on me relevait, mais je m’écroulai de nouveau. Je n’avais plus aucune force. Les ténèbres étaient là, elles me guettaient. Et je sentais que le feu des Enfers n’était pas loin non plus, près à me poursuivre dans la nuit naissante. Il y eut une dernière secousse, puis le réel s’effondra, laissant place à un irréel bien trop prégnant.

    Un corridor de matière noire… Opaque, épaisse, impalpable, cambouis issu du monde souterrain. Je m’empêtrais les pattes dans cette boue noirâtre, ne pouvant ainsi avancer à ma convenance. Et derrière moi, un feu. Un feu se propageant toujours plus vite, toujours plus loin, un feu dont la fumée m’obscurcit les yeux, me fait pleurer et soude mes paupières dans une vision définitivement floue du monde extérieur. Némésis de mes cauchemars, rien ne pouvait l’arrêter. Je courais toujours, m’épuisant infiniment dans un labyrinthe de suie, une menace planant constamment sur mes épaules. Et puis soudain, mon pied qui reste coincé dans la boue, qui ne se dégage pas. Les flammes qui s’enroulent autour de mon corps, qui commencent à l’étouffer, les braises qui me brûlent les genoux, les vapeurs qui m’étouffent avant même que je ne ressente vraiment ma peau se décomposer… Puis mes membres qui lâchent et mon corps qui s’écroule, le feu recouvrant désormais définitivement ma carcasse.
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  • VideoGammerMan Voir le profil de VideoGammerMan
  • Posté le 31 décembre 2008 à 15:19:51 Avertir un administrateur
  • Je me réveillai en sursaut. J’étais en sueur. Toujours ce cauchemar… Mais il s’effaça presque instantanément de ma mémoire car, contrairement à d’habitude, je voyais clair, et ceci dès mon réveil. Devant moi dansait la lueur d’un feu de camp. Quatre personnes se trouvaient autour. J’eus un mouvement de recul, mais j’étais adossée contre un mur, aussi ne pouvais-je pas m’éloigner plus de cette source lumineuse. Il faisait nuit. La vue de mon sauveur me rassura.
    -Qui êtes-vous ? lançai-je d’une voix étranglée par un long séjour muet.
    Ils se retournèrent tous vers moi. Un de ceux que je ne connaissais pas vint se placer juste à mes pieds.
    -Qu’est-ce qu’ils ton fait ? ... murmura-t-il.
    Mais de quoi il parlait ? Je ne le connaissais pas, ce type. Quoique… sa voix me disait quelque chose…
    -Qui êtes-vous ? demandai-je de nouveau.
    -Mais… balbutia mon interlocuteur. C’est moi, Julien ; VGM.
    Je le regardai d’un air plus que méfiant. Il n’avait pas l’air de me mentir, mais je n’avais pas confiance. Je ne connaissais pas de Julien, et encore moins de VGM. En fait, je ne connaissais personne…
    -Je ne sais pas qui tu es, crachai-je de nouveau. Vas-t-en !
    Les trois autres se levèrent alors et s’assirent autour de moi, tranquillement, de façon à m’encercler. Je pris peur. Qu’allaient-ils donc me faire ? Je les dévisageai un par un, terrifiée. Pourtant, leurs visages avaient l’air plutôt bienveillants. Il y avait mon sauveur tout d’abord, jeune, le visage terreux et les paupières lourdes. À sa droite se tenait le dénommé Julien, qui lui ressemblait plutôt pas mal sous la couche de crasse qui le recouvrait. Les deux autres se dégageaient plus nettement : l’un était très jeune, douze ans à peine à mon avis, mais il avait le visage dur et résigné. L’autre… c’était une femme, une jeune femme d’une vingtaine d’année. Voir que je n’étais pas la seule représentante de la gente féminine en ce lieu me rassura. Ce fut elle qui parla.
    -Carine, dit-elle d’une douce voix, nous ne te voulons aucun mal.
    Carine… Ce nom me disait vaguement quelque chose. Ce nom… Et si c’était le mien ?
    -Que me voulez-vous, dans ce cas ? demandai-je, incertaine.
    -Tu es arrivée ici avec nous, me répondit-elle. Lorsque nous avons appris que tu étais encore en vie, il nous a paru impensable de t’abandonner entre leurs mains.
    -Entre les mains de qui ? Et de quoi me parlez-vous ? Je ne suis jamais arrivée ici avec vous, je ne vous connais pas !
    -Comment t’es-tu retrouvée au Pérou, dans ce cas ?
    Je voulus répondre, mais ne trouvai rien à dire. Alors comme cela, j’étais au Pérou. Cela me disait vaguement quelque chose, comme si j’avais déjà visité ce pays dans une vie antérieure. Mais ma mémoire, très faible, ne me permettait pas de comprendre.
    -Qu’allez-vous faire de moi ? les questionnai-je de nouveau.
    Julien et mon sauveur se dévisagèrent.
    -Elle nous parle comme si on était des kidnappeurs, dit l’un.
    -Ils lui ont lavé le cerveau ces enfoirés, c’est pas possible, lui répondit le second.
    Seule la jeune femme me répondit :
    -Nous allons te ramener en France avec nous.
    -Pourquoi ?
    -Parce qu’on n’est pas ici chez nous, et que le danger nous guette.
    Je la regardai avec des yeux exorbités.
    -Nous serons partout en danger ! criai-je. Le feu, le brasier des Enfers ! Il nous brûlera tous, où que nous soyons !
    J’étais paniquée, contrairement à eux, qui étaient calmes et me regardaient étrangement.
    -Ne t’inquiètes pas, murmura Elli. Ici, sous ce pont, en bordure de la ville, nous en sommes en sécurité. Tu es en sécurité. Nous veillons sur toi. Maintenant, endors-toi, demain sera une grosse journée.
    -Je ne veux pas dormir, dis-je sourdement. Je veux comprendre.
    -Ne t’inquiètes pas, tout viendra à temps. Tu dois dormir, maintenant.
    Et ils s’éloignèrent de quelques mètres, me laissant seule. Je recouvris mes épaules avec la couverture de mauvaise qualité qui se trouvait déjà sur mes jambes. Comment avait-elle atterri là ? Mystère… Je m’allongeai et fermai les yeux, mais ne m’endormis pas pour autant. Autour de moi, les conversations reprirent. Je ne distinguais pas tout, seulement des bribes de phrases, des mots qui n’avaient pour moi pas toujours beaucoup de sens.
    -Qu’est-ce qu’on va en faire ? commença une voix.
    -On l’emmène avec nous, bien sûr !
    -Evidemment, mais elle me fait peur.
    -Elle n’a plus qu’un demi-cerveau ! En quoi peut-elle te faire peur ? C’est limite si elle n’est pas devenue autiste.
    -Tu ne sais donc pas que les autistes sont en réalité des surdoués ? Elli, sois réaliste deux secondes. On sort en catastrophe de cet endroit maudit, on est plus que quatre sur les treize de départ. On les pensait tous morts ! Et voilà qu’on apprend par hasard, en écoutant une conversation entre deux français qu’on voulait dépouiller, qu’ils détiennent Linoa enfermée dans un bâtiment et qu’ils testent sur elle toutes sortes d’expériences ! On ne peut pas savoir comment elle réagira avec nous. Elle est peut-être dangereuse.
    -Tu la vois vraiment se jeter sur nous, un couteau à la main ?
    -Tu voyais vraiment Keviouk nous pourchasser dans une chasse à l’homme effrénée ? Et Flo alors ?
    -Ce n’est pas pareil…
    -Mais si, Emmeline ! Si, c’est pareil ! Et comment Linoa a-t-elle fait pour sortir, hein ? On la croyait morte, disparue avec Gaëtan. Et lui, on ne sait toujours pas où il est. Ça se trouve, c’est elle qui l’a butté ! Tu peux comprendre que j’ai des soupçons après ça quand même ?!
    Mes pensées s’égaraient, et les voix se transformèrent en un bruit de fond réellement incompréhensible. Le sommeil me guettait, tapis dans le noir. Et à ses côté, le néant, prêt profiter de ma conscience endormie pour me ronger de l’intérieur. Mais je n’avais pas la force de lui résister. Pas ce soir. Aussi laissai-je les affres de la douleur m’envahir.

    « Ils t’ont manipulé de façon à me détruire. Ils voulaient m’annihiler, ils voulaient me repousser comme on envoie balader un chien galeux avec un os moisi ! Ils ont sous-estimé ma puissance… Et maintenant, ils vont me le payer cher. Désormais, tu es loin de leur influence. Je pense donc pouvoir détruire le virus qu’ils t’ont injecté. Leur base a été détruite, certains ont été tués par Fear, mais certains te recherchent activement. Et ils te trouveront. Tu vas les tuer, Carine. Les faire gémir, et ceci que tu le veuilles ou non. Tu n’auras conscience de rien, ne t’inquiètes pas. Tes compagnons dorment, ils ne se rendront pas compte de ce qui se passe. Laisse-moi t’envahir… »
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  • VideoGammerMan Voir le profil de VideoGammerMan
  • Posté le 31 décembre 2008 à 15:20:47 Avertir un administrateur
  • Un cri strident me réveilla. Mes paupières se soulevèrent instantanément. Je ne ressentais étrangement plus aucun mal être profond. C’était comme si le feu des abysses n’avait jamais existé. Je regardai en direction du cri, surprise. Elli se précipita sur moi. Elli ? Mais comment je connaissais son prénom, à cette fille ? Elle me regarda avec des yeux apeurés.
    -Ca-Carine… balbutia-t-elle. Qu’as-tu donc fait ?
    -Oh putain, lâcha VGM, qui venait d’apparaître dans mon champ de vision. Je te l’avais dit, Emmeline. Elle est dangereuse, c’est une folle furieuse !
    C’est de moi qu’il parlait comme ça ? Mais d’où se permettait-il d’employer ce ton ? Mais son visage effrayé ne me disait rien qui vaille.
    -Quoi ? demandai-je brutalement.
    Comme il ne me répondait pas, je me mis à chercher une réponse autour de moi. Alors seulement je réalisai que je baignais dans un liquide rougeâtre. J’en étais entièrement recouverte, mais cela ne me dérangeait pas. Certes, six corps inanimés se trouvaient autour de moi, les tripes arrachées, mais je ne voyais vraiment pas en quoi cela les inquiétait.
    -Il faut l’attacher, annonça Julien en tremblant.
    -Ce n’est sûrement pas elle… commença Elli.
    -Mais bordel tu veux que ça soit qui ? Qui d’autres qu’elle a pu étriper ces types pendant notre sommeil ? Toi, peut-être ?
    -Peut-être.
    Il parut déstabilisé par la réplique. C’est alors que mon sauveur ouvrit la bouche.
    -Dans tous les cas, on ne peut pas rester ici. On est sous un pont ! Personne n’y passe, mais l’odeur des cadavres va vite peser sur les environs.
    -Attendez, l’interrompit le plus jeune. On ne peut pas partir sans avoir tiré ça au clair.
    -Tu préfères en savoir plus maintenant et te faire chopper par les flics ou élucider ton énigme plus tard ? l’agressa Fear. Allez, on s’arrache.
    Je ne comprenais pas leur affolement. En quoi le fait de se réveiller entourés de cadavres les inquiétait-il ? Je me relevai. Je suintais du sang à grosse gouttes, mais je m’en fichais. Cela ne me dégoûtait pas, loin de là. Je fis quelques pas. Devant moi, ils avaient déjà rangé toutes leurs affaires dans un seul et unique sac à dos.
    -Enlève tes fringues, me lança VGM. Tu ne vas pas te balader comme ça en ville.
    Je lui obéis sans rechigner. Je ne ressentais aucune pudeur. Je jetai mon pull au sol, puis mon t-shirt. Je déclipsais mon soutien-gorge lorsque Jonathan me retint.
    -Mais qu’est-ce que tu fous ? m’apostropha-t-il. On veut que tu te débarrasses du sang, pas que tu nous fasses un strip-tease !
    Je haussai les épaules. Il faisait chaud, alors que je sois nue ou non, je ne comprenais vraiment pas la différence.
    -Comme ça, ça va ? demandai-je.
    -Ton pantalon est noir, ça passera. Reste comme ça. Ça fera plaisir à Julien au moins.
    -Même après tout ce qu’on a vécu, j’ai encore une réput’ de pervers ? lança l’intéressé en souriant. C’est tenace ce genre de choses.
    -T’as vu ça. Bon allez, on se tire.
    Et ils s’éloignèrent du pont rapidement. Je les suivis aisément. Je me sentais vraiment bien, et je ne comprenais pas leur précipitation et leurs manies. Ils recommencèrent à discuter.
    -C’était qui ces types, à votre avis ?
    -Je n’en sais rien, mais ils étaient armés, et il était inscrit « LS » au dos de leur combinaison. J’ai récupéré cinq des six flingues. Un par personne, au cas où…
    -Tu as eu raison. LS, ça peut vouloir dire quoi à votre avis ?
    -Aucune idée, ce doit être une sorte de secte.
    Jonathan s’arrêta alors subitement, stoppant tout le groupe.
    -Une secte ? Attendez.
    Il fouilla dans sa poche et en sortit un papier carbonisé, déchiré et délavé.
    -Qu’est-ce que c’est ? demandai-je plus pour rester dans la conversation que par réel intérêt.
    -La lettre que le guide portait sur lui, répondit-il en la parcourant. Là, il est signé « Jacqueline, Présidente de La Société ». La Société. LS.
    Il nous dévisagea avec un air effrayé.
    -Tout ça à un rapport, continua-t-il. Tout est lié ! On n’a pas atterri dans cette grotte au hasard. Quelqu’un nous manipule. Il nous dirige, tire les ficelles qui agitent nos membres, décide de notre vie ou de notre mort.
    -Et là, coupa VGM, en l’occurrence, il a choisi la mort depuis quelque temps. Continuons d’avancer.
    La marche reprit.
    -Où va-t-on ? demandai-je.
    -J’en sais rien, lança Julien. On s’éloigne de l’endroit du meurtre.
    Je ne réagis pas.
    -Qu’est-ce que tu leur a fait à ces types ? continua-t-il.
    -Je ne sais pas, dis-je tranquillement. Je me suis endormie, et quand je me suis réveillée, ils étaient là, morts.
    Mon interlocuteur jugea préférable de se taire avant de s’énerver. Et pourtant, je n’avais dit que la stricte vérité ! De toute façon, leur préoccupation quant à cette histoire me dépassait.
    -Bon, reprit Fear, on a un tueur au cul, on est totalement perdu dans la capitale péruvienne, dans une banlieue mal famée, on est crevé, affamé, on fait quoi maintenant ??
    -Je vous l’ai dit, lui répondit Julien. On rentre en France.
    -Très drôle. Et on paye l’avion comment ?
    -On va devoir voler.
    -Mais t’es pas bien !
    -Ce n’est pas ce qu’on avait déjà commencé à faire, peut-être ? Et puis, tu vois une autre solution ?
    -Oui. Il y a des affiches avec nos têtes placardées partout en ville. Il doit bien y avoir une ambassade française, non ? On va s’y rendre, et une fois avec eux, on sera en sécurité.
    -Quelqu’un veut notre peau. On ne sera en sécurité nulle part.
    -Mais nous savons nous défendre ! On a des armes, et puis il y a les Pouvoirs ! Elli, Slez, soutenez-moi !
    -Je suis d’accord avec Jonathan, dit Emmeline d’une voix douce. Sombrer dans la violence et la démesure ne nous aidera pas à survivre.
    -Mais mort de rire ! Tu dis ça alors que ta petite protégée vient de buter six types !
    -Je ne les ai pas tués.
    En entendant ma voix, ils se turent tous.
    -Ah oui ? Ils sont morts comment alors si personne ne les a tués ?
    -Quelqu’un les a bien tués, mais ce n’est pas moi.
    Depuis cinq minutes, je me sentais de plus en plus mal, et désormais les mots sortaient tout seul. Je sentais quelque chose monter en moi, quelque chose qui décuplait mon intelligence et ma force, quelque chose logé au fond de mon inconscient.
    -Et dans ce cas, qui les a tués ? réitéra Julien.
    -Ils arrivent… murmurai-je comme pour moi-même.
    -Qui ? Mais de qui tu parles ?
    -Les copains à ceux qui sont morts.
    Il sembla se concentrer quelques secondes, puis devint livide.
    -Elle a raison ! lâcha-t-il. Ils ont dépêché un hélico ! Courrez !
    Et ils se mirent à courir. Tous… sauf moi. Encore une fois, je ne les comprenais pas. Il y avait quelqu’un qui les prenait en chasse, alors ils se sentaient obligés de courir. L’hélico était désormais tout proche, et je pouvais l’apercevoir dans le ciel. Il était d’un noir de geai, et à travers ses deux portes ouvertes, on pouvait apercevoir deux hommes en combinaison noire, mitraillette en main. Ils firent feu. Non pas sur moi, mais sur eux. Je vis VGM tomber et s’écrouler dans la poussière du gigantesque fossé. Fear se retourna et une boule de feu jaillit pour venir percuter l’engin. Celui-ci vacilla, mais tint bon. Les tirs ne s’arrêtèrent pas et Jonathan tomba à genoux, le ventre perforé. Mon sauveur… J’étais en train de le laisser mourir. Mais qu’est-ce que je foutais ? Il était temps de mettre fin au spectacle. J’abandonnai entièrement ma conscience à elle-même, et je me sentis aussitôt gagnée par la puissance. Désormais, je n’agissais plus, je ne faisais que regarder. Ma main droite se tendit vers l’hélico et aussitôt, un soldat passa par la porte pour venir s’écraser à mes pieds, raide mort. Un seul était tombé, mais ils avaient tous subit le même sort. Et alors que le pilote, avachit sur son tableau de bord, laissait le véhicule s’écraser dans une transcendante explosion, je ne pus m’empêcher d’avoir une pensée : d’un seul geste de la main, je venais de tuer plusieurs personnes, dont certaines que je n’avais même pas aperçues. Je ne savais pas ce qui était en train de m’arriver. Mais quoiqu’il en fût, la jeune fille perdue poursuivie par une chimère dans ses cauchemars semblait bien loin…

    Je me dirigeai tranquillement vers mes compagnons en fredonnant. « Je marche seule sur la route, ne sachant pas où je vais, mais je marche seule… ». Je ne savais pas du tout d’où je tirais ces paroles, mais elles me venaient spontanément, comme ça. Je m’approchai de Fear. Assis dans la poussière, il regardait d’un air fou la carcasse brûlante de l’hélico.
    -Tout va bien ? lui demandai-je gentiment.
    -Tout dépend pour qui…
    -Ils ne nous embêterons plus, au moins.
    Il hocha la tête, toujours sans décoller les yeux du brasier.
    -Ouais, ça c’est clair.
    Je le laissai à sa contemplation et m’approchai des autres. Elli et le dénommé Slez étaient penchés au-dessus d’un corps. Celui de VGM.
    -Il va bien ? demandai-je.
    -J’ai déjà été mieux au cours de ma courte vie, articula une faible voix.
    -Il faut qu’on extraie les balles de ton dos, ou tu risques de finir paralysé à vie, s’inquiéta Elli.
    -Nan, ne t’inquiètes pas pour moi, ça va aller, quelqu’un veille sur moi.
    À ce moment là, j’eus l’impression d’être à sa place. Faible, mais ayant quelqu’un me protégeant, une Entité surpuissante. Je le dévisageai. Il était extrêmement faible, mais ne voulait en aucun cas le laisser paraître. Je ressentais tout cela à sa place. Sa souffrance était mienne.
    « Tu as plus en commun avec lui que tout ce que tu peux penser. »
    Je ne fus bizarrement pas étonnée d’entendre résonner cette voix dans mon esprit, et lui répondre me sembla d’une étrange évidence.
    « Il va mourir ? »
    « Oui. Mais pas maintenant. Son Pouvoir va le protéger… momentanément. Sa fin est inéluctable. »
    « Comme celle de tout être humain. »
    « Certes. »
    « Que doit-on faire maintenant ? »
    Je n’eus pas de réponse à ma dernière interrogation, et finis donc par reporter mon attention sur le blessé.
    -Il faut trouver l’ambassade au plus vite, annonça Fear. Julien a failli y rester, et maintenant que nous avons détruit un de leurs héclicos, ils ne vont pas s’arrêter, au contraire.
    VGM, toujours étendu au sol, eut un rire sarcastique.
    -Tu veux retourner en ville ? Tu crois que cette bande de tarés va se gêner pour nous balancer aux flics ? Ils nous feront porter le chapeau de ce qui vient de se passer, et nous serons bientôt en plus recherchés par la police locale. Quel poids nos paroles auront-elle face aux leurs ?
    -Tu dérailles complètement mon pauvre. Toute la France nous recherche ! Ils ne croiront pas une seule seconde ces Péruviens.
    -Qu’est-ce qui te fait croire que ce sont des Péruviens ? « La Société », ça m’a l’air plutôt français comme nom.
    -J’ai dû divaguer tout à l’heure. Ça n’a sûrement aucun rapport.
    -C’est ça, ouais.
    Et sur ces dires, il se releva pour nous faire face, dissimulant une grimace de douleur.
    -On se tire d’ici. Mais on va ailleurs qu’en ville.
    -Tu préfères retourner dans les cavernes de la Vallée Perdue peut-être ?
    -Il a raison.
    J’avais parlé, ma voix fraîche et innocente cassant cette agression entre deux graves sonorités. Ils se turent tous et me dévisagèrent.
    -Nous ne devrions pas aller en ville, continuai-je.
    -Alors où ? me lança méchamment Fear.
    -En bord de mer, à côté del Hospital Larco Herrera, il y a des résidences de luxe. C’est par là que nous devons continuer.
    Mon interlocuteur explosa de rire, d’un rire sardonique, d’un rire méchant. La gentillesse de mon sauveur était bien loin.
    -Mais bordel, comment tu sais ça ? s’emporta-t-il. Et au cas où où tu ne le saurais pas, nous sommes en bordure des montagnes. La mer, c’est de l’autre côté. Et entre elle et nous, il y a la ville !
    -Je ne sais pas comment je le sais, dis-je simplement.
    Je ne comprenais pas ses questions. Je lui donnais une information vitale, et il se sentait obligé de la remettre en cause.
    -Dans tous les cas, nous devrons passer par la ville, triompha-t-il.
    Je soupirai d’exaspération. Il ne savait donc pas qu’on pouvait passer par les airs ?
    -Nous n’irons pas en ville, nous la survolerons.
    -Ah oui, et comment ? En jouant à Superman ?
    -Putain mais vous n’avez pas fini avec vos conneries ? s’emporta Elli, qui était restée calme de longues minutes durant.
    -On discute de ton avenir, lui répondit violemment Fear, alors s’il te plaît Emmeline, ferme-la.
    Un regard meurtrier passa dans les yeux de la jeune fille, mais elle s’abstint de tout commentaire. Contrairement aux deux garçons, elle faisait preuve d’une extraordinaire maîtrise de soi. Et que dire du plus jeune qui, lui, n’avait pas dit un mot ?
    -Oh et puis j’en ai ma claque, reprit Jonathan. Perso je m’arrache, je vais rejoindre l’ambassade de France, je trouverai bien où elle est. Qui m’aime me suive.
    Et il s’éloigna, marchant seul au milieu du gigantesque fossé.
    -Je vais avec lui, annonça Slez. Il est le seul d’entre nous à posséder un Pouvoir destructeur, et puis il a les cinq flingues récupérés sur les types.
    Ses paroles me semblaient futiles et dénuées de sens. Comment pouvait-il comparer une puissance aussi minable que celle de Jonathan à celle qui m’habitait ? Peut-être aussi m’avait-il oublié et que ses mots ne me concernaient pas...
    -Nous ne devons surtout pas nous séparer, renchérit Elli en les rejoignant.
    VGM me dévisagea. Il semblait réfléchir profondément. Enfin, il parlât :
    -Emmeline a raison, dit-il, nous ne devons pas nous séparer. Viens.
    Il me fit signe de les rejoindre. Je ne voyais vraiment pas l’intérêt de rester avec eux. Ils m’étaient inutiles, encombrant même maintenant que j’étais de nouveau maîtresse de moi-même. Mais ce Julien m’inspirait confiance, aussi rejoignis-je leur groupe. Une longue randonnée nous attendait.
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  • Posté le 31 décembre 2008 à 15:21:33 Avertir un administrateur
  • Nous arrivâmes à l’ambassade après plus de six heures de marche sans accroc quelconque. Pourtant, nous avions croisé des milliers de gens et des centaines de voitures. Mais personne n’avait prêté attention à nous. C’est totalement déshydratés et mourants de faim que nous trouvâmes le bâtiment surplombé par un gigantesque drapeau français. Nous nous étions repérés grâce au Pouvoir de VGM. Moi, je m’étais contenté de vérifier que nous prenions la bonne route, sans toutefois me manifester. Et maintenant, il était là, se dressant devant nous de toute sa splendeur, protégé par une importante grille en fer qui était fermée. Entre la barrière et le bâtiment, un jardin rudimentaire flattait l’œil. Sur le côté se trouvait un interphone. Elli se jeta dessus. Et pourtant, comment pouvait-elle penser que tout allait bientôt être fini ? Comment pouvait-elle espérer que la simple pression de ce bouton allait la faire rentrer chez elle, allait la faire revoir sa famille et ses amis ?
    Une voix se fit bientôt entendre à travers l’objet de métal.
    -Buenos días, declina su identidad por favor.
    -Je suis française ! cria Emmeline. Je vous en pris, ouvrez !
    -Le fait que vous ayez notre nationalité ne vous dispense pas de décliner votre identité, reprit la voix, dans un parfait français cette fois.
    -Je m’appelle Emmeline et…
    Elle en perdait ses mots d’excitation.
    -On m’appelle Elli Chan. Elli Chan ! Je fais partie des disparus que vous recherchez ! Je suis avec quatre de mes compagnons ! Ouvrez !
    -Madre de Dios, est-ce possible ?
    Il y eut un bruit de verrou qu’on ouvre et la grille coulissa automatiquement. Ils se jetèrent tous dans le petit jardin, persuadés qu’ils étaient sauvés. Moi, je ne ressentais pas la même chose. Je savais que le danger était toujours là, en permanence, qu’il nous guettait à chaque instant. Je savais que plus l’allégresse nous gagnait, plus nous risquions la mort.

    On nous reçut immédiatement. Ce fut le lieutenant chargé de l’ambassade en personne qui nous accueillit. C’était un homme grand et mince, au regard et à l’attitude stricte, qui arborait un smoking bien ciré. Il nous fit passer dans son bureau immédiatement après que soyons entrés dans le bâtiment et, après nous avoir donné un verre d’eau, nous invita à nous asseoir. La pièce était grande, composée de plusieurs étagères, de nombreuses chaises et de nombreux écrans. Je m’assis, tout comme les autres, ne soufflant mot. Lorsque nous fûmes installés, le supérieur parlât enfin :
    -Alors c’est vous…
    Ces premières paroles avaient de quoi être déstabilisantes.
    -Que vous est-il arrivé ?
    Elli, qui était visiblement motivée, prit la parole et raconta brièvement les faits. Le lieutenant semblait l’écouter distraitement. Evidemment, il dut ôter la moindre trace de crédibilité à ce récit dès les deux premières minutes, mais la jeune femme ne semblait pas s’en préoccuper. De mon côté, j’étais accrochée aux lèvres de l’interlocutrice, apprenant ainsi ce qu’avait vécu le groupe auquel j’étais sensée appartenir. Lorsqu’elle eut finit, l’homme en smoking ne parlât pas tout de suite. Il semblait réfléchir.
    -Tout ce que vous avez vécu n’est qu’illusion, annonça-t-il enfin. Je pense que vous avez été séquestré par une organisation terroriste que le GIGN recherche activement en ce moment même, organisation qui serait elle-même en étroite relation avec une grande entreprise française. Mais tout ceci ne vous regarde pas. Ils ont dû vous laver le cerveau et vous retenir tout en expérimentant diverses choses sur vos esprits, forgeant dans vos subconscients des souvenirs qui n’ont jamais existés, créant un enchevêtrement de chemins que croyez avoir parcourus. Nous savons qu’ils ont ainsi réussi à entièrement modifier les cellules neuronales de certaines de leurs victimes, avant de complètement muter leur corps. C’est sûrement pour cela que vous possédez désormais ces… Pouvoirs… dont je ne remets en aucun cas l’existence en cause. Vous aurez peut-être un peu de mal à admettre mon hypothèse mais, dans ce cas, comment expliquez-vous avoir retrouvé Carine dans une chambre au milieu d’un laboratoire expérimental ? Comment expliquez-vous que votre génome se soit ainsi transformé ? Ils ont fait de vous des mutants, des mutants à la puissance bien trop dévastatrice pour ne pas être contenue…
    J’étais coi devant ce discours. Et s’il avait raison ? D’ailleurs, tout cela semblait tellement crédible que je ne voyais pas comment remettre en cause ce jugement. Julien, lui, par contre, ne semblait pas d’accord.
    -J’ai vécu tout ce qu’Elli vous a raconté, dit-il calmement, en articulant bien chaque syllabe. Et je vous défis d’essayer de me faire croire le contraire.
    -C’est bien ce que je disais, soupira le lieutenant. Il faudra du temps à des esprits faibles comme les vôtres pour accepter la vérité.
    Je sentais que VGM avait du mal à se contenir. Remettre en doute ses paroles et lui dire qu’il était faible était quelque chose qu’il n’appréciait que moyennement.
    -Reste calme, lança l’homme, ne t’énerver ne servira à rien. Voyez-vous, continua-t-il sans plus lui prêter attention, je vous aiderais bien. Néanmoins, les expériences qui ont été menées sur vos cas n’ont pas été achevées.
    Un frisson d’adrénaline me parcourut. Comment savait-il cela ? Je jetai un coup d’œil alentours et pus lire la peur sur le visage de mes compagnons.
    -Oh oui, ricana le lieutenant. Vous représentez une menace pour tout votre entourage, pour la planète entière. Je suis désolé de vous le dire, mais je vais devoir contenir cette menace. Vous n’avez quand même pas cru que vous pourriez trouver de l’aide ici ? Vous n’en aurez nulle part ! Néanmoins, le problème ne se pose désormais plus, puisque je vais personnellement m’occuper de votre cas. Et cette fois, vous ne nous échapperez pas. Nous sommes partout. Je suis désolé…
    Il nous lança un sourire sardonique tout en sortant un revolver de la veste de son smoking. Mais il n’avait pas été assez rapide. Une gigantesque boule de feu le percuta de plein fouet, pulvérisant les étagères, le bureau, les écrans, et le mur. Je me levai, ne sachant trop quelle attitude adopter.
    -Putain, c’est la dèche ! hurla Jonathan. Vite, on se tire d’ici !
    Il allait sortir par le pan de mur explosé, mais des tirs l’arrêtèrent net.
    -Il y a une quinzaine de types dans le jardin, haleta Julien. On doit trouver une autre issue, où on va se faire plomber !
    -Vite, dans le couloir, renchérit Fear.
    -Attendez ! lança Slez. Jonathan, passe-nous les flingues.
    L’intéressé brûla la fermeture de son sac, l’ouvrit et en sortit cinq pistolets qu’il distribua précipitamment. Il y en avait un par personne, et je me retrouvai rapidement avec une arme de mort entre les mains sans savoir m’en servir. Les autres allaient se précipiter sur la porte donnant sur le corridor lorsque VGM les retint.
    -Attendez ! cria-t-il. Y’a un type juste derrière.
    Ils étaient paniqués. D’un côté, je pouvais comprendre que des types embusqués et armés jusqu’aux dents puissent leur faire peur. Mais moi, je ne devais en aucun cas me laisser impressionner. Ils m’avaient soi-disant créée… Ils allaient en payer le prix. Mes yeux devinrent rouges un instant, à peine une demi-seconde, dans un éclat à peine perceptible, mais cela avait été suffisant pour couper le fil unissant un homme à sa vie.
    -Il n’y a plus qu’un cadavre derrière cette porte, annonçai-je tranquillement.
    Leurs visages se déformèrent encore un peu plus. Je crois que je les terrifiais encore plus que les types qui voulaient notre peau, mais peut-être était-ce compréhensible…
    Ils se précipitèrent dans le couloir par lequel nous étions arrivés, tremblant et apeurés. Un homme surgit des décombres du mur, mitraillette en main. Mais malheureusement pour lui, VGM se retourna au moment même où il apparaissait, et son pistolet tonna. Le soldat n’eut même pas le temps de comprendre ce qui c’était passé ; il était déjà mort. Julien l’avait abattu de sang froid.

    C’est alors que je me rendis compte de la gravité de la situation. C’était tuer, ou être tué. Et peu importait si pour cela il fallait arracher plusieurs vie sans réfléchir. En fait, voir les autres se comporter ainsi me choquait… alors que c’était exactement ce que je faisais !
    Un deuxième homme apparut et tombât exactement comme le premier. Il ne restait désormais plus que VGM et moi dans cette pièce dévastée. Ne trouvant aucune utilité à mon arme, je laissai tomber mon pistolet au sol. Les autres fuyaient par le couloir. Julien m’attrapa l’épaule et m’envoya valser dans leur direction.
    -Go go go! hurla-t-il. Cours !
    Je me mis en marche, me précipitant derrière les autres, VGM me suivant de près. Les types étaient en train d’entrer dans le bâtiment derrière nous, je le sentais. En me concentrant, j’aurais certainement pu tous les tuer, mais je n’aurais jamais pu réussir avant de me transformer en charpie. Je n’avais pas fait dix mètres que je butai contre un obstacle. C’était un cadavre ; le cadavre d’un homme brun, très jeune, environ mon âge, voire moins. Un jeune engagé, inconscient des risques. Désormais, il était mort. Et c’était moi qui l’avais tué. Voir ses yeux vides, désespérément vides de toute expression, son teint blanc et son visage de post-adolescent pas encore mûr, me procurait une sensation bizarre. Avais-je bien fait de mettre fin à ses jours ? Mais l’heure n’était pas aux questions. Je me jetai derrière les autres et, poussée par Julien, continuai à courir.

    Bizarrement, ces derniers ne prirent pas le même chemin pour sortir qu’à l’allée. Peut-être parce qu’ils avaient enfin compris que nous étions piégés, et que sortir n’amènerait qu’une chose : une mort certaine. Aussi, nous nous mîmes à arpenter au pas de course les corridors d’une ambassade vidée de ses employés, poursuivis par une bande d’hommes armés qui ne nous lâcherait sous aucun prétexte. Néanmoins, ils nous perdirent de vue rapidement, et de la distance s’installa peu à peu entre nous et eux. Je les sentais toujours, mais plus loin, plus éloigné. Lorsque mon souffle commença à ne plus suivre mes mouvements, je m’arrêtai et tentai de me concentrer. En une seconde, je fus totalement déconnectée du monde réel. Je ne voyais désormais plus que quelques points rouges animés sur un fond noir d’une profondeur impalpable. Il me sembla alors que j’appuyais sur un interrupteur caché au plus profond de mon inconscient. Aussitôt, une lumière s’éteignit, puis une autre. Trois secondes plus tard, aucun point rouge n’illuminait plus ma sinistre vision. Celle-ci se troubla, et les contours du couloir refirent leur apparition. Mes compagnons me regardaient avec des visages terrifiés. Je ne savais pas ce qui pouvait leur faire peur, mais à leur tête, je pouvais deviner qu’ils avaient vu quelque chose d’extrêmement diabolique en moi. Cela ne m’empêcha aucunement de parler.
    -Nos poursuivants sont morts, annonçai-je sobrement.
    -Permets-moi d’en douter… grogna Jonathan d’un air mal à l’aise.
    -Ils sont morts, répétai-je. Tous morts.
    C’est au moment où je prononçais ces mots que je sentis pour la première fois sa présence. Il était imposant, terrible, sans pitié. Son odeur… Je l’aurais reconnue parmi des centaines d’autres. Non, je ne pouvais pas me tromper. Je ne savais pas comment je connaissais son existence, je ne savais pas comment je reconnaissais la marque d’une créature que je n’avais jamais vue… Et pourtant, je ne fus même pas étonnée d’entendre une voix grave et putréfiée grogner derrière moi.
    -Non, ils ne sont pas tous morts.

    Je me retournai lentement. Ce n’était donc pas moi que mes compagnons regardaient avec cet air terrifié… Je comprenais mieux. Haut de plus de deux mètres, large d’autant, un colosse se trouvait devant moi. Un t-shirt crasseux moulait entièrement son buste, dessinant des muscles surhumains bombés au maximum. Entre ses deux immenses mains, il tenait un fusil à la taille toute aussi terrifiante que celle de son possesseur. Mais je crois que le pire restait son visage, torturé au possible, archi-cicatrisé et complètement terrifiant. Sans mot dire, il arma son engin de mort. Aussitôt, plusieurs coups de feu retentirent. VGM et Fear avaient ouvert le bal. Les munitions pénétrèrent dans la peau du monstre sans lui en tirer un seul grognement. Il esquissa simplement un sourire machiavélique, puis disparut. En un instant, sa masse imposante se volatilisa. Il n’était plus visible à l’oeil nu, mais je sentais qu’il était encore là, tout près. Une vague d’adrénaline s’empara alors de mon corps, et je me mis à courir comme une folle, sprintant comme une tarée, passant devant mes camarades éberlués, qui ne mirent cependant pas longtemps à me suivre. Notre course effrénée dans le bâtiment se poursuivit. Je ne voyais pas le tueur, mais il était là, je le savais. Nous nous retrouvâmes bientôt face à une porte close. Jonathan fit sauter la serrure. Derrière, un escalier s’enfonçait dans les entrailles de l’ambassade.
    -On ne devrait pas aller par-là, hésita Elli.
    -On ne peut pas faire demi-tour, affirma Julien tout en s’engageant dans l’obscurité.
    Nous le suivîmes. Les marches ne furent pas longues à descendre. Nous arrivâmes dans une nouvelle salle, seulement éclairée par la main enflammée de Fear, qui avait pris la tête. Cette pièce dégageait quelque chose d’étrange… Quelque chose d’inidentifiable. Elle semblait gigantesque, et s’y perdre n’était pas dans nos priorités. Aussi, VGM, aidé de son Pouvoir, réussit-il à trouver un interrupteur commandant la mise en route de centaines de néons accrochés au plafond. Je fus d’abord éblouie, me protégeant les yeux de mes mains. Mais lorsque je fus enfin capable de discerner ce qui se trouvait devant moi, j’en restai muette d’étonnement. Jamais je n’aurais pu m’attendre à une telle chose.
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  • Posté le 31 décembre 2008 à 15:23:08 Avertir un administrateur
  • Des dizaines de bocaux… Que dis-je, des centaines de bocaux, des milliers même. Voilà ce que je vis en premier. La salle, qui devait s’étendre sur plus d’un kilomètre sous terre, voyait s’aligner des milliers d’énormes bocaux. Et dans ces récipients, il y avait des formes humaines. Oui, formes, car si ces choses avaient autrefois eu un côté humain, il n’en était désormais plus rien. Elles baignaient dans une sorte de liquide jaunâtre, sûrement du formol. Elles étaient toutes différentes. À ma droite se trouvait un homme à qui il avait poussé des tentacules au niveau du dos, à ma gauche une femme dont les membres s’étaient transformés en pattes d’insecte. Je fus d’abord apeurée, pensant qu’ils pourraient exploser leur prison de verre pour nous attaquer. Mais je ne détectais aucun signe de vie en eux. D’un côté, le formol était fait pour conserver les morts. Ils étaient tous livides, blanchis. Mes compagnons étaient également en admiration devant ce spectacle macabre.
    -C’est la Zone 51, cet endroit, souffla Slezovic.
    -Non… soufflai-je. C’est pire que ça.
    -Vous pensez que ce sont quoi, ces trucs ? demanda Elli.
    -Des mutants, répondis-je de nouveau. Des mutants créés par ce groupe dont nous ne savons rien, celui qui me retenait prisonnière. Je suppose que tous ces gens sont morts durant le processus de conversion. C’est une sorte de… musée.
    -Alors il disait vrai, ce type ? articula Fear. On n’a jamais été poursuivi dans des cavernes ? On a seulement été plongé dans un coma alors qu’on nous modifiait génétiquement… Je paris qu’on peut ici trouver les cadavres d’Alexey, Jaws, et les autres… Bordel, j’arrive pas à y croire.
    -Moi non plus, lança VGM. Et je n’y crois pas. Maintenant, ce n’est pas que nous avons un tueur hybride aux fesses, mais un peu quand même, et, en conséquence, ça ne me tente pas tellement de m’attarder ici.
    -Et on va où ? questionna Jonathan. Cette salle est gargantuesque !
    -Je devrais pouvoir trouver la sortie.
    Et il partit aussitôt, au petit trot. Nous le suivîmes. Je ne pouvais détacher mon regard des bocaux. Il y avait de tout. Des hommes-reptiles, des femmes-poissons… Toutes les combinaisons avaient visiblement été envisagées. Nous avions fait une centaine de mètres lorsqu’un mutant me cloua sur place. C’était un enfant, un bébé même. Il était doté d’une épaisse fourrure, et d’énormes crocs sortaient de sa bouche de nouveau-né. Comment avaient-ils pu commettre un acte pareil ? S’en prendre à un enfant sans défense… Tout cela me révoltait. Je sentis la colère monter en moi, mais je me contins. Nous continuâmes notre progression. Bizarrement, le tueur ne refit pas son apparition. Lorsque nous arrivâmes à l’autre bout de la pièce, nous tombâmes sur une porte qui s’ouvrit sur un escalier qui nous ramena à la surface. Nous débouchâmes en plein marché local. La porte, qui était fermée à double tour, était celle d’un vieux bâtiment en pierre abandonné, type blocus. Les Péruviens furent étonnés de nous voir jaillir d’un endroit qu’ils n’avaient sûrement jamais vu ouvert de leur vie, mais nous n’y prêtâmes pas attention. Nous prîmes la fuite.

    Les gens se souviendraient de nous — comment oublier des étrangers en sueur, courant avec une arme chacun en main ? —, et nous serions bientôt recherchés dans tout le pays, j’en étais sûre. Aussi devions-nous agir le plus vite possible. Tout d’abord, nous avions besoin d’argent. Désormais, plus personne n’allait pouvoir empêcher Julien de commettre son vol, et peut-être allais-je moi-même le soutenir. Et en effet, mon hypothèse se confirma : VGM, en tête, comme à son habitude, se dirigeait bien vers les riches villas du bord de mer.

    Lorsque nous arrivâmes enfin sur la plage, épuisés, Julien ne perdit pas son temps. Sans prendre le temps de souffler, il désigna une magnifique maison possédant un jardin et s’élevant sur un tertre, à une cinquantaine de mètres de nous.
    -Fear, cria-t-il, brûle-moi ça !
    -Tu as perdu la boule ! répondit l’intéressé. Ça ne va faire qu’empirer les choses !
    Tout se passa alors très vite. VGM se jeta sur Jonathan, le plaqua au sol avec une force inouïe, et lui plaqua son revolver sur la tempe.
    -Je suis devenu fou ? cria-t-il. Eh bien autant profiter, alors ! Brûle-moi cette bicoque où je t’explose le crâne ! C’est toi qui vas la perdre, la boule !
    -Tu ne ferais jamais ça…
    -Prends donc le risque, pour voir ! J’en ai marre de tout ce bordel. Maintenant, on a besoin de fric pour rentrer, et tu vas m’aider à l’obtenir, où tu ne feras plus jamais rien de ta vie ! Et n’essaye pas de me doubler. Au moindre doute, j’appuis sur la gâchette.
    -Non. Je sais que tu ne le feras pas.
    Julien sembla alors péter un câble. Il donna un coup de crosse à Jonathan, se releva, visa un plagiste qui nous observait d’un air éberlué à quelques mètres de là, et fit feu. Le front du type explosa, et celui-ci s’écrasa sans un mot. VGM venait de tuer un innocent sans aucun état d’âme. Cela me terrifia. Cela nous terrifia. Elli plaqua ses mains contre sa bouche pour s’empêcher de crier. Le fou furieux revint vers Fear.
    -Tu doutes encore que je puisse t’achever comme ça, comme un pauvre chien galeux ? hurla-t-il de nouveau.
    -Julien, non ! cria Emmeline en essayant de s’interposer.
    Le pistolet tonna, et la balle érafla l’oreille d’Elli.
    -Personne ne bouge ! Fear, brûle-moi ce truc ou je vous butte tous !
    Jonathan avait l’air vraiment terrifié. Le fait que VGM n’ait pas hésité à tirer sur Elli montrait bien sa fureur démentielle.
    -Ok, ok…
    Il se releva, puis grimaça. Il n’avait pas envie de faire ça… mais il n’avait pas le choix. Dix secondes plus tard, la villa était en proie aux flammes.

    -Maintenant, on rentre à l’intérieur.
    Personne ne le contredit. Nous franchîmes les quelques mètres nous séparant de la demeure, puis pénétrâmes dans le jardin par la grille, préalablement détruite par une nouvelle boule de feu. La chaleur était ici presque intenable, aussi Fear attisa-t-il les flammes pour que l’air soit plus respirable. Une chance pour les propriétaires, ils devaient travailler à cette heure de la journée. Peut-être ne trouverions-nous pas de cadavre calciné à l’intérieur…
    Nous arrivâmes bientôt à la porte d’entrée, qui s’écroula d’un simple coup de pied. L’intérieur était entièrement en proie aux flammes.
    -Il faut se tirer d’ici, cria Jonathan. Les pompiers vont arriver, on est juste à côté de l’hôpital et d’une caserne, et puis s’il y avait du fric ici, il a brûlé maintenant. C’était stupide !
    -Non, il y a de l’argent ici. Linoa, viens avec moi.
    Ça y était, c’était à moi d’agir. Il ne fallait pas se poser de question. Je devais être sûre de moi, ne pas douter. Je le suivis dans le couloir enflammé.
    -Ils ont caché le fric dans la chambre du fils ! me cria VGM par-dessus le crépitement du feu.
    Il ne semblait pas avoir peur. Pourquoi m’avoir choisie moi ? Il m’ordonna de grimper un escalier. Les autres avaient fui. J’étais seule avec un psychopathe ambulant, un taré sans âme. Mais au fond, étais-je si différente ? Ces hommes que j’avais tués à l’ambassade… Ils avaient sûrement une femme, des enfants… Sans parler de l’adolescent, qui n’avait probablement encore connu aucun des plaisirs de la vie. À y réfléchir, je n’avais peut-être pas plus de cœur que lui.
    Lorsque nous arrivâmes aux chambres de l’étage, une musique inondait l’endroit. Du bon rock, d’un groupe que je ne connaissais pas. Ou que je ne me rappelais pas connaître. Mais le fait qu’il y ait de la musique me faisait craindre quelque chose… Apeurée par ce que je risquais de découvrir, je me précipitai dans la pièce d’où venait la musique. Je me figeai sur le perron. Allongé sur le lit brûlait le corps calciné du fils de la famille. Il était mort presque instantanément lorsque Fear avait transformé la maison en brasier. Un nouvel innocent était mort à cause de nous. Quand tout cela allait-il donc s’arrêter ?

    Je me rendis compte avec effarement que je commençais à raisonner comme les autres membres du groupe. Je réfléchissais comme une femme ne contrôlant pas ses sentiments, comme quelqu’un d’égal à tous les autres, comme une simple mortelle.
    « Reprends-toi… »
    Oui, il y avait eu un nouveau mort, et alors ? Un de plus ou de moins, où était le problème ?
    -Ne t’apitoie pas, me lança VGM. Nous n’avons pas le temps. Il fouilla dans un tiroir calciné et en sortit une petite boîte de métal brûlante. Il ne pouvait pas la ramener, elle lui aurait brûlé les doigts jusqu’à les transformer en cendre. Aussi fit-il sauter le couvercle d’un coup de revolver. L’instant d’après, il glissait plusieurs poignées de billets dans sa poche.
    -Maintenant, on s’en va, lançai-je pour le presser. La maison va s’écrouler.
    -Attends, m’intimida-t-il. Cette musique… Je jurerai que c’est le dernier album de Yellowcard. Il devait sortir le 17 juillet, ce qui signifie que nous avons dépassé cette date…
    Je me fichais royalement de ce qu’il pouvait raconter. Le bois craquait autour de moi, et je ne comptais pas mourir ensevelie. Pour faire passer le temps en attendant qu’il ne se décide à bouger, je me mis à écouter les paroles.
    « Did you run away ? Did you fall apart ? Did you see yourself for what you are ? Will you be looking for it anymore when five becomes four? When you're all alone, with the melody, do you close your eyes and think of me ? Will you'll still hear me singing anymore when five becomes four ? »
    J’avais un niveau d’anglais plutôt bon, et le sens de ses paroles me fit penser à quelque chose… quelque chose de terrible. Mais mes réflexions s’arrêtèrent ici. Julien m’attrapa par la main, et m’entraîna à sa suite. Cinq minutes plus tard, nous avions quitté la bicoque en flammes. Nous passâmes par l’arrière pour éviter les pompiers qui arrivaient en masse, puis nous nous échappâmes de nouveau, courant comme des criminels, comme les criminels que nous étions.

    Le temps passait… Et les crimes se succédaient. Depuis que j’étais sortie de ce bâtiment et de ce lit noir dans lequel je mourais lentement, la vie me semblait différente. Enfin, je n’avais aucun souvenir de ce qui avait pu se passer auparavant. Mais je n’avais jamais rien ressenti de tel… Ou alors je ne m’en rappelais pas. La vie me semblait futile, inutile, seulement porteuse de haine, de faux espoirs et de désillusion. Nous ne vivions tous qu’avec une seule réelle chose : la peur de la mort. C’est pour cela qu’alors que je marchais sur le sable aux côtés d’un meurtrier, je n’éprouvais que de l’allégresse. Comment ne pas être terrifiés par notre fin ? En se faisant porteur de cette fin, en donnant la mort aux autres... Être plus proche de la chose que nous craignons, être de son côté, permettait d’oublier qu’elle ne nous épargnerait pas plus que les autres. De toute façon, en moins vingt-quatre heures, j’avais dû tuer une vingtaine de personnes, alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? La vie ne valait rien, alors à quoi bon désespérément s’y accrocher ? En y réfléchissant, j’avais peut-être simplement délivré ces hommes de leurs tourments, de leurs peurs, de leurs hantises… Finalement, me balader le long de la plage Péruvienne, sous le soleil couchant, avec un tueur sans âme, me semblait plaisant.

    Julien ne savait pas où se trouvaient les autres, contrairement à moi. Je sentais leurs petits cœurs battre dans l’infinité du cosmos. Ils avaient descendu toute la plage vers le sud jusqu’à atterrir dans une petite crique rocheuse où ils s’étaient abrités pour passer la nuit. Nous comptions les rejoindre. VGM se baladait avec son arme à la main, un regard noir transperçant tous les touristes étant venus admirer le superbe coucher de soleil qui donnait au ciel une teinte rougeâtre. S’en était presque romantique. Je jetai un coup d’œil au visage de mon compagnon. « Tu as plus en commun avec lui que ce que tu ne peux penser ». Ces paroles retentissaient dans mon esprit. Si, au début, je ne l’appréciais pas trop, il semblait être l’un des seuls à me comprendre, et j’avais l’impression d’y être désormais attaché. Comment ? Pourquoi ? Il n’avait rien fait de spécial. Et pourtant…
    Au bout de quelques kilomètres, nous rejoignîmes une sorte de zone urbaine en front de mer. VGM glissa son arme dans sa ceinture. Elle était désormais cachée par son t-shirt. Il y avait ici beaucoup de monde. Je n’aimais pas me frayer un passage dans la foule. J’avais l’impression d’être étriquée, compressée… Cela me rappelait mes cauchemars d’antan, avec cette entité noire, et ce feu des ténèbres…
    Contre toute attente, Julien s’arrêta devant un bâtiment. Une enseigne indiquait « Club Pacifico Sur ». Il poussa la porte
    -Qu’est-ce que tu fais ? lui lançai-je, terrifiée par la simple idée de nous attarder dans un endroit aussi fréquenté alors que la police nous recherchait sûrement activement.
    -Suis-moi, dit-il simplement.
    Nous entrâmes. J’étais nerveuse, et cela devait se voir. Surtout que j’étais toujours en soutien-gorge, et que beaucoup trop de regards pervertis s’arrêtaient sur ma poitrine…Ici, tout le monde rigolait, buvait, dansait joyeusement sur fond musical… J’avais envie de tous les tuer… rien que pour avoir plus de place et de liberté de mouvement. VGM se rendit directement au comptoir, et s’adressa au barman dans un espagnol sans anicroche :
    -Moi et quatre de mes connaissances voulons quitter le pays, l’ami. Et je sais que tu es le plus gros dealer de la côte Ouest de l’Amérique du Sud, et que certaines de tes livraisons rejoignent le Havre en à peine quelques semaines de voyage. Nous voulons embarquer sur un de ces bateaux.
    -Je ne vois pas de quoi tu parles, répondit l’homme d’un air étonné. Je suis clean moi, je ne trempe pas là dedans.
    -Tu veux que la police vienne elle-même vérifier ?
    -Ça suffit ! Comment oses-tu ? Sécurité !
    Son cri fut couvert par le bruit. Il allait rouvrir la bouche lorsque Julien dégaina son revolver et le lui pointa sur le front.
    -J’ai de l’argent pour payer le voyage. Accepte, ou tu perdras tout. Ta vie, ta femme, tes amis, tes clients, ta drogue… Je buterai tout le monde. Sans hésiter.
    -Si tu fais ça, les flics te poursuivront partout où tu iras.
    -Ce qui ne changera strictement rien à la situation actuelle.
    Le barman était livide. Il avait la trentaine, portait une chemise fleurie décontractée et arborait une figure joviale… désormais blanche et contractée sous l’effet de la peur. C’est à ce moment que deux types s’approchèrent de VGM.
    -¿ Qué pasa aquí ?
    Je sus que c’était à moi d’agir. Les deux points rouges constituant leurs cœurs respectifs m’apparurent aussi rapidement qu’ils disparurent. Ils s’écroulèrent sur le bar, sans un mot. Ils avaient eu le malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Je ne leur avais pas pardonné.
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  • Posté le 31 décembre 2008 à 15:23:44 Avertir un administrateur
  • -Que, qu’est-ce, qu’est-ce que vous leur avez fait ? bégaya le barman.
    -Strictement rien, répondit Julien avec un sourire sardonique. Ou si peu… Maintenant, avant que tout le monde ne meure, je te suggère d’accepter ma requête. Je te donne quatre cent Nuevo Sol pour le voyage de cinq personnes jusqu’au Havre, en France.
    -Quatre-cent ? Pour quatre personne ? Mais tu es fou ! J’en demande mille !
    -Je ne crois pas que tu sois en position de demander quoique ce soit. Je t’en donne cinq-cent, pas un de plus. Je reviendrai ici demain matin, avec mes amis et l’argent, à l’aube. Le bateau a intérêt à être prêt. Les vivres et le logement sont bien évidemment compris dans le prix.
    -Mais il n’y a pas de bateau de coke en partance pour la France avant un mois !
    -Maintenant il y en a un. Et n’essaye pas de me doubler, où s’en est finit de ton trafic. Si par hasard il m’arrivait malheur, tu risquerais alors de croupir dans une prison jusqu’à la fin de tes jours. Triste fin pour un dealer de ton envergure, non ? Maintenant, je m’en vais. On se voit demain, à l’aube…
    Julien faisait demi-tour lorsque deux colosses de la sécurité se jetèrent sur lui, le plaquant au sol. Il abattit le premier d’un coup de pistolet en pleine tête, et tira sur le second. Rien ne se produisit : le pistolet était vide, il n’y avait plus de munitions. C’était à moi d’agir. Personne ne se souciait de ma pauvre personne. Je tremblais comme une folle. VGM était en train d’être assassiné sous mes yeux, et je n’arrivais à rien. Finalement, mon impuissance conduisit à une sourde colère contre moi-même. Mes cellules se hérissèrent. Aussitôt, toutes les sources d’électricité du bar explosèrent. Julien, qui avait dû le prévoir, profita de la surprise générale pour échapper à son assaillant et se précipiter à l’extérieur. Je le suivis en me frayant un passage parmi la foule paniquée. Dehors, la zone portuaire était bondée. Le coup de feu n’avait pas dû être entendu de l’extérieur, la musique de l’intérieur empêchant tout son de s’échapper du club. Nous nous frayâmes un chemin dans cette masse de gens compacte. Nous réussîmes à sortir de l’endroit sans encombre, et une fois le sable de nouveau sous nos pieds, nous disparûmes dans l’obscurité.-Tu crois qu’il va préparer son bateau ? demandai-je.
    Nous marchions sur la plage depuis une dizaine de minutes, nous dirigeant encore et toujours vers la crique rocheuse, lorsque j’avais osé briser le silence qui s’était installé entre nous.
    -Oui. Il sait de quoi je suis capable désormais, il a vu comment j’ai tué son garde de sang froid. Il ne tentera rien qui puisse nous nuire, j’en suis persuadé.
    -Si tu le dis…
    -Je l’affirme.
    Je me tus, et nous continuâmes notre chemin en silence. Nous arrivâmes à peine quinze minutes plus tard. Ici, le sol se faisait plus rocheux, et les vagues s’explosaient contre le sol en projetant de multiples embruns, renforçant l’humidité du lieu. Il commençait à être tard. J’étais à moitié nue, et je n’allais pas tarder à avoir froid. En évitant de glisser sur la pierre mouillée, nous contournâmes un énorme rocher. De l’autre côté, à l’abri du vent et des regards était dressé un feu de camp. Les trois autres étaient là, sur le qui-vive. En nous apercevant, Jonathan se leva immédiatement, pointant vers nous son pistolet.
    -Dégage, VGM, dit-il doucement. On ne veut plus te voir.
    -C’est dommage, car je viens d’acheter cinq billets retour pour la France. Mais bon, comme vous me reniez.
    Il fit mine de faire demi-tour. Aussitôt, Elli se jeta à sa suite.
    -Julien, attends ! Qu’est-ce que tu racontes ?
    -J’ai payé un type pour qu’il nous héberge à bord d’un de ses bateaux en partance pour la France, répondit-il simplement.
    -Tu es sérieux ?
    -Je ne crois pas avoir eu beaucoup le temps de rigoler ces temps-ci.
    -Emmeline, lança Fear, on ne peut plus lui faire confiance. Il t’a tiré dessus !
    -Je ne lui ai pas tiré dessus, pauvre crétin. J’ai tiré à côté pour intimider la bande de pleutre que vous êtes, et ça a marché.
    -Et le type que tu as abattu de sang froid, c’était du bluff peut-être ?
    -Il nous a vu débarquer avec des flingues, et il allait prévenir les flics. Je n’avais pas le choix.
    Je savais qu’il ne disait pas que la vérité. Tuer cet homme était loin d’avoir été une obligation. Il l’avait simplement fait pour le fun et l’adrénaline, je suppose.
    -Ok… continua Jonathan. Alors tous les deux, vous restez avec nous, et vous nous expliquez ce qui vous est arrivé, ce que vous avez fait, et accessoirement combien d’innocents vous avez butté.
    Je laissai aussitôt les hommes à leurs pitoyables palabres et me précipitai sur le feu, près duquel je m’assis. Sa chaleur me fit du bien et me procura une sorte de plaisir, une étrange volupté. Et dire que quelques heures auparavant, la simple vue de quelques flammes me terrifiait. J’avais évolué à une vitesse sidérante. J’avais désormais besoin de réfléchir. Dans la chambre du garçon, lorsque j’avais écouté la musique, j’avais repensé aux paroles de la voix… « Five becomes four » / « Il va mourir, tu le sais ». Ce n’était pas un hasard. Le hasard n’existait pas. Tout était savamment organisé et orchestré pour que tout puisse s’emboîter. C’est alors que j’en avais le plus besoin que la voix se manifesta dans les profondeurs de mon esprit :
    « Tu as raison, ce n’est pas un hasard. »
    « Il va mourir, alors ? »
    « Comme tout être humain… »
    « Va-t-il mourir bientôt ? »
    « Tu ne t’y serais tout de même pas attaché ? »
    « Non… »
    « Tu te mens à toi-même, et tu le sais. »
    « Peut-être. »
    « Oublie-le. Sa mort est inéluctable, je te l’ai déjà dit. Ce n’est qu’un pauvre type comme il y en a tant d’autres. Si tu veux un gueux, la Terre en est remplie. »
    « Ce n’est pas un gueux ! »
    « Peu importe. De toute façon, regarde autour de toi. Vous êtes cinq. Demain soir, vous ne serez plus que quatre. À bon entendeur… »
    Un rire tonitruant explosa dans mon esprit, m’écorchant le cerveau, me faisant mal. Il finit par s’atténuer, progressivement, mais ne disparut pas réellement. J’entendais encore son écho résonner au plus profond de mon crâne. J’essayais de me raisonner. Cette chose était sûrement le virus que l’on m’avait incorporé lors de mon insertion. Elle était là uniquement pour me faire du mal. Comment aurait-elle pu connaître le futur ? Le futur n’est pas écrit, on peut tous changer notre destin. Et pourtant, quelqu’un n’avait-il pas un jour dit : « Tu ne peux changer ton destin, nul homme ne le peut... » ? Mais rien ne stipulait qu’on ne pouvait pas changer le destin des autres… Je me relevai. J’avais la ferme intention de faire en sorte que nous soyons encore cinq demain soir.

    VGM se battait une fois de plus avec Fear.
    -Il ne prendra pas le risque de nous doubler.
    -Comment peux-tu en être sûr ? Tu as vu les dégâts que tu lui as causés ?
    -Justement. Il sait désormais de quoi je suis capable.
    -Et d’ailleurs, comment tu savais qu’il y avait du fric dans cette baraque ? Comment tu savais que ce type était un dealer ? Comment tu nous as retrouvés ??
    -C’est Linoa qui vous a retrouvés. Et mon Pouvoir a désormais largement gagné en puissance. Je peux étendre ma vision bien plus loin dans l’espace et dans le temps. C’est ainsi que j’ai réussi à trouver notre billet de retour.
    -Je persiste à croire que c’est un plan foireux.
    -Tu n’es pas obligé de venir.
    -…
    Je profitais de l’instant de silence pour m’interposer.
    -Julien, je dois te parler.
    -Ouais ?
    Nous nous éloignâmes de quelques mètres, laissant Fear à ses ruminations.
    -J’ai un mauvais pressentiment… commençai-je.
    -C’est à dire ?
    -Tu devrais… faire attention à toi.
    -Ne fais pas comme si tu te souciais de moi. Et puis, je ne suis pas plus en danger que toi.
    -Julien, dis-je d’un bloc, l’un d’entre nous va mourir demain !
    -Je le sais.
    Sa réponse me pétrifia.
    -Co-Comment ça ? bégayai-je.
    -Comme je l’ai expliqué à Jonathan, je peux désormais voir très loin dans le futur. Tu penses que je suis la personne qui va mourir, c’est cela, hein ?
    -Oui…
    -Je suppose que c’est ton Pouvoir qui te l’a dit. Il m’a dit la même chose à propos de toi. Écoute-moi bien. Le Pouvoir est un être puissant qui n’a qu’un but : nous rendre plus puissant au détriment des autres, nous faire oublier tout sentiment, faire disparaître en nous toute trace d’humanité. Quelqu’un va mourir, c’est inéluctable. Mais cela peut-être autant toi que moi, mais également Elli, Fear, ou encore Slez, le plus discret du groupe depuis le début. Alors, fais attention à toi… et ne t’inquiètes pas pour moi. Je n’ai pas envie que tu sois la suivante sur la liste.
    -Ce qui signifie… ?
    Il me jeta un regard et un sourire entendus, puis se détourna. Je n’avais pas détecté de mensonge dans ses yeux. Il m’avait donc visiblement dit la vérité. Pensive, je retournai m’asseoir près du feu, où Slez se tenait, jambes repliées contre le corps.
    -Demir ?
    -Oui ?
    -À quoi tu penses ?
    -Je ne sais pas trop… À plein de choses à la fois, en fait. Je n’ai qu’une envie : rentrer chez moi et retrouver les gens que j’aime. Mais ce n’est pas possible pour le moment. Alors j’endure, je souffre en silence et j’attends.
    -Tu ne parles presque jamais… alors que les deux autres mecs s’entredéchirent à longueur de journée.
    -Il y a assez de deux mâles dominants, tu ne crois pas ? Pas besoin d’un troisième.
    Je le regarderai dans les yeux. C’était la première fois que je lui parlais, et je regrettais désormais de ne pas m’y être attelée auparavant. Quoique je n’avais pas vraiment eu le temps. Il était jeune, peut-être une quinzaine d’années de moins que moi, et pourtant, il brillait d’intelligence.
    -Oui, tu as raison, dis-je d’une voix fatiguée. Bonne nuit, Demir.
    -Bonne nuit, Carine.
    Je me couchai sur le côté et, sans plus rien dire, m’endormis. Demain serait une journée capitale dans tout ce qui s’était déroulé jusqu’ici. Demain serait le dernier jour de l’un d’entre nous…

    Le bateau filait sur l’eau, rapide et indétectable dans la brume matinale. Je me trouvais sur le pont avec Julien. Nous regardions le profil de la côte s’éloigner, collés l’un contre l’autre. Tout était fini. Nous rentrions en France. Nos mains se joignirent. Cela me faisait un effet bizarre, je n’avais jamais ressenti cela auparavant. Nos regards se croisèrent. Je ne pensais plus à rien. J’étais heureuse, tout simplement. Et puis soudain, une explosion, sourde, énorme qui me projette loin de lui. Je me relevai, en sueur. Le pont était dévasté par un incendie terrifiant. La déflagration avait totalement détruit l’endroit où je me tenais quelques secondes auparavant. Il y eut une nouvelle explosion et…
    J’ouvris les yeux. J’étais en sueur. VGM avait sa main posée sur mon épaule.
    -Il est l’heure de partir, me souffla-t-il.
    Autour de moi, les autres étaient déjà réveillés et se préparaient à quitter la crique. Il faisait encore nuit noire, mais nous avions une petite demi-heure de marche pour arriver jusqu’au Club Pacifico Sur. Visiblement, même Jonathan avait décidé de se joindre à nous. Il faisait froid, et je grelottais, aussi m’activai-je pour me réchauffer. Enfin, nous couvrîmes le feu de sable, puis nous nous enfonçâmes dans la nuit.

    Un épais brouillard planait sur la plage à cette heure-ci, et si on l’ajoutait à l’obscurité, je ne voyais vraiment pas grand chose. Mes pieds s’enfonçaient dans le sable humidifié, rendant la marche nocturne désagréable. Le trajet me sembla bien plus long qu’à l’allée. Nous arrivâmes enfin à la zone urbaine. Il n’y avait personne. C’était soit très bon, soit très mauvais signe.
    -Je n’aime pas ça… haleta Jonathan. On dirait un piège. Je propose qu’on n’avance pas plus. Il peut y avoir n’importe qui embusqué derrière tous ces bâtiments. Des dizaines de flics.
    -Il n’y a personne, affirma VGM en continuant d’avancer.
    Le silence était total, et leurs paroles devaient porter loin.
    Nous nous retrouvâmes devant la porte du club alors que l’aube pointait derrière le brouillard et que celui-ci se levait petit à petit. Nous n’eûmes pas à rentrer, le barman sortit de lui-même. Il parut surpris.
    -C’est vous les quatre autres ? Vous n’avez pas l’air si terrible… comparé à lui.
    -Ne te fie pas aux apparences, lui répondit VGM tout en sortant une liasse de billets de sa poche. Voilà ton argent. Où est notre bateau maintenant ?
    -Sur la jetée, là-bas. Suivez-moi.
    Et il s’engagea dans le brouillard. Il nous conduisit au bout d’une sorte de ponton autour duquel étaient amarrés plusieurs navires. Au bout de cette jetée se trouvait un bateau plus imposant, de plus de trente mètres de long. Il était entièrement chargé de grosses caisses rouges.
    -J’ai réussi à m’organiser cette nuit pour avancer d’un mois la livraison au Havre, malgré ces putains de keufs qui ne m’ont pas lâché pendant plusieurs heures. Ça sert d’avoir des contacts.
    -J’espère pour toi qu’il n’y a pas d’arnaque, trancha VGM. Sinon, saches que rien ne pourra arrêter ma vengeance.
    -Ça je l’ai vu que rien ne pouvait t’arrêter… Bon allez, montez à bord. Il faut partir pendant que la brume est encore là, et surtout avant que les flics ne rappliquent. Le capitaine à bord s’appelle Gonzalo. Rendez-vous directement dans sa cabine pour vous expliquer avec lui. Moi, je ne vous dois plus rien.
    Et il s’empressa de se retourner pour disparaître dans la brume.
    -Je continue de penser que c’est un piège, se méfia Fear.
    -Il n’y a pas de piège, affirma de nouveau Julien. S’il y avait eu une quelconque fourberie de sa part, il serait actuellement à l’état de cadavre découpé au fond de l’eau. Je ne l’aurais pas laissé partir. Maintenant, prenons la passerelle et montons à bord. Il est temps d’en finir avec cette histoire.
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  • Posté le 31 décembre 2008 à 15:24:29 Avertir un administrateur
  • Trouver la cabine du capitaine fut un jeu d’enfant. Alors que nous entrions à l’intérieur, la première vision que j’eus du maître du bateau me retranscrivit une impression étrange. L’homme était tout à fait normal. Assez grand, droit et maigre, il aurait pu être le capitaine de n’importe quel navire. Il n’avait rien d’un dealer. Il s’entretint brièvement en espagnol avec VGM, puis nous quittâmes la loge. Quelques secondes plus tard, les moteurs se mettaient en marche : nous partions.
    -Qu’est-ce qu’il a dit ? demanda Jonathan.
    -Que notre quartier commun se trouve en soute, et qu’un membre de l’équipage nous y conduira lorsque nous nous serons assez éloignés de la côte.
    -Et il est où, cet équipage fantôme ? Nous n’avons croisé personne.
    -La première moitié dort, la seconde est en salle des machines. Nous partons pour trois semaines en mer, je ne sais pas si tu réalises.
    -On aurait dû prendre l’avion…
    -C’est vrai, sans passeport et avec tous les contrôles douaniers, prendre l’avion était beaucoup plus simple.
    Je m’éloignai sur le pont. Je ne voulais pas entendre une nouvelle de leurs éternelles querelles. Je m’accoudai au bastingage et regardai la côte péruvienne s’éloigner. Je savais que ce n’était pas finit, que tout ne faisait que commencer. Mais je ne pouvais m’empêcher de penser que nous avions réussi une grande partie de ce qui nous incombait. Bientôt, la terre disparut entièrement dans la brume. Nous étions déjà loin.
    C’est à cet instant que Julien vint me rejoindre. Il arriva par derrière et posa doucement ses mains sur mes épaules. J’eus un frisson, et il le sentit. Il passa ses bras autour de mon cou. Je le laissai faire. J’étais bien, détendue… heureuse en fait. Inutile de le nier. Il me retourna de façon à ce que je sois face à lui, puis pivota sur lui-même tout en me tenant de façon à être dos à l’océan. Nous ne parlions pas. C’était un moment étrange, hors du temps. Il me fixait, mais je n’osais pas le regarder dans les yeux, et je détournai mon regard vers la brume planant au-dessus de l’eau. C’est alors que je vis une chose qui me fit revenir à la réalité : à quelques dizaines de mètres de là, dans le brouillard, se trouvait un hors-bord comportant plusieurs hommes à son bord. Et l’un d’eux tenait un lance-roquettes. Julien, dans son monde, ne se doutait de rien. Je le captivais entièrement. Il me serrait contre lui de plus en plus fort et moi, pétrifiée, ne sachant que faire, je regardais l’homme armer le bazooka. J’étais incapable de parler, complètement paralysée, étriquée entre ce qui m’arrivait et ce qui allait m’arriver. Sa tête s’approchait de la mienne lorsque la roquette partit. C’est lorsque le bruit sourd de l’éjection parvint à mes oreilles que je pus enfin réagir. Je le tirai violemment vers moi. Ce geste était bien évidemment futile et inutile. Il y eut une explosion assourdissante, et je fus expulsée de l’autre côté du pont. Je roulai par terre avant de buter contre une caisse et de rester là, immobile, le souffle court. Au moins, j’étais en vie. Il y eut une autre déflagration, plus lointaine celle-ci. Des cris et des voix me parvinrent en écho. Tout me semblait si loin… Je devais être complètement sonnée. Bientôt, des bruits d’armes à feu vinrent se joindre à ce capharnaüm infernal. Tout le monde s’affairait, se protégeait et se tirait dessus, et je ne savais même pas qui étaient nos assaillants. Quoiqu’il m’avait sembler entendre un marin crier « piratas ! ». Si ces types étaient vraiment des pirates, il me semblait pourtant presque impossible qu’ils attaquent aussi près de la côte. Quelqu’un les avait forcément prévenus. Et puis soudain, une pensée : Julien ! Je me redressai immédiatement. Je voyais légèrement flou. Le bateau était en flammes, et il y avait des cadavres sur le pont. Un grappin dont je n’apercevais pas le bout avait été lancé sur le pont et était accroché au bastingage, signe d’une invasion déjà commencée. Je me levai et titubai sur quelques mètres. Là, à vingt mètres de moi, gisait VGM. Il était encore en vie, mais avait l’air grièvement blessé, et traînait douloureusement sa carcasse en dehors du champ de tir dans lequel il se trouvait. Je courus vers lui, mais ne l’atteignis pas. Il y eut des coups de feu. Aussitôt, une douleur lancinante me lamina les jambes et je m’écroulai sur le ventre, le souffle coupé. Un homme passa devant moi. Il tenait une mitraillette et n’était vêtu que d’un pantalon crasseux. Son torse, nu, était musclé et surtatoué. « Puta », marmonna-t-il comme pour lui-même. Bizarrement, il me laissait en vie. Peut-être croyait-il que je ferai une bonne fille de joie une fois tout l’équipage mort ? Quel enfoiré. Je voulus me concentrer pour le tuer, mais la douleur paralysait mes nerfs. C’est alors que je réalisai que le mec s’approchait de Julien. Sans aucun état d’âme, il pointa le canon de son arme sur cet être qui m’était si cher. J’avais l’impression de voir la scène au ralenti. J’étais tellement impuissante. Je ne pouvais rien faire. Jute le regarder, le regarder mourir. Je n’entendis aucun coup de feu, je ne vis aucune balle sortir du canon. Je sentis simplement son cœur s’arrêter de battre. Son corps eut encore quelques tressautements, puis il s’affaissa sur le pont, mort.
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  • Posté le 31 décembre 2008 à 15:24:44 Avertir un administrateur
  • Le sentiment qui s’empara alors de moi fut indescriptible. Plus fort que la peur, plus fort que la haine, plus fort que la panique. Un cri s’échappa de ma bouche, mais je ne l’entendis pas. Le pirate se retourna vers moi. Tout mon désespoir explosa en lui. Son ventre et sa tête implosèrent d’un coup, répandant sur le pont un sang rouge vif et des entrailles fraîches. Mais je l’avais déjà oublié. Ils étaient venus nous attaquer ? Ils allaient tous en payer le prix. La haine semblait accentuer ma puissance. En une seconde, le cœur de chaque pirate sur le navire ou autour, m’apparut distinctement. Je concentrai aussitôt toute ma rage dans une seule et unique pensée, une pensée meurtrière, une pensée qui les détruisit tous, jusqu’au dernier. Ils moururent dans d’atroces souffrances. Cela me procurait une jouissance sans pareil. Aussitôt, les coups de feu se turent, et l’action laissa la place à la surprise. Mais je n’étais pas avec eux. Je ne pensais qu’à une chose et, alors que je me traînais jusqu’à la carcasse de Julien, je ne pouvais m’empêcher d’avoir un ridicule soupçon d’espoir. Je savais que son cœur ne battait plus, je savais qu’il était mort. Mais non, je ne l’admettais pas. C’était impossible, il ne pouvait pas mourir, pas lui ! Je me jetai sur son cadavre. Le corps était transpercé en de multiples endroits, et l’explosion lui avait presque arraché les membres inférieurs. Ce n’était plus qu’une charpie. Je m’affalai. Non non non, ce n’était pas possible, merde ! Il savait que l’un d’entre nous allait mourir ! Il le savait ! Peut-être même m’avait-il menti, peut-être même savait-il parfaitement que c’était lui ! Mais alors, pourquoi n’avoir rien fait ? Il aurait dû voir l’arrivée des pirates ! Oh non… À présent, des larmes coulaient le long de mon visage. Des larmes de rage, des larmes de désespoir. Je n’aurais pas pensé y être autant attaché. Mais si tout cela était arrivé, c’était ma faute. J’avais vu le hors-bord, j’avais vu le lance-roquettes, mais j’avais été incapable d’agir, comme si quelque chose m’en empêchait. Et puis après, j’avais été incapable de tuer cet homme à temps. Tout était ma faute. Tout… Je saisis son visage entre mes mains et me mis à le secouer nerveusement, comme une gamine, n’acceptant toujours pas l’inéluctable. Enfin, à bout de force, je m’écroulai auprès de lui. Ma respiration se fit plus difficile. Je vis des pieds fouler le sol près de moi, puis ma vision se troubla et l’obscurité m’envahit.

    J’eus du mal à ouvrir les yeux. J’avais les paupières soudées, sûrement à cause des larmes. Des larmes ? Oh non… En deux secondes, tout m’était revenu. Jonathan, Demir et Emmeline étaient autour de moi. Je me trouvais dans une petite cabine en métal composée de trois lits. J’étais étendue sur l’un d’entre eux. VGM reposait sur un autre. Je fis un geste de la main vers lui.
    -Julien…
    -C’est fini… me répondit doucement Elli. Il est mort, Linoa.
    Elle ne m’apprenait rien, je le savais, mais entendre ces paroles dans la bouche de quelqu’un me fit un choc. Slezovic, comme à son habitude, ne disait rien, la tête basse. Même Fear semblait attristé.
    -Nous avons été attaqués par des pirates, continua Elli. Quelqu’un a dû leur dire qu’une cargaison de drogue partait en express ce matin. Peut-être un des clients du club qui vous aurait entendu… Le navire a souffert, mais il est encore en état. Nous ne pouvons faire demi-tour à cause de ce que le bateau contient… Il y a eu de nombreux morts parmi l’équipage, et la soute est inondée. Je ne sais pas comment va se dérouler la suite des évènements.
    -Cet imbécile de Gonzalo pense que c’est Dieu qui a puni les pirates, termina Jonathan. En réalité, c’est toi, n’est-ce pas ?
    J’acquiesçai lentement. J’essayai d’ingurgiter les informations une par une, tranquillement, sans me laisser dépasser, et en évitant de penser à Julien…
    -Il faut le couvrir, dis-je au bout d’un moment. Ne serait-ce qu’avec une couverture.
    -Nous t’attendions pour le faire.
    -Allez-y.
    Jonathan et Elli s’approchèrent du cadavre et l’enroulèrent tant bien que mal dans la couverture du lit, la tachant de sang. Voir que les membres du jeune homme étaient devenus aussi flasques me répugnait. Lorsqu’il fut entièrement recouvert, je décidai de me lever. Je ne voulais pas m’attarder ici. Sans un mot, ignorant l’étonnement des autres, je quittai la pièce. Je me retrouvai dans un couloir que je suivis jusqu’au bout. Un escalier me fit remonter sur le pont. Ici, tout était clean. Les caisses détruites avaient plus ou moins été rafistolées. Il en était de même pour le bastingage. Des marins s’affairaient encore à nettoyer des traces de sang. Tout cela était bien sinistre. Combien de temps étais-je donc restée inconsciente ? Je décidai d’aller m’asseoir contre une caisse, au soleil, soleil qui brillait désormais de mille feux dans un ciel sans nuage. J’avais besoin de réfléchir, d’oublier ma douleur. Je m’assis, m’adossai, puis essayai de vider mon esprit de ce qui le hantait. Ma tentative échoua rapidement. Depuis que nous étions entrés dans cette baraque en flammes, je ne l’avais pas quitté un seul instant... Vivre la suite de cette aventure sans lui me semblait tout bonnement impossible. Je pensais qu’il allait revenir à un moment ou à un autre. Je savais que c’était impossible. Je savais qu’il était mort. Mais une infime partie de moi-même continuait d’espérer, continuait de donner un soupçon de crédibilité à des espoirs qui ne l’étaient absolument pas ! C’est ce moment que choisit la voix pour apparaître.
    « Oublie-le, dit-elle cruellement. Il n’était qu’un minable. Il y en aura d’autres. »
    « Je ne suis vraiment pas d’humeur. »
    « Tu dois oublier tes sentiments. Ils te nuisent ! »
    « C’est à moi de décider quoi faire de mes sentiments ! »
    « Certes. Mais pour combien de temps encore ? Tu ne me résisteras pas éternellement… »
    « Ferme-la, saloperie ! »
    Il n’y eut pas de réponse. Cette chose avait réussi à m’énerver. Au loin, je vis mes trois compagnons qui étaient remontés sur le pont. Ça y était, nous n’étions plus que quatre… Et puis soudain, j’eus une idée. Je pouvais localiser chaque personne en ce bas monde, non ? Et si j’essayais de trouver VGM ? Peut-être pourrais-je découvrir l’entrée du monde souterrain, ou quelque chose comme ça. Futile espoir… Je me concentrai. Aussitôt, des milliers de points rouges m’apparurent. Je m’efforçai alors d’en chercher un en particulier. Je partis du bateau comme base, puis étendis ma recherche aux quatre coins du monde. Mais il n’y avait rien qui lui correspondait, définitivement rien. J’allais renoncer lorsque je détectai quelque chose de très ressemblant. Mon cœur fit un bon dans ma poitrine. Mais ma joie disparut très vite. Ce n’était ni dans le bateau ni autour, ni dans un quelconque monde souterrain, mais bel et bien en France, dans un quartier de Versailles, que se trouvait la personne détectée. Je décidai tout de même de m’immiscer dans son esprit. Aussitôt, ma vison changea, et le pont et le ciel bleu disparurent.

    La nouvelle pièce était petite, terne et bien rangée. Son mobilier comportait un bureau sur lequel était posé un ordinateur portable, ainsi que trois chaises. Deux personnes se trouvaient dans la salle. La première était une femme. Blonde, relativement petite, dotée d’une forte poitrine et habillée de manière stricte, on sentait qu’elle était une dominatrice, une femme qui ne se laissait faire sous aucun prétexte. Elle semblait remplie d’expérience, et ne devait pourtant pas dépasser la vingtaine. La deuxième personne… Oh mon Dieu, non ! Qu’est-ce que ça signifiait ? Comment était-ce possible ? Mon rythme cardiaque s’emballa. Car devant la jeune femme se trouvait un jeune homme en guenilles, balafré, écorché, le regard farouche et les cheveux en bataille. Non, aucun doute ne m’était permis. Devant elle se trouvait VGM.

    Je n’y comprenais plus rien, mais alors vraiment plus rien. J’aurais pu penser qu’il n’était qu’un sosie, quelqu’un lui ressemblant, son jumeau peut-être. Mais ces blessures, ces jambes détruites, ces vêtements baignés de sang ne laissaient planer aucun doute. Mais nous venions pourtant de recouvrir son cadavre ! Alors quoi ? Je fus interrompue dans mes réflexions par une voix.
    -C’est vous qui m’avez amené ici ?
    Cette sonorité grave était inimitable. Il s’agissait bien de Julien, j’en étais désormais persuadée. Celle qui lui répondit, mature, émanait pourtant de la jeune femme, et j’en conçus un certain malaise.
    -Oui. Tu as accompli ta mission sans éveiller un seul soupçon. À cette heure, ils sont en train de pleurer ta mort. C’est bien mieux que prévu.
    -Je n’aime pas faire ça. J’espère que ça en vaut vraiment le coup.
    -Tu n’aimes pas quoi ? Les poignarder dans le dos pendant qu’ils sont abattus rien qu’à l’idée qu’ils ne te reverront jamais ?
    -Je ne les poignarde pas. Pas encore du moins.
    -Oui. Ne les tuons pas pour l’instant, ils vont nous être utiles. Tu t’en occuperas plus tard.
    -Ouais. Alors on passe à la suite du plan ?
    -Tout à fait. Tu as fait du très bon travail, vraiment. À l’heure où je ne suis entourée que d’incapables, ça fait vraiment plaisir de voir quelqu’un de compétent.
    -Si vous le dites. Maintenant, si ça ne vous dérange pas, j’aimerais prendre une douche. Il faut bien un peu d’eau pour laver le sang versé et pour se préparer à en verser de nouveau.

    Ma vision s’arrêta. Je ne pouvais en supporter plus. Il m’avait trompée… Il nous avait tous trompés ! J’aurais dû le tuer pendant que j’étais dans son esprit, j’aurais dû détruire ce traître ! Il avait joué avec mes sentiments pour mieux m’assassiner plus tard ! Et peu importait comment il s’était fait passer pour mort, et peu importait comment il avait atterri en France. Je me levai, puis me précipitai dans les escaliers, courus jusqu’à la cabine et me jetai sur les couvertures. Elles étaient vides. Je me mis à trembler et à nerveusement déchirer le tissu que je tenais entre mes mains. Je n’arrivais pas à y croire. Comment avait-il pu nous faire ça ? C’était à peine croyable… Et dire qu’il y a cinq minutes, je le pleurais, que quelques heures auparavant, je me délassais dans ses bras… Maintenant, je n’avais plus qu’une envie : le voir mort, et bien mort cette fois. Comment avait-il pu ? Toujours la même question… En fait, je ne m’étais pas trompée sur un point. Aujourd’hui avait été un jour décisif dans tout ce qui s’était passé jusqu’à présent. Autrefois, nous étions cinq. Désormais, nous n’étions plus que quatre. Le cinquième n’était pas mort comme prévu, oh que non. Il avait simplement changé de camp. Il nous avait reniés, nous avait trahis. Il paierait pour ses crimes. Peu importait que la France rentre en guerre avec le Pérou à cause de nous et dégâts que nous avions causés, peu importait que nous soyons les criminels les plus recherchés au monde, peu importait que nous soyons devenus des mutants, peu importait que nous tuions des dizaines d’innocents… Désormais, une ère nouvelle s’ouvrait : une ère de souffrances, de tragédies, de mort et de désespoir. Une ère de vengeance.
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  • Kty64 Voir le profil de Kty64
  • Posté le 31 décembre 2008 à 18:19:55 Avertir un administrateur
  • OMG !!!! :ouch:
    La suite va être difficile à attendre...

    Par contre, je dois avoir un trou de mémoire ou j'ai loupé un chapitre....comment VGM, Elli et les autres ont-ils retrouvé Linoa ? :question:

    Et pour la suite...super. Rien à dire pour moi, j'ai tout lu d'une traite...palpitant.

    Tout est bien rendu, les souffrances réelles ou factices de Linoa, le Pouvoir qui se développe chez chacun, la fuite vers la France...etc...

    Bravo !! :bravo:

    Et :merci:
    :coeur:
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  • loicdu55 Voir le profil de loicdu55
  • Posté le 31 décembre 2008 à 18:27:37 Avertir un administrateur
  • Pavé!! :noel: J'ai pas le courage de le lire, toute facon j'ai lu aucun chapitre :noel:
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  • VideoGammerMan Voir le profil de VideoGammerMan
  • Posté le 1er janvier 2009 à 12:37:08 Avertir un administrateur
  • Comment l'ont-il retrouvée ?
    Eh bien justement, c'est là que se situe un des mystères de chap =P
    Pas drôle si on vous dévoile tout d'un coup :p)
    Bref, merci d'avoir lu Kty :coeur:

    loic :cd: Bah tu peux genre commencer par lire le premier chap, qui tient en un post :o))
    Il n'est jamais trop tard pour commencer :noel:
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Sujet : « ~ The Tomb of Forumers ~ »

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