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Laikri_Venn
- Posté le
15 octobre 2007 à 18:05:35

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Le destin du sultan, petit par la taille mais super petit par les idées, ne fut en fait pas des plus glorieux, et allait même être décisif pour Padgram. Vous allez comprendre !
A vrai dire, Gerabrossa, dans l´extase qui l´emporta lorsque le Perroquet Boiteux, pris à tort pour un navire auxiliaire à l´évasion de son harem, fut détruit par ses canons, fut incapable de retrouver la maîtrise qui sied normalement aux aristocrates. Si bien que lorsque la tempête se déchaîna, étonné, brouillon dans ses gestes, il laissa le ballon se faire bringuebaler comme une feuille morte, et s´enfoncer dans les nuages noirs et touffus de l´orage et du chaos de la nature, tous deux inopinés.
Lorsqu´il rouvrit les yeux, il réalisa qu´il s´était échoué dans les arbres aux branches robustes et étriquées de la Grande Forêt Suurienne, la Forêt du Sang Noir. Et Gerabrossa, tout jaune, tout brillant, tout voyant, tout clinquant, tout vulgaire, au milieu des troncs d´ébène, veinés par une sève semblable à celle qui coule sous nos peaux, ne pouvait qu´attirer l´attention de ceux qui allaient le faire disparaître d´une funeste manière.
Gerabrossa n´était pas dans son territoire, il n´avait jamais osé déboiser cette immense amas d´arbres poussant les uns sur les autres de manière anarchique, empêchant tout tracé de chemin, toute exploitation, toute vie. Sauf qu´il y avait là des gens qui n´étaient pas censés lui vouer à lui, le personnage le plus puissant du continent Zalzarien, un amour très particulier. On les appelait tout simplement les Reclus, des hommes devenus fous après avoir été séparés, étant enfants, de leur famille, destinée à se faire enfermer dans la Citadelle d´Anthar Obn Suur, pour les besoins du sultanat. Mais leur existence, pareille à celle des Subsaldrantes, relevait presque de la légende, car nul n´osait s´aventurer pour vérifier si ce qu´on racontait à propos de cette Forêt était avéré ou pure fiction.
Inutile de le cacher, les Reclus étaient des cannibales. Gerabrossa ne l´ignorait pas et maintenant sa seule frayeur, c´était de se faire repérer. Ils étaient partout, il le savait, ils faisaient comme corps avec les arbres, et la seule façon d´en réchapper était d´escalader les branches jusqu´aux cîmes des bois, pour devenir visible, retrouver la lumière du jour, étouffée et même absorbée par les feuilles écarlates.
Mais Gerabrossa n´avait pas fait d´exercice depuis bien longtemps, et ses babouches ne pouvaient absolument pas l´aider à surmonter la surface rendue très glissante par la pluie des troncs d´arbre. Pendant des heures il s´efforça de garder son calme en se contorsionnant le mieux possible pour s´élever de branche en branche, mais le ballon crevé au-dessus de lui retomba sur lui, et l´empêtra totalement au point de le prendre au piège comme un paresseux pendu à ses bras.
La prise était trop belle pour les Reclus qui ne manquèrent pas de dépendre leur proie avant de l´embrocher sur un piquet géant. Un festin de sultan prenait place dans la Forêt Sanguine. Gerabrossa le Jaune quittait cet honorable monde, mille fois divisé dans des bouches réjouies, affamées de chair grasse.
--- Devant la Citadelle d´Anthar Obn Suur ---
Padgram n´avait pas réussi à suivre le chemin du passeur et s´était dirigé par instinct vers la grande tour qui s´élevait dans l´horizon et qui devait probablement s´apparenter à la citadelle qu´il devait atteindre avec ses compagnons avant de se faire presque assassiner.
Lorsqu´il eut déposé son bateau sur une plage, remonté par un détour le chemin des colinnes qui menaient au plateau zalzarien, et parcouru les longs kilomètres qui le séparaient de la Cité Forteresse, il découvrit un immense chantier. Plusieurs routes, il l´avait remarqué au cours de sa promenade de santé, avaient été détruites, lézardées, éboulées sous l´effet du tremblemetn de terre. Il comprit qu´en ces lieux où vivait le dénommé Gerabrossa le Jaune un pont-levis gigantesque s´était effondré dans les douves.
Il voulut héler un ouvrier qui participait à la reconstruction expresse - toute la population de la citadelle était isolée, en absence complète de liaison terrestre, et se trouvaient seule, sans dirigeant, dans le château. Ils ne manqueraient pas de mourir de faim si on ne reconstruisait pas ce pont levis très rapidement.
Mais lorsqu´on se retourna vers lui, toute la foule des architectes et des ingénieurs fut comme prise d´une énorme excitation.
On fit un attroupement autour de lui. Padgram se demanda si ce n´était pas la nouvelle de sa venue qui impressionnait les gens et l´interpréta comme un effet naturel du respect dû aux morts prestigieux qui ressuscitent.
Or, le continent Zalzarien ne savait rien des aventures ni même de l´existence de Padgram le Fils de Grofor, qui avait causé tant de remous sur Barzabute. Non, c´était tout autre chose.
Un grand homme noble, habillé dans une robe ecclésiastique noire et dorée s´approcha de Padgram, lui mit la main sur l´épaule et d´une voix solenelle lui déclara ce qui était justement décisif pour notre héros.
L´ecclésiastique -- Antakdar l´Orange, cousin de Gerabrossa notre sultan disparu, bienvenue à votre nouveau royaume ! Vous êtes enfin parmi nous ! C´est une véritable joie et un immense honneur!
à vous la suite!
-Laikri_Venn-
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Un_poil_sur_leQ
- Posté le
16 octobre 2007 à 14:41:02

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Padgram fut stupéfait. C´était bien la première fois qu´on le prenait pour un fruit ! Qu´on le traite de pastèque, passe encore, ou même qu´on le compare à un gros melon, à la limite, mais une orange, franchement ! Ces braves gens avaient dû avoir quelques soucis avec leur brave perception végétale du monde et confondaient tout et l´envers du brave tout.
Passé cette fertile interprétation, Padgram eut quand même l´intuition qu´on le prenait en fait pour un noble personnage, et surtout qu´on lui prêtait un lien de famille avec un autre cornichon, et pas des moindres, puisqu´il ne l´avait jamais rencontré, cette saleté de Gerabrossa le Jaune.
Il feignit de se reconnaître et déclara qu´il comprenait ce qui se passait, et qu´il n´y avait pas en effet plus cousin de Gerabrossa que lui-même. Il le faisait car il sentait dans leurs visages que leur révéler qu´il n´était pas vraiment l´orange qu´ils espéraient les plongerait très probablement dans une terrible dépression.
Pris par l´épaule par l´ecclésiastique, lequel se présenta sous le titre de Cardinal, le Cardinal de Brutagnole, il s´avança jusqu´au bord des douves dans lesquelles flottaient les restes du brave pont-levis.
Brutagnole : J´espère que vous avez fait bon voyage.
Padgram : Euh, certes, certes.
Brutagnole : Pardonnez-moi cependant, mais où est votre escorte ?
Padgram : Oh, je lui ai donné congé. J´ai pris le parti de la simplicité.
Brutagnole : Admirable, admirable, et tellement pieux ! Vous savez donc la tragédie... Oh bien sûr que vous savez, suis-je distrait, vous n´auriez pas pris la peine de vous déplacer aussi vite.
Padgram : Ah oui, ce tremblement de terre...
Brutagnole : Ah s´il ne s´était agi que de cela !
Padgram : Euh il y a quand même eu beaucoup de morts, d´estropiés, d´enfants devenus orphelins, et de maisons détruites...
Brutagnole : Des détails, Monseigneur, des détails. Et puis la Nature a bien fait les choses, l´herbe repousse déjà au bord des failles. Non, je pensais plutôt à la terrible destinée de votre cousin.
Padgram : Comment ça ?
Brutagnole : Allons donc ! On ne vous a pas donné plus d´explications lorqu´on vous a informé en votre palais ?
Padgram : Mes messagers sont fort distraits...
Brutagnole : Oui, sans doute voulaient-ils tempérer votre émoi... Savoir votre cousin disparu était déjà une nouvelle cruelle en soi.
Padgram : Mais que lui est-il donc arrivé ?
Brutagnole : Eh bien... Vous n´ignorez pas qu´à sa naissance, l´enfant sultan se fait planter une mouche esthétique dans le sultanique postérieur droit. Mouche qui, dès que le corps qu´elle embellit s´éteint, s´anime et s´envole vers un Arbre de Miel qui pousse au milieu du Vieux Verger, derrière la Citadelle d´Anthar Obn Suur. Nous pouvons nous y rendre, si vous le souhaitez.
Padgram eut une illumination. Il ne se trompait jamais sur la signification de certains mots. Miel. Mielleux. Manger. Good. Miam. A table.
Padgram : Avec plaisir !
Sur le chemin, lequel n´était en fait qu´une petite route contourant les douves, Brutagnole expliqua que la mouche de la fesse du sultan s´était donc envolée mais qu´elle était elle-même morte dévorée, si bien que c´est la mouche de la mouche de la fesse du sultan qui était parvenue jusqu´à l´arbre et qui avait retracé, fine qu´elle était, dans une description sans grandes fioritures, de quelle manière Gerabrossa le Jaune avait péri, broyé entre les mâchoires des Reclus.
Padgram : Avez-vous prévu des représailles contre les assassins ?
Brutagnole : Les Bois de Sang Noir sont impénétrables, Monseigneur l´Orange. Le destin de votre cousin, Monseigneur, était de toute façon scellé au moment même où il y posa les pieds.
Padgram : Quelle tragédie... Le verger est-il encore loin ?
Brutagnole : Non, nous y sommes presque déjà.
Padgram : Ca m´arrange.
Brutagnole : Pardon ?
Padgram : Ouf, je veux dire.
En effet, notre gros prince n´avait vraiment pas arrêté de malmener son physique depuis le début de cette aventure, et il ne faut pas croire que marcher fait partie des petits plaisirs de la vie. Se délecter d´un arbre dont les branches automellifères étaient en permanence couvertes de miel et dont le tronc même était fait de miel dur, voilà qui avait de quoi apaiser l´âme du nouveau sultan. Personne n´avait jamais vu la tête d´Antakdar l´Orange ? On le savait juste énorme ? C´était ça ce que disait la légende ? Tant mieux. Cela permettrait à Padgram de se reposer et d´avoir une assise sur le continent Zalzarien, et il retrouverait, car ça ne passait pas inaperçu, le voleur de son Hellia. D´ici, il aurait un point de vue sur le monde.
Après avoir constaté la présence de la mouche de la mouche sur l´arbre délicieux, Padgram l´Orange, ou Antakdar fils de Grofor, peu importe, décida d´aider un peu au chantier car il voyait bien que les ouvriers étaient tous des feignants incapables de comprendre comment on pouvait reconstruire rapidement un pont-levis long de vingt kilomètres.
Aussi mit-il au point une astuce mécanique éprouvée jusqu´à plus soif : la construction bedainodynamique.
Il choisit parmi les hommes du chantier un homme maigrelet mais qui avait l´air souple, lui donna deux cordes au bout desquelles était fixés des harpons, se coucha sur le dos, et demanda à son cobaye de prendre un élan suffisant et de prendre appui, dans sa course, sur son ample bedaine.
L´ouvrier avait foi en son nouveau sultan, fit ce qu´on lui avait demandé, sauta, et fut si incroyablement projeté dans les airs qu´il put dépasser les vingt kilomètres de douve et atterrir sur les parois de la Cité Forteresse, en y incrustant d´un coup les deux harpons.
On applaudit aussitôt l´intelligence du nouveau sultan et suivant ses consignes on reconstitua un pont levis, mais cette fois avec des vraies planches, fortes, bien solides, pas cassables, pas friables, pas momolles, bien robustes et tout, bien comme il faut, et ce, en outre, en aussi peu de temps qu´il n´en faut à un moustique pour vous pomper la joue. Ca fait mal, ça. Ouais, moi non plus, j´aime pas trop.
Bref, Antakdar l´Orange n´était pas seulement le cousin de Gerabrossa venu reprendre le sultanat du Jaune défunt, c´était aussi un grand ingénieur et grâce à cela il obtint rapidement une énorme popularité dans le pays. Le tout Grasta Malzam fut aussi tenu au courant de l´arrivée d´un nouveau suzerain et toutes les grandes fortunes, et pas seulement celles de la Cité de la Falaise d´Emeraude, mais bien de tout le royaume d´Anthar Obn Suur se dépêchèrent d´accourir à la Cité Forteresse, dont Padgram fit en peu de temps assécher les douves afin d´ouvrir des restaurants d´anti-altitude, tavernes des bassesses du monde, si vous préférez, afin que les historiens s´y retrouvent dans leur cafouillis chronologique, tavernes parsemées ici et là dans les fossés anciennement inondés de la Cité Forteresse.
Padgram lança aussi de profonds travaux de reconstruction, abandonnant la tradition du harem au profit d´une armée écologique, ayant pour seul but de faire pousser des fleurs et les Arbres à Miel, et surtout de retrouver tous les hommes en possession d´une statue d´or.
A sa grande déception, et même angoisse, personne ne retrouva le passeur. Toutefois, c´est avec un plaisir non dissimulé qu´il reçut un jour un noble venu de Grasta Malzam, habillé de vert et de beurre frais, et répondant au titre de Baron Borbalo Du Pelzu de la Tanche qui lui fit l´offrande, tout simplement, de la statue d´Hellia.
Padgram : Où l´avez-vous donc acquise ?
Du Pelzu de la Tanche : Monseigneur l´Orange, ceci pourrait être mon secret, mais je vous en confie la nature. C´est un va-nu-pieds, vaurien probablement, voleur sans aucun doute, à qui je l´ai rachetée pour un prix dérisoire.
Padgram : Savez-vous ce qu´il est advenu de cet homme ?
Du Pelzu de la Tanche : On dit qu´il s´est donné la mort et qu´il a donné beaucoup de mal aux ménagères de la place publique de notre belle cité, où vous vous faites trop rare, Monseigneur.
Padgram : Je n´ai pas encore eu l´occasion d´y fouler les pieds.
Du Pelzu de la Tanche : Voilà qui fait chagrin. Adieu, Monseigneur, cette statue d´or n´a d´égale que vous-même.
Le Baron fit sa petite révérence, tourna les talons, et quitta le palais du sultan.
Padgram était tout heureux. Enfin Hellia lui était revenue. Hélas, il ignorait que De Pelzu de la Tanche était un homme roublard et que le cadeau qu´il avait fait à Padgram n´était rien d´autre qu´un plagiat, une copie ! L´original était toujours chez lui, trônant dans son salon comme le plus grand des trophées.
Si seulement notre héros avait un peu suivi les cours de joaillerie que son père avait tenté de lui dispenser dans sa jeunesse, il aurait su faire la différence entre l´or et le plaqué ! Abandonnons-le pour un moment à son extase et à sa perplexité, état psychologique due à son inaptitude à pouvoir répondre à la question fondamentale : comment rendre son apparence humaine à Hellia si celui qui est responsable de sa statification est mort ?
°° Pok °°
Pok était un petit village de la côte, à peine peuplé d´une centaine d´habitants, qui cultivaient principalement la croûte et la poisse, les deux denrées céréalières les plus importantes pour soigner les lépreux. C´était la chance de Karzus, Messerille, Grisk, Saïan, Lili, et Nortellon, qui s´y étaient arrêtés pour s´y reposer pour soigner Albatrusse et ses deux filles mélangées. Le capitaine était dans un sale état mais respirait normalement, on l´avait amené dans une hospice où il n´y avait que des religieuses pour s´occuper de lui. Quant au corps confondu de Londe et Rune, il n´y avait que Karzus qui pouvait faire quelque chose pour apaiser la douleur. Le geyser de l´union océanoterrestre avait permis au corps des jumelles de reprendre le souffle, mais elle(s) étai(en)t toujours dans le coma.
Alors que Messerille, Saïan, Lili, et Nortellon se reposaient dans une auberge, Grisk restait aux côtés de Karzus, qui avait posé le corps brûlé sur son lit, prenant la main noircie de Londe et celle de Rune, dans la sienne, essayant d´y puiser l´énergie nécessaire pour chasser le mal enflammé qui les avait traversé.
Grisk qui s´ennuyait à peu et indisposé par l´odeur de grillé finit par s´exclamer, histoire d´avoir quelque chose intéressant à dire, quelque chose.
Grisk : Je sais comment nous pourrions les ou la rebaptiser !
Karzus : ...
Grisk : Blune !
Karzus : ...
Grisk : Oh ! Kaka ! Qu´est-ce qu´en t´en penses ?
à vous!
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Carnavale
- Posté le
17 octobre 2007 à 19:11:18

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Karzus: J´en pense que tu peux la fermer... J´essaye de me concentrer, Grisk.
Grisk : Mais alors, toi, hein ! On peut vraiment pas te parler! Je m´en fiche, je vais faire une promenade tiens!
Karzus : Non! Tu as bien vu que les enfants avaient peur tout à l´heure quand nous sommes rentrés! Ne nous fais pas remarquer davantage! Il paraît qu´ils ont un nouveau sultan en ce moment et je suis sûr qu´ils doivent être à notre recherche !
Grisk : J´ai pas peur du regard des gens de la surface. Vous m´avez donné confiance en moi. Je ne vois vraiment pas ce qui...
Karzus se leva soudain et arrêta son ami par le bras.
Karzus : Grisk... Tout le monde, n´est pas comme nous. Il y a des gens qui ne chercheront jamais à savoir si tu es gentil, ou si tu as des passions en commun avec eux, ou même si tu fais quelque chose d´intéressant dans ta vie, parce qu´il leur suffira de voir ton visage, ton allure, pour comprendre que tu n´es pas comme eux, que tu ne peux pas être comme eux.
Grisk : Mais... je ne veux pas être comme eux. Je veux juste pouvoir profiter des richesses que le monde nous offre en plein air et dont mon peuple est obligé d´être privé. Crois-tu, crois-tu que tu m´apprennes quelque chose ? Je connais la noirceur du coeur de la foule quand elle a peur. Mais je vois aussi que dans le regard de certains, il y a comme de la grandeur, quelque chose qui touche l´âme, et c´est vers ceux-là que je veux tourner mon attention.
Karzus le regarda avec un respect inquiet.
Karzus : Soit... Mais reste prudent.
Grisk : Ne t´inquiète pas, je n´irai pas loin. Je veux juste prendre l´air.
Le shaman hocha la tête et le regarda descendre l´escalier. Seul à présent, il fallait qu´il trouve le moyen d´agir efficacement pour aider Londe et Rune. Mais il ignorait ce qui leur était arrivé sous terre. Il ne comprenait pas de quelle manière la surprenante fusion avait pu avoir lieu. Il se rassit à côté d´elles, et resta méditatif, ne s´apercevant pas qu´au dehors un drame était en train de se jouer.
== Sur la Place de Pok ==
En fait, Grisk n´avait qu´une intuition encore très limitée de la réalité du caractère humain. Lorsqu´il se retrouva sur la place, les mains derrière le dos, à s´enivrer de l´air pur, en peu de temps les rues se firent moins remplies, et, de manière caricaturale, on s´éloignait de lui comme s´il avait été un lépreux.
Or, s´il était évident que sa vue repoussait les gens, ce qui l´était moins, c´était la convoitise qu´il pouvait susciter. En effet, derrière une maison aux fenêtres cassées, deux gredins édentés regardaient la créature avec la mine réjouie de ceux là, qui se convainquent soudainement que la fortune leur tend les bras.
Dès que Grisk fut à leur portée, dans le coin, ils se jetèrent sur lui, l´étouffèrent avec un chiffon imbibé de mauvais alcool, et le traînèrent jusqu´à la maison délabrée. A l´intérieur il y avait une charrette de paysans sur laquelle était érigée une vieille cage rouillée. Ils y enfermèrent le Subsaldrante inconscient, puis sortirent le véhicule et tout en éclatant de rire le firent rouler pour sortir de Pok le plus vite possible. Qui se soucierait du kidnapping d´une créature pareille ?
Si le lecteur se demande vers où les deux gredins menaient notre pauvre Grisk, il n´aura qu´à jeter un coup d´oeil à cette affichette déchirée, décolorée, sale et mouillée, que le vent emporte avec la poussière de la rue. C´est l´affiche d´un cirque et dessus, imprimé en grosses lettres rougeâtres, il y a une petite annonce.
"Recherche Bizarrerie Humaine pour compléter la troupe de la Parade des Monstres : grosse récompense pour le tuteur"
== Kuliz - Les catacombes ==
Pralidor Hapic´n se tenait dans l´ombre, à peine éclairé par une bougie. Autour de lui, plusieurs hommes étaient assis autour de la longue table de pierre où jadis les fossoyeurs de Kuliz prenaient leur repas. Ils avauient la mine grave, et le visage en sueur. Ils avaient dû se faire discrets et courir pour éviter les milices.
Hapic´n : Messieurs, la situation est des plus graves. Le continent est sous l´emprise d´un fou que nous n´avons pas vu venir et qui nous tient lieu de Seigneur. Nous, les dernières plus grandes familles nobles du continent, nous sommes traqués comme de vulgaires criminels. Et cet homme... Cet homme qui a massacré nos épouses, nos amis, nos gouvernements, les monarques qui étaient nos voisins et nos relations traditionnelles, cet homme... cet hommme... qui a laissé ma fille mourir... Je veux que nous l´assassinions.
à vous la suite!
-Chapterving-
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Everlasting
- Posté le
17 octobre 2007 à 21:59:08

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___Quelque Part____
Grisk ne tarda pas à reprendre conscience, réveillé par les roues qui grincent, une route faite de cailloux, de ballottements, de barreaux qui lui frappent les côtes. La nausée le prend immédiatement et il vomit sur le bas côté. Son souffle est âcre. Tandis qu’il respire bruyamment, des voix proches, comploteuses, lui parviennent par le drap qui recouvre sa prison, et aussi d’autres voix plus lointaines, probablement des fermes alentours.
Retour au calme, l’obscurité dans laquelle il est plongé a quelque chose de rassurant, en tant que subsaldrante il y voit clair. Les rumeurs du dehors l’informent rapidement sur la raison de sa séquestration : son destin sera d’être vendu comme attraction pour un peu d’argent. Comment juger des hommes aux motivations si simples, enfantines, presque innocentes ? Comment expliquer qu’on veut un autre destin, celui exceptionnel de voyageur ? Celui d’un réceptacle précieux qui accueille le monde et ne renvoie que de la liberté, une pure liberté. Dure question.
Il perçoit des dialogues avec une troisième personne, dont il devine la silhouette forte, et même des moustaches qui dépassent de ses joues. On parle d’arrangement. Un voile s’écarte, la lumière aveuglante perce, un « ooooh », le drap se referme, puis d’autres arrangements et des paroles enthousiastes.
Le cirque. Un simulacre d’extraordinaire et de voyage pour un quotidien en manque ? Un jeu de regards où le rôle de l’un est de s’offrir à la pitié de l’autre ? Une rencontre dénaturée entre le danger et le courage ? Qui regarde qui au fait ? Ou est la communication ? Et surtout, à qui en vouloir ? Est-ce là la tragédie du monde que de former une couche qui s’enfonce et dont personne ne sort ? Karzus disait-il autre chose que « il faut se cacher » ? Rester dans les ténèbres, et regarder les hommes à travers un drap.
Ce jour là Grisk prit une décision. Il choisit d’aimer la tragédie.
___Place de Pok___
Karzus s’épuisait dans ses méditations. Cette histoire lui demandait un sérieux qu’il ne se sentait pas posséder. Longtemps il avait été un facétieux personnage, dont la barbe blanche et le front haut n’étaient qu’une façade charismatique servant à ses prétentions de sage; un statut qui lui offrait tant d’influence sur les hommes et les femmes (enfin, les femmes un peu moins ces derniers temps, on sait tous combien elles discriminent les vieux, ce qui aboutit souvent à une réciprocité intéressante, parce que sérieux, on peut bander jusqu’à 85 ans hein, l’excuse de la sérénité du sage c’est juste pour garder la dignité et se consoler).
Karzus il en avait aucune idée de comment guérir ces deux inconscientes. As-t-on idée de se payer une fusion je vous le demande. Et Karzus ça l’énervait pour de multiples raisons. Déjà il était mauvais perdant, l’idée qu’on puisse le coller l’insupportait et l’angoissait. Et puis il s’y était attaché à ces deux bonasses putain.
Un peu plus loin, Nortellon et Saïan tournaient en cercle sur la place, la mine grave pointée vers le sol, une main au menton. Soudain accès de philosophie ? On pourrait le dire ainsi mais la question dépassait largement le cadre de la pensée, et concernait l’intégrité physique de plusieurs personnes. Cette question étant : qui allait annoncer au capitaine Albatrusse que ses deux filles adorées avaient été compactées en une ?
Nortellon était à peu près sûr que l’avantage du deux en un serait très peu apprécié, le pirate moyen étant un poil conservateur. Quelle idée aussi de se prendre pour un produit vaisselle.
Saïan prenait la question sous un angle plus aristocratique : il fallait trouver une personne à qui déléguer. Il était hors de question que ce soit Lili, schizophrénique comme elle était, elle risquait de n’être pas sur la bonne face au moment de délivrer le message. Grisk était trop moche. Karzus était pas assez con. Messerille n´avait pas assez de délicatesse. Le monde n’est décidément fait pour aucun rôle.
A l’hospice, de grands bruits traversaient les couloirs avec des nonnes à leur suite, courant la bouche en forme de mégaphone. Et qui n’a jamais entendu hurler une nonne, ne saura goûter pleinement à la volupté de ce tableau. Il faut être un coquin pour apprécier cette scène. Et Albatrusse l’appréciait aussi complètement qu’il était réveillé. Pour un anarchiste de son calibre, que la première idée qui lui soit venue soit de corrompre la religion en proposant activement des relations sexuelles tordues, ne devrait pas nous surprendre (en plus on aurait eu la même). Pour Albatrusse c’était un moyen de se remettre en forme, une déformation professionnelle de pilleur expérimenté et une manière habile de se faire guider jusqu’à la sortie, ou il pourrait s’enquérir de l’état de son bateau, de ses filles, et éventuellement du monde. Il n’en viola donc que quelques unes, et fort distraitement.
___Forteresse d’Anthar Obn Suur___
Padgram commençait à douter de vouloir épouser Lysette. Ah non, n’ouvrez pas de grands yeux. En fait Padgram se rendait compte qu’être prince ou sultan, c’était chiant. Voilà, chiant, dans ces moments là on pense pas à d’autres mots. Et là c’était prodigieusement chiant. Alors prendre une princesse et se ranger… très peu pour lui, il ferait peut-être mieux de renier son ascendance, mais papa n’aimerait sûrement pas.
A sa droite, une bimbo agitant un éventail quand elle ne dévorait pas son sensuel suzerain des yeux (dites le vite), à sa gauche un scribe. Devant lui, un parterre de fonctionnaires lui expliquant l’avancement des travaux, son planning horaire, les visites des vassaux, les préoccupations stratégiques, les respects des associations commerçantes, les fêtes inaugurales, la venue d’un cirque, le cours de la poisse, le motif des nouveaux tapis, ses préférences en matière de courtisanes, l’aménagement de sa chambre….. la liste s’allongeait à mesure qu’il l’oubliait.
Plus loin dans la pièce, formant un cercle, des experts débattaient de la manière dont il était possible de rendre à Hellia sa matière officielle. Officieusement, ils se rinçaient outrageusement l’œil. Padgram soupira. Il faudrait bientôt songer à s’échapper de cet incommodant habit orange.
A vous la suite !
-Everlasting-
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Laikri_Venn
- Posté le
18 octobre 2007 à 18:04:19

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Soudain, le gros ennuyé entendit résonner en lui comme une voix familière, une voix terrible venue des entrailles de la Terre. Ce n´était pas la voix de son ventre, il savait quand même la reconnaître, c´était encore sa meilleure amie. C´était une voix qui peu à peu se dédoublait et prenait l´apparence d´une orageuse discussion entre deux grandes forces de ce monde.
Du regard, le prince interrogea ses experts mais ils ne semblaient pas du tout entendre la même chose que lui. Le bruit était confus et devenait insupportable. Le nouveau sultan s´excusa auprès de son scribe et de son esclave sensuelle, puis s´en alla de la salle du trône. Les voix étaient toujours présentes, et continuaient de se faire encore plus intenses. Il dévala les escaliers en colimaçon, manqua de trébucher sur la place de sa cité qui commençait à reprendre des couleurs et des sourires, il traversa la foule sans saluer personne, mais les voix le poursuivaient, il les sentait grandir en elles, il ne pouvait plus s´en défaire, et il ne comprenait rien à ce qui se disait.
Il courut à toutes vitesse sur le pont-levis, et voulut se réfugier dans le Vieux Verger, pour se délecter du miel de l´arbre rêvé, mais les échos ne l´abandonnaient pas et Padgram, pour la première fois de sa vie, crut qu´il devenait fou.
Il eut alors l´intuition, à genoux sur l´herbe mouillée, qu´il fallait prêter attention à ces voix. Elles surgissaient du coeur du monde, l´Océan et la Terre n´avaient pas cessé de discuter. S´il y avait eu union, il y avait bien eu conflit. Le coeur des hommes est ainsi fait qu´ils ne perçoivent jamais vraiment que ce qu´ils peuvent comprendre et ce qu´ils veulent entendre. Or, nul ne peut prêter à la matière le défaut de nos corps. Intimement pétris par nos désirs vulgaires, nous plaquons sur le monde nos représentations. Et ainsi le sommet d´un grand ébranlement, et du monde, et des hommes, colère de la Terre, rage de l´Océan, furie de tous les cieux, jamais l´âme d´un homme ne peut les éprouver, jamais il ne saura déchiffrer la puissance, dans les signes, cachée.
En ce lieu de verdure, et de fruits, et de miel, paradis un peu mièvre, inquiétant et banal. Pourtant, de la Nature, Padgram tire aujourd´hui une première leçon. Il dépose son oreille dans la glaise fertile, son visage se colle à la fertile surface. Pour une raison qui encore lui échappe son coeur peut écouter comme le son d´une prière, un chant noir et lointain, profond comme un regard, muet comme un seul geste, éphémère comme le vent, qui vibre sous ses pieds, résonne dans son ventre, et s´engouffre là-bas, aux confins de la peau.
L´Océan et la Terre ont un chant mélodieux même dans le désaccord, et ce qui désunit est source d´harmonie, et même d´unité, et même de renouveau. C´est ici, maintenant, que le monde recrée ses richesses. Ce que Padgram entend, ce n´est pas une voix, c´est le fantôme réel des paroles désaccordées des deux forces aux desseins contrariés. Le ventre de Padgram est une Bible sonore où s´impriment et résonnent tous les sons de ce monde. Le moindre bruissement de feuille y trouve sa place. Le moindre bourdonnement y trouve son tombeau. Les musiques les plus sèches, et les plus douloureuses, dessinent des sillons de notes sur le corps. Padgram l´ignore encore mais il est celui qui retient en lui toute vie. Cette vie qui s´éteint de par nos habitudes au moment d´apparaître, éphémère vibration aux échos prolongés, qui ne prend son ampleur que dans la résonnance.
Ce que tout un chacun avait perçu seulement comme une pauvre querelle d´amants désabusés, Padgram l´avait retenu au fond de ses entrailles, et ce, bien malgré lui. Mais son ventre révèle ce à quoi notre esprit, trop futile, trop grossier, ne peut être sensible. Il dévoile, ce ventre, l´envers de tous les sens. C´est l´ennui qui rend Padgram sensible à l´écho de ces voix qui siègent dans son coeur. C´est l´action qui l´empêche d´y être attentif et de jamais n´agir que dans l´instantané. Seul sur ce trône usurpé, il sait soudainement éprouver son trésor.
Quand Messire Océan, dans sa fureur baroque, a soudain pris le siège de notre Dame Terre, le chaos, on le sait, a saisi la surface, les deux forces en conflit ont recréé le monde. La glaise des falaises, les rochers, les cailloux, les herbes mal coupées, les arbres millénaires aux bords du précipice, ont tous été saisis d´une immense frayeur. Le ciel s´est déchiré dans un torrent sauvage de lumière et d´ardeur, les nuages amassés ont recouvert la lune qui brillait de plein feu, et l´astre de la nuit lui-même s´est recouvert d´un grand voile de sang. Jour sombre que ce jour où le destin des hommes s´est vu précipité vers le noir cataclysme que des bouches clairvoyantes avait depuis longtemps prévu.
Sous le débat violent opposant les deux forces, Padgram perçu soudain la plainte de deux jeunes filles qu´il aimait plus que tout, son ventre l´avait perçu. Il entendit alors l´écho de leur douleur, la brutale colère du feu qui consume tout. Mais ainsi, contre toute attente, fut-il tout en mesure d´entendre clairement ce qui s´était vraiment échangé, ce jour-là, entre la Terre et l´Eau...
à vous la suite!
-Laikri_Venn-
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Blina
- Posté le
19 octobre 2007 à 13:59:29

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MESSIRE OCEAN> Terre, Dame d´Orgueil au trop cruel courroux, cessez dès à présent toutes vos mascarades !
DAME TERRE> Injurieuse Rêverie ! Océan, par le sang, êtes-vous devant moi, à faire trembler mes âmes, mes ressources, ma colère ! Est-ce donc vous, en personne, qui venez perturber mon juste jugement !
MESSIRE OCEAN> Cette femme a le droit de vivre sur ce monde ! Que m´importe les ondes et tous les cataclysmes, je ne puis supporter plus longtemps votre morgue !
DAME TERRE> Helliarane a péché dans sa figure humaine. Aucune onde, aucune âme, ne peut plus la sauver. Vous êtes téméraire, et vous troublez mon ordre, qui vous rend si hardi à défier mon pouvoir ?
MESSIRE OCEAN> Vous n´avez d´ascendant sur aucun de mes flots. Helliarane autrefois était aussi l´amie qui partageait nos fêtes. Jamais vous ne l´avez traitée comme on doit respecter les êtres qui nous servent. Vous êtes trop cruelle, Madame. Et cette cruauté finira par vous perdre.
DAME TERRE> Et vous, Aqueux Messire, n´êtes que cécité, bonté crédule et fière ! Les hommes nous corrompent, nous gâchent, nous abîment, chaque jour un peu plus nos Souffles se font rares, ils jettent sans ramasser, ils cueillent sans replanter, ils tuent sans faire renaître. Si la Mort n´est plu là, comme un ultime juge au service de Ma Loi, que peuvent-ils craindre ? Ils pilleront davantage, iront jusqu´à piller le moindre lot de boue qui m´aura survécu. De ce profond désastre, vous êtes autant que moi une illustre victime. Que vous sert de changer vos âmes avalées en créatures nouvelles ? En quoi méritent-ils cette grâce infinie, cette trop précieuse incarnation ?
MESSIRE OCEAN> Leur donner une chance, voilà notre devoir. La Mort est assignée à une tâche cruelle qui l´empêche de sentir, de goûter, de toucher tout ce qu´elle met à bas, ce à quoi elle donne fin. N´est-il pas tyrannique de faire d´une Ignorante la tragique besogneuse de vos stériles rancunes ? Peut-on laisser la Mort ramener au néant tout ce qui a du prix pour la simple raison que vous, Dame Terre, Dame Vie, en décidez ainsi ?
DAME TERRE> Une Mort qui sait tout de la valeur des choses, une Mort avertie du goût de la chaleur humaine, du bienfaisant confort des bras qui vous enserrent lorsque vous êtes corps, et qu´en cette tendre peau vous puisez la tendresse, le souci, l´inquiétude, l´amour en somme, de cet autre admirable, qui vous aime, que l´on aime, et qui pour cette raison, vous transforme en un faible que plus rien ne contrôle, une Mort qui sait tout cela ne peut plus terrifier aucun homme sur Terre. Une Mort qui prétend à l´Amour, chose des plus étranges dont Helliarane incarne la première expression, cesse à tout jamais d´être une fidèle vassale. Et pour cela, il lui faut disparaître, et céder sa place, dans l´ordre des choses, à un autre vassal, qu´aucune extravagance ne viendra détourner de sa Noble Mission.
MESSIRE OCEAN> Vous générez l´amour, mais vous le punissez. Vous créez la richesse, mais vous la reprenez. Vous n´êtes que chaos, mais vous vous souciez d´Ordre. Pour moi, c´est une chimère et je le dis ici, Madame, notre monde n´est pas fait pour tourner dans la ronde. Je suis l´âme qui partout répand son corps pour l´homme. Recueilli dans ses paumes, accueilli dans sa bouche, apaisant sa douleur, purifiant chaque tache, je suis celui qui sait la douleur et le goût de ce qui les fait vivre. Vous créez vos merveilles, moi je les entretiens. Voilà bien le seul ordre que vous pourrez défendre. Helliarane par l´amour que son coeur, jadis inexistant, a conçu pour un homme, mérite mon souci en tant que simple humaine. Et c´est bien d´une humaine dont je plaide la cause, aujourd´hui, Madame, au milieu du tumulte qui fait trembler monde. En ce moment précis, des corps d´hommes et de femmes souffrent, meurent, s´effraient, suffoquent, par notre faute, car jamais vous n´avez le désir du dialogue, le désir de rencontre, et me voilà forcé d´investir bravement dans un cri de colère, fatal pour nos richesses, fatal pour bien des âmes, tout votre Immense Dédain. Songez que sous vos pieds, deux jeunes filles viennent de voir leur destin basculer. Par le feu, elles périssent, mais leur douleur ne vous touche pas. Pourtant, moi dans mon coeur, moi, proche de ceux-là qui foulent sur leurs bateaux ma chevelure liquide, j´entends leurs cris de mort et vous ne faites rien. L´aviez-vous demandé ? Hélas non je le vois à votre mine noire. Je puis donc aussi bien orchestrer une mort injuste, et votre agent nouveau n´y est vraiment pour rien. Voilà d´autres ignorances qui me semblent bien pires. Cela est-ce suffisant pour épargner une âme dont je réclame ici le sursis ?
Dame Terre était restée un instant silencieuse, sans doute, car Padgram n´entendit pas immédiatement de réponse.
DAME TERRE> En vous faisant son protecteur, en tant que femme parmi les hommes, elle rejoint le giron d´un salut temporaire. Mais puisque nous ne saurions nous combattre, Océan, sachez au moins qu´Helliarane ne sera pas dédommagée de ma malédiction.
MESSIRE OCEAN> Quel être n´a jamais été votre victime ? Soit, si c´est un moindre mal.
DAME TERRE> Vous perturbez mon équilibre, Messire. Vos lèvres intangibles manquent à ma nature. Cessons là ce conflit par une unique caresse, un unique baiser, je ne puis supporter que nos forces se nuisent.
MESSIRE OCEAN> Qu´ainsi chose soit faite.
Et dans un flots de murmures, la conversation s´arrêta là. Le coeur de Padgram battait aussi rapidement que lorsqu´il voyait Lysette apparaître au détour d´un couloir, dans un mouvement innocent, de grâce, et d´élégance. Padgram sentait soudain toute la douleur du monde, tout le plaisir des sens se confondre en son âme. Le cri de Rune et Londe retentit à nouveau dans sa chair mortifiée par les sons, par les bruits, par les chants éphémères de l´instable Nature. Il éprouva tout ce que ses amies, ses si charmantes amies, avaient dû éprouver, noyées sous le feu de la Terre.
Il releva la tête, le front rouge, en sueur, presque asthmatique.
PADGRAM> Rune... Londe... (haletait-il) Rune... Londe... Elles sont là... Ils sont tous là... Sur le continent... Il faut que je les retrouve... J´ai trop perdu de temps... Hellia... Ma chère Hellia, que n´ai-je su plus tôt ce qui te menaçait... Mes amis... Mes amis... Je vais vous retrouver... Je vais vous retrouver...
à vous la suite!
-Blina-
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Blina
- Posté le
19 octobre 2007 à 14:08:37

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[au milieu du tumulte qui fait trembler le* monde]
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-PlacidVlad-
- Posté le
21 octobre 2007 à 19:41:24

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"Le gros sultan Orange devient fou..."
Voici ce que se disaient les habitants de la citadelle, en même temps que la peur leur nouait les entrailles: le nouveau sultan marchait dans la lignée de son cousin, il perdait les pédales et ce serait encore eux qui allaient en faire les frais. Mais lorsque le sultan retraversa la ville dans le sens inverse de celui qu´il avait prit juste avant, il avait l´air calmé... quoiqu´un peu malade. Tout le monde se recroquevillait devant lui. Lorsque Padgram s´en rendit compte, il fit un effort pour se redresser et reprendre sa respiration. Avalant sa salive, il se força à sourire à son nouveau peuple. Ceux-ci semblèrent un peu rassurés et Padgram continua à remonter vers le palais, ou l´attendaient, héberlués, ses experts, ses valets et ses bimbos.
Padgram: "Ne vous inquiétez pas, je... une guèpe se baladait un peu trop près de moi et j´ai une peur maladive des guèpes. Je suis allergique, voyez-vous. Mais n´ayez crainte, tout va bien, maintenant."
Un valet: "Voulez-vous qu´on chasse toutes les guèpes du palais...?"
Padgram: "Oui, faites donc! Et, tant que vous y êtes, pourriez vous faire appeller le ministre des transports?"
Valet: "Euh... votre illustre cousin, le sultan Gerabrossa, n´avait aucun ministre. Il décidait tout, tout seul."
Padgram: "Avait il des conseillers?"
Valet: "Il n´avait comme conseiller qu´un vieux shaman des îles Zalzariennes, Slecktus. Et quand je dis conseiller... C´était plutôt pour les mixtures aphrodisiaques qu´il faisait appel à lui."
Le valet avait donné à Padgram une information capitale: ici, à Anthar Obn´ Suur, il y avait un shaman Zalzarien, un confrère de Karzus!
Padgram: "faites le appeller, s´il vous plaît"
Le valet y alla, tout étonné d´entendre un "s´il vous plaît"
Padgram se réinstalla sur son trône, il réfléchissait à vive allure: avec de la chance, ce Slecktrus connaissait Karzus et ceserait un atout majeur dans la recherche de ses amis. Et, en tant que nouveau sultan, il pourrait peut être rallier ce shaman à sa cause contre Conspiru... et pour Lysette!
Mais quelque-chose perturba les oranges pensées du sultan: un homme encapuchonné était entré dans la salle, sans qu´on l´annonce, silencieusement. Aucun garde n´était venu l´arreter. Non pas que Padgram soit devenu un poltron, mais il avait fini par prendre l´habitude de se méfier des personnes étranges, et cette personne était vraiment étrange...
Mais l´homme à capuche ne se dirigeait pas vers Padgram, il allait vers un valet qui n´avait pas trop l´air dans son assiete. Il devait s´agîr d´une sorte de guérisseur...? L´homme à capuche leva la main et toucha la joue du valet, presque amoureusement...
Et le valet s´effondra. les autres serviteurs, surpris, accoururent vers lui, le secouant dans tous les sens, l´appellant. L´homme à capuche, pendant ce temps, repartait par là ou il était entré, sansdemander son reste.
Padgram, subjugué, se décida à quitter son trône et couru comme il put jusqu´aux portes que l´homme à capuche venait de franchir. Les passant à son tour, il regarda à gauche, puis à droite, soufflant comme un boeuf. Personne, à part les deux gardes qui étaient sensés protéger la salle.
Padgram s´adressa à un des gardes, le secouant par les épaules: "Ou est il!?"
Le garde, surprit, bégaya: "Je... Que... De quoi parlez vous?"
Padgram: "L´homme! Avec une capuche! Par ou est il parti?!?"
Le garde: "Mais... Il n´y a personne qui est passé par ici!"
Padgram lacha les épaules du garde, ce dernier jetant un regard à son collègue qui voulait explicitement dire "décidément, il est dingue..."
Padgram rentra à nouveau dans la salle. Le corps du valet avait déjà été évacué
S´asseyant, il se perdait dans ses pensées: devenait il fou!? Peut être que cette place de sultan était maudite??? D´abord les voix, maintenant cet homme... Non, il n´était pas fou, il avait bien vu ce qu´il avait vu. Et ce valet était bien mort, d´ailleurs, un messager viendrait plus tard lui expliquer que ce serviteur était atteint d´un mystérieux mal depuis quelques mois et que les médecins qui l´avaient examiné étaient formel quant au fait qu´il ne vivrait plus longtemps.
Mais alors, qui était cet homme qui était venu effleurer la joue du valet? Peut être quelqu´un de sa famille? Non, il n´aurait pas pu prévoir ainsi la mort de quelqu´un et puis on ne l´aurait pas laissé entrer... Décidément, tout ça était très étrange.
Un homme avec une longue veste verte s´approcha du sultan
L´homme: "Sa majesté va-t-elle bien?"
Padgram: "On ne peut mieux"
L´homme: "Je m´appelle Clérantra, médecin à la cour de Anthar Obn´ Suur. Soyez sur que je suis votre humble serviteur, néamoins, laissez moi vous poser quelques questions."
Padgram: "Faites..."
Ce bonhomme commençait à l´irriter, avec ses manières ampoulées et cette façon de l´empecher de penser en rond.
L´homme: "La mort de ce valet ne vous a-t-elle pas trop bouleversée?"
Padgram: "Non. De là ou je viens, j´aivu des hommes mourir de façon atroce... j´imagine que j´ai du m´habituer..."
Et l´entretient se poursuivit. Padgram savait ce que faisait ce médecin: Il venait diagnostiquer son nouveau sultan: Tout le monde pensait qu´il devenait fou. Aussi ne parla-t-il pas de l´homme à la capuche.
Le médecin finit par partir et Padgramse remit à penser. La nuit tomba et lasalle fut bientôt plongée dans l´obscurité. On demanda à Padgram s´il voulait qu´on allume les lumières, mais il déclina: le noir lui faisait du bien et l´aidait à reflechir plus calmement.
Encore une fois, le sultan fut tiré deses pensées: les portes de la salle s´étaient ouvertes et un garde annonça: "Slecktus, conseiller de sa majesté"
Padgram se leva, réprima une envie de s´étirer et marcha à la rencontre du shaman, qui avançait vers lui en claudiquant...
A vous la suite!!
-PlacidVlad-
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Apotheose
- Posté le
22 octobre 2007 à 15:57:56

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__ Barzabute - Sur la Route du Carciphale __
Escortée par les brigands comme une reine par ses courtisans, Lysette chevauchait un étalon au pelage fort et brun et à la crinière d´or. Le meneur de la bande tenait les rênes, marchant à ses côtés, comme un vrai protecteur, le regard profondément ancré dans l´horizon du paysage.
Lysette regardait ses cheveux, c´est tout ce qu´elle pouvait voir juchée sur sa monture. De ces cheveux émanait cette impertinence qu´on ne prête qu´aux hors la loi, et c´est comme si la bise naissait du crâne même de son ravisseur. Dieu qu´il était sensass avec son corps bien mûr, ses épaules robustes, et sa peau pain d´épice pleine de poils chamarrés ! Elle s´en serait volontiers fait un délice expresso sur table de gourmet, un casse-croûte de croisière à grignoter très chaud, une collation grandiose à faire pâlir les ventres, un festin explosif full de chair et de poivre, un apéritif groove extra et grave branché, en somme, pas un petit quatre heures franchement maigrichonnet, ou même un lèche-sorbet un peu trop vite dilué, oh que non messieurs dames, un vrai banquet d´amour, avec plein de couleurs, d´étincelles, et de moove ! Voilà un homme qu´on pouvait dévorer sans peur d´indigestion, on ne se calerait pas la faim avec un met pareil, et encore le dessert n´est-il qu´une fin de repas ! Elle se voyait déjà déguster ses grands yeux avec les siens mêlés, ces mirettes pleines d´arômes sauvagement gloutons de ses formes généreuses! Elle les avait bien vus se pencher sur les beautés galbées de sa silhouette exquise ! Elle sentait que c´était un homme bien rude qui savait que les femmes n´aiment pas toujours qu´on fasse des manières, des petites élégances, des politesses, des courtoisies, pour leur parler sucré : toutes ces hypocrisies dissimulent piètrement l´envie de copuler, pas besoin d´être duc ou génie, matheux ou philosophe, sang bleu ou charognard, pour le savoir, lecteur.
Lui n´évitait point son attention pour mieux la reluquer en fourbe, en voyeur impuni, qui cache son regard de désir inondé, non, c´était vraiment de face qu´il confrontait, glorieux, l´insolente splendeur de son corps féminin. Lysette sentait en elle tous ses sens s´affoler, pas comme une petite minette qu´on complimente soudain, mais comme une vraie princesse qu´on couvre de regards amoureux et sincères. Eprouver la présence de la main vagabonde, tenant ferme les rênes comme un homme qui sait faire, c´était la toucher presque, et même la respirer comme on hume un bon pain, croquant et croustillant. Elle savait, la Lysette, que seul un homme comme lui saurait la sublimer. Il n´y avait au fond qu´un seul truc qui craignait : son bel aventurier, son gredin magnifique, son joli ravisseur, depuis qu´il l´avait prise avec lui sur la route, était resté muet et ne lui disait mot, marchant tout simplement comme un homme des chemins, de ces très longs chemins qui riment à liberté, à mener l´étalon vers l´horizon bleuté, si bien qu´elle ignorait toujours son beau prénom. S´appelait-il Arthur ? Beaudouin ? Rastabouille ? Yvain ? Croquemidur ? Lancelot ou Petit Jean ? Gauvain, Robin, ou Kay ? Perceval ou Achille ? Ulysse ou même Tristan ? Matamore ou Roland ? Nenni. Son nom brillait plutôt comme un soleil qu´on coule en cataractes d´or dans le moule des silhouettes des femmes qui chantonnent sous l´olivier touffu du Sud bariolé, des continents solaires, des routes de l´aventure. C´était le Fier Brigand dont le nom fait trembler les chaumières et les nuits, celui qui vagabonde avec toute sa troupe à travers les pays, qui se gave de vin et s´enivre de vie, respirant les écorces des arbres, ses compagnons, punissant les gamins qui veulent les arracher, corrigeant les voyous qui vendent du tord-boyaux frelaté et trop cher, vivant comme un seigneur aux bottes un peu usées, mais superbe, mais intense, mais fou, mais exclusif ! Brigand qui vous dérobe un coeur mieux qu´un écu ! Valeureux chevalier en guenilles que jamais nul monarque n´oserait adouber par plaisir ! C´était, messieurs mesdames, le grand Casteldago ! Prince de tous les secrets, et du monde, et de l´or, cet or si fabuleux qui fonde notre épopée, la grandit, la sublime, la colore de valeurs et la hisse au sommet des récits de légende !
Casteldago__ Mes amis, le jour bientôt s´effondre ! Nous ferons une halte à la prochaine taverne !
Lysette__ Par Volubilis ! Enfin, vous parlez !
Casteldago__ Sachez, ma damoiselle au toupet un peu brut, que je ne parle jamais que lorsque c´est utile.
Lysette__ Eh bien moi j´aimerais s´il vous plaît qu´on badine un petit !
Casteldago__ Moi, badiner ? Quelle idée de femelle ! Vous êtes belle, sachez-le, mes yeux en sont témoins, mais de là à trouver digne de mon intérêt votre conversation, merci bien, prisonnière, mais veuillez la fermer.
Lysette__ Quoi ? Ainsi donc je suis votre prisonnière !
Casteldago__ C´est à cela qu´on pense traditionnellement lorsqu´on relie des poings avec une corde sèche, ma petite damoiselle.
Lysette__ Oh ils ne me font guère mal, ces liens. Vous n´avez pas serré assez fort pour que je... Aïe !
Casteldago__ C´est mieux ?
Lysette__ Brute...
Casteldago__ Allons, taisez-vous, je sais bien que vous aimez cela.
Lysette__ Ah goujat ! Je vous défends d´être présomptueux !
Tous les brigands éclatèrent d´un rire tonitruant.
Casteldago__ Défendez-moi donc tant que vous voulez ! Cela nous fera un charmant petit accompagnement musical... Le chant des longues routes peut être parfois morne.
Lysette__ Allons, dites-moi au moins où nous nous dirigeons !
Casteldago__ Dans un endroit élevé où vous respirerez un air pur et tonique !
Lysette__ Comment ça ? Où ça ?
Casteldago__ N´en demandez pas plus, vous devenez irritante. A présent, chantonnez, ou bien faites silence...
Et Lysette se tut, vexée mais conquise. Casteldago et sa bande de voleurs s´en allaient en fait vers la chaîne de montagnes, au Nord de Barzabute, qui donnait son nom à la route qu´ils parcouraient : le Carciphale. Là-bas, dans les hauteurs, il y avait des villages de pauvres et d´exilés qui vivaient en secret, à l´écart des royaumes qui les auraient laissés moisir dans les taudis des quartiers mal famés de leurs cités joyaux. Ces gens, chaque jour, éprouvaient les rudesses du climat d´altitude, la difficulté d´être au milieu de forêts et de rochers sauvages, la douleur de survivre, malgré la liberté qu´ils s´étaient octroyés. Casteldago savait qu´en ce moment sur son continent, il y avait du mouvement, l´homme qui gouvernait le Royaume de Barzabute envoyait ses armées à travers les chemins, à travers les contrées pour prendre le pouvoir, et gouverner tout seul. Il s´affirmait déjà comme le maître des lieux. Il ne faisait guère bon traîner pour des voleurs comme lui et sa troupe. Là-bas, dans les montagnes du Caciphale, ils pourraient cacher leurs trésors, et se tenir quelques temps à l´écart, attendre que la paix revienne.
Hélas, le brigand ignorait que ses projets devaient être contrecarrés dans la prochaine taverne, dont les faibles lumières pointaient déjà à l´horizon dans le soleil couchant. Ce refuge d´un soir allait devenir le théâtre d´une violente bagarre, aussi imprévisible que funeste. Nous en taisons pour le moment l´issue et prenons la liberté de retarder ce plaisir.
___ Pok - l´Auberge ___
Karzus n´avançait pas dans la guérison des jumelles, et avait fini par s´endormir sur le rebord de leur lit. C´est Messerille qui le réveilla brutalement en le secouant par l´épaule. Le shaman rouvrit les yeux. C´était le crépuscule.
Messerille___ Eh ben on voit qu´il y en a qui s´emmerdent pas !
Karzus__ Messerille, évite de gueuler en me réveillant, mine de rien, c´est pas si agréable que ça en a l´air pour toi.
Messerille__ Eh oh, vu les progrès fulgurants que môssieur le shaman a fait en matière de solutionnage du problème un peu trop insoluble des deux fifilles, je crois que ce serait bien pour toi de la fermer.
Karzus__ Où sont les autres ?
Messerille___ En voilà une question qui est pas conne ! Nortellon et Saïan sont partis.
Karzus__ Quoi ? Mais où ?
Messerille___ Grisk a été enlevé, ils ont décidé d´aller le sauver.
Karzus___ C´est une plaisanterie ?
Messerille__ J´ai une tête à faire la fine ?
Karzus__ Qu´est-ce qui s´est passé ?
Messerille___ On nous a dit que Grisk avait été enlevé par deux gredins dans une cage, en pleine place ! Et ils ont rien fait ces couards !
Karzus__ Mais où l´ont-ils enlevé ?
Messerille__ Au cirque, tiens ! Y a des affiches qui traînent partout ! Celui qui dirige le chapiteau recherche des monstres pour sa parade...
Karzus se leva précipitemment, véritablement furieux.
Karzus__ Ah les ordures ! Les lâches ! Les forbans ! Les bouseux ! Pourquoi ne pas m´avoir réveillé avant !
Messerille___ Parce qu´on pensait que t´étais toujours en train de bûcher sur le cas des deux minettes là et que t´avais pas besoin d´être perturbé par ça !
Karzus__ Et Albatrusse, et Lili ?
Messerille__ Lili s´est pas réveillée depuis tout à l´heure, t´inquiètes pas pour elle. Par contre, Albatrusse, c´est un peu pour ça que là on a besoin de toi.
Karzus__ Quoi ? Qu´est-ce qu´il y a ?
Messerille__ Il a pris en otage toutes les nonnes de l´hospice qui l´ont guéri. Il crie qu´il veut voir son bateau, son équipage, et ses filles sinon il va toutes les tuer. Il a complètement pété les plombs. On a entendu des cris vachement suspects y a quelques heures et ça ressemblait fortement à de la nonne violée distraitement, et c´est ça qui l´a remis d´aplomb. Mais de là à dire que ça lui rendu sa mémoire ! Il se souvient pas de l´accident ! Et à la fenêtre il gueule à tout le monde qu´on est des menteurs, des laiderons, des brebis, bref il craque ! Et bordel de bordel, on s´en sort pas, alors bouge-toi Karzus !
Karzus__ (soupir)... Bon, j´arrive.
à vous la suite!
Apothéose
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Un_poil_sur_leQ
- Posté le
23 octobre 2007 à 16:02:38

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°° Au Cirque du Valadross °°
Saïan et Nortellon, pendant ce temps de leur côté, avaient couru le plus vite possible jusqu´au grand chapiteau du Cirque du Valadross, installé à quelques kilomètres du village de Pok. C´est parce qu´il était né dans la lointaine contrée du Valadross, où évoluait dit-on la légendaire Zalzadis - on vous en a déjà parlé -, Zalzadis, la cité ambulante posée sur roues, cité qu´on disait perdue du fait de son inconstante position géographique, que le Cirque était ainsi baptisé. Tout comme Zalzadis, le Cirque était posé sur de grandes roues de bois qui permettait de ne jamais démonter les dispostifs et pouvoir les réutiliser à loisir.
Lorsque le bourgeois borgne et la jeune aristocrate entrèrent sous la grande tente de coton jauni - le cuir de nos chapiteaux modernes n´existait pas encore bien sûr - la représentation avait déjà commencé et une foule massive, pas seulement composée d´enfants, se réjouissait de ce qu´on offrandait à leurs yeux. Des moustachus aux poils graisseux accompagnaient des fillettes vêtues de haillons misérables et décolorés mais qui riaient d´un franc rire édenté, tout joyeux d´oublier pour un instant la dureté de la vie. Des femmes au teint rougeaud mais aux visages pleins de lumière et d´enthousiasme, grosses mais robustes, se tapaient sur le ventre en avalant par les yeux et ce à pleines gorgées les pitres qui sévissaient comme de sautillantes puces au milieu de la piste.
Les montreurs d´ours cédaient le pas aux jongleurs et aux acrobates, auxquels succédaient les avaleurs de sabre et les mimes distraits. Les troubadours et les ménestrels accompagnaient la folle exhibition des travestis masqués, des femmes grimées en hommes agissaient comme des pies, des hommes grimés en femmes courtisaient des bourgeois qui restaient confondus par l´étrange ressemblance, et qu´un regard sévère jeté par leurs épouses venait tout aussitôt remettre en bonne place, les mains derrière le dos.
Saïan et Nortellon, qui n´étaient pas habitués à ce spectacle barbare, décidèrent de s´asseoir parmi la populace. Tous les numéros défilèrent sans qu´ils purent voir Grisk. C´est au dernier moment que le Monsieur Loyal s´avança au milieu de la piste et d´une voix énorme annonça, tout jovial, le début imminent de la Parade des Monstres, le grand clou du spectacle !
Aussitôt, du rideau qui cachait les coulisses surgit un gros cheval, type percheron, qu´on avait peint en jaune, en vert, en rose et en violet, qui tirait une charrette remplie de divers monstres. Il y avait l´inévitable femme à barbe, l´homme le plus poilu du monde, qu´on soupçonnait en fait de n´être qu´un babouin, le nain cornu, l´enfant ridé, la femme à fesses en guise de face, l´homme à la trompe, l´obèse bossu, l´homme manchot et cul-de-jatte récemment sourd bientôt muet, le vieux satyre à triple verge, les soeurs siamoises liées par crâne et par genoux, le géant noir et ses pustules, la vieille dame à tentacules, l´homme sans peau, l´enfant chien, le gros nez bleu coulant de morve hors du manteau d´un homme jamais visible, et enfin l´épouvantail vivant, aux yeux reliés par un blanc au milieu du nez, à l´anus décentré vers le milieu du ventre, la bouche fendue en deux, la langue dans les oreilles, des oreilles aux formes pentagonales, hérissées de clous, bossu du ventre aussi, les bras tout fins, les jambes énormes et lourdes comme des blocs de granit, les pieds en palmes, couverts de taches noires,le Subsaldrante moyen, en somme.
La créature provoqua un véritable remous de frayeur, les mères cachaient les yeux de leurs enfants, et certaines même de leurs maris, certains riaient, d´autres huaient, stimulés par la peur et par la répulsion, d´autres enfin, dans leurs sièges, et ils étaient bien peu, étaient tristes et furieux. Parmi eux, Saïan et Nortellon. Grisk était enchaîné les bras et les jambes écartés par des menottes de fer rouillé, exhibé au regard tout glouton du public en délire. Les autres monstres étaient presque soulagés de voir que le nouveau venu concentrait davantage l´attention des traditionnels lanceurs de tomates, de viande déliquescente, et autres oeufs pourris, dont ils étaient d´habitude les risibles victimes...
Saïan : C´est horrible ! On ne peut pas laisser faire ça !
Nortellon : Saïan, on ne peut rien faire pour le moment... Calmez-vous!
Saïan : Que je me calme ! Mais vous êtes un lâche ma parole ! Vous allez voir ce que vous allez voir ! Je vais les massacrer !
Nortellon : Saïan ! Attendez ! Qu´est-ce que vous faites !
Devant les yeux écarquillés de Nortellon, Saïan Hapic´n se leva de son siège, et fit trois saltos jusqu´à la piste en prenant appui sur le crâne de ceux qui riaient le plus. Elle fit trois roues vertigineuses et se posta devant la charrette où l´on avait surélevé son hideux ami. Sans prévenir, elle déchira un pan de sa robe et sans se prendre ne serait-ce qu´un seul projectile, elle les arrêta tous dans le creux du tissu. Une tomate venait par la droite ? Comme une joueuse de ce qu´on appellera plus tard le base-ball elle est infatigable, et croyez-moi mes gaillards, avec Saïan Hapic´n, quand il y a de l´indignation et de la furie, il y a aussi une maîtrise à faire pâlir tous les bouseux ! Les oeufs moisis, les viandes pourries, les bouts de bois, les cailloux, les coupes en fer servant à boire, elle les chope tous, et hop, hop, tout, chers lecteurs, tout dans la besace de Saïan qui recueille, et qui jubile, car elle attend avec fermeté que tous les spectateurs se retrouvent à court de munitions. Et Grisk, derrière elle, le corps recouvert de détritus, reconnaît sa copine, et en lui, en lui, c´est tout l´univers, tout l´espoir qui renaît, la haine de ceux qui lui ont fait ça soudain, le rejet de cette tragédie, oh non, plus jamais ça, plus cette honte, et Dieu soit loué, Saïan va se charger de punir les coupables.
Les projectiles et les cris cessent, le pan de robe de Saïan est devenu un sac énorme rempli de toutes les cochonneries possibles et imaginable. Fort bien. Le directeur du cirque en colère vient la voir sur la piste pour la virer avec ses hommes de main, mais BAM ! dans sa gueule ! elle lui fout un coup de poing qui le cloue sur le sable. Les deux bourrus qui l´accompagnent grognent encore, dans la salle on s´excite, enfin voilà du combat ! Nortellon ne sait pas quoi faire, il hésite encore, il faut bien aider sa jeune amie, mais la foule l´en empêche, ils se sont tous levés comme une masse compacte, excité par le spectacle improvisé qu´on leur offrande encore, comme une jouissance sans fin.
Saïan se fait bientôt entourer par trois autres bourrus, ils sont cinq autour d´elles, ils ricanent, voilà une minette dont ils ne vont faire qu´une bouchée... Eh bien qu´à cela ne tienne, ils vont se prendre une saisissante raclée ! Saïan bondit sur l´un deux, prend appui sur sa face, fait un salto arrière et projette un énorme coup de pied sur celui qui voulait la choper par derrière, elle retombe sur ses pieds pendant que les deux touchés tombent par terre et se relèvent en grognant encore plus, elle attend que deux autres foncent sur elle comme des taureaux, elle s´élève prend leurs crânes et les fracassent l´un contre l´autre en criant Youpi bande de bouffons, et hop elle redescend, tous les gars se relèvent, et y en a un qu´elle a toujours pas sonné, pas grave, maintenant faut passer au concret, on est pas là pour renifler le pet des mouches, de l´action, et vlan ! elle fauche deux de ses adversaires d´un coup de pied au revers, une main se lève pour la cogner, elle pare le coup, et répond par le contrepoint, elle prend un nez le tord en deux, passe sous les jambes de celui qui veut l´attraper, glisse entre ses bras, prend ses lacets au passage et les noue entre eux rapidement, il tombe à la renverse, maintenant, elle a son sac toujours sur l´épaule, elle s´en sert comme d´une masse, et alors qu´elle n´est plus entourée que par les quatre lascars sérieusement amochés, elle tourbillonne comme une athlète de haut niveau et un à un leur fracasse la bedaine, leur coup-de-piette les genoux, les fait plier en deux, leur redresse la figure en la frappant direct, les oblige une dernière fois à se relever, leurs nez vomissent du sang à gorgées incroyables et pourtant on peut pas dire que c´est pas des costauds les méga malabars, ils ont juste oublié d´être souples, au taquet, réactifs et rapides comme l´est notre Saïan aux réflexes d´exception ! Elle voulait de l´aventure ? En veux-tu, en voilà ! Et hop, elle les relèvent, car elle a pas fini, elle a son mot à dire, on les sent plus faiblards les gros hommes à gonflette tout musclés mais pas fins ! Alors ils se concentrent, rassemblent un peu leur forces, Saïan leur fait un sourire vraiment bien amusé et avec sa main les convoque à sa botte. Exaspérés par cette insolence ultime, ils braillent un grand cri de colère et se jettent tous les cinq en même temps sur elle. Et sans qu´ils soient capables de faire un geste de plus, elle les bloque avec les mains en maintenant leurs épaules à distance, leur montre son genou à la peau délicate, le temps rien qu´un moment de les hypnotiser, et BAM ! l´immortel coup de joie en plein milieu des jambes, dans la salle on fait ouch ! et ouais ça c´est douleur! Un à un, elle leur brise l´ultime preuve de leur genre, masculin ? féminin ? Mais mâle ou bien femelle, stérile ou bien castrat ? Qui peut donc décider ce que sont à présent les sbires du sieur Loyal ? Ouvrez donc les paris, moi je me risque pas ! En tout cas, j´en connais qui n´auront pas d´enfant.
Le public applaudit, quelle classe, quelle élégance, cette noble au teint clair et aux joues pleines de rose, aux boucles très charmantes et au sourire d´angelot a de quoi séduire l´oeil. Mais pauvre tas de bétail, ils croient être à l´abri de la colère réelle de la belle damoiselle. Nortellon est coincé et cherche à se démêler de la masse gluante mais ses bras ne sont pas assez puissants, ma foi, pour se sortir de là. Laissons le dans la crasse et voyons à présent de quelle manière Saïan Hapic´n répare les injustices.
Elle sourit à la foule avec un air vengeur, elle a son sac en main, elle court jusqu´aux entrées du chapiteau, tandis qu´on l´applaudit grandiosement, pour les fermer. Personne ne sortira d´ici tant qu´elle l´aura décider, comment pourraient-ils se rendre compte qu´ils sont piégés, tous ces bovins, ces gamins pleins de cruauté, ces parents tout consensuels, qui continuent d´acclamer leur futur bourreau ? On s´en fout, maintenant, on veut voir comment ça va saigner, et ça va saigner fort !
Saïan leur montre le sac tout rempli de leurs ignobles projectiles, et ils jugent que ce bras tendu n´est qu´une façon de les remercier eux, et ils redoublent leurs applaudissement, mon dieu, mon dieu, qu´ils sont bêtas. Alors elle commence à prendre de l´élan avec sa besace remplie de choses immondes, prend soudain appui derrière elle, et court sur le public qui ne s´y attend pas. Elle s´élève au-dessus d´eux, s´accroche aux cordes tendues pour les équilibristes et de là leur relance tout ce qu´ils ont envoyé ! Elle saute dans le public et sans différencier les femmes des enfants et les enfants des hommes, elle les mord, leur fracassent les visages, fait avaler aux gosses les tomates pourries, barbouillent les faces des femmes avec leurs oeufs moisis, assomment tous les badauds avec les viandes séchées, elle court en sautillant sur leurs crânes, les décalque sur leur fauteuil, leur tire les cheveux et les coupe avec les morceaux métalliques des coupes qu´elle extermine sur les dos des fuyards, tout le public s´effraie, et cherche à fuir le monstre, le véritable, qui peuplera leurs nuits, d´immondes cauchemars mérités comme jamais ! Dans la charrette, les créatures qui paradaient se réjouissent et pour la première fois admirent leurs spectacles, c´est la femme à barbe qui libère Grisk de ses chaînes, et Nortellon qui arrive un peu tard, profitant de la débandade pour le prendre en charge, le consoler et lui donner des habits décents.
De son côté, Saïan ne diminue pas d´ardeur dans la répartition des justes châtiments. Ils ont tous beau courir, ils n´ont nulle part où aller, les issues sont bloquées, bientôt, tout le public court en rond dans la piste, ils se précipitent ici ou là pour échapper à des cailloux, sautent, se cachent, et tout le chapiteau devient un véritable champ de bataille, le plus grand numéro sans doute jamais vu dans l´Histoire. Et Saïan, elle sautille, elle fait des pieds-de-nez, des bonds vertigineux, juste histoire de faire mal, pas vraiment les tuer, mais juste leur faire bien mal comme ils lui ont fait mal en jetant leurs déchets sur un ami à elle.
Quand ils sont tous par terre, épuisés, recouverts des douceurs qu´ils avaient apporté pour la Parade des Monstres, Saïan se frotte les mains, sourit allègrement à Grisk qui la regarde comme si elle était le messie de Saldra, et le serre dans ses bras comme si c´était un frère.
Saïan : T´as beau être un type moche, je t´aime quand même beaucoup !
Et Grisk de lui répondre par un sourire brisé, plein d´une reconnaissance qu´il ne peut pas nommer, car les mots, dans ce genre de situation, n´ont plus d´utilité.
Nortellon, étonné par ce qu´il vient de voir, tape Saïan sur l´épaule qui lui jette un instant un regard méprisant pour son manque d´initiative mais qui aussitôt lui sourit parce que c´est quand même un homme qui a de la classe, et que c´est parce qu´il sait être sage qu´il a de la valeur.
Ainsi se déroula le premier acte, héroïque et grandiose, de Saïan Hapic´n.
à vous !
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Carnavale
- Posté le
23 octobre 2007 à 17:22:08

-
== Pok ==
Sur la place, Albatrusse, du haut de sa fenêtre, une dague sous le cou d´une nuque effrayée, continuait à faire peur et la nuit n´allait pas tomber pour rendre les choses plus rassurantes.
Karzus s´était avancé jusque sous les fenêtres du bâtiment et avait tenté de réussir là où tout le monde avait échoué : la communication.
Karzus : Capitaine Albatrusse, s´il vous plaît, écoutez-moi.
Albatrusse : Ah ! Je te reconnais, toi ! Tu accompagnais mes filles avec le gros lourdaud ! Dis-moi donc où elles sont !
Karzus : Capitaine, avant toute chose, je veux que vous vous rappeliez que c´est grâce à nous si vous êtes vivant.
Albatrusse : Bien sûr que je suis vivant ! Je ne sais pas ce qui m´est arrivé, tout ce que je veux, c´est revoir mes filles et mon bateau !
Karzus : Albatrusse... Votre bateau n´existe plus. Les canons de Gerabrossa l´ont pulvérisé il y a déjà quelques jours de cela.
Albatrusse : Aaah qu´on arrête donc de me ressasser cette histoire absurde et débile ! Je n´aurais pas laissé mon bateau couler !
Karzus : Ce n´est pas que votre bateau ! Ce sont aussi vos filles qui ont pâti du drame ! Reprenez-vous !
Messerille s´avança près de Karzus, un rien perplexe.
Messerille : Euh jusque là t´apportes pas grand chose, mon chauchauve. Ca fait perpète qu´on lui répète ça.
Karzus : Chut. Laisse faire le diplomate et son art délicat.
Messerille : Tu parles...!
Albatrusse, au bord de la crise de nerfs, égorgea la nonne qu´il avait sous la main, la laissa retomber sur la place devant la foule des badauds paniqués, et en prit une autre. Karzus fut soudain pris d´affolement.
Karzus : Pourquoi avoir fait ça !
Albatrusse : Vous mentez, vieux shaman ! Et ma patience a des limites ! Tant que je ne verrai pas mes filles, je ne sortirai pas d´ici, et toutes les bonnes soeurs y passeront !
Karzus : Vous êtes fou !
Messerille : Bravo... T´as tout gagné.
Karzus : (à Messerille) Tais-toi, je me concentre.
Albatrusse : Non, pas fou ! Sain de chez sain, le shaman ! Je ne le répèterai plus : dis-moi où sont mes filles !
Karzus : Je...
?? : On est là, Papa...
La stupeur fut générale. Tous les regards se retournèrent et virent une jeune adolescente à la peau noircie, le crâne dénudé, borgne, le corps atrocement défiguré par une assymétrie flagrante, et traversé par une ligne de métal en fusion, vestiges de la soudure que le forgeron Giorjak avait appliqué sur la jambe de Londe.
Albatrusse regarda l´être qui lui avait adressé la parole, sa voix, son aspect, son allure... C´était si étrange... Comme si ses deux écrevisses avaient vraiment été mélangées pour ne faire qu´une, leurs deux voix confondues devenaient un chant triste dans une bouche anormale, tragique anomalie.
Albatrusse (la voix pleine d´une émotion sèche) : Londe...? Rune...? Vous... qui... ? Mes... chéries...?
?? : Oui, Papa. Oui...
Karzus n´en revenait pas, c´était bien le corps mélangé de Londe et Rune qui faisait face à la foule, un peu effrayée par l´être qui se tenait debout devant eux, presque nu.
Albatrusse laissa la nonne repartir avec ses amis et sauta immédiatement sur la place du haut de sa fenêtre. Il courut vers le corps étrange de ses deux filles mélangées.
Albatrusse : Londe ! Rune ! Comment est-ce possible ! Qu´est-il donc... Qu´est-il donc arrivé... !
Karzus et Messerilles restaient muets. Comment avaient-elles pu se réveiller ? Le shaman n´avait pas avancé d´un pouce !
Albatrusse : Mais parle donc ! (il la tenait par les épaules) Que s´est-il passé ? Rune, réponds-moi !
?? : On s´appelle... Blune... maintenant... si j´ai bien cru comprendre...
Karzus comprit aussitôt que pendant tout ce temps, même dans leur coma, les deux adolescentes étaient restées conscientes et avaient entendu Grisk proposer leur nouveau prénom.
Albatrusse : Blune...? Non, non, on va vous guérir, on va vous redonner deux formes différenciées, ne vous inquiétez pas, mes chéries !
C´est alors qu´une étrange femme apparut dans l´encadrure de la porte de l´auberge d´où Karzus, puis Blune, étaient venus. Cette femme avait de belles boucles noires, et de beaux yeux profonds d´un vert exceptionnel, la bouche dissimulée par un voile de satin bleu de nuit et discret, et était vêtue d´une longue robe, faite d´étoffes différentes, aux multiples couleurs, aussi froides que chaleureuses.
Karzus ne se rappelait pas l´avoir vue. Quoiqu´il en soit, elle s´avança vers Albatrusse et vers Blune qui se retournèrent vers elle. En fait, tout le monde se retourna vers elle. Aussitôt les badauds, toujours paniqués par la présence de la nonne égorgée sur le pavé sanglant, s´exclamèrent tous ensemble.
Les badauds : Ulice Zunee !! Ulice Zunee !! Ulice Zunee !!
Ils accoururent au devant d´elle mais elle les arrêta de la main. Karzus ignorait totalement qui pouvait être cette femme que la populace semblait sacraliser.
Ulice Zunee s´adressa directement à Albatrusse.
Ulice Zunee : Il n´y a pas de dissolution possible pour vos filles, Capitaine Albatrusse. Elles sont liées jusqu´à la mort en un seul corps.
Albatrusse : Qui êtes-vous donc pour être si sûre de vous, femme !
Ulice Zunee : Je suis Ulice Zunee, éminente apothicaire du village de Pok, dont je m´absente parfois pour faire profiter de ma science aux villages voisins.
Un badaud : Ulice, enfin vous êtes revenue ! Il faut que vous voyiez mon fils !
Un autre badaud : Ulice, moi aussi, il faut que vous me voyiez ! J´ai mal dans le dos, je tousse, j´ai de la fièvre, des picotements dans l´oeil !
Un autre badaud : Et moi j´ai des coliques ! Je me sens tout à plat ! Ulice, Ulice, j´ai besoin de votre aide !
Et tous les autres badauds surenchérissaient en criant des Ulice, des Ulice, à perte de raison, que la Dame Apothicaire n´écoutait pas. Elle fit cesser les clameurs d´un geste de la main.
Ulice Zunee : Je m´occuperai de tout le monde, mais pour l´instant, rentrez chez vous, ces jeunes filles ont plus besoin de moi que vous.
On marmonna, on se renfrogna, on fit les grincheux, puis on se dispersa plus ou moins prestement, après avoir amené la nonne chez le fossoyeur, tout heureux d´avoir enfin de la clientèle.
La nuit était complètement tombée, les allumeurs de réverbères s´étaient empressés pour apporter leur flamme aux divers luminaires qui entouraient la place.
Karzus, Messerille, Albatrusse, et Blune étaient rentrés dans l´auberge et s´étaient isolés dans la chambre des filles en commandant au patron de quoi dîner. Karzus n´en revenait pas et se trouvait mortellement vexé. Qui était donc cette femme au toupet incroyable qui se permettait de réussir là où elle avait échoué, quel était son secret, quelle était sa potion, si c´était vraiment elle, comme il le devinait, qui avait redonné vie à ses si chères amies, comment avait-elle fait ? Pourquoi tant de respect collectif pour... pour... pour une femme ! Karzus ne pouvait pas s´empêcher de penser qu´il y avait là une anomalie de la nature, oubliant un instant que ça ne devait pas être la question pour le moment.
Dans la chambre, l´ambiance était de fait à la fois calme et tendue. Ulice Zunee avait laissé une besace remplie de mille potions et de mille autres ustensiles qui impressionnèrent immédiatement Messerille et Albatrusse, au grand dam du shaman.
Messerille, qui n´aimait pas trop les blancs, et voyant qu´il n´y avait que ça qui triomphait dans la salle, décida de partir pour les laisser bavarder tranquillement de tous leurs petits problèmes de merci et de comment et de pourquoi donc et d´aller rejoindre Lili pour qu´elle lui en dise plus sur Hellia. Karzus lui dit au revoir d´un rapide signe de la main, et puis se décida à regarder Blune dans les yeux ; elle restait muette.
Karzus : Puisqu´il faut que je parle en premier, madame Ulice Zunee...
Ulice Zunee : On dit mademoiselle, et mon prénom se prononce Youlaïce Ziounee, shaman Karzus.
Karzus : Ca alors, comment connaissez-vous mon nom ?
Ulice Zunee : J´ai voyagé... Je connais votre réputation... Vos... capacités... Je me suis installée dans l´auberge il y a deux jours et je vous ai observé, à endurer le sort de vos amies, je ne voulais pas vous déranger, mais voyant l´urgence de la situation créée par notre ami capitaine ici présent, je me suis... permise d´intervenir...
Karzus : C´est... c´est très aimable à vous...
Zunee : Oh, allons, je sais que vous devez être vexé, je le serais à votre place. Sachez juste que je n´ai fait que redonner à Blune une potion de Revitalizac.
Karzus fut aussitôt pris d´une rougeur au front. Pourquoi n´y avait-il pas pensé ! Il connaissait fort bien le Revitalizac ! Mais il était évidemment que s´il était spécialisé dans les potions aux vertus magiques et spirituelles, cette femme était une vraie experte en soins du corps. Le serait-elle également pour les soins l´âme ? Car le cas de Lili n´était pas réglé...
Karzus : J´aurais dû y penser...
Zunee : Ce n´est pas votre faute. Il me semble que lorsque le corps qu´on soigne est un corps si meurtri par une force si inhumaine, et qu´il s´agit de quelqu´un qui fait partie de vos proches... On n´a plus toute sa raison pour soi...
Karzus : Vous avez sans doute raison... (il trépignait de jalousie et de respect)
Albatrusse : Trève de bavardages, les scienteux ! Je veux que mes filles redeviennent comme elles étaient !
Zunee : Il faudrait peut-être avant ça qu´elles nous racontent ce qui leur est arrivé...
Karzus n´en pouvait plus, cette femme lui piquait vraiment toutes ses répliques!
Karzus : Oui, Rune, Londe, ou Blune, peu importe... Il faut que nous vous racontiez ce qui s´est passé...
Albatrusse prêta alors une oreille attentive. Mais Blune prit du temps pour répondre. Sa voix était faible.
Blune : Où est Padgram...?
Karzus ferma les yeux. C´en était trop, il ne pouvait pas lui infliger autant de peine.
Karzus : Il... Il va bien. Il est juste... euh... Il est juste absent quelques temps... Il... Il rencontre Gerabrossa... pour euh... pour négocier la libération d´Hellia...
Blune : Je veux voir... Padgram...
Albatrusse : Il n´est pas là ! Tu entends ! Il n´est pas là ! Raconte-nous ce qui s´est passé ma fille, oh non mes filles, je ne sais plus, je... je ne supporte PAS ! JE NE SUPPORTE PAS ! de vous voir dans cet état! Parle-moi, parle à ton vieux père !
Blune : Papa... Je suis... désolée... Pour le coup de poing...
Albatrusse : Ce n´est rien Londe, ce n´est rien ma chérie, je suis là, je t´écoute, tu peux tout me dire. Dis moi qui t´a fait une chose pareille...
C´est à ce moment là que Saïan, Grisk et Nortellon apparurent dans la chambre.
Saïan : Ah bah elles sont enfin réveillées !
Grisk : Londe, Rune !
Karzus : Vous êtes revenus ! Par Zakabrisse ! Grisk ! Tu vas bien ?!
Grisk : Oui, oui, ne te préoccupe pas de moi !
Et le hideux bonhomme se jeta sur la jeune fille pour la serrer dans ses bras, les larmes aux yeux, trop heureux de la retrouver.
Blune : Merci, Grisk...
Nortellon était étonné et aussi content, car c´était une bonne nouvelle que de voir les jumelles qu´il avait rapidement appréciées à bord du Grand Mistral.
Albatrusse : Bon, c´est pas bientôt fini tout ce foutoir ! Laissez parler ma fille !
Karzus : Attendez... Peut-être qu´elle n´a pas envie d´en parler...
Grisk : De quoi faut-elle qu´elle parle ?
Blune coupa la parole à Karzus qui allait répondre.
Blune : Je dois... je dois vous dire ce qui nous est arrivée, et pourquoi nous sommes comme ça... Parce que... parce que c´était aussi notre destin...
Saïan s´assit sur le plancher, les genoux entre les mains, attentive et emplie d´une vraie compassion pour celles qui avaient été un temps ses rivales vis-à-vis de la proximité permise par feu Padgram, Nortellon s´assit à côté de Ulice Zunee en la saluant courtoisement bien qu´ignorant la raison de sa présence ici, et Grisk se mit à côté de Blune sur le lit, en lui tenant la main qu´Albatrusse n´occupait pas.
Albatrusse : Allons, mes filles, parlez...
Grisk : On t´écoute...
Et ainsi commença le récit de Londe et de Rune, au soir si funeste de la dernière pleine lune...
à vous la suite!
-Chapterving-
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Apotheose
- Posté le
25 octobre 2007 à 11:25:08

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Blune__
Quatre temps et trois jours hélas réordonnés
Devaient en cette nuit par le feu se mêler…
Nous étions sur le pont à redouter le pire,
Quand la lune diaphane fit naître des canons
Sur ces noires falaises immenses comme des empires
Là... là où s´abattrait notre malédiction…
Ta folie téméraire a coulé ton bateau,
Albatrusse, mon père ! Te connaître vivant
Soulage la douleur qu’une fois dans les flots
J’éprouvai… Je voyais le navire et ses restes fumants
S’évader vers le ciel, rejoindre les étoiles…
Je me souviens encor de cet instant fatal !
Les boulets rougeoyants vinrent rogner la nuit
D’une lumière aveugle et d’un horrible cri
Que je ne pouvais plus cesser de faire entendre…
J’ai cru pour un instant que ma vie prenait fin,
Mon coeur tambourinait comme un affreux tocsin,
J’avais froid, j’avais peur, au milieu de ces cendres
Je sentais tout le poids de mon corps s’alourdir,
J’entendais contre moi, contre mon ventre, ourdir
Le chant de ces flots noirs où nous devions nous perdre…
Le chant de ces flots noirs… où nous devions nous perdre…
Nous étions toutes deux entourées de nos ondes
Quand un monstre marin remua le silence
Comme une masse immense assiégeant le monde !
Ma chair sale et meurtrie éprouva la violence
Dont cette Créature portait l’atroce gloire ;
Les falaises frissonnent et se fendent en deux,
L’océan tourbillonne en spirales de feux,
Les cieux s’ouvrent sur nous et fondent leurs mâchoires,
Les courants nous emportent et nous broient dans leurs mains
Nous voulons remonter mais le flot nous étreint
Haletant, suffoquant, je suis près d’étouffer,
Mais l’air est trop lointain et la Nature gronde,
Nous sommes sous l’emprise d’une infernale ronde
Et je bats de mes pieds pour au moins échapper
A la géante faille ouverte sous l’abysse…
Mais nos jambes se blessent, s’épuisent, s´affaiblissent
Et bientôt toutes deux, nous voilà engouffrées
Dans cette cicatrice où le feu va mêler
Nos deux âmes, et nos corps, atrocement brûlés,
La faille se referme, et nous voilà collées,
Je sens toute ma chair disparaître en lambeaux
Je hurle et me débats tandis que sous ma peau
Se répand le métal de ma jambe alourdie,
Liquéfié dans mon corps, il inonde mes yeux
Aveuglée, je ne sais où je vais, si je vis !
Et pourquoi ce supplice, en vertu de quel crime ?
Ai-je mené à mort des hommes sans défense ?
Et ai-je mérité une telle souffrance ?
Ma sœur, je l’ai sentie mourir tout près de moi
Et nos corps confondus glisser sur les parois
Dans le grondement sourd des ondes souterraines…
La Terre toute ébranlée n’était plus souveraine
Car l’Océan, je crois, maîtrisait sa puissance
Force au-dessus des hommes dont il nie l’importance !
Nous deux, nous étions là, cruelle anomalie,
A brûler, à hurler, à éprouver soudain
L’abominable poids vide de mon destin…
Le reste n’est qu’un noir, un souffle, et puis la vie
J’ai le cœur essoré et je ne sens plus rien…
De vos voix inquiétées, seules, je me souviens…
La nôtre n’est plus double, et je ne suis plus qu’une
Ma mémoire se brouille, Rune est Londe, Ronde Lune,
Je suis seule à parler, je ne suis plus que Blune…
Nos deux âmes mêlées sont comme une âme unique
Londe voit par mon oeil, sa force est désormais
Nôtre, mienne, et tous nos souvenirs, identiques,
Sont aussi la fusion de toutes nos pensées...
Quatre temps une ronde et trois jours ordonnés
Ont été par le feu sous vos pieds mélangés...
De cet aspect abject est coupable la Lune,
Mais je souffre à présent de plus grandes lacunes...
Je veux voir Helliarane et le glouton princier !
Dites-moi à présent où Padgram est caché…
Il y a dans vos yeux un inquiétant secret,
Dites-moi, dites-moi où Padgram est…
Albatrusse___ Assez ! On te l´a dit, il n´est pas parmi nous... Ton Padgram de malheur a quitté l´équipée !
Blune__ Karzus, dis moi la vérité !
Karzus__ Padgram est... Padgram est chez Gerabrossa, je te dis. Il finira bien par...
Grisk__ Revenir ? Allons, dis-lui donc Karzus, à quoi sert de lui cacher !
Karzus__ Comment pourrais-je lui dire ce que je ne crois même pas !
Blune__ Mais qu´il y a-t-il, bon sang ! Qu´est-ce que vous ne me dites pas !
La tension était montée d´un cran dans la chambre. Albatrusse ne comprenait pas pourquoi tout le monde abordait une mine contrainte et sombre. Il ignorait bien sûr que Padgram était pour tous les autres enterré six pieds sous les abysses.
Albatrusse__ Eh bien, pourquoi ça cause un tel problème, qu´est-ce qu´il fait votre prince ?
Karzus__ Est-ce qu´on peut s´en TENIR à ce que je ne cesse pas de vous répéter, bon sang de bonsoir !
Blune__ Bon, eh bien, allons le voir à la citadelle dans ce cas, puisqu´il est en train de négocier la libération d´Hellia !
Zunee__ Surtout pas ! Tu dois te reposer, jeune Blune.
Saïan__ C´est horrible ce qui t´est arrivé, petite pirate...
Blune__ Enlève donc cette condescendance de ton visage, nobliarde ! Et mademoiselle Zunee vous n´êtes pas là pour dire ce que je dois faire !
Albatrusse__ Je souscris à ta colère, ma fille, mais là, je crois que la femme apothicaire a raison. Il faut que tu te reposes.
Nortellon__ Pauvre fille...
Blune__ Mais arrêtez donc avec vos larmichettes ! Je vais guérir ! Je retrouverai un aspect normal !
Zunee__ Oui mais il n´y aura plus jamais de Londe et Rune, il faut bien que tu le comprennes, jeune fille.
Blune__ Au lieu de dire des choses méchantes, donnez-moi plutôt, vous autres là, les potionneux, de quoi faire rapidement pousser mes cheveux, retrouver une peau claire, que mon corps, pour difforme qu´il soit, ait au moins la beauté de la norme humaine !
Grisk__ Crois-moi, Blune, on finit par s´habituer à sa propre laideur...
Blune__ Tais-toi, Grisk ! Je ne suis pas comme toi ! Et il n´est pas question que je m´habitue à quoi que ce soit ! Alors ! Ulice ! Karzus ! J´attends !
Karzus__ Oui, oui, je... on va te trouver ça.
Et tandis que l´aubergiste arrivait dans la chambre pour servir les repas, Albatrusse serrant sa fille, des larmes sur les joues, et elle, presque insensible, le regard vide et noir, Karzus et Ulice se consultaient mutuellement, le shaman oubliant ses petites vexations, pour trouver les meilleures préparations. Grisk, de son côté, hésitait à dire à Blune la vérité sur Padgram, autant que Saïan et Nortellon. La nuit sans aucun doute allait porter conseil.
Le pirate, l´apothicaire et le shaman restèrent avec Blune pour s´occuper d´elle, même si celle-ci grognait. Nortellon alla se coucher en pensant à sa femme et à sa fille : le sort de la jeune adolescente lui faisait redouter le moment, peut-être inéluctable, où il serait certain qu´il ne les reverrait plus. La seule personne qui pouvait l´aider, c´était Lili. Mais comment faire confiance à une folle ?
L´ancienne fille de harem, elle, à quelques chambres de celle de Blune, avait parlé un peu avec Messerille, mais ne lui avait rien appris de très passionnant sur Hellia, ce qui déçut beaucoup la servante rebelle. Les images de ses amies tombant de la falaise hantaient l´imaginaire de celle qui ne jurait que par son propre nom, Inyashar Dallutino. Messerille l´avait laissée seule, murmurer dans son oreiller des paroles incompréhensibles. Cette fille avait besoin d´aide, et il n´était pas certain que les deux grands connaisseurs, affairés chez Blune, puissent vraiment soigner un trouble comme le sien.
Au terme d´une journée on ne peut plus mouvementée, Pok finit par s´endormir.
à vous la suite!
-Apothéose-
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Laikri_Venn
- Posté le
25 octobre 2007 à 13:13:40

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Un coeur parmi les souffles assoupis de l´auberge fut cependant le seul, avec les trois adultes de la chambre de Blune, à ne pas trouver le sommeil. C´était celui de Grisk, dans la poitrine duquel ne résonnait plus qu´un unique prénom : Saïan, Saïan, Saïan Hapic´n !
--- Barzabute - Les Mines de Falacrosse ---
En frottant ses liens contre la paroi de la mine, Bougrasse avait fini par se libérer et à aider ses compagnons à en faire autant. Leur colère était grande. Lysette envolée, ils pouvaient mettre une croix sur leur projet de chantage.
Comment faire plier Conspiru le Trublion ? Le tyran était en ce moment, occupé à se rendre dans toutes les cités conquises du continent pour asseoir son pouvoir, consolider ses troupes, recruter davantage, gouverner seul enfin, ce qui présupposait de détruire tous les nobles. Car une guerre se préparait, et les six autres continents, grâce aux efforts du Juge, ignoraient encore ce qui se tramait sur les terres de Barzabute. Officiellement, toutes les communications, les échanges, demeuraient les mêmes, Conspiru ayant donner la consigne expresse de ne rien laisser paraître dans le cadre de ces relations intercontinentales : quiconque entreprendrait de faire signal d´alerte se verrait aussitôt enfermé, jugé, et mis à mort.
Bougrasse ne savait pas tout cela bien sûr, occupé qu´il était à ne se concentrer que sur la seule cité de Barzabute, tapi dans ses mines, ruminant ses projets encore obscurs pour vous. Maintenant qu´il savait que Padgram était vivant, il fallait qu´il trouve un moyen de retarder Conspiru dans sa furie conquérante, le temps que le gros prince revienne, il l´espérait, avec une grande armée.
Puisque Lysette devait être activement recherchée et que ces voleurs infâmes leur avait dérobée, l´obèse eut alors une idée. Il allait dénoncer les coupables de façon anonyme, ce qui jetterait toutes les troupes à la poursuite de la bande des fats, qui finirait bien par se faire coincer. Bougrasse serait dans les rangs à ce moment là, déguisé en soldat aussi bien que possible, et serait assez subtil pour reprendre Lysette aux ravisseurs. C´était un plan génial.
Sauf que pendant ce temps, le destin de Lysette prenait déjà une orientation toute autre.
--- La Taverne du Carciphale ---
Casteldago et ses hommes, ayant pris l´apparence de moines en capuches, et ayant donné à Lysette le déguisement puant d´une sainte religieuse qui avait dû beaucoup suer lors de sa vie, étaien entrés dans la taverne du Carciphale, sombrement éclairée, peuplée de voyageurs, de mendiants et d´individus frustres en quête de chair fraîche. En effet, la Taverne du Carciphale avait la particularité d´avoir seulement pour servantes des fillettes, que des parents trop pauvres vendaient à peu de sous.
Heureusement, la patrone, Madame Bagoujoulie, veillait à ce que la clientèle ne se serve pas outre mesure. Quiconque osait porter la main sur ces enfants se voyait aussitôt frappé d´un coup de fouet énorme. L´aubergiste énergique, bien dodue et bien rouge, n´abandonnait jamais son arme dissuasive, afin de toujours défendre ses filles du mâle un peu trop ogre.
Les moines s´étaient assis autour d´une table ronde. Casteldago avait mis la religieuse près de lui. Ils buvaient en silence un bon vin zalzarien, impossible à trouver de nos jours. Mine de rien, cependant, ces moines ne passaient pas inaperçus - c´est un peu le problème quand on veut passer incognito, on cherche le meilleur costume pour n´être pas remarqué et tout foire, c´est tragique - et surtout, une religieuse seule, ça faisait pas très propre au milieu de ces hommes. Les regards se biaisaient et Casteldago le sentait.
Casteldago (en chuchotant à ses hommes)-- Bon... Je me lève seul, vous restez là, je vais aller nous prendre nos chambres, et on y va tous ensemble...
Evidemment, ce n´était pas la meilleure chose à faire sur le plan moral, étant donné qu´une religieuse qui se joint à la couchée massive d´autant d´hommes en même temps, pour le coup, ça ne fait vraiment pas mais alors vraiment pas propre !
Au moment où Casteldago arriva au comptoir pour faire sa demande, un homme près de lui l´interpella.
?? -- Dites donc... Mon père... Ca n´est pas un endroit très myosotique pour des hommes du sacré, comme vous...
Casteldago-- Mon fils, veuillez laisser un humble moine commander sa chambrée.
?? -- Pour un moine, vous devez être un homme bien riche, mon père... Car autant de lits, cela doit coûter cher à l´Eglise Myosotorienne...
Casteldago-- Les fidèles ont été fort pieux, ces temps-ci, mon Fils. Aubergiste ! Vous donnerez-vous la peine de venir me voir !
Madame Bagajoulie-- Attendez donc, mon père!
Casteldago-- Grrr...
?? -- Et pour un moine, vous êtes très libre dans votre parole, mon père.
Casteldago-- Mon fils, veuillez, je vous en prie, me laisser en paix.
?? -- Pas avant que tu ne relâches cette femme, gredin de Casteldago !
Le brigand aussitôt releva la capuche et considéra profondément son interlocuteur. Il le connaissait bien pour l´avoir souvent rencontré au cours de brutales bagarres, c´était Toneo Bulzor, le chasseur de primes, encore appelé Toneo le Rouge.
Casteldago-- Bulzor! Quelle surprise! Tu fais dans le poil rouge maintenant ? Ca ne t´arrange pas la face, tu sais.
Toneo-- Tu n´as pas idée, forban, de la valeur de la femme que tu as dans les bras. Pas besoin d´être duc pour la reconnaître, c´est Dame Lysette, la lubie de notre conquérant bien-aimé, mon ancienne maîtresse !
Toneo avait parlé tout haut et ses dernières paroles provoquèrent un immense remous dans la salle. En effet, partout sur les murs étaient placardées des affichettes avec le portrait de Lysette, sa capture était grassement récompensée par Conspiru en personne. Bien sûr, Casteldago et ses hommes n´avaient pu s´en apercevoir puisqu´ils baissaient la tête, cachés sous leurs capuches.
Mais ce n´est pas tant par la foule de la taverne qui commençait à s´agiter que par ses propres hommes que le bandit au grand coeur allait être mis à mal.
Ils se levèrent tous d´un bond et saisirent Lysette par la taille en rigolant très fort.
Un brigand-- AHAHAHAHAHAHAHAH ! A nous la récompense, Chef !
Lysette-- Lâchez-moi ! Lâchez-moi !
Casteldago-- Bartel, tu as entendu la dame, tu la lâches !
Bartel-- Mais patron ! Tu as vu comment on pourra être payé ! On va pouvoir se débarrasser de cette mijaurée !
Casteldago-- Ce ne sont pas nos projets, Bartel !
Toneo s´interposa devant lui.
Toneo-- Ah oui ? Et peut-on savoir quels sont tes projets, rustaud ?
Casteldago-- Depuis quand te fais-tu le lécheur de bottines des tyrans de pacotille, piteux chasseur de primes ?
Toneo-- Depuis que l´Etat me paie mieux que les investisseurs particuliers, voilà tout !
Lysette-- Toneo ! Vous qui étiez à mon service !
Toneo-- Les choses changent, Madame !
Il se jeta sur Bartel qui ne s´y attendait pas, lui donna un coup de poing pour qu´il lâche le trophée féminin. C´était sans compter sur Casteldago qui se rua sur l´homme aux cheveux tout pourpres, le poussa dans le dos, et reprit Lysette dans ses bras, ce dont elle fut toute gênée. Hélas, pas un seul client de la taverne-auberge n´était resté assis, et chacun comptait bien récupérer la femme qui signifiait pour tous l´espoir d´un meilleur sort en ces temps tyranniques.
Ainsi, une bagarre d´une énorme violence éclata au milieu des tables. Les clients par dizaines se jetèrent sur Casteldago, appuyés par les brigands. Mais le brigand résistait, et tenant toujours Lysette dans les bras donnait des coups de pied à tout le monde, sautant de tables en tables, faisant sauter Lysette un moment hors de ses bras, le temps de sortir ses dagues et de les envoyer valser dans quelques gorges trop proches de lui, une fois retombée une dernière fois dans ses bras, il courut à nouveau en sautant sur chaque banc, en rebondissant sur chaque table, la balança vers le plafond pour qu´elle s´accroche au lustre de bois, et qu´elle y reste accrochée comme un charmant pompon, le temps qu´il règle leur compte à tous les gougnaffiers.
Madame Bagajoulie hurlait et même pleurait, protégeant ses fillettes derrière le comptoir. Puis, furieuse de voir son établissement tout détruit, elle sortit son fouet et commença à claquer dans le tas qui s´amassait au centre sur le pauvre Casteldago qui avait de plus en plus de mal à distribuer les coups de poings et les coups de tête. Le fouet fit fuir plusieurs gaillards un peu craintifs mais ne découragea pas l´essentiel de la masse, dans laquelle se distinguaient la sanglante chevelure de Toneo Bulzor. La bagarre était tout à fait générale, tout le monde se cognait maintenant pour avoir le trophée, les plus faibles valsaient à travers les fenêtres, et revenaient à la charge ! La patronne ne comprenait pas comment son arme, d´habitude si effiace, ne produisait pas l´effet voulu.
Elle finit par se dire que le mieux était encore de décrocher la donzelle du plafond qui semblait provoquer autant de bagarres pour rien. Elle élança son fouet afin d´enserrer violemment la jambe de Lysette, celle-ci cria, et en un instant fut détachée du lustre, et retomba par terre dans les bras de Toneo, qui avait vu le coup venir.
Aussitôt, l´attention se décentra de Casteldago éreinté et couvert de morsures diverses : tout le monde se rua sur le beau rouge mais lui avait encore la force d´un taureau et n´hésita pas à poser Lysette sur le comptoir, à sortir son arc puis à tirer dans le tas. Voir Toneo Bulzor user de son talent effraya toute la foule qui finit par partir en trombe de l´auberge du Cariphale où ne régnait plus qu´une pénombre violente. La dernière flèche du chasseur de primes devait être pour Casteldago, il n´y avait plus qu´eux, avec Bagajoulie, Lysette, et les fillettes, apeurées et tremblantes.
Toneo-- Ne m´oblige pas à le faire, bouffon.
Casteldago-- Tes menaces sont à fuir, mini coccinelle !
Toneo-- Tu l´auras voulu...
Et il laissa sa flèche filer vers son adversaire, au grand dam de Lysette qui hurla comme jamais.
Mais c´était sans compter sur la grande bravoure du brigand des chemins qui dans un réflexe d´une étonnante vigueur stoppa la flèche avec sa main : la pointe allait juste lui transpercer le front.
Toneo-- C´est... impossible, comment as-tu...
Cet inutile instant d´admiration mêlée de crainte permit à Casteldago de se jeter sur le fanfaron, de le faire tomber derrière le comptoir, assommé encore une bonne fois pour toutes par une casserole de Madame Bagajoulie. Il prit Lysette dans ses bras, remercia la patronne qui gromela je ne sais quoi, et s´en alla en claudiquant jusqu´à l´extérieur. Lysette était heureuse, et Casteldago, soulagé, bien que souffrant.
Hélas, à la sortie, les attendaient ses hommes, tous prêts à enlever à leur chef la belle fille. Bartel les menait.
Bartel-- Allez, Patron... On la connaît à peine, elle nous a à peine rejoints, elle ne te servira pas pour ce que tu veux faire...
Lysette-- Mais de quoi parle-t-il ?
Casteldago ne lui répondit pas, le regard plein de haine tourné vers l´autre brigand.
Casteldago-- Ta parole n´a pas de valeur, Bartel ! Tu ne peux remettre en question mon autorité !
Bartel-- Eh bien si, je le fais, regarde ! Donne-nous la fille, Casteldago, ou on te fait la peau.
Casteldago-- Je voudrais bien voir ça !
Bartel-- Très bien, comme tu voudras !
Et tous dans un seul cri se ruèrent sur lui, le plaquèrent à terre, et là, le tabassèrent jusqu´au sang, le laissant presque mort dans une auge à cochon, qui se trouvait derrière l´auberge.
Ils éclatèrent de rire, en tapotant la joue de leur ancien meneur, firent sonner les piécettes qui devaient lui revenir et qu´ils lui avaient dérober, et s´apprêtèrent à prendre Lysette avec eux.
Mais Lysette n´était plus là. Ils regardèrent partout. La lune était cachée par des nuages épais, un orage s´annonçait, et il n´y avait plus de lumière pour se repérer.
Bartel-- Où est-celle, cette garce !
?? -- Par ici, sale cornard !
Et sans même que Bartel ait eu le temps de comprendre, il se prenait en plein visage un violent coup de fourche.
Lysette se tenait devant ses ravisseurs, les yeux pleins de sauvagerie, l´arme paysanne fermement tenue, prête à attaquer comme une amazone.
Lysette-- Venez donc me chercher, si vous l´osez, bouseux !
Ils se regardèrent tous et sourirent entre eux. Si elle croyait vraiment qu´une fourche allait les arrêter... Enfin ! C´était encore à voir !
à vous la suite!
-Laikri_Venn-
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Laikri_Venn
- Posté le
25 octobre 2007 à 13:14:25

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(Avec de pareils alexandrins, messire Apothéose, je ne vois guère ce qui reste à nous dire ^^. Un grand bravo!)
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strike-return
- Posté le
25 octobre 2007 à 21:09:53

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la flemme de tout lire
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Un_poil_sur_leQ
- Posté le
26 octobre 2007 à 18:22:27

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Leur audace, en effet, leur coûta assez cher.
Ils se jetèrent sur elle pour la désenfourcher - en langage paysan, ça veut dire désarmer - mais Lysette, malgré tout, n´était pas une princesse du genre bien éduquée, elle était pas du genre à distinguer les coups qui sont permis des coups qui faut pas faire, vous savez, les coups un peu vicelards auxquels on songe même pas quand on a lu Bouddha, les coups bas pour elle c´était jamais que le contraire des coups hauts, eh oui, c´était une femme du peuple et ses adversaires l´ignoraient, tu peux en être sûr, lecteur avide d´éthique !
Aussi, dès qu´ils furent à sa portée, Lysette n´hésita pas et envoya fourcher sa fourche à tous les petits endroits un peu crados saillants chez les brigands, ces petits endroits qui veulent bien dire ouille, douleur, bobo et infirmière, infirmière, donnez-moi d´la morphine! Et même sans les voir, même sans les nommer, vous les connaissez bien, n´est-ce pas, ces petits endroits dodus, ces petits espaces d´intimité charnue que nous sommes chacun seuls à pouvoir bien décrire, les yeux fermés ou non, dans leurs aspérités, diverses, un peu tendues, leur rugosité mignonne, leur côté granulé un peu flasque, mais tendre et ferme aussi parfois, et vous savez que c´est pas joli joli, hein, quand on les asticote à coups de fourche rouillée ces petits endroits délicats et un peu mous, hein, que c´est du pas beau pas beau quand on vous les retourne à la manière d´un steak qu´on veut griller à point, vous le savez, hein, que ça fait flic et ça fait flac quand on les titille un peu trop, et quand on touille encore un peu, allez, ne boudez pas, vous savez bien que ça a son charme !
Enfin, bon, vous l´aurez compris, une femme pas éduquée mais qui peut vous réciter comme ça, d´un coup, son cours d´anatomie, avec une fourche dans les mains, ben forcément, ça fait pas des tableaux franchement très romantiques, ça fait pas des bergères franchement très pastorales. Et vas-y qu´ils se mettent à gueuler, à courir, à supplier Lysette d´arrêter ses coups de manche, mais elle est intraitable, notre belle dédaigneuse, et elle tape sans vergogne, là où elle sait d´avance qu´ils en ont pour trois ans avant de se remettre.
Ils partirent à douze, ils ne furent plus qu´un au terme du massacre. Et pour prouver sa soumission à la furie à la fourche, ce dernier des brigands courut jusqu´à l´auge à cochons, sortit son ancien chef de l´ignoble mixture, et s´y plaça tout seul comme un gentil garçon, non sans avoir rendu les pièces dérobées.
Lysette fut satisfaite de cette saine réaction et vint relever Casteldago qui semblait près de la mort, accablé de blessures et de divers gros bleus.
Mais alors qu´elle le prenait par le bras, et le poussait à se soutenir sur son épaule, pour reprendre la route vers le Carciphale, une trouple de soldats débarqua derrière eux, comme il le fallait bien sûr. Madame Bagajoulie les menait.
Madamge Bagajoulie : Les voilà ! Ce sont eux qui ont causé la ruine de ma taverne !
Le chef des soldats accourut jusque devant Lysette, en peu de temps, elle et Casteldago étaient cernés.
Le chef des soldats : Dame Lysette, je vous arrête. Votre époux notre Roi vous attend avec impatience.
Lysette : Attendez, qu´est-ce que vous allez faire de lui ?
Le chef des soldats : Le scélérat Casteldago sera jugé en temps et en heure. (à ses soldats) Vous autres! Ramassez ses complices, on les embarque tous !
Ainsi, Lysette, dépitée, vit une charrette pleine de foin arriver pour la transporter. On lui couvrit le visage avec un sac de pommes de terre, et dès lors, elle cessa de savoir ce qu´on était en train de faire de Casteldago, magnifique dérobeur de son coeur incertain.
Allait-elle donc revoir Conspiru aussi tôt ? Quelle fugue bien désastreuse...
°° Kuliz - les catacombes - au même moment °°
Hapic´n regardait avec circonspection les hommes au noir faciès qu´on avait engagé pour accomplir la tâche, répugnante pour tous les aristocrates. Il n´était pas question de se salir les mains directement, fût-ce dans un tyrannicide. Cela désolait le père de Saïan, mais lui-même ne pouvait s´empêcher de vouloir déléguer l´action à un autre que lui-même.
Ils étaient quatre...
à vous!
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Carnavale
- Posté le
27 octobre 2007 à 19:52:49

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Le premier s´appelait Grozbuz, c´était le cerveau de la bande, intelligent comme tout, brillant en attentat. Il avait le crâne glabre, un oeil un peu déviant et l´autre un peu en verre, et n´avait pour tout vêtement qu´une toge rougêatre volée à un comédien vieillissant qu´il avait égorgé un soir de grande ivresse.
Le deuxième portait le prénom de sa mère, Clakafoune, une courtisane déchue morte de syphillis. Sans être très robuste, il avait le torse nu et un pantalon trop large. Ses épaules sans être carrées avaient la noblesse des petits singes de cirque. Clakafoune était avant toute chose un très grand acrobate. Son père l´avait formé juste avant de mourir, s´étant une fois de trop uni à son épouse.
Le troisième était gros et costaud comme un ours. On l´appelait Labar, car mettre "ma" en préfixe le vexait très très fort. Il avait une moustache épaisse comme une limace, tombant très lourdement sur de grosses lèvres humides toujours un peu entrouvertes et jamais complètement séparées, un petit filet baveux assurant avec panache et fermeté leur affectueuse interdépendance.
Le quatrième enfin était un ancien mignon du sultan Gerabrossa le Jaune. Feu celui-ci en avait, en effet, fait cadeau à Hapic´n, croyant lui faire plaisir. Mais c´était oublier qu´il n´y avait pas plus religieux que le seigneur de Kuliz. La vue d´un mignon choquait sa vertu, et il est vrai qu´il était nettement plus tolérant à l´égard des mignonnes. Mais c´est un autre sujet. Cet ancien mignon restait quand même très beau même si aucune madame n´était présente dans ces obscures catacombes pour en témoigner. Il avait le teint pâle mais un regard sincère, plein de bleu et d´ivoire. Son cheveu était blond sans être trop touffu. Ses joues n´étaient pas roses mais allez, c´est tout comme. Il avait le nez droit bien que marqué d´une petite bosse qui lui donnait un charme d´éventreur en début de carrière. Vêtu d´une chemise de flanelles blanche virant au niveau du col un peu au jaune délavé, et de guenilles pour les jambes, il arborait aussi une sorte de petit sourire qui au début vous plaît et puis qui vous agace jusqu´à vous donner, à terme, une envie de raisins noirs. Cet éphèbe misérable répondait au doux nom de Marpolin, nom qu´il ne tenait de personne. Il s´était baptisé tout seul.
Une fois qu´Hapic´n les eût bien observés, sentis, reniflés, testés par la seule force de son regard d´aristocrate, et de père éploré par la perte d´une fille dont il ignorait toujours le caractère excessivement faux, il les briefa sur leur suprême mission.
Hapic´n : Messieurs, vous avez été choisis pour accomplir une tâche aussi dangereuse qu´héroïque. Un homme s´est hissé au sommet du pouvoir et a pris la liberté de détruire ceux à qui nous tenions, ceux à qui vous-mêmes pouvez tenir, s´il est encore possible que l´un de vous quatre ait encore autour de lui quelque famille. J´avoue qu´il est bien mieux que vous n´en ayez pas car, en cas d´échec, si l´on vous capturait et que l´on ne vous faisait pas la grâce barbare de vous exécuter sur-le-champ, l´on pourrait faire atrocement pression sur vos épaules robustes, et j´ai bien besoin d´elles pour que notre projet aboutisse, et pour que le continent barbazutien redevienne libre !
Grozbuz : C´est quoi le projet ?
Hapic´n : Euh, nous en parlerons plus avant une fois que la mission sera remplie.
Clakafoune : C´est quoi la mission ?
Hapic´n : Assassiner Conspiru le Trublion.
Labar : C´est qui Conspiru le Trublion ?
Hapic´n : C´est l´homme que vous devez tuer.
Marpolin : Qu´entendez-vous par tuer ?
Hapic´n : Assassiner, en quelques mots.
Grozbuz : Je ne vous suis pas, ça ne fait qu´un mot, assassiner.
Hapic´n : C´est bien là tout l´enjeu de la question, gentilhommes.
Clakafoune : Gentil... On ne m´avait plus appelé comme ça depuis la mort de ma mère.
Hapic´n : Précisément.
Clakafoune : Attendez, comment ça "précisément" ? ce serait donc vous, l´ignoble Cifyl Hisse que je recherche depuis tant et tant d´années et qu´on m´a tant de fois décrit comme le meurtrier de mes parents !
Hapic´n : J´en doute.
Clakafoune : Ne me tentez pas, Cyfil !
Hapic´n : Clakafoune, je vous demande de garder votre calme, ceci est une mission importante !
Marpolin : Dans quelle mesure ?
Hapic´n : Je n´ai pas le temps de dialectiser avec vous, nom d´un chien ! La vie de milliers d´innocents est en jeu !
Labar : Eh bien retirez la, ou trichez honnêtement !
Hapic´n : Je ne demande que ça, Grozbuz. Maintenant, écoutez-moi. Demain, Conspiru arrivera à Kuliz, avec toutes les armées des royaumes qu´il a déjà conquis. Moulbidonniens, Trudurites, et Coquelardiers, seront derrière lui. Kuliz attend son souverain les mains déjà jointes pour être liées. Les soldats qu´il a envoyés ont organisé une grande réception sur le port. Un grand banquet sera servi. Je veux que vous organisiez un plan pour le tuer à ce moment là !
Grozbuz : Mais pourquoi toujours vouloir faire ce genre de plan foireux en plein milieu de l´après-midi, et publiquement en plus !
Hapic´n : Mais... mais parce que c´est ainsi que les choses se font depuis toujours ! Vous ne pouvez pas, comme ça, remettre en cause des années et des années de tradition assassinatorielle, tout de même ! Il y a un protocole à respecter ! C´est comme ça !
Grozbuz : Pffrt ! entre aristocrates, peut-être bien que vous avez pour coutume de vous assassiner avec courtoisie et gentillesse mais, ici, à Kuliz, quand vous vous adressez à Grozbuz, vous n´êtes plus dans les mêmes règles !
Hapic´n : Sauf que c´est moi et mes amis et moi-même qui vous engageons, et qui vous payons.
Grozbuz : Oui bah l´argent ne fait pas les têtes bien faites, et ne rend pas plus intelligentes les têtes trop hautes ! Alors, maintenant qu´on a compris que vous vouliez qu´on vous assassine un petit tyran sanguinaire comme on en a jamais vu que plus de trois cent mille par le passé, vous allez nous laisser cogiter en paix, MES amis et moi-même, et on va vous traficoter un plan à notre sauce, professionnel et pas trop con.
Hapic´n : Oh ! votre langage, voyons !
Grozbuz : M´sieur Hapic´n, je vous demande de disposer !
Hapic´n : Soit ! Mais sachez que si vous mourez, il n´y aura personne pour défendre votre cause dans la nouvelle société qui euh... qui naîtra un jour quand Conspiru le Trublion sera tombé !
Grozbuz : Défendre notre cause ! C´est une idée qui permet d´être élu ça, hein !
Hapic´n : Ah taisez-vous donc ! Plût à Myosotis qu´on soit un jour élu pour accéder au pouvoir! Il ne manquerait plus que ça !
Grozbuz ne lui répondit que par un petit regard qui voulait bien dire ce qu´il voulait dire. Pralidor ne développa pas davantage, se recouvrit de sa cape noire dans un geste théâtral et magnifique, puis s´éloigna dans les couloirs, suivi de près par tous ses pairs, tremblants de peur et de froid.
Grozbuz, resté seul avec ses acolytes, les réunit autour de lui, les prit tous par les épaules, et les força à se baisser.
Grozbuz : Très bien, camarades ! Voilà comment nous allons procéder...
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Carnavale
- Posté le
27 octobre 2007 à 19:53:12

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== Continent Zalzarien - Pok, place du village ==
Le matin n´était pas l´un de ces jolis matins rosés et orangés qui donnent envie de vous lever. D´abord, le ciel était blanc et nuageux, donc un ciel sans saison, un ciel crachottant qui n´avait rien à d´autre à dire que ce qu´une page blanche peut vous dire lorsqu´il faut la noircir par des idées brillantes, originales, et jamais jamais exprimées par le passé.
Bref, le temps était bêtement neutre, et cela ne donnait pas envie aux Pokais de sortir de leurs douces et douillettes couvertures, de cesser de faire frétiller leurs orteils au bord du lit, et d´aller vaquer à leurs occupations quotidiennes.
Il n´y en avait que deux pour se lever franchement du bon pied. Et c´était Grisk et Saïan Hapic´n. Je devrais même dire Grisk parce que Saïan Hapic´n. Dès que la lumière du soleil, même voilé par ces nuages baveux, avait touché la tête de son lit à travers la fenêtre de sa chambre, elle avait envoyé tornader la couverture, filé jusqu´à la salle d´eau, pris un bon bain plein de bulles et de savon parfumé à la gramboise, totalement inconsciente du fait que c´est Nortellon qui allait devoir payer tout ça de sa poche, était revenue à sa chambre en quelques enjambées pleine de grâce, avait troqué sa robe complètement fichue par les événements contre celle qu´elle broda et tissa en une heure seulement avec les draps de son lit, puis était descendue dans la salle principale où le patron de l´auberge faisait déjà griller les saucisses du petit-déjeuner. A une table, seul et souriant, Grisk l´attendait patiemment.
Saïan : Eh bien alors ! Tu es tombé du lit, ou quoi ?
Et elle vint joyeusement s´asseoir en face de lui. Elle ne remarqua pas qu´il s´était lissé les cheveux.
Grisk : Oui je... je t´ai entendue te lever alors... Alors voilà, je, je suis descendu.
Saïan : Mais... t´es-tu lavé au moins ?
Grisk fut pris d´une peur panique ! Avait-il par hasard négligé de s´asperger assez de déodorisant ? Avait-il omis de se laver la bouche plus que de raison ? Lui fallait-il nettoyer quelque partie de sa personne qui était encore trop ou même vaguement sale ? L´angoisse lui tenaillait le ventre, et pourtant il avait de l´appétit.
Grisk : Je... oui bien sûr ! P... Pourquoi ?
Saïan : Tout simplement parce que je ne t´ai pas vu quand j´y étais, voilà tout.
Grisk : Je... j´ai vu que tu y étais alors je... je ne suis pas rentré parce que... parce qu´on ne peut pas... enfin, tu comprends... ça ne se fait pas de...
Saïan : Oh bien sûr. Tu as bien fait. C´est ainsi que se conduisent les hommes courtois.
L´aubergiste arriva et déposa sur leur table du pain frais, du beurre, des pots de confiture, et du lait chaud. Grisk regarda Saïan se jeter sur eux comme une belle gourmande qu´elle était et beurrer son pain avec l´élégance d´un ange.
Saïan : Eh bien tu ne prends rien ? (lui demanda-t-elle en avalant une gorgée de lait).
Grisk : Je, je n´ai pas si... Ca va...
Saïan : Bon, eh bien ce n´est pas grave, au contraire, j´en aurai plus pour moi !
Grisk : Oh oui ! Tu, tu peux prendre toute ma part !
Saïan : C´est très gentil !
Et elle continua son charmant petit manège, buvant quelques gorgées de lait, croquant dans une tartine, souriant à nouveau d´une bouche délicieuse, et puis plongeant encore le pain dans sa tasse blanche. Grisk restait les yeux grands ouverts, avec la chair de poule sur les bras, muet devant la jeune aristocrate. Elle sentait bon, et comme sa peau devait être douce...
Saïan : Tu n´es pas très causant, Grisk ! Je n´aime pas beaucoup qu´on me regarde manger sans même m´adresser un mot !
Grisk : C´est que je... Je...
Saïan : Oui ?
Grisk prit une petite inspiration, et cligna un peu des yeux.
Grisk : Saïan... est-ce que je peux te poser une question ?
Saïan : Mais bien sûr !
Grisk : Est-ce que... Est-ce que...
Il n´arrivait pas à le dire.
Saïan : Est-ce que quoi ?
Grisk : Est-ce que tu... tu me trouves vraiment... est-ce que tu me trouves vraiment...
Saïan : Ouiii...?
Grisk : Est-ce que tu me trouves vraiment... mais vraiment... pas beau ?
Saïan interrompit son manège et laissa tomber le reste de sa tartine dans le bol pour relever franchement la tête vers son ami. Elle avait l´air un peu interloquée.
Saïan : Eh bien... Pourquoi me poses-tu cette question ?
Grisk : Je... Je sais pas, c´est... C´est juste que... Avec ce qui s´est passé hier, je...
Saïan : Oh... oh je vois. J´imagine à quel point ça a dû te faire souffrir, voir tous ces gens te regarder comme si tu étais...
Grisk : Un monstre ? Mais enfin, c´est ce que je suis, non ? Ou est-ce que je me trompe ? Est-ce que... est-ce que je peux aussi avoir raison en me disant que... en me disant que tout ce qu´on dit dans les romans, et les poèmes, et les chansons des troubadours, tout ça, j´en ai un peu entendu parler dans ma cité souterraine... tout ce qu´on dit sur... tu sais... la beauté intérieure, le regard des autres, leur jugement qui ne doit pas compter, sur le fait qu´il faut voir au-delà des apparences, tout ça... Est-ce que j´ai tort de croire que ça n´est pas que de la littérature ? que ça peut être vrai ? que... qu´on peut aimer quelqu´un de très laid sans détourner jamais furtivement son regard à chaque fois qu´on le voit... fût-ce t´il... ton ami ?
Saïan eut aussitôt un suorire très doux, très tendre, et regarda Grisk dans les yeux.
Saïan : Tu veux savoir la vérité ? Je n´ai jamais rencontré quelqu´un d´aussi hideux que toi.
Grisk sentit aussitôt son coeur se resserrer et son ventre devenir aussi froid que la banquise.
Saïan : Mais... Mais ce n´est pas pour autant que je détourne mon regard quand je te vois. Sais-tu que la première fois que je t´ai rencontré, tu m´as fait rireL ? est-ce que tu le savais ?
Grisk éprouva alors comme un grand coup de soleil.
Grisk : C´est vrai ? Comment ça ?
Saïan : Eh bien... Sur le port, j´étais prise en otage par le prince Padgram et l´homme aux cheveux rouges et à l´arc tendu le menaçait, lui et tous les autres. Et toi, pour détourner l´attention de cet archer, tu es soudain arrivé dans ton déguisement de soldat, et...
Elle éclata soudain d´un rire frais et éclatant.
Saïan : Et... (poursuivit-elle les larmes aux yeux) et... tu as couru vers lui en ôtant toutes les parties de ton armure si bien que ! si bien que tu as découvert ton visage et que l´archer a pris peur, au point de laisser partir ses flèches n´importe où ! Tu te rappelles ?
Grisk était rayonnant de joie. Comme elle était belle !
Grisk : Oh oui, oui ! Je me rappelle !
Saïan : Et tu lui as crié : Youhouuuu le beau rouuuge ! Ca m´a vraiment vraiment fait rire !
Grisk : Oh je... Je ne faisais qu´improviser !
Saïan : Eh bien, c´était réussi ! Du coup, moi personnellement, je ne t´ai jamais regardé avec dégoût, je crois. Je crois qu´en fait ton visage me fait rire plus que je ne le trouve laid.
Entendre cela, pour Grisk, c´était assez pour commencer la journée de façon heureuse et détendue. Cette fois, il en était convaincu, il aimait cette fille plus que tout. Celle-ci, bien sûr, ne se doutait pas de la nature réelle des sentiments de son ami, mais peu importait à celui-ci; elle se montra juste très contente d´avoir pu le rassurer.
Ils furent bientôt rejoints à leur table par Messerille, Lili, et Nortellon. Le bourgeois gueula.
Nortellon : MADEMOISELLE SAIAN ! Est-ce que vous avez seulement vu le prix du bain à bulles et au savon parfumé !
Saïan : Oh détendez vous, Nortellon ! J´en avais bien besoin !
Nortellon : Oui mais du coup, nous, on ne peut plus se laver !
Grisk : Attendez, moi aussi, j´ai utilisé les bains.
Nortellon : Ah oui ! Et vous croyez que moi je suis quoi ? La poule aux oeufs d´or ?
Grisk : Ben vous êtes riche et...
Nortellon : Mademoiselle Hapic´n est bien plus riche que moi !
Saïan : Oui, mais sans mon père, je n´ai pas un sou, vous le savez bien !
Messerille : Roh mais fermez-la un peu ! C´est le matin, bordel ! Aubergiste ! Un tonneau de gnôle au lait pour moi !
Saïan : De la gnôle au lait ? Tu bois de l´alcool le matin, Messerille ?
Messerille : Et alors ? Y en a bien qui boivent de l´eau !
Saïan : Oui, mais, en général, je dis juste que...
Lili, qui ne parlait pas beaucoup, l´interrompit.
Lili : Où sont Karzus, l´autre femme et le pirate ?
Une voix répondit derrière eux.
Blune : J´allais vous le demander !
Tous se retournèrent. Ils constatèrent que Ulice Zunee et Karzus avaient fait un remarquable travail de potion esthétique. Blune, descendant des escaliers, avait désormais la peau toute claire; les brûlures n´étaient plus présentes que sous formes de légères cicatrices ici et là. On lui avait donné un bandeau pour son oeil crevé, Nortellon eut l´impression d´ailleurs qu´on avait dû lui en voler un dans son manteau mais il ne fit aucune remarque. Surtout, les cheveux de Blune avaient repoussé, ils lui arrivaientt jusqu´à la taille, mais leur couleur ne correspondait pas à un mélange de brun et de blond comme on aurait pu s´y attendre si on était un brin logique et aussi complètement imperméable aux notions d´esthétique. Sa chevelure avait désormais l´argenté lumineux de la lune. Saïan, Lili, et Messerille remarquèrent même que la jeune pirate s´était maquillée et avait essayé le mieux possible de dissimuler les traces de la soudure de fer. Saïan en particulier était éberluée. Un tel pouvoir dans de simples potions... Voilà qui suscitait en elle, sans qu´elle le sache, un immense intérêt...
Blune : Alors ? Vous ne les avez pas vus ?
?? : Karzus, Zunee, et ton père, sont épuisés, Blune, il est normal qu´ils se reposent. Il n´y avait plus de chambres pour eux, alors ils sont allés dormir dans une ferme aux alentours.
Blune se retourna avec une joie incroyable pour faire face à la personne qui avait parlé. Pour tous les autres, qui étaient déjà attablés, ce fut un choc sans précédent.
Blune : PADGRAM !! ENFIN !!
Le gros prince descendait des escaliers en souriant d´un air radieux, et le rose aux joues, ouvrant ses bras comme jamais.
Nortellon : C´est... impossible !
Blune accourut jusqu´au fier glouton et le prit dans ses bras en blotissant sa tête contre son ventre moelleux, jamais elle ne s´était sentie aussi bien.
Les autres, éberlués, s´apprêtaient à se lever, quand Grisk fit soudain un geste triste de retenue à ses amis. Un coup d´oeil de Padgram avait fait comprendre au Subsaldrante qu´il ne s´agissait que de Karzus qui avait pris le parti de se métamorphoser ainsi pour... pour quoi au juste, d´ailleurs ? Pour faire croire que Padgram était toujours vivant ? Nortellon, Saïan, Messerille, et Lili s´assirent, et se contentèrent de regarder, émus, Blune se réjouir de la présence du prince.
Mais c´est alors qu´une troupe de soldats défonça la porte de l´auberge et figea aussitôt l´atmosphère en balayant leurs regards sur tous ceux qui étaient présents. Le regard de leur meneur s´arrêta sur Saïan Hapic´n.
En quelques enjambées, il fut auprès d´elle, la prit par le bras férocement et sans explications, devant les protestations des autres, la traîna hors de l´endroit pour se retrouver sur la place. Là il se décida à parler et s´adressa à un homme qui avait le nez cassé et beaucoup de bleus sur le visage. Saïan reconnut aussitôt le directeur du cirque du Valadrosse.
Le Chef des Soldats : Alors ?
Le Directeur : Oui...! Oui c´est bien elle ! Sans aucun doute !
Le Chef des Soldats : Très bien ! On l´embarque !
Grisk courut hors de l´auberge et se jeta sur lui en hurlant.
Grisk : NON !
Tous ses amis, voyant bien que la situation tournait au vinaigre se précipitèrent pour essayer de séparer Grisk du meneur, de concer avec les soldats, mais tout cela n´eut pour aboutissement qu´une bagarre vite réglée car les soldats zalzariens étaient d´une puissance phénoménale. Ils furent tous immobilisés. Blune et Karzus sous les traits de Padgram étaient les seuls à être restés dans l´auberge.
Le Chef des Soldats : Allez ! On embarque tout le monde ! Vous apprendrez à vos dépens ce qu´il en coûte de détruire le cirque préféré du sultan d´Anthar Obn Suur !
A ce moment là, suivi de Blune, Karzus franchit le seuil et éleva la voix pour essayer d´arrêter l´engrenage.
Padgram/Karzus : Attendez ! N´y a-t-il pas un moyen de s´arranger pour...
En se retournant vers lui, tous les soldats furent alors aussitôt comme pris d´une terreur panique, lâchèrent les prisonniers et se mirent à genoux, la tête baissée, dans un geste d´une rapidité fulgurante.
Le Chef des Soldats : Votre Majesté ! Vous Ici ! J´ignorais votre présence à Pok !
Karzus n´en revenait pas. Car c´était bien à Padgram que s´adressait le militaire, et pas à un shaman !
à vous la suite!
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Blina
- Posté le
29 octobre 2007 à 14:42:08

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Tout le monde était dubitatif, mais n´eut pas le temps de douter davantage car aussitôt après cette étrange prosternation, une autre troupe de soldats, des cavaliers cette fois, accoururent sur la place de Pok avec un mandat d´arrêt.
LE CHEF DES CAVALIERS> Nous avons reçu une plainte contre un pirate sanguinaire qui se serait rendu responsable du meurtre infâme, sauvage, et gratuit, d´une honorable nonne d´hospice ! Où se trouve-t-il ?
Tous les doigts villageois, qui avaient commencé à s´ammasser sur la place, se pointèrent ensemble vers l´auberge où se tenait Karzus, sous les traits de Padgram. En apercevant son suzerain, galopant comme un petit fou, le chef des cavaliers se trouva obligé de faire une improbable chute de cheval, en sautant hors de la selle, pour se casser deux genoux sur le sol, mais la tête baissée quand même, prosterné et soumis, tandis que son canasson fonçait dans l´auberge pour détruire toutes les tables, au grand dam du patron qui chercha aussitôt à s´y accrocher, ne parvenant ainsi qu´à attraper la queue et se faire éjecter dans le toit, porté par un triple et vigoureux coup de sabot. Karzus s´était écarté à temps.
Les villageois également eurent l´idée foudroyante de se mettre à genoux, tout éberlués de ne pas avoir su plutôt qu´Antakdar leur sultan leur rendait une visite. Est-ce que Pok était en danger ? Leurs maisons allaient-elles être rasées pour un quelconque et sombre projet immobilier ? Ca n´était visiblement pas la question pour Karzus qui restait là, coi, tandis que ses amis, toujours enchâinés, commençaient à s´ennuyer ferme.
Blune, qui ne se doutait toujours pas que le gros prince qui la côtoyait n´était qu´une enveloppe illusoire, demanda sur un ton malicieux si par hasard Padgram n´avait pas joué le roublard avec Gerabrossa et pris insidieusement sa place. Karzus bredouilla et avoua qu´il n´y comprenait rien.
C´est à ce moment là qu´Albatrusse sortit de la chambre d´Ulice Zunee, maîtrisa le cheval furieux en le regardant droit dans les yeux, et surgit dans l´encadrure de la porte d´entrée en émettant une érucation muette mais communicative. Ecroulé de rire devant le spectacle affligeant qui s´offrait à ses yeux sur la place, il finit par se rendre compte qu´à côté de lui, il y avait Padgram.
ALBATRUSSE> Ah eh bah le voilà enfin, notre gros irresponsable ! C´est pour toi toute cette mascarade ?
KARZUS (tout bas)> Albatrusse... Soyez moins familier, ils semblent me prendre pour leur sultan... Et vous êtes recherché pour meurtre...
ALBATRUSSE> Comment ça ? Attends voir ! Ils sont venus pour moi, les mauviettes sur genoux, là ?
KARZUS> Shhhht !
ALBATRUSSE> Non mais ils vont voir qu´ils vont me trouver s´ils me cherchent, les empaffés du ...!
BLUNE> Papa ! Arrête ! Tu insultes le souverain en jurant comme tu le fais !
Karzus se mit à sourire et tapota un peu la joue encore endolorie de la jeune pirate. Le chef des cavaliers finit par intervenir, toujours prosterné.
LE CHEF DES CAVALIERS> Votre Majesté, souhaitez-vous un carrosse pour revenir au plus vite à la citadelle ?
KARZUS> Je me demande pourquoi il ne l´est pas déjà !
Le shaman avait repris un peu de maîtrise de soi, mais la situation qu´il vivait le troublait profondément. Se pouvait-il que Gerabrossa ait eu pour successeur un homme qui ressemblât à ce point à Padgram ? Ces braves gens n´avaient pas l´air d´être dans l´erreur. Dans le carrosse exotique qu´on amena pour lui, il y avait son portrait gravé au plafond, et il fut stupéfait de reconnaître en effet presque trait pour trait la figure de Padgram. Comment cela était-il possible ? Padgram était-il...?
Il ne cessa de faire venir et revenir cette question dans son esprit, tandis que le carosse, parti pour la citadelle d´Anthar Obn Suur, et escorté par tous les cavaliers, lesquels avaient installé sur leurs montures les filles, auxquelles s´était d´ailleurs jointe Ulice Zunee, puis suivi par les soldats pédestres, le tout en grande pompe et avec une solennité d´une fulgurante spontanéité baroque, le carosse donc - car vous avez fini par perdre le sujet de vue - créait sur son chemin un champ d´attraction aussi puissant qu´un papier tue-mouche, et ce faisant, apparaissait aussi glorieux qu´immortel.
=== Grasta Malzam ===
Padgram l´Orange, le vrai faux sultan, lui, s´était rendu à la cité d´émeraude taillée dans la falaise. Slecktus, son conseiller, lui en avait appris beaucoup, notamment sur les araignées et sur leur rapport ambigu aux mouches et au désir et lui avait révélé qu´en matière de vision d´hommes encapuchonnés, il n´y avait pas trente-six mille mais bien deux formes de causes possibles : les premières étaient d´ordre aphrodisiaque, les autres d´ordre métaphysique. Ainsi, si par hasard notre gros usurpateur affectueux avait été récemment l´objet d´une expérience tirant vers un au-delà sensoriel tout bonnement extraordinaire, alors, oui, il y avait bien des chances pour qu´il soit désormais en mesure de contempler la mort d´autrui, distinguer les morts des non-morts, tout en restant dans l´impossibilité absolue de modifier le cours des choses.
Cette idée mortifiait Padgram, quel comble ! Voir mourir et rester spectateur, cela ne l´enchantait guère, il voulait éviter à tout prix ce genre de situation, il était extrêmement gêné d´être témoin d´une activité qui, finalement, le rapprochait de ce qu´Hellia avait pu être, celle-ci demeurant hélas à l´état d´or pur, malgré les efforts de tous les spécialistes, et même de Slecktus en personne. Mais pourquoi cette aptitude en lui ? Tout ça à cause d´un estomac qui, Ventriculis sait pourquoi, avait décidé de conserver tous les sons de ce monde. Padgram ne supportait plus d´entendre en lui la résonance de tous les murmures que la matière gardait en elle, et demanda alors au shaman si par hasard il connaissait Karzus. Slecktus lui répondit que oui, affirmant ne pas avoir vu l´intéressé depuis un certain temps, et répondant cela même s´il ne voyait pas exactement le rapport qu´il pouvait exister entre cet ancien confrère et la violente migraine dont le souverain semblait à l´évidence atteint.
Aussi Padgram s´excusa car il avait comprimé deux questions en une, oubliant l´essentiel ; car à la vérité il voulait avant tout savoir comment se débarrasser d´une telle malédiction, Slecktus répondit qu´il n´avait aucun moyen de déterminer, par la seule force de ses sens, si oui ou non Karzus demeurait sur le continent, mais qu´en revanche, une potion médicinale ne suffirait pas à faire taire les voix de son ventre. Pour ce faire, il n´y avait qu´un seul moyen, et celui-ci se trouvait à Grasta Malzam. Il fallait un instrument particulier, que la tradition appelle corne de muse, un objet aussi rare que splendide, mais néanmoins disponible parmi les étalages du Grand Marché de la ville.
Cette corne de muse, pour extraordinaire qu´elle était, permettait, il faut l´expliquer, une fois mise en pendentif, de retenir tous les sons possibles et inimaginables, elle était en quelque sorte comme un aimant sonore, en forme de corne donc, muni d´un petit sac en peau de loutre qui, une fois arrivé à saturation, pouvait se détacher et s´ouvrir afin de libérer les sons emmagasinés et, pourquoi pas, les déverser dans des pots pour les conserver. Pots de sons comme des pots de confiture... Voilà une idée dont la gourmande audace n´était pas pour déplaire à Padgram, lequel était donc actuellement en train de déambuler, d´un pas fier et décidé, escorté par son conseiller et ses soldats, à travers les étalages, guettant la moindre corne comme on guette l´aspirire qui vous attend au tournant.
=== Continent Barbazutien - Sur la route pour le château ===
Lysette et Casteldago avaient été portés toute la nuit sur leur charrette, et maintenant, notre belle rousse redoutait le moment où elle allait retrouver son tyran de mari. Heureusement, elle avait entendu une conversation entre deux soldats : Conspiru était parti à Kuliz pour on ne sait quel motif. Il n´était donc pas au château.
Cela ne l´empêchait pas de se morfondre et d´essayer de sentir la main de Casteldago que les rustauds en armure avaient finalement placé à côté d´elle dans le foin de la carriole, car, incapable de tenir debout, il ne faisait que les ralentir.
Soudain, Lysette, qui avait encore la tête cachée dans son sac de pommes de terre, sentit le véhicule s´arrêter et, à sa grande surprise entendre répondre aux soldats qui apostrophaient la raison de leur halte, des voix de petites filles.
UNE FILLETTE> Monsieur ! Vous voulez-nous acheter des fraises ?
LE MENEUR DE LA TROUPE> Ah hors du chemin, petite souillonne ! Non, on veut pas de fraises !
UN SOLDAT> Bah... Chef ! Allez, quoi, c´est que des fraises... On n´a rien mangé de toute la nuit !
UN AUTRE SOLDAT> Oh oui chef ! Ca va pas nous tuer !
Le chef eut un instant d´hésitation et puis se tourna vers les fillettes, qui étaient au nombre de cinq, et qui étaient vraiment mais alors vraiment trop chou.
Il accepta alors qu´elles viennent leur proposer leurs paniers pleins de fruits.
Mais à peine eurent-ils tous pris leurs petites poignées de fraises qu´ils succombèrent aussitôt sous l´effet d´un profond sommeil. Et tous tombèrent de leurs montures en ronflant comme des jolies petites truies.
UNE FILLETTE> Eh ben c´était puissant dis donc !
Lysette entendit les petits pieds monter sur la carriolle, des petites mains lui défaire ses liens, et lui retirer son sac irrespirable.
Quelle ne fut pas sa surprise de reconnaître les fillettes de la taverne du Carciphale, les fillettes de Mme Bagajoulie !
UNE FILLETTE> Bonjour, Madamoiselle Lysette ! On est venues vous sauver !
LYSETTE> Mais enfin... Pourquoi ?
UNE FILLETTE> Parce que vous êtes notre héroïne ! Et on était pas contente contre mama Baga quand elle vous a livrées à ces vilains messieurs !
LYSETTE> Vous êtes adorables ! Vous voulez bien libérer aussi le monsieur à côté de moi, là ?
UNE FILLETTE> C´est un gentil ou un méchant ?
LYSETTE> Un peu des deux. Mais il y a plus de gentil en lui que de méchant !
UNE FILLETTE> D´accord !!
Elle enleva aussi son sac à Casteldago.
LA FILLETTE> Oh...! Il a l´air blessé mais il a l´air aussi charmant ! C´est votre prince perso, madamoiselle Lysette ?
LYSETTE> Euh... en quelque sorte, oui.
LA FILLETTE> Alors vous allez avoir plein d´enfants ensemble et vous vivrez heureux pour le restant de vos jours ??
LYSETTE> Euh... Je sais pas... Ca a pas l´air franchement super excitant comme projet d´avenir...
LA FILLETTE> Mais si ! Mais si ! Vous serez heureuse, Madamoiselle ! Allez, venez ! On va vous cacher dans notre cabane secrète ! Mama Baga doit nous rechercher, alors on va faire vite !
LYSETTE> Bien, bien !
à vous la suite!
-Blina-
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Apotheose
- Posté le
30 octobre 2007 à 01:26:27

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__ Kuliz __
Pendant ce temps, à Kuliz, Conspiru le Trublion arrivait en défilant, assis sur une chaise de juge portée par quatre hommes, accompagné d´une glorieuse marche funèbre. Il était suivi par près de trois cent mille soldats qui bien sûr ne furent pas en mesure d´entrer tous dans la cité mi-nocturne mi-diurne.
Tandis que ses porteurs crevaient sous le poids de la Justice, Conspiru regardait les passants lever ou baisser les yeux vers lui - ça dépendait de leur position, ou depuis la traditionnelle fenêtre d´où on aime toiser la rue et les têtes qui vont et viennent, ou depuis la rue même - des yeux emplis de crainte, crainte qu´il interpréta d´ailleurs sans réfléchir comme du respect.
Bientôt la procession s´arrêta sur le port, où il faisait nuit. A ce moment, Conspiru regretta de ne pouvoir également commander au ciel et aux étoiles. Mais il décida de ne pas se formaliser de la chose pour l´instant et de la remettre à plus tard. Maintenant, il lui fallait prononcer son discours, le discours qui officialiserait enfin la guerre ouverte aux autres continents.
Sur le port, on avait allumé des torches par centaines, une immense table avait été dressée, couverte d´assiettes miteuses où les cuistots de la ville avaient tenté de déposer des spécialités maritimes. Hélas, tout le monde sait bien à quel point les poissons de Kuliz sont avant tout réputés pour n´être que d´efficaces mais honnêtes vomitifs. Conspiru l´ignorait et lorsqu´il pointa sa fourchette dans l´assiette qu´on lui avait réservée, il éprouva aussitôt une envie de croquer, immédiatement suivie d´un intenable sentiment d´urgence répulsive.
Craignant de déplaire à leur souverain et commandant suprême, tous les soldats vomirent alors de concert sur leurs assiettes afin de manifester leur loyauté et de prouver que là où irait leur chef, eux iraient aussi, fût-ce pour se libérer d´un trop-plein intestinal.
La collation achevée dans la joie et la bonne humeur, Conspiru monta alors sur la table, puis sur une table qu´on avait posé sur la table, qui supportait elle-même une table où l´on avait enfin installé un pupitre. Lorsque le Trublion s´y fut hissé, tout le monde l´acclama, et c´est à se demander, lecteur, s´il lui était encore nécessaire de dire ce qu´il avait à dire.
Toujours est-il qu´on l´applaudissait et il appréciait cette spontanéité généreuse qui n´était absolument pas le produit d´une menace de mort pesant sur quiconque ne le ferait pas, non, le bon soldat barbazutien claquait ses mains de toutes ses forces parce qu´il le voulait et qu´il le valait bien. Conspiru n´était pas pour ignorer, bien sûr, que malgré tous les privilèges qu´il accordait à ses hommes, une grande partie agissait pour lui à contrecoeur. C´était dommage mais il fallait en tenir compte. Les traîtres sont comme les rayons du soleil : ils vous éclairent pour mieux vous brûler là où ça fait mal. Méfiez-vous d´eux, lecteurs naïfs !
Ainsi, il leva son doigt vers le croissant de lune et leur déclara que c´était ça qu´il leur promettait. C´était par-delà les rivages, au-delà des mers d´Anthar Obn Suur, que cette lune croissanteuse les attendait, impatiente et fébrile, comme un trésor nommé puissance.
Mais tandis qu´il parlait de sublimation militaire, de tous ces grands mots qui vous galvanisent l´âme et le coeur, un grincement léger se laissait écouter au niveau des pieds de la table qui soutenait la table sur laquelle le pupitre était dressé. C´était les pieds d´un menuisier sournois, grassement payé par un certain Grozbuz. Un artisan corrompu, en quelque sorte, qui avait opéré un sabotage d´orfèvre.
A peine Conspiru commença-t-il à descendre de son perchoir qu´un grand crac se fit entendre et que tout l´échaffaudage lui dégringolait sur la tête, le recouvrant des pieds à la tête.
Grozbuz, Labar, Clakafoune, et Marpolin, glissés dans la foule, se frottèrent les mains, tandis qu´Hapic´n, lui aussi caché, hallucinait de devoir payer quatre personnes pour un assassinat qui n´en nécessitait finalement qu´une.
Evidemment, là, vous vous dites, attendez, quoi, comment ça assassinat réussi ? Comment ça Conspiru grillé dans un vulgaire accident ? Et vous avez raison ! C´est tellement gros que même pour la blague on n´y croirait pas. Eh bien figurez-vous que sans le tuer, cet accident lui fit quand même une hernie, ce que les quatre assassins programmés n´avaient pas envisagé. Hapic´n n´en menait pas large et, en quelque sorte, était satisfait. Mais ce qui le mit encore plus en excitation c´est qu´il se rendit compte, lorsque le tyran se releva, qu´il saignait du nez ; or, tout le monde savait fort bien que Conspiru le Trublion n´avait plus de sang dans le nez, ce qui expliquait d´ailleurs l´éternelle blancheur glacée de ses narines jamais palpitantes, jamais reniflantes : le tyran n´avait pour ainsi dire ni flair ni odorat.
Il s´agissait donc sans aucun doute d´une doublure ! Conspiru avait dû prévoir un accident de la sorte. Mais alors si cet homme qui avait prononcé tout ce discours, emprunté au Trublion toutes ses mimiques et sa gestuelle, et qui se relevait difficilement au milieu des copeaux de bois, n´était pas le vrai Conspiru, où celui-ci pouvait-il bien être ?
Une chose était sûre : Pralidor Hapic´n était bien le seul à avoir remarquer ce détail significatif. Information capitale. On s´empressa d´aller chercher le menuisier, on ne lui laissa pas le temps de s´expliquer ni de dénoncer ceux qui l´avaient engagé et on l´exécuta en le poussant à la mer, une enclume liée à ses pieds.
En se retirant dans les catacombes, retrouvant ainsi son équipe d´assassineurs qu´il ne félicita que d´une petite tape de réprimande sur la tête, Pralidor songea alors que oui, par Bigbellis, c´était sans doute l´occasion d´en tirer parti pour reprendre le pouvoir.
Mais ce que Hapic´n ignorait, c´est qu´il y avait d´autres personnes en réalité, présentes dans la foule, qui avaient remarqué le détail du nez saignant. Vous l´aurez deviné, c´était les émissaires obèses d´un certain Enragé, qui avait maintenant abandonné l´idée de retrouver Lysette, fût-ce par des moyens indirects. Quand, tapi dans les mines de Falacrosse, il reçut néanmoins un lièvre messager - le moyen ornithologique devenant à la fois encore rare et trop dangereux car beaucoup trop visible et volant aussi -, lièvre messager qui lui apprenait qu´à Kuliz, Conspiru avait failli sombrer dans une bête chute de piédestal - combien de nos princesses de beauté nationale annuelle sont-elles ainsi tragiquement décédées pour n´avoir jamais voulu accepté la fin de la compétition ? -, quand il apprit la nouvelle, donc, eh bien, à vrai dire, ce n´est pas exactement qu´il sauta de joie car son poids lui en empêchait mais c´était un peu tout comme.
Il sut alors que le château de Barzabute était bien déserté et qu´il fallait attaquer maintenant. Mais comment ? Là était la question. Les soldats étaient nombreux à surveiller le quartier général que constituait la cité du plus grand royaume du continent. Il n´y avait qu´une seule chose sur laquelle ils pouvaient se reposer à présent : la peur.
Oui, la peur, la peur, la terrible superstition, qui s´empare de l´esprit des faibles lorsque leur chef connaît une faiblesse, ou mieux encore, se rend temporairement absent...
Vous saurez bientôt ce que Bougrasse l´Enragé s´apprêtait alors à organiser...
à vous la suite!
Apothéose
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Sujet : « *** Golden Epopée *** »
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