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Forum : Tomb Raider Underworld

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Sujet : « ~ The Tomb of Forumers ~ »

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  • VideoGammerMan Voir le profil de VideoGammerMan
  • Posté le 3 août 2008 à 01:41:54 Avertir un administrateur
  • Yeah :-D
    Il est 1h36 du mat', et j'ai enfin fini de relire ToF en entier, pour vous l'offrir, comme promis, sur ce forum là.
    Un petit rappel pour les nouveaux :p) :
    Il s'agit d'une fic que j'ai commencé ici:
    http://www.jeuxvideo.com/forums/1-11984-15714-1-0-1-0-0.htm
    Il y a déjà 9 chapitres, le troisième approche.
    J'espère que cela vous plaira.
    Je vous demanderais de ne pas poster tant que je n'ai pas tout mis, merci :P
    Enjoy :-D


    Chapitre I : Le Pérou :

    Mon nom ? Jonathan, alias Fear77. Je fréquentais les forums Tomb Raider depuis un bon bout de temps déjà lorsque j’ai été invité à ce voyage, dont le but était de passer de sympathiques vacances entre membres du forum. Le voyage avait été organisé par VGM, Elli et Keviouk. La destination choisie était le Pérou. C’est pourquoi je me trouvais actuellement dans un avion à destination de Lima, capitale péruvienne. Je sentais que j’allais passer de bons moments, mais malgré cela, je ressentais une certaine appréhension à l’idée de rencontrer tous ces gens que je n’avais jamais vu, et dont je connaissais à peine le prénom pour certains. Et puis, il y avait eu le mail… Au début, j’avais cru à un canular, mais il était revenu sans cesse, chaque jour, chaque heure. Dès que je le supprimais, je le recevais de nouveau deux minutes plus tard. L’expéditeur était « inconnu » ; je ne pouvais donc savoir d’où venait ce mail. Tout ce que je savais, c’était qu’il avait réussi à bien me faire angoisser…

    Après six heures de vol, l’avion atterrit à Lima. À la sortie de l’appareil, je fus immédiatement assailli par la chaleur épouvantable qui régnait dans l’aéroport. Je n’étais pas habitué aux chaleurs tropicales. Et pour cause, c’était la première fois que je quittais l’Europe.

    Après avoir récupéré mon sac et quitté le terminal, je sortis enfin à l’air libre. Dehors, le ciel était bleu, sans aucun nuage. Je me sentis revigoré, et toutes les appréhensions disparurent d’un coup. Je sortis un bout de papier de ma poche sur lequel était griffonnée l’adresse du lieu de rendez-vous : « Calcutta Bar ». En relisant ce nom pour la deuxième fois, un frisson me parcourut l’échine, sans que je comprenne pourquoi.

    Je n’eus aucun mal à trouver le bâtiment que je cherchais, celui-ci étant adjacent à l’aéroport. J’entrais. L’intérieur était étrangement propre et bien rangé. Mais ce qui frappait le plus, c’était le silence pesant qui y régnait. Un seul homme occupait la pièce. Il devait avoir une vingtaine d’année, et paraissait vif et intelligent. Il avait l’air bien plus européen que péruvien. Il sirotait un liquide douteux, accoudé au bar. Il me regarda entrer, puis me fixa avec des yeux de rapace.
    -T’es pas d’ici, lança-t-il dans un parfait français.
    J’en fus déstabilisé et ne sus que répondre.
    -En effet, finis-je par articuler.
    Il me regarda de nouveau fixement, comme un aigle fixerait sa proie du ciel avant de s’abattre sur elle.
    -Tu es Fear77, n’est-ce pas ? siffla-t-il.
    -Comment… ?
    -Pas dur à deviner, repris-t-il d’un air hautain. Mais restons-en là. Moi, c’est Busard. Enchanté.
    Il se leva et vint me serrer la main. J’étais bouleversé. Busard était passé d’un air sournois à un air supérieur, puis à un air sympathique en moins de vingt secondes ! De plus, je me trouvais devant Busard, le légendaire pessimiste. Je grommelai un bref « enchanté » puis allai m’asseoir sur un tabouret face au bar.
    -Où sont-les autres ? demandais-je.
    -Pas encore là, répondit-il comme si je ne l’avais pas remarqué.
    Décidément, j’avais un étrange spécimen face à moi… Un silence pesant s’installa.
    -Que penses-tu de cette expédition ? lâcha soudain Busard.
    -Expédition ? Comment ça ?
    -Fear, ne me dit pas que tu crois encore que ce voyage sera une balade de santé.
    -Hein ? Mais de quoi… ?
    -« Tu as été choisi pour faire revivre notre race. Du Pérou à l’Atlantide, tu ne connaîtras pas le repos. Souviens-toi : tu ne peux échapper à ton destin, nul homme ne le peut… ». Ça te dit quelque chose ?
    -D’un coup, je fus pétrifié. Une angoisse sans nom s’empara de moi. Ce paragraphe, je l’aurais reconnu entre mille : il composait les mails que j’avais reçu avant mon départ. Voyant mon air ahuri, Busard continua :
    -Toi aussi tu les as reçus, n’est-ce pas ? La façon dont les phrases sont formulées ne te rappelle pas quelque chose.
    Bien sûr que ce style d’écriture me rappelait quelque chose. Mais je ne pouvais me résoudre à lâcher le morceau. VGM n’aurait jamais fait ça...
    -Tu refuses d’y croire ? Moi j’en suis sûr à 200%. C’est une énigme comme les fait VGM. Et cette énigme, je l’ai résolue…
    -Ta gueule ! lançai-je tout d’un coup en me levant. VGM n’aurait jamais fait ça ! Et puis merde, je suis venu ici en vacances, ne viens pas tout gâcher avec tes conneries !
    Je sortis de la pièce en claquant la porte, laissant Busard seul avec ses idées noires. Une partie de moi me soufflait qu’il n’avait pas entièrement tort. Mais je refusais d’y croire. Finalement, je chassai ces suppositions de mon esprit pour me demander où étaient passés les autres forumers.

    Leur avion atterrit cinq minutes plus tard. Bizarrement, ils étaient tous regroupés dans un seul appareil. Je reconnus Elli, en grande conversation avec Linoa. J’aperçus aussi Slezovic, qui parlait avec quelqu’un que je n’avais jamais vu. Je cherchais VGM du regard. Enfin, je le vis. Un frisson me parcourut l’échine lorsqu’il se dirigea vers moi. Il était accompagné d’un mec qui devait avoir à peu près son âge, et qui ressemblait trait pour trait à Harry Potter.

    Je vous passe la rencontre et les présentations, qui se passèrent dans une ambiance joyeuse et amicale. « Harry Potter » se nommait en fait Gaëtan, alias Gag_Jak. Il était soi-disant une bonne connaissance de VGM, et passait de temps en temps sur le forum. Finalement, tout le monde se rendit au « Calcutta Bar ». La rencontre des forumers avec Busard fut plutôt sobre. Bizarrement, il ne dit rien à VGM lorsque celui-ci vint lui serrer brièvement la main. Un serveur mystérieusement apparu nous demanda si on voulait quelque chose. Keviouk paya une tournée générale. L’ambiance était aux festivités. Finalement, ces vacances s’annonçaient bien mieux que prévues…

    Il était dix heures. La journée débutait à peine. L’ambiance était déjà excellente. Mais il semblait que VGM ait organisé une excursion en montagne, dans un des endroits les plus beaux de la région. Un guide vint nous chercher. Il portait un large chapeau mexicain et une tunique inca. Un fusil d’assez gros calibre était attaché dans son dos. Il semblait connaître parfaitement la région. C’est dans une bonne ambiance générale que le groupe se mit en marche.

    J’étais comme ivre. C’était une sensation étrange, à la fois plaisante et déplaisante. Je me trouvais au milieu d’un groupe de gens que je ne connaissais « réellement » que depuis quelques heures à peine, et à qui je parlais comme s’ils étaient des amis de longue date. Le guide avait un air assez sobre, ce qui lui donnait une certaine ressemblance avec Busard. Nous arrivâmes bientôt à l’hôtel qui nous servirait de logement durant cette semaine de vacances.

    Après avoir laissé nos bagages à la consigne de l’hôtel, nous nous tournâmes de nouveau vers le guide. Celui-ci nous emmena vers la montagne. L’ambiance était comme le temps : au beau fixe. La randonnée s’annonçait sympa, même si cette idée ne devait pas plaire à tout le monde.

    Nous marchions depuis une heure déjà et les premiers signes de fatigue commençaient à apparaître lorsque le guide annonça :
    -Nous y voilà ! Regardez autour de vous : les collines et les montagnes ont toutes le même relief et la même végétation. Sans moi, vous seriez condamner à errer jusqu’à la mort dans ces vallées sans fond. Mais cela n’arrivera pas de toute façon. Votre voyage s’arrête ici.
    Tout d’un coup, j’eus un mauvais pressentiment.
    -Comment ça ? répondis-je, surpris.
    Il eut un sourire sadique et dégaina son fusil en le pointant vers moi. Aussitôt, une vague de terreur me submergea.
    -À terre !!! gueula-t-il.
    J’étais pétrifié. Plus personne ne parlait. Apparemment, aucun de mes camarades n’avait bougé, car le guide reprit :
    -À genoux et les mains sur la tête !!! Celui qui ne s’exécute pas, je lui explose la cervelle !
    À une vitesse impressionnante, il chargea son arme et tira en l’air. La réaction fut immédiate. Tout le monde se jeta à terre, les mains par dessus la tête. Je fus le seul crétin à ne pas bouger. D’ailleurs, je ne pouvais pas bouger. J’étais entièrement bloqué. Enfin, mon cerveau m’envoya une information : « Fuis, sauve ta peau ! ». Tout mon organisme se débloqua d’un coup. Je me mis à courir comme un dératé, ne sachant même pas où j’allais. Le problème, c’est que je fonçais droit sur le guide. Je m’en rendis compte trop tard. Je le vis charger son arme. Je ne compris pas le danger mais mon corps, lui, le comprit. Je me jetai à terre involontairement, chopant les jambes de mon agresseur au passage. J’entendis une détonation et je sentis le projectile me frôler le cuir chevelu. À partir de ce moment, le mode « peur » laissa place au mode « fureur ». Je tirai violemment les jambes du guide vers moi. Celui-ci, déséquilibré, tomba sur l’arrière. Je me jetai aussitôt sur lui, l’assenant de coups de poing et gueulant quelque chose du genre « Crève bâtard ! Je vais t’exploser ta petite face de con ! ». Il me fallut une minute pour me calmer et me rendre compte que mes efforts étaient inutiles. Mon adversaire, en trébuchant, s’était heurté la tête contre un rocher coupant. Il avait l’arrière du crâne entièrement défoncé. Je me relevai, contemplant mon crime avec des yeux fous. Je n’arrivais pas à croire que je venais de commettre un meurtre. C’est à ce moment que je compris que Busard n’avait en effet pas tort : ce voyage ne serait sûrement pas une balade de santé…
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:43:05 Avertir un administrateur
  • Chapitre II : Lorsque les éléments se déchaînent :

    Alexey Yagoudin, 23 ans, célibataire. Tel est, ou plutôt tel était mon statut social. En effet, depuis que je m’étais embarqué dans ce maudit voyage, j’avais le pressentiment que rien n’allait plus être comme avant…

    La peur laissa place à l’étonnement. Je regardais Fear avec des yeux ébahis. Je ne savais que penser. Mon esprit était encore trop embrouillé. Lorsque le coup de feu avait retenti, je m’étais jeté à terre comme un lâche. Seul Jonathan était resté debout, face à l’agresseur. Il s’était conduit en héros. D’un côté, je savais qu’il nous avait sauvé la vie. Mais de l’autre, je ne pouvais m’empêcher de penser que c’était MOI, qui aurais dû accomplir cette action. Je ne me reconnaissais pas. M’enfin, pour l’instant, ce n’était pas la préoccupation principale. Apparemment, le guide était KO ; il n’était donc plus une menace. Je me relevai maladroitement. Autour de moi, les autres reprenaient également leurs esprits. Seul Fear restait sans bouger, devant le corps du guide. Il avait l’air pétrifié. Il me semblait que quelque chose clochait mais je n’y prêtai pas attention. J’essayais de faire le vide en moi, de respirer un bon coup l’air pur de la montagne. Mais je n’y arrivais pas. J’étais trop oppressé, stressé par l’ambiance de peur qui s’était abattu sur le groupe. Ce fut un cri strident qui me sortit de ma torpeur. Ce cri, en provenance d’Elli, m’avait soudain fait revenir à moi. Que se passait-t-il ? C’est alors que je compris : du sang coulait en abondance du cadavre du guide. Oui, cadavre, car l’homme n’était désormais plus de ce monde. Fear l’avait tué.

    -Putain tu l’as butté ! gueulai-je malgré moi.
    -Pas… pas fait exprès, bredouilla mon interlocuteur.
    Il était visiblement très éprouvé, et en proie à une véritable terreur. Il tremblait et on avait l’impression qu’il allait tomber, évanoui. Mais il avait apparemment un bon mental, et finit par reprendre le dessus.
    -Désolé, … murmura-t-il.
    -Désolé ? s’indigna Elli. Tu viens de nous sauver la vie !
    -Mais il l’a butté ! lançai-je d’une voix qui reflétait mon horreur.
    -Tu aurais préféré que ça soit toi qui y restes ? me cria Elli d’un air méprisant.
    Je ne sus que répondre, et de toute façon, je n’en avais pas la force. Comme tous les autres, j’étais très éprouvé et avais besoin d’un break.
    -On ferait mieux de faire une pause, diagnostiquai-je. Le temps de reprendre quelques forces. Même Busard ne protesta pas.

    On s’éloigna d’une centaine de mètres de la dépouille, avant de se poser et de manger quelques provisions afin de regagner un peu de force. Une petite brise s’était levée lorsque tout le monde eut plus ou moins récupéré. Il devint alors évident qu’une décision devait être prise. Busard commença :
    -VGM, c’est toi qui nous as foutu dans ce merdier, j’espère que tu sais comment s’en sortir.
    -Ce n’est pas moi qui ai toujours réponse à tout, ironisa l’intéressé. Et puis je n’ai jamais fait que choisir une excursion, je ne suis pas responsable de ça !
    -Tu veux que je te prouve que tu es responsable ?
    -Ferme-la si tu ne veux pas te faire défigurer sur le champ.
    -Qu’il fait peur, du haut de ses 16 ans…
    -Je vais te…
    -STOP ! hurla soudain Elli. Julien n’est en aucun cas responsable de ce qui est arrivé, et si tu n’as aucune solution à notre problème Busard, tu la fermes !
    -J’ai pas tout suivi, interrompis-je. Je ne vois pas en quoi on a un problème. Il n’y a qu’une chose à faire : lever le camps d’ici et retourner à Lima.
    -T’aurais mieux fait de rester muet, m’agressa Busard. Ça t’arrive de regarder autour de toi ?
    Il est vrai que je n’avais prêté absolument aucune attention au paysage, ce qui d’un certain côté était légèrement logique vu les circonstances actuelles. Et c’est avec horreur que je compris ce que voulait dire Busard : tout était pareil. Tous les vallons, tous les rochers, toutes les montagnes alentour, étaient identiques.
    -Putain c’est quoi ce délire, jurai-je. On ne pourra jamais retourner en arrière ! On va se perdre à coup sûr.
    -Je ne pense pas que rester ici soit une meilleure idée, répliqua VGM. De plus, pendant que nous discutons, le vent se lève. Je n’aime pas ça.
    Il avait raison, je le savais.
    -Qui se souvient par où on est arrivé ? lança-t-il. Busard, tu dois sûrement le savoir n’est-ce pas ?
    -Oui, répondit celui-ci. C’est par là.
    Il désignait du doigt quelques arbustes dont l’espèce avait proliféré un peu partout. Il m’impressionnait, mais je me méfiais de la véracité de ses propos.
    -Rien à ajouter ? demanda VGM.
    -Si.
    Fear, qui s’était tu durant toute la discussion, avait parlé d’une voix dure et résignée.
    -On va laisser le corps du guide ici, on ne peut pas s’en encombrer. Mais je le fouillerai avant de partir. Dois-je vous rappeler qu’il voulait nous tuer ? Ses poches contiennent peut-être des informations intéressantes. Et puis je prendrai sa carabine, ça peut toujours servir.
    -C’est une mauvaise idée…, commença Linoa.
    -Ma décision est prise, vous ne pourrez m’empêcher de fouiller le cadavre.
    Et il partit en direction de la dépouille, à une centaine de mètres du groupe. Personne ne l’accompagna.

    Je profitai de ce moment pour regarder les personnes qui m’entouraient, chose que je n’avais pas pris la peine d’effectuer auparavant. Etaient présents Elli, Slezovic, Busard, VGM, Jojo, Flo, Jaws, Darklife, Linoa, Alphonse et Harry Potter. En me comptant ainsi que Fear, nous étions en tout 13 forumers perdus au milieu des montagnes Péruviennes. Treize, un chiffre porte-bonheur, ironisai-je tout seul.

    Après cinq minutes de réflexion, je me décidai à me lever pour rejoindre Fear. Il était occupé à lire un document, sûrement soutiré des poches du guide.
    -Du nouveau ? demandai-je.
    -Mouais. Cet enfoiré faisait parti d’une organisation secrète. Une secte à mon avis. J’ai trouvé ce télégramme dans sa tunique :
    « Cher assassin, le jour approche. Ils sont en route. Vous connaissez leur lieu de rendez-vous. Tuez le vrai guide avant de les rejoindre. Puis emmenez-les là où vous savez pour faire ce que vous savez. Vous avez toute ma confiance. Notre réussite à tous dépend en ce moment de votre réussite à vous. Ces humains sont les seuls à pouvoir nous nuire. Ils doivent être éradiqués ! Mon second s’occupera d’aller chercher l’objet. Tenez-vous en à votre mission. Vous ne pouvez pas échouer ! »
    -Putain, je pige pas grand-chose mais ça à l’air sérieux ! Il y a une signature ?
    -Oui : Jacqueline, « présidente de la société ».
    -Présidente de quelle société ?
    -J’en sais rien moi ! s’emporta Fear. Bordel, j’y pige rien à ce message !
    -Et, … Il y avait autre chose dans ses poches ?
    -Ouais. Une bonne centaine de cartouches pour fusil et une trousse de premier secours.
    -Je comprends de moins en moins…, soupirai-je. Retournons auprès des autres leur faire part de ta découverte.

    À peine avions-nous rejoint le groupe que Busard nous lança :
    -Putain vous en avez mis du temps ! Le vent a triplé en puissance pendant que vous discutiez ! Il faut partir et vite !
    -Nous avons trouvé quelque chose d’étrange…, commençai-je.
    -Plus tard, tonna le rapace. Si nous ne nous dépêchons pas de partir d’ici, nous serons bientôt coincé sous une tonne de neige !
    -De la neige ??? Mais il fait trop chaud pour…
    -Encore une fois, t’aurais mieux fait de fermer ta gueule ! me lança-t-il violemment. Tu ne connais rien au climat Péruvien. Allez, on lève le camp.
    Je renonçai à discuter. Il m’exaspérait. Mais ce qui m’énervait le plus, c’est qu’à mon avis il n’avait pas tort…

    On suivit Busard dans un calme impressionnant. Tout le monde était trop extenué pour pouvoir contredire quoi que ce soit. Seul le bruit du vent, de plus en plus violent, nous massacrait les tympans. Au début, je pensais qu’on allait dans la bonne direction, ne me fiant pas trop au paysage. Mais la vérité nous tomba dessus en même temps que nous retombions sur le cadavre du faux guide : nous tournions en rond.
    -Putain Busard ! gueulai-je. Tu nous emmènes n’importe où ! On est perdu !
    -On est condamné à mourir ici, se lamenta Jojo.
    - Vos gueules ! lança le pessimiste. Vous croyez pouvoir faire mieux que moi ? Alors allez-y !
    J’étais tellement furax contre lui que je pris la tête du groupe pour me diriger vers une pente, totalement au hasard. Je savais que c’était stupide, mais je ne me contrôlais plus. Cet endroit me faisait péter les plombs.

    Je ne fis pas mieux, loin de là. On finit par se retrouver dans un lieu totalement inconnu. Le désespoir atteint son comble lorsque les premiers flocons commencèrent à tomber.
    -On est foutu ! lança Slezovic.
    -Attendez, s’illumina d’un coup VGM. Regardez là-bas, on dirait l’entrée d’une caverne.
    En effet, on distinguait un renfoncement dans la montagne. Nous nous jetâmes alors tous en avant sous les tonnes de neige tombant du ciel. Lorsque nous arrivâmes devant l’endroit en question, couvert de neige de la tête aux pieds, ce fut pour pousser un soupir de découragement, mêlé à de la terreur.
    -Cette fois, on est cuit…, se lamenta Jojo.
    -Gelé, plutôt, ironisa Darklife.
    Devant nous se dressait une porte de plusieurs mètres de haut, obstacle infranchissable. Tout le monde commençait à paniquer. Tout le monde sauf Busard et VGM. Ces deux là avaient l’air d’avoir eu une révélation.
    -On est sauvé, murmura Julien.
    Cette fois, je n’avais plus aucun doute. Il avait complètement perdu la boule. Mais le pire était encore à venir : Il se jeta sur la porte et commença à l’escalader, improvisant des prises. Busard avait l’air de comprendre, mais il se tut. La situation était pitoyable. La moitié du groupe se lamentait sur son sort, persuadé qu’il allait mourir. Quant à VGM, il était arrivé en haut et n’en menait pas large. Mais à vrai dire, je ne devais pas être mieux, couvert de neige, la vue troublée par les flocons tourbillonnant dans la tempête. Mais je voyais suffisamment pour suivre VGM des yeux. Et ce qu’il fit à ce moment là me figea de stupeur. Il me sembla qu’il appuyait contre une pierre constituant la porte. Aussitôt, un terrible grincement se fit entendre : la porte s’ouvrait. D’un coup, j’abandonnai toutes mes pensées, n’ayant plus qu’une idée en tête : me précipiter dans la caverne. Les autres avaient apparemment la même intention. Lorsque je franchis l’enceinte en courant, les battants se refermaient déjà. Moins de dix secondes plus tard, la porte était de nouveau close. Le noir était absolu. Personne ne parlait. Plus que le silence et l’obscurité, c’était la chaleur qui frappait. Il devait ici faire une dizaine de degrés de plus qu’à l’extérieur. J’entendais mes compagnons reprendre leur souffle à mes côtés. Lorsque mon rythme cardiaque se fut enfin calmé, une étrange sensation me submergea. J’avais l’impression d’avoir manqué quelque chose. Et c’est alors que la vérité m’apparut : VGM n’avait pas pu entrer. La porte était restée ouverte une vingtaine de secondes tout au plus, temps largement insuffisant pour redescendre et se glisser dans l’ouverture. C’est alors qu’un pressentiment, mélange de peur et d’incompréhension, me traversa l’esprit. Et si VGM nous avait volontairement enfermé à l’intérieur ?
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:43:30 Avertir un administrateur
  • Chapitre III : L’entrée du cauchemar :

    J’allais mourir… Telle était la pensée qui occupait actuellement mon esprit, submergeant toutes les autres. Le froid, la fatigue, le découragement, je ne ressentais plus rien de tout cela. Mais ce que j’éprouvais en ce moment même était bien pire. Je regardais la porte close et immobile se trouvant sous mes yeux d’un air las. La neige continuait de tomber, me recouvrant petit à petit. Alors que mes paupières tombaient d’elles-mêmes, une pensée me traversa l’esprit. Une pensée indescriptible, qui regroupait tous les éléments de ma vie jusqu’à ce point. D’un coup, je me sentis revivre. Je relevai la tête et tentai de m’extirper de l’entité blanche. Non, je ne pouvais pas mourir. Pas moi, VGM, avec mes principes à la con et ma vantardise à deux balles. Non, je ne pouvais pas mourir. Avec la rage du désespoir, je me dégageai de l’étreinte mortelle de la neige pour me diriger vers la porte. Mon dernier espoir résidait à l’ouvrir, puis à la franchir. Je tentai de nouveau l’escalade, mais mes doigts dérapèrent contre la paroi gelée. Je me lançai de nouveau à l’assaut. Comme si le gel n’était pas un obstacle suffisant, les énormes flocons me repoussaient inexorablement vers le bas. Grillant mes dernières ressources d’énergie, je plantai mes ongles dans la pierre, puis me hissai de toute la force de mes bras le long des corniches. Dans un dernier élan, je m’élevai au niveau de l’interrupteur, l’enfonçai d’un féroce coup de poing puis lâchai prise. La chute ne fut pas douloureuse. Du moins, je ne sentis rien. Je m’extirpai du manteau neigeux à moitié inconscient, puis me jetai sur le sol dur de la caverne. Je sentis une vague douleur au niveau de ma colonne vertébrale, puis tout devint noir…

    Une silhouette floue se dessinait devant mes yeux. Son sourire angélique, mélange de crainte et de soulagement, provoqua en moi une bouffée d’énergie. La brume qui occultait mes yeux se leva et je pus enfin voir clair. Néanmoins, je ne savais toujours pas où je me trouvais. D’ailleurs, je ne savais même pas qui j’étais. Bizarrement, je ne sentais aucun membre de mon corps. Je voyais les lèvres de la jeune femme s’agiter, mais je n’entendais aucun son. Soudain, l’ange sortit de mon champ de vision pour laisser la place à quelque chose de bien moins ragoûtant ; certainement un homme. Mais mon esprit embrouillé n’eut pas le temps d’y réfléchir. Je sentis ma tête être ballottée dans tous les sens, puis un liquide frais vint inonder mon visage. Alors seulement, tout me revint en mémoire. Les vacances, le Pérou, Lima, le guide, la tempête de neige, la porte… D’un coup, je sentis de nouveau mes bras et mes jambes. Mes oreilles captaient de nouveau du son. Mais mon cerveau avait apparemment du mal à analyser toutes ces nouvelles données. Je n’entendais qu’un brouhaha incessant et irritant. Je me redressai et regardai mes compagnons d’un air vague. Oui, car c’étaient mes compagnons qui m’entouraient. Et la personne que j’avais prise pour un ange n’était autre qu’Elli. Au bout de quelques minutes, je réussis enfin à décrypter les sons qui tourbillonnaient autour de moi.
    -Julien, ça va ? me lança Gaëtan.
    -Lorsque tu es rentré, tu as heurté le sol si violemment que ta tête a fait une embardée contre le mur, reprit Linoa. Tu as de la chance d’être encore en vie.
    Je voulus leur répondre, mais rien ne sortit de ma bouche.
    -Merde, son cerveau a été bousillé, se lamenta Jojo. Nous sommes foutus. S’il connaissait l’interrupteur caché, c’est qu’il devait connaître la région.
    -Mais non, espèce de crétin, lui répondit Busard. Il n’était jamais venu ici avant aujourd’hui.
    Je regardai toujours les autres d’un air de dégénérer. J’avais repris toutes mes facultés mentales, mais mon corps, lui, ne suivait plus. Je réussis néanmoins à me lever. Je pris quelques secondes pour respirer, puis me dirigeai d’un pas incertain vers les entrailles de la caverne.
    -Mais où est-ce qu’il va, ce con ? ragea Alphonse, dont les nerfs étaient à vif.
    -Ce con, comme tu le dit si bien, susurra Busard, sait très bien ce qu’il fait. Si vous voulez attendre que quelqu’un vienne vous ouvrir la porte, c’est votre problème. Je ne prendrai pas ce risque.
    Je ne me retournai pas, mais je pus comprendre que mes compagnons étaient tous d’accord avec Busard, bien qu’ils eussent du mal à se l’avouer eux-mêmes.

    Malheureusement, je ne savais pas vraiment ce que je faisais. Ma terrible théorie s’était jusqu’à présent révélée vraie. Si elle continuait dans ce sens, alors un pas de plus pouvait signer mon arrêt de mort. Mes pieds s’arrêtèrent d’eux-mêmes. Je tournai lentement la tête. Le reste du groupe avait également stoppé sa marche. Je regardai Busard d’un regard perçant, visible même dans l’obscurité qui nous entourait, puis je levai doucement ma main jusqu’à mes abdos, puis jusqu’à ma tête, avant de la redescendre au niveau des abdos. Je vis mon interlocuteur acquiescer d’un air grave. Il m’avait compris. Je voulus m’accroupir convenablement, mais je ne maîtrisais pas encore très bien mes mouvements, et je m’affalai sur le sol de pierre. Néanmoins, je finis par reprendre le contrôle de mon corps, et me mis à avancer en rampant.
    -Faites comme VGM ! cria Busard. Sinon, vous ne verrez plus jamais le jour se lever.
    -Et pourquoi ? scanda Alexey. Je ne te fais pas plus confiance à toi qu’à ce malade mental. Vous êtes tous fou ! Qu’est-ce qu’il y a à craindre ? Dites-le nous au lieu de vous faire des gestes dénués de sens !
    -Si tu tiens à vivre encore un peu, fais ce que je te dis, répondit Busard d’un ton autoritaire.
    Mais Alexey ne l’entendait pas ainsi. Et pour montrer qu’il ne se soumettrait pas, il avança d’un pas déterminé vers le piège mortel.
    « Mais quel con », pensai-je intérieurement.
    Busard, quant à lui, regardait le jeune homme se tailler un chemin vers sa propre mort sans rien dire, attendant l’inéluctable. Je ne pouvais laisser faire ça ! Alors qu’il passait à ma hauteur, je me relevai, l’attrapai, et le plaquai contre le mur. Dans mon élan, je réussis à crier quelque chose qui ressemblait à « Non, ne fais pas ça ! ».
    -Ôte-toi de mon chemin VGM, ou je te réduis en charpie.
    En temps normal, j’étais sûr de pouvoir le maîtriser. Mais sachant que je n’étais pas dans mon état normal, je doutais ma force. Voyant que je ne bougeais pas, il me balança un violent coup de coude dans les hanches, me faisant tressaillir. Il m’avait fait mal, terriblement mal. Et ça, je ne pouvais le tolérer. Je lui assénai un énorme uppercut avant de l’enchaîner en le criblant de coups. Je ne me reconnaissais pas. Ma fureur était telle qu’il me semblait que j’aurais pu affronter une armée entière. J’entendais des voix crier et protester derrière nous, mais je n’en avais cure. Finalement, Alexey, finit par échapper à ma mortelle étreinte et me tourna le dos avant de s’enfuir, mort de terreur. Il s’était enfui dans le mauvais sens… Mais ceci, je ne le sus que lorsque j’entendis le mécanisme grincer et le piège se déclencher. Une seconde plus tard, un cri déchira l’obscurité. L’inéluctable était arrivé. En voulant protéger Alexey, je l’avais tué. La première victime… Mon instinct me soufflait qu’il y en aurait encore beaucoup d’autres…
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:44:24 Avertir un administrateur
  • Chapitre IV : Péripéties Caverneuses :

    Je regardais devant moi, les yeux hagards. L’affreux bruit mécanique et l’atroce cri d’Alexey résonnaient dans ma tête. J’étais pétrifié de terreur. Je n’osais plus avancer. D’ailleurs, tout mouvement me semblait impossible à réaliser. Ce fut Elli qui bougea la première. Elle fit un pas en avant, puis se mit à courir dans la direction où Alexey avait disparu. Elle fut stoppée par VGM. Celui-ci se prit immédiatement une gifle, qu’il encaissa en silence.
    -Laisse-moi passer ! hurla Elli.
    Elle se débattait mais Julien la retenait fermement tout en restant muet. Il jeta un regard noir à Busard qui se décida enfin à parler.
    -Il y a devant vous un piège mortel. Nous ne pouvons prendre le risque d’avancer à l’aveuglette.
    Elli cessa de bouger, toujours dans les bras de VGM. Il y eut un moment de silence pesant. C’est alors que j’entendis un petit cri plaintif, sorte de gémissement, provenant de l’autre bout de la grotte.
    -Il est vivant ! m’écriai-je interloqué.
    Aussitôt, je compris que le moment que j’attendais tant, celui où je serais enfin utile pour le groupe, était arrivé. Je ramassai immédiatement quelques branches éparpillées sur le sol et les regroupai en un seul tas, heureux de servir enfin à quelque chose. Je pouvais sauver la vie de quelqu’un, et je ferai tout pour y arriver. L’occasion que j’attendais depuis si longtemps pour prouver mon importance s’était enfin présentée. Je ne la laisserai pas filer.
    Je sortis mon briquet de la poche de mon jean délavé et fis apparaître une flamme bleuâtre. J’approchai le feu du bois. Celui-ci, extrêmement sec, s’enflamma immédiatement, inondant la caverne d’une douce et chaleureuse lumière. Pour la première fois depuis notre arrivée dans la grotte, nous pûmes explorer les lieux.

    Nous étions dans une sorte de tunnel, haut d’environ trois mètres et large d’autant. Le corridor s’enfonçait dans les entrailles insondables de la montagne. Derrière nous, la porte était immuable et semblait faite de la même roche que le reste des murs. Ceux-ci, d’une couleur grisâtre, étaient grossièrement taillés de façon à former un plafond en forme d’arche. Le sol, de la même consistance que les murs, était couvert de débris, essentiellement des pierres et des branches.

    Je m’arrachai à ma contemplation de la caverne et saisis une branche plus humide, qui brûlait moins ardemment que les autres, et se consumait donc plus lentement. Je venais de créer une torche. J’étais fier de moi.
    -Flo, tu es un génie ! s’émerveilla Jaws.
    Un sourire se dessina sur mes lèvres. Même dans la pire des situations, un compliment fait toujours chaud au cœur.
    -Allez-y, servez-vous, dis-je aux autres en désignant le tas de bois incandescent.
    Je ne pus m’empêcher de remarquer à quel point le groupe était silencieux. J’en déduis que la plupart somnolaient, complètement fatigué par le voyage et les épreuves que nous avions endurées.

    Elli se précipita sur le feu, suivie par le reste du groupe, avant de s’avancer d’un pas rapide vers le blessé. Je marchai sur ses talons et pus observer le désastre : Alexey gisait sur le sol, un épieu d’une cinquantaine de centimètres figé entre ses côtes. Emeline poussa un petit cri et se précipita vers lui, oubliant toute prudence.
    -Attend ! criai-je affolé.
    Mais il était trop tard. Le mécanisme s’était une nouvelle fois actionné. C’est alors que je compris le fonctionnement du piège. Une dalle de deux mètres de long et occupant toute la largeur du couloir venait de s’enfoncer sous les pieds de la jeune femme. Elle était couverte de poussière et de débris, presque invisible. Ce qui suivit fut si rapide que je doutai de la réalité de la chose. Trois trous superposés apparurent sur la paroi de droite. Aussitôt, trois épieux sortirent de chacun des trous et filèrent à une vitesse hallucinante vers l’autre mur où ils disparurent. Souple, Elli avait été assez rapide pour les éviter. Je soupirai, rassuré.
    -Piège classique à base d’une force actionnant un mécanisme d’ouverture, d’expulsion et de fermeture, récita Busard. Il faut être stupide pour s’être fait avoir.
    Et d’un bond, il atterrit à côté d’Elli et d’Alexey. J’avais envie de l’étriper, mais je me contins. Emeline avait doucement retiré l’épieu du ventre du jeune homme et un flot de sang s’écoulait de la plaie béante.
    -Il est mourant, reprit Busard d’un ton neutre. Il faut avant tout stopper l’hémorragie, puis bander la blessure avec un tissu. Mais nous ne pouvons pas nous attarder ici.
    Comme toujours, mon désir de rendre service se manifesta. Je sautai habilement par-dessus le piège de m’approchai du blessé. Je retirai immédiatement mon pull — inutile vu la chaleur régnant ici — et épongeai la blessure. Alexey, au bord de l’évanouissement, se laissa faire. Il faisait affreusement chaud et mon pull serait plus utile sur le blessé que sur moi. Du moins le pensais-je…

    Un quart d’heure plus tard, Alexey était sur pied, soutenu par Elli. Le reste du groupe avait passé le piège tandis que j’improvisais un bandage. Nous nous décidâmes enfin à reprendre la marche, dans un silence absolu.

    Presque toutes les torches étaient éteintes lorsque nous arrivâmes à un embranchement éclairé par un trou dans le plafond.
    -C’est une sortie ! m’écriai-je plein d’espoir.
    -Ça m’étonnerait, marmonna Darklife.
    Avant qu’on ait pu débattre de la situation, VGM avait atteint l’ouverture grâce à une de ses acrobaties dont il avait le secret. Une appréhension me noua l’estomac lorsque je le vis disparaître. Et s’il ne revenait pas ?

    Mais il revint.
    -C’est une fenêtre, pas une porte, annonça-t-il.
    Sa voix grave me cloua sur place de stupéfaction.
    -Tu… Tu parles ! balbutiai-je.
    -Oui, il semblerait que le vent qui souffle là-haut ait eu un effet bénéfique.
    Il s’arrêta, puis reprit :
    -En haut, on se retrouve encerclé par quatre murs hyper lisses. C’est une sorte de cheminée de deux cents mètres de haut.
    J’avais du mal à croire à cette guérison miraculée, comme j’avais du mal à croire à cette histoire de cheminée. Mais je ne pouvais pas aller vérifier.
    -C’était prévisible, intervint Busard. Ce tombeau est fait pour que personne n’en ressorte.
    -Un tombeau ? demandai-je étonné. Qui y repose ?
    -La question n’est pas qui y repose. Mais qui y reposera bientôt…
    Et il s’éloigna, me laissant comprendre ces terribles paroles.

    Le sommeil me fuyait. J’étais pourtant exténué. Autour de moi, tout le monde dormait. Le silence était total. Seul le crépitement du feu se faisait entendre. Nous avions dressé un camp sommaire dans une salle sans sortie et large de plusieurs dizaines de mètres. À l’intersection, VGM avait déclaré que le chemin continuait à gauche. Elli nous avait donc fait continuer tout droit pour aboutir à cette gigantesque pièce. Tout le monde était crevé. Chacun avait alors mangé ce qu’il lui restait dans son sac, et Jojo avait clamé une mortelle évidence :
    -Nous sommes condamnés ! avait-il dit. Si ce n’est pas un piège qui nous tue, nous mourrons de faim !
    Il avait raison. Nous le savions tous, mais personne n’avait relevé. Je m’étais ensuite occupé à faire le feu. À ce moment-là, les trois quarts du groupe, égoïstes, dormaient déjà. Encore éveillé, Fear avait alors désinfecté la plaie d’Alexey grâce à la trousse de soin trouvée sur le cadavre du guide. Quant à moi, je n’arrivais pas à m’endormir, trop préoccupé par notre situation. Je tournai et retournai dans ma tête les évènements qui venaient de se produire. L’avion, le guide, cette mystérieuse lettre, la tempête, la porte, le piège, la sortie inaccessible. J’avais l’impression que j’étais passé à côté de quelque chose d’important, mais je ne pouvais déterminer quoi. Mes yeux se fermaient lorsque je perçus une légère agitation. Je me redressai doucement et aperçus alors une ombre dans le camp. Je la vis attraper un sac à dos puis enjamber quelques dormeurs avant de disparaître dans l’obscurité. Un frisson me parcourut l’échine. Était-ce un forumer ? Ou autre chose ? …

    J’hésitai un instant, puis me levai et me lançai à la suite de l’ombre. Une minute plus tard, je regrettais mon choix. Je n’y voyais rien. Au loin, la lueur du feu me suppliait de revenir près du camp, comme si elle avait détecté un danger imminent. Ma respiration s’accéléra. J’avais les mains moites et de la sueur coulait le long de mon cou. J’avais peur. Perdu dans la nuit et mort de trouille, j’allais rebrousser chemin lorsqu’une main ferme se posa sur mon épaule.

    Je sursautai et laissai échapper un cri de frayeur. Aussitôt, une main me bâillonna, m’empêchant de respirer. Je voulus me dégager mais mon agresseur était fort, beaucoup trop fort.
    -Ta gueule, Flo ! me souffla-t-il.
    Aussitôt, presque toute la pression retomba. J’avais reconnu la voix de VGM. Il me lâcha et je l’apostrophai vivement :
    -Putain mais qu’est-ce que tu fous là ? !
    -Primo, je fais ce que je veux et segundo, si je t’ai laissé me suivre, c’est qu’il y a une raison. Alors ferme-la et suis-moi.
    La réplique avait été tranchante et d’un ton sans appel. Je restai là, pantois, sans pouvoir répondre. Devais-je le suivre ? Il était peut-être fou. Il était même peut-être dangereux. La raison me soufflait de m’enfuir à toutes jambes et de retourner au camp. Mais la curiosité, cette putain de curiosité dont je n’arrivais pas à me débarrasser, fut encore plus forte. Et puis la raison n’avait pas sa place ici. Dans cette caverne perdue du bout du monde, la raison n’existait plus. J’acquiesçai en silence. Aussitôt, VGM se retourna et disparut à ma vue. Je me jetai à sa suite et finis par le réapercevoir. Je me mis à le suivre, ne le quittant pas des yeux. Nous nous retrouvâmes bientôt à une extrémité de la pièce. Au-dessus de nous, à deux mètres de hauteur, se tenait une fissure large d’un mètre et haute de cinquante centimètres. Hormis VGM et le mur, c’était la seule chose que je voyais.
    -Comment tu fais pour voir quelque chose et te diriger dans cette obscurité ?! lançai-je soudain.
    -Sache simplement que je n’y vois pas plus que toi, me répondit Julien d’un ton neutre.
    Il sembla réfléchir puis désigna la faille du doigt.
    -Passe le premier, reprit-il.
    Cette fois, il me sembla clair qu’il était fou.
    -Non, répondis-je simplement.
    -Comme tu veux, mais ne te plains pas si tu as du mal à grimper sans aide.
    Et il sauta sur le mur avant de s’enfoncer dans la fissure avec une agilité qui n’avait rien d’humaine. Je n’avais absolument pas l’intention de le suivre. C’était un fou, un demeurer mental, un psychopathe dégénéré ! Néanmoins, j’attendis son retour. Trente minutes plus tard, il n’était toujours pas là…

    Après une heure d’attente, rongé par l’angoisse, je me lançai sur la paroi. En fait, je m’étais trompé. Le malade mental, c’était moi. Mais putain de bordel de merde pourquoi je faisais-je donc ça ? J’avais l’impression de ne plus être moi-même.

    J’eus beaucoup de mal à me glisser dans la fissure. Lorsque j’y parvins, j’étais totalement épuisé. L’anfractuosité était tellement étroite que je l’occupais entièrement. Je me mis à ramper, m’écorchant contre la pierre. Je ne pourrais plus faire demi-tour. De nouveau, la panique s’empara de moi. L’air était déjà plus rare. Et si je mourais étouffé, coincé, sans pouvoir bouger ? Ce serait une mort lente, atroce. Je repoussai la peur du mieux que je le pus. Céder à la panique était bien souvent synonyme de signer son arrêt de mort.

    C’est avec un soupir de soulagement que je vis que la fissure s’élargissait. En réalité, je n’avais dû parcourir qu’une dizaine de mètres, mais la progression avait été difficile. J’avais l’impression d’être resté des heures dans le tunnel. Je sortis enfin de la fissure. Le vent et le froid m’assaillirent aussitôt, alors que je restais stupéfait devant le spectacle qui s’offrait à moi.
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:45:05 Avertir un administrateur
  • La pièce était d’une beauté extraordinaire. D’environ cinq mètres sur trois, elle possédait des murs sculptés avec une rare finesse. Les motifs étaient variés et je les identifiais comme étant d’origine inca. Mais ce qui retenait avant tout l’attention, c’était la neige. La salle était d’une blancheur immaculée. Les murs étaient recouverts de givre et le sol supportait trente centimètres de neige. Un vent glacé parcourait la pièce. Éberlué, je cherchai l’origine de la brise. Je découvris bientôt un énorme trou dans le mur de droite. À l’intérieur, un tunnel montait en pente douce. « Une sortie », pensai-je stupéfait.
    -N’y compte pas trop.
    La voix de VGM me fit sursauter. Je me retournai vivement. Il se trouvait devant moi, au milieu de la salle. Derrière lui se tenait deux statues représentant des monstres, gueule ouverte. Comment avais-je pu les manquer ? Un frisson qui n’était pas dû au froid me traversa.
    -J’ai bien cru que tu ne viendrais pas, continua Julien.
    -Il y a une échappatoire ! criai-je.
    VGM eut un rictus qui me fit frémir.
    -Si tu t’aventurais dans ce tunnel, tu mourrais congelé. Il a été astucieusement construit de façon à concentrer le froid extérieur. Il y règne une température largement inférieure à zéro degré. Et puis, peu de personnes pourraient se glisser dans la faille pour arriver ici.
    -Mais bordel comment tu sais ça ?
    Il se retourna et s’avança vers les deux statues.
    -Tu préférerais ne pas le savoir, murmura-t-il plus pour lui-même que pour moi.
    Je le regardai en tremblant. Il commençait sérieusement à me faire flipper.
    -Tu… Tu n’est pas normal, balbutiais-je.
    Il fit volte-face et me fixa intensément. Ses yeux brillaient d’une lueur malsaine.
    -Je ne le suis plus.
    Je tressaillis. Je me sentais de moins en moins bien. Mais pourquoi l’avais-je donc suivi ? Il fit face à la statue de gauche et plongea son bras dans la gueule de la bête. Je hoquetai de surprise. J’attendis mais, à ma grande surprise, aucun piège ne se déclencha. Lorsqu’il retira sa main, il tenait de la viande congelée entre les doigts.

    -Ne pose pas de question ! cria-t-il d’un air féroce.
    Tout ça me dépassait. J’avais envie de vomir. Malgré mon sang froid, mes nerfs étaient à bout. VGM avait posé son sac à dos à ses pieds et y entreposait la viande.
    -Viens m’aider, ordonna-t-il.
    Comme je ne bougeais pas, il soupira et replongea sa main dans le ventre de la statue. Dix minutes plus tard, il bouclait son sac. Je n’avais pas bougé. J’étais horrifié.
    -Nous n’allons pas manger ça ! criai-je écœuré. Ça doit faire des milliers d’années que c’est entreposé ici !
    -Tu préfères mourir de faim ? Cette salle est un frigo géant. Cette viande est aussi fraîche qu’il y a mille ans.
    Je n’étais absolument pas convaincu.
    -Et cette statue ? demandai-je en désignant l’animal de droite. Il n’y a pas de viande à l’intérieur ?
    VGM éclata d’un rire sourd. Il ramassa une branche gelée aussi dure que du béton armé et essaya de la briser en deux, sans succès. Satisfait, il se dirigea vers l’animal de pierre et y plongea sa trouvaille. Aussitôt, la gueule se referma, sectionnant d’un coup sec le bout de bois. Je laissai échapper un cri. Cette fois, c’était trop. La fatigue, le stress, l’effort, la peur, … Tout cela accumulé sans doute. Je me mis à trembler, puis me retournai et me jetai dans la fissure. Je m’écorchai à vif contre la pierre et me cognai de partout, mais je n’en avais cure. À peine avais-je atteint le campement que je m’écroulai avant de tomber dans les abysses du sommeil.

    Le réveil fut difficile. L’énorme trou au-dessus de ma tête diffusait une lumière chaleureuse, mais mon dos était meurtri et des courbatures me laminaient de partout. Néanmoins, la nuit, aussi courte fut-elle, avait été bénéfique. Je me sentais beaucoup mieux. Je me souvenais mal de ce qui s’était passé durant la nuit, ce qui amena immédiatement une question vitale : avais-je rêvé ou vécu ces évènements ?

    Autour de moi, les forumers se réveillaient également. Après de brefs échanges amicaux, chacun mangea rapidement les dernières provisions qui lui restait. Un rapide coup d’œil envers VGM m’apprit qu’il mangeait une barre de céréales, et non un morceau de viande. Je soupirai, rassuré. Nous allions lever le camp lorsque Darklife interrompit le silence presque total.
    -Je crois qu’il faudrait nous réunir pour décider de la suite des évènements.
    -La seule chose à faire, répliqua Busard, c’est survivre.
    Il commençait à me pomper sur les nerfs celui-là, avec ses phrases énigmatiques et son ton supérieur. Il toisa alors le reste du groupe pour vérifier que personne n’osait le contredire. C’en était trop. J’ouvris ma bouche mais Elli parla avant moi.
    -Nous ne pouvons partir maintenant, dit-elle simplement. L’état d’Alexey a empiré durant la nuit. Il faut recoudre sa plaie.
    Alexey ! Je l’avais complètement oublié celui-là. Un sentiment de culpabilité étrange monta en moi.
    Busard eut un rictus.
    -Et comment, madame l’infirmière ?
    -Je suis étonnée que Monsieur Je-Sais-Tout ne sache pas ça ! répliqua Emeline, ses yeux lançant des éclairs.
    -STOP !
    La voix avait été à la fois creuse et profonde, faible et forte. Mais elle était déterminée. Alexey avait parlé. Tous les regards se tournèrent vers lui. Il avait piètre allure. Ses vêtements étaient maculés de sang séché, le bandage était déchiré et ses yeux étaient globuleux et fatigués, comme s’ils s’apprêtaient à s’éteindre pour toujours. Au prix d’un terrible effort, il se redressa et s’assit. Elli s’approcha immédiatement de lui pour le soutenir mais il la repoussa sans ménagement.
    -Non, Émeline. Il est trop tard désormais. Je suis aux portes de la mort… Je suis perdu.
    -Mais…
    -Non, laisse-moi finir. Tu dois partir avec eux et me laisser ici. Je ne veux pas que tu subisses le même sort que moi. Tu dois vivre !
    Une larme, suivie de beaucoup d’autres, coula sur le beau visage d’Elli. Mes yeux étaient également humides. Même le reste du groupe semblait triste et affligé. Tout le monde compatissait. Enfin non, pas tout le monde. VGM regardait le mourant avec un sourire carnassier non dissimulé. Comme il avait changé depuis le début de l’aventure… Quant à Busard, il était toujours aussi inexpressif.

    Elli se rapprocha alors de l’oreille d’Alexey et lui chuchota quelque chose que je n’entendis pas. Lorsqu’elle se redressa, un maigre sourire s’affichait sur le visage du jeune homme.
    -Je te le promets, souffla-t-il. Adieu Hanatsuki.
    Cette réplique sembla remonter légèrement le moral d’Elli et un triste sourire apparut sur son visage, grain de soleil au milieu d’une pluie de larmes.
    -Partez maintenant, ordonna-t-il. Bonne chance.
    Et il tomba, les yeux clos.
    -Il… hoqueta Demir, il est…
    -Non, l’interrompit Busard. Pas encore. Épargnons-nous d’éternelles souffrances et partons.

    La marche fut silencieuse, mais je ne m’en rendis pas compte, perdu dans mes pensées. Je me contentais de suivre le groupe, sans regarder où nous allions. Je me rappelais sans cesse les terribles paroles de Busard. « La question n’est pas qui y repose. Mais qui y reposera bientôt ». Alexey y reposait désormais. Pour la première fois depuis ma naissance, j’avais peur. Pas une petite peur passagère de tous les jours ; non, une peur implacable, terrifiante. La mort me guettait à chaque tournant, dans chaque pierre, dans chaque poussière. J’étais trop jeune pour mourir. Et surtout, je ne voulais pas mourir ici, sans sépulture, sans revoir aucune des personnes que j’aimais… J’en étais là de mes réflexions lorsque je percutai Jaws de plein fouet. Le groupe s’était arrêté.
    -Alors Flo, on rêve, me lança-t-il d’un ton amical mais triste.
    -J’aimerais bien, lâchai-je d’un sourire triste.
    Il me donna une tape dans le dos.
    -Ça va aller, vieux, me glissa-t-il.
    Il n’était pas plus rassuré que moi et essayait de se donner une consistance mais néanmoins, son ton chaleureux m’alla droit au cœur.
    -Merci, murmurai-je reconnaissant.
    La dure voix de Busard me ramena à la réalité.
    -Putain vous allez fermer votre gueule ?
    Alors seulement je regardai autour de moi et pris conscience du danger.

    Nous nous trouvions dans une salle relativement grande, construite autour d’un pilier central recouvert de verdure. Quelques rares plantes poussaient à certains endroits. La pièce était faiblement éclairée. Le danger venait du plafond. Des centaines de chauves-souris y étaient accrochées. D’un noir profond, elles semblaient dormir.
    -Comment peuvent-elles survivrent ici ? demanda Jojo.
    Busard haussa les épaules :
    -Le cannibalisme.
    Son ton, d’une banalité extraordinaire, me glaça le sang. Elli, les traits durs, nous fit signe d’être silencieux et s’avança sous le plafond vivant.

    La traversée de la pièce se déroula sans accrochage et nous arrivâmes, en bas d’une pente douce, devant une porte close. Une sculpture inidentifiable occupait son centre. À sa droite se tenait un levier encastré dans la roche. Tout le monde se posait la même question. Le levier ouvrait-il la porte ou déclenchait-il un piège ?
    -Les deux, murmura VGM en réponse à la question muette. Ce levier va ouvrir la porte et déclencher un piège. Préparez-vous à courir.
    Et d’un seul geste, il abaissa le levier.

    Tout d’abord, il ne se passa rien, puis tout se mit à trembler. Enfin, la porte s’ouvrit. Personne ne bougeait. Où était donc le piège ? Ce fut le bruit de centaines de couinements derrière mon dos qui me fit comprendre.
    -Les chauves-souris ! hurlai-je. Le tremblement de terre les a réveillées ! Courrez !
    Les forumers n’avaient pas eu besoin de mon explication. Apeurés, ils s’étaient précipités par-delà la porte, dans un long corridor dont on ne voyait pas le bout. Terrifié, je tournai les talons et me mis à courir. Je traversai l’entrée pour me retrouver dans un couloir relativement sombre. Celui-ci semblait s’étendre à l’infini. Après deux minutes de sprint, je m’arrêtai, les poumons en feu. Le piège était parfait. Les chauves-souris, que j’avais peu à peu distancées, se rapprochaient de nouveau. Je me remis à courir et rattrapai en quelques secondes les forumers en tête du peloton. Enfin, nous arrivâmes au bout du couloir : un cul-de-sac jonché de squelettes nous barrait la route.

    Terrifié, je m’acculai au mur. Les autres arrivaient, gémissants et se tenant les côtes. Mais je n’y prêtai pas attention. Je venais de trouver notre salut. Creusée dans le mur, à huit mètres au-dessus de nous, se tenait une fenêtre naturelle. La paroi était lisse mais entièrement recouverte de lierre. Je me jetai à l’assaut. Mes compagnons, me voyant faire, comprirent immédiatement et se lancèrent sur mes traces. Le lierre était solide, mais la précipitation des forumers était telle que des pans entiers de la plante se détachaient. J’arrivai enfin au niveau de la sortie et m’y hissai dans un dernier effort. Je me laissai rouler sur le sol, épuisé. C’est alors que les chauves-souris attaquèrent.
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:45:35 Avertir un administrateur
  • Elles se jetèrent sur nous avec une brutalité extraordinaire. Une seconde plus tard, le chaos était total. Je n’y voyais plus rien. Je me débattais du mieux que je le pouvais, mais les morsures se succédaient, de plus en plus violentes. Les autres peinaient à rester accrochés à la paroi, les bras en sang. Nous n’avions aucune chance.

    Le coup de feu fut totalement inaudible dans le brouhaha incessant qui régnait à cet instant. Mais il nous sauva la vie. Percutées de plein fouet, une dizaine de chauves-souris s’écroulèrent. Il n’en fallut pas plus aux autres bestioles qui se précipitèrent sur leurs compagnons pour les dévorer. Ce répit inattendu nous sauva la vie. Tout le monde finit par arriver en haut et nous repartîmes en courant. Je ne savais pas qui avait tiré, mais le seul à posséder une arme à feu était Fear. Du moins le pensais-je…

    Quelques mètres plus loin, nous débouchâmes sur une immense salle traversée de toutes parts par des ponts suspendus. Nous étions en face d’un premier pont, dix mètres au-dessus du sol. Je ravalai un cri d’effroi. Le sol était entièrement ponctué de piques acérées, espacées de quelques millimètres seulement les unes des autres. Par instinct, tout le monde s’était arrêté.
    -Attention, murmura Elli. Une seule personne par pont, sinon nous finirons tous plantés dix mètres plus bas.
    Personne ne la contredit. Elle s’aventura sur le premier passage et arriva au bout sans encombre. Ce fut le début d’une anxieuse série. Tout se déroulait bien. Trop bien. Des couinements affamés marquèrent la fin de cette accalmie.

    La panique gagna de nouveau le groupe. Dans la cohue générale, je fus éjecté de la plate-forme sur laquelle je me trouvais. Je réussis in extremis à me rattraper à la corniche. Mais je savais ma fin proche. Je n’avais plus la force de remonter et les autres, traîtres et lâches, s’étaient déjà enfuis. Une haine implacable envers ces connards me prit à la gorge. Mes doigts glissaient, mon poids m’entraînant inexorablement vers le bas. Alors que j’allais lâcher prise, une main m’attrapa le bras.
    -Dépêche-toi vieux ! gueula mon sauveur. L’endroit est malsain.
    -Jaws ! criai-je émerveillé.
    Grâce à son aide, je me hissai sur la plate-forme. Même au cœur de la mort et du danger, l’amitié existait. Jaws venait de me le prouver. Je lui jetai un regard plein de gratitude.
    -Merci…
    -De rien, me répondit-il en souriant. Maintenant, on file.
    Malheureusement, nous n’étions pas au bout des emmerdes. Lorsque nous arrivâmes au bout du dernier pont, nous nous heurtâmes à une porte fermée.

    -Putain les enculés ! lâchai-je hors de moi.
    C’était trop fort. Je venais de justesse d’échapper à une mort provoquée par mes « camarades » pour me retrouver piéger l’instant d’après par ces même « camarades » !
    -Traîtres !!! hurlai-je de nouveau.
    De désespoir, je me jetai sur la porte qui ne bougea pas d’un pouce. Jaws était dans le même état que moi. Les chauves-souris se rapprochaient inexorablement, avides de chair fraîche. Je ne voulais pas mourir ! Je ne pouvais pas mourir ! Pas ici ! C’était trop con. Nous poussions la porte de toutes nos forces, mais celle-ci restait immuable. Soudain, alors que tout semblait perdu, je sentis la pierre fuir mes doigts et je basculai de l’autre côté du mur.

    Assis à l’écart du groupe, je ruminais ce qui s’était passé, las et fulminant de rage. Sans l’intervention d’Elli et de Linoa, ces lâches nous auraient laissés crever ! À chaque fois que j’y repensais, la colère montait, terrible et prégnante. Après l’intervention des filles et notre entrée dans la salle, j’avais gueulé tellement fort que même Busard en avait frémi. Je m’étais ensuite éloigné, ravalant ma haine du mieux que je le pouvais. J’avais besoin d’un peu de solitude, le temps que mes nerfs se calment. Jaws m’avait rapidement rejoint. Nous étions désormais assis au bord d’un gouffre peu profond — cinq mètres au maximum. Un silence de plomb régnait. J’analysais intérieurement les différents forumers présents avec moi, toujours avec ce pressentiment d’être passé à côté de quelque chose. Il y avait Jaws, tout d’abord. Gentil, sympathique, mon seul véritable ami dans cette aventure. Elli, ensuite. C’était une jeune femme d’une gentillesse et d’une bravoure exceptionnelle. Linoa, plus âgée, paraissait pourtant plus jeune. Elle avait à peu près le même tempérament qu’Emeline, mais en beaucoup plus discret. Darklife n’était déjà pas une personne que je portais à cœur ; rien n’avait changé. Ni en bien, ni en mal. Je connaissais déjà très peu Alphonse. Là aussi, rien n’avait changé. Je ne me souvenais pas de lui avoir déjà parler de vive voix. Je ne connaissais pas Gag_Jak. Je savais seulement qu’il était un grand ami à VGM. VideoGammerMan… Avant le jour maudit où je pris l’avion, je l’aimais bien. Je le respectais énormément et l’idolâtrais même peut-être un peu. Mais il avait tellement changé. Désormais, il ne m’inspirait plus que peur et folie. Slezovic, lui aussi était discret. Un des plus jeunes de groupe. Jojo était animé de bonnes intentions mais il y avait des fois où il aurait mieux fait de fermer sa gueule. Fear était étrange. Il avait été notre sauveur, mais depuis ne s’était plus fait remarquer. Alexey… Alexey était mort. Inutile d’en parler. Et puis Busard. Lui, je le haïssais plus que tout. Avec ses airs supérieurs et ses belles paroles à deux balles. Le problème était qu’il avait souvent raison. Mais si cela avait été dans mes possibilités, je l’aurais démonté. J’étais prêt à parier que c’était lui qui avait fermé la porte. Alors que je comptais combien nous étions, je compris ce qui n’allait pas. Nous étions actuellement douze. Si on rajoutait Alexey, cela faisait treize. Or, à Calcutta Bar, nous étions quatorze ! J’en étais sûr et certain. Un frisson me parcourut. Mais alors… Qui manquait-il ? Qui avait été assez discret pour que personne ne remarque sa disparition ? Lorsque je compris, je fus effaré. Il avait payé la tournée générale et était un des organisateurs du voyage. Keviouk ! Il avait donc disparu entre le bar et la caverne. Une pensée me pétrifia de terreur : et si Keviouk était à l’origine de tout ce qui nous arrivait ? Je ne voulais pas en parler aux autres. Il m’aurait peut-être pris pour un fou. Et ils n’avaient pas mérité de savoir.

    Une pause avait été proclamée. Épuisé après tant d’effort, l’hypoglycémie était proche. Il fallait que je mange. Mais mon sac était désespérément vide. Seuls subsistaient quelques gâteaux secs. Un bref regard en direction de Jaws m’apprit qu’il était dans le même cas que moi.
    -Il faut qu’on bouffe, lâchai-je, dépité.
    Mon ami acquieça en silence.
    -Tu sais…, me répondit-il en hésitant, la salle des ponts ressemblait un peu à celle de TR1…
    Je soupirai mais gardai mes réflexions pour moi.
    -Et dans TR1, dans la salle suivante, il y a un gouffre comme celui-là, continua-t-il en désignant le trou emplit de verdure devant lequel nous nous trouvions. Et dans ce trou, tu sais ce qu’il y a…
    Je compris et éclatai d’un rire dur et amer. Ça y était, nous étions tous devenus fous.
    -Tu veux aller à la chasse à l’ours à main nue et dans ton état ? raillai-je. Et puis reprend-toi, bordel ! On est dans la réalité, pas dans un jeu vidéo !
    -Je présume donc que tu ne viens pas avec moi, répondit-il d’un ton tranchant.
    Au moment même où il se levait, je réalisai mon erreur.
    -Attend ! criai-je en me mettant sur mes pieds. Je suis désolé. Tu as raison. De toute façon, nous n’avons rien à perdre.
    -À part la vie, ironisa-t-il avec un sourire. Allez, on descend.

    Nous nous retrouvâmes en bas en moins de deux. Il régnait ici une chaleur étouffante. Des plantes grimpantes recouvraient les murs et les dalles de pierre brisées, s’infiltrant dans toutes les fissures. Le trou était parfaitement rectangulaire et devait mesurer dix mètres sur quatre. À l’autre bout de l’endroit coulait un petit ruisseau. Il sortait d’une fissure et formait une petite mare avant de disparaître dans la végétation.
    -C’est mieux que dans TR1, murmurai-je ébahi.
    -Incomparable.
    Je fis alors un pas et quelque chose craqua sous mes pieds. C’est alors que je compris. Une vague de terreur me submergea.
    -Bordel Jaws, c’est un cimetière ! gueulai-je effaré.
    Des dizaines d’ossements étaient éparpillés dans la salle. La mousse et le lierre les recouvraient, ne les rendant visibles qu’à un œil attentif. J’attendis la réponse de Jaws mais elle ne vint pas. Ses yeux fixaient un point près du ruisseau avec une intensité décuplée.
    -Flo, regarde, finit-il par dire. J’avais raison !
    Voyant que je ne comprenais pas, il pointa son doigt au niveau de l’eau.
    -Là ! cria-t-il au comble de l’extase. Un ourson ! Nous sommes actuellement sur les ossements de plusieurs dizaines de générations d’ours !
    Alors seulement je le vis. Il était là, petit être brun nous fixant, caché derrière une fougère. Je restai hébété, incapable de parler.
    -Comment est-ce possible ? balbutiai-je lentement.
    -Méthode Busard, lâcha-t-il avec fatalisme.
    Je retins un sourire et nous nous avançâmes vers l’ourson.
    Celui-ci, acculé au mur, ne bougea pas.
    -C’est de la viande fraîche, murmura mon coéquipier.
    Je m’arrêtai sur place, sidéré.
    -Jaws ! le réprimandai-je dégoûté. Comment peux-tu dire ça ?
    Mon interlocuteur rougit mais ne changea pas d’avis.
    -Flo, reprit-il calmement. Nous allons mourir de faim si nous ne mangeons pas. Je sais que c’est horrible, mais nous n’avons pas le choix !
    J’étais déchiré. Je savais qu’il avait raison, mais je ne pouvais pas faire ça. On a toujours le choix…
    -Si tu veux le toucher, tu devras me passer sur le corps, répliquai-je, déterminé.
    J’étais de deux ans son aîné et j’étais plus grand et plus fort que lui. J’étais persuadé qu’il ne tenterait rien. Mais je me trompais une fois de plus.

    Jaws jeta un regard désemparé autour de lui. Il sembla trouver ce qu’il cherchait dans un tas de plantes. Lorsque je vis de quoi il retournait, mon sang se glaça d’effroi. Maintenue au mur par un anneau de fer rouillé se tenait une lance longue de deux mètres. Sa pointe était émoussée, mais nul doute qu’elle pouvait encore transpercer la chair.
    -Je n’ai aucune envie de faire ça, dit-il avant de se diriger vers l’arme. Écarte-toi Flo !
    -Jamais ! criai-je désespéré.
    -Alors tu ne me laisses pas le choix !
    Et il s’empara de la lance. Tout se passa alors très vite. Il y eut une secousse qui me fit trébucher et plusieurs dizaines de pointes acérées sortirent du plafond au-dessus de nous. L’instant d’après, celui-ci amorçait une douce et mortelle descente.

    Jaws regardait en hauteur, stupéfait.
    -Qu’ai-je fais ? murmura-t-il.
    -Tu as déclenché un piège couillon ! gueulai-je. Il faut qu’on sorte d’ici !
    Le temps que Jaws comprenne, j’avais déjà commencé mon escalade. Les prises étaient nombreuses et la progression aisée. Un mètre me séparait de la corniche lorsqu’un couinement apeuré retentit derrière moi. « L’ourson ! » pensai-je, affolé. Il allait finir en bouillie ! Le plafond se rapprochait. J’hésitai une seconde et lâchai prise. Je me précipitai sur la bête et l’attrapai vivement avant de me jeter de nouveau sur le mur. Jaws était arrivé. Les piques aussi. Elles avaient atteint la corniche, signant mon arrêt de mort. Je me laissai tomber, exténué et terrifié. Alors c’était ainsi… Ce tombeau serait mon tombeau. Au moins serais-je mort en héros, songeai-je tristement. Ma mort se tenait trois mètres au-dessus de moi. Je me mis à chercher un interrupteur, un levier, quelque chose. Mais il n’y avait rien.
    Deux mètres.
    Je m’accroupis afin de retarder le moment fatidique. L’ourson, à mes côtés, regardait le plafond d’un air triste.
    Un mètre cinquante.
    Une larme dédiée à tous ceux que j’aimais coula sur ma joue.
    Un mètre vingt.
    Je jetai une dernière fois un regard au-dessus de moi, puis fermai les yeux. Pour la première fois, mon destin m’apparut clairement. Désormais, tous les chemins de la vie ne me conduisaient plus qu’en un seul endroit : le Royaume des Morts.
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:46:15 Avertir un administrateur
  • Chapitre V : Le Pouvoir :

    « J’ai tué Flo… »
    Cette pensée m’assaillait, me dégoûtait, me déchirait. J’avais envie de vomir. En fait, je n’avais même plus envie de vivre. Je venais de tuer la seule personne que j’aimais à des centaines de kilomètres à la ronde ! Je l’avais butée ! Lorsque j’étais remonté du fossé, les autres s’étaient précipités sur moi, me demandant ce qui se passait. S’ils savaient… J’étais resté sourd à leurs questions, attendant qu’ils remarquent d’eux-mêmes l’absence de Flo. Ce fut apparemment assez rapide. Mais je n’écoutais pas ce qu’ils disaient. Mon esprit était tétanisé par ce que je venais de faire. Mon égoïsme avait amené la mort de mon seul véritable ami du groupe ! Je n’en pouvais plus. Je voulais mourir. Je voulais le rejoindre sous terre, lui demander pardon pour ce que j’avais fait. Mais c’était stupide. Je ne le reverrai jamais. Pas plus que je n’avais réellement l’intention de mettre fin à mes jours. C’est alors qu’une part inconnue de mon esprit s’éveilla en moi. « Tu as fait ça pour survivre, me disait-elle. Peu importe qu’il soit mort. L’important est que tu vives. Il n’est rien. Ce n’est qu’un être humain parmi 6,5 milliards… »
    -Non !
    J’avais crié et les autres me regardaient avec un air ahuri. Je devenais fou. Je commençais à penser comme Golum. J’étais terrifié.
    « Comme Golum, oui. Mais tu es bien plus intelligent que cette créature décharnée. Tu dois vivre, tu le sais. Et je t’aiderai. Tu possèdes bien plus de capacités que tu ne le penses. Mais elles sont en hibernation. Je m’occuperai de les activer. »
    La voix résonnait dans mon esprit, me torturant. Des larmes déchiraient mon visage alors que ma bouche se tordait de douleur.
    -Qui êtes-vous ? hurlai-je au bord de l’évanouissement.
    « Je suis toi. »
    -Non, ce n’est pas possible ! Je ne suis pas comme ça !
    « Tu as pourtant tué Flo ! »
    -Je ne voulais pas ! C’était comme si je ne me contrôlais pas. Je n’étais plus moi-même !
    « Mais tu l’as fait… Tu es un meurtrier, Lucas. Je suis ta vraie personnalité, et je ressors aux dépends de la chose qui te sert actuellement d’esprit. Bientôt je te posséderai entièrement, et tu seras alors plus fort et plus puissant que jamais ! Tu feras exactement ce que je te dis, car tu sauras alors que j’ai raison. Tu l’as souvent entendu, mais jamais cru. Aussi je vais te le répéter. Il n’y a pas de bien. Il n’y a pas de mal. Il n’y a que le pouvoir ! Je suis le pouvoir. »
    J’essayais de reprendre le contrôle de moi-même, mais je ne pouvais pas. J’étais tiraillé de toutes parts, comme écartelé. J’étais couché sur le sol dur et roulais sur moi-même en hurlant. Mais je ne m’entendais pas. Je n’entendais rien. Je ne sentais plus rien. Je n’étais plus rien. Je sentis l’obscurité m’envahir et un mot résonna dans ma tête juste avant que je ne sombre dans le néant.
    « Bientôt… »

    J’ouvris les yeux. Une dizaine de visages étaient penchés vers moi. J’essayai de bouger les bras. L’essai étant concluant, je me redressai. Mes muscles allaient bien, mais j’avais une terrible migraine.
    -Jaws, ça va ?
    Je ne savais pas qui avait parlé mais je fus rassuré de voir que j’entendais de nouveau relativement bien.
    -Où sommes-nous ? articulai-je difficilement.
    -Pas très loin de l’endroit où vous vous êtes aventurés, Flo et toi.
    Flo… Les remords m’assaillirent de nouveau, mais je m’efforçai de me contrôler.
    -Le trou a été entièrement recouvert par une partie du plafond et nous avons traversé cette passerelle de fortune pour nous installer une cinquantaine de mètres plus loin. Julien et Jonathan sont partis en éclaireur et ils ont trouvé une sorte de fruit poussant en abondance sur les plantes grimpantes. C’est apparemment comestible.
    Manger… C’était à cause de ce mot que Flo était mort. J’étais néanmoins affamé. Trois fruits avaient été déposés à ma droite. Je m’empressai de mordre dans le premier. Je faillis le recracher tellement le goût était immonde.
    -Ce n’est pas très bon, reconnut la voix que j’identifiais désormais comme appartenant à Elli. Mais c’est nourrissant.
    Je ne dis rien et fis un effort pour avaler une bouchée.
    -Lucas, il faut que tu saches quelque chose, reprit Emeline. Les autres ne voulaient pas que je te le dise mais tu as le droit de savoir.
    Je m’arrêtai aussitôt de manger, inquiet.
    -Oui ?
    -Juste avant de t’évanouir, tu as eu une crise bizarre. Tu criais comme un dément et tu faisais des gestes bizarres, comme pour repousser un ennemi invisible. Puis tu es tombé par terre, toujours en criant comme une bête qu’on égorge…
    -Et j’ai perdu connaissance, je sais.
    J’avais pris un air agacé, mais j’étais terrorisé. Le Pouvoir… Cette chose qui m’avait harcelé… Ce n’était pas un rêve. Ce n’était même pas un cauchemar éveillé. C’était autre chose, quelque chose d’autre. Quelque chose de réel, de vivant… Je me souvenais de ses paroles : « je suis toi » …
    -Oui, tu as perdu connaissance, continua Elli, imperturbable. Mais tu as continué à t’agiter. Tu étais comme possédé par le Diable !
    « Ou pire… », songeai-je en frissonnant.
    -Et ?
    -Tu t’es levé et tu t’es précipité sur Jonathan pour lui arracher son fusil. Tu t’es pris un coup de crosse qui t’a à moitié arraché la mâchoire. Tu es retombé, inerte. Ils ont voulus t’achever, de peur que tu ne sois devenu un danger pour le groupe. Mais je m’y suis opposée.
    Instinctivement, je portai ma main à ma mâchoire. Celle-ci était intacte. Quoi de plus normal, puisque j’avais réussi à croquer dans un fruit ? Mais Elli venait de dire que…
    -Tu as compris, murmura la jeune femme.
    Oui, je venais de comprendre. Une vague de terreur me submergea. « Tu possèdes bien plus de capacités que tu ne le penses. Je m’occuperai de les activer ». Ces paroles semblaient soudain prendre un sens nouveau. Toutes mes blessures avaient disparu durant mon évanouissement.
    -Combien de temps suis-je resté étendu ici ? demandai-je effaré.
    -Une trentaine de minutes tout au plus. Bien insuffisant pour se régénérer.
    Cette fois, c’était la dure voix de Busard qui m’avait répondu.
    -Comment est-ce possible ?
    -Le problème est là. Théoriquement, ce n’est pas possible.
    -La théorie n’existe pas ici, répliqua VGM.
    -Non, je ne suis pas d’accord avec Julien, désapprouva doucement Linoa. Nous sommes encore sur Terre.
    -Qui sait ? jeta Busard. Nous sommes peut-être déjà tous en Enfer…
    Un picotement désagréable au niveau du front m’empêcha de suivre la suite de la conversation.
    « Chaque jour, je gagne du terrain. »
    Je sursautai en entendant le ton doucereux et sournois du Pouvoir.
    « La transformation a déjà commencé, tu as pu t’en rendre compte par toi-même. »
    Je voulais y répondre, mais je ne pouvais pas me permettre d’aggraver mon cas auprès des autres. Aussi gardais-je le silence.
    « Tu ne peux pas m’ignorer ! ragea la voix. Continue comme ça et je te ferai implorer mon pardon ! »
    Aussitôt, une vague d’images déferla dans mon esprit, bouchant les rares coins de lumières, ne laissant que de l’obscurité. Alors ma vue se troubla et Flo apparut devant moi, lui-même devant l’ourson. J’étais à côté de la lance. Ma main s’en approcha.
    -Non ! hurlai-je.
    J’essayai désespérément de retirer mon bras, mais celui-ci était animé d’une volonté propre. Je saisis malgré moi la lance. Aussitôt, le plafond se mit à trembler.
    -Non ! hurlai-je de nouveau. Arrêtez ! Je vous en pris !
    « Jure moi fidélité ! »
    -Je vous jure fidélité mais arrêtez par pitié !
    Aussitôt, les images se dissipèrent et je me retrouvai devant mes compagnons. J’étais debout et tenais à la main une grosse pierre noire.
    -Jaws, ne fais pas de connerie ! dit doucement Darklife.
    -Repose ça immédiatement, continua Fear.
    Ce dernier pointait sur moi son arme à feu. Mes doigts se détendirent mais ne lâchèrent pas la pierre.
    « Ne la laisse pas tomber ! »
    -Mais pourquoi ?
    « Tu m’as juré fidélité, ne l’oublie pas ! »
    -Mais ils ne m’ont rien fait !
    « Tu es à mon service, désormais ! »
    -Je ne veux pas…
    « Tu n’as plus le choix ! »
    -Très bien, que dois-je faire ?
    « Tue Fear77 et prends son arme pour soumettre les autres ! »
    -Je ne peux pas…
    « Dépêche-toi ! »
    La voix s’était faite menaçante et sa colère montait en même temps que la mienne. Je levai doucement la pierre. De toute façon, pensai-je, ce caillou ne peut pas le tuer.
    « Tu as encore beaucoup à apprendre… »
    Je leur jetai un dernier regard et tirai.
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:46:29 Avertir un administrateur

  • Le projectile partit tout droit, en sifflant alors qu’il s’effritait contre l’air. Je n’avais mis aucune force dans ce tir. Mais il partit à une vitesse hallucinante vers sa cible… Qu’il n’atteignît pas. Il se fracassa contre le mur et explosa en mille morceaux. VGM s’était jeté sur Jonathan et ils étaient tous les deux tombés au sol une demi-seconde avant l’impact.
    « Espèce d’incapable ! »
    Je n’écoutais même plus le Pouvoir. J’étais ahuri par ce que je venais de faire. Comment avais-je pu lancer la pierre avec une telle puissance ? Les autres se posaient apparemment la même question. Je tombai à genoux, totalement désorienté. Je ne sus pas trop ce qui se passa ensuite. Je fus aisément maîtrisé par mes compagnons. Il me sembla être ligoté à l’aide d’une plante grimpante. Elli avait alors essayé de me parler, mais je ne lui avais pas répondu, restant immobile, un air niais affiché sur mon visage. Mais quelque chose l’avait fait renoncer. Quelque chose que je n’avais pas saisi. Elle avait regardé mes yeux avec une mimique effroyable puis avait couru prévenir les autres. J’étais dans un état second. Je ne comprenais pas.
    « Je pourrais te punir pour avoir raté ton objectif, mais je me contenterai de te consoler en te montrant une autre facette de tes pouvoirs. »
    -Je ne veux pas de vos pouvoirs !
    J’avais crié une fois de plus.
    « Je tiens également à te préciser que tu n’es pas obligé de hurler pour que je te comprenne. Penser suffit. »
    -Sortez de ma tête !
    « Nous sommes une seule et unique personne, Lucas. »
    Je ne répondis pas.
    « Le fait que tu sois responsable de la mort d’une personne m’a éveillé. Vous êtes tous ainsi dans ce groupe. Le fait de tuer quelqu’un, directement ou pas, vous montre la voie de la Puissance. C’est pour ça que vous êtes ici. »
    -Vous mentez !
    « Non, j’ai raison. Et tu le sais très bien. »
    Je ne savais plus quoi penser. Cette chose semblait en savoir plus que moi sur ma propre personne. Je décidai d’éviter d’alerter les autres et essayai de lui répondre par la pensée.
    « Y-a-t-il d’autres choses que vous savez et que j’ignore ? »
    « Oui. »
    « Dites-les moi ! »
    « Non. »
    Il était inutile d’insister. Le Pouvoir était le plus fort.
    « C’est pour ça que vous vouliez que je tue Fear. Vous vouliez que je devienne plus fort. »
    « Tu es intelligent. Oui, je voulais accélérer le processus de transformation. »
    « Qu’ai-je dans mes yeux qui a fait peur à Elli ? »
    « Le Pouvoir. »
    Je frémis.
    « Vous vouliez me montrer une autre partie de mes pouvoirs… »
    « Tu veux donc devenir plus puissant. C’est bien. »
    Je n’eus pas le temps de riposter. Une sensation bizarre m’envahit. J’avais l’impression de pouvoir tout faire, de pouvoir réaliser tous mes désirs. Même les plus noirs.
    « Je t’ai activé une nouvelle partie tes pouvoirs, susurra la voix. Le fait que tu te sois laissé faire m’a grandement facilité la tâche. Maintenant, fais ce que tu as à faire. »
    Curieusement, je savais ce que j’avais à accomplir. Aussitôt, le sang dans mes veines sembla accélérer ses pulsations et je me sentis invincible. Je brisai mes liens sans aucune difficulté et me dirigeai vers mes compagnons apeurés. Je n’entendais de nouveau plus rien. Ou du moins, aucun son compréhensible. Les cris, les vociférations, les hurlements, … Tout cela se mêlait en un son si jouissif que je n’avais qu’une envie : le faire durer.

    Je me précipitai sur ma victime. Fear avait dégainé son arme. J’avais un couteau dans la main. Comment l’avais-je obtenu ? Aucune idée. Sûrement attrapé dans la main d’un des humains au passage. Je me jetai sur Jonathan. Le coup, rapide et bien placé, lui tailla une longue fissure au niveau de l’abdomen. Je repoussai négligemment mes autres adversaires et toisai ma victime qui était tombée à genou.
    « Achève-le ! »
    « Que se passe-t-il si je le fais souffrir un peu plus ? La transformation sera-t-elle accélérée ? »
    « Oui, c’est probable. »
    « Alors il n’y a pas à hésiter. »
    Je fondis sur Fear et lui plantai le poignard dans la poitrine, au niveau du poumon droit. Il laissa échapper un cri étouffé. Les autres se jetaient sur moi, mais ils n’étaient que marins perdus dans un ouragan de puissance et de folie. Fear essayait désespérément d’armer son fusil, mais il n’en avait plus la force. J’allais l’achever lorsqu’un forumer se jeta sur moi en me défonçant au passage. Je roulai au sol et me relevai, couteau en main.
    « C’est VGM ! m’annonça le Pouvoir. Il est responsable de la mort d’Alexey. Ses pouvoirs ont dû se manifester. Fais attention ! »
    Julien me faisait face, imperturbable. Il me fixait d’un air qui se voulait supérieur. Il était beaucoup plus grand et plus fort que moi. Mais il était seul, alors que le Pouvoir était avec moi. Autour de nous, plus personne ne bougeait. VGM attendait que je me décide à attaquer. Au moment même où je me jetai sur lui, il pivota sur le côté et me faucha les jambes avec une force inouïe. Je m’étalai de tout mon long.
    « Reprend-toi ! hurla le Pouvoir »
    Je me relevai, mais j’étais beaucoup moins sûr de moi. Quel était donc le pouvoir de VGM ? Je n’eus pas le temps de le savoir. Une détonation retentit et un trou se forma au niveau de ma poitrine. Fear avait tiré. Je titubai jusqu’à lui, mais fus stoppé par Julien qui me fit de nouveau rejoindre le sol.
    « Tue Fear ! m’ordonna le Pouvoir. Sa mort te rendra tellement puissant que tu les balayeras tous d’un revers de main ! »
    Mais je ne pouvais plus rien faire. Le trou que j’avais au milieu du ventre s’agitait, refluant les balles vers la sortie. La blessure guérissait beaucoup trop lentement ! Et j’étais désormais trop faible pour pouvoir affronter VGM.
    « Tu n’es qu’une merde égocentrique et prétentieuse ! explosa le Pouvoir. Je n’ai d’autre choix que de te débloquer le reste de tes pouvoirs. »
    De nouveau, l’étrange sensation s’empara de moi. Aussitôt, je me sentis revivre. Je me relevai et assénai à Julien un uppercut qui le propulsa à l’autre bout de la salle.
    « J’ai fait tout ce que je pouvais. Le reste de la transformation ne peut être exécuté que par le temps ou le meurtre ! »
    Je me précipitai sur Fear. Il y eût une nouvelle détonation et mon front explosa.

    La douleur tout d’abord. Une douleur terrible, insoutenable. Puis une sensation encore plus forte : la sensation de devenir faible, un moins que rien, un mortel. Le Pouvoir s’en allait, disparaissait. Il n’y avait qu’une seule raison à cette fuite. Je mourais. La balle avait dû atteindre le cerveau. Le Pouvoir m’avait empêché de mourir instantanément, mais je n’étais pas assez fort pour résister à ce coup de feu. Ma poitrine était presque cicatrisée, mais il aurait fallu des heures pour soigner cette blessure à la tête. Et ces heures, je ne les avais pas. L’hémorragie cérébrale me vidait lentement du Pouvoir, tout en m’affaiblissant terriblement.
    « Tu dois tuer Fear ! »
    « Je ne peux pas… »
    « Non ! Tu dois vivre ! »
    « C’est terminé. Nous allons mourir. Tous les deux. Vous et moi. »
    Je sentis que le Pouvoir faisait une dernière tentative pour nous sauver mais il échoua. L’instant d’après, il disparut. Alors la douleur recommença. Toujours aussi terrible. Mais là encore, une autre sensation vint la surpasser. Libéré du Pouvoir, je recommençais à penser clairement. J’avais trahi mes amis. J’avais essayé de les tuer. J’étais impardonnable. De toute façon, la vie n’avait pas l’intention de me pardonner. Elle fuyait mon corps. Alors je sus que je pouvais encore faire une dernière chose. Par pour me sauver moi, non, mais pour les sauver, eux. Fear m’avait tué. Enfin pas encore. Mais il serait responsable de ma mort. Le Pouvoir allait se manifester chez lui aussi. Je rampai jusqu’à lui. L’entaille au milieu de son ventre était bizarrement saine et le trou au niveau de son poumon semblait beaucoup moins profond. J’arrivai à ses pieds et tendis une main vers lui.
    -Le Pouvoir, murmurai-je dans un dernier souffle… Méfie-toi du Pouvoir. Il vous tuera tous. Il va t’assaillir. Résiste lui !
    Je sentis alors qu’il posait le canon de son arme sur ce qu’il restait de ma tête.
    -Cela fait bien longtemps que le Pouvoir coule dans mes veines, murmura-t-il avec un sourire malveillant.
    Je n’eus pas le temps de comprendre. Il tira, m’envoyant rejoindre Flo dans le Royaume des Ombres.
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:47:20 Avertir un administrateur
  • Chapitre VI : L’Enfer de feu et de Sang :

    Je suis loin d’être une femme facile. Il en faut beaucoup pour m’émouvoir. Il en faut beaucoup pour me dégoûter. Il en faut beaucoup pour me pousser à bout. Mais là, c’en était trop. J’étais venu ici pour passer des vacances entre amis, des vacances que j’espérais les meilleures de ma vie. Et voilà que nous nous retrouvions tous coincés au cœur de la montagne, perdus et affamés. S’il n’y avait eu que ça, peut-être aurais-je pu garder le moral. Mais il y avait eu le piège, la mort d’Alexey, les chauves-souris, la mort de Flo… Tous ces évènements m’avaient durement atteint. Contrairement à ce que je voulais laisser paraître, j’étais bien plus minée que la plupart de mes compagnons. J’avais été au bord de craquer, mais j’avais refoulé mes sentiments, essayant de montrer une image toujours fière et solennelle, tout en étant empreinte de tristesse. Mais là s’en était trop. La folie de Lucas avait déjà amorcé l’inéluctable. Mais son meurtre par Fear fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase, ou devrais-je dire, la goutte de sang qui fit craquer mes nerfs. La tête avait explosé, propulsant une énorme gerbe d’hémoglobine, achevant le mourant. Cette fois, c’en était trop.

    Je me dirigeai vers Jonathan, bien décidée à en découdre. Il me regarda venir sans bouger un cil. Il était couvert de sang et puait le mort à dix mètres à la ronde. Je lui assénai une baffe dont il se souviendrait toute sa vie. Il fut déséquilibré et tomba à la renverse. Je ne lui jetai même pas un regard et m’éclipsai. C’était plus que je ne pouvais en supporter. Il fallait que je m’éclaircisse les idées.

    Ma main me faisait étrangement mal. Elle était brûlante, comme si je venais de frapper du bois en combustion, de la braise échauffée. J’y jetai un coup d’œil et vis avec horreur que de nombreuses cloques la recouvraient sur toute sa surface. Je laissai échapper un cri de surprise. Comment était-ce possible ? Un mystère planait sur ce groupe. Un mystère qui ne m’avait pas été dévoilé, mais que je comptais bien éclaircir sur le champ.

    Ayant changée d’avis, je fis immédiatement demi-tour et me précipitai de nouveau sur Fear. Cette fois, il recula, s’adossant au mur.
    -Quoi encore ? me lança-t-il d’un ton agressif.
    Je lui plantai ma main à deux centimètres du visage.
    -C’est quoi ce délire ? criai-je d’une voix encore plus agressive.
    Il observa ma main et devint blême. Il allait répondre lorsque je sentis qu’on me bousculait. C’était Julien. Il se plaça juste devant Jonathan. Il était facile de deviner qu’il était hors de lui et qu’il se maîtrisait à grand peine. Il n’avait apparemment qu’une envie : étriper Fear.
    -Pauvre crétin ! lâcha-t-il en serrant ses poings. Tu as de la chance que je te connaisse aussi bien sinon je t’aurai démonté sur place.
    Jonathan était presque aussi baraqué que VGM, et il aurait pu lui résister, mais il n’était pas dans son état normal. Il était devenu tout blanc et il tremblait.
    -Le Pouvoir le maîtrisait totalement ! lâcha-t-il sur la défense. Il était devenu un danger pour la mission !
    -Putain mais tu vas fermer ta gueule ?! T’as pas capté qu’Elli est à deux mètres de toi ?
    Il me jeta un bref regard et vit ma main toute cloquée.
    -Et à en juger par sa blessure, tu te fais également maîtriser par le Pouvoir…
    -C’est faux ! hurla soudain Fear.
    Aussitôt, une vague de chaleur me percuta de plein fouet, me faisant reculer d’un pas.
    -Calme-toi ou tu vas flamber comme une torche couillon, l’agressa de nouveau Julien. Il faut que je te parle.
    Il se tourna vers moi, puis me lança.
    -Elli, tu peux nous laisser s’il te plaît.
    -Pas question ! criai-je en bouillonnant. Je ne sais pas ce qui se passe dans ce groupe, mais vous deux, vous le savez ! Et je crois qu’il est urgent de nous informer de la situation.
    VGM foudroya Fear du regard.
    -T’es content ?
    -D’un côté, elle n’a pas tort. Les autres ont le droit d’être au courant.
    -Et bah va leur expliquer. De toute façon, tu ne sais pas maîtriser ton Pouvoir. Les autres sont vraiment aveugles pour ne s’être rendu compte de rien.
    -Tu ne savais rien avant que ton Pouvoir ne se manifeste ! hurla Jonathan.
    Cette fois, Julien attrapa Fear par le pull et le souleva à trente centimètres du sol.
    -Tu ne connais rien de mon Pouvoir ! cracha-t-il hors de lui.
    Je voulus m’approcher d’eux pour les séparer, mais ils étaient entourés d’une telle chaleur que je reculai immédiatement en sentant une odeur de poils roussis. Julien suait à grosses gouttes et ses cheveux commençaient à prendre une teinte bizarre, mais il tenait bon.
    -Maîtrise-toi ! cria-t-il à moitié suffoqué. Tu vas devenir comme Jaws si tu continues !
    Fear ne répondit pas. Il semblait dans un état second. Il haletait en essayant de contrôler les tressautements qui agitaient son corps, mais la force mystérieuse qui semblait l’habiter était assurément plus forte.

    Je ne comprenais plus rien. Il y avait un lien entre les deux adolescents, quelque chose qu’eux seuls connaissaient, quelque chose de terrible, de cruel et de fascinant. Mais d’insaisissable également. Mais je n’eus pas le temps de réfléchir plus avant. Car il se passa alors quelque chose d’incroyable, quelque chose d’impossible : Jonathan eut un dernier sursaut, puis il prit feu.

    Il était toujours humain, du moins le pensais-je. Mais il était entièrement recouvert par les flammes. Celles-ci le dévoraient de toute part, mais Fear ne semblait pas sentir leur morsure. VGM n’avait toujours pas retiré sa main, et celle-ci était en train de se carboniser.
    -Lâche-moi, articula-t-il douloureusement.
    Je comprenais de moins en moins. Julien tenait Jonathan, mais il demandait à ce dernier de le lâcher. C’était plus que je ne pouvais en engranger. Je refis une tentative pour m’interposer, mais la vague de chaleur me repoussa à nouveau.
    -Si tu ne me lâches pas, continua VGM, on va y passer tous les deux ! Je le sais aussi clairement que je savais ce que tu sais que je savais et que tu ne savais pas !
    -Ton esprit m’apportera la puissance nécessaire pour réussir la mission.
    La voix n’était pas celle de Fear. Et pourtant, elle venait bien de lui. Cette voix était grave, profonde, et mortellement puissante.

    Le bras de Julien prit aussitôt feu, et celui-ci hurla de douleur.
    -Repousse-le ! cria-t-il de rage et de désespoir.
    Jonathan semblait possédé par le diable. Il s’agitait dans tous les sens, ses pieds ne touchant toujours pas le sol. Les flammes le léchaient, se frottaient à lui, mais ne le brûlaient pas. Quant à VGM, il semblait également avoir perdu tout contrôle de soi. La peau de son bras avait disparu, rongée par le feu. Désormais, c’était sa chair qui se rétractait, attaquée sans relâche les flammes émanant de Fear. L’expression de douleur de son visage s’était soudain transformée en une intense concentration. Je ne comprenais plus rien. Je n’étais que spectatrice du drame qui se déroulait devant moi. Je n’avais même pas remarqué que tous les autres membres du groupe s’étaient rapprochés et contemplaient le « spectacle » avec des yeux hallucinés. Soudain, Julien sembla revenir à son état normal. Ses yeux ne reflétaient qu’une chose : la peur.
    -Il n’y a aucun moyen d’en réchapper ! hurla-t-il d’une voix que la douleur rendait saccadée.
    Ses lèvres craquaient sous la chaleur et son visage, comme le reste de son corps, semblait entièrement brûlé. Il ne tiendrait plus longtemps. Il fallait faire quelque chose. Certes, il avait tué Alexey… Mais ce n’était pas réellement sa faute… Mais qu’est-ce que je disais ? Bien sûr que si, c’était sa faute ! Il devait payer pour son crime ! Mais je ne pouvais me résoudre à le laisser mourir sans agir. Je ne pouvais pas faire ça. Et puis, il y avait déjà eu assez de morts… Oui, et Alexey faisait parti des victimes… Et il serait encore vivant si VGM n’était pas là. Au fond, ce n’était que justice. Mais je n’eus pas le temps d’y réfléchir plus. Il y eut un coup de feu, et Fear s’écroula.

    Qui avait tiré ? La seule arme à feu du groupe était sensée se trouver sur Jonathan. Y-avait-il un autre tireur dans le groupe ? Mais personne ne semblait s’en préoccuper. Julien et Fear étaient tous les deux tombés à terre. Alors que Jonathan demeurait inerte, VGM se roulait sur le sol en hurlant de douleur. Il n’y avait plus aucune trace du feu. Seules demeuraient une odeur de chair brûlée et une chaleur insoutenable. Alors que Linoa, Darklife, Alphonse, Gag et Slezovic s’étaient précipités sur les blessés, je fus une des seules à ne pas bouger. Jojo était resté en arrière, terrifié, alors que Busard scrutait les environs d’un air méfiant. Il avait compris. Le tireur ne faisait pas partie du groupe.

    Encore une fois, mes pensées ne purent s’organiser. VGM venait d’émerger du tas qui l’entourait et se précipitait vers moi, l’air affolé. Son bras droit ne ressemblait plus à rien. Il pendait le long de son corps, inerte, dénué de peau et de chair, résidu de nerfs et d’os carbonisés. Son t-shirt était en lambeaux et les déchirures de son jean se comptaient par dizaines. Sa peau était entièrement brûlée, et son visage ne ressemblait plus à rien. Malgré cela, il émergeait de cet être une indescriptible sensation de puissance et de pouvoir. Et il se précipitait vers moi, ses muscles se rétractant au gré de sa respiration saccadée. Une fois encore, je n’étais que la spectatrice de ce qui allait se dérouler. Je ne pourrai rien faire. Il me fonçait dessus, muscles en avant, comme s’il allait me défoncer. Mais je ne pouvais pas croire qu’il puisse faire ça. Pas lui…

    Tout se passa très vite. Il accéléra, grimaçant de douleur sous l’effet de ses pieds brûlés touchant le sol, et me cria quelque chose. Je n’entendis qu’un son étouffé, mais bizarrement je sus ce que j’avais à faire. Au moment il se jetait sur moi, je me laissai tomber au sol, amortissant le choc à l’aide de mes bras. Au moment où il me survolait, il y eût deux rapides coups de feu. L’instant d’après, VGM s’écrasait au sol, deux balles figées dans la poitrine.

    Il m’avait sauvée… Comment avais-je pu douter de lui à ce point ? Son geste m’embrouillait encore plus. Mais ce n’était pas le bon moment pour réfléchir à tout ça. Un tireur fou se trouvait quelque part parmi nous. Je me relevai prestement. Autour de moi, c’était la panique la plus totale. La plupart des forumers avaient déjà récupéré leur sac et se précipitaient vers l’escalier qui menait à la sortie de la salle. D’autres coups de feu retentirent. Le tireur était inlocalisable. Je me précipitai sur Julien, mais Darklife fut le premier.
    -Prends Fear, me cria-t-il, je m’occupe de VGM.
    Je le laissai et courus vers Fear. Je ne comprenais pas pourquoi il m’avait ordonnée ça, mais je n’avais pas le temps de réfléchir. J’arrivai au niveau de Jonathan. Il s’était relevé et semblait aller beaucoup mieux. Il n’était néanmoins pas au mieux de sa forme.
    -Fuis, m’ordonna-t-il durement.
    Derrière moi, Gag et Darklife avaient relevé Julien et le traînaient vers la sortie. Tout le monde avait disparu en courant. Il ne restait plus dans la salle plus que le corps ensanglanté de Jaws, Jonathan et moi. Les coups de feu s’étaient arrêtés. En une seconde, le silence fut total.
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:47:35 Avertir un administrateur
  • Plus personne ne bougeait. Julien, Gaëtan et Jean-Michel étaient sortis. La salle était parcourue par de rares piliers. Le tueur pouvait se trouver derrière n’importe lequel, à l’affût.
    -Quand VGM criera, me murmura Fear, tu cours.
    -Mais…
    -Il n’y a pas de mais.
    Je n’eus pas à attendre. Un cri retentit dans le lointain. C’était mon nom qu’on avait hurlé. Pile à ce moment, Jonathan me poussa vers les escaliers. Le coup de feu retentit immédiatement. La balle atteignit Fear à l’épaule, mais celui-ci ne broncha pas. Une nouvelle balle explosa la roche à cinq centimètres de mon pied. Je me mis à courir. Je ne pouvais pas abandonner Jonathan. Je me retournai, mais ne m’arrêtai pas. Alors je vis le tueur. Ou du moins, je l’aperçus. Il se trouvait en hauteur, dans une des nombreuses fissures constituant le plafond. Il me regarda, me sourit, et pointa une paire de flingue juste devant lui. J’étais en plein dans sa ligne de mire. Il ne pouvait pas manquer son coup. J’étais morte. Une lueur maléfique anima ses yeux et il tira. J’eus juste le temps d’apercevoir une boule de feu exploser le plafond, puis je tombai, sombrant dans le néant.

    Un beau jeune homme se tenait devant moi. Il semblait presque nu et son torse musclé ruisselait de sueur. Sa peau semblait brûlée. Était-ce un ange ? Peut-être étais-je au paradis… Je me souvenais des coups de feu… Mais cela me semblait loin, terriblement loin. Le jeune homme me semblait étrangement familier. Je n’eus pas plus le temps de m’interroger sur ma situation. Deux détonations retentirent, me ramenant tout d’un coup à la réalité.

    -Elli, ça va ? me lança Julien en me relevant.
    -Oui, je crois, murmurai-je, incertaine d’être encore en vie.
    -Elle a trébuché dans l’escalier, affirma une autre voix. Cela lui a sûrement sauvé la vie.
    C’était Gaëtan qui avait parlé.
    -Que s’est-il passé ? murmurai-je de nouveau.
    J’avais un mal de crâne horrible, comme si ma tête allait exploser. Et j’avais du mal à me souvenir des évènements précédents.
    -Tu es tombée en t’enfuyant, lâcha Darklife, et ta tête a heurté une marche.
    C’est alors que je réalisais ce qui n’allait pas. VGM s’était pris deux balles et avait été brûlé vif, et il était debout, là, devant moi. Gag et Darklife ne le soutenaient même plus, et son bras droit semblait avoir repris quelques muscles.
    -Il faut filer, cria-t-il en m’attrapant par la main. Le fou est juste derrière, et les autres sont loin devant.
    Aussitôt, il partit, m’entraînant avec lui.
    -Et Fear ? criai-je affolée. On ne peut pas le laisser là-bas.
    -Ne t’inquiètes pas pour lui, il se débrouille très bien, affirma Gaëtan.
    Julien ralentit soudain et fut sur le point de s’arrêter.
    -Comment tu sais ça ?
    -Parce que sinon tu ne l’aurais pas abandonné. Allez, cours.
    VGM sembla étonné, mais sa surprise ne dura qu’une demi-seconde. Il se remit à courir, m’entraînant par la même occasion.

    Nous nous trouvions dans une salle comme toutes les autres. Des plantes grimpantes poussaient partout, entravant notre progression. Mais nous ne ralentissions pas pour autant. Trente secondes plus tard, nous sortîmes de la salle par une porte qui, bizarrement, était ouverte. Je jetai de nouveau un bref coup d’œil au bras de Julien, et vis avec horreur que des muscles avaient repoussé. Je détournai immédiatement le regard pour gravir une marche. Nous grimpions un nouvel escalier. Nous franchîmes encore quelques mètres, puis nous débouchâmes à l’air libre.

    Jamais je n’aurais cru un jour sentir de nouveau le vent sur mon visage, jamais je n’aurais cru revoir la lumière du soleil, jamais je n’avais autant maudi la vie. Une fois de plus, le piège géant qu’étaient ces cavernes faisait tout pour me tuer, me déprimer, me faire perdre la raison. Car, si j’étais actuellement en plein air, si le vent m’ébouriffait désormais les cheveux, et si le soleil péruvien me brûlait les yeux, je n’en étais pas moins prisonnière. Définitivement prisonnière.

    L’endroit était d’une beauté et d’une cruauté inimaginable. Les flans de la montagne s’élevaient de chaque côté, abruptes et indomptables. Il étaient parfaitement parallèles, de façon à former un couloir qui ne menait qu’en un seul endroit : une gigantesque porte. Une porte close.

    Je n’eus pas le temps d’examiner les lieux plus avant. Déjà, Julien me tirait vers la porte. Trente secondes plus tard, nous étions devant notre seule issue, devant la seule échappatoire possible. Et celle-ci était close, bouchée par une énorme porte en bois. Celle-ci se dressait, immense et fière. Elle était constituée d’un bois remarquablement travaillé et d’acier incroyablement luisant. En fait, on aurait dit qu’elle venait d’être astiquée, ou alors qu’elle était neuve. Et pourtant, elle devait être là depuis des millénaires… Mais nous n’avions pas le temps de nous interroger sur son architecture. Les autres membres du groupe étaient déjà là, et ils cherchaient désespérément comment l’ouvrir.

    Alphonse se précipita à notre rencontre.
    -La porte est totalement fermée, annonça-t-il. Et il n’y a aucun moyen de l’ouvrir.
    -Mais bordel, qu’est-ce qu’il se passe ici ? explosai-je d’un coup.
    Nan, mais là y’en avait marre. J’étais en train de fuir un tueur fou au Pérou, dans un endroit que je ne connaissais pas. Et j’étais accompagné par un type qui flambait mieux qu’une torche, d’un mec qui semblait tout savoir sur tout, et de d’autres personnes, que je ne connaissais même pas vraiment. C’était plus que je ne pouvais en supporter.
    -On en sait rien, me répondit Alphonse, mais on aimerait bien vivre encore un peu, si ça ne te dérange pas.
    -Nous, on en sait rien, riposta Gaëtan, mais, VGM, lui, le sait.
    Tous les regards se tournèrent vers Julien.
    Mais celui-ci semblait dans un état second. Ses yeux étaient révulsés, et sa bouche se tordait en un rictus concentré. Dix secondes passèrent dans le plus grand des silences, puis il sembla redevenir normal et il parla :
    -Si vous comptez vivre encore un peu, je vous conseille de faire exactement ce que je dis. Une petite erreur et nous sommes tous morts.
    -Pourquoi on te ferait confiance ? cracha Alphonse.
    -Tu crois vraiment que vous avez le choix ?
    À ce moment, un bruit d’éboulement se fit entendre, et un scintillement lumineux apparut dans le couloir par lequel nous étions arrivés.
    -Ils viennent… murmura Julien.
    -Qui ? questionna Jojo.
    -Fear et l’autre… murmurai-je comme pour moi-même.
    -L’autre ? s’interrogea Linoa. De qui parlez-vous ?
    -Du tueur bien sûr, jeta Busard.
    -Oui, confirma VGM avec une voix résignée. Nous parlons bel et bien de Keviouk.

    Keviouk ! Putain mais c’était donc ça ! Il était arrivé avec nous. Mais n’était jamais entré dans la caverne avec nous ! Son absence était passée totalement inaperçue ! Et il nous avait suivi… Pour nous tuer ! Cette pensée me dégoûtait. Ce n’était pas possible. Pas le sympathique et attentionné Keviouk que j’avais connu sur le forum. Ce ne pouvait pas être le même. C’était impossible… Mais de toute façon, ce que nous étions en train de vivre était-il possible ? Et pourtant…

    Fear déboucha à l’air libre en premier. Une nouvelle fois, il était recouvert par les flammes de la tête aux pieds. Ils nous aperçu et piqua un sprint dans notre direction. Il fut stoppé par une double détonation. Le tueur, alias Keviouk, venait d’apparaître et avait fait feu. Jonathan trébucha, roula au sol et se retourna, prêt à faire face à son adversaire. Alors une boule de feu se détacha de son corps pour se précipiter vers son agresseur. Le choc propulsa celui-ci hors de ma vue. Fear reprit sa course.

    Lorsque je vis le tueur réapparaître, je sus que j’avais la réponse à ma question : ce que nous étions en train de vivre semblait en effet impossible. Keviouk venait de se prendre une boule de feu incandescente dans la gueule, et il était encore vivant ! Les deux flingues crachèrent de nouveau mais n’atteignirent pas leur cible. Le tueur se mit à courir vers nous. Deux cents mètres seulement nous séparaient de notre meurtrier.

    -C’est maintenant ou jamais, lança VGM. Collez-vous tous dos à la porte et fermez les yeux.
    -Il est dingue ! lança Slezovic. C’est n’importe quoi !
    -À moins que tu ne veuilles être aveugle ou mort dans moins d’une minute, je te conseille fortement de faire ce que je te dis.
    Julien était fou. Fou à lier. Un tueur se tenait juste devant nous, et il nous demandait de fermer les yeux pendant que l’assassin courait vers nous. Ce n’était que pure folie. Mais sûrement étais-je moi aussi un peu folle. C’est ainsi que je fis trois pas en arrière et m’adossai à la porte.

    Mais contrairement à la seconde instruction, je me refusai de fermer les yeux. Tous les autres étaient collés au bois. Certains avaient les paupières closes, d’autres non. Seul VGM n’avait pas fait comme nous.
    -Très bien, annonça-t-il. Maintenant, vous comptez jusqu’à huit, puis vous vous retournez, et vous courrez.
    Personne n’eut le temps d’objecter quoi que ce soit. Julien était déjà parti. Il courait en direction de Fear. Il lui cria quelque chose qu’il me fut impossible de comprendre au milieu du boucan provoqué par les balles pleuvant sans discontinuer. J’en avais oublié de compter les secondes. À combien en étions-nous ? Quatre ? Six ? Avait-on atteint le huit fatidique ? Je n’en sus jamais rien. D’un coup, en une demi-seconde, tout fut d’un rouge ravageur. Une chaleur sans nom s’empara de mon corps et je sentis mes cheveux brûler. D’instinct, je fermai les yeux. Derrière moi, je sentis mes appuis se dérober. L’instant d’après, j’étais par terre. Je rouvris les yeux. Autour de moi, tout était en proie aux flammes. Une fumée épaisse se dégageait, me brûlant les yeux et m’étouffant. Je n’y voyais rien. Conformément aux instructions de VGM, je me retournai alors et me mis à courir.

    Le feu semblait partout. Le bois craquait en d’horribles grincements qui se mêlaient au bruit du brasier. Il faisait chaud, atrocement chaud. Mes vêtements sales et déchirés me collaient à la peau alors que je suais à n’en plus finir. La luminosité était telle que je peinai à garder les yeux ouverts. Et je courais. Mes pieds foulaient le sol sans que j’en aie réellement conscience. Soudain, la purée de pois se fit plus dense. L’instant d’après, je débouchai à l’air libre.

    Enfin, ce n’était qu’une façon de parler. Parce que là, j’avais du mal à comprendre comment l’air pouvait être libre. Je me trouvais dans une nouvelle caverne, encore une. Mais elle était inexplicablement différente des autres. Je courai toujours. Mais sans m’en rendre compte. C’est alors que mon regard accrocha un détail, mais mes sens ne l’analysèrent pas. Il me semblait avoir vu une hutte, une cabane. Mais elle avait disparu. Je courai toujours, mais je ne regardais plus ou je mettais les pieds. L’erreur fut fatale. Je ne sais pas ce qui arriva. D’un coup, je perdis l’équilibre et je tombai. Mais rien n’arrêta ma chute. Je percutai une surface molle et glacée, puis la traversai.

    Aussitôt la douleur explosa. Elle était partout, percutante, atroce. Au contact de la surface glacée, ma peau brûlante avait déclenché une réaction génératrice des pires souffrances. Mais il fallait me remettre. L’air me manquait. Je me débattais dans quelque chose qui me semblait à la fois familier et inconnu. Des bulles se dégageaient partout autour de moi, m’empêchant de voir quoi que ce soit. Et toujours ce manque d’air… J’étais en train de suffoquer. Je me débattis encore et me rendis compte que je coulais. Que je coulais… Mais oui bien sûr ! En une seconde, tout devint clair, en une seconde, je sus ce qu’il m’arrivait : j’étais en train de me noyer.

    Mais comment avais-je atterri dans ce liquide ? Était-ce de l’eau ? Et si oui, comment pouvait-il y avoir de l’eau dans un tel déluge de feu ? Ces questions étaient stupides, bien évidemment. Et il y avait des choses plus urgentes à faire que d’essayer d’y répondre.

    Je coulais toujours. Je suffoquais toujours. Si je ne faisais rien, je serais morte dans quelques secondes. J’essayai de remonter à la surface mais mes vêtements étaient désormais une seconde peau, et ils m’empêchaient de bouger comme je le désirais. De plus, mon sac à dos m’entraînait inexorablement vers le fond…

    Alors qu’il n’y avait plus d’espoir, alors que je m’apprêtais à rejoindre le Royaume des Morts, alors que les derniers millilitres d’oxygène s’évadaient de mes poumons, je sentis que mon pied touchait une surface dure et lise : le fond. Je n’hésitai pas une seconde. M’aidant de mon point d’appui, je me propulsai vers la surface. L’instant d’après, ma tête émergea et l’air frais s’engouffra dans mon corps, le revitalisant.

    Je toussai bruyamment, crachant de l’eau en grande quantité. Une bile amère me brûla le fond de la gorge. Je tendis le bras et attrapai le rebord. J’étais sauve. Je respirai par saccade. L’air envahissant de nouveau mes poumons me faisait mal. Alors, la douleur qui ne s’était plus manifestée depuis quelques secondes revint, encore plus forte. Mes longs cheveux noirs me tombaient sur le visage, obscurcissant ma vue. Ma peau était brûlée, mes vêtements m’étouffaient et je n’avais plus la force de me hisser sur la berge. En face de moi, il n’y avait plus aucune trace du feu. Ma vue était trouble, mais je distinguais les vagues formes d’une cabane. Cela me faisait étrangement penser à ce que j’avais vu avant de tomber à l’eau. Mais alors où était l’incendie ? Peu importait… De toute façon, qu’est-ce qui importait ici ? J’étais à moitié morte, blessée de partout, brûlée, fatiguée… Je levai les yeux au ciel et vis un plafond de pierre sombre. Ma vue se troublait. Je n’en pouvais plus. Me restait-il quelque chose à sauver ? La vie ne vaut pas la peine d’être vécue si on ne la vit pas comme un rêve… Et là, c’était comme un cauchemar que je la vivais. Mais d’un autre côté, on ne vit qu’une fois. Et ces heures étaient peut-être mes dernières… Alors oui. J’avais encore quelque chose. Quelque chose que nous sous-estimons tous. J’avais la vie. Et là était le plus important.
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:48:25 Avertir un administrateur
  • Chapitre VII : Vilcabamba :

    Du feu… Des flammes… Le bois qui craque sous la chaleur. Et le feu qui se propageait, toujours plus vite, toujours plus loin, ses flammes léchant le bois, le faisant craquer. Les cris de mes compagnons brûlant vifs... Les coups de feu fusant à l’aveuglette dans la fumée suffocante qui m’entourait… Si j’en avais déjà douté, l’hésitation n’était désormais plus permise : j’étais bel et bien en Enfer.

    Lorsque la porte avait explosé, libérant une énergie colossale, je m’étais retrouvé sous les planches de bois rongées par le feu. Mais ma peur de mourir était telle que j’avais repoussé le tas incandescent qui m’écrasait et, à moitié brûlé, m’étais enfuis sans savoir où, n’ayant aucune visibilité. Et maintenant je courais. Mes vêtements calcinés me collaient à la peau, m’irradiant d’une douleur difficilement soutenable. Au loin me parvinrent plusieurs cris et quelques coups de feu étouffés. Mais je n’avais pas le temps de m’en occuper. Désormais, c’était chacun pour soi.

    Quelques secondes plus tard, j’émergeai de la fumée. L’air sain envahit immédiatement mes poumons, me faisant tousser bruyamment. Je me rendis compte que je crachais du sang. Et ce sang… Il était noir. Noir comme la suie, noir comme la cendre. Noir comme les ténèbres…
    « Qu’est-ce qu’il m’arrive ? » songeai-je effaré.
    Mais je n’avais en aucun cas le temps de m’interroger sur ma situation. Le feu se propageait, et si je continuais de me poser des questions, je serais bientôt plus mort que vif. Alors seulement je regardai devant moi. Le spectacle qui s’offrit à mes yeux fatigués et douloureux me cloua sur place.

    Je me trouvais sur un petit promontoire rocheux dominant une gigantesque plaine. Et dans cette plaine se trouvaient des cabanes… Des centaines de cabanes. Des centaines de milliers peut-être… Elles étaient alignées de façon strictement parallèle, recouvrant toute la surface qu’il était possible d’occuper. Au milieu de ce village se trouvait un bassin, alimenté par une cascade en provenance du plafond. Ce dernier se trouvait à plusieurs dizaines de mètres au-dessus de moi. Il était arrondi en forme de dôme et aucune aspérité ne venait endommager sa surface incroyablement lisse. Au milieu de ce « toit » se trouvait un trou de plusieurs mètres de diamètres par lequel s’écoulait la cascade alimentant le bassin. Aux abords de la cavité avaient poussé quelques mousses. Des plantes se développaient un peu partout dans le village, lui donnant un aspect agréable. Les cabanes étaient toutes différentes et pourtant, si l’on ne s’y attardait pas, on aurait pu penser qu’elles étaient absolument toutes identiques. La grandeur de la plaine ainsi que la hauteur du plafond donnaient à l’endroit une impression de magnificence, de beauté et de prospérité inégalable. Alors, sans vraiment savoir ce que je disais, mes lèvres murmurèrent un mot, un seul : « Vilcabamba… »

    Le feu était désormais beaucoup plus proche, et la fumée m’avait presque rattrapé. Il fallait que je bouge, sans quoi j’allais finir plus cuit que si je m’étais enfermé dans un four. Mais le problème était là : comment descendre sans me rompre le cou ? Des plantes grimpantes jonchaient la paroi, mais c’était risqué. De toute façon, avais-je réellement le choix ? J’inspirai un bon coup et entamai la descente.

    Les vingt mètres me séparant du sol furent franchis bien plus facilement et rapidement que je ne l’aurais pensé. Il m’avait fallut moins de cinq minutes pour descendre. Je regardai en haut. Le feu occupait désormais toute la partie supérieure, mais ne semblait pas vouloir aller plus loin. Pourtant, les plantes grimpantes ne manquaient pas. C’était comme si les flammes étaient animées d'une volonté propre. J’eus alors une pensée pour les autres, sûrement actuellement morts, leur cadavre carbonisé, quelque part au-dessus de moi. C’était dur à admettre, mais au vu du village désert, c’était le seul fait possible : j’étais le seul survivant.

    Je fis un pas vers les premières cabanes. Aussitôt, la douleur s’éveilla. Elle apparut d’un coup, lancinante, me plantant ses griffes dans tout le corps, me traînant au sol. Mes genoux s’écorchèrent au contact de la pierre tranchante comme un rasoir, ajoutant encore à ma souffrance. Tout mon corps était irradié par une douleur si forte, que j’avais l’impression qu’il allait exploser d’un moment à un autre. De l’acide me remonta dans la gorge, et ma bouche cracha un liquide noir et visqueux. Ce liquide, je le savais, c’était mon sang. Ma vue se troublait. La douleur, toujours aussi omniprésente, me fit perdre le contrôle de mes membres. Je m’écroulai et tombai sur le dos, inerte, sans pouvoir bouger. Du sang refluait vers mes lèvres, encore et encore, sans discontinuer. Je sentais le liquide chaud couler le long de ma gorge, sur mes bras et mon torse. Et toujours cette douleur. J’avais l’impression que tous mes vaisseaux sanguins explosaient. Je ne voyais plus rien. Tout était flou. Je me sentais faible, si faible… Mais que m’arrivait-il donc ? Je n’en avais pas la moindre idée… J’eus un dernier renvoi sanguin, puis ma vue se troubla définitivement et tout devint noir.

    J’ouvris les yeux. Étais-je mort ? Je n’en savais strictement rien… J’étais étendu sur le dos, comme au moment où j’avais perdu connaissance. Je me redressai et constatai que j’étais toujours au même endroit. Je n’étais donc pas mort… J’étais simplement perdu dans les entrailles de la planète. Rassurant. Mes vêtements puaient le sang. D’ailleurs, ils étaient désormais entièrement noirs… Mais comment était-ce possible que je sois encore vivant après avoir perdu autant d’hémoglobine ? De plus, il me semblait avoir zappé quelque chose. Je regardai un peu mieux les environs et alors seulement je vis ce qui m’avait échappé. J’en eus le vertige et je faillis de nouveau rejoindre le sol : partout, par terre, dans les deux mètres qui m’entouraient, se trouvait une couche de sang séché épaisse de plusieurs centimètres. Il y avait là beaucoup plus de sang que tout mon corps ne pouvait en contenir. J’étais peut-être mort finalement… Il me fallait tirer cette histoire au clair. D’une démarche résolue, je me dirigeai vers les huttes de bois m’obscurcissant l’horizon.

    Les cabanes étaient de vraies merveilles architecturales. Elles étaient construites avec des planches et des rondins de bois, tous parfaitement assemblés à l’aide de plantes grimpantes faisant office de corde. Les allées bordant les huttes étaient pavées à l’aide de grosses pierres parfaitement polies. Je ne pouvais que m’émerveiller devant ce qui devait être les vestiges d’une civilisation sûrement millénaire. Soudain, alors que je marchais paisiblement dans les rues de la cité en m’extasiant, la luminosité du lieu baissa. Je levai les yeux vers le trou dans le plafond. La lumière qui filtrait avait pris une teinte rougeâtre. Le soleil se couchait. Il se passa alors quelque chose d’extraordinaire. Toute la caverne fut envahie par de splendides lumières jaunes et rouges, jouant sur un contraste avec les ombres. On aurait dit que chaque coin de la ville avait été construit précisément dans le but de refléter une couleur ou une forme spéciale lors du couchant. L’endroit était d’une telle beauté que j’en oubliais un instant ma situation. Je restais fasciné par le spectacle qui s’offrait à mes yeux ébahis, pensant avoir découvert un endroit digne du paradis. Puis la lumière s’atténua et disparut, plongeant la cité dans l’obscurité et me ramenant à la dure réalité. J’étais de retour en Enfer.

    Ce fut seulement lorsque je fus totalement plongé dans le noir que je me rendis compte à quel point j’étais fatigué. Chaque parcelle de mon corps était meurtrie et mes jambes ne me supportaient plus qu’à grand peine. Il fallait que je trouve un endroit pour passer la nuit. Et justement, des endroits pour passer la nuit il y en avait ici. Des centaines… Mes errances m’avaient amené au centre du village et, bien que ne la distinguant pas dans l’obscurité, je pouvais entendre la cascade couler non loin de moi. Je m’approchai de la cabane la plus proche et essayai d’en trouver la porte. La nuit était opaque, silencieuse, étouffante… Heureusement que le bruit de la chute d’eau était perceptible car, sans cela, le lieu aurait été vraiment terrifiant. Je trouvai enfin l’entrée de la hutte. Celle-ci était constituée de six rondins verticaux attachés les uns aux autres par des lianes. Je retins ma respiration en évitant de penser à ce qui pouvait se trouver derrière cette cloison, et poussai la porte.

    L’intérieur dépassait toutes mes espérances. La pièce, d’environ vingt mètres carrés, semblait légèrement plus lumineuse que l’extérieur. Ou peut-être m’habituais-je simplement à l’obscurité… J’y apercevais une table et par terre, dans un coin, était posée une peau de bête. Je m’approchai de la table et me rendis compte que c’était en réalité une grosse pierre taillée sur laquelle reposait divers objet que je n’arrivais pas à identifier. C’est alors que je me souvins d’une chose : J’avais un sac à dos ! Je l’avais complètement oublié. Je l’enlevai aussitôt et fouillai à l’intérieur. J’y trouvai une barre de céréales qui me rappela à quel point j’étais affamé. Je déchirai l’emballage que je jetai sur le sol poussiéreux et mangeai avidement ma dernière provision. Il me fallut moins de trente secondes pour l’ingurgiter entièrement. Je me remis à fouiller dans mon sac. Il y avait mon appareil photo numérique — Mais cela faisait un certain temps que la balade touristique était terminée —, une bouteille d’eau aux trois quarts vide et une lampe torche. Bizarrement, je n’avais pas tellement soif, alors que la chaleur du feu aurait du m’assécher la gorge. Néanmoins, je bus avidement le peu d’eau qu’il me restait. Alors une peur soudaine me traversa : où étaient les flammes ? Dans la nuit, elles auraient dû briller de mille feux, sans mauvais jeu de mot. Et pourtant, je ne les avais même pas aperçues… Je décidai de ne plus y penser pour le moment et je me saisis de la lampe torche. J’appuyai sur l’interrupteur et une douce et chaleureuse lumière inonda la table de pierre. J’eus un mouvement de recul en voyant ce qui s’y trouvait : une bonne dizaine de couteaux à différentes lames rongées par la rouille et le sang. En effet, l’hémoglobine était omniprésente, que cela soit sur les coutelas ou sur la pierre. J’observai rapidement les armes et attrapai celle qui me semblait en meilleur état : une machette au manche assez long et à la lame de plus de trente centimètres que la rouille n’avait presque pas atteinte. Je me dirigeai ensuite vers la peau de bête. Celle-ci provenait sûrement d’un ours, au vu de la grosse fourrure qui la constituait. Je passai plusieurs fois le faisceau lumineux à sa surface pour m’assurer qu’il n’y avait rien de suspect, puis posai la machette à une distance raisonnable d’un bon mètre de la couche, éteignis la lampe torche et m’allongeai sur la peau. La douceur de cette dernière me submergea, et je m’endormis aussitôt, sombrant dans un sommeil de plomb.
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:48:55 Avertir un administrateur
  • « J’étais sur la pointe surplombant Vilcabamba. Le feu maléfique de Fear n’était plus qu’un mauvais souvenir. Mais je me devais de reconnaître que ces crétins s’étaient bien battus. Ils m’avaient échappé. Mais ce n’était que partie remise. N’ayant découvert aucun corps, j’en déduisais qu’ils étaient tous en train de se terrer dans ce village miteux. Mais ils ne m’échapperaient pas longtemps. L’obscurité jouait en ma faveur. Je sautai aussitôt et atterris vingt mètres plus bas sans un bruit. Je dégainai alors mes deux Black Demon, toujours dans le silence le plus complet. Du sang jonchait le sol en grande quantité. En très grande quantité. Mais que s’était-il donc passé ici ? Je fis quelques pas et arrivai rapidement aux premières cabanes. Je plissai les yeux. C’était maintenant ou jamais que mes dons de tueur, mon héritage familial et racial, allaient me servir. Je distinguais désormais chaque aspérité dans la pierre, chaque termite dans le bois, chaque odeur distincte, chaque trace de quelques milliardièmes de millimètres sur le sol. Quelqu’un était passé par là. Quelqu’un puant le sang et la cendre. Quelqu’un au pas lourd et fatigué. J’avais ma piste. Je me mis à courir, aussi discret et léger que le vent, heureux de la mort prochaine de ma victime. »

    Je me redressai d’un coup. J’étais sur la fourrure en peau d’ours, dans la cabane. Tout était silencieux. Tout ? Oui. Ce qui signifiait que la cascade avait arrêté de couler. Je sentis une sueur âcre dégouliner le long de mon visage. Je cherchai mon couteau à l’aveuglette. Je ne le trouvai pas. Je fus pris de panique. Je haletai, suant à grosses gouttes et terrifié. Enfin je posai la main sur le manche. Putain c’était quoi ce bordel encore ? Et ce rêve… Ce n’était pas un rêve. Je le savais. J’avais vu dans la tête d’un autre, mon esprit s’était télétransporté dans le corps d’un autre forumer. Je me souvenais des deux gros pistolets noirs de geai… Il n’y avait aucun doute possible. Keviouk était sur ma piste. Et il n’était pas loin. Tout à coup, je fus pris de vertige et je retombai sur ma couche, inerte.

    « Je trépignai d’impatience. Il était là, tout près. Je pouvais sentir sa peur à des dizaines de mètres de distance. Et il avait raison d’avoir peur. Dans quelques secondes, il ne serait plus de ce monde… »

    Je restai étendu, terrifié. J’étais coincé, piégé dans la cabane. Que valent quelques malheureux couteaux contre deux gros gun ? Pas grand chose… Je me mis à réfléchir à toute vitesse. J’avais un avantage : il ne savait pas que j’étais au courant qu’il arrivait. Certes, il savait que j’avais peur, mais rien de plus. Dans ma main, je serrais si fort la machette que j’en avais mal aux doigts. Je me relevai tout doucement, sans faire de bruit, et m’approchai de la porte. Le silence était oppressant. Chaque petit bruit était décuplé. Je respirais le plus doucement possible, mais mon cœur battait si fort que je pouvais l’entendre en tendant l’oreille. J’étais terrifié. Je tentai une nouvelle incursion dans l’esprit de mon adversaire y arrivai sans difficulté.

    « Il était là, à dix mètres de moi. À dix mètres de son meurtrier. Il ne lui restait que quelques secondes à vivre. J’en tremblais d’excitation. Comme j’avais hâte de lui loger une balle dans le crâne ! »

    Je revins à moi. J’étais appuyé contre des rondins de bois constituant le mur droit de la pièce. De la sueur perlait autour de mes yeux, avant de glisser sur mon visage et ma nuque, me produisant un petit frisson glacé désagréable. Si je sortais, je serais instantanément tué. Si je ne sortais pas, je serais quand même mort dans moins d’une minute. Il n’y avait qu’une solution. Je m’approchai silencieusement de la table et attrapai ce qui me semblait dans l’obscurité un poignard bien taillé. Puis je revins vers l’entrée. Du moins, j’essayai. Je n’avais pas fait un pas que le bois crissa et que la porte explosa. Les rondins qui l’avaient autrefois constituée volèrent à travers la pièce. De la fumée provoquée par l’explosion surgit une forme humaine.

    -Désolé de te réveiller ainsi, camarade, lança une fois grave. J’aurais pu entrer discrètement et te tuer dans ton sommeil, mais je préfère t’offrir une mort plus spectaculaire !
    Aussitôt, quelque chose vola à travers la pièce pour s’écraser sur la couche en peau d’ours. C’est alors que le feu apparut. Il fut là en une demi-seconde, inondant la pièce de sa lumière et de sa chaleur.

    Keviouk ne ressemblait pas du tout à la vague image que j’avais encore de lui. Il était relativement grand, un mètre quatre-vingt peut-être, et possédait un corps droit, carré et musclé. Il était habillé d’un blouson en cuir taillé court et d’un jean large resserré au niveau au niveau des hanches. Son visage laissait paraître une cruauté indescriptible. Une barbe de plusieurs jours avait recouvert ses joues, lui donnant un air de gangster mal rasé. Sa bouche, petite et fine, s’écartait en sourire à peine perceptible. Mais c’étaient ses yeux, rouge flamboyant, qui lui donnaient à un air de sauvagerie inexplicable. On avait l’impression que derrière ce visage où s’agitaient les ombres du feu se trouvait une puissance maléfique bien plus grande que celle représentée par l’homme lui-même.

    Les yeux de Keviouk me fixèrent intensément, alors qu’un mur de flammes consumait la cabane.
    -Alors tu avais prévu mon arrivée ? dit-il d’un ton mi-agacé, mi-joyeux. Tant pis pour toi, tu ne mourras pas brûlé. Je me contenterai de te loger deux balles dans la tête.
    -Non !
    J’avais crié de désespoir et de rage. Les doigts de ma main droite se relâchèrent, laissant tomber la machette. Je serrai encore plus fort le petit couteau calé dans ma main gauche.
    -Mais bordel qu’est-ce que tu veux ? Qu’est-ce que je t’ai fait ? Et qui t’es ?
    Les deux pistolets s’arrêtèrent à hauteur de mon ventre et Keviouk sembla hésiter.
    -Tu seras mort dans moins de deux minutes, me lança-t-il alors que la chaleur devenait insupportable. Je peux donc me permettre de te dire pourquoi tu vas mourir.
    Je ne dis rien, attendant la suite.
    -Cela est très simple, continua-t-il en faisant tournoyer les armes entre ses mains d’un air tranquille, et peut se résumer en peu de phrases. Primo, tu es un danger pour la société.
    -Quelle société ?
    -Ne m’interromps pas ou ta mort sera prématurée, cracha-t-il violemment en pointant un Black Demon vers moi. Donc, tu es en premier lieu un danger pour notre grande et magnifique société. Pourquoi ? Tout simplement parce que tu n’es pas plus humain que moi.
    Je tressaillis et faillis lâcher le petit poignard dont je serrais puissamment le manche sans que mon adversaire ne s’en rende compte. Que voulait-il dire ?
    -Tu te demandes de quoi je parle, n’est-ce pas ? Et bien, c’est simple. Je vais prendre le temps de t’expliquer car l’expression d’horreur de ton visage me plaît. Il y a des milliers d’années, lorsque nous étions encore à l’aube de l’humanité, l’espèce humaine était loin de dominer la planète, comme essaye de vous le faire croire les hommes les plus puissants de ce monde. Les êtres dominant le monde n’étaient rien d’autres que les Atlantes. Oh, le mythe de l’Atlantide a traversé toutes les générations. Le bouche à oreille a très bien fonctionné, si bien que toi et les hommes connaissez une version presque exacte des faits. Donc, à cette époque lointaine dominait une civilisation aujourd’hui perdue, mais qui demeure supérieure à travers les siècles. Mais celle-ci n’était pas répandue sur toute la surface de la Terre. Elle était centralisée sur une gigantesque île de l’Océan Atlantique, île ayant bien évidemment disparue aujourd’hui. Cette île n’était pas fixée sur le fond marin, mais flottait réellement à la surface de l’eau. Cette prouesse était due à un objet millénaire, forgé dans le plus grand secret, le Scion des Atlantes. Je pourrais m’étendre sur le sujet, mais hélas le temps me manque car je dois encore aller m’occuper de tes petits camarades. Aussi, je vais abréger le tout. Un jour, le Scion a été volé et l’île s’est engouffrée dans les flots, décimant notre population. Si les Atlantes n’avaient jamais quitté leur continent, c’est tout simplement qu’il ne savait pas nager et que construire des bateaux leur paraissait être une perte de temps. Les 99% de la population succombèrent et furent engloutis par l’Océan. Malgré cela, certains arrivèrent à rejoindre le rivage. Mais le Scion volé avait cessé d’exercer ses pouvoirs et les Atlantes étaient devenus éminemment faibles. La plupart des survivants moururent peu de temps après la catastrophe. Il n’y eut qu’une dizaine d’Atlantes qui passèrent la première année. Ils finirent par s’habituer aux changements et la population se refit petit à petit, notamment grâce à notre extraordinaire longévité. Mais malheureusement, la plupart de ces héros s’accouplèrent avec d’autres espèces, donnant naissance à des légendes comme le Yéti, pour ne citer que lui. Nous avons pourchassés ses traîtres à leur sang et les avons tués, les uns après les autres. C’est ce qui fait que nous ne sommes qu’une ou deux petites centaines actuellement. Nous n’avions pas eu de nouvelles du Scion jusque récemment, lors de la sortie du jeu Tomb Raider. Nous avons alors su que son créateur était celui que nous cherchions depuis des années, le voleur du Scion. Nous avons d’abord pensé qu’il ne faisait que se foutre de notre gueule, mais il s’est ensuite avéré qu’il essayait de faire passer un message. La présence de votre groupe ici ne doit rien au hasard. Comme tu le sais, je suis un des organisateurs du voyage… Ma mission était simple. Vous tuer, vous, les hybrides, les résidus de ce qui était autrefois la plus grande de toute les civilisations.
    Son souffle s’était fait plus bruyant, et les flammes qui s’étaient désormais répandues semblaient l’énerver.
    -Vous êtes indignes de notre sang, toi et tes coéquipiers ! cria-t-il soudain. Vous n’avez que des demi pouvoirs, et ceux-ci ne s’éveillent que dans certaines conditions. Néanmoins, vous êtes les seuls hybrides à posséder des pouvoirs.
    Il fit une pause et leva ses deux Black Demon vers moi.
    -Et ça, continua-t-il d’un ton lent, sadique et mesuré, ce n’est pas normal… Pas normal du tout…
    Son visage et ses yeux reflétaient sa folie. J’avais désormais les deux armes pointées au niveau de mon front. Les deux canons me regardaient, noirs, immuables, engins de mort et de destruction…
    -Pas normal du tout… répéta-t-il dans un sifflement.
    Il me jeta un dernier regard empreint de folie et tira.
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:49:08 Avertir un administrateur
  • Que peut-on faire lorsqu’on est aussi prêt de la mort ? Rien qui soit conscient en tout cas. Mais ce fut peut-être mon inconscient qui me sauva la vie. Un réflexe bête, un réflexe de la vie de tous les jours. Mes bras se levèrent en croix pour me protéger le visage. Je sentis une douleur aiguë au niveau du poignet et j’eus l’impression qu’on était en train de me percer un trou à l’aide d’une foreuse. Mais peut-être était-ce d’ailleurs le cas ?

    Une seconde plus tard, je roulais sur sol au milieu du feu. Une douleur sans nom me parcourait le bras droit. Le moindre mouvement amplifiait cette douleur. De plus, j’étais allongé au milieu des flammes et mon corps entier en ressentait la morsure. Avec une force et une rapidité dont je ne me soupçonnais pas, je me relevai et fonçai droit vers mon adversaire. Je ne le voyais pas, caché qu’il était par la fumée et le feu, mais la connexion entre nos esprits me permettait de le localiser. Je n’entendis aucune détonation mais je sentis mon ventre s’ouvrir lorsque plusieurs balles vinrent s’y loger. Mais je ne m’arrêtai pas. J’étais guidé par quelque chose de plus puissant que la douleur : la rage de vaincre, la peur de mourir, le désir que ce qui fut ma vie ne s’arrête pas maintenant… C’est avec toute cette rage que je levai mon bras avec la forte intension de planter le couteau logé dans ma paume au milieu de la gorge de Keviouk.

    Mais la lame n’atteignit jamais sa cible. Elle s’arrêta à mi-chemin, bloquée par mon adversaire qui m’avais saisis le poignet, le maintenant à distance avec force.
    -Tu es fou de vouloir t’opposer à moi ! cria-t-il avec rage.
    Je me sentis transporté et l’instant d’après, mon dos percutait lourdement un mur de la cabane, me coupant la respiration. Il n’en fallut pas plus à Keviouk pour m’arracher le couteau des mains et me le planter dans la poitrine

    Un pistolet noir de geai calé dans chaque orbite. Je ne voyais plus rien. Limite si je percevais les contours des canons. Mais être aveugle ne m’empêcha pas de sentir la brûlure du feu qui m’entourait lorsqu’il fondit vers moi ni d’entendre le rire démoniaque de mon adversaire qui résonna dans la nuit. Puis il eut un mouvement brusque et tout devint rouge.

    Oui, rouge. Mais non rouge de sang. D’ailleurs, comment aurais-je pu voir quoi que ce soit si on m’avait explosé les orbites ? C’était le rouge des flammes m’encerclant, me léchant, me brûlant. Keviouk se tenait devant moi et semblait se battre avec quelque chose d’invisible. Que s’était-il donc passé ? C’est alors que je me rendis compte que la douleur avait quasiment disparu. Trop de douleur annihile la douleur. Je jetai un regard à ma plaie au niveau de la poitrine et c’est alors que je vis la chose.

    Elle sortait du trou béant et se jetai sur Keviouk. Elle était noire. Noire comme la cendre, noire comme les ténèbres, noire comme mon sang… D’ailleurs, c’était mon sang. J’en étais sûr. Inexplicablement sûr. Un long filament d’hémoglobine quittait mon corps pour se jeter sur l’Atlante, essayant de lui faire lâcher ses armes. La chose s’enroulait autour de ses poignets, lui tordait les doigts et resserrait tellement fort son étreinte que les mains de Keviouk avaient virée au blanc. Et ce truc sortait de mon corps. Ce truc répugnant émanait de moi. Je regardai une nouvelle fois la substance s’échappant en continue de mon corps, puis pris ma décision. Qu’avais-je à perdre ? Rien. À part quelques litres de sang, songeai-je ironiquement.

    Le couteau était tombé au sol, déraciné de ma poitrine par la puissance de mon flux sanguin. Je le ramassai, et tournai mon poignet de façon à découvrir l’artère radiale. Ce que j’allais faire était terrible. Il fallait vraiment être schizo pour tenter une chose pareille. Totalement chtarbé… Un dernier regard vers mes veines palpitantes me donnèrent le signal : le sang n’avait-il pas hâte de se délivrer, s’il s’agitait ainsi ? Je ne le ferais pas attendre plus longtemps. Je brandis la lame et l’abatis avec une rage sans égale, tranchant net toutes les veines pouvant se trouver à cet endroit.

    Le sang jaillit d’un coup, m’éclaboussant, avant de se précipiter sur Keviouk. Ça avait marché. Et dire qu’une semaine plutôt, je répugnais et haïssais ce genre de chose à un point difficilement concevable… Et maintenant je les appliquais. Comme tout avait changé… Mon plan avait fonctionné. Malheureusement, je n’avais pas tout prévu. Je pensais être devenu insensible à la douleur. Mais je me trompais lourdement. Plus le sang me fuyait, plus la sensation de m’éloigner de mon corps meurtris me prenait. J’avais la sensation de devenir faible. La joie et la sensation de puissance qu’avait produit la réussite de mon « attaque » s’évanouirent en un instant. Alors qu’un sang noir continuait d’inonder l’endroit, je tombai à genoux sur le sol brûlé. La pierre incandescente me brûla à travers le jean, mais je n’y fis presque pas attention. Il fallait que je reprenne sur moi. Mais comme il me semblait être loin de l’action. Devant moi, l’hémoglobine rentrait par tous les orifices dans le corps de mon adversaire, essayant de l’étouffer de l’intérieur, s’enroulait autour de son cou et de son torse, le submergeait de partout. Une corde de sang lui lia les jambes et il tomba à la renverse, propulsant du fluide rouge de tous les côtés. Je ne pouvais supporter ce spectacle plus longtemps. Je me concentrai et essayai de contrôler au sang. C’est avec une étonnante facilité que je réussis à me plonger au cœur de l’hémoglobine. J’avais l’impression d’être rentré dans la conscience de mon sang. C’était une sensation étrange, mais tellement jouissive. « Stop ! » hurlai-je intérieurement. Je sentis que ce qui semblait être l’âme du sang hésiter, puis sa présence disparut. J’avais fermé les yeux. Je les rouvris. La douleur semblait avoir disparu. Il n’y avait plus aucune trace de la chose qui m’avait habitée, si ce n’était les litres d’hémoglobines répandus sur le sol. Je jetai un coup d’œil à ma main : le sang avait coagulé et ne coulait plus.

    Keviouk était allongé sur le sol devant moi, inerte. Il avait la bouche grande ouverte et les yeux globuleux. Il était entièrement recouvert de sang. Son visage s’était crispé dans une dernière image de la souffrance qu’il avait éprouvée. Le feu, qui n’avait pas atteint le centre de la pièce entièrement constitué de pierre, était en train de brûler le toit, faisant tomber des brindilles incandescentes un peu partout. Je me relevai et respirai un bon coup. C’était finit maintenant… Quoi ? Mais qu’est-ce que je racontais ? J’étais dans une hutte en feu, un cadavre devant moi, avec le ciel me tombant sur la tête. J’étais pommé au centre de la Terre, sans vivre, sans amis, sans rien… J’étais dans une situation totalement désespérée et la fatigue commençait à nouveau à me submerger. Mais j’étais encore en vie. Et là était le plus important.

    Je me mis à chercher mon sac du regard. C’était inutile. Je l’avais laissé près de la couche et cet endroit était totalement en proie aux flammes. De même, la table de pierre et la machette que j’avais laissé tomber avaient disparu. Seul restait le poignard gisant à mes pieds. Je m’en saisis, enjambait le corps de Keviouk, et passait par l’entrée béante depuis que ce dernier avait défoncé la porte. Dès que je fus dehors, le froid me submergea. M’étant habitué à la chaleur régnant près du feu, la fraîcheur de la nuit me pétrifia. Je grelottai et fis quelques pas. Je me rendis alors compte que les cabanes adjacentes à celle que je venais de quitter étaient également en feu. Celui-ci s’était aidé des plantes des allées pour passer d’une habitation à une autre. C’est alors qu’une terrible vérité m’apparut : tout le village allait flamber.

    Il n’y avait qu’une façon d’échapper à cela. Je me précipitai vers le bassin. L’eau avait recommencé à couler. Une fois arrivé au bord de l’eau, je jetai un regard en arrière. Les flammes s’étaient propagées à une vitesse impressionnante. Beaucoup trop rapidement pour qu’elles ne soient que de simples flammes… Je me retournai vers le bassin, m’accroupis et y trempai un doigt. Après la chaleur que j’avais du supporter, l’eau me sembla incroyablement glaciale. Mais je n’avais pas le choix. Gardant toujours mon couteau à la main, j’inspirai un bon coup et plongeai.

    La douleur explosa. L’eau et les brûlures ne font jamais bon ménage. Mais là, mon corps carbonisé jeté dans une eau gelée se contracta d’un coup, sous l’effet de la douleur. J’émergeai et m’agrippai à la rive, essayant de contrôler les tressautements de mes membres souffrants. J’avais appris comment détruire la douleur. Aussi, attendis-je que celle-ci s’atténue. Environ une minute plus tard, mes brûlures ne me faisaient plus souffrir et l’eau me semblait bien moins froide. Désormais, la moitié de Vilcabamba était dévorée par le feu. Lui qui avait mis si longtemps à sortir du cercle de la cabane s’était étendu avec une rapidité terrifiante. J’essayai de rassembler mes souvenirs. Keviouk avait parlé de la similitude entre TR1 et la réalité. Mais qu’avait-il dit ? Enfin, la phrase me revint. « Nous avons d’abord pensé qu’il ne faisait que se foutre de notre gueule, mais il s’est ensuite avéré qu’il essayait de faire passer un message ». Je n’avais presque jamais joué à TR1, mais j’avais terminé TRA. Et dans ce dernier, le bassin de Vilcabamba recelait un passage. Il devait en être de même pour TR1. Sans doute étais-je devenu fou. Aussi, j’inspirai de nouveau un bout coup et je replongeai.

    Je descendis à pic, la tête la première. À intervalles réguliers, je m’habituai à la pression grâce à manœuvre de Valsalva, consistant à se pincer le nez et à souffler progressivement bouche fermée. Malheureusement, je n’avais jamais plongé ainsi, et les effets de mon incompétence commencèrent à se faire sentir. Je fus pris de vertige et commençai à m’agiter. Je voulus m’aider de la paroi pour remonter, mais mon bras traversa le mur. Une seconde plus tard, celui-ci m’apparut un mètre plus loin. Je m’en approchai mais rencontrai de nouveau du vide. J’avais perdu tout repère spatial.

    Et comme si les difficultés n’étaient pas assez nombreuses, l’air me manquait. Je voyais flou, je ne sentais plus mes membres. Je voulus remonter à la surface, mais je ne fis que percuter le sol. À moins que ce ne fut qu’un mur ? J’étais complètement perdu. Je suffoquai. Dans une dernière tentative, je voulus poser mon pied au sol pour prendre une impulsion. Mais mon pied ne s’arrêta pas. Il traversa la surface avant de retomber lourdement dans l’eau. J’eus toutes les peines du monde à me concentrer. Le besoin pressant d’air frais, la vision troublée et la douleur qui explosait dans mon crâne à la suite de tout cela ne devait pas me distraire. Enfin, pensant savoir où j’allais, je fis une brasse et ma tête creva la surface.

    L’air pur envahit mes poumons, rafraîchissant mon corps, éclaircissent mes pensées, me revigorant. Je repérai la berge et m’en approchai. C’est alors que je remarquai que je n’étais plus au même endroit. J’étais dans une caverne parfaitement fermée d’environ dix mètres carrés. Le bassin faisait l’angle avec le mur. Je me hissai sur la berge et roulai au sol, épuisé. J’étais harassé, KO. L’endroit était confortable et me semblait sûr. Une douce mélancolie s’empara de mon esprit, le rendant lent. Je ne pouvais résister plus longtemps. Le sommeil m’appelait. Mes paupières se firent lourdes et tout devint noir.

    « Ne jamais sous-estimer ses adversaires… J’aurais du faire plus attention aux règles Atlantes. Il avait bien faillit me tuer. Mais heureusement, ce crétin n’avait pas jugé utile d’observer de plus près mon corps inerte. Dans la cabane, j’avais fait de mon mieux pour retenir le feu. Mais une fois mis hors d’état de nuire, son contrôle m’avait échappé et il avait entièrement détruit la cité, désormais réduite en cendre. J’étais faible, désormais. Il me faudrait du temps avant de redevenir moi-même. Et les autres risquaient de se barrer le temps que je me repose. Autrement dit, ils risquaient de m’échapper. J’allais donc devoir faire appel à mon second. Il était jeune, mais ses pouvoirs étaient puissants. Très puissants. Pour un hybride du moins. Je l’avais déjà contacté. Il ne devait plus être loin.

    Enfin, après quelques minutes d’attente, il apparut. L’obscurité m’empêchait de voir son visage, mais je savais que c’était bien lui. À ses côtés se trouvait un animal que je ne daignai même pas regarder.
    -J’ai une mission à te confier, dis-je avec calme.
    Je lui tendis un de mes deux Black Demon.
    -Tous ? me demanda-t-il d’une voix grave.
    -Tous sauf un. J’ai une vengeance personnelle à régler avec cet enfoiré.
    -Qui est-il ?
    Je me détournai et me mis à marcher nerveusement, pensant aux souffrances que je lui ferai subir lorsque je l’aurais retrouvé.
    -Gag_Jak.
    J’avais prononcé ce mot avec tous le mépris dont j’étais capable.
    -Je m’occuperai de lui, continuai-je. Retourne près des autres. Tu as été leur allié, ils ne te soupçonneront donc pas. Est-ce clair ?
    -Oui.
    Je m’approchai de lui et pus ainsi le dévisager. D’une tête de plus que moi, les cheveux courts rabattus sur le devant de la tête, le visage affichant un air niais, le corps ponctué de trous, il était taillé pour cette mission.
    -Parfait. »

    Je me réveillai en sursaut. Je me savais en sécurité mais néanmoins, un frisson glacé me parcourut l’échine et mon cœur se mit à battre plus fort que jamais. Car ce jeune homme au service de Keviouk, je l’avais reconnu. Ce jeune homme, c’était Flo.
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:50:11 Avertir un administrateur
  • Chapitre VIII : La Vallée Perdue :

    Maudit. J’étais maudit. Comment penser autrement après tant de souffrances, tant de morts, tant de malchance ? Comment penser autrement alors que j’étais là, allongé sur le dos, le souffle roque, les fringues dégoulinant de l’eau que je venais de quitter, ma peau à moitié carbonisée ? Comment penser autrement alors que j’étais perdu dans le trou du cul du monde entouré de gens à côté desquels les X-Men feraient pâle figure ? Non. Penser autrement m’était impossible. J’étais maudit.

    J’avais du mal à comprendre comment j’avais survécu. Keviouk, l’explosion de la porte en un gigantesque brasier, puis la course à l’aveuglette, pour enfin tomber dans ce bassin, qui, quelques brasses plus tard, m’avait conduit ici… Tout cela était bien plus que je n’aurais pu normalement en supporter. Mais il s’était développé dans mon corps un second moi, un moi plus puissant, un moi plus courageux. Du pauvre couard que j’étais dans la neige au début, j’étais désormais un aventurier bien plus aguerri. Aussi, je décidai de me relever.

    Je me croyais dans une nouvelle caverne. C’était en partie vrai. Mais également en partie faux. Si la moitié de l’endroit était bien constitué d’un mur concave, ce que je voyais devant moi n’avait plus rien d’une grotte. D’un bleu d’azur, c’était l’immensité du zénith, la magnificence du ciel, qui se tenait face à moi.

    Je me trouvais sur un promontoire surplombant une gigantesque vallée. Celle-ci, coincée entre deux pans de montagne, s’étendait à perte de vue. Si les cent premiers mètres n’étaient constitués que d’herbe, une forêt à la végétation extrêmement dense faisait vite son apparition. Des palmiers, des fougères arborescentes, des cycas, des cyprès, et des dizaines d’autres végétaux que je ne connaissais pas poussaient ici, les plus impressionnants étant de titanesques arbres de plusieurs dizaines de mètres de haut qui crevaient la cime des bois. La forêt s’étendait ainsi, à perte de vue, dans une vallée large d’environ cinq centaines de mètres. Les hautes herbes de la plaine bougeaient légèrement, agitées par la faible brise animant l’endroit. Tout à droite, acculé au flanc de la montagne se trouvait un lac dans lequel se jetait une petite cascade. Un grand soleil illuminait l’endroit. Le tout avait l’air paisible. Étrangement paisible. Inexplicablement paisible en fait.

    C’est alors seulement que je remarquai Busard. Il était assis en tailleur sur le bord de la falaise et scrutait la vallée, les yeux plissés en une intense concentration. Un bruit derrière moi me décrocha de ma contemplation des lieux et je me retournai, tous sens en alerte. Elli venait d’émerger du bassin, toussant et crachant de l’eau en grande quantité. Je me précipitai vers elle et, avec une force dont je ne me croyais pas capable, la tirai hors de l’eau. Elle se débattit mais je tins bon. Elle avait l’air dans un état second. Je la redressai légèrement et l’adossai au mur. Puis je reculai et la laissai reprendre son souffle. Ses cheveux noirs étaient plaqués sur son visage, lui donnant un air sauvage, et ses vêtements brûlés semblaient être une seconde peau. De l’eau ruisselait sur ses courbes avantageuses, lui donnant un air de Dieu déchu. Je détournai mon regard de ce corps mutilé : en un énorme bruit d’éclaboussure, Darklife et Alphonse venaient d’émerger.

    Les deux jeunes hommes se hissèrent hors de l’eau avec aisance. Ils n’avaient pas l’air blessés. Puis ce fut la tête de Slezovic qui creva la surface. Il avait l’air intact. C’était dingue. Il avait 12 ans, c’était le plus jeune du groupe et il était pourtant un des plus courageux. Alphonse et Darklife avaient pris soin d’Elli et celle-ci avait déjà l’air d’aller bien mieux. Mais il manquait quatre personnes : VGM, Fear, Linoa et Gag_Jak.

    Le temps passait. Mais les quatre disparus n’arrivaient pas. Hormis Busard, qui n’avait pas quitté son perchoir, nous nous étions tous rassemblés au centre de la caverne, face au bassin. Et nous attendions… En vain.

    Enfin, après plus de trente minutes d’attente, il se passa quelque chose. La surface de l’eau se mit à bouillir, comme si un truc chauffait à l’intérieur du bassin. Tous les yeux se fixèrent sur les grosses bulles formées à la surface. L’instant d’après, Fear et VGM émergeaient. Ils avaient l’air épuisé, mais heureux, comme s’ils avaient atteint leur but. Julien était le plus mal en point. Il avait été touché par balles en plusieurs endroits, et le sang s’écoulait par les multiples trous creusés dans sa peau. Son t-shirt semblait réellement faire partie intégrante de son corps. Il s’extirpa de l’eau et, sans attendre, arracha son maillot avec un soupir de soulagement. Celui-ci se disloqua sans effort. C’est alors que je pus constater que lui aussi avait muté. S’il était musclé auparavant, VGM était désormais tellement baraqué que les Dieux du Stade auraient fait pâle figure en face de lui. Il ne semblait même pas souffrir des multiples blessures dont était paré son torse. Fear sortit également de l’eau. Bizarrement, ses fringues étaient intactes, comme si elles avaient été protégées du feu qui avait émané de son corps. Alphonse parla le premier.
    -Où est Keviouk ?
    -Nous l’avons berné, annonça VGM d’une voix rauque. Nous avons réussi à dissimuler à ses yeux le plan d’eau qui conduisait ici grâce aux flammes de Fear. Il s’est dirigé vers un village abandonné à quelques pas de la carcasse de la porte.
    Tout le monde soupira de soulagement. Même si personne ne l’avait dit, le silence pesant traduisait très bien l’ambiance de stress et de peur qui s’était emparée du groupe. Mais une question me taraudait.
    -Où sont passé Gag et Linoa ? lâchai-je sans pouvoir tenir plus longtemps.
    -Comment cela ? s’exclama Fear. Vous n’êtes pas tous ici ?
    -Non, Gaëtan et Carine ne sont pas arrivés.
    Jonathan resta interdit et fixa VGM, qui hocha doucement la tête.
    -Il n’y a rien derrière nous, reprit-il. Rien, à part un tueur et des flammes.

    La stupéfaction me cloua sur place. Alors comme ça, nous avions perdu deux nouveaux forumers… On allait tous mourir avant la fin. La fin ? Quelle fin en fait ? Je venais de comprendre quelque chose. Quelque chose de terrible. Pour moi, la fin de cette aventure serait sûrement la mort.

    Je vous passe le moment qui suivit. Tous les grands, les chefs nés, ceux qui se croyaient en mesure de tout diriger, harcelèrent de question les deux survivants, mais ceux-ci ne dirent rien.
    -Il faut qu’on réunisse tout le groupe, finit par jeter Julien. On va vous dire ce qu’on sait. Mais à tout le monde. Et dans le calme.
    Le calme attendu mit longtemps à s’installer. Je riais intérieurement de leur précipitation. C’était dingue comme j’avais changé. J’étais devenu plus tranquille, plus posé. Je m’étais assis contre le mur, et je regardais désormais l’astre du jour descendre dans le ciel. La nuit venait.

    Enfin, tout le monde fut réuni autour d’un petit feu de camp que Fear avait allumé à même la pierre. Les ténèbres étaient arrivées.
    -Bon, alors commençons par le plus important, débuta Jonathan. J’ai éteint à distance le feu que j’avais laissé de l’autre côté du point d’eau. Même si je pense qu’il est déjà trop tard pour eux, Gag et Linoa auront ainsi peut-être une petite chance de plus.
    Voyant qu’Elli allait parler, il ajouta en lui jetant un regard noir :
    -Personne ne parle, hormis VGM et moi.
    -Ne posez pas de question, reprit Julien d’une voix grave. Nous n’avons pas beaucoup de temps. Il nous faut dormir pour être en forme demain. Je commencerais par vous dire ce que je sais au niveau des Pouvoirs.
    -Des Pouvoirs ?
    VGM me fusilla du regard et je regrettai aussitôt d’avoir ouvert ma gueule.
    -Donc, comme vous avez pu voir, reprit-il, Jonathan peut faire joujou avec l’élément naturel communément appelé feu. Vous avez également pu remarquer que Jaws n’avait pas l’air super cool le jour où ce même Jonathan l’a abattu d’une balle dans la tête. Et enfin, je pense que vous avez captés que j’ai à peu près une réponse à tout en ce moment. Tout ça, mes amis, c’est à cause du Pouvoir. Mais qu’est-ce exactement que ce Pouvoir ? Je ne sais pas trop. C’est une sorte d’autre soi-même. C’est quelque chose qui nous rend plus fort, plus dur, plus courageux. Il se déclenche dans certaines circonstances bien précises. Notamment lorsque l’on tue quelqu’un, directement ou indirectement. Mon Pouvoir est apparu après la mort d’Alexey, celui de Fear après le décès du guide, et celui de Jaws après le trépas de Flo. Mais comme vous l’avez certainement tous indépendamment remarqué, un autre facteur agit. Je ne sais rien de ce facteur, mais je sais encore une chose. C’est que vous tous, autant que vous êtes, avez un Pouvoir. Et que ce Pouvoir doit vous permettre d’accomplir une mission.

    -Une mission ? ironisa Alphonse. Et de quelle mission s’agit-il ? Parce que j’ose espérer que…
    -Nous ne savons pas quelle est la nature de cette mission, coupa Fear. Mais ne le saurons bien assez tôt. Maintenant, si vous avez des questions…
    -Quels sont vos Pouvoirs à toi et VGM ? lança directement Slezovic. Et quel était celui de Jaws ?
    -Pour ma part, répondit Jonathan, je peux comme vous l’avez vu contrôler au feu, ainsi que le créer. Pour Jaws, nous supposons que son double était un être maléfique à la puissance sans égale, mais nous n’en savons rien. Et VGM a des sortes de visions…
    -Ce ne sont pas des visions, coupa Julien. Je sais ce qu’il se passe, c’est tout. Il me suffit de penser à une situation proche, et je sais ce qu’il va arriver si je n’agis pas. Mais peu importe nos Pouvoirs. Nous les maîtrisons. Or, maîtriser son alter ego est difficile. Aussi je dois vous mettre en garde. Nous ne voulons pas de second Jaws… Maintenant, allez vous coucher. Je m’occupe de la garde. Demain sera une journée difficile

    Sur le bord du point d’eau se trouvait une petite hutte vide, plus accueillante que le sol de pierre. Néanmoins, tout le monde préféra s’allonger au bord du feu. Nous étions tous blessés. Mais nous n’en avions cure. Nous étions trop fatigué pour cela. Je savais que je faisais une erreur en ne m’occupant pas de mes brûlures, mais j’étais trop occupé à réfléchir pour me soucier de ce genre de détail. Alors comme ça j’avais un Pouvoir ? Intéressant. Que pouvait-il donc être ? Je me mis à m’imaginer contrôlant le vent, l’eau, la terre… La chaleur du feu était apaisante et mon esprit sombra dans une douce léthargie peuplée de rêves surnaturels.
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:50:36 Avertir un administrateur
  • Je fus réveillé par un murmure. J’ouvris les yeux. Je n’avais pas du dormir longtemps, mais ce peu de sommeil m’avait fait du bien. Je me redressai doucement. Autour de moi, tout était calme. Trop calme… Tout le monde dormait, couché à même le sol. Par simple précaution, je comptais le nombre de silhouettes de détachant dans la pénombre. Cinq. Six avec moi. Je savais que nous étions désormais peu nombreux, mais six, c’était trop peu. Un frisson me parcourut l’échine. Si j’avais été dans mon état normal, je serais resté terré près du feu, à faire semblant de ne rien avoir vu. Mais le temps où j’étais Jojo était révolu. Désormais, j’étais Jordan. Uniquement Jordan. Aussi je me levai.

    J’aperçus aussitôt deux nouvelles silhouettes. Celles-ci étaient accroupies au bord du promontoire surplombant la vallée. En m’approchant, je compris alors que le murmure qui m’avait réveillé n’était autre que ces deux forumers discutant à voix basse. Alors que j’étais encore à trois mètres d’eux, le premier d’entre eux leva une main et, toujours sans se retourner, me fit signe de les rejoindre. Mais je m’arrêtai net. Je ne voyais toujours pas leurs visages. Qu’est-ce qui me prouvait que ces deux-là faisaient bien partie du groupe ? J’hésitai encore lorsque d’un coup, sans prévenir, la lune fit son apparition dans le ciel. Elle était parfaitement ronde et elle éclaira le dos nu de celui qui m’avait fait signe. Aux marques présentes sur sa peau, je reconnus VGM. Je m’approchai et vis que la seconde personne était Busard.
    -C’est bien d’avoir hésité, murmura Julien toujours sans m’accorder un regard. Nous aurions pu être n’importe qui.
    -Qu’est-ce que vous foutez-là ? chuchotai-je à mon tour.
    -Ta gueule, me stoppa Busard. Ferme-la et regarde.
    Je jetai un coup d’œil en direction de la vallée et vit que quelque chose sortait de la forêt. Une grande masse noire. Lorsque celle-ci fut au centre de la plaine, je compris qu’il ne s’agissait pas d’une seule chose, mais de plusieurs dizaines. Je n’arrivais néanmoins pas à distinguer de quoi il retournait.
    -Un troupeau de cerfs géants, murmura Busard. Ils étaient sensés avoir disparu depuis la fin du Mésozoïque. C’est fantastique…
    J’avais grave envie de lui dire de fermer sa gueule, mais en plus d’avoir peur des représailles, je me demandais comment il arrivait à voir ce qu’étaient ces choses à deux cents mètres alors que je voyais à peine la limite entre chaque individu.

    Le troupeau se dirigea vers le point d’eau et ses membres se mirent à s’abreuver. Le lac étant plus proche de nous, je distinguais désormais assez bien les cerfs. Ils étaient vraiment gigantesques. D’environ deux mètres de haut sur trois de long, ils possédaient des bois de plus d’un mètre cinquante. C’était un beau spectacle, certes, mais il n’y avait vraiment pas de quoi se priver d’une bonne nuit de sommeil.
    -C’est pour ça que vous ne dormez pas ?
    -Non, me répondit sèchement Busard.
    -On observe le terrain pour demain, m’expliqua Julien, plus conciliant.
    -C'est-à-dire ?
    -Vos gueules, coupa Busard. Ils arrivent.
    Je réprimandai mon envie de demander qui arrivait et me mis à regarder la plaine. Mais je ne voyais rien. Néanmoins, je fis attention à ne pas la rouvrir et je continuai d’observer la vallée. Enfin, alors que la fraîcheur du soir commençait à me faire frissonner, il me sembla que les hautes herbes s’agitaient. Une minute plus tard, j’en étais sûr. Les mouvements étaient à peine perceptibles dans l’obscurité, mais quelque chose se déplaçait. Et cette chose se dirigeait droit sur le troupeau de cerfs. Impossible de me taire plus longtemps, je murmurai :
    -C’est quoi ?
    -Ils les encerclent, chuchota Busard sans prêter la moindre attention à ce que je venais de dire. Intelligent… Très intelligent…
    Ils ? Il y en avait donc plusieurs. Mais je ne savais toujours de quoi il s’agissait.
    La berge du lac était dégagée de toute végétation sur une dizaine de mètres.
    Alors que j’apercevais la forme d’une des créatures et que je restais stupéfait face à la conclusion à laquelle mon esprit était arrivé, un cri retentit dans l’obscurité. C’était un chant grave et alarmé. Aussitôt, la panique sembla s’emparer du troupeau, lieu d’émergence du cri. Les mâles grognaient contre le danger qui s’annonçait, alors que les petits braillaient et que les femelles restaient silencieuses. Il y eut alors un nouveau cri, n’ayant rien avoir avec le premier. Celui-ci était rapide et sec, et émergeait des hautes herbes. Ce n’était pas un signal de détresse. C’était un ordre d’attaque.

    Les broussailles se mirent alors à s’agiter rapidement, comme si un grand nombre d’animaux les traversaient. Le troupeau était désormais paniqué. Ses membres ne savaient apparemment plus quoi faire. Ils s’agitaient et couraient le long de la rive, nerveux. Ils avaient compris ce qu’il se passait. Mais ils semblaient attendre. Ce qui suivit fut d’une rapidité inouïe. Le prédateur émergea des hautes herbes et se jeta sur le premier cerf, un grand mâle. Celui-ci s’y attendait et le stoppa net avec ses bois, sur lesquels l’agresseur s’empala. Un rapide coup de tête vers la droite et le futur cadavre fut projeté à l’eau. L’instant d’après des dizaines de prédateurs se jetaient sur le troupeau.

    Après plusieurs dizièmes de seconde de combat, je compris que mes soupçons étaient confirmés. Dotés de redoutables mâchoires aux dents acérées, d’une assez longue tête aplatie, étant d’une longueur total d’environ 1m80 pour 1m60 de haut, les agresseurs étaient des raptors. Je pouvais presque voir la redoutable griffe de plusieurs dizaines de centimètre se planter dans le cou des cervidés. Ceux-ci avaient d’ailleurs organisés leur défense. Les cinq premiers reptiles avaient été tués dans leur élan. À peine dix secondes après le début de la bataille, les mâles foncèrent droit dans les broussailles, tête baissée. Mais ils ne firent pas plus de quelques mètres. Même percutés de plein fouet, les raptors se jetaient sur leurs victimes avec frénésie, arrachant des morceaux de chair, griffant la peau, mordant au cou. La tentative de contre fut rapidement contrecarrée par le nombre impressionnant d’assaillants. Mais les autres membres du groupe étaient prêts. Ils se lancèrent tous en direction de la forêt, formant un groupe compact. Entourés par les quelques mâles restants, les femelles et les petits étaient à l’abri. Du moins momentanément.

    Les raptors, une fois la première vague totalement achevée, se précipitèrent sur les fuyards. Ils formaient toujours un cercle parfait autour des cervidés. L’attaque fut brutale. Les mâles rejoignirent vite le sol. Les dents et les griffes des reptiles frappaient vite et bien, ne laissant aucune chance à leurs adversaires. Mais il restait encore plus d’un tour dans le sac des cerfs. Juste au moment où les raptors, après avoir fait tomber quelques mâles, se retiraient pour réattaquer, le groupe éclata. Il se disloqua, chaque membre prenant un chemin différent de ses congénères. Ainsi, certains cervidés purent franchir la barrière reptilienne.

    Mais là encore, une nouvelle surprise les attendait. Alors que quelques femelles et juvéniles courraient à toutes jambes en direction du sous bois, quelque chose sortit de la forêt. C’était une ligne. Une ligne d’une cinquantaine de mètres. Une ligne de raptors.

    Je vous passe la suite du massacre. Les dinos avaient très astucieusement préparé leur attaque, et tout le troupeau y passa. Je les regardais désormais déchiqueter des bouts de viande par-ci par-là, se promenant à travers la plaine, achevant les mourants. Ils étaient vraiment nombreux. Une bonne centaine au minimum. Et vu l’étendue de la vallée, cela ne devait représenter qu’une infime portion de leur espèce. Je jetai un coup d’œil à VGM et à Busard. Ils se dévisageaient.
    -On est dans la merde, lâcha le premier.
    -Et pas qu’un peu, continua le second.
    -Tu te rends compte ? Comment ils avaient préparé la première vague, puis la seconde. Et je suis sûr qu’ils avaient encore des ressources.
    -Comment on va faire pour passer ?
    -Vous aurez besoin de toutes vos forces. Tu devras les guider à l’avant, et Fear les protéger à l’arrière.
    -Vous ? Tu ne viens pas avec nous ?
    -Non.
    -Explications ?
    -Je pars en éclaireur. Vous aurez normalement peu d’embûches jusqu’à la cascade du tombeau. J’ai bien dit peu, ça ne signifie donc pas que le terrain sera entièrement dégagé. Mais je veillerai à ce qu’il y ait le moins d’obstacles possible sur votre route.
    Julien dévisagea lentement Busard, comme s’il cherchait à lire quelque chose sur son visage.
    -Tu ne fais pas ça pour eux. Tu ne les aimes pas. N’essaye pas de me faire croire n’importe quoi.
    -Je n’ai jamais dit que je faisais ça pour vous.
    Il jeta un dernier coup d’œil autour de lui puis se leva.
    -Partez à l’aube si vous souhaitez avoir une chance.
    -Busard, c’est du suicide, lança VGM en se levant à son tour.
    Mais il était trop tard. Le plus grand pessimiste que je n’avais jamais connu venait de se jeter du haut du promontoire. Je me précipitai au bord du gouffre pour regarder en contrebas. Busard était là. Il avait prestement atterri sur le sol après sa chute d’une bagatelle de vingt mètres, et se dirigeait vers la forêt. Il se passa alors quelque chose d’incroyable : les contours du jeune homme commencèrent à disparaître. Trois secondes plus tard, il n’y avait dans la plaine plus rien d’autre visible que quelques raptors.

    -Vas te coucher.
    VGM avait parlé d’une voix dure et implacable.
    -Mais…
    Il n’y a pas de mais. Tu l’as entendu ? On se tire d’ici à l’aube.
    Je dévisageai Julien. Il était grand, fort, musclé… Mais il tremblait. D’un côté, il était torse nu dans la fraîcheur de la nuit. Mais s’il n’y avait pas que ça… Et si le légendaire VGM avait peur ?

    -Mais qu’est-ce qu’il va faire ? lâchai-je impossible de contenir le flot de questions qui se pressait dans ma tête.
    -J’en sais rien. Maintenant, retourne te coucher. Je monte la garde.
    -Je suis sûr que tu en sais plus que moi !
    -J’en sais toujours plus que tout le monde. Maintenant Jordan, tu rentres dans cette putain de caverne ou je t’assomme à mains nues.
    J’allais rebrousser chemin lorsque quelque chose bougea dans la plaine. Mais je n’eus pas le temps de voir ce qu’il se passait. VGM m’avait repoussé dans la grotte.
    -Va dormir, jeta-t-il d’un air méprisant.
    Son visage était sombre et il n’avait absolument pas l’air de rigoler. Je me retournai sans un mot et allai m’asseoir près du point d’eau. Mais j’avais à peine posé mon cul par terre qu’un cri atroce retentit derrière moi. Je restai figé de terreur, puis me retournai maladroitement. C’est avec stupeur que je vis que rien n’avait bougé. Les forumers dormaient, à l’exception de Julien, qui était retourné s’asseoir en tailleur sur le promontoire. Mais ce cri… Je sentis de grosses gouttes de sueur dégouliner le long de mon front. Tout était redevenu si calme. Mes muscles étaient tendus, prêt à bondir. J’essayai de les détendre, sans succès. Je soufflai un bon coup. Silencieux. Tout était silencieux. J’avais du rêver. Je fermai les yeux pour détendre mes paupières. Je les rouvris aussitôt. Le bruit d’une lame fendant l’air venait de m’effleurer l’oreille.
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:51:00 Avertir un administrateur

  • Je me levai aussitôt, sur mes gardes. Mes yeux allaient et venaient, scrutant chaque recoin d’ombre, chaque parcelle de lumière. Mais il n’y avait rien. Tout était parfaitement normal. Le feu ronronnait doucement, mes compagnons dormaient, VGM veillait. Rien d’anormal. Je me mis à trembler. Je n’aimais pas, mais alors pas du tout ça.
    « N’ai pas peur. Ce n’est que moi »
    Cette fois, mes muscles me lâchèrent et je m’affalai au sol. Je tremblais de tout mon corps. Car cette voix ne venait pas de la caverne. Non, elle venait de mon corps, de mon esprit, du plus profond de ma tête.

    Mes lèvres bougèrent, mais aucun son n’en sortit. De toute façon, la chose qui avait parlé ne semblait pas répondre à la voix. Car ce que j’avais voulu dire, j’en étais sûr, elle l’avait entendue.
    « Oui, je l’ai entendu. »
    J’étais totalement pétrifié. Je devenais fou. Fou à lier.
    « Nan. T’inquiètes pas petit, tu as toute ta raison. Et pour répondre à ta question, je ne suis rien d’autre que la partie autrefois cachée de ton esprit. Je suis ce que tes compagnons nomment le Pouvoir. »

    Mes paupières tombèrent d’elles-mêmes. La journée avait été crevante. Et maintenant, il semblait que mon Pouvoir se manifestait. Et dire que je l’attendais impatiemment quelques heures auparavant. Si ce que je venais de vivre était réel, alors le soit disant Pouvoir était moins cool que prévu. D’autant que, depuis qu’il m’avait parlé, je me sentais de plus en plus faible, comme s’il m’arrachait mon énergie.
    J’étais calme, étrangement calme. Comme si la paix et la prospérité se frayaient un chemin dans mon corps. Mes muscles s’étaient décontractés. Mon cœur battait de plus en plus lentement. Je me sentais bien. Si bien…
    « Repose-toi. Demain sera une dure journée pour nous deux. »
    Je ne devais pas me laisser envahir ainsi. Je ne devais pas. Je devais résister ! Mais c’était si bon… Je sentis mon cœur s’ébattre dans un dernier battement désespéré et je tombai dans le néant.

    Le vide… Un trou noir géant happant toute lumière, tout son. Une tranquillité reposante… Et puis soudain, des cris. Des bruits de mâchoires qui claquent. Le sifflement d’un couteau fendant l’air. Puis d’un coup, une douleur intense. Et l’odeur du sang. La sensation que le liquide rougeâtre s’échappe du corps, le fuit misérablement. Mais la détermination et le courage sont là. On les sent. Ceux qui pensaient que les émotions n’avaient pas d’odeur se trompaient. La douleur et le découragement aussi commencent à se faire sentir. La lourde sensation que le corps tombe au milieu des hautes herbes. Puis plus rien. Le silence. Mais plus un silence de repos. Un silence de mort.

    J’ouvris les yeux. Le soleil filtrait à travers l’entrée de la caverne, annonciateur d’une belle journée. Je tentai de me relever, mais mes muscles refusèrent immédiatement, et ils se rétractèrent, appuyant sur ce qui devait être des courbatures. Je poussai un cri de douleur.
    -Ça va ? lança une voix que je reconnus comme celle de Slezovic.
    -Allez debout ! continua Alphonse. L’endroit n’est pas sûr. On lève le camp.
    Je ne bougeai pas. Je n’avais certainement pas envie de ressentir une nouvelle fois la douleur qui venait de me traverser.
    -Tout va bien ? lâcha une voix grave.
    C’était VGM.
    -Tu as bougé toute la nuit. On aurait dit que tu étais animé par le diable en personne.
    Il disait vrai. Je n’avais pas besoin qu’on me le prouve. J’étais allongé sur le dos. Or, je m’étais écroulé sur le ventre. Je retentai de me lever. Cette fois, mes muscles répondirent et je réussis à m’asseoir en dépit des courbatures qui, elles, n’avaient pas disparues. Alors je pus regarder autour de moi. Les forumers étaient en piètre état. Julien avait d’énormes cernes, et son gel fixation béton avait presque totalement disparu, lui donnant un air sauvage. En revanche, les blessures qu’il avait au torse semblaient avoir bien guéries. Demir, lui, était assis au sol, la mine fatigué, le pull crasseux. Jonathan avait la peau brûlée et les yeux vagues. Elli semblait être ragaillardie, mais également plus fatiguée que jamais. Alphonse et Darklife avaient l’air d’avoir bien récupéré en une nuit de sommeil. Si on exceptait leurs vêtements en loques, ils semblaient plutôt frais.

    Je me rappelais des évènements de la veille. Mais je n’osais même pas me les mentionner. Et si j’avais rêvé ? D’ailleurs, ce rêve… Il avait l’air bien trop vrai pour n’être qu’un rêve. J’avais senti ces odeurs, j’avais entendu ces sons… Mais je ne voulais pas y repenser.

    Une fois que tout le monde fut réuni, on rassembla les affaires qu’il nous restait. Personne ne posa de questions à propos de Busard, sûrement à cause de sa popularité… Darklife, Alphonse et Slez avaient encore leur sac. VGM, Fear et moi l’avions perdu dans la course poursuite. On fit l’inventaire de ce qu’il s’y trouvait : un appareil photo numérique, quatre couteaux, un iPod, deux lampes torches, cinq stylos et quelques feuilles. Autrement dit, rien de vital.
    -Seuls les couteaux nous seront utiles, trancha VGM. Nous brûlerons le reste pour ne laisser aucune trace.
    -C’est mort, lança Alphonse. Je garde mon iPod.
    -Et moi mon appareil photo, renchérit Darklife. T’as pas idée du prix qu’il a coûté.
    Julien se mordit la lèvre. Il ne voulait pas qu’on s’encombre. Mais d’un autre côté, il ne pouvait empêcher personne de garder ce qui lui appartenait.
    -Ok, concessa-t-il. Mais je vous préviens. Vous les portez. Et je ne veux pas en entendre parler.
    Ils acquiescèrent en silence. Plus personne ne parlait. Mais le gros blanc n’allait pas se prolonger. VGM n’avait pas parlé d’un point des plus important.
    -Et on va bouffer quoi ? lançai-je d’un coup. Et boire comment ?
    -Pour la bouffe, j’avais ce qu’il fallait dans mon sac, mais il est resté en arrière. Libre à toi de retourner le chercher.
    -Tu n’as pas répondu à ma question, répliquai-je vivement.
    -Nous n’avons rien à boire. Pas plus à manger. C’est clair comme ça ? Pour ça qu’il faut qu’on se tire d’ici le plus vite possible.
    -Donc en gros, si on ne se fait pas défoncer par un piège ou par n’importe quelle créature d’une autre dimension, on mourra de faim. Réjouissant.
    -Si ça te rassure, ironisa Darklife, tu mourras de soif avant même de commencer à avoir réellement faim.

    Nous partîmes quelques minutes plus tard, le temps que Fear réduise en cendre le matériel inutile. Un petit chemin en pente forte descendait dans la vallée. Il était tapissé d’une pierre hyper glissante et il n’y avait aucune prise. C’est par là que nous allions descendre. Néanmoins, je ne me faisais pas d’illusions. La pente à quatre-vingt degrés ne nous laissait aucune chance de retour.

    Jonathan s’engagea le premier. Il fut immédiatement surpris par la texture de la pierre. Il glissa, tomba, et se retrouva à descendre la pente sur le cul. Nous savions que nous devions faire vite. Alphonse, Elli, Slez et Darklife suivirent mais ne réussirent pas à rejoindre la vallée avec leurs propres moyens. L’endroit était un vrai toboggan. Enfin, ce fut mon tour. Je m’engageai sur la pierre, prêt à glisser. Néanmoins, j’adhérai immédiatement à cette surface. C’était comme si la sensibilité de mon toucher avait décuplé. Je ressentais chaque aspérité dans la pierre, et savais exactement où je devais poser mes pieds. À l’aise, sans même m’aider des mains, j’entamai une descente tranquille et sans histoire. Lorsque je touchai terre, le changement de surface se fit immédiatement ressentir. D’une surface à la fois lisse et granuleuse, je venais de passer à la plaine, les hautes herbes, le limon sur le sol. C’était dingue. Je n’avais jamais ressenti autant de choses auparavant. Les broussailles me caressaient les jambes doucement, au gré du vent. L’air était chargé de particules nauséabondes semblant émaner du lac. Je ressentais tellement de choses à la fois que mon cerveau avait du mal à tout analyser. Je fis un pas. De nouveau, un flot d’information percuta mon cerveau. Mais celui-ci était débordé et il ne semblait plus rien décrypter. Je tombai à genoux sans même vraiment m’en rendre compte. Ma vue se brouilla. Je ne sentais plus rien. Il me sembla que la tête touchait le sol et que dans ma bouche se répandait une mousse verdâtre. Mais je n’avais plus aucun goût. Les sons autour de moi étaient brouillés. Et puis soudain, un cri. Non pas un petit cri, mais l’horrible hurlement de quelqu’un qui souffre, l’atroce plainte d’une âme en peine, la terrible clameur d’une personne qui meurt.
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:51:17 Avertir un administrateur
  • J’ouvris les yeux. Le cri résonnait encore au fond de mes oreilles.
    « Tu dois être plus fort. »
    Je me redressai d’un coup. Cette voix… C’était la même que cette nuit. C’était le Pouvoir… Je restai assis, la bouche ouverte, incapable d’émettre le moindre son.
    « Je me développe difficilement dans un corps aussi faible que le tient. La moindre de mes actions te fait perdre connaissance. Tu te dois de surmonter ces difficultés. C’est vital. Pour toi comme pour moi. »
    Je ne répondais toujours pas.
    « Allez, bouge ton cul, les autres t’attendent. »
    La sorte de convalescence dans laquelle je me trouvais disparut immédiatement. D’un coup, le poids qui semblait peser sur mes épaules s’envola. Je regardai autour de moi. Les autres m’entouraient. Ils me fixaient d’un air étrange.
    -Quoi ? lançai-je agacé.
    VGM jeta un coup d’œil entendu à Fear, qui dégaina son fusil. J’aurais du m’affoler. Mais je me sentais calme. Anormalement calme.

    Jonathan se rapprocha, le canon de l’arme pointé sur ma tête.
    -Tu comptes m’abattre parce que j’ai eu une petite faiblesse ? continuai-je d’un air méprisant. C’est une drôle de manière de s’occuper de ses coéquipiers.
    Fear ralentit. Il hésitait. Mais entre quels choix ? Il se tourna finalement vers Julien. Celui-ci se tut pendant une dizaine de secondes, puis il annonça :
    -Allez, on se tire d’ici et en vitesse. On a jamais été autant en danger que dans cette plaine.
    Et il s’enfonça dans les hautes herbes, suivi par les autres dans un calme religieux. Fear me foudroya du regard.
    -Avance, cracha-t-il.
    Je lui rendis un regard encore plus noir, puis me lançai à la suite des autres. Je me sentais fort. Je me sentais puissant.

    Nous franchîmes la première moitié de la plaine trop de difficultés. Mais il faisait chaud, et le sol légèrement humide rendait difficile notre progression. Ainsi, la fatigue commençait déjà à se faire sentir. Bizarrement, je me sentais beaucoup moins bien qu’une dizaine de minutes auparavant. Malheureusement, ma sensation de puissance, déjà atténuée, allait bientôt disparaître…

    Le groupe s’arrêta brutalement et je manquai de percuter Alphonse. Elli, en tête aux côtés de VGM, était à l’origine de cet arrêt inattendu. Je les rejoignis, et je compris alors pourquoi Emeline faisait cette tête de déterré : devant nous, étendu sur le sol, se trouvait un cadavre. Le cadavre d’un cerf. Le corps avait été dépouillé de sa chaire et quelques morceaux de viandes restants pourrissaient au soleil. Mais le plus marquant étaient les traces de griffures et de morsures que l’on pouvait apercevoir sur les os, au niveau des cuisses et du cou. De grandes entailles étaient éparpillées un peu partout. Le tout puait à des mètres à la ronde. Une odeur immonde. J’eus du mal à me retenir de vomir le peu qu’il me restait dans l’estomac.
    -Quelle chose a pu faire ça ? s’horrifia Elli.
    -Vu les marques faites sur la victime, je pencherais pour un animal pas trop grand, mais agressif, dans le style raptor, répondit Darklife d’une voix grave.
    Le frisson qui se propagea alors dans le groupe fut perceptible. Je me rappelais le spectacle de mort auquel j’avais assisté la nuit dernière. Je devins livide.
    -Putain vous attendez quoi ? fis-je en bousculant Alphonse. Que ceux qui ont fait ça reviennent ?
    Et je me lançai à l’assaut des hautes herbes. Malheureusement, je déchantai bien vite. L’odeur de putréfaction, bien loin d’avoir disparu, s’était amplifiée. J’en avais la nausée. Heureusement, il semblait que Busard ait vu juste. Il ne paraissait y avoir pour l’instant aucun danger immédiat, les raptors ne daignant pas se montrer. Néanmoins, la hauteur de la végétation ne me disait rien qui vaille.

    Nous traversâmes la dernière partie de la plaine au pas de course. En effet, les cadavres gisant un peu partout rendaient l’air irrespirable. L’odeur était tellement immonde, tellement indescriptible, que je me demandais encore comment j’avais fait pour ne pas vomir mes tripes. La lisière de la forêt était bien plus conséquente que ce que j’aurais pu penser. En plus de nous plonger dans la pénombre, les arbres baissaient la température ambiante de trois ou quatre degrés. La fraîcheur des bois fut la bienvenue. L’endroit sentait bon les pins, la forêt à la fois sèche et humide d’une journée d’été.
    -La végétation va devenir ultra dense, lança Julien. Je prends la tête. Suivez-moi, ne vous écartez pas, et restez groupés.
    Les paroles de VGM semblaient relativement vides de sens, dans la mesure où les arbres étaient actuellement largement espacés et les fougères relativement petites et peu nombreuses. Néanmoins, trente mètres plus loin, en plus des paroles de Julien, c’est le sens de l’expression « forêt impénétrable » que je compris.

    Devant nous se dressait un véritable mur végétal. Des dizaines de plantes poussaient les unes sur les autres et se dressaient de toute leur hauteur, de façon à capter le plus de lumière possible. Ici, c’était la loi de la jungle. Les plus petites plantes avaient rapidement du disparaître pour laisser la place à de gigantesques fougères arborescentes, à d’énormes pins et autres arbres qui s’élevaient haut dans le ciel. Le sous-bois était entièrement plongé dans l’ombre. Aucune lumière de filtrait le mur de végétation ambiant.

    VGM continuait d’avancer. Pourtant, il était totalement impossible de franchir cette barrière végétale. Néanmoins, j’avais confiance. Aussi je ne m’arrêtai pas.
    Je sentis l’odeur du feu avant de voir la boule de magma. En une seconde, la palissade de plantes fut parée d’un énorme trou. Bizarrement, tout avait brûlé, mais rien ne s’était ensuite écroulé. La végétation s’auto-supportait. Toujours sans nous arrêter, nous pénétrâmes dans le cœur de la forêt.

    La marche fut longue, difficile, et ennuyeuse au possible. Julien nous guidait à travers un dédale de plantes continu, slalomant entre les arbres, passant outre les rares fourrés. Et nous suivions, toujours en silence, sans contester une seule fois la direction prise. Néanmoins, même s’il ne faisait pas plus de trente degrés, l’absence totale de vent rendait l’atmosphère sèche et le manque d’eau se fit rapidement ressentir. Enfin, au bout de deux ou trois heures de marche, une pause s’imposa.
    -On tourne en rond, soupira Alphonse qui, exténué, s’était jeté sur une racine émergeant du sol. On marche depuis des heures !
    -Nous sommes dans la bonne direction, répliqua Julien.
    -Cette forêt n’a pas de fin, murmura Slez.
    -On verra notre fin avant celle de la forêt si on n’est pas sorti d’ici avant la nuit, lança Fear. Et encore, c’est étrange que nous n’ayons encore rencontré aucun être vivant.
    -On ne peut pas repartir sans eau, haleta Elli. C’est impossible.
    -Et pourtant nous le devons, acheva Darklife avec fatalisme.
    Je n’avais rien dit. Adossé contre un arbre, je récupérais en silence. Bizarrement, le calme me procurait énormément de bien depuis le début de cette aventure. Mais ce calme que j’aimais tant fut de courte durée : la secousse fut si violente que je glissai et m’étalai de tout mon long. Mais je n’étais déjà plus réellement là.

    Un rugissement qui me fit trembler de terreur. Puis des bruits de pas. Des pas lourds, réguliers et rapides. Une odeur de chair et de sang. Quelque chose de gigantesque n’était pas loin. Et cette chose se rapprochait de nous à grande vitesse.

    J’étais de nouveau dans la forêt avec mes compagnons. Je me relevai directement. Ils me regardaient avec un air étrange. Je les fixai, essayant de leur expliquer la situation, mais je ne réussis pas à prononcer un mot. Je restai là, la bouche ouverte, mes yeux reflétant ma terreur. Un nouveau rugissement perça le silence juste derrière moi. Cette fois, j’en étais sûr. Les autres l’avaient également entendu. Lorsque je pus enfin parler de nouveau, ce fut pour émettre un son, prononcer un mot :
    -Courrez…
    Et je me mis à foncer à travers la végétation, dans le sens inverse de l’endroit où se trouvait le monstre.

    -Nan Jordan ! Pas par là !
    La voix de VGM était lointaine et insignifiante. Mes pieds me portaient comme jamais. Je volais presque au-dessus du limon de feuilles mortes, zigzaguant entre les arbres, traversant les buissons à une vitesse éclaire.

    Je parcourus ainsi une distance indéterminable. Enfin, crevé et desséché, je sortis de la forêt. Malheureusement, l’autre côté n’étais pas vraiment comme je l’avais espéré. Car devant moi, il n’y avait que trente mètres de plaine. Celle-ci, parcourue par une petite rivière, était adossée à la façade d’une montagne. J’étais dans un cul-de-sac, une voie sans issue. De plus, si la vue de l’eau coulant gaiement sur son lit rocheux me réjouissait, la bestiole qui s’y abreuvait me plaisait beaucoup moins.

    Il était grand. Très très grand. Et pourtant ce n’était qu’un juvénile. D’une dizaine de mètres, campé sur ses deux pattes arrières, doté d’une mâchoire de tueur et d’une immense crête sur son dos, il me fixait d’une manière qui ne me plaisait pas. Mais alors pas du tout. Ses yeux qui brillaient de mille feux annonçaient que le repas était servi.

    Il se redressa entièrement et fit un pas vers moi. J’étais totalement pétrifié. Toujours dans le plus parfait des silences, il tendit sa tête vers moi. Je sentis son halène putride alors que son museau se trouvait à quelques centimètres à peine de mon torse. Je ne bougeai toujours pas. Le prédateur poussa un petit grognement satisfait.
    « Mais putain tire-toi de là ! » hurla une voix dans mon esprit.
    Mais il était trop tard. C’était mon destin de mourir ici. J’en avais le pressentiment. J’aurais voulu courir, j’aurais voulu m’échapper, j’aurais voulu vivre en fait. Mais je n’en avais plus la force. Il y a un moment où la bataille doit être perdue, pour quelque camp que cela soit. Cette heure était venue. Toute bataille était désormais inutile. Mes jambes me lâchèrent et je tombai à genoux devant ce qui semblait être un jeune spinosaure. Non seulement je m’étais condamné, mais j’avais aussi condamné tout le reste de l’équipe. L’autre gigantesque prédateur allait les retrouver, et les tuer. D’ailleurs, en me concentrant un temps soit peu, je pouvais entendre les cris de terreur d’Elli, sentir l’odeur des os brisés de Fear et du sang d’Alphonse… En fait, le seul survivant serait peut-être Busard. Il avait bien calculé son coup en nous quittant. Peut-être avait-il tout prévu… Avant de mourir, j’aurais aimé avoir des réponses à mes questions, mais c’était impossible. Je regardai mon adversaire dans les yeux. Il retroussa les babines.
    -Vas-y ! hurlai-je à pleins poumons.
    « Nan, ne fais pas ça ! » hurla une nouvelle fois le Pouvoir.
    Mais il était encore trop tard. En fait, j’avais appris quelque chose grâce à cette aventure, aussi courte soit elle : il est toujours trop tard. J’eus une dernière pensée pour ceux qui m’avaient accompagné jusqu’ici.
    « God save you », murmurai-je doucement.
    Alors, en un dernier mouvement, le spinosaure rétracta son cou et balança sa tête vers l’avant. Je sentis ses crocs me lacérer la peau. Mais quelle importance de souffrir lorsqu’on est déjà mort ? J’eus un dernier tressautement, un dernier sursaut de vie. Puis je fermai les yeux. Pour ne jamais les rouvrir.
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:52:14 Avertir un administrateur
  • Chapitre IX : The Great Escape :

    « Quelle bande de crétins. Tous pareils. Faibles, miteux, osant avoir un quelconque espoir dans ce monde de fous. Ils s’entretuaient tous, petit à petit. De l’erreur de l’un d’entre eux naissait la sépulture d’un autre. Pour avoir une chance de réussir, j’avais du les quitter. Car ils seraient bientôt tous morts. VGM en était également conscient, mais il n’était pas parti. Sûrement se serait-il senti coupable. Douce ironie. Tant pis pour lui. Son sort ne me préoccupait pas beaucoup plus que celui des autres. Mon seul but était de trouver le Scion, et de le détruire. Toute ma vie j’avais été préparé à ce moment. En fait, la vie ne m’avait été donnée que pour cette unique mission. C’est pourquoi je devais l’accomplir. Le sort de la planète était entre mes mains désormais. Chaque pas que je faisais sauvait la vie d’une personne. Mais je m’en fichais. J’avais même une curieuse envie de reculer… »

    Je me déplaçai légèrement, les hautes herbes me caressant langoureusement les jambes. Je savais que, sur le promontoire, Julien et Jordan avaient les yeux rivés sur moi. Il était temps de disparaître. Je clignai des yeux. Aussitôt, je sentis les cellules constituant ma peau et ma tunique changer de couleur pour s’habituer à mon environnement. L’instant d’après, j’étais devenu invisible aux yeux de tous. Je ne m’arrêtai pas pour autant. J’avais déjà franchi la moitié de la plaine. Au-dessus de moi la lune s’enfonçait dans un amas de nuages. L’ombre envahit aussitôt la vallée, me procurant un certain plaisir. Mes créateurs m’avaient élevé ainsi. Oiseau de proie volant à basse altitude, sombre et mystérieux, basant mes attaques sur ma prédisposition à surprendre mes victimes, je ne m’appelais pas Busard pour rien.

    J’arrivai bientôt à proximité d’un raptor. Il était négligemment en train de dépecer le cadavre d’un cerf. Je n’en avais absolument pas peur. Il ne me voyait pas, il ne me sentait pas, il ne m’entendait pas. J’étais totalement invisible. Mais l’acte que j’allais commettre, lui, n’allait pas passer inaperçu. Je rassemblai mon courage et respirai un bon coup. Le reptile se tenait à deux mètres de moi, totalement inconscient du danger qu’il courait. Le moment était venu. Je le redoutais comme je l’adulais. C’était un instant de plaisir incommensurable, mêlé à une douleur intense, mais jouissive. J’étendis mon bras, serrai les dents, et déployai le Pouvoir.

    Aussitôt, une lame sortit de mon avant-bras, transperçant la chair, la peau et les nerfs, m’inondant d’une douleur aussi vive que jubilatoire. Le Pouvoir avait une folle envie de meurtre. Mais je le maîtrisais, et il attendrait que je décide du moment opportun. Je contournai la bête de façon à me retrouver à côté de son cou. Elle était occupée à avaler un morceau de viande. Le dernier qu’elle mangerait de toute son existence… Je cédai au pouvoir un dixième de seconde. Sans me contrôler, je sautai alors sur le raptor et lui enfonçai ma lame dans la gorge. Surpris et déséquilibré, celui-ci s’écroula. Il n’essaya même pas de se relever. Il était déjà mort. J’avais visé la bonne veine, coupé le bon nerf. Les autres reptiles présents dans la vallée relevèrent immédiatement la tête et me fixèrent intensément, comme s’ils pouvaient me voir. Le chrono était lancé. Je me précipitai sur le cadavre et, aidé du Pouvoir, le hissai sur mon dos. Trois cents kilos, ça se portait facilement… Puis je me mis à courir vers la forêt. Les autres raptors se lancèrent à ma poursuite sans toutefois attaquer, surpris par ce corps qui lévitait apparemment au-dessus du sol. Le plan fonctionnait à merveilles. Mais il ne fallait pas que je me laisse déconcentrer. Je courais, les hautes herbes s’écartant sur mon chemin. Il ne me restait plus qu’une vingtaine de mètres à parcourir pour atteindre la forêt lorsque les raptors rompirent leur rang, non pour m’attaquer, mais pour quelque chose d’autre. Quelque chose qui m’échappait. J’accélérai. Dix mètres. Alors seulement je compris : ils m’encerclaient ! Je n’étais pas du tout du genre à paniquer, mais je ne pensais pas ces reptiles aussi intelligents, malgré la démonstration dont ils avaient fait preuve quelques minutes auparavant avec les cerfs. En fait, je les avais totalement sous-estimés. Ceci, je le sus quelques secondes plus tard, alors que j’arrivai dans la pénombre du sous-bois : des dizaines de dinos m’y attendaient.

    Je lâchai immédiatement le cadavre. La partie du plan où j’étais sensé être plus rusé que les raptors était terminée. Je me remis immédiatement à courir, fonçant à travers le sous-bois, oubliant la prudence et l’invisibilité. Les reptiles se jetèrent immédiatement à ma poursuite. Mais il se passa quelque chose à laquelle ils ne s’attendaient pas : au lieu de foncer dans leur piège, je me dirigeai droit vers l’arbre le plus proche. L’instant d’après, je grimpai à son sommet avec l’agilité de l’Atlante que j’étais. Une fois arrivé, j’avisai l’arbre le plus proche et y sautai avec une aisance hors du commun. Comme j’aimais lorsque le Pouvoir se déchaînait ainsi ! Commença alors une longue et palpitante série. Je courais sur la cime des arbres, survolant les vides, retombant toujours sur des branches fixes. Les raptors, fixés au sol, suivaient néanmoins ma progression et attendaient impatiemment le moment où je tomberai. Cruelle naïveté… J’avais l’impression d’avoir à faire à des forumers. Comment pouvait-il oser espérer que je tombe ?

    Je ne fatiguais pas. Je retenais le Pouvoir depuis trop longtemps déjà lorsque je l’avais libéré, et il était déchaîné. Je ne contrôlais absolument pas mes gestes, mais le Pouvoir, lui, manipulait et gérait tout. Quel immense plaisir de se balader sur la canopée d’une forêt primaire au clair de la lune, avec une bande de dinosaures affamés à vos trousses ! C’était une sensation surprenante, grisante et surnaturelle. Malheureusement, ce petit moment de détente fut de courte durée. J’apercevais déjà mon objectif : une gigantesque cascade coulant sur le flan gauche de la vallée et atterrissant dans un bassin d’eau clair. D’après le plan que j’avais pu consulter avant mon départ de France, le Tombe de Qualopec était par là. Arrivé à destination, je dus attendre quelques instants que les raptors, fatigués, me rejoignent. C’était le moment le plus périlleux. Je fis de nouveau appel à l’invisibilité puis, caché aux reptiles, je me laissai glisser le long d’un tronc. J’avais besoin de trois victimes. Au moment où je touchai terre, la sensation d’avoir quelque chose d’incassable sous les pieds me surpris et, suite à une légère faiblesse, je mis un genou au sol et mes contours réapparurent brièvement. Il n’en fallut pas plus au raptor le plus proche pour me repérer. Avec un stupide cri d’attaque il se jeta sur moi. Je roulai rapidement sur moi-même, puis, dans la même fraction de seconde, m’accroupis et esquissai un rapide mouvement du bras droit. Mon agresseur s’écroula, le tendon cisaillé. Mais il n’eut pas le temps de souffrir. Je me relevai et me jetai dessus immédiatement, lui plantant la lame dans le cou. Devant la violence de cet acte commis par un ennemi invisible, les raptors restèrent quelque peu en retrait. Sans m’en préoccuper, j’attrapai le cadavre et le balançai dans le bassin, où il fut immédiatement aspiré par un fort courant émanant des entrailles de la Terre. Les autres ne bougeaient toujours pas. Tranquille et sûr de moi, j’attendis un instant puis, voyant que ça les éclatait de rester immobile, je m’assis en tailleur à trente centimètres du lac et attendis patiemment.

    Comme ils étaient pitoyables… Ils avaient beau être rusés et intelligents, cela ne suffisait pas à survivre sur cette Terre. Et j’allais leur montrer. Mais je commençais à m’impatienter. Je jouais à un jeu dangereux. Ils n’attendaient qu’une chose : que je me manifeste pour tous me sauter dessus en même temps. Mais je n’allais pas me faire avoir. Au contraire, ils allaient avoir une petite surprise…

    Enfin, après plus d’une heure d’attente, deux raptors s’approchèrent de l’endroit où je me trouvais. Ils avançaient doucement, prêt à reculer ou, au contraire, à se jeter sur une éventuelle proie. Pathétique… Ils se retrouvèrent bientôt juste à ma gauche. Je ne bougeais toujours pas. « Pas étonnant que cette espèce ait disparu », pensai-je. Le bon moment était arrivé. Rapide comme l’éclair, je me décalai vers la gauche de façon à me retrouver sous le premier reptile, puis plantai ma lame dans son cœur. Puis je roulai sous le deuxième et lui tranchai la gorge tout en me relevant prestement. Tout cela avait été si rapide qu’aucun de mes ennemis n’avait encore compris la manip’. Mais il était trop tard de toute façon. J’avais gagné. Comme toujours d’ailleurs. D’un puissant coup d’épaules, je poussai les deux cadavres à l’eau et, entraîné par mon élan, y plongeai également.

    Le liquide était froid, et il s’insinua entre mes vêtements en une poignée de secondes, me procurant une sensation désagréable. Passé l’impression d’être inondé, ce fut celle d’être aspiré qui domina. Le courant m’emporta sans que je n’y oppose une quelconque résistance. Je vis la surface s’éloigner à mesure que j’étais attiré sous terre. Cette transaction ne dura pas bien longtemps. Le tunnel, jusqu’ici à la verticale, bifurqua soudain dans les entrailles de la montagne. L’instant d’après, j’étais projeté sur une plage en pierre peinte.

    Je me relevai fébrilement. À mes côtés gisaient les trois cadavres qui, eux aussi, avaient été amenés ici. Remis de mes émotions, je jetai un coup d’œil au paysage. J’étais dans une caverne possédant deux issues. La première était celle par laquelle je venais, la seconde était un couloir s’enfonçant dans les entrailles de la planète. Rien qu’au design des murs et du sol, je sus que j’avais vu juste. Ceux-ci étaient peints de jaune et de rouge, ce qui faisait très kitch. Je ne me m’attardai pas sur le décor, qui avait peu importance, et je me mis à éloigner les trois cadavres de l’eau qui était désormais teintée de rouge. Puis, oubliant toute dignité, je plongeai ma tête dans l’eau fraîche et bus à pleines gorgées. Les yeux ouverts sous l’eau, je remarquai quelque chose d’étrange. Je ne voyais aucune évacuation et pourtant, l’eau devait bien partir quelque part. Surtout qu’avec ce courant, le liquide devrait être violemment aspiré dans un tunnel ou une canalisation. Étrange en effet. Mais je ne devais pas m’attarder sur ce genre de détail inutile. Je me redressai, hissai le premier des trois raptors sur mon dos, et m’engageai dans le couloir.

    Celui-ci n’était pas très grand. Une cinquantaine de mètres tout au plus. Il débouchait bien vite à un embranchement. Trois voies s’offraient à moi. Je devrai toutes les prendre, quoiqu’il arrive. Je choisis de tourner à droite. Vingt mètres plus loin, j’arrivai dans une nouvelle salle relativement petite, mais à l’air complexe. Elle comportait deux leviers, respectivement sur les murs de droite et de gauche et deux bijoux incrustés dans la roche en face de moi. C’était une énigme. Première chose à faire dans ce cas là, observer les lieux. Les murs étaient rouges et vierges de toute inscription. Je posai le cadavre et m’approchai des deux leviers. Le premier était en pierre brute. Alors que j’examinai le second, plus clair, je compris qu’il était fait dans une matière bien plus noble, du genre cristal. Je poursuivis mon investigation. Les deux pierres précieuses incrustées dans le mur étaient strictement identiques. Je soupirai. Par où fallait-il commencer ? Alors seulement je remarquai que le sol n’était pas uniforme. Il semblait griffonné de toutes parts. Je m’accroupis immédiatement. Il y avait bien un texte ici. Je n’arrivais pas à en identifier la langue, aussi cherchai-je le début pour voir s’il allait m’éclairer. Ce fut le cas. Une fois les premiers mots du texte trouvés, tout devint plus clair. C’était une sorte de Quechua. Sûrement une ancienne version. Je me mis à lire :
    « Kanay -pi iskay kaq hutk’u chaymanta lluq'iman
    qhilpata Unu -pi kinsa kaq
    qhilpata yawar -pi qhipa
    chayña bahay maki qisqa rumi
    sat'iy rumi illariy
    ñak'a pata apachita
    -pis hurquy qisqa »
    Génial… J’allais m’éclater à traduire ça. Putain vivement que je choppe ce Scion de malheur. Comme si j’avais que ça à faire que de perdre mon temps à traduire de l’Inca. Je soupirai.
    -Bon allez c’est parti, murmurai-je.
    Je haïssais cette langue. C’était à cause d’elle que j’avais échoué pour la première fois… Mais je devais surmonter cette haine. De toute façon j’étais le meilleur, alors j’allais y arriver.
    « Mettre le feu… Deuxième trou en partant de la gauche. Puis l’eau dans le troisième. Puis la terre dans le dernier. »
    -En plus d’être lisible et prononçable à souhait, cette langue était super-compréhensible, ironisai-je tout seul. Que du bonheur !
    Je me penchai de nouveau sur les mots gravés sur le sol.
    « Et alors baisser la poignée de pierre qisqa. »
    C’était quoi ça qisqa ? Sûrement un mot essentiel évidemment, et je n’avais strictement aucune idée de ce qu’il pouvait bien signifier.
    « Enfoncer la pierre brillante. Sacrifice sur l’autel de pierre et prendre qisqa. »
    Encore ce mot… Le dernier mot d’un texte a toujours une importance primordiale, et je ne le comprenais pas. C’était à se pendre. Je me relevai.
    « La poignée, c’est sûrement un des leviers, songeai-je. Peut-être que la pierre qisqa est la matière du second levier… Mouais, allons visiter le reste du tombeau. »
    Abandonnant temporairement le cadavre, je revins à l’embranchement et continuai tout droit à ce dernier. Je n’allai pas très loin. Une grille solidement ancrée dans le sol me barra bien vite le passage. Je fis demi-tour et tournai paisiblement à gauche. Malgré son énigme à deux balles comportant l’inscription en Inca, j’aimais cet endroit. Je m’y sentais bizarrement en sécurité. L’air était renfermé et humide. En fait, c’était un lieu digne du pilleur de tombe que j’étais. Seul, uniquement entouré par le silence et la mort, j’étais dans mon élément.
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  • Posté le 3 août 2008 à 01:53:03 Avertir un administrateur
  • Le dernier couloir me mena à une salle très similaire à la première, à la seule différence qu’elle ne comportait aucun levier ou autre pierre précieuse, mais seulement trois trous en son centre. En une seconde, tout devint très clair. S’en était même trop simple. Maintenant il me fallait du feu. Je baissai les yeux et trouvai rapidement deux petites pierres. J’entrepris immédiatement de tailler la première contre une arrête de mur. Le Pouvoir aidant, le caillou fut bientôt aussi tranchant qu’un rasoir. Je m’accroupis alors devant le trou du centre. Celui-ci était profond d’une cinquantaine de centimètres. D’un geste d’expert, je frottai les deux pierres à une vitesse fulgurante. Une étincelle jaillit aussitôt et tomba dans la fosse. En un ronronnement terrifiant s’éleva alors une flamme d’un bon mètre, brûlant vivement dans l’air du tombeau. Je reculai, impressionné. Les Atlantes n’avaient pas fini de m’étonner…

    Je revins sur mes pas et, après avoir enlevé mon t-shirt, recueillis à l’intérieur de l’eau du lac souterrain. Une minute plus tard, je versais le liquide dans le trou de droite. Là encore, l’effet de ces quelques gouttes fut surprenant, et le trou se remplit presque instantanément d’une eau claire et limpide. Il restait désormais à trouver de la terre. Je me mis en quête du précieux élément mais, après avoir fait plusieurs fois le tour de la tombe, je dus reconnaître qu’il n’y en avait pas. Pourtant, l’énigme pouvait être résolue, j’en étais sûr. J’avais peut-être fait une erreur de traduction. Je retournai dans la salle de l’énigme et cherchai le mot posant problème. « Yawar »… C’était pourtant bel et bien la terre, j’en étais certain ! La fois, la maudite fois où j’avais échoué à cause d’un autre texte Quechua, il était très clairement marqué « armaquy haqay hallp'a yawar. » « Lave cette terre de ton sang. » Mais oui ! C’était donc ça ! Yawar, c’était le sang, et non la terre ! Fier d’être aussi bon, je m’empressai de traîner une carcasse de raptor jusqu’au trou de gauche, plantai ma lame dans son corps pour recueillir un peu de sang, puis laissai couler ces quelques gouttes à l’intérieur du trou. Puis j’attendis. Une minute. Deux minutes. Trois minutes. Mais il ne se passa rien.

    J’étais furieux. Être bloqué dans une vieille énigme toute simple uniquement parce que je ne maîtrisais pas l’Inca, que pouvait-il y avoir de plus con ? Fulminant de rage, j’entrepris de refaire le tour du tombeau, de relire l’énigme, de chercher ce que j’avais raté. Et puis soudain, la révélation. « Lave cette terre de ton sang. » Et si… Et si yawar ne voulait pas seulement dire « sang », mais également « ton sang » ? Je n’avais plus une seconde à perdre. De retour devant le trou fatidique, je tendis mon bras au dessus du trou, puis je me tranchai violemment la paume gauche. Quelques gouttes tombèrent… Et le trou fut aussitôt rempli d’un liquide rougeâtre.
    -Je suis vraiment trop bon, jubilai-je.
    Maintenant, il fallait aller actionner le levier de cristal, en admettant que qisqa veuille dire quelque chose dans le genre. S’il signifiait « sombre » ou autre chose dans le style, j’allais être très mal. Mais je n’avais que trop perdu de temps. Arrivé dans la première salle j’avisai immédiatement le levier le plus clair et l’abaissai. Il y eut alors un flash tellement puissant qu’il me fit fermer les yeux. Lorsque je les rouvris, une lumière brillait à côté de moi. Il me fallut quelques secondes pour comprendre qu’il s’agissait en fait d’une des deux pierres précieuses. Je m’en approchai, toujours surpris par cet éclat soudain, posai ma paume droite dessus et l’enfonçai dans le mur. Un mécanisme se déclencha alors, et j’eus l’impression que le tombeau bougeait tant les murs s’agitaient. Enfin, la tombe cessa de trembler et je sortis de la salle pour me rendre dans celle des trois trous. Trous qui avaient disparu pour laisser place à un autel en pierre, droit et immobile, froid et inamical, mais au combien le bienvenu ! Ca y était ! L’heure du sacrifice avait sonné.

    Il ne me fallut qu’une poignée de minutes pour traîner les trois raptors devant l’autel. Ils commençaient à sentir et du sang non coagulé coulait encore, rendant mes vêtements poisseux. J’avais hâte de m’en débarrasser. Je superposai les trois cadavres sur l’autel et attendis. Le sang continuait de couler, recouvrant peu à peu la pierre, et je sus que j’avais vu juste. Mais il y avait une chose que je ne comprenais pas. Si « qisqa » voulait vraiment dire quelque chose du genre « cristal », que voulait dire la fin de l’énigme ? Pour une fois, je n’eus pas le temps de réfléchir plus : le sang avait recouvert toute la pierre et celle-ci semblait bouger. Enfin, elle s’enfonça doucement dans le sol dans un bruit de succion, et le doux son d’une grille s’ouvrant se fit entendre.

    Je me précipitai immédiatement à l’endroit où une grille m’avait jadis bloqué le passage. En effet, celle-ci n’était désormais plus qu’un mauvais souvenir. J’entrepris de continuer mon chemin. Après quelques dizaines de mètres, le couloir s’inclina en une légère montée. Etrange… Ainsi, la tombe même était plus haute dans la montagne. Plutôt bizarre. M’enfin, les Incas étaient bizarres de toute façon. Le Scion était proche, je le sentais. J’accélérai, l’excitation accroissant les battements de mon cœur. Quelques mètres plus loin, un grondement se fit entendre. Cette fois, ce n’était pas normal. Pas normal du tout. Et ce bruit se rapprochait. Rapidement, bien trop rapidement… Je compris en même temps que je la vis : une énorme boule de pierre descendait la pente à une vitesse fulgurante. Il était trop tard pour que je puisse faire quoi que ce soit. Mais il n’était pas trop tard pour échapper au danger. Je libérai immédiatement le Pouvoir. Sans comprendre pourquoi, je me mis à courir vers le boulet. Le choc semblait inévitable. Et pourtant, au dernier moment, je sautai sur le mur droit et me propulsai vers l’avant, rasant le plafond. Je sentis le piège me frôler le ventre. L’instant d’après, j’étais de nouveau sur le sol, un genou à terre, tremblant. Certes, j’étais fort. Mais la précipitation avait failli causer ma perte. Je devais être plus vigilant. Je me relevai et, le visage dur, continuai mon ascension.

    Aucun nouveau piège ne se déclencha et, quelques minutes plus tard, j’arrivai enfin à destination. La nouvelle salle était gigantesque. Elle s’étendait sur des dizaines de mètres et ses murs au design flashy étaient très accueillants. Néanmoins je n’en avais rien à battre. La seule chose qui m’importait se trouvait au centre de la pièce, posée sur un piédestal et entouré par quatre momies et un trône : le Scion.

    Mais il y avait autre chose. Quelque chose de forme humaine qui me tournait le dos. Quelque chose de grand. Je fis un pas. Il se passa alors quelque chose d’incroyable. Il disparut. Je me mis à courir vers le centre de la salle, mais il n’y avait plus rien là où j’avais cru voir se tenir une forme humaine. Je me mis à épier les lieux. Etait-ce une illusion, un nouveau piège ? Ou autre chose ? …

    Un bruit se fit entendre derrière moi. Je me retournai immédiatement. Il n’y avait rien. Une goutte de sueur perla sur mon front. Je n’avais pas peur, bien sûr. Néanmoins, cette étrangeté avait une certaine tendance à m’agacer profondément.
    -Alors Bubu, on a abandonné ses camarades ? cria une voix de nouveau derrière mon dos. Encore une fois, je fis volte-face mais il n’y avait toujours personne.
    -Tu as peur, hein ?
    Cette fois, je ne me retournai même pas.
    -Oh, il est tellement pétrifié qu’il ne peut plus parler.
    Un sentiment de rage inégalable monta en moi, mais je ne bougeai toujours pas. Il fallait rester calme. Calme… Tout d’abord, il fallait connaître la nature de ce truc. Je libérai le Pouvoir et je sentis aussitôt mes pigments de peau se décolorer. L’instant d’après, j’étais invisible aux yeux des autres. Tout d’abord, il ne se passa rien, puis sortant du trône derrière lequel il était caché, un homme se détacha dans la lumière et me regarda avec curiosité, comme s’il pouvait me voir. Un homme ? Non. Un adolescent vu sa maigre corpulence. Mais il était tellement grand… Alors seulement je le reconnus, et cette fois je fus pétrifié, non pas par l’énervement, mais par quelque chose qui devait ressembler à de la peur. Il existait de nombreux Pouvoirs parmi ceux que possédaient les Atlantes, mais aucun, absolument aucun, ne pouvait faire revivre les morts. Et pourtant… Le jeune homme se tenant devant moi, j’en étais certain, c’était Flo.

    Comment était-ce possible ? Je n’en avais aucune idée. Pour l’instant du moins…
    -Alors comme ça la perche de notre groupe a survécu, constatai-je à haute voix.
    J’y avais mis tout le mépris dont j’étais capable, et cela se ressentit à son visage effrayé et dubitatif.
    -Prouve-moi que tu as survécu pour quelque chose, continuai-je, et explique-moi comment tu as fait.
    -Je ne te dois rien, lâcha-t-il en cédant à la panique.
    -Tu es mauvais Florian… Tu laisses la peur t’envahir ainsi… Tu n’as pu te sortir seul de ce piège.
    -Non, on m’a aidé.
    -Keviouk, je suppose.
    -Oui.
    -Et comment ?
    -Cesse de me harceler et disparais. Tu n’as rien à faire ici.
    -Oh que si, murmurai-je d’une voix langoureuse. Plus que toi, crois-moi. Que fais-tu ici d’abord ? Tu joues les héros ? Tu as lâché tous tes amis, abandonné ta famille. Et maintenant tu es ici, dans un endroit que tu ne connais pas. Pourquoi ? Tu ne connais rien du Scion, rien à cette histoire. Tu devrais rester en dehors de tout ça, Flo…
    Tout en parlant je me rapprochai inexorablement de ma victime, qui ne me voyait toujours pas. Je détruisais ses défenses, rétrécissais son esprit, obscurcissais sa vision des choses…
    -Keviouk m’a dit des choses, dit-il d’une voix incertaine. Des choses terribles…
    -Des choses totalement fausses et irrationnelles. Flo voyons, tu ne peux tout de même pas croire que tout ceci est réel ?
    Je n’étais plus qu’à deux mètres de lui. Le Pouvoir me démangeait.
    -Bien sûr que ça l’est ! s’emporta-t-il. Regarde ma peau ! Trouée de plusieurs centimètres par les piques de la fausse ! C’est un rêve ça ? Tu crois que je n’ai pas ressenti cette douleur.
    -Tu crois l’avoir ressentie. Mais tout ce que tu vis ici est totalement faux. Je vais t’aider à rejoindre le Monde où tu devrais déjà être.
    Et je bondis, lame vers l’avant. Je sentis le métal se planter dans la chair. Flo s’immobilisa immédiatement. Je levai alors les yeux et croisai les siens. Ils n’étaient pas du tout comme ceux d’un homme passant de la vie au trépas.
    -Tu voulais toucher quel nerf Bubu ? Couper quelle veine ? Pas de chance pour toi, ta connaissance du corps humain ne te servira à rien avec moi. Je n’ai plus aucun atome stable.
    Et devant mes yeux ébahis, son corps se morcela. La seconde d’après, il avait disparu.

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  • Posté le 3 août 2008 à 01:53:42 Avertir un administrateur
  • Je restai un instant immobile, contemplant ma lame désormais seule au milieu du vide le plus total.
    -Alors c’est ça ton Pouvoir, lançai-je calmement. La télétransportation. Joli héritage, il faut en convenir.
    Il ne répondit pas. Pourtant, j’en étais sûr, il n’était pas loin.
    -Peut importe, continuai-je en haussant les épaules.
    J’avais autre chose à faire que de jouer avec un gamin. J’étais venu ici pour le Scion, et j’allais m’en emparer. Je m’avançai vers le piédestal. Les quatre momies qui l’entouraient étaient droites et immobiles, mais je m’en méfiais. Quant au trône, il était bizarrement vide. Où était donc passé Qualopec ? Peu importait de toute façon. Toujours sur mes gardes, je franchis encore quelques mètres. Mais d’un coup, alors que je n’étais plus qu’à quelques mètres de l’objet sacré, je me sentis faible, incroyablement faible. En une demi-seconde, j’étais redevenu visible. Le choc me fit poser un genou à terre. Je ne mis pas cent ans à comprendre ce qui m’arrivait. Le Pouvoir partait. Je me redressai aussitôt et reculai de quelques pas. Tout de suite, je me sentis respirer. Néanmoins, le contrecoup était dur et j’étais essoufflé, comme si j’avais effectué une importante tâche physique. Comment pouvais-je attraper le Scion sans y laisser ma peau ?
    -Je sais comment le prendre, cria une voix derrière moi.
    Flo était réapparut.
    -Alors pourquoi tu ne t’en empares pas, jeune con ? lui lançai-je violemment.
    -Tout simplement parce que ce n’est pas dans mon intérêt, répondit-il d’un ton neutre.
    -Depuis quand as-tu un quelconque intérêt ?
    -J’ai une proposition à te faire, continua-t-il en m’ignorant parfaitement.
    -Je t’écoute.
    -Je te dis tout ce que je sais, et tu te rallies à nous.
    -Vraiment tout ?
    -Absolument tout.
    Son offre ne m’intéressait pas le moins du monde. J’allais obtenir ces renseignements sans contrepartie.
    -Alors comment es-tu sorti du piège ?
    -C’est difficile à croire mais, alors que les piques s’enfonçaient dans ma chair, j’ai entendu la voix de Keviouk dans mon esprit. Je ne sais pas ce qu’elle a dit. Mais le Pouvoir s’est alors libéré. Et je me suis télétransporté jusqu’à mon actuel Maître, en emportant Ted avec moi.
    -Ted ?
    -L’ourson. Ici, même les ours ont des pouvoirs insoupçonnés.
    -Et où est-il maintenant ?
    -Je l’ai laissé à Vilcabamba le temps que j’accomplisse ma mission.
    -Quelle mission ?
    Il sembla alors sortir quelque chose de coincé sous sa ceinture.
    -Celle de tous vous tuer, murmura-t-il avec un air carnassier.
    -Mais tu as besoin de moi, donc tu vas ranger cette arme. Elle est inutile ici.
    Mon ton était totalement neutre, mais le fait qu’il soit armé ne m’enjouait guère.
    -Et pourquoi tu ne te rends pas dans la vallée, puisque c’est là qu’ils sont ?
    -T’as vraiment cru que j’allais me taper tout le boulot ? Les dinos en bouffent quelques-uns et je butte les survivants. S’il y en a…
    -Ok. Et concernant le Scion, que sais-tu ?
    -Bah, je suppose que tu sais déjà qu’il a été volé, ce qui a provoqué le naufrage de l’île, et que la seule source que l’on ait pour le retrouver, c’est Tomb Raider premier du nom.
    -Oui, je sais tout cela. Alors les trois parties sont bien au Pérou, en Grèce, et dans l’Atlantide même ?
    -Trois parties ? Mais mon pauvre Bubu, tu ne sais même pas que le Scion a été divisé en quatre ?!
    Mon sang se glaça dans mes veines. Si c’était vrai, alors c’était loin d’être cool.
    -Tu bluff.
    -Absolument pas.
    -Alors où est le quatrième morceau ?
    -Tu le sauras lorsque tu seras avec nous.
    -Alors comme ça tu prends bel et bien le parti de Keviouk…
    -Il m’a sauvé la vie ; et les Atlantes sont des êtres bien plus puissants que les hommes. Leur renaissance est proche. Il ne leur manque que le Scion…
    Il était complètement taré. Mais il n’avait pas tort, c’était ça le pire. Le Scion reconstitué avait largement le pouvoir de faire renaître les Atlantes.
    -Et tu attends Keviouk pour t’emparer de l’artéfact.
    -Bingo.
    -Et comment je fais pour m’emparer de cette partie du Scion ?
    -J’ai ta parole que tu te joindras à nous ?
    -Tu es un mauvais commercial, Flo. Tu ne m’as même pas donné les avantages que j’ai à vous rejoindre. Peut-être est-ce parce qu’il y en a pas…
    -Bien sûr que si ! Busard, réfléchis donc un peu. Si un cerveau comme toi se joint à nous, nous serons invincible. Dans un mois maximum, le Scion en entier nous appartient ! Et à partir de là, nous dominerons le monde !
    -Être le maître du monde ne m’intéresse pas.
    -Alors tu auras le droit de vivre parmi nous et tu échapperas à l’extermination.
    -Mouais, pas très convaincant.
    -Putain, tu commences à me saouler. Soit tu nous rejoins, soit je te butte, c’est clair ?
    Il disparut un quart de seconde pour réapparaître juste devant moi, son flingue pointé entre mes deux yeux.
    -Vu comme ça, je crois que ta proposition m’intéresse.
    -Alors tu es des nôtres ?
    -Pour le moment, oui.
    -Bien, fit-il en abaissant son arme.
    -Maintenant, comment je fais pour chopper ce putain de Scion ?
    -Comme ça.
    Il leva son arme et tira quatre coups. Une balle pour une tête de momie. Les quatre cadavres s’écroulèrent immédiatement.
    -Maintenant tu peux y aller.
    -Où t’as appris à tirer ?
    -Nulle part.
    -Comment ça ?
    -Ce flingue tire tout seul, répondit-il en haussant les épaules.
    Je ne cherchai pas à comprendre. Une arme Atlante bien sûr. Je m’avançai doucement, mais sûrement, vers l’artéfact. Cette fois, je pus passer la barrière magique sans problème et pour cause, elle avait disparu. Enfin je fus près du Scion. Alors seulement je compris la fin de l’énigme. Qisqa, c’était bien cristal. « Prendre le Cristal. » En effet, cette partie du Scion était entièrement cristallisée. Elle adoptait à peu près la même forme que dans TR1, à savoir un cercle creux coupé en trois parties : trois arcs de cercle chacun séparés par une boucle. Le tout brillait de mille feux. Des années que j’attendais ce moment… Des années que j’étais formé pour cette mission. Et maintenant, ça y était, j’allais prendre possession d’une partie du Scion des Atlantes. J’aurais voulu faire durer ce moment une éternité, mais il ne fallait pas que je m’attarde. Aussi tendis-je la main et m’emparai-je de l’artéfact.

    L’effet fut immédiat. Je reçus une décharge électrique si puissante que tous mes muscles se raidirent. L’instant d’après, tout était blanc. Je ne voyais plus rien. J’étais comme aveugle. Je ne ressentais plus rien. Rien à part une seule chose : le poids du Scion pesant dans ma main. La sensation de ne rien voir se dissipa rapidement et je fus immédiatement projeté ailleurs. Je ne connaissais pas cet endroit. Mon esprit en faisait le tour, l’analysait, et moi je ne comprenais pas. Dans ma main, la partie du Scion se faisait de plus en plus légère, comme si elle perdait du poids au fur et à mesure qu’elle me livrait ses secrets. Il me semblait que ce qu’elle me montrait était un temple détruit, sans toit, dont seulement quelques colonnes se dressaient maladroitement. Les environs semblaient secs, et la végétation me fit immédiatement penser à la Méditerranée. Donc ce que je pensais était bel et bien vrai. La seconde partie du Scion était en Grèce. C’était obligé. Cette ruine ne pouvait venir de nulle part ailleurs. Mon esprit fit le tour de la structure, puis avisa une certaine colonne et fonça dessus. Dans un curieux bruit d’aspiration, je me retrouvai alors sur une plaine déserte et sèche. Et au loin, un gigantesque promontoire s’élevait, crevant la masse nuageuse. Je n’avais pas besoin d’en voir plus. J’avais compris. De toute façon, le Scion était devenu plus léger qu’un atome et je ne le sentais même plus dans ma main. La vision s’arrêta l’instant d’après. Le retour à la réalité fut difficile. Je clignai des yeux. Après avoir vu les couleurs de la Méditerranée, le Tombeau de Qualopec me semblait relativement austère. J’avais toujours la partie du Scion dans ma main droite, bien qu’il ne pesât plus rien. Un pan de mur avait coulissé dans le coin gauche de la pièce, ouvrant une sortie de fortune. Je respirai un bon coup et tournai la tête, cherchant Flo. Il me regardait attentivement, espionnant le moindre de mes faits et gestes.
    -Florian, lui lançai-je vivement. Ta proposition m’intéresse plus que jamais. Néanmoins, je vais quitter cet endroit pour pouvoir faire des recherches. Nous nous rejoindrons plus tard.
    -Il n’en est pas question, cracha-t-il en dégainant. Tu restes ici.
    Mais j’étais déjà invisible, et je traçais vers la sortie. Il se télétransporta immédiatement devant celle-ci. Je m’arrêtai alors une seconde, puis me remis à marcher discrètement, mes pas ne faisant que frôler le sol sans s’y poser. J’arrivai bientôt juste devant lui. Ses yeux balayaient toute la salle, passant de droite à gauche avec une rapidité impressionnante. On aurait dit un fou. Et dire qu’avec sa tête de dégénérer, il avait pu espérer me berner. Je me collai au mur et le dépassai sans aucune difficulté. Le nouveau couloir descendait abruptement. Une fois éloigné d’une vingtaine de mètres de Flo, je me remis à courir, mes doigts exerçant une forte pression sur le Scion. Mais la retraite est rarement plus facile que l’arrivée. Ceci, je le savais, mais la précipitation m’empêchait de réfléchir totalement. Alors que je descendais toujours le couloir à grand pas, le sol se déroba sous mes pieds. L’instant d’après, je tombai.

    La chute ne fut pas longue. J’atterris sur une pente de presque quatre-vingt dix degrés incroyablement lisse. Tombé sur le dos, je n’eus d’autre choix que de glisser vers je ne savais quel nouvel endroit. J’essayai de me rattraper à quelque chose, de planter mes ongles dans la pierre, mais c’était vain. Je ne pouvais même pas me relever. Et je prenais de la vitesse. Enormément de vitesse. Mais où est-ce que j’allais comme ça ? Soudain, les choses se compliquèrent. Un bruit déboulement me parvint du haut de la pente. J’y jetai un coup d’œil et vis avec horreur que j’étais suivi par des centaines de rochers, du plus petit gravillon au caillou de plusieurs tonnes. Bien sûr, je n’eus pas peur. Néanmoins, je me mis à pousser sur la surface lisse de façon à prendre encore plus de vitesse, et à arriver en bas le plus vite possible. Mais les rochers se rapprochaient. Enfin, après plusieurs minutes de descente, j’aperçus des rayons de soleil qui filtraient au loin. Bientôt, l’astre du jour en devint aveuglant. Aussi ne vis-je pas l’obstacle qui obstruait la sortie.

    Le choc fut violent. D’un coup, je percutai une surface dure. Le Pouvoir absorba une partie du choc, mais je n’en demeurais pas moins groggy. Mais je devais me ressaisir. Les rochers étaient tout proches. J’analysai immédiatement la situation : je m’étais écrasé contre une pancarte en bois que j’avais à moitié défoncé au passage et qui laissait filtrer le soleil. J’entrepris immédiatement d’arracher les planches pour me frayer un passage, ce qui fut vite fait. J’allais sauter par l’interstice créé lorsque je restai soudain pétrifié : je me trouvai à plus de cinquante mètres au dessus du sol. La sortie n’était rien d’autre qu’un trou creusé dans la falaise.

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