*** Golden Epopée *** - Final Fantasy VIII - Page 8 sur JeuxVideo.com

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Sujet : « *** Golden Epopée *** »

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  • Blina Voir le profil de Blina
  • Posté le 5 octobre 2007 à 13:06:01 Avertir un administrateur
  • == Non loin de Barzabute - Les Mines de Falacrosse, au crépuscule ==




    Dans les cavités désertées de Falacrosse, recouvertes de mousse et de lichen, dans une pénombre confuse de timides lueurs - créations muettes des bougies déjà mourantes - dans un noir intégral, quelque fois illuminé par les derniers éclats des cristaux encore incrustés dans les parois, Bougrasse et sa compagnie d´obèses se tenaient debout, sombres, et les yeux pleins d´une suie de rebellion.

    Bougrasse s´éleva sur un grand tonneau, posé là, et prit la parole.

    BOUGRASSE> Mes amis... Cette réunion ne devait pas avoir pour objet le deuil qui nous afflige, puisque j´ignorais encore la nouvelle lorsque j´ai organisé nos retrouvailles en ces lieux... Voyez-vous, on croit parfois que le champion de nos valeurs peut réussir à triompher, triompher contre les hommes, triompher contre l´adversité, triompher contre ses propres faiblesses. Mais Padgram, le fier Glouton, n´était pas un champion assez valeureux, assez courageux, assez fier. Certes, il a acquis un certain prestige parmi la population, qui s´est repue de ses aventures comme on se repaît d´une cuisse de porc après une journée de travail. Ces gens là n´aiment que les légendes, leur propre vie n´a de sens que pour la légende. Ils s´accommodent des tortures, ils s´accommodent de la milice, et ils ont raison ! En quoi cela les concerne-t-il ? Mais regardez-le, ce Padgram légendaire que nous pleurons aujourd´hui, regardez-le et voyez ce qu´il a fait ? Qu´a-t-il accompli sinon des artifices ? Avez-vous entendu parler d´une armée ? Avez-vous entendu parler d´offensives ? Eliminé, mes amis, éliminé, tué comme une perdrix ! Ce qu´il nous apporte n´est donc qu´un triste modèle de martyr ? En quoi cela pourrait-il nous aider, je vous le demande ! Je vois vos visages, mes amis, je les vois, et je comprends leur tristesse, leur détresse. Mais je vois aussi votre nombre. Combien d´entre nous déjà ont péri, emprisonnés, torturés, exécutés par la milice du tyran ? Resterons-nous donc là à nous morfondre sur la perte d´un prince qui n´a pas su mener sa tâche à bien ? Il a été incapable de défendre notre cause ? Fort bien ! Fi des monarques ! Fi des princes ! Fi des héros et des épopées ! Je vous le redis, mes frères, voyez notre nombre ! Voyez notre taille ! Nous pouvons attaquer le château, et accomplir le secret plan que vous savez !

    Guarguidou prit la parole.

    GUARGUIDOU> Mais, Bougrasse, rappelles-toi donc ce qu´a dit Padgram avant de partir pour sa quête, et il avait bien raison, nous sommes incapables de nous mouvoir, de nous battre, d´agir, sans être ralentis, empêchés, trahis, par cette masse informe qui fait notre calvaire quotidien ! A quoi servirait une mission suicide ? Nous ne serions, nous aussi, que de simples martyrs !

    BOUGRASSE> Tu parles bien, Guarguidou, mais tu te fies trop à la sagesse prétendue de feu le fils de Grofor. Toutefois, tu ne m´as pas laissé finir. Il ne s´agit pas de s´avancer en troupes jusqu´au château et de tout casser. Il s´agit de se révolter de manière méthodique et systématique contre les milices elles-mêmes. Voici donc quelle est ma proposition. Demain, à la première heure, le château sommeillera très profondément, enivré qu´ils seront, tous ces nobles et ces ministres parvenus et corrompus, à célébrer la mort de Padgram. Voilà donc ce que nous allons faire. Nous allons nous réfugier au pied du château ce soir - c´est dans quelques heures, lorsque la lune sera pleine - et nous attendrons que le bal annoncé sur la place publique, commence. Les gardes seront distraits par la musique et l´on ne manquera pas des les inviter. Du moins, on peut le supposer. C´est nous qui leur apporterons, déguisés en esclaves, leur boisson, ils ne se méfieront pas. Nous les assommerons, et nous prendrons leur place. L´un d´entre nous, déguisé en garde, se rendra jusqu´à la salle du bal. Il s´agira alors de subtiliser le gros tonneau de vin, puits de tous les gosiers du soir, par celui qui se trouve sous mes pieds.

    MOLCHIOR> Mais qu´il y a-t-il à l´intérieur ?

    BOUGRASSE> Assez pour les empoisonner tous.

    Il y eut de grandes exclamations et un mouvement de recul de la part de l´assistance.

    GUARGUIDOU> Mais n´aurait-on pas davantage intérêt à n´empoisonner que Conspiru ?

    MOLCHIOR> Et puis réfléchis ! Lorsque le premier d´entre eux succombera, ils vont tous paniquer, ils nous repèreront, c´est...

    BOUGRASSE> Une option envisageable, mais la dernière de toutes.

    MOLCHIOR> Non, c´est aussi du suicide !

    BOUGRASSE> Vous n´êtes pas ici pour contester, nondediou! Je suis votre chef et je suis le seul à pouvoir vous diriger, mous et faibles que vous êtes !

    MOLCHIOR> Un bon chef est avant tout quelqu´un qui sait respecter son groupe !

    BOUGRASSE> C´est parce que je le respecte trop que nous en sommes encore au stade de l´inaction la plus désarmante, figure-toi !!

    MOLCHIOR> Eh bien moi je m´oppose formellement à ta proposition d´action ! Camarades, n´écoutez pas ce fou, il vous mènera à votre perte si vous...

    Un coup de poignard dans le dos le rendit muet pour toujours. Bougrasse le regarda choir sur le sol avec satisfaction

    BOUGRASSE> D´autres objections ??

    Un silence total dans l´assistance.

    BOUGRASSE> Excellent !

    Il descendit de son tonneau, le prit sur son épaule au prix d´un lourd effort, traversa la foule qui maintenant le craignait un peu, désigna dix obèses au hasard et les obligea à le suivre.

    La lune dans sa rondeur gourmande commençait à poindre, et le château de Barzabute, illuminé de mille feux, désormais les attendait...


    == A bord du Perroquet Boiteux ==

    Avant de préciser davantage ce qui va se passer, comme cela a déjà été dit, il est utile de préciser que les événements qui surviennent maintenant se sont déroulés tandis que Padgram se faisait tirer dessus et dégringolait dans une baleine, tandis que Grisk et Karzus se débarrassaient des mouettes cleptomanes pour mettre le plan de Nortellon en application, tandis que Messerille, Nortellon, et Saïan arrivaient à se sortir de leur situation de naufragés d´une manière extravagante, tandis qu´Hellia au lieu de suivre les consignes de la Mort décidait contre toute attente de provoquer une rebellion au sein même de la forteresse, en prenant avec elle Lili et ses amies, et tandis, enfin, que Conspiru exultait devant Lysette en lui apprenant la mort de Padgram et en la conviant au bal le soir même.

    Une question, désormais, se pose : comment la vie se déroulait sur le bateau d´Albatrusse le Pirate pendant tous ces "tandis que" ?



    à vous de le dire^^!
    -Blina-
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  • Apotheose Voir le profil de Apotheose
  • Posté le 6 octobre 2007 à 00:04:21 Avertir un administrateur
  • Eh bien, la vie avait du bon sur le pont. En dessous, en revanche, c´était plutôt déprime. Dans sa cage, Londe était malheureuse. Elle s´en voulait d´avoir frappé son père. Elle lui en voulait d´avoir fait ce qu´il avait fait. Elle pensait à Padgram, elle pensait à Hellia. C´était quand même trop bête, et le lecteur le reconnaîtra également. Trop bête d´avoir quitté l´aventure de cette façon. Elle s´amusait bien avec Padgram. Et puis elle voulait revoir Hellia. Elle ne s´expliquait toujours pas cette obsession qui était née en elle depuis... depuis un temps qu´elle ne comptait plus vraiment. Il s´était passé tellement de choses. Elle se rappelait avoir éprouver une très forte émotion lorsqu´elle était venue la sortir des griffes du prêtre immonde. Mais comment était-il possible qu´il s´agisse de la Mort en personne ? Elle n´avait jamais cru en rien, c´est son ours de père qui lui avait appris ça. Ne donner sa foi à personne, ni à quoi que ce soit, si ce n´est à soi-même et éventuellement à ses compagnons. Alors croire à la Mort ? Un pirate se rit de la Mort, il la méprise, la tourne en dérision, et en fait même l´objet des meilleures plaisanteries. Mais surtout, comment fallait-il nommer cette obsession ? Ca ne pouvait pas être du désir, ça ne pouvait pas en être. Alors pourquoi faire de sa figure un absolu ? Ca n´avait pas de sens. Mais c´est pour ça que c´était beau, étrangement beau.

    "Pssst!"

    Elle releva la tête, c´était Rune qui avait réussi à détourner l´attention de son père et qui s´était glissé jusqu´à la cale pour apporter jambon, fromage, et vin à sa soeur.

    Londe__ Tu es folle! S´il s´en rend compte, t´y auras droit toi aussi!

    Rune__ Fais pas ta morale, mange.

    Londe__ Comment ça se passe en haut ?

    Rune__ Rien, on ne fait que longer les côtes de loin. Je crois qu´ils attendent de voir surgir un quelconque navire.

    Londe__ Tu as l´air inquiète...

    Rune__ Qui, moi ?

    Londe__ T´es inquiète, donc. Qu´est-ce qu´il y a ?

    Rune__ Rien, rien... Enfin... Non, c´est juste... Je sais pas, j´ai repensé à quelque chose tout à l´heure...

    Londe__ Quoi donc ?

    Rune__ Ben après tout ce qui s´est passé, on s´était laissées entraîner et j´avais oublié quelque chose qui en fait, sur le coup, m´a plutôt perturbé...

    Londe__ Bon bah vas-y, accouche. (Elle mordit à pleines dents dans le gras du jambon, ce qui lui fit d´ailleurs repenser brièvement, non sans une vive émotion, à son bon vieux Padgram).

    Rune__ Eh bien... te souviens-tu de cet homme étrange que nous avons croisé en sortant de chez les Subsaldrantes ? Il a prononcé des paroles... des... enfin, il les a dites, et puis vlan, il est mort.

    Londe__ Ah oui... c´était un fou, rien de plus.

    Rune__ Mais rappelle-toi ce qu´il disait... La Lune sera Ronde, la Rune sera Londe, la Lune sera Ronde...

    Londe__ Oui eh ben ?

    Rune__ Ecoute, je sais pas pourquoi, mais j´ai un mauvais pressentiment. Tout à l´heure, papa a dit : "ce soir, il faudra nous camoufler mes enfants, car la lune sera ronde".

    Londe__ Parano.

    Rune__ Non, écoute, je pense qu´il y a un lien avec... avec le message de la prophétesse... "Quatre temps et trois jours bientôt réordonnés, seront prochainement par le feu mélangés", tu te rappelles ,

    Londe__ Oui eh bah (elle but une gorgée de vin et rota) ?

    Rune__ Ecoute-moi... Quatre temps, en musique, c´est la durée d´une ronde. Et trois jours, c´est le temps que dure la pleine lune, une fois par mois. Si on réordonne nos deux noms, tu deviens Ronde, je deviens Lune. Et l´idée du feu et du mélange me fait peur, je ne sais pourquoi mais j´ai l´intime conviction que ce message nous concernait toutes les deux, et je prévois quelque malheur funeste qui...

    Londe__ Arrête ton délire, tu me fais flipper.

    Rune__ Pardon, je m´emporte, je sais bien mais...

    "GLOIRE !! GLOIRE !! GLOIRE !! AHAHAHAHAHAHAHAHAHA!"

    C´est sur le pont qu´on avait crié, tous les hommes commençaient à entonner des chants paillards et d´allégresse.

    Londe__ Qu´est-ce qu´il ont à gueuler comme ça, eux ?

    C´est à ce moment là qu´Albatrusse descendit dans la cale pour rejoindre ses filles. Le père n´était quand même pas suffisamment aveugle pour savoir que sa Rune ne perdait jamais une occasion de lui désobéir.

    Albatrusse__ C´est qu´ils ont de quoi être heureux, mes écrevisses. Allez, ma Londe, je te pardonne ta violence, et toi, petite anarchiste, je te pardonne ton insubordination.

    Il alla jusqu´à la cage et en ouvrit la porte.

    Londe__ Mais qu´est-ce qui se passe ?

    Albatrusse__ Nous avons fait une pêche d´une valeur exceptionnelle, mes grandes. Croyez-le ou non, mais nous avons trouvé la carte d´un trésor enfermé dans une bouteille elle-même remplie de perles.

    Rune__ Une bouteille à la mer ?

    Albatrusse__ Eh oui, je devrais sans doute me faire baptiser Albatrusse le chanceux. On passe sa vie à étudier les lois de la physique, de la marine, et de la navigation, vous voyez, et parfois on rencontre le bonheur dans le hasard le plus complet.

    Rune__ Tu parles d´un hasard...

    Albatrusse__ Ah ne fais pas ta rebutée, ma fille, ce soir nous serons riches !

    Londe__ Et où se situe-t-il, ce trésor ?

    Albatrusse__ A en croire le testament et le schéma que nous avons trouvé, au bord des côtes Zalzariennes. Il semble qu´un rocher couvert de cadavres de mouettes donne la voie.

    Rune__ Papa, je ne suis pas sûre que...

    Albatrusse__ Aaaah mais c´est terrible, ça ! Vous ne pouvez pas manifester un peu d´enthousiasme! La fréquentation de ce gros lard vous a vraiment ramolli le cerveau, ma parole!

    Rune__ Mais...

    Albatrusse__ Non, plus de discutailles! Vous allez me suivre maintenant, et vous nous aiderez à déjouer les éventuels pièges qui pourraient protéger le trésor!

    Rune__ Mais de quelle sorte de trésor s´agit-il ?

    Albatrusse__ C´est un héritage. Et qui dit héritage, dit or, dit argent, dit platine, dit pièces, dit bonheur ! Venez, maintenant !

    Et sans les laisser protester davantage, il les prit toutes les deux par la main, et les mena jusqu´au pont supérieur.


    ___ Au pied de la cité forteresse d´Anthar Obn Suur___

    Hellia et ses compagnonnes coururent à travers la place. Les visages étaient si mornes et si près de la mort qu´ils ne réagirent même pas, c´était la première fois qu´autant de couleurs surgissaient dans la ville cependant et cela ne manqua pas d´attirer l´attention de quelques enfants qui vinrent bientôt s´ammasser autour des belles dames presque nues.

    Celles-ci furent bien embarrassées par les petites mains tripoteuses et les petits yeux pleins de curiosité, si bien qu´en voulant les faire reculer pour continuer d´avancer, celles qui s´en occupaient durent relâcher l´étreinte de Gerabrossa, dont elle gardaient la bouche close depuis un certain temps. Celui-ci, aussitôt libéré, se mit à crier de toutes ses forces.

    Gerabrossa__ A MOI !! A LA GAAAARDE ! MON HAREM S´ECHAPPE !! !

    La petite voix dégueulassement sussureuse du sultan était entre toutes reconnaissables. Des centaines de soldats surgirent alors des casernes cachées dans les renfoncements des parois de la cité forteresse, les lances hérissées en direction des fugitives.

    Hellia__ Ah l´ordure...

    Elles se retrouvèrent toutes cernées par une rangée de piques prêtes à les trouer sans état d´âme. Il ne fallait qu´un seul mot du sultan, et c´en était fini d´elles.

    Aussi, Hellia ne laissa pas à son tortionnaire la joie de pouvoir ordonner sa mort, certes elle reverrait son successeur, mais pas maintenant ! Alors, elle prit un des enfants dans ses bras et lui entoura le cou, et pria d´un coup d´oeil terrible, ses compagnonnes d´en faire de même.

    Hellia__ Je vous préviens ! Si y en a un seul qui bouge, je lui brise la nuque, au gamin !

    Lili__ Moi, pareil !

    Gerabrossa avait beau être un sultan odieux et sans scrupules, il avait quand même un peuple à respecter et, objectivement, il y avait des familles complètement paniquées derrière lui. Dans un marmonnement de colère il s´adressa alors à ses soldats.

    Gerabrossa__ raah... Laissez-les passer...

    Les soldats s´écartèrent aussitôt, les filles partirent à toute allure et laissèrent les gosses retomber sur le côté, le pont levis n´était plus très loin.

    Il fallut toute la hargne des femmes pour arriver avant que les soldats ne referment les lourdes portes de plomb devant leur nez.
    Disons qu´une femme sait avoir du répondant et quand on est une femme comme Hellia, on a encore plus de répondant que n´importe qui. Aussi, voyant la fourbe intention de celui qui tournait le volant de bois, poussé par les égosillements perçants du sultan qui s´époumonnait maintenant à dire à ses soldats de les poursuivre, de les poursuivre, bande d´incapables, bande de vauriens, qu´il leur tranchera la tête à tous s´ils n´arrêtent pas ces stupides femelles maintenant, et il dit bien, maintenant ! Mais Hellia avait ses seins, Lili aussi, et voilà comment on désarme un homme qui passe sa vie à ouvrir et fermer une porte sans jamais trop comprendre pourquoi il le fait.

    Et vlan, au lieu de tourner le volant du côté de la fermeture, il le fit du côté de l´ouverture, hypnotisé qu´il était par ces mamelles fugueuses à la fois si rondes et si rebelles, terriblement destabilisantes par leur incessante gesticulation. Le pauvre mâle armé n´eut même pas le temps de réaliser qu´à force d´ouvrir la porte plutôt que de la fermer, il allait se la prendre en pleine gueule et se faire écraser contre la paroi. Ce qui arriva. Première fresque colorée et murale de l´histoire d´Anthar Obn Suur. Immédiatement, des vocations d´artistes naquirent, et la grisaille commença à se faire sentir comme ce qu´elle était pour nous : une flasque pesanteur.

    Evidemment, la voie libre, les femmes purent, légères et grâcieuses, emprunter la passerelle en s´efforçant de courir comme des danseuses étoiles, sur la pointe de la pointe de leurs pieds. Hélas, Hellia ne pouvait pas les suivre et laissa ses compagnonnes passer devant, il fallait qu´elle aille rejoindre le soldat mort.

    Mais ses amies!

    Evidemment, aucun soldat n´osa avancer davantage sur le pont levis puisqu´ils savaient qu´à plus de deux tout allait s´effondrer. Enfin, mine de rien, cela aurait aussi fait tomber les fuyardes et on n´aurait plus eu de problème. Oui, mais le problème, c´est qu´après la cité forteresse serait complètement coupée du monde. Seul Gerabrossa disposait d´un grand dirigeable, une machine volante que lui avait offerte un vieil inventeur fou qu´il avait fini par donner à manger aux fourmis. Cette machine, très approximative, lui permettait néanmoins de quitter comme bon lui semblait sa morte cité pour aller visiter les autres contrées qui étaient en son pouvoir.

    Les voyant s´enfuir, fou de colère, il fut certain qu´il n´y avait qu´une seule raison pour que ces imprudentes soient aussi sûres d´elles : elles étaient attendues au port. C´était la seule explication puisque s´enfuir dans les contrées voisines de la forteresse aurait signifié retomber sous son pouvoir. Eh bien, elles n´allaient pas être déçues. Elles seraient bien attendues, mais pas par ceux qu´elles croyaient.

    Il monta le plus vite qu´il put jusqu´au toit de son palais, sauta dans son dirigeable, coupa la corde et décolla à toute allure.
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  • Apotheose Voir le profil de Apotheose
  • Posté le 6 octobre 2007 à 00:05:12 Avertir un administrateur
  • ___Sur les bords de la forteresse___

    Hellia avait réussi à semer l´attention, ses compagnonnes n´étaient pas poursuivies pour des raisons bien compréhensibles, elles ne se rendaient pas compte elles-mêmes que leur meneuse n´était plus avec elles.

    Elle longea le mur, et courut, car à voir le soleil baisser, elle se doutait bien que le temps imparti était écoulé. Fort heureusement, si elle trouva bien le soldat mort, l´agitation avait retardé le moment où l´on se rendrait compte qu´un garde manquait. La Mort se détacha d´un mur, comme une ombre. L´après-midi se terminait.

    La Mort__ Tu es en retard...

    Hellia__ Tout ne s´est pas passé comme prévu.

    La Mort__ Peu importe, tu as sans doute fait ce que tu as cru devoir faire. Cette notion de devoir n´est propre qu´aux hommes.

    Hellia__ Peut-être que ça vaudrait le coup de la partager.

    La Mort__ Tais-toi.

    Il lui prit le bras. En haut, un ballon passa à toute vitesse. Un point jaune colérique rebondissait dedans. Qu´est-ce que... ? Pas le temps de réfléchir, la Mort l´emporte dans les douves, et les voilà dans l´eau sombre, ils s´enfoncent, ils s´enfoncent et les dernières lueurs de la surface disparaissent pour laisser place à la plus totale obscurité.

    Hellia s´endort, l´eau, elle ne sent presque rien, tout cela ressemble à un rêve étrange. La Mort l´entraîne dans une chute sans fond, comme si les douves étaient plus vastes que ce que l´intelligence humaine peut imaginer. Dans leur voyage aquatique, des bulles leur font un cortège, bientôt, le fond, et bientôt, la lumière, et bientôt, la Terre.

    Ses pieds se posent sur un sol plein d´une glaise chaude. Elle sent aux fourmillements qui lui parcourent les jambes qu´elle vient de déranger une colonie de petits poissons. Elle ne voit rien, elle ne distingue même pas le bras qui lui accroche le sien avec toujours autant de froideur, et qui l´entraîne en marchant d´un pas assuré. Soudain, un grand éclat blanc autour d´elle, dort-elle encore ? Elle ne sait, mais le sol s´ouvre sous ses pieds, et la voilà soudain comme aspirée par le bas, elle s´enfonce comme en des sables mouvants, mais ne ressent aucune crainte, elle reconnaît sous ses pieds une sensation familière. La Terre est là. Elle l´attend, elle respire.

    Au bord du sol de glaise, il n´y a plus que sa tête, bientôt plus que son nez, sez yeux, son front, et enfin ses cheveux, flottant comme des algues à la surface du monde, et disparus enfin, au centre du monde.

    La Voix de la Terre___ Bienvenue chez toi, Helliarane.

    L´esprit de la Terre ignorait qu´à peine quelques instants plus tard, son vieil ami l´Océan allait interrompre leur conversation.



    ___ Barzabute - le Bal des Masques___

    La cloche inaugurale tonitrua dans les couloirs et dans les rues de la ville. Une ambiance de carnaval venait spontanément de naître. Après tout, pourquoi les nobles seraient-ils les seuls à faire la fête ? Pauvres fous, pensait Bougrasse, dissimulé derrière de lourdes étoffes, ils se passionnent pour la vie d´une icône déchue, s´impressionnent de leur mort, et avides de bonheur et de plaisir, se parent de costumes, de trompettes, de confettis, et de masques. Ils verront bien, ricana-t-il, ils verront bien, les ingrats.

    Riez, dansez, charmants citadins, si vous êtes jeunes, si vous êtes minces, si vous êtes forts, qui viendra vous chercher pour tâter votre ventre, qui viendra dénoncer votre culotte de cheval ? Riez, dansez, vous êtes faits pour le rire, vous êtes faits pour l´amour, et vive le bonheur, et vive l´insouciance, qu´il est bon de danser sans trop savoir pourquoi, danser simplement pour se faire du bien à son corps bien portant. Buvez votre joie, tant mieux, nous autres, parmi les masques, passerons en silence.

    Ils se glissèrent dans la foule qui commençait à s´amasser sur les places publiques. Les groupes de musiciens naissaient de façon anarchique à chaque coin de rue et entonnaient à peu près tous les mêmes airs à quelques mesures de décalage, ce qui créait des déhanchements déphasés en chaîne, et ce, pour le plus grand bonheur de tous. Joie du désordre. La compagnie des obèses dut se prêter un peu au pas de la musette et de la farandole, tourbillonner dans la valse mouvante, passer de bras en bras, s´enivrer doucement de grands airs campagnards, se faire frapper les fesses par les femmes en pantalon, qui buvaient de la bière et rotaient à tout va, en riant d´un rire fort et communicatif.

    Seul Bougrasse s´efforçait de garder l´esprit clair. Bientôt, totale fut la nuit, et la lune bien pleine. Il dut se battre pour que son tonneau ne fut pas percé par quelques badauds fous en quête d´ivresse. Détaché de la foule, il dut avec beaucoup d´efforts arracher ses compagnons des joies de la fête. Il leur rappela que c´était bien gentil mais que c´était qu´une phase éphémère. Rois d´une nuit, honnis du lendemain. Le vrai règne devait commencer autre part, et il se dressait devant eux. Le château de Barzabute...

    Deux gardes s´ennuyaient devant la grande porte. Imaginez un plan du gros Bougrasse, Bougrasse l´Enragé, réussir, enfin. Action, Maestro !


    __ Dans le Ventre de Fatraska __


    Padgram s´était remis de ses émotions. Avait-il rêvé le gamin qui se disait incarnation de l´océan ? Il ne savait. En revanche, la compagnie des géomètres qui l´observaient avec le plus grand intérêt ne manqua pas de l´interloquer. Quand il comprit qu´il était vraiment dans le ventre d´une baleine, il eut d´abord envie de rigoler, et puis d´aller en découper quelques morceaux pour manger, mais les habitants avaient l´air de tenir à leur habitat alors il se contenta d´écarter les loupes qui sévissaient autour de lui, et puis se mit explorer gaiement toute la bibliothèque et tous les meubles pourris qui fondaient la ville intérieure de Fatraska. Les gens lui faisaient de grands coucous sans lui adresser la parole. La timidité sans doute. Mine de rien, il faisait bon dans ce ventre. Ca lui rappelait un peu le sien. Et puis il sentait la brise marine, c´était comme vivre dans un bateau fait pour flotter sous les eaux. Tiens, encore une idée à creuser... En parlant de creux, je me ferais bien un... AIE !

    Sa blessure... il regarda son ventre. Avant quand il avait mal, c´était seulement parce que cela faisait au moins trois bonnes minutes quarante cinq qu´il n´avait pas mastiqué un bon beignet de gramboises. Là, c´était vraiment une douleur qui faisait un petit mal de chien. Il était joli, ce pansement en forme de croix, ç´aurait été drôle de l´arracher pour voir la couleur de... Non, mon ventre, respectons ton hygiène, je te laisserai guérir. Mine de rien, ce passeur était un sacré salaud. Dire que j´ai failli mourir. Ces gens m´ont sauvé la vie... Je me demande bien où sont les autres maintenant... C´est vrai que ça a l´air bien sympa ici mais bon y a Nortellon, Saïan et Messerille qui m´attendent sur le Grand Mistral. Hé mais attends, depuis combien de temps je suis là ? Je suis complètement fou! Il faut absolument que je sorte d´ici ! Hellia ! Lysette ! Hellia ! Lysette ! Hellia !!

    Padgram__ Je dois sortir d´ici !!

    On ne lui répondit que par des grands coucous et des sourires amusés qui lui exhortaient à jouer età s´amuser comme un petit fou.

    Padgram__ Bon dieu, c´est des sauveurs, mais ils ont l´air d´en tenir une couche!

    Soudain, son ventre connut un terrible gargouillis, aussitôt suivi d´un intense frisonnement, puis d´une magnifique ondulation. Il redressa l´oreille, un chant d´une beauté incomparable retentit dans le lointain. Tous les habitants se figèrent dans une position de bienheureux.

    Un autre son enchanteur lui fit connaître une nouvelle ondulation, et cette ondulation sembla apaiser davantage son mal. Il ne connaissait qu´une seule personne capable d´accomplir un tel prodige.

    Padgram__ Djaz´k ?? Djaz´k est dans les parages ??

    Une femme vient lui répondre en lui tapant sur l´épaule.

    La femme__ Oui, tu as l´oreille musicale.

    Padgram__ Ah désolé madame vous devez faire erreur, Djaz´k est un homme.

    La femme__ Je m´en doute bien, glou glou, mais c´est incroyable, tu manques vraiment de respect. Encore sous la forme d´un gamin, je comprends, mais là, je fais un effort, je me fais un peu femme et tu ne t´attardes même pas sur mes courbes, sur mon charme, sur mes joues, sur mes boucles, sur mes...

    Padgram__ Oooooh là, dites, j´ai déjà deux femmes sur la conscience, ça fait beaucoup, monsieur l´Océan!

    La femme__ On dit mademoiselle.

    Padgram__ Bon, mais alors si vous n´êtes pas Djaz´k, quel est ce chant qui...

    La femme__ C´est bien ton ami. Mais ce que tu entends, ce sont les douces manifestations de son âme.

    Padgram__ Que veux-tu dire ?

    La femme__ L´homme qui aurait pu être ton meurtrier l´a assassiné juste après t´avoir logé ces plombs dans ta généreuse bedaine.

    Padgram__ Oh non... Et les autres ? Que sont devenus les autres ?

    La femme__ Le bateau et l´équipage ont coulé, mais trois de tes compagnons ont survécu.

    Padgram eut le souffle coupé.

    Padgram__ Coulé ?. .. Mais qu´est-ce qui...?

    La femme__ Peu importe, je n´étais là que pour te répondre, il faut que tu saches que lorsque j´accueille le corps d´un homme, celui-ci, pourvu que son âme soit pure, se réincarne sous la forme de l´une de mes nombreuses beautés. Djaz´k méritait de revivre sous la forme d´une baleine.

    Padgram__ Vous voulez dire... Que je suis dans Djaz´k ?

    La femme__ Non, tu es ici dans les entrailles de Fatraska l´aventureuse. Djaz´k ne doit pas être loin, voilà pourquoi son chant a fait réagir ton ventre.

    Padgram__ Ah... d´accord... d´accord...

    Un temps.

    Padgram__ Océan, il me faut sortir d´ici. Je dois rejoindre tous mes amis.

    La femme__ Tes amis sont moins importants que ce que nous allons faire maintenant. Nous allons rencontrer celle dont je te parlais tout à l´heure. Et ça va faire mal.

    Padgram__ Comment ça ? Qu´allez-vous faire ?

    La femme__ Une charge.

    Et aussitôt elle disparut en se fondant en eau.

    Padgram__ Je le sens mal...
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  • Posté le 6 octobre 2007 à 00:05:57 Avertir un administrateur

  • ___ Le port d´Anthar Obn Suur ___


    La nuit était tombée et la lune triomphait de sa pleine rondeur sur le port endormi. Des ombres harrassées accoururent jusqu´au bord. Saïan, Messerille, et Nortellon ne savaient plus combien de temps ils avaient marché.

    Nortellon__ Voilà... vous voyez la forteresse éclairée par la lune, là-bas ? C´est ça la citadelle de Gerabrossa le Jaune.

    Messerille__ Et tu crois qu´on a quelque chose à s´en foutre! BREAK, nom de dieu ! Doit bien y avoir une taverne d´ouverte sur ce port!

    Saïan__ N´y compte pas, quand j´y suis allée avec Papa, il n´y avait même pas un endroit où l´on pouvait s´asseoir.

    Nortellon__ Je suis aussi bien fourbu et ...

    PAF ! sa tête cogna celle d´un sein haletant.

    Lili__ Où est-elle ? Où est-elle ? Que faisons-nous ? Où allons-nous ? Qui êtes-vous ? Restez derrière moi, mes soeurs! Hellia n´est pas avec nous! L´ont-elles attrapée ? Qui êtes-vous ? Vous êtes des prisonnières, vous aussi ? Que faisons-nous ? Que faisons-nous ?

    Messerille__ Woh woh woh, on se calme, la nudiste! Tu viens de dérouiller le Nortellon, là.

    Saïan__ Messerille, sois donc un peu polie, tu vois bien que ces jeunes femmes ont couru et sont mortes de fatigue, tout comme nous.

    Lili__ Vous êtes des étrangers! Nous devons partir! Il va nous rattraper!

    Un cri de colère et de victoire retentit au loin.

    Gerabrossa__ Aahahahahahahahahahahahahah ! Je vous l´avais crié, mes jolies !! Je vous l´avais hurlé!! Je vous l´avais bien dit en route que nous nous retrouverions au port! Et je l´aperçois le navire qui vous attend!

    Du haut de son dirigeable, il leva une bouteille dont il remplit une fusée de détresse.

    Gerabrossa__ MES HOMMES !! ! SIGNAL ROUGE !!

    Lili__ Le dément ! Il les réveille tous !

    Des tentes qui longeaient le port, des éclats de voix retentirent, des armures s´enfilèrent, des soldats s´extirpèrent en courant au trot, des sabres dans le fourreau.

    Gerabrossa__ AUX CANONS !! ET ARRETEZ LES !!

    Nortellon__ Mais qu´est-ce que c´est que ce bordel ?

    Saïan__ Tout était si paisible et...

    Messerille__ Courez! Les voilà qui courent vers nous!

    Lili__ De quel navire parlait-il ??

    Messerille__ Courez!!

    Des dizaines de soldats s´étaient mis en effet à les pourchasser en courant à pas rapides et agiles, sans même respirer. Les jeunes filles du harem n´en pouvaient plus, Lili n´en pouvait plus, elles avaient couru trois heures durant, sans voir qu´Hellia les avait quittés, Messerille n´en pouvait plus, Nortellon n´en pouvait plus, seule Saïan dans son entrain habituel aimait bien encore courir mais objectivement elle commençait à avoir des cors à pied. Les soldats avaient beau avoir été tirés du sommeil, ils ne faiblissaient pas et en quelques secondes, ils atteignirent les premières retardataires. Trois têtes furent détachées.

    Lili__ Babiline ! Faltala ! Onalou !

    Messerille__ Laisse tomber ! sinon t´es la prochaine !


    Gerabrossa exultait dans son dirigeable.

    Gerabrossa__ SORTEZ LES CANONS !! AU BORD DES FALAISES, VITE !

    Les canons furent véhiculés dans une légèreté impressionnante jusqu´au bord de la falaise. Un navire était bien là, en effet...


    ___ Au pied de la falaise ___


    Grisk__ Karzus ! Voilà les pirates ! Le plan de Nortellon a fonctoinné ! Ils ont mordu à l´hameçon !

    Karzus__ Parfait, tiens toi prêt. Nous allons les effrayer.

    Grisk__ Tu entends tout ce boucan en haut ?

    Karzus__ Ne t´en occupe pas et concentre toi...



    __ A bord du Perroquet Boiteux ___


    Albatrusse__ Nous y sommes les enfants! Toutes ces heures de navigation n´auront pas été vaines! Le rocher aux mouettes mortes est près de nous!

    Rune__ Papa, fais attention, fais attention.

    Albatrusse__ Mais calme-toi ma fille, il n´y a rien à craindre, s´il n´y a pas de trésor, eh bien, ce n´est pas grave, nous repartirons sur mer et...

    L´homme du mât__ Capitaine !!

    Albatrusse__ Qu´il y a-t-il ??

    L´homme du mât__ Agitation sur les falaises !

    Albatrusse__ Comment ça ?? C´est impossible, nous avons agi avec la plus grande des prudences!!

    L´homme du mât___ Capitaine, ils déplacent des choses sur les falaises, et il y a un homme qui crie du haut d´un ballon !

    Londe__ Qu´est-ce que c´est ? Qu´est-ce que c´est, je vois rien avec mon oeil en moins, Rune, dis-moi !

    Rune__ Oh mon dieu, Papa, il faut reculer, vite ! Vite ! Ce sont des canons ! Papa, ils vont nous canarder !

    Albatrusse__ NON ! IL Y A UN TRESOR ICI !

    Rune__ Papa, il faut reculer !! Ils arment les canons !! !

    Les pirates s´agitaient, tous regardaient le chef avec un air perplexe, et voulaient le retenir.

    Albatrusse__ Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! Je bougerai le gouvernail moi-même s´il le faut !

    Rune__ PAPA !!



    __ Depuis la grotte de Karzus et Grisk ___


    Grisk__ Ils ont l´air de s´arrêter...

    Karzus__ Ils se méfient, c´est normal...

    Grisk__ Non mais tu entends ces cris, je te dis, moi, que c´est pas normal !

    Karzus__ Patience... Dans quelques instants, dans quelques instants seulement ils vont...



    BRAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAOUUUUUMMMMMMMM
    M !!




    Devant leurs yeux hallucinés, le bateau d´Albatrusse venait d´être complément atomisé. Cinq boulets rougeoyants tirés du haut de la falaise venaient à peine de l´atteindre avec une précision d´une violence insoutenable. Tout l´ensemble du navire venait de disparaître dans une série de formidables explosions. Un torrent de fumée naquit sur l´onde et se développa sur toute la falaise, puis vint les aveugler.


    ___ A Barzabute, salle du Bal __

    Les masques et les parures rivalisaient d´une beauté éclatante, les valses se succédaient, dans la plus virevoltante des émotions. Les Nobles du Royaume entendaient montrer qu´ils avaient de l´élégance et de la grâce. Conspiru, assis dans son fauteuil, tenant Lysette par la main les regardait d´un air amusé. Ses ministres eux aussi faisaient partie de la piste de danse. Seul Pralidor Hapic´n brillait par son absence.

    Un buffet somptueux avait été dressé, couvert de mets tous les plus fabuleux les uns que les autres, cochons fourrés, dindonneaux dans leur coulis de tomate, poissons millénaires, salades exotiques, pièces montées dépassant le plafond, spécialement troué pour l´occasion. La soirée mêlait habilement et le banquet et la danse. Lysette dans une robe rouge écarlate et verte émeraude s´ennuyait, les yeux vides, le visage soutenu par un coude affligé. Les musiciens suaient dans leurs trompettes et leurs mandolines, leurs collants tombaient un peu et il n´y avait que ça pour la faire rire.

    Conspiru regarda la pendule, il était minuit, la lune était toute ronde, et il était heureux. Ce soir, c´était le grand soir. Il prit Lysette par la main, et l´obligea à venir danser avec lui la nouvelle valse.

    Il la regardait avec un air satisfait et elle le regardait avec un mépris excitant. Ils dansaient, néanmoins, sans se parler. Applaudis par la foule des courtisans, applaudis par le monde des mondains.

    Conspiru__ Sais-tu, ma chère épouse, que ce soir est un bal qui s´annonce plus vrai que nature ?

    Lysette__ Que veux-tu dire ?

    Conspiru__ Eh bien c´est le soir, le soir, où les masques tombent, le soir où l´on remet de l´ordre dans le monde du chaos.

    Lysette__ Le vin te fait perdre la tête, tu devrais te reposer. On arrête la danse ?

    Conspiru__ Eh pourquoi donc ! S´arrêter en si bon chemin ? Vous n´y pensez pas, ma chère ?

    Lysette__ Tu me vouvoies maintenant ?

    Conspiru__ C´est le langage qui sied aux reines...

    Lysette__ Comme tu as l´air sûr de toi...

    Conspiru__ Et comme vous l´êtes bien moins. Il est bien loin le jour où vous avez quitté cette chambre, pleine de dédain, avide de retrouver votre condition, n´est-ce pas ?

    Lysette__ C´est donc bien vrai... la satisfaction te rend plus vieux.

    Conspiru__ Elle nous fait vivre tous les deux, ma chère...


    Déguisé en garde, Bougrasse et ses compères avaient réussi à franchir toutes les barrières de l´ivresse carnavalesque. Le tonneau était là. Dans quelques instants, ils allaient subtiliser le vrai tonneau.

    Bougrasse__ A côté du trône, vite !

    Ils se dépêchèrent, rasant les murs tant qu´ils pouvaient. Mais qu´importait pour les invités ? Ce n´était que du vin qu´on venait remplacer, et tout était danse, rires, fête, et désir.


    Lysette__ Comment Padgram est-il donc mort ?

    Conspiru__ Oh allons, allons, ne polluez pas notre danse victorieuse par un si boueux sujet de conversation. Ce soir, vous êtes la reine. Et nous règnerons triomphalement seuls.

    Lysette__ Charmant programme... Mais tu devras bien te coltiner tous ces courtisans, et puis... il y aura toujours tes ministres...

    Conspiru__ Ah ma chère... La soirée n´est pas finie.

    Lysette__ Comment ça ? Que voulez-vous dire ?


    Le vieux seigneur lui lança un sourire plein d´aisance, la fit tourner sur elle-même, puis la courba et la prit dans ses bras avant de déposer un baiser craquelant sur les lèvres de sa belle. Il la regarda intensément, elle eut un petit frisson de peur, il la redressa, et à la surprise générale, hurla comme un dément.


    Conspiru__ GARDES !! PLACE AU FEU D´ARTIFICE !!


    Bougrasse et ses compères n´en crurent pas leurs yeux. Au moment même où le tonneau allait être déposé, des soldats accoururent de partout, dans la salle de Bal, munis de torches enflammées, et riant comme des fous.

    Les invités crurent d´abord à un charmant divertissement, mais quelle ne fut pas leur horreur lorsque soudain, l´un des coureurs, dans un grand éclat de rire, projeta sa torche sur la robe d´une marquise, faite en feuilles de parchemin. Un grand cri s´éleva dans l´assistance mais c´était trop tard, toutes les issues étaient bloquées, les invités ne purent pas sortir. La Marquise ardente, dont le corps brûlait courut dans toute la salle et à chaque fois touchait d´autres robes qui prenaient immédiatement feu à leur tour, et les soldats de surenchérir en courant et en sautillant d´invité en invité, embrasant chaque corps avec une joie indicible, et hop, tous prenaient feu, tous criaient, tous cherchaient à se débarrasser de leurs masques qui fondaient dans leurs visages, mais c´était impossible, la matière du masque restait gravé dans leur peau, ils voulaient s´arracher leurs vêtements, mais ceux-ci leur collait à la peau, et les consumait comme des feuilles, dans d´atroces convulsions, ils cherchaient à s´enfuir, mais toutes les issues, toutes les issues, étaient déjà du feu. Et Conspiru riait, tenant Lysette entre ses bras, terrifiée, applaudissant ses braves soldats, dont la chorégraphie,à travers les corps incandescents faisaient presque oeuvre d´art.

    Pour leur bonheur, Bougrasse et les obèses, habillés en soldats, ne furent pas condamnés et purent se retirer, monstrueusement écoeurés. Conspiru en personne les avait devancés...


    __ Dans le Perroquet Boiteux, quelques instants avant l´explosion ___


    Rune__ PAPA !! Je t´en prie ! C´est du suicide!

    Albatrusse__ Ce mot est VIDE DE SENS ! AHAHAHAHAHAHAHAHAH !

    Rune (vers Londe)__ Vite, vite ! Viens !

    Elle la prit par la main, courut de toutes ses forces, vit les boulets arriver, et tout en sautant avec sa soeur dans la mer, poussa un long cri étouffé qui portait le nom de son père.


    Les deux jeunes filles, flottant dans l´eau, la tête hors de la surface, regardèrent les débris, la fumée leur bouchait la vue. Que s´était-il passé ? Que s´était-il passé ? Comment tout cela avait-il pu arriver ?

    Rune__ Quatre temps et trois jours bientôt réordonnés seront prochainement par le feu mélangés... C´était ça, notre destin, Londe... Mourir par le feu...

    Londe__ C´est... C´est impossible... Papa... Papa... Je l´ai frappé... Je l´ai...

    Rune__ Il faut nager ma soeur, il faut rejoindre le bord...


    A peine avait-elle fini de parler qu´un petit cri de poisson bienheureux attira son attention. C´était un dauphin qui surgissait. Il avait une corde autour de la tête et un bout de tissu y était accroché.

    Rune__ Ca alors, mais c´est... C´est un morceau de la robe de Saïan Hapic´n ! La fille qui était sur le Grand Mistral !

    Londe__ Papa...

    Rune__ Londe... Ce dauphin peut sans doute nous mener au Grand Mistral !

    Londe__ Papa...

    Rune__ Londe ! Viens, sinon nous allons mourir de froid dans cette mer !


    Mourir de froid ? hélas non. Mais mourir sans doute. Car sous leurs pieds, la baleine Fatraska guidée bien malgré elle par l´Océan s´introduisit de force dans les profondeurs sous-marines. Un terrible tremblement de terre fit frissonner les falaises, et des canons tombèrent. Une onde suprapuissante parcourut la surface des fots, les secousses se firent sentir dans toute une partie du continent. L´Océan chargeait la Terre, en pleine conversation avec l´ancienne Mort.

    Rune__ Oh mon dieu !!

    Hélas, à quel dieu se vouer, pauvre Rune, quand l´Océan crée une faille sismique, les syphons et les tempêtes se déchaînent, la guerre contre la Terre est menée en ces termes, et Rune et Londe se trouvent là, en l´endroit absolu de leur dernière pensée. L´eau se met à tourner autour d´elles, elles crient, elles sont noyées, étouffées par les flots, et dans une spirale dont elles ne sortiront jamais, les voilà emportées dans le centre de la Terre, où coule un magma terrible et sanguinaire, furieux et plein de rage, un magma en fusion, qui dans un bruit atroce, vient soudain les deux toutes les deux les brûler, absolument vives. Leurs deux corps, découpés en deux, s´enfoncent dans le feu du centre de la Terre, et se collent l´un à l´autre, avant d´être engloutis dans les noires profondeurs...


    Belle lune, belle lune. Pour qui sont donc tes chants berceurs ?


    -Apothéose-
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  • Everlasting Voir le profil de Everlasting
  • Posté le 6 octobre 2007 à 00:32:37 Avertir un administrateur
  • Bah dis donc Apothéose, quelle forme!
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  • Un_poil_sur_leQ Voir le profil de Un_poil_sur_leQ
  • Posté le 6 octobre 2007 à 23:24:48 Avertir un administrateur
  • Essaye de passer après ça... Béret bas, l´apo ^^.
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  • JujuDredd Voir le profil de JujuDredd
  • Posté le 7 octobre 2007 à 02:01:09 Avertir un administrateur
  • Quel(le) Apothéose ! (Jeux de mot à moins de deux centimes d´euro)
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  • Carnavale Voir le profil de Carnavale
  • Posté le 7 octobre 2007 à 19:28:27 Avertir un administrateur
  • == Barzabute ==

    L´aube pointait ses doigts de rose sur les premières murailles de la cité millénaire. L´activité habituelle, qui naissait toujours assez précocement dans les rues, avait cédé le pas à un ronflement collectif.

    Les ruelles et les places étaient jonchées de débris de cervoise et de viandes à demi-entamées, des amphores trouées répandaient encore leur vin, et celui-ci se mêlait à la bave des mendiants affalés sur le sol, enivrés par la fête de la veille.

    Une odeur de vomi et de sueur séchée allait de corps en corps et qui n´a pas connu cette impression d´extase après avoir bien bu, bien ri, et bien chanté, ne peut vraiment comprendre la valeur réelle de cette sensation olfactive, marquée sous le signe du partage social.

    Le soleil mettait à jours les restes du carnaval. Les masques écrasés, les femmes dénudées sur des tonneaux percés, des hommes aux visages rougeauds, à peine défroqués, des enfants endormis, privés de leurs parents pour un soir enivrés, s´adossant sur le sein des ribaudes attentionnées, premières réveillées, créatures du matin qui chantonnent l´ivresse.

    Et le château ? Eh bien tout fumant, le château, tout fumant du grand feu d´artifice. Une fumée noire et jaunâtre qui s´évadait par les jalousies. Conspiru était resté serré dans un coin de la salle, à rire nerveusement, entouré de ses gardes. Lysette s´était enfuie dans sa chambre.

    Les corps calcinés jonchaient le sol comme des détritus de fin de soirée. Ils étaient presque tous là, les nobles, les ministres, les monarques des alentours, tous étaient étalés là, à deux heures de n´être plus que cendres.



    (je continuerai plus tard, mais si la suite vous tente avant ça, n´hésitez pas ^^)!

    -Chapterving-
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  • Carnavale Voir le profil de Carnavale
  • Posté le 8 octobre 2007 à 12:41:31 Avertir un administrateur
  • Conspiru ordonna sèchement à ses hommes de se débarrasser des cadavres le plus rapidement possible, l´ère nouvelle commençait dans la vapeur de leur meurtre.

    Il se couvrit le visage en les enjambant puis en arrivant dans les couloirs se dirigea vers la chambre de Lysette. C´est à ce moment là que l´alchimiste Broalcoeur de Méchanie surgit, hors d´un passage secret dont lui seul avait la science.

    Broalcoeur : Alors, monseigneur ? Cette lotion ignifugeante a fait, je le vois, des merveilles sur vos hommes et vous-même.

    Conspiru : En effet, Broalcoeur, vous êtes un vrai génie.

    Broalcoeur : Vous rendez-vous compte de l´avantage divin que cela vous donnera sur les autres armées lorsque la guerre éclatera enfin ?

    Conspiru : Me prenez-vous pour un enfant ? Je vous rappelle que vous êtes un domestique, Méchanie, et c´est moi qui pense pour vous, vous n´êtes que le rat aux petits doigts de fée de MON laboratoire.

    Broalcoeur : Je... Je ne voulais pas vous froisser, monseigneur, mais si je venais vous solliciter c´est dans l´espoir que sans doute vous puissiez enfin me donner la légitime récompense dont vous m´avez garanti la...

    Conspiru sortit de son manteau une bourse plus grosse que le crâne d´un cochon et la laissa tomber par terre. Comme un petit caniche, le génial alchimiste s´accroupit, empli d´une reconnaissance infinie, embrassa mille fois les pieds de son bienfaiteur, et dut même ramper après lui pour l´empêcher d´avancer davantage.

    Mais Conspiru se dégagea de son agaçante étreinte par un coup de pied projeté en plein front, réajusta son manteau non sans un certain dédain, et ordonna à son sous-fifre, comme il l´avait fait la veille avec Hapic´n, de se relever.

    Conspiru : Maintenant que j´y pense, avez-vous ce que je vous ai demandé. Il se trouve que j´en ai justement besoin maintenant.

    Broalcoeur : Ooh oui, monseigneur, il est prêt, et ses effets, (il lui tendit une fiole remplie d´un liquide bleu et argenté) sans être permanents, sont...

    Conspiru : Sans être permanents ?! J´avais pourtant bien exigé qu´il soit éternel!

    Broalcoeur : Monseigneur, vous savez bien que j´ai déjà dû déployer tous mes efforts pour préparer ce qui devait servir de récompense au meurtrier de feu votre ennemi, ce passeur était très gourmand, très exigeant, et vous l´étiez davantage avec lui, alors vous pensez bien qu´il m´était particulièrement difficile d´approfondir davantage mes recherches dans le but de rendre ce philte d´amour véritablement éter...

    Conspiru : Ah tais-toi. Assure-moi, du moins, qu´il est puissant et durable.

    Broalcoeur : Une seule goutte vous la rendra passionnément vôtre pour au moins un mois.

    Conspiru : Et toute la fiole ?

    Broalcoeur : Ah je... Je vous déconseille de...

    Conspiru : Pourquoi ?

    Broalcoeur : Je crains que cela ne puisse la tuer.

    Conspiru : En êtes-vous sûr ou ne faites-vous que craindre ?

    Broalcoeur : Ca n´est qu´une hypothèse mais...

    Conspiru : Nous en aurons donc le coeur net. Merci. Vous pouvez disposer.

    L´alchimiste se retira humblement et disparut à nouveau derrière les murs pour rejoindre son laboratoire souterrain.

    Conspiru demeura quelques instants dans l´admiration béate de la fiole. Son bonheur y était contenu. Sa revanche aussi.

    Conspiru : Maintenant, tu vas m´aimer.

    Et il poursuivit son chemin jusqu´à la chambre de Lysette.

    Lorsqu´il arriva à sa porte. Il cogna gentiment, en glissant son oreille contre le bois pour écouter le bruit de ses gestes ou même de sa panique. Il savait bien qu´il devait lui faire un certain effet, maintenant qu´il lui avait démontré qui était le maître du royaume et du continent. Il l´appela doucement, gentiment, mais rien ne lui répondait. Dormait-elle encore ? Sanglotait-elle ? Avait-elle peur ? Peu importe, il n´allait pas continuer à gratter longtemps ce seuil si longtemps refusé. Dans quelques instants, il allait enfin s´assurer la naissance d´un héritier, qu´elle le veuille ou non. Si elle dormait, tant mieux, le philtre n´en serait que plus facile à faire couler dans sa gorge. Toujours pas de réponse. Tant pis, il l´ouvre.

    Aussitôt, son visage satisfait se mute en un désarroi de colère. La chambre est déserte, le lit est fait, et la fenêtre ouverte. Les battants claquent contre les murs. L´air est glacé, contraste saisissant avec la soirée de la veille. Il serre les poings, essaye de garder son calme et marche d´un air précipité jusqu´à la fenêtre. Une corde est tendue au balconnet. Enfuie... Elle s´est enfuie... Mais où sont les gardes ? Où sont les gardes ?

    Conspiru : OU SONT LES GARDES !! QUE FONT CES IVROGNES !

    Il sort de la chambre en furie, défonce une porte au passage, et court précipitamment rejoindre la cour intérieure.

    Et quelle n´est pas sa surprise de découvrir tous les hommes armés, victimes d´une beuverie monstrueuse, morts sur la place, les yeux révulsés et la langue verdie.

    Conspiru : Empoisonnés... Mais qui... aaaarh Lysette !!

    Eh oui, quels gardes auraient pu la retenir, la Lysete, puisque tous avaient bu de l´arsenic des amphores de Bougrasse et que les autres soldats continuaient de s´affairer pour nettoyer toute la salle de bal ?

    Le problème, c´est que Conspiru était à des années lumières de penser que les obèses étaient responsables de tout cela, attendu que leur chef, pour lui, croupissait toujours dans les oubliettes. Non, il n´était sûr que d´une chose. C´est Lysette en personne qui les avait empoisonnés pour mieux s´enfuir. Mais comment ? Mais quand ? Il n´aurait jamais dû la laisser partir de la salle de bal, et il n´aurait jamais dû rester aussi longtemps à contempler le spectacle. Peu importe, elle n´irait pas loin, plus personne n´irait loin désormais, plus de monarques voisins, plus de ministres, plus de nobles, plus personne pour partager le pouvoir, il était le seul, désormais, le seul à gouverner. Et le monde entier allait le savoir.

    Les sourcils froncés, il remonta le plus vite possible à la salle de bal et donna rendez-vous à tous ses hommes afin de préparer le réveil de Barzabute et des contrées voisines. La conquête allait commencer. Et Lysette serait la suprême récompense.



    === Sur les falaises du port d´Anthar Obn Suur ===

    Les soldats qui poursuivaient nos héros, accompagnés des filles du harem durent arrêter aussitôt leur course sous l´effet du terriblement tremblement de terre qui s´étendit très loin dans les alentours. Le pont-levis de la cité-forteresse avait aussitôt volé en morceaux, la terre s´était fendue, et plusieurs des sbires de Gerabrossa étaient tombés dans des failles, broyés par le remous des roches. Gerabrossa n´avait pas été touché mais avait été pris dans une tempête qui l´avait emporté on ne sait où. Quant à Nortellon, Saïan, et Messerille, ils étaient sains et saufs, protégés par un arbre qui leur était tombé dessus et qui avait retenu tous les éclats de terre. Hélas, le harem qui les suivait n´avait pas survécu, plusieurs des femmes, déséquilibrées avaient été jetées hors de la falaise et s´étaient horriblement écrasées dans les rochers inférieurs. Seule Lili avait réussi à saisir la main de Messerille à temps et pu se protéger avec les autres.

    Toute une évasion et pour quel résultat ? La mort de ses amies. Le visage contre la boue, les poings serrés, les jambes bloquées par l´arbre, Lili pleurait des larmes de sang. Les trois autres étaient encore évanouis. Le matin était venu, et le calme avec lui sur les falaises Zalzariennes. On ne sait pas encore, aujourd´hui, quelle fut l´ampleur des dégats sur les contrées aux alentours. A ce sujet, nous en apprendrons plus peut-être si nos héros reprennent leur voyage. Le fait est que l´arbre qui les avait sauvés était aussi lourd que massif. Pourraient-ils à eux seuls le redresser ? Attendons qu´ils se réveillent pour le savoir...


    === Du côté de Grisk et Karzus, dans les renfoncements de la falaise en contrebas ===



    à vous la suite!
    -Chapterving-
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  • Laikri_Venn Voir le profil de Laikri_Venn
  • Posté le 9 octobre 2007 à 14:24:02 Avertir un administrateur
  • Les deux hommes avaient réussi à s´enfuir tout au fond de la caverne afin d´échapper aux chutes de pierre. Malheureusement, l´entrée était maintenant complètement bouchée par un amoncellement de rochers. Et il faisait complètement noir.

    Grisk-- Super! On est coincés pour toujours, maintenant!

    Karzus-- Du calme, j´ai tous mes ingrédients avec moi, je vais essayer de préparer quelque chose.

    Grisk-- Mais tu m´as dit tout à l´heure en revenant de la surface que tu n´avais pas tout trouvé.

    Karzus-- Oui certaines espèces de fleurs et de plantes qui avaient l´habitude de pousser sur les surfaces calcaires ont disparu... mais j´ai quand même assez pour repréparer quelques potions. De toute façon maintenant elles ne serviront plus à leur usage d´origine.

    Grisk-- Comment ça ? Que peux-tu faire avec ces potions ?

    Karzus-- Nortellon savait qu´avec ces préparations je pouvais faire croire à quiconque d´être quelqu´un d´autre. Je peux prendre devant tes yeux autant de formes que je le souhaite, mais dans la limite de mes dispositions matérielles. Si les pirates étaient arrivés à bon port, j´aurais pris une autre forme et... et... oh non... Londe... Rune...

    Grisk-- Oh non!

    Karzus-- Elles étaient dans le bateau...

    "Hmmmmmmhhmhmhmm"!

    Karzus-- Qu´est-ce que tu dis ?

    Grisk-- Rien, je ressens comme... J´ai une peine qui...

    "Hmmmmmhmhmhmh"!

    Karzus-- Et voilà, tu recommences !

    Grisk-- Mais quoi ! Laisse donc mon émotion me submerger, je...!

    "Hmmmmmmhmhmhm"!

    Karzus-- Par Brakzut ! Ce n´est pas toi ! Il y a quelqu´un sous les pierres qui nous appelle !

    Le cri étouffé venait en effet du tas de roches. Aussitôt, Karzus et Grisk prirent leurs forces à deux bras et enlevèrent autant de gravats que possible. Le cri devenait de plus en plus présent et intense.

    Karzus-- Tenez bon, mon brave! On arrive !

    Grisk-- Comment quelqu´un peut encore réussir à vivre sous autant de pierres !

    Karzus-- Regarde !

    En retirant la pierre qu´il tenait dans les mains, il venait de découvrir une main toute noire qui gesticulait du mieux qu´elle pouvait.

    Karzus-- Incroyable...

    Ils se dépéchêrent davantage et finirent par extirper le corps hors des pierres. Ils reconnurent la corpulence naturelle d´un homme bien bâti, qui recouvert par le morceau d´une coque de bateau, laquelle, recouverte de pierres, l´avait maintenu en vie. Il avait encore le visage plaqué à terre, à taper, à gesticuler, et à pousser de grands cris de détresse, lorsque Grisk et Karzus parvinrent finalement à l´extirper de sa prison et à le protéger.

    L´homme, couvert de sang et de suie, n´eut que le temps de dire merci à ses sauveurs avant de s´effondrer dans leurs bras. Grisk et Karzus n´en revenaient pas.

    L´homme qu´ils venaient de secourir n´était autre qu´Albatrusse le pirate.



    --- Au coeur de la Terre ---

    Maintenant, après avoir dressé un rapide bilan de ce que nous savons quant au sort de nos différents héros, revenons un peu en arrière, car il est temps de revenir au coeur de la Terre. Que s´était-il passé dans l´univers spirituel ? Comment la conversation avec Hellia s´était-elle déroulée jusqu´à cette impressionnante charge de l´Océan ? Ecoutez plutôt. Hellia venait donc d´arriver, menée par la Mort, dans son ancien cosmos.

    La Voix de la Terre-- Bienvenue chez toi, Helliarane.

    Hellia-- C´est incroyable... Je n´espérais plus une telle entrevue.

    La Voix de la Terre-- Helliarane, laisse parler ma voix. Tu ne peux plus parler, tu ne peux plus être, parce que tu n´as pas le droit d´être. J´ai accepté de te faire venir pour te voir une dernière fois avant que tu disparaisses.

    Hellia-- Quoi ? Disparaître ?

    La Voix de la Terre-- Tu n´es pas censée être. Tu n´as aucune légitimité. Ton visage même n´est pas humain.

    Hellia-- C´est faux! Je sais que mon visage a été emprunté à une mortelle qui s´appelait Inyashar Dallutino.

    La Voix de la Terre-- Tu oses remettre en doute la parole du monde ? Le visage que tu offres aux mortels n´appartient qu´à toi. Il est pure création. Jamais nul être humain ne le porta avant toi.

    Hellia-- Mais... Mais j´ai rencontré une femme qui... Une femme qui m´a confondue avec elle et...

    La Voix de la Terre-- Inyashar Dallutino n´a pas encore été appelée.

    Hellia-- Comment ? Elle vit encore ?

    La Voix de la Terre-- De toute évidence.

    Hellia-- Mais Lili...

    La Voix de la Terre-- Inyashar Dallutino, humaine parmi les humaines, est anormée.

    Hellia-- Comment? Ferait-elle partie des hystériques de ce monde ? Une... mythomane ?

    La Voix de la Terre-- La femme que tu appelles Lili ne correspondrait-elle pas à ce portrait ?

    A ce moment même, dans le blanc immense qui entourait Hellia, apparut l´image de Lili, courant, affolée, en direction du port d´Anthar Obn Suur.

    Hellia-- Oui, c´est elle ! Oh mon dieu je les ai laissées toute seules...

    La Voix de la Terre-- Voici Inyashar Dallutino.

    Hellia-- Comment ?

    La Voix de la Terre-- Tu auras été abusée par une mortelle hystérique oublieuse de sa propre identité.

    Hellia-- Alors... alors elle n´a fait que projeter en moi ce qu´elle était elle-même ?

    La Voix de la Terre-- Les humains sont des créatures étranges et instables. Ceci est l´éclatante illustration de ce que tu ne peux devenir. Ton existence est anomalie, Helliarane. Néant tu étais, néant tu seras.

    Hellia-- Non, non, Terre, vous ne pouvez... J´ai une dernière faveur !

    La Voix de la Terre-- Presse-toi, dans ce cas.

    Hellia-- Mon château, qu´est-il advenu de mon château ?

    La nouvelle Mort réapparut subitement en ricanant légèrement.

    La Mort-- Très confortable, ne t´inquiète pas.

    Hellia-- Ecoute, dans une des chambres, il y a un portrait de mon premier crâne, et aussi ma faux fétiche, la faux d´or, j´aimerais pouvoir l´avoir avec moi en disparaissant.

    La Voix de la Terre-- Humaine, trop humaine. Tu n´auras le droit à rien. Adieu, désormais.

    Alors Hellia ferma les yeux et fut pris d´une violente émotion qui lui broya le ventre, et la fit frissonner comme si elle avait été transpercé par un grand piquet de glace, Padgram, Gaulois, la plaine des rires, Padgram, les dragons, Londe, Rune, le temple, les fous sur la route, Padgram, Fërucora, Messerille, Padgram, Kuliz, le bateau, Padgram, la citadelle, Gerabrossa, le harem, Lili, l´évason, Padgram, Padgram, Padgram, Padgram, tout défila dans sa tête, toutes ses pensées se concentrèrent sur l´homme qu´elle avait aimé et pour qui elle avait fauté. Adieu, lui dit-elle, adieu mon prince. Puisses-tu ne pas m´oublier. Adieu, adieu.

    C´est alors que tandis qu´elle s´agenouillait pour recevoir la dernière décision de la Terre, une monstrueuse secousse ébranla le cosmos autour d´elle, la voix de la Terre poussa un grand cri heurté, et sous les yeux incrédules d´Hellia, une baleine gigantesque perça la lumière blanche, détruisit le décor en créant une secousse sismique dont chaque palpitation en son coeur éprouva la sensation. Tout le blanc mythique et atemporel, rompu, Hellia fut projetée dans une espèce de milieu boueux et humide dans laquelle elle faillit se noyer, si la baleine n´avait pas ouvert la bouche à temps pour la gober.

    Cet énorme milieu boueux n´était autre que le lieu du conflit même entre la Terre et l´Océan, l´eau et la glaise. Hellia fut projetée dans une vague à travers la langue de Fatraska et atterrit non sans dommage dans le ventre de la cité intérieure. Quand elle releva les yeux, elle vit des silhouettes clignoter, elle entendit la voix tonitruante de l´Océan apostropher la Terre. Les deux grandes forces spirituelles participant de l´ordre cosmogonique de Saldra étaient désormais face à face, plongés dans une confrontation légendaire, dont le sort du monde pouvait maintenant dépendre à tout moment. Jamais depuis la nuit des temps une aussi mythique rencontre avait pu se produire. Ô mortels, redoutez un conflit aussi divin! Ô éternel conflit légendaire !

    L´Océan-- Vieille Garce ! De quel droit te permets-tu d´agir sempiternellement sur le destin de tes créatures !

    La Terre-- Et toi, Salaud ! de quel droit m´interrompts-tu en plein boulot ! Nan mais quelle mouche te pique, bordel ! Si c´est encore pour cette histoire d´hier soir, je te répète que j´avais la migraine et que j´étais pas d´humeur !

    L´Océan-- Il ne s´agit pas de ça ! Enfin, si, c´est bien de ça dont il s´agit ! Foutre, j´en ai marre de cette situation foireuse ! Je veux savoir si tu m´aimes ou pas !

    La Terre-- Mais t´es vraiment qu´un sale égoïste, ma parole ! Tu ferais mieux de partir! si le Ciel l´apprend !

    L´Océan-- Oooh mais je vais aller le voir ton mari, tu vas voir, je vais tout lui dire ! Et là, tu seras bien forcée de le demander, ce putain de divorce !

    La Terre-- Comment oses-tu me faire une scène ! Et devant tout le monde !

    L´Océan-- Ah, c´est bien à toi de faire l´effarouchée, hein ! Combien de temps ai-je dû supporter tes petites simagrées, et ton petit manège avec l´autre, là, l´autre jour ! Avec ta façon de minauder, là, et de...

    La Terre-- Aaah la barbe à la fin ! Dois-je te rappeler que toi-même, il y a deux ans, lorsque tu m´as trompée avec l´espèce de...

    Ainsi le débat se poursuivait, dur, harrassant, passionnant pour les habitants de Fatraska qui découvraient ainsi que la prétendue amitié entre la Terre et l´Océan n´était que de l´eau!

    Hellia n´en revenait pas trop non plus. Se rendait-elle compte que, derrière elle... Mais il suffisait de sentir. Oh bien sûr les odeurs de l´estomac de Fatraska, un peu sujette à de brutales diarrhées ces derniers temps, effarouchaient quelque peu les narines. Mais comment ne pas reconnaître l´odeur de Padgram, le digne héritier du roi Grofor ?

    Elle se retourna, ils se firent face à face, comme au premier jour, comme lorsqu´il avait ouvert cette porte dans la maison de Gaulois, et sans un mot, sans un instant d´hésitation supplémentaire, sans une goutte de bave en trop, ils se jetèrent dans les bras l´un de l´autre avant de s´embrasser à pleine bouche, et de s´effondrer sur une rate de baleine, insoucieux de faire l´amour devant tous les géomètres, lesquels guettaient avec intérêt le moment où le corps de la jeune femme nouvellement arrivée allait se faire absorber par la graisse de son amant.

    Mais jetons un voile sur cette scène frappante car il est temps à présent de vous renseigner sur l´endroit que Lysette la fugueuse avait élu pour refuge.

    à vous la suite!
    - Laikri_Venn -
    (Apo et bravo, ça rimera peut-être toujours ^^.)
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  • Posté le 10 octobre 2007 à 18:17:49 Avertir un administrateur
  • Mais en réalité, la question n´est pas tellement de savoir où Lysette dissimulait ses beaux cheveux et sa belle silhouette de belle femme. Non, la question est plutôt de savoir vers où elle fuyait. Depuis qu´elle s´était décrochée du drap de son évasion, elle s´était contentée d´enjamber les gardes empoisonnés, d´ouvrir grandes les portes, de sauter au-dessus de la foule des corps endormis, et puis de quitter la cité, de quitter le royaume, de quitter les routes, d´aller n´importe où.

    En fait, elle ne savait absolument pas vers où se diriger, si la nuit n´avait pas été blanchie par la lune, elle ne se serait sans doute jamais enfuie. Il les avait tous exterminés, ce vieux fou, tous crâmés, tous à point, comme des saucisses. Il fallait lui échapper le plus vite possible. Mais pour aller où ? Et voilà que le matin pointait... Là ! La carriole d´un paysan endormi au bord de la route. Elle est pleine de tonneaux. Elle les ouvre. Ils sont plein de vin. Très bien, vidons le. La vache, il est lourd ! Bon, on va prendre ses deux petits bras et on va pas faire sa fiotte, Lysette! A la une ! A la deux ! A la trois ! et Hoooooooo hisse ! hoooooo hisse ! Bon sang ! C´est pas un tonneau d´pédé, ça ! Allez, on y r´tourne! Hooooo hisse ! Hoooo hisse ! Aaaaarh ! Tu vas bouger, saleté !

    Elle n´est pas très prudente, la petite Lysette, elle est un peu trop traumatisée par ce qui s´est passé dans la salle de bal si vous voulez mon avis, et du coup elle en oublie complètement qu´il faut savoir être discrète quand on veut se péter un trip clandestin dans un tonneau illégal plein de bon vin. C´est donc sans trop de surprise que le paysan qui dormait, affalé sous une mauvaise couverture, près d´un chêne rabougri, se réveilla bien décidé à donner des coups de bâton à qui de droit.

    Voir une ravissante jeune femme s´efforcer d´ouvrir un tonneau, bien loin de provoquer sa colère, lui donna plutôt de la joie. Depuis des années, ce paysan vivait seul. Sa femme avait été emportée par le choléra et sa fille unique avait été égorgée par des brigands. Il était donc d´une très grande indulgence pour les passantes perdues. Se doutant bien que la jeune femme avait marché pendant des heures, et devait mourir de soif, il se précipita au-devant d´elle, lui tapota les joues en bon père, prit le tonneau et le perça en donnant un coup bien sec avec son poing gauche.

    Le paysan: Tenez, buvez.

    Lysette le considéra avec un de ses petits regards méprisants qui vous fait sentir vraiment minable.

    Lysette: Ah mais c´est très gentil, mais c´est vraiment pas pour ça que je fais ça, là, tout de suite. Je me demandais plutôt si vous ne pourriez pas m´emmener avec vous.

    Le paysan: Où allez-vous ?

    Lysette: N´importe où. Sauf à Barzabute.

    Le paysan: Qu´est-ce que vous reprochez à Barzabute ? c´est un beau royaume !

    Lysette: Je ne suis pas sûre qu´on pourra en dire autant dans les temps à venir.

    Le paysan: Moi, je me rends au Moulbidon.

    Lysette: Ah non, ça aussi c´est une mauvaise idée.

    Le paysan: Pourquoi donc ?

    Lysette: Ben disons que je pense qu´il va y avoir quelques changements politiques. Le roi du Moulbidon a été un peu trop... euh... enflammé, ces derniers temps.

    Le paysan: Mais comment pouvez-vous être aussi pessimiste ?? J´ai une commande, moi. Si ça vous plaît pas, vous n´avez qu´à partir !

    Lysette: Non, je sais pas où aller. Je sais pas. Il faut peut-être que je quitte le continent.

    ?? ? : Ce ne sera pas pour tout de suite, ma jolie.

    Lysette : Hein ?

    Sans qu´elle ait le temps de réagir, Lysette était prise par la taille, baîllonnée, les yeux bandés les pieds et les poings liés. La voix qui était intervenue continua de lui parler avant de l´assommer.

    ?? ? : Si je m´écoutais, tu serais déjà morte, catin.

    Vous l´aurez reconnu, il la suivait depuis qu´elle s´était enfuie du château, et il ne l´avait pas lâchée d´une semelle, c´était Bougrasse l´Enragé et sa bande.

    Le chef des obèses tabassa le paysan déboussolé, ramassa Lysette, la mit sur ses épaules, puis monta sur la carriole ; son équipe laissa tomber tous les tonneaux, et n´en garda qu´un.

    Il tira sur les rênes des chevaux et partit à toute allure en direction des mines de Falacrosse.


    °°° Sur le bord des falaises Zalzariennes °°°

    Faut pas prendre Messerille pour une bleubite, elle avait été bucheronne dans son jeune temps, c´était son grand-père, le vieux Massanus, qui lui avait tout appris. Dès qu´elle rouvrit les yeux et qu´elle constata non sans un certain agacement apparenté à un ras les couilles authentique qu´un arbre massif les empêchait ses compagnons et elle-même de se mouvoir librement, elle reprit ses bon vieux réflexes, lima son poing contre une pierre, et le projeta en plein dans le tronc, qui se brisa sur le coup.

    Messerille: Vingt-deux! Roulez boulez !

    Le signal fut aussitôt compris par Nortellon, Saïan, et Lili qui se roulèrent sur le côté pour éviter que toutes les pierres que le tronc avait retenues ne leur écrase leur charmantes petites têtes de héros qui nous font plaisir de pas mourir et de survivre là où tous les autres se font lamentablement éliminés comme des mouches - mais bon, on se doute bien que dans l´économie du récit, gros lecteur insensible, des gens dont tu connaissais même pas le nom, qu´ils crèvent ou non au pied d´une falaise, t´en as un peu rien à foutre. Remarque, c´est de bonne guerre, moi aussi.

    Messerille releva ses amis et leur demanda de se refaire un peu la toilette parce qu´ils étaient dégueulasses avec toute la poussière et le sang qui recouvrait leurs vêtements.

    Ils regardèrent soudain autour d´eux. Le soleil pointait comme un petit gâteau au miel dans l´horizon, l´air était frais et l´océan avait l´air calme. Dans les alentours par contre, c´était un vrai désastre. Les tentes des soldats et les soldats étaient toutes détruites, le paysage était désertique, parsemé de failles, privé de verdure et des fleurs exotiques qui avaient un peu remis du baume au coeur d´Hellia lorsqu´elle avait débarqué pour la première fois.

    Lili pleurait encore.

    Messerille : Roooh mais qu´est-ce qu´elle a à chialer comme ça, celle là ! T´es pas heureuse qu´on s´en soit sortis ?

    Lili : Je pense à mes amies qui sont tombées dans la mer... Et je pense à cette femme exceptionnelle qui nous a aidées... Qui m´a aidée... Je... Tout cela est absurde.

    Saïan : Mais qui êtes-vous à la fin ?

    Lili : Je m´appelle Line... Inya... Line... Je suis Line, je suis Line. Mais vous pouvez m´appeler Lili...

    Saïan : Euh attend Linineya ou Linineyaline ? J´y comprends rien.

    Lili : Appellez-moi Lili.

    Nortellon : Cela ne nous dit toujours pas qui vous êtes.

    Lili : Je suis une fugitive... Je viens de la citadelle de Gerabrossa le Jaune.

    Nortellon écarquilla les yeux.

    Nortellon : Vous vous êtes... Vous vous êtes enfuie ? Vous faisiez partie de son harem ? Vous vous êtes... ENFUIE ??

    Lili hocha la tête silencieusement.

    Nortellon : Je... Depuis combien de temps étiez-vous là ?

    Lili : Je ne sais pas...

    Nortellon : Dites-moi, vous souvenez-vous par hasard d´une femme blonde aux yeux d´un bleu délicat, elle a dû arriver... Oh mais c´était sans doute bien avant vous... Elle avait.. elle avait une petite cicatrice sur le sourcil gauche... et... ses seins étaient délicieusement lourds et tombants... Elle s´appelait... Satina.

    Lili : Je suis navrée... cela ne me dit rien...

    Nortellon : Attendez, il y avait une petite fille avec elle... je n´arrive même pas à me souvenir de ses traits...

    Messerille : Bon, tu vois bien qu´elle est sonnée, là, de toute façon. Elle pourra pas t´aider.

    Nortellon : Dieu...

    Saïan : Précisez le nom, sinon votre supplication n´a aucun intérêt, monsieur Nortellon.

    Nortellon : Taisez-vous...

    Saïan : Bon, mais alors comment avez-vous fait pour vous échapper de cette fameuse citadelle, Lili ?

    Lili : C´est cette femme... La soeur d´Inyashar Dallutino... Elle avait des histoires extraordinaires...

    Nortellon redressa la tête.

    Nortellon : Hellia ? Elle s´appelle Hellia.

    Lili : Oui! Vous la connaissez ?

    Messerille : Je l´ai croisée.

    Nortellon : Je l´ai vendue...

    Saïan : J´la connais pas !

    Lili : Mais alors si vous êtes amis, vous devez être les compagnons du prince Padgram, dont elle nous a raconté les aventures ! Toi, celui qui l´a vendue, tu dois être Nortellon. Et toi, l´insolente, tu dois être Messerille.

    Messerille : Haan ! Elle a parlé de moi, c´est vrai ? Je le savais que c´était une femme qui en avait !

    Nortellon : Où est-elle à présent ?

    Lili : Mais c´est elle dont j´ignore le sort ! Nous l´avons perdu de vue dès que nous avons quitté la citadelle.

    Nortellon : Mais alors l´homme qui s´excitait sur le ballon, la nuit dernière, là, c´était le sultan ?

    Lili : En personne... Mais dites-moi, si vous êtes là, cela signifie que je vais pouvoir rencontrer Padgram! Oh elle n´a pas menti ! S´il était comme elle en parlait, il était évident qu´il allait tout faire pour la retrouver !

    Le visage de ses trois interlocuteurs s´assombrit.

    Lili : Qu´il y a-t-il ?

    Nortellon : Le Prince Padgram... nous a quittés.

    Lili : Oh non... Qu´est-il arrivé ?

    Nortellon : C´est un peu long à expliquer.

    Messerille : On finira bien par écrire un bouquin sur sa vie, de toute façon, t´auras qu´à aller te renseigner sur place.

    Lili : Mais je croyais qu´il était brave et que...

    Saïan : Bon, hé, ça va vous le connaissez même pas ! Moi, sans lui, maintenant, je vais être borderline pour le reste de ma vie, et là vous voyez, vous voir parler de lui comme si vous le connaissiez, alors que moi-même je le connaissais à peine ben ça me met encore plus borderline que borderline !

    Messerille : On se calme, mademoiselle Saïan.

    Saïan : ET COMMENT VEUX-TU !

    Messerille : On peut jouer aux osselets, si vous voulez...

    Nortellon : Non, écoutez. Il faut que nous retrouvions Grisk et Karzus. Il faut qu´ils sachent pour Padgram.

    Messerille : Han, c´est pas vrai, je vais tuer quelqu´n... Et comment on fait pour les contacter ?

    ?? : Ce ne sera pas nécessaire.

    Tout le monde se retourna et fut très surpris de constater que Karzus et Grisk se tenait devant eux, ou pas exactement sur pied. Des mouettes cleptomanes tenaient à leur pattes des cordages qui les retenait, et ils volaient stoïquement sur place. Karzus tenait un homme évanoui dans ses bras.

    Lili : Et voilà Karzus ! Mais je ne sais qui est cette laideur qui...

    Grisk : Dites, mesurez vos paroles !

    Le Subsaldrante atterrit lourdement sur le sol. La mouette qui se chargeait de lui s´envola aussitôt, soulagée. Karzus le suivit de près.

    Nortellon : Quel est ce prodige, Karzus ?

    Karzus : Nous étions bloqués dans la falaise en contrebas, votre plan a fonctionné. Ces mouettes sont capables de soulever des poids considérables. Je les ai attirées en sifflant et elles ont débouché toutes en masse les rochers. J´avais un peu massacré leurs soeurs, les défiant à nouveau, elles avaient de quoi vouloir me dégager la voie pour m´assassiner.

    Nortellon : Et vous les avez ensuite apprivoisées pour qu´elles vous transportent...

    Grisk : Hé ! C´est plus rapide et plus fendard que de se taper l´escalade !

    Nortellon : Mais alors... Si le plan a fonctionné, ça veut dire que... e navire qui faisait s´exciter Gerabrossa ? C´était...

    Karzus : Le navire d´Albatrusse, oui...

    Nortellon : Et cet homme dans vos bras !

    Karzus : Albatrusse en personne, oui.

    Nortellon : Mais alors... Nos deux jeunes amies ?

    Tristement, Karzus fit non de la tête, en baissant les yeux.

    Lili : Les éléments se sont déchaînés hier soir...

    Grisk : Qui est cette femme ?

    Lili : Je suis Line mais vous pouvez...

    Messerille : Woh woh woh on va pas refaire trente-six fois les présentations, c´est juste une fille qui connaît bien Hellia !

    Lili : Mais vous pouvez m´appeler Lili.

    Messerille : Eh merde, elle l´a encore dit.

    Karzus : Mais de toute façon, comment se fait-il que vous soyez tous ici ? Où est le Grand Mistral ? Où est Padgram ?

    Ce fut au tour de Nortellon de faire non de la tête tristement.

    Karzus : Oh ! Ca veut dire quoi ce non !

    Nortellon : Peu après votre départ... Un homme est venu...

    Karzus : La barque...

    Saïan : Et il a tué tout le monde ! A commencer par Padgram !

    Karzus : C´EST IMPOSSIBLE !

    Grisk : Je suis pas spécialiste en blagues mais là je crois que c´en est pas une bonne!

    Nortellon : Je suis désolé...

    Karzus : Je ne peux pas vous croire... Je sens sa présence... Il est là, il est vivant, quelque part, il n´est pas mort.

    Nortellon : Pourquoi nous mentirions-vous !


    à vous !
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  • Posté le 11 octobre 2007 à 12:50:18 Avertir un administrateur
  • KARZUS> Ce n´est pas une question de mentir! C´est juste que s´il était mort, je le saurais!

    NORTELLON> Ecoutez, nous savons ce que nous avons vu, Padgram a été atteint par une balle dans le ventre, a titubé, et s´est noyé dans l´océan.

    KARZUS> Mes sens me tromperaient-ils ?

    NORTELLON> Je ne sais pas mais en tout cas, les nôtres sont catégoriques.

    Karzus sentit comme un claquement sec dans la gorge et puis, à sa grande surprise, dans la tristesse silencieuse qui venait d´immerger le groupe, éprouva une sensation qu´il avait presque fini par oublier. C´est sur son épaule que ça se passait. Et lorsqu´il tourna la tête, il reconnut aussitôt les pattes de son oiseau d´os.

    KARZUS> Incroyable ! Où étais-tu donc passé, toi !

    LILI> Je le reconnais, il accompagnait toujours Hellia dans le harem...

    MESSERILLE> Ca veut peut-être dire qu´elle n´est pas loin !

    KARZUS> Attendez, il essaye de me dire quelque chose...

    Karzus tendait l´oreille, l´oiseau lui expliquait qu´il en avait eu marre de son régime autoritaire et que ce petit brin de liberté ne lui avait pas fait de mal et qu´il ne fallait pas qu´il s´énerve pour un rien parce qu´un oiseau c´est fait pour voler, pas pour obéir, et en outre, s´il veut tout savoir, Karzus, la femme qu´il protège, cette dénommée Hellia, est bien vivante mais pour l´instant introuvable. Nul homme ne peut le savoir.

    KARZUS> Bon la bonne nouvelle, c´est qu´Hellia est vivante et qu´elle n´est pas tombée entre les mains des soldats de Gerabrossa. La mauvaise, c´est qu´elle est introuvable et qu´il n´existe pas un endroit sur Terre où l´on peut éprouver sa présence.

    GRISK> Et dans ce cas, pourquoi pas sous terre ?

    KARZUS> Ca n´a pas de sens.

    SAIAN> Euh excusez-moi, j´aimerais poser une question. A quoi nous sert tout ça, maintenant, de toute façon ?

    KARZUS> Je vous demande pardon ?

    SAIAN> Le gros homme qui menait toute votre petite équipe à la baguette n´est plus de ce monde. Seuls, que sommes-nous ? Moi, si c´est comme ça, je veux rentrer à Kuliz et retrouver mon père. Je deviendrai corsaire, mercenaire, ou pirate, plus tard.

    KARZUS> Mais rien ne vous empêche d´y retourner...

    SAIAN> Ah non, moi je veux savoir ce que vous décidez de faire avant.

    KARZUS> Si Padgram est mort, ce que je n´admets toujours pas, si Padgram est mort... Il faut au moins que nous allions jusqu´au bout de ce que nous voulions faire. Il faut retrouver Hellia.

    SAIAN> Et après ?

    MESSERILLE> C´est vrai, moi, une fois que j´ai retrouvée Hellia, je me barre avec elle.

    KARZUS> Pardon ?

    MESSERILLE> Ben oui, c´est ce que j´ai prévu. Hellia, elle est faite pour moi.

    KARZUS> Aurais-tu par hasard... oublié qu´Hellia était la préoccupation de Padgram avant d´être la tienne.

    MESSERILLE> Non mais je me doute bien mais moi je veux qu´elle soit avec moi. On va partir toutes les deux, on le mérite, elle m´a tapée dans l´oeil, et je pense que moi aussi je lui ai tapé dans l´oeil, la preuve elle a parlé de moi.

    SAIAN> Quelle est cette passion dénaturée, Messerille !

    MESSERILLE> De quoi vous me parlez de dénaturé ? J´ai le droit de penser qu´une femme est faite pour moi.

    KARZUS> Tu ne connais même pas la nature réelle de cette personne !

    MESSERILLE> Qu´est-ce que j´en ai à cirer ! De toute façon, on perd du temps à discuter, partons à sa recherche.

    LILI> Mais qui a dit qu´Hellia t´était réservée ! C´est Inyashar Dallutino !

    NORTELLON> Qu´est-ce que vous racontez, Lili ? Maintenant que j´y pense, vous avez associé Hellia à cette femme comme sa soeur et maintenant vous dites que c´est Inyashar elle-même ?

    KARZUS> Vous êtes tous déments, ma parole ! Hellia n´est même pas humaine à l´origine !

    MESSERILLE> Arf, trop drôle, et c´est nous les déments ?

    LILI> C´est Inyashar Dallutino !

    MESSERILLE> Mais c´est qui Inyashar Dallutino !

    LILI> Une femme de Liberté ! C´est Hellia !

    Karzus regarda soudain profondément Lili et fronça les sourcils.

    KARZUS> Mais... ma parole...

    Surprenant tout le monde, il la prit brutalement par le cou et la plaqua à terre.

    GRISK> Hey Karzus, qu´est-ce qui te prend ?

    KARZUS> Cette femme est anormée. C´est une hystérique et une mythomane.

    LILI> Vous êtes fou ! Vous voulez me tuer !

    KARZUS> Nous allons voir qui est votre Inyashar Dallutino !

    Aussitôt, Karzus sortit une potion hors de son pagne et la passa devant les yeux de Lili. Au même moment Karzus s´exclama "Memoris!", ce qui fit aussitôt changer la potion de couleur. Il l´ouvrit et la vida sur son corps.

    Aussitôt, celui se métamorphosa dans une série de grumelages de peaux. Après quelques instants d´hallucination, le groupe vit apparaître à la place de Karzus une nouvelle Lili.

    LILI la double> Voilà donc qui est Inyashar Dallutino !

    NORTELLON> Ainsi donc, la légende disait vrai, vous avez le pouvoir de prendre l´apparence de n´importe qui !

    LILI la double> Nuance, vous vous contentez de croire ce que je vous montre.

    MESSERILLE> Elle nous a donc mentis sur son identité, la gourdasse ?

    LILI la double> Elle est folle. Elle a pris Hellia pour elle-même.

    LILI> Inyashar ! Inyashar ! C´est toi ! Je le savais que tu n´étais pas morte !

    LILI la double> Maintenez la... Il faut guérir son âme.

    SAIAN> Eh bien, là ! Compagnons ! Je suis contente ! Je n´ai jamais bu d´alcool et voilà que je vois double ! Cette aventure est décidément toute trépidante !

    NORTELLON> Alors vous restez avec nous, Saïan ?

    SAIAN> Je reste mais à la condition que le mage m´apprenne ses tours de passe-passe.

    Karzus reprit aussitôt sa forme initiale.

    KARZUS> On appelle ça de la magie ! de la sorcellerie ! de la science occulte et de...

    SAIAN> Des tours de passe-passe !

    KARZUS> Non, pas passe-passe! Magie !

    Saïan se mit à chantonner et à danser comme une petite folle.

    SAIAN> Passe-Passe ! Passe-Passe ! Passe-Passe ! Passe-Passe :rire: ! Lalalalala !

    Karzus se mit à courir après elle, toujours Albatrusse dans les bras, mais elle était agile et virevoltante comme une plume intouchable.

    KARZUS> Je vais vous attraper, petite odieuse !

    Et Saian continuait à chanter gaiement en enjambant les failles qui parcourait la surface.

    SAIAN> Le magicieennn, c´est un coquiiin, avec ses maiiins, il fait l´maliiin, et quand il feiiint, d´être quelqu´uuuun, mine de rieeeen, y s´fait du bieeen, mais ça n´est qu´uuun, tour de passe-passe ! Passe-Passe ! Passe-Passe ! Passe-Passe !

    KARZUS> Raaah ! Et vous croyez que c´est avec ça que je vais vous apprendre mes tours !

    SAIAN> Toutou le magicien ! Toutou le petit chien ! Et ses passe-passe malins !

    KARZUS> Attendez que je vous attrape !!

    Grisk, Nortellon, et Messerille, retenant Lili, regardaient la scène avec un air affligé. Mais mine de rien, comme disait Saïan, plus les deux grands gamins couraient, plus ils s´éloignaient d´eux.

    NORTELLON> Je suggère que nous courions pour les rejoindre. Dans leur course nous arriverons sans doute à un village où nous pourrons nous reposer !

    MESSERILLE> Et qu´est-ce qu´on fait de la schizophrène ?

    LILI> Laissez-moi venir avec vous ! Je veux revoir Inyashar !

    NORTELLON> Elle est complètement sonnée et traumatisée par tout ce qui s´est passé... On ne peut pas la laisser comme ça. Il faut qu´elle vienne avec nous. Elle est la seule à pouvoir nous aider à réinvestir les appartements du Sultan.

    GRISK> Pourquoi faut y encore y aller, je comprends plus rien, moi !

    NORTELLON> Parce que ma femme et ma fille y sont peut-être encore ! Je veux en avoir le coeur net !

    GRISK> Bon, donc maintenant faut rejoindre les zinzins là ?

    NORTELLON> Je vous cède le pas, humble laideron.

    Et ils se mirent à courir après Karzus et Saïan.

    Celle-ci continuait à agacer Karzus, en ne cessant pas de chanter et de rire. Mais tandis qu´elle enjambait une faille créée par les secousses sismiques de la veille, Saian fut soudain interrompue par un énorme geyser blanc qui la fit s´élever à une hauteur vertigineuse dans le ciel.

    SAIAN> Yahiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

    La chute allait être rude ! Parce que le geyser s´effondra comme un jet de fontaine, en s´éclatant comme une grosse flaque sur le sol. Tous les personnages en furent éclaboussés.

    Dans un long cri, Saian retomba sur le sol et fut bientôt engouffrée dans la faille, sans que Karzus n´ait le temps de la rattraper.

    Son cri disparut dans les profondeurs.

    KARZUS> Oh Myosotis tout puissant, aide-nous... Elle était peut être odieusement énergique mais elle ne méritait pas de... Par Kobout, la matière de ce geyser est étrange !

    LILI> Je reconnais la matière entre toutes ! C´est de la semence !

    MESSERILLE> Je confirme ! C´est du foutre !

    KARZUS> Pardon ??
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  • Posté le 11 octobre 2007 à 12:50:58 Avertir un administrateur
  • == Dans le Ventre de Fatraska ==


    Eh oui, ce geyser n´était autre que le fruit des amours de l´Océan et de la Terre finalement réconciliés dans l´union charnelle. Autrement dit, lorsque la dispute tourne au vinaigre, il est toujours temps de coucher ensemble.

    Mais parallèlement à ce flot fécond qui, en recouvrant les corps humains et la surface terrestre allait redonner vie à pas mal de verdure - après la pluie, le beau temps ! - et soigner les plus lourdes blessures, une autre impression de joie venait de jaillir et c´est dans le ventre de Fatraska, revenue dans l´Océan, que ça se passait.

    Les géomètres, épuisés par leur observation acharnée avaient fini par laisser les deux amants en paix, lassés de voir Hellia très bien s´en sortir malgré toute la matière qu´elle avait à gérer.

    Lorsque Padgram acheva de faire parler sa joie dans les entrailles même de sa partenaire, il s´endormit aussitôt en ronflant bruyamment, ce qui aurait pu vexer Hellia si elle n´était pas préoccupée par ce qu´elle venait de faire. Elle ressentit aussitôt une vague d´affection immense et voulut absolument réveiller Padgram pour qu´ils recommencent.

    Mais Padgram eut un sursaut et l´empêcha de le toucher à nouveau. Hellia resta interdite.

    HELLIA> Qu´est-ce qu´il y a ?

    PADGRAM> On a fait une connerie...

    HELLIA> Je te demande pardon ?

    PADGRAM> Je sais qui tu es... Qui tu étais... Et je te dis qu´on a fait une connerie.

    HELLIA> Peu importe qui je suis, Padgram, grâce à toi, je suis pleinement humaine à présent ! La Terre voulait me faire disparaître, mais grâce à toi maintenant je...

    PADGRAM> Il s´agit pas ce que tu étais. Il s´agit de ce que nous sommes, bon sang! On s´est emportés, si tu veux mon avis.

    HELLIA> Quoi ? Tu appelles ça de l´emportement ?

    PADGRAM> On couche pas avec une amie !

    Hellia resta éberluée, et eut l´impression qu´on venait de lui essorrer tous les organes de son ventre.

    HELLIA> Une... amie...

    PADGRAM> Oui. C´était une erreur, Hellia, il ne fallait pas. Oublions ce qui s´est passé, et débrouillons-nous pour retrouver les autres.

    HELLIA> Comment oses-tu ! Comment oses-tu me dire une chose pareille !

    PADGRAM> Que veux-tu que je te dise ! J´aime Lysette !

    HELLIA> Et c´est avec Hellia que tu couches ! Charmantes retrouvailles ! Charmants sentiments ! Je comprends à présent toutes les femmes que je suis allées chercher lorsque j´étais encore la Mort, et qui mouraient non pas de la maladie, non pas de violences, mais d´un mâle encore pire que le mal en personne ! Combien sont-elles, femmes de tous âges, à se mourir d´amour ! Je t´aime, Padgram ! Tu ne l´as donc jamais compris ! A quoi te servait de venir me chercher si tu n´étais motivé par l´amour, le vrai, le véritable amour !

    PADGRAM> Je tiens à toi... Je tiens beaucoup à toi... Tu as été la plus grande de mes priorités ces derniers temps, et c´est si incroyable de savoir que tu étais la Mort quand tu m´as connu que...

    HELLIA> Ah d´accord, donc si je comprends bien, je suis une curiosité, une petite fantaisie qui vaut bien le coup d´être dégustée, c´est ça ?

    PADGRAM> Tu ne comprends pas, tu compliques la situation pour rien !

    HELLIA> Pour rien ! Ah, je préfèrerais encore avoir disparu plutôt qu´entendre pareil discours ! Tu me dégoûtes, Padgram ! Tu m´écoeures ! Tu me fais sentir sale !

    PADGRAM> En tout cas, sache juste que... Je suis vraiment content de te revoir enfin...

    HELLIA> Il y a dix minutes, je t´aurais encore répondu moi aussi, de tout mon coeur ! Mais... (elle commença à pleurer sans s´en rendre compte) Mais pourquoi me blesser... Comment peux-tu... ?

    PADGRAM> Je suis désolé.

    Il se leva, remit rapidement ses vêtements, boucla sa ceinture et se mit à déambuler afin d´envisager la meilleure manière de quitter la baleine et de rejoindre le monde. Hellia restait, elle, le regard dans le vide.


    == Sur le plateau Zalzarien d´Anthar Obn Suur ==

    Karzus et les autres avaient réalisé que le geyser, en recouvrant le sol, avait fait naître des fleurs, des herbes, et même des odeurs printanières. Maintenant le soleil était plus haut, la matinée était bien avancé. Midi n´était plus loin.

    Mais le visage de tous était assombri par la tragique disparition de Saïan Hapic´n, dans la faille de jouvence. Comment continuer après autant de pertes ? Comment avoir foi en l´avenir ?

    Grisk commençait sérieusement à envisager le retour dans sa cité natale. Le monde de la surface était rigolo et riche en surprises mais lui avait apporté ses premières peines et la disparition de ses premiers amis lui faisait une douleur d´autant plus insupportable qu´il ne pouvait y plaquer des mots. Karzus était dépassé par les événements; autant de morts pour une aventure déjà échouée ! lui qui ne s´était engagé que par devoir envers Padgram... Messerille était décomposée par la perte de sa jeune maîtresse, Nortellon crevait de révolte contre l´ordre des choses, et Lili priait pour qu´Inyashar Dalluttino leur vienne en aide.

    Toutefois, il ne faut pas croire que la nature est si cruelle qu´elle en a l´air. Parfois, elle réserve aussi de bonnes surprises.

    Aussi quelle ne fut pas la surprise et la joie de tous nos compagnons lorsqu´un nouveau cri se fit entendre depuis une autre faille, et qu´un nouveau geyser, purement aqueux celui-ci, fit soudainement remonter Saïan Hapic´n, éclatant d´un rire formidable et joyeux. Tous se précipitèrent pour la rattraper au vol et la reposer par terre.

    SAIAN> Ah mes amis ! C´était l´expérience la plus excitifiante de toute ma vie !!

    NORTELLON> Mais comment avez-vous pu survivre à une telle...

    SAIAN> J´ai voyagé de geyser en geyser ! Tout n´est que tunnels au coeur de ces falaises et je...

    Mais elle fut interrompue par un retour de geyser inopiné qui fit secouer la Terre avant de la faire prodigieusement roter... un corps humain qui retomba sèchement sur l´herbe naissante, fraîche et mouillée.

    Karzus le regarda et eut un haut le coeur. Tous furent saisis d´horreur et de pitié.

    Ce corps était celui d´une jeune adolescente entièrement brûlée. Bien que sa tête soit dénudée, il était pourtant assez évident qu´il était... dépareillé, comme manquant de symétrie. Oeil et oeil, bouche et bouche, nez et nez, ils étaient à la fois semblables et différents. Une jambe était un peu plus longue que l´autre, et surtout un des seins était légèrement plus généreux que l´autre. Ce qui reliait le corps indirectement bicéphale ? Une épaisse soudure métallique aux contours anarchiques. Le visage de ce jeune corps, enfin, était, chose frappante, celui d´une borgne.

    Alors Karzus s´effondra à genoux et Grisk, dévasté par la peur et la tristesse, avec lui, devant les yeux encore peu compréhensifs de leurs compagnons.

    KARZUS> "Quatre temps et trois jours bientôt réordonnés...

    GRISK>"... Seront prochainement par le feu mélangés"

    Ils se rapprochèrent du corps confondu de Londe et Rune avec une lenteur éprouvante. Ils le prirent dans leurs bras et laissèrent couler leurs larmes sur le visage double, abîmé.

    C´était décidément un jour de deuil pour Karzus et Grisk, et pourtant un soleil aussi radieux ne laissait pas présager pareille peine.

    Et c´est parce que les jours de soleil sont aussi confectionnés pour ramener un peu d´espoir dans les coeurs blessés, c´est avec une joie sans précédent que Grisk et Karzus sentirent soudain le corps mêlé des jumelles... respirer !



    à vous la suite!
    -Blina-
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  • Posté le 12 octobre 2007 à 13:23:00 Avertir un administrateur
  • ___ A Barzabute ___

    Le soleil bien avancé au-dessus de la cité éclairait à présent un monstrueux carnage, successeur naturel du vibrant carnaval. Le réveil de la population avait été le plus brutal de toute l´Histoire.

    Conspiru avait lancé dès la fin des premières lueurs de l´aube une gigantesque razzia sur la cité, les ivrognes, les femmes, les enfants avaient été réveillés à coups de pieds dans la tête, certains vieux ou autres cardiaques étaient morts sur le coup. On n´avait pas laissé le temps aux mères débauchées par la fête de revenir en leur foyer. Elles avaient été aussitôt arrêtées, rasées, et jetées en prison nues comme des vers. Les soldats s´introduisaient dans les maisons, détruisaient tous les meubles du confort naissant, fauteuils, sièges, tabourets, brisaient les bouteilles de vins et de lait, cassaient les pots de sucre, les pots de miel, et même les jouets des enfants, écrasaient les fruits, les gâteaux, les plantes, renversaient les sauces, confisquaient toutes les lingeries, tous les draps, toutes les couvertures, ou les vêtements trop étoffés, et les entassaient sur les places publiques avant de les brûler.

    Les rares villageois qui voulaient se révolter étaient aussitôt arrêtés, jetés dans des charettes et menés jusqu´aux oubliettes de Barzabute. Partout, l´on distribuait de force des uniformes en coton bleu et noir pour les femmes afin d´étouffer toutes les formes désobligeantes pour le regard masculin, et pour tous les hommes, un plastron obligatoire. On avait réquisitionné les coiffeurs et des barbiers, pour couper tous les cheveux longs au carré, et raser tous les barbus, parfois jusqu´au sang lorsqu´ils se montraient récalcitrants. Les troubadours, les histrions, et toute la guilde des artistes étaient pourchassés sans pitié avant d´être enfermés à leur tour. Aux chanteurs, le sort le plus cruel était réservé : on leur sectionnait les cordes vocales. Aux peintres et aux sculpteurs, on coupait les mains. Quant aux écrivains, on leur brûlait la cervelle à coups de mousquet.

    Un seul écrit fut bientôt lisible sur tous les murs de la ville.

    "A l´Adresse des Humbles Sujets du Royaume de Barzabute"

    "Le Temps de la Décadence est à son terme. Aujourd´hui, commence le règne de la Vertu. La fête est une abomination. Le sport est une abomination. La musique est une abomination. La poésie est une abomination. La parole irresponsable librement diffusée est une abomination. Les plaisirs sont Ennemis de la Vertu. Pour vous, pour Nous, nous ne sommes qu´un, peuple de Barzabute, nous irons tous ensemble par tous les sentiers pour colporter dans la Joie et la Félicité, la Grandeur et la Pureté de notre Ilustre Modèle, de nos Grandioses Valeurs. Nous serons l´Alpha et l´Oméga du Monde de Saldra. Aujourd´hui, Mes Sujets, le Temps vous offre un Roi que la Vertu consacre comme Absolu, Universel, à jamais Légitime. La dynastie de l´Eternelle Justice, de l´Immortelle Droiture, commence avec votre Monarque, Conspiru le Premier. Préparez-vous à combattre pour le Suprême Idéal, préparez-vous à Semer, mené par votre Humble Guide, les Généreuses Graines de la Vérité ! Nous ne sommes qu´un seul Corps ! A tous les parasites, ennemis de l´Hygiène, nous opposons ici notre Haine Déterminée!"

    "Hardi!"

    Aux analphabètes, on lisait à haute voix, aimablement guidés par les lances des soldats, les mots de l´affichette. Et de bouche à oreille, de taverne en taverne - où bientôt seule l´eau fut offerte au commerce - on se les répétait comme une menace. Quiconque osait lever un peu la voix, osait faire le brave, se faisait aussitôt arrêter par une horde de soldats toujours là, à l´affût des dissidences.

    Dans toutes les autres Royaumes du Continent Barbazutien, dont il était désormais plus que légitime d´affirmer que c´est le Royaume particulier de Barzabute qui lui avait donné son nom, dans le Moulbidon, le Coquelard, le Trudur, Conspiru avait lancé des troupes qui étaient parvenues sans aucune difficulté à prendre possession des palais et asseoir le même ordre moral à tous les habitants des pays, forcés de se soumettre. Tous les rois, tous les nobles les plus importants étaient morts ou partis en exil, qui pouvait les défendre, ces royaumes déchus ? Fërucora et Kuliz devinrent les réserves militaires officielles de Barzabute. Toute l´économie et toute la production convergeaient désormais entièrement vers l´entretien de l´armée.

    En moins de sept jours, Conspiru avait étendu partout son pouvoir comme un empereur. Le continent entier était sous sa domination. Nul ne pouvait résister aux formidables armures de ses soldats surentraînés et entièrement dévoués. Et pour cause, cette réforme drastique et brutale des moeurs ne touchait pas ses hommes : la bonne chère leur était infiniment permise et il n´y avait pas un jour sans que de nouveaux privilèges leur soient accordés. Conspiru avait beau être un idéaliste passionné de justice et de morale, il n´en était pas moins pragmatique et savait comment faire mouvoir les hommes. Il méprisait pourtant d´une haine sincère le monde des plaisirs qu´incarnaient tous les personnages qu´il avait mis à mort lors du Bal de la pleine Lune, fête organisée à contrecoeur, pour mieux tuer l´ennemi dans l´oeuf de sa propre pourriture. Ces nobles fats, ces ministres couards et fainéants, qui feignaient d´adhérer à ses vibrants discours de morale, prêts à applaudir, mais jamais à appliquer, n´avaient que trop mérité leur sort. Ces festivités décadentes, faites de musiques, de collants flasques et colorés, de masques trompeurs, de robes à peine pudiques, de banquets gras et gaspilleurs, voilà ce qui engraissait jusqu´à la mort les hommes de son pays. Maintenant, plus de gouvernement, plus de contestation, un seul trône, une seule tête, et le Monde à l´horizon. Le continent Barbazutien sous sa main, il était temps désormais d´asseoir son autorité sur les six autres. Le pouvoir était pour lui, rien que pour lui. Les travaux de son alchimiste l´aideraient à s´en assurer. Mais aussi, il fallait mater jusqu´aux plus subtiles velléités de révolte, traquer les sociétés secrètes qui ne devaient pas manquer de se former dans l´anonymat, imposer enfin au monde la meilleure manière de penser, tâche on ne peut plus ardue.

    Une seule ombre dans le tableau de sa puissance : nulle part on n´avait pu trouver Lysette. Et pourtant, il lui fallait sa Reine. Il lui fallait sa Dynastie. Et Lysette seule pouvait en être la Créatrice. Il était impossible qu´une femme comme elle puisse rester introuvable. Et cette situation le rongeait chaque jour davantage. Il espérait simplement qu´elle n´avait pas été tuée dans la razzia peut-être un peu excessive, quoique nécessaire, qui avait suivi les festivités. On ne sait jamais jusqu´où peut aller un soldat.


    ___ Les Mines de Falacrosse ___

    En réalité, Lysette était, vous ne l´ignorez pas, coquin de lecteur qui en savez toujours plus que tout le monde, la charmante prisonnière des obèses de Bougrasse, lesquels voyaient étrangement l´avènement effectif de la tyrannie de l´usurpateur avec un grand bonheur. Enfin, ils vont devoir se faire fessus et combattants, pensait le chef enragé, à propos de ses compatriotes, autrefois méprisés par lui pour leur indifférence coupable à l´égard des pratiques miliciennes, tournées contre les déficients.

    Le chef des Obèses tournait en rond. Heureusement il avait bâilloné Lysette pour ne pas l´entendre jacasser toutes ses questions inutiles, il savait bien qu´elle était maintenant une donnée capitale pour lui, car il pourrait faire pression sur Conspiru. Mais il ne savait pas comment s´y prendre, la réaction du tyran l´avait pris de court, son plan d´assassinat collectif ayant ainsi lamentablement échoué. Ses compagnons attendaient mollement qu´il prenne une décision, même si idéologiquement ils étaient bien convaincus qu´il fallait faire quelque chose. Certains se demandaient pourquoi Bougrasse n´appliquait pas son projet initial d´attaquer ponctuellement les milices, lequel avait été étouffé par l´ambition plus audacieuse de supprimer tous les nobles dirigeants, Conspiru compris. C´est surtout en fait, qu´il ne s´agissait plus de simples groupes miliciens, il s´agissait d´une armée qui avait envahi comme une colonie de fourmis toutes les rues de la cité, toutes les rues du continent. Nul ne songeait à venir les chercher dans ces vieilles mines désaffectées et si on ne pouvait les trouver, il leur était de plus en plus difficile de simplement survivre, d´aller chercher de la nourriture ou de l´eau. Ils ne pouvaient même plus chasser car pour traquer les dissidents, les voyous, et les rebelles, on abattait peu à peu tous les arbres qui venaient pourtant à peine de repousser. Les animaux fuyaient un milieu qui leur devenait désormais hostile. Bougrasse, dans sa colère, était désespéré. Comment pourrait-il lutter contre Conspiru et prendre le pouvoir à sa place, désormais ?

    Il fallait qu´il se décide quant à la décision à adopter pour Lysette. Il fallait à présent déterminer le rôle qu´elle allait jouer dans le cadre de cette guerre qui semblait, en tout état de cause, absolument perdue d´avance. Si seulement Padgram avait été digne de ce qu´on attendait de lui... pensait-il amèrement.

    Mais justement, où en était donc le Prince Miraculé que la mort n´avait pourtant pas encore décidé de prendre - même si aux dernières nouvelles c´est plutôt lui qui la prenait, malgré toute l´humaine qu´elle était à présent - ?




    à vous la suite!
    Apothéose

    (merci pour vos petites sucreries, mes enfants, mais ce n´était pas grand chose ^^´...)
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  • Posté le 14 octobre 2007 à 03:25:25 Avertir un administrateur
  • Eh bien Padgram n´avait pas bougé du ventre de Fatraska, ne vous inquiétez pas, on vous aurait mis au courant, de toute façon, quand même. Hellia s´était rhabillée et se contentait de l´éviter même si les entrailles de la baleine n´étaient pas aussi étendues qu´on peut le souhaiter lorsqu´on veut absolument éviter quelqu´un à qui on veut faire la gueule, et a fortiori quand il s´agit de Padgram. Vous voyez ce que je veux dire. On tourne à gauche, il est là, on tourne à droite, il est là, on regarde au plafond, il est là. C´est pas de sa faute, mais il est naturellement partout. Padgram, c´est comme le monde, c´est comme l´air, comme l´eau, c´est comme notre président, mais n´en parlez à personne, la censure veille dans les vieilles bibliothèques encore en possession de nos humbles manuscrits, nous le savons, car nous savons tout !

    Cette parenthèse mise entre crochets, revenons à nos amants désaccordés. Padgram essayait de se creuser la tête, qu´il avait grasse, pour sortir du mammifère géant, et Hellia ruminait son humiliation derrière un brochet mal digéré. Le gros prince fut interrompu dans ses efforts intellectuels par un vieillard qui lui tapa sur l´épaule d´un air goguenard. C´était lui, ce vieux savant, car c´était un savant, qui allait changer la vie de Padgram pour toujours.

    Padgram : Eh bien, vieil homme ? Que signifie pareille familiarité ?

    Le vieux savant : Tu ne le sais pas encore, l´homme, mais je vais changer ta vie pour toujours !

    Padgram : Je ne suis pas l´homme mais Padgram, Fils de Roi, et Prince !

    Le vieux savant : J´en étais sûr... Maintenant que tu le dis, j´en suis certain. C´est bien toi, Padgram, fils de Roi, et Prince !

    Incroyable, pensa Padgram, ce vieux savant avait l´air d´avoir des pouvoirs incommensurables : il savait qui il était !

    Padgram : Qui êtes-vous et comment en savez-vous autant ??

    Le vieux savant : C´est simple, je suis un savant!

    Tout s´expliquait... Mais Padgram restait perplexe.

    Padgram : Hmm...

    Le vieux savant : Tu es perplexe, je le vois bien.

    Par Sanlapis ! Il devinait tout !

    Padgram : Tu es prodigieux ! Dis-moi maintenant en quoi tu vas changer ma vie !

    Le vieux savant : Eh bien il faut te préparer car ce que je vais t´apprendre va te bouleverser pour le restant de tes jours.

    Padgram : Je suis prêt à un tel sacrifice.

    Le vieux savant : Très bien, approche, car mon dos me fait souffrir.

    Padgram : Me voilà.

    Le vieux savant : Voilà qui est mieux. Maintenant, écoute bien, car je ne le répèterai pas deux fois, Fils de Roi, Prince, toi.

    Padgram : J´écoute.

    Le vieux savant : Bien.

    Padgram : Oui, bien, j´écoute bien.

    Le vieux savant : Bon.

    Padgram : Donc ?

    Le vieux savant : Voilà mon secret, et je l´emporterai dans ma tombe à moins que tu ne manques de discrétion, et il n´est pas évident de ne pas voir à quel point la discrétion n´est pas ton point fort, Fils de Roi, Prince.

    Padgram : Restez poli.

    Le vieux savant : Je fais ce que je peux. Et maintenant voilà, il est temps de te faire ma révélation, mais sache que tu pourrais bien ne pas t´en remettre.

    Padgram : Je suis prêt à courir ce risque.

    Le vieux savant : Excellent. Fils de Roi, Prince, apprends, c´est ton fardeau désormais, que, que tu le veuilles ou non, eh bien, oui, on peut vivre sans manger...!

    Padgram restat muet et fut comme foudroyé d´une terrible lueur ! Cet homme venait en un instant d´ouvrir comme un gouffre en lui. Par tous les dieux, il n´y avait pas plus ébouriffant comme découverte que ce qui venait d´être dit, oui, par tous les diables, on pouvait vivre sans manger !

    Padgram : Incroyable mais vrai, vieillard, on peut vivre sans manger !

    Le vieux savant : Eh oui mon garçon, au moins deux semaines !

    Padgram : On peut vivre sans manger !

    Le vieux savant : Oui euh enfin fais gaffe quand même hein, au bout de deux semaines, ça commence quand même à faire un peu too much, hein, mon garçon, oh, Fils de Roi, Prince, tu m´écoutes ?

    Padgram : On peut vivre sans manger !

    Le vieux savant : Certes, c´est une belle phrase que celle-là, mais dis, tu fais pas de conneries, hein, mon garçon, tu fais attention à te sustenter quand la nature l´exige, hein, petit gros ?

    Padgram : On peut ! ON PEUT ! Par Massociss ! C´est FAISABLE !

    Le vieux savant : Mon garçon, il te faut être discret ! Si l´on savait ce secret, je ne serais plus un savant ! Et je ne voudrais pas que cela se sache ! Je puis te faire confiance, mon garçon, n´est-ce pas ?

    Padgram : Monsieur, vous m´avez ouvert les yeux, merci, mille fois merci.

    Le vieux savant : De grâce, mon garçon, de grâce, ton haleine n´est pas des plus fraîches! Prends donc plutôt ce flacon de poivre que j´ai trouvé dans une des cuisines oubliées de l´arrière-estomac de Fatraska. Tu pourras t´échapper avec ta jeune amie aux talents étonnants en matière de ce qu´elle t´a fait tout à l´heure ce qui n´a pas manqué de me rappeler l´émouvante vigueur de mes vingt printemps ! Il vous suffira de passer par la respiration !

    Padgram : Comment saviez-vous que je cherche à sortir d´ici ?

    Le vieux savant : Je te l´ai dit, je suis un savant ! Je save tout !

    Padgram : N´était-ce donc pas parce que je levais les yeux au ciel partout en me grattant la tête en ayant l´air de me sortir d´un ventre de baleine ?

    Le vieux savant : Je savais que tu allais dire ça !

    Padgram : Trop fort !

    Le vieux savant : Allons ! Hâte-toi, flagorneur ! Tu deviens lourd !

    Padgram : Comment pourrais-je vous remercier ?

    Le vieux savant : Pars, pars, et ne reviens jamais !

    Padgram comprit toute la sagesse du vieil homme, le salua d´un coup de cou, enfin, il est encore difficile à déterminer si on peut vraiment parler de cou, et puis s´en alla prendre Hellia par le bras qui au début voulait se débattre mais qui ne faisait pas le poids - et pour cause ! - puis la conduisit jusqu´au centre des entrailles. Au-dessus, le trou de la respiration de Fatraska se dilatait et se rétrécissait avec la régularité d´une équipe de rugby, sport peu en vogue à l´époque.

    Avant ça, il faut préciser qu´Hellia avait tenté, désespérée qu´elle était, de recontacter la Terre, de lui demander d´aller jusqu´au bout de sa démarche finalement, de la faire disparaître et qu´on n´en parle plus, mais la Terre était restée sourde à ses appels, à croire que les ébats avec l´Océan l´avaient épuisée. A moins qu´une autre raison ait finalement retardé ou même annulé la décision de l´esprit de la divinité... Nous en reparlerons, mais peut-être les plus malins d´entre vous s´en doutent déjà.

    Toujours est-il que Padgram, une fois qu´il fut bien aligné avec le trou de la respiration, prit la fiole de poivre et la secoua fortement avant de la libérer dans l´air. Aussitôt, il y eut comme une petite tornade dans le ventre de Fatraska, tous les immeubles volèrent un peu partout, les vieillards également, et Padgram en profita pour prendre Hellia par les épaules et la jeter vers le haut pour qu´elle soit prise dans l´éternuement de la baleine et qu´elle se fasse éjecter par sa respiration. Ce qui se passa sans problèmes.

    En revanche, quand vint le tour de Padgram, si la force de l´éternuement fut assez puissante pour le soulever jusqu´au trou, le prince s´avéra trop large pour passer ressortir complètement, si bien que la respiration de Fatraska fut bouchée. La baleine mourut sur le coup étouffée. En mourant, son entrée respiratoire se dilata davantage et permit à Padgram de se libérer pour rejoindre Hellia à la surface de la mer. Tous les individus qui habitaient là depuis de bonnes décennies se réincarnèrent en étoiles de mer et vivent encore heureux aujourd´hui même si la compagnie des méduses a quelque chose de collant parfois. Fatraska, quant à elle, allait être réincarnée, selon l´ordre naturel, ni plus ni moins, qu´en une reine. Nous aurons le loisir d´y revenir un jour, peut-être.

    Pour le moment, il faut nous concentrer sur Padgram et Hellia qui, éjectés puissamment hors du dos de la baleine mourante, n´arrivèrent pas en fait directement à la surface même si c´est traditionnellement à la surface que les baleines recrachent leur trop plein d´eau. Ici, trop plein de Padgram était encore mouillé sous des centaines de mètres d´océan auxquels ils auraient eu, elle et lui, du mal à survivre, s´ils n´avaient pas été aidés par un gigantesque filet de pêcheurs qui vint les prendre et les ramener dans leur grand bateau avec tous les bancs de sardines.

    En arrivant sur le pont, même s´ils étaient couverts de poissons, Hellia et Padgram se mirent d´accord pour la première fois depuis leur dispute post-coïtale : revenir à la terre ferme d´un pont de bateau ça faisait du bien. Ils ne manquèrent pas cependant de surprendre vivement les pêcheurs qui se présentèrent, à la grande surprise de Padgram, comme originaires de l´île de Colbinthe.

    Il sympathisa fortement avec eux, se rendant ainsi compte qu´ils n´étaient pas tous des meurtriers en puissance apparemment. On lui expliqua que Colbinthe était une île très pauvre où l´on avait l´habitude de faire circuler les marchandises les plus illégales et où l´on enfermait les pires malfrats de la planète. Pour y accéder, il fallait s´adresser à tout un groupe extrêmement respectés qu´on appelait simplement les Passeurs, mais qui se faisaient tous appeler "le passeur de Colbinthe". Padgram, après avoir expliqué qu´il n´était qu´un simple bourgeois en vacances avec sa femme ayant un peu perdu la notion de zone de baignade autorisée s´était mis à nager un peu trop loin des côtes - rapport à une passion réelle pour la reproduction des algues en milieu d´eau douce -, s´avoua vivement intéressé par ces "Passeurs" et leur demanda surtout s´ils pouvaient le mener jusqu´à leur île, afin de prendre une douche, un repas, et un repos bien mérités.

    Les pêcheurs, trop heureux de faire une prise pareille et aussi bien rare - un bourgeois payeur et sa jolie femme frigide -, acceptèrent tout de go, mirent fin à leur pêche et menèrent leurs invités jusqu´à leur île secrète.

    Celle-ci était en effet au milieu de nulle part, ce qui pour l´océan, était un comble, mais une réalité.

    En descendant le long de la passerelle sur la plage de Colbinthe, le coeur de Padgram se mit à battre la chamade. Il allait retrouver plus vite qu´il ne l´avait prévu celui qui avait été à deux doigts de le tuer et qui avait été responsable du désastreux naufrage de ses amis, dont il espérait toujours des nouvelles. Hellia, de son côté, ne comprenant pas trop l´agissement de son goujat d´amant, préférait se taire et ruminer un moyen de disparaître ou de trouver une vanne cinglante à jeter au cou - réel ou supposé, peu importe - de Padgram.

    Ce qu´ignorait notre gros prince dodu - et c´était un avantage - c´est que les gens d´ici, pauvres ou criminels, étaient extrêmement superstitieux.

    Aussi, quand le passeur de Colbinthe, mais pas n´importe quel passeur, le vrai passeur psychopathe, qui s´occupait de tailler une pagaie, vit surgir le pachyderme humain au faciès reconnaissable entre tous, s´approcher vers lui, il fut pris d´une peur panique. Le fantôme du Prince venait de surgir des abysses pour le chercher et l´emporter avec lui ! Que faire, par tous les diables, que faire !

    Vous verrez que le meurtrier avait plus d´une passe dans son sac.


    à vous la suite!
    -Chapterving-
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  • Nain Voir le profil de Nain
  • Posté le 14 octobre 2007 à 10:51:54 Avertir un administrateur
  • Félicitation, faut êtr motivé pour poster un texte à cette heure-là :fou:
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  • Un_poil_sur_leQ Voir le profil de Un_poil_sur_leQ
  • Posté le 15 octobre 2007 à 00:17:10 Avertir un administrateur
  • Jugez en de suite.

    Lorsque Padgram arriva à son niveau avec une tête qui foutait quand même un peu la trouille, le passeur se mit à crier et à trembler et à se mettre à genoux en hurlant qu´il n´y était pour rien, que la richesse offerte par ce grand magicien de Barzabute appelait à tous les sacrifices, qu´il était trop facile de retrouver le grand navire sur les mers agitées des grandes Zalzaries, et de le mettre à bas, de le faire couler, pour honorer son contrat comme on sait l´honorer quand on est homme d´honneur, et ainsi de mériter ce pouvoir extrême que la providence avait décidé de lui donner, et que pour cela il était injuste de venir le chercher pour le damner et l´emmener en enfer car c´était par trop injuste !

    Mais Padgram le releva et d´un ton menaçant lui demanda de lui révéler le nom de la personne qui l´avait engagée pour faire son sombre office et avec quoi on l´avait récompensé.

    Le passeur était peut-être superstitieux mais pas con au point de pas se rendre compte que ce n´était pas un fantôme qui lui causait. Aussi, reprit-il soudain tous ses moyens, et se contenta de partir d´un grand éclat de rire en disant que il avait beau être gros et célèbre, le prince Padgram, il n´en était pas moins robuste et pas très fûté.

    Padgram le prit par le collet et le somma de répondre s´il ne voulait pas que son crâne se retrouve fracassé. Mais le passeur, nullement impressionné, se contenta de lui cracher au visage. Padgram le rejeta devant lui et se nettoya la figure. Son adversaire était hilare.

    Padgram: Tu vois bien que tu n´as pas de quoi rire! Tu as voulu me tuer, et vlan, me voilà! Tu devrais arrêter de faire le malin, l´ami!

    Le passeur: Tu as raison, je vais plutôt achever ce que la mer n´a pas eu le courage de faire. Et par la même occasion, vu ton poids, je vais devenir l´homme le plus riche de ce monde!

    Hellia, qui venait de remercier les autres pêcheurs, qui ignoraient tout de la scène qui était en train de se dérouler, fut soudain prise d´un très mauvais pressentiment. Elle aperçut au loin Padgram parlant avec cet homme qui n´arrêtait pas de rire, et sentit immédiatement qu´il y avait quelque chose de surpuissant et de surnaturel chez ce dernier, comme une forme de pouvoir, ce qui expliquait sans doute sa grande désinvolture. Hellia était encore une débutante dans la psychologie humaine, aussi n´était-elle pas tout à fait en mesure de soupeser toute l´ampleur d´un mauvais pressentiment.

    Toutefois, elle ne fut pas dupe de son manque d´expérience, et accourut auprès du prince.

    Padgram : Je ne comprends goutte à tes simagrées ! Raisonne-toi, passeur, ou je devrais te corriger, comme tes actes le méritent ! Tu as failli me tuer, tu as noyé mon équipage, et tu as ôté la vie à Djaz´k et pour ça tu mérites cent fois la mort ! J´ai encore assez de sagesse pour te laisser vivre, alors, dis-moi tout ce que tu sais!

    Le passeur : Tu n´es qu´un gros niais, Prince Padgram, et maintenant, il est temps de te dire Adieu !

    Aussitôt, il se mit à courir vers lui en étendant ses bras et en écartant fortement les doigts de ses mains, étrangement brillantes.

    A ce même moment, Hellia comprit que Padgram était en danger, elle savait qu´il ne FALLAIT pas que Padgram soit touché par cet homme, qu´il ne le fallait en aucune façon, et elle ne sait pas vraiment pourquoi, mais c´est ainsi, elle avait beau penser tout le mal du monde de Padgram, elle ne put s´empêcher de vouloir éviter l´irréparable.

    Aussi, au moment même où le passeur allait poser ses mains sur le ventre de son prince, courut-elle pour protéger celui-ci de son corps, sauvage bouclier d´amour. Ce fut donc Hellia que le passeur toucha, et ce qui devait arriver, arriva.

    Notre héroïque amie sentit dans son corps comme un grand courant froid qui lui paralysa chaque membre, les uns après les autres, l´air en elle se glaça, son esprit fut brutalement saisi d´un engourdissement d´une effroyable ampleur, ses mains se raidirent, ses yeux cessèrent de bouger, et son coeur de battre. Devant les yeux hallucinés de Padgram, la peau d´Hellia prit une couleur de soleil, la couleur... de l´or!

    En moins de quelques secondes, Hellia était devenue une statue d´or!


    à vous!
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  • Apotheose Voir le profil de Apotheose
  • Posté le 15 octobre 2007 à 14:24:46 Avertir un administrateur
  • Le passeur profita de la soudaine stupéfaction du prince pour attraper la statue qu´il venait de créer avec ses mains et se diriger en courant vers la berge, pareil aux chacals qui s´enfuient lorsqu´on les surprend affairés à dévorer une charogne humaine.

    Padgram tiqua alors, brutalement coupé dans sa fascination pour l´Hellia d´or, dont il aurait bien fait une récompense festivalière, s´il ne s´était agi de la maléfique métamorphose de la femme qui l´avait déniaisé et qui était, accessoirement, l´une de ses amies les plus proches et les plus chères. Il se mit aussitôt à courir après le passeur en poussant de grands cris d´alerte et en gesticulant d´une façon tellement marrante - glou glou les bourrelets glou glou les nichons et ron et ron petit patapon le gros Padgram il est mignon - que les pêcheurs mirent bien un ou deux temps avant de s´interroger sur la possibilité d´envisager l´éventualité d´une démarche à suivre. Toutefois, la statue d´or que l´un de leurs passeurs maintenait ostensiblement sur ses épaules ne manqua pas de les faire réagir, et de comprendre qu´un nouveau riche s´enfuyait de leur île.

    Soucieux de se rendre utiles à la justice, ils secondèrent Padgram dans sa course lente mais folle pour stopper l´ignoble individu qui continuait de rire avec un toupet inégalé à ce jour. Comment pouvait-il porter une dose d´or massif aussi facilement qu´un hamac à plumes ? Cet homme était décidément un mystère. L´impossibilité de résoudre cette énigme motiva Padgram encore davantage et produisit chez lui une grande impulsion physique. En quelques enjambées, il fut apte à plaquer le passeur sur le sable, l´immobilisant ainsi dans sa fourbe course. Hélas, le voleur aux mains d´or était agile, entraîné, et adepte des coups bas. Aussi, réussit-il à se faufiler hors des bras du prince, et à récupérer la statue qui était tombée, puis menaça son poursuivant à peine relevé de briser son bien en deux s´il persistait dans sa course. Padgram lui signifia qu´il ne négociait pas avec les terroristes, et il avait pour le soutenir pas moins que toute l´assemblée des gentils pêcheurs de Colbinthe, furieux de voir un des leurs adopter une stratégie individualiste et typique des libéraux égoïstes. Le passeur ne se démonta pas et, perfide jusqu´au bout, se jeta sur Padgram pour le transformer en or lui aussi, comme il le voulait à l´origine.

    Heureusement, son énergie n´était pas inépuisable et toucher le prince n´eut aucun effet. Ca n´était pas si grave pour le criminel qui, voyant qu´on commençait à le cerner de toutes parts, se contenta d´agir encore plus sournoisement et arracha brutalement le pansement qui recouvrait la blessure de Padgram. Celui-ci hurla de douleur, et porta aussitôt la main à son ventre pour retenir le sang qui coulait à flots. La vue du sang effrayait les pauvres gens de mer et ceci les secoua assez pour laisser au passeur le champ libre. Il fila à toute allure jusqu´aux lestes barques de la berge, posa la statue à l´intérieur de l´une d´elles, y fit un saut rapide, et se mit à pagayer avec une puissance extraordinaire. Il ne flottait pas sur l´eau, il y glissait, il y volait. Padgram n´avait pas encore dit son dernier mot et, surmontant sa douleur, maintenant sa grosse main sur sa plaie, il se remit à courir en direction de la rive ; il était impossible de laisser cet homme s´échapper.

    Hélas, le passeur avait prévu le coup, et dans sa trajectoire, Padgram se prit les pieds dans une bosse qui le fit aussitôt tomber dans un immense banc de sables mouvants, où, impuissant, il commença à s´enfoncer irrémédiablement, en regardant le passeur s´éloigner toujours plus à l´horizon, secoué d´un interminable éclat de rire.

    Les habitants de Colbinthe, remis de leur choc, se précipitèrent pour aider le prince à sortir de la masse ensevelissante, et lui apporter les soins les plus rudimentaires.

    Si Padgram avait été dépressif, il se serait sans doute laissé couler et embourber dans le sable, mais sa haine et son désir de retrouver cet homme, de lui arracher Hellia, ne lui autorisait aucune faiblesse. Il le retrouverait, coûte que coûte, d´une manière ou d´une autre. Il regretta aussitôt d´avoir été si égoïste avec l´ancienne Mort. Il se reprocha, allongé dans le hamac de survie qu´on avait mis à sa disposition, d´avoir été aussi immature, aussi mâle en somme. Ca ne ressemblait pas à ce qu´il avait envie d´être désormais. Et il fallait qu´Hellia le sache, même si cet amour tenace pour Lysette était toujours aussi brûlant et intense.

    Il n´accepta pas davantage les offres de repos que lui faisaient les Colbinthiens; il leur demanda vers où le passeur avait eu vocation à partir, puis s´il était possible d´emprunter une barque, et même un autre passeur, pour le poursuivre, mais tous lui assurèrent que si l´embarcation était disponible, nul sur l´île n´était assez puissant pour rivaliser avec cet homme. Il les remercia alors, but une noix de coco de l´amitié avec eux, s´excusa de ne pas pouvoir les récompenser plus substantiellement pour leur gentillesse, et manqua d´ailleurs de se faire prendre un couteau dans le ventre - il y avait quelques individus à qui la notion de solidarité gratuite restait étrangère. Toutefois, il leur promit qu´il reviendrait sans doute bientôt comme un Roi mais pas un Roi qui leur serait supérieur, un Roi qui serait leur égal et qui, peut-être, pourrait régulariser et améliorer leur situation. On se contenta de hausser les épaules : les promesses politiques, c´est pas ça qui allait les nourrir, mais bon, au moins sur le moment, ça faisait chaud au coeur.

    Padgram, une fois sur la barque, partit à toute allure vers la seule direction où le passeur avait pu se réfugier, et le seul endroit où ses amis avaient vocation à être désormais : le continent Zalzarien.


    ___ Continent Zalzarien - Grasta Malzam ___

    La cité de Grasta Malzam, taillée dans le roc d´émeraude des falaises zalzariennes, était l´une des plus grandes métropoles du monde. L´originalité de la ville consistait à ne pas être établie à la surface mais enclavée dans un grand fossé creusé dans la pierre même, comme un berceau suspendu faisant face à l´océan. On y accédait soit par la voie des airs, soit par la voie compliquée des Bubulles. Pour vous expliquer en quoi consiste ce procédé que vous ne connaissez sans doute pas, incultes que vous êtes, je prendrai des mots simples et accessibles à la plèbe. Une fois arrivé en bateau sur la berge, une entreprise de chimistes compétents vous reçoit au pied de la falaise et moyennant une somme plutôt coquette vous produisent votre moyen de locomotion, à savoir une énorme bulle de savon compacte. Grâce à un grand bâtonnet venteux, qu´on appelle aussi communément aérosceptre, on souffle autour de vous une grosse bulle bien solide que l´on percute avec un tape-cul mécanique parfois sujet à la rouille - air marin oblige. L´élan ainsi créé permet à la Bubulle de s´élever jusqu´à l´aérorécepteur qui fait éclater votre moyen de locomotion au moyen d´une dague acérée fournie par Tronssafut, la plus puissante firme coutelière - et sans doute la première - de toutes les Zalzaries. La Bubulle éclatée, vous retombez dans un filet caoutchouteux, qui n´est autre que l´ancêtre de notre trampoline; ensuite, dans votre rebond, vous êtes saisi par un harpon accroché à une poutre mobile qu´un artisan technicien compétent en temps normal déplace vers la cuillère d´une catapulte où il est conseillé de se ceinturer assez vite. On enclenche le mécanisme de propulsion qui vous fait prodigieusement voltiger vers une corde qu´il vous faut mieux savoir attraper du premier coup car le baudrier n´est pas une invention encore en libre circulation à l´époque floue qui nous concerne. Une fois la corde bien en main, il vous faut alors la remonter moyennant une traction assez simple des jambes, combinée à une poigne déterminée et je dirais même résolue. Arrivé au bout de la corde, vous voilà au bord d´une plaque grillagée qu´il faut parcourir par-dessous, avec vos bras, jusqu´au sol Grasta Malzamien. Il est de notoriété publique que cette plaque est sujette à l´attraction calorifère - autrement dit, il est conseillé de porter des mitaines remplies de glace en été, car les cloques sont courantes et fatales. Assuré que vous êtes bien en vie, vous pouvez ainsi vous poser dans votre nouvelle ville et y réfléchir à deux fois avant de la quitter. On vous rassure tout de suite, cette cité était évidemment remplie seulement de riches - qui d´autre pouvait se procurer de quoi se mouvoir dans l´air ? - et d´athlètes surentraînés. La plage Zalzarienne est fréquemment recouverte de cadavres : on a renoncé depuis longtemps à les enterrer. Aussi, Grasta Malzam représente toujours un phare naturel d´une très grande importance pour les navigateurs car il y brûle régulièrement un grand feu, où tous les cadavres des malheureux voyageurs imprudents disparaissent, dispersés en cendres, ensuite, dans la fureur du vent. Aussi, à Grasta Malzam, badaud, manant, faquin, petit, ne comptez pas accéder un jour. Pourtant, c´est bien là que se jouaient les grandes décisions commerciales et politiques des Zalzaries, c´est là que Gerabrossa le Jaune venait chercher personnellement de quoi satisfaire sa soif de plaisir : le jeu, les femmes, l´alcool, le pouvoir enfin, car toutes les grandes familles lui étaient dévouées. Un terrible tremblement de terre avait manqué de briser la ville la veille, lorsque le passeur débarqua et accéda par Bubulle à la cité même. Mais les contreforts de la falaise qui protégeaient la ville de toutes les intempéries avaient tenu bon et la secousse avait été subie sans dégâts majeurs. Un grand doute secouait néanmoins la cité : pourquoi Gerabrossa le Jaune n´était-il pas passé aujourd´hui ? Eux ne le savent pas, mais vous, vous le saurez bientôt.

    Le passeur, malgré son apparence précaire ne manquait pas d´attirer l´attention avec sa statue d´or, dans les rues de Grasta Malzam. Il comptait bien trouver un artisan forgeron qui la découperait et la fondrait rapidement pour la rendre plus supportable et plus discrète.

    Néanmoins, heureusement pour Hellia, au moment où il allait franchir la porte d´une forge, un homme très riche, très grand, et très beau, habillé dans un habit très vert et très beurre frais, le héla.

    L´Aristocrate__ Hola, mon bon! c´est une bien belle oeuvre que vous portez là! combien en voulez-vous ?

    Le passeur__ Vous avez l´air bien sûr de vous, monsieur. Savez-vous qu´il s´agit d´or massif ?

    L´Aristocrate__ Je m´en doute bien, aussi, je vous propose de vous l´acheter pour son poids exact. J´aimerais la mettre dans mon salon, j´ai besoin de décorer ma maison.

    Le passeur__ Marché conclu !

    Le passeur était un homme pragmatique, comme on peut le voir, aussi ne s´embarrassait-il pas de la valeur humaine de son bien. Il n´y avait en cette femme statue qu´un simple objet de richesse. Après s´être rendus tous les deux chez un épicier qui leur prêta une balance pour estimer le poids de la marchandise, ils conclurent que le prix définitif et indiscutable était celui de trois cent milliards de Klafouz, monnaie du continent. Le passeur satisfait, lourd d´une grosse besace remplie de billets, se dépêcha de trouver un endroit distingué et élégant pour aller tout dépenser. La belle vie commençait pour lui. Et puis, dès qu´il n´aurait plus d´argent, il pourrait encore utiliser son don. Cet alchimiste de Barzabute, à la solde de Conspiru le Trublion, ne s´était pas payé sa tête en lui affirmant que cette fiole contenait l´essence du désir humain. Quiconque la buvait était aussitôt en mesure de pouvoir transformer ce que bon lui semblait en or.

    Il décida, par devoir, car il aimait le devoir, de se rendre avant toute chose chez un postier volant. Il y emprunta un faucon et écrivit un message, à l´attention des dirigeants de Barzabute, pour informer que Padgram était toujours vivant.

    Néanmoins, à peine laissa-t-il s´échapper l´oiseau qu´il fut pris d´une grande panique : s´ils apprenaient que le contrat n´était pas rempli comme il leur avait dit une première fois, ils le retrouveraient, ils se vengeraient ! Peut-être lui enlèveraient-ils son pouvoir ! Hélas, il était trop tard, le faucon était déjà loin. Le message était envoyé. Dès cet instant, l´homme qui avait volé Hellia fut pris d´une telle angoisse qu´au lieu de profiter de son argent, il misa tout sur un fusil et se brûla la cervelle en place publique. On ramassa son corps, on nettoya son sang, et on le jeta sur le tas des voyageurs malhabiles. Au royaume des superstitieux, les faibles sont rois.



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  • Apotheose Voir le profil de Apotheose
  • Posté le 15 octobre 2007 à 14:25:53 Avertir un administrateur
  • ___ Barzabute ___


    Ironie du sort, le faucon n´arriva pas à destination. De toute façon, Conspiru était trop occupé à gérer ses armées, dont l´appétit et la cruauté ne cessaient d´être légitimées davantage, jour après jour, pour recevoir un message, fût-il aussi vital que celui-ci.

    En fait, si l´oiseau n´atteignit pas sa destination c´est pour une double raison. La première est psychologique : le piaf savait que récemment une bonne partie de ses cousins avaient été attirés sur le continent Barbazutien par il ne sait quelle musique sournoise et qu´ils s´étaient tous retrouvés, pour une raison inconnue, calcinés comme des bleubites. Or, les faucons n´étaient pas du genre à se faire prendre pour des abrutis, on sait combien leur nom en atteste. Bon, c´est donc par prudence que le messager volant fit plein de détours, inquiet de voir apparaître soudainement d´on ne sait où je ne sais quel lance-flammes anachronique. La deuxième raison est factuelle. En effet, dans sa prudence démesurée, le volatile en vint à survoler les mines de Falacrosse. Vous n´êtes pas sans savoir que les obèses qui s´y cachaient avaient faim. Pour être trop sage, le faucon mourut, dégommé par une châtaigne.

    Lorsqu´il retomba, il y eut une double joie. La première, c´était qu´il y avait de quoi manger au moins pour deux jours, tout en restant à l´abri de l´armée de Conspiru, la deuxième c´était que, contre toute attente, le prince Padgram était vivant et que le tyran, désinformé, l´ignorait!

    Dans les mines, les obèses firent une fête majestueuse, Bougrasse souriait, se sentant un peu coupable d´avoir cru à tous les racontars, même Lysette, bâillonnée, ne pouvait cacher comme une certaine forme de soulagement. Elle sentait à la vibration légère dans sa robe de son fidèle miroir que la résurrection de Padgram n´était pas une bêtise. Elle aurait bien voulu se mêler à la fête mais ces obèses se méfiaient d´elle. En même temps, c´était réciproque. Et surtout, elle les méprisait tous parce qu´ils étaient incapables de se bouger. Oubliait-elle que la plus méprisable était sans doute celle qui était incapable de décider ce qu´elle pouvait faire de sa vie ? On n´en était plus à là. Lysette avait trop souffert malgré elle en voulant se mettre au niveau des autres pour à nouveau ressentir de la compassion pour ce que la Nature aurait voulu qu´elle appelle "ses semblables". Avec ces gros ventrus pleins de joie, pas de similitude possible.

    Pour les obèses, cela signifiait le retour de l´espoir, pour Bougrasse cela signifiait que son plan initial, par l´intermédiaire de Padgram, pourvu que le prince se bouge un peu, était encore réalisable. Hélas, la fête fut de courte durée car toute une troupe de brigands s´introduisirent dans les Mines de Falacrosse avec la ferme résolution de tirer au clair la présence des importuns.

    Tout le monde resta interdit. Le chef des bandits arriva devant Bougrasse. C´était un homme de taille moyenne, charismatique, la peau brune, les cheveux noirs, le visage parcouru par une double cicatrice, le torse nu, poilu et robuste, et moulé dans un corsaire d´une élégance incontestable. Il expliqua que ces mines constituaient pour sa bande de voleurs une banque, une réserve de richesses, où tous les larcins se déposaient. Bougrasse assura que rien n´avait été touché : seule des réunions à caractère politique s´étaient déroulées en ces lieux et que nul n´avait vu de trésors en ces coins. Le chef des voleurs ne le crut pas et donna l´ordre à ses hommes de se bagarrer. Les obèses se castagnèrent mais furent vaincus et saucissonnés. On fouilla la réserve secrète, on constata que tout était en place, on récupéra tous les trésors, et on s´excusa auprès des gros de les avoir malmenés sans pour autant les libérer.

    Bougrasse, bâillonné et ligoté, trépignait de colère, mais le chef ne s´en soucia, préférant lui piquer la belle damoiselle qui semblait s´ennuyer enserrée dans ses liens. Celle-ci n´en revenait pas. Lysette, en éprouvant la sensation des mains de cet homme sur son corsage, fut remplie d´un grand sentiment de désir. Pour la première fois de sa vie, un homme par son charisme, son pouvoir de décision, sa capacité à organiser le châtiment de ses kidnappeurs, et à les grâcier, l´avait menée à se faire impressionner et même séduire. Et pourtant, il ne lui avait pas adressé un regard ou une parole. C´était sans doute ça le secret, la voir sans la regarder, lui parler de soi sans articuler un mot. L´homme ne se doutait pas de l´effet qu´il produisait autour de lui, tout ce qu´il voyait, dans son dandysme fripon, c´était la demoiselle à libérer de ces grossiers personnages.

    Il la prit sur ses épaules et ordonna à ses hommes de vider les lieux. L´aventure dans les montagnes les attendait et il fallait faire vite avant que les armées qui semblaient s´exciter en ce moment ne leur tombe dessus et fassent du grabuge.

    Tous enserrés dans des liens solides, les obèses n´en revenaient pas. On venait de leur piquer leur prisonnière et ils avaient été incapables de se défendre. Qui pourrait seulement les libérer ?

    Nous le saurons bientôt. A présent, apprenez plutôt ce qu´il était advenu du sultan Gerabrossa le Jaune, après la terrible tempête qui, accompagnant le tremblement de terre, avait emporté au loin sa machine volante et ballonnée...


    à vous la suite!
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