*** Golden Epopée *** - Final Fantasy VIII - Page 6 sur JeuxVideo.com

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Sujet : « *** Golden Epopée *** »

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  • -PlacidVlad- Voir le profil de -PlacidVlad-
  • Posté le 31 août 2007 à 22:16:21 Avertir un administrateur
  • Hellia était enfin arrivée à Kuliz et à peine avait elle eu le temps de poser le pied à terre qu´elle fut tout de suite emmenée de force sur la place du marché des esclaves, tout en se faisant menoter. Elle se retourna vers Messerille qui, elle, était traitée avec toute la prévenance du monde, menée vers la maison de son maître, et lui lança un regard plein de détresse.

    Messerille: "Ne t´inquiète pas! Je viendrai te chercher d´ici quelques heures!"

    Quelques heures, c´est tout ce qu´il lui fallait tenir. Elle avait très peur, sensation qui lui était peu familière. Elle se sentait sans défenses, seule, il lui semblait que le visage de Padgram lui revenait de moins en moins facilement. "Ooooh Padgram, où es tu en ce moment? Me cherches tu? Si tu savais ce que tu me manques!"

    Elle fut brutalement jetée au milieu d´un groupe d´une dizaine de personnes duquel émanaient de puissants remugles de sueur et de déjections. C´étaient des esclaves. Hellia essaya de tenir sur ses jambes mais elle tomba à genoux. la longue chaine de ses menotes lui rentra dans la chair de ses jambes et elle poussa un cri en se laissant tomber sur le côté. Les esclaves rièrent d´elle. L´odeur qu´ils dégageaient était insuportable. Un des esclaves tira sur la longue robe d´Hellia avec la ferme intention de l´arracher. La robe commença à craquer et deux des esclaves ricanèrent, abordant leur sourire le plus horrible et le plus concupiscent. Les autres esclaves entourèrent la scène pour la cacher au mieux. La robe s´arracha jusqu´au niveau des cuisses, ce qui eut pour effet de faire crier de gloire l´esclave qui tirait sur la robe. Les trois esclaves s´approchèrent un peu plus d´Hellia, celui qui avait dechiré le vêtement essayait de lui écarter les jambes, mais mal nourris qu´il était, il peinait à lutter contre les débattements de la jeune femme. Il y arriva tout de même et ecarta assez les jambes d´Hellia pour laisser entrevoir son sous-vêtement. Hellia hurla.

    Voix d´homme: "Ola ola!!! Qu´est ce qui se passe ici!?"

    Les esclaves reculèrent d´Hellia, la laissant couchée sur le sol

    voix d´homme: "Ola qu´est ce qui se passe, ici!?"

    Les esclaves reculèrent d´Hellia, la laissant couchée sur le sol, les vêtements arrachés, sanglotant. Elle releva la tête vers l´homme qui avait fait reculer les esclaves, puis se releva tant bien que mal et se traina à genoux jusque lui. Elle pleurait à chaudes larmes et le prit par un pan de son pantalon

    Hellia: "Monsieur! Merci infiniment!"

    L´homme: "Dégage, saleté!"

    Il lui donna un coup de pied puis partit en lui crachant dessus.

    Hellia se laissa tomber, et pleura, pleura, pleura. Les autres esclaves ne semblaient plus s´interesser à elle. Messerille lui avait promit quelques heures, mais Hellia ne pensait pas pouvoir tenir le coup. Finalement, lorsque ses larmes se tarirent, elle se releva et s´assit un peu à l´écart des esclaves. Elle ne sentait presque plus leur odeur. Il ne lui restait plus qu´à esperer, la peur au ventre, que Messerille se dépèche.

    Un homme à l´air important s´arreta devant elle. L´homme qui lui avait craché dessus plutôt le rejoigna. Cet homme était le vendeur de ce groupe d´esclave. Il s´adressa au type à l´air important.

    Vendeur: "Seigneur Nortellon, vous êtes interessé?"

    Nortellon: "Mmmmh... Combien pour cette jeune esclave?"

    Vendeur: "Elle nous vient tout juste de Fërucora, elle est très belle et très en forme, comme vous pouvez le voir..."

    Hellia avait les cheveux très gras, salis par la poussière et le crachat, elle ne devait pas dégager une odeur plus agréable que les autres esclaves.

    Nortellon: "comment t´appelle tu, Esclave!?"

    Hellia, bienqu´en position de faiblesse, n´avait pas l´habitude qu´on lui parle comme ça et s´abstint de répondre.

    Nortellon: "Je viens de te demander comment tu t´appellais, Esclave!"

    Hellia leva le regard vers son interlocuteur. Il était plutôt séduisant, malgré sa barbe de quelques jours grise. Il portait un bandeau sur la tête, comme Londe et Rune. S´agissait t il d´un pirate?

    Hellia se releva et, de toute la puissance de son dédain, elle répondit "Je m´appelle Hellia"

    Nortellon se retourna vers le vendeur

    Nortellon: "vingt sept milles Blucats"

    Le vendeur sembla ne pas en croire ses oreilles

    Vendeur: "Très bien, très bien!"

    Il s´adressa à Hellia: "Tu as de la chance, Esclave! Suis le seigneur!"

    Hellia: "Je ne peux pas! Je dois attendre..."

    Mais elle fut interrompue par le vendeur, qui la giffla.

    Nortellon prit le bras du vendeur, le regarda d´un air meprisant, puis le laissa retomber.

    Nortellon: "Suis moi, Hellia."

    Elle le suivit et ils montèrent dans un carrosse.


    A vous la suite!!

    -PlacidVlad-
  • Lien permanent
  • Apotheose Voir le profil de Apotheose
  • Posté le 3 septembre 2007 à 01:50:00 Avertir un administrateur
  • ___ A la source du poulizsch ___

    Padgram, Karzus, et Londe, sur les épaules de Padgram, se tenaient devant un lac qui produisait une lumière sur les reflets aussi éblouissante que celle du soleil.

    Padgram__ Alors c´est ça qui vous sert d´éclairage ?

    Grisk__ Oui, c´est une source de vie et de lumière.

    Padgram__ Et on peut goûter ? Ca a quel goût ?

    Grisk__ Celui de l´eau. Sauf que c´est une eau de lumière.

    Padgram__ Et pourquoi on peut pas la voir à n´importe quelle heure de la journée cette source ?

    Grisk__ Parce que la lumière connaît des ombres et que tant que les ombres la peuplent, on ne peut pas la voir, sous peine d´être aveuglé.

    Padgram__ C´est complètement absurde!

    Londe__ Et con!

    Padgram__ J´allais le dire!

    Grisk__ Pourquoi ?

    Padgram__ Bah vous vivez dans le noir permanent. C´est les périodes enluminées de votre eau qui devrait vous rendre aveugles!

    Grisk__ Il y a des choses qu´on ne peut pas expliquer.

    "Et comment!"

    Tout le monde fut surpris par la voix aigre et sirupeuse qui venait de se faire entendre. Ils se retournèrent et découvrir une vieille, peut-être encore plus moche que Grisk, qui circulait sur trois jambes au lieu de deux, et qui s´appuyait sur une canne non pas avec sa main mais avec son coude, qu´elle avait triangulaire et rougeâtre. Son visage était fait de mille rides et ses petits yeux ne laissaient pas paraître une seule trace de blanc. Il n´y avait que du noir. Ses mains, crochues et longues, jaunies et veinées, s´approchèrent de la jambe restante de Londe, pendue sur le titanesque téton de Padgram.

    Londe__ Hééé bah les pattes, vieille sorcière!

    Grisk__ Doucement. C´est notre oracle. Elle examine votre mutilation.

    Londe__ Ben là, il se trouve qu´elle examine ma jambe pas manquante.

    Oracle__ Licence ! Kessaye me de jontrencer !

    Padgram__ Euh qu´est-ce qu´elle a dit ?

    Grisk__ Oh c´est un de ses tics, elle inverse toutes les premières lettres des mots des ses phrases, parfois c´est les syllabes, parfois c´est les deux. Il faut se creuser la tête pour comprendre.

    Karzus__ Pff, "oracle"... Non mais ça se donne des genres en plus!

    Padgram__ Et donc elle a dit quoi là, juste avant votre explication fumeuse ?

    Grisk__ Silence, j´essaye de me concentrer.

    Padgram__ Hé mais dites donc, inutile de réagir comme ça je vous posais une question simple, vous commencez à m´agacer avec vos grands airs, là!

    Karzus__ Non Padgram, je crois qu´il t´a juste exactement traduit ce que la vieille a marmonné.

    Padgram__ Eh bah fallait le dire tout de suite !

    L´oracle releva soudain la tête vers Londe et lui sourit avec beaucoup de dents manquantes, peut-être histoire de communiquer une forme d´empathie dans le membre organique manquant.

    Elle s´avança difficilement jusqu´au bord du lac et elle s´écria.

    Oracle__ Voyez ! Voyez, étrangers ! Le fruit de la connaissance naît en ces flots ! En cette heure de lumière ! je vais jeter quelques graines ! Et le fruit renaîtra par centaines !

    Padgram__ Ah bah tiens, là je comprends!

    Karzus__ Silence, observons ce qu´elle fait...

    Elle fouilla dans les tréfonds de sa vieille robe rapiécée, en silex périmé, et empoigna quelques graines. Elle respira son poing, le secoua un peu comme pour rythmer on ne sait quel coït de poissons volages, et jeta finalement les graines dans le lac.

    Aussitôt, l´eau se mit à bouillir, des bulles de lumières et multicolores, comme de grosses ampoules, apparurent, et éclatèrent. Au même moment, au loin, on entendu une flopée de "plop" aussi bruyants que cocasses, je dirais même rigolos, car ce jargon populaire me séduit quelques fois, en dépit du bon sens.

    Padgram, Karzus, et Londe se précipitèrent vers une fenêtre creusée dans la paroi de la salle du lac qui donnait sur le couloir où ils avaient rencontré Bébert.

    Là où poussaient les Fruichizzi, des centaines d´autres étaient apparus, mûrs et probablement délicieux. Sauf qu´on sait déjà que - les enfants lisez bien - la drogue, c´est pas bien.

    Padgram__ Quel prodige ! Cette eau génère les fruichizzi!

    Oracle__ C´est ce qu´elle a toujours fait... Mais je me demande à présent si...

    Londe__ Si quoi ?

    Oracle__ Gros homme! Avez-vous encore les morceaux de jambe de la jeune fille que vous portez?

    Padgram__ Ah, gare à moi si je les ai perdus!

    Fort heureusement, en ouvrant la besace, les pièces de la jambe de Londe, conservées dans un bol rempli de glace, n´avaient pas trop été amochées par tous les événements.

    Oracle__ Très bien, donnez-les moi!

    Londe__ Attendez! Que voulez-vous faire! C´est ma jambe! J´y tiens! J´en ai pas une troisième comme vous, moi! Vieille veinarde, tiens!

    L´oracle ne l´écouta pas, se contenta de sourire, et après avoir arraché le bol des mains de Padgram, jeta les morceaux de jambe dans le lac.

    Aussitôt, il y eut ébullition, apparition des bulles, étincelles de lumière quand elles éclatèrent, et, comme tantôt, une magnifique série de "plop".

    Padgram, Londe, et Karzus n´en crurent pas leurs yeux. En se redirigeant vers la fenêtre, ils découvrirent que à côté de tous les fruichizzi, des dizaines de jambes venaient de pousser, belles et vigoureuses, prêtes à l´emploi, et probablement déjà délicieuses. Sauf qu´on sait déjà que - les enfants lisez bien - le jambon, c´est bon.

    Londe cria comme elle n´avait jamais crié! Le bonheur lui étreignit la gorge au point qu´elle aurait pu s´en étrangler sans remords!

    Chevauchant Padgram comme un âne mort, en battant de la jambe sur ses gros bras, elle se précipita jusqu´à la sortie de la cité des Subsaldrantes, prévenant en hurlant, au passage, sa soeur qui se régalait d´un succulent épi de pissenlit cuit dans sa sauce au qwartz faite maison.

    Les jambes étaient là! Toutes identiques! Il y avait l´embarras du choix!

    Padgram__ Oui, c´est bien joli tout ça! Mais maintenant, se pose encore le problème de savoir comment on va la remettre!

    Rune les rejoignit en se léchant les doigts. Londe avait les yeux qui brillaient.

    Rune__ Au moins, maintenant, si on la reperd, on en aura toujours une de rechange.

    Grisk__ Je pourrais vous aider à la souder.

    Tout le monde le regarda avec des yeux de poisson mort.

    Londe__ Sou... souder??

    Grisk__ Ben oui! Vous préférez qu´on vous la coud et qu´elle se déchire à la première course ?

    Padgram__ Ah c´est pas bête, ça! On y avait pas pensé!

    Londe__ Heureusement que la couturière est morte à temps, hein!

    Padgram__ A qui le dis-tu!

    Londe__ Euh bah à Padgram.

    Padgram__ Tu m´étonnes!

    Grisk__ Euh eh bien, Londe, vous n´avez qu´à venir avec moi, je vais vous amener jusqu´à notre meilleur forgeron.

    Karzus__ Vous avez un forgeron??

    Grisk__ Oui, pourquoi??

    Karzus__ Mais vous êtes pacifiques. Et vous n´avez pas besoin d´armes et d´armures, non ?

    Grisk__ On a beau s´enfouir sous terre, on n´en est pas moins protégés de chutes d´hommes comme vous. Alors, autant envisager le pire.

    Et il partit, Londe sur ses épaules, celle-ci tenant fièrement une jambe délicatement cueillie, un grand sourire aux lèvres.

    Padgram (dans ses dents)__ Leur forgeron pourrait leur faire des armures...

    Oracle__ Tu n´en auras pas besoin, l´obèse. Ton coeur suffira.

    Padgram__ Qu´avez-vous dit ?

    Oracle__ Suivez-moi vous trois. Oui, toi aussi le chauve nudiste et jaloux!

    Avant de partir, elle arracha quelques fruichizzi, puis les accompagna jusqu´à sa tanière, qui se trouvait derrière la salle des Anciens. On y accédait par le biais d´une paroi coulissante et vraisemblablement secrète.

    L´oracle se posa sous un mini dolmen qui avait dû être installé là par erreur mais qui devait sans doute contribuer à l´atmosphère un peu mystérieuse que la vieille laissait derrière elle. A moins que ses hémmorroïdes n´aient à cette époque de l´histoire considérablement influencé le cours des sensations olfactives qui, il faut bien le reconnaître, sont à cette période de l´année, tout à fait hors de prix.

    Là, elle fit asseoir les trois compères, Rune au centre, s´assit en tailleurs devant eux et puis marmonna quelques bribes volontairement incompréhensibles, en se balançant d´avant en arrière.

    Finalement, laissant nos héros dubitatifs, elle prit trois fruichizzi dans ses mains et, les portant à sa bouche, les avala tous les trois d´un coup!

    Karzus__ Par Yakabrouf!! Elle est cinglée!!

    La vieille commença alors à trembler et à danser et à baver, rentrant dans une transe formidable!

    Padgram et Rune voulurent sortirent mais la paroi coulissante était bloquée. Ils ne pouvaient que rester là à voir l´autre vieille qui se la pétait avec son trip genre je suis possédée se dandiner et se mettre toute nue pour sentir en elle le trip de la vie lui envahir le corps, qu´elle avait vraiment hideux au passage, et elle allait de droite à gauche, se cognait la tête contre les murs, et puis se mettait à rire diaboliquement avant de se recroqueviller comme une toute petite créature apeurée par le moindre bourdonnement de mouche.

    Padgram__ Bon, ça sert à quoi de nous faire venir ici juste pour qu´on assiste à un bad trip??

    "LICENCEEEE!"

    Rune__ Qu´est-ce qu´elle a dit??

    Padgram__ Silence!

    Rune__ Bah ça va tu pourrais me répondre au moins!

    Padgram__ Mais non, c´est ce qu´elle veut dire, elle...

    Oracle (en nage et en bave)__ GADPRAM!!!

    Padgram__ Ah, elle s´adresse à moi...

    La vieille se jeta sur les seins du gros prince et les tordirent au maximum. Ce qui bien sûr pour Padgram ne représentait qu´une chatouille aussi agréable que lointaine.

    Oracle__ Retiens bien ceci! Caaaar je le vois!!

    Padgram__ Diable! Son haleine! Elle va me tuer....!

    Oracle__ Tatre quand taie joie troures tinbio déo rhénos ronces chant n´eau meuh près phare elle peu j´aimais l´an !

    Tous__ Hein??

    Oracle__ Haaan mienne sort mézor dais mur la serre !

    Karzus__ Sapristi, notez ça vite!

    Oracle__ A v´heure caillant dien rein biple seau !

    Ronde__ Et où veux-tu qu´on note!! Il n´y a que des pierres ici-bas!

    L´oracle continua de baver longtemps, les yeux exhorbités, avant de se laisser retomber lourdement par terre, inconsciente, les muscles détendus, visiblement épuisée.

    Padgram__ Bon... Les amis, je pressens que ce que vient de dire cette vieille dépendante vaut son pesant de cacahuètes! Branle-bas de combat et triple ration de chaïs à qui trouvera la signification de la triple prophétie à peine entendue par nos profanes oreilles!!


    à vous la suite!
    Apothéose
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  • Carnavale Voir le profil de Carnavale
  • Posté le 3 septembre 2007 à 10:21:55 Avertir un administrateur
  • Rune : Attends, Padgram, est-ce qu´on doit réellement prêter une grande attention aux délires d´une vieille folle qui vient de s´enfiler trois doses massives de drogue concentrée ?

    Padgram : Mon instinct me dit que oui.

    Karzus : Et le mien me dit que le prince a raison.

    Padgram : Inutile de faire de la lèche, Karzus!

    Karzus : Padgram, je ne te parle qu´avec le respect qui t´est dû.

    Padgram : Ecoute, ici, je ne suis rien. Et je n´ai jamais été rien. Je ne suis pas un prince. Tu peux m´appeler "hé", "dis dont, toi", ou encore un autre petit surnom mignon que tu auras trouvé dans ton coeur. Mais pour l´instant, il n´y a pas de prince, pas de hiérarchie. Nous sommes amis. Et je ne veux pas que cela change.

    Rune et Karzus restèrent un peu sur le cul après une telle réaction.

    Rune : Euh... Pad... Fallait pas le prendre tant à coeur, hein.

    Padgram : Non, non, mais c´est important pour moi, vous savez. Des fois que vous croiriez que... Enfin... C´est-à-dire que... Bon, voilà, en fait, il faut dire que j´ai toujours eu une sorte de gros problème avec ce qu´on appelle, vous savez, "l´orgueil", et, vous comprenez, moi, l´orgueil, je trouve ça vil, bas, et puis inutile, on ne va pas bien loin en pratiquant un péché aussi peu mignon que celui-là, en plus les gens ne vous aiment pas beaucoup, et c´est terrible quand les gens ne vous aiment pas beaucoup, et moi, j´ai du mal, je veux dire, je n´ai pas vraiment confiance en moi, et je ne sais pas de quoi je pourrais me vanter à part être né dans des bas de soie, d´autres diraient que c´est le fait du hasard, que le destin m´a voulu gros et prince, et qu´il faut l´accepter, mais je ne crois ni au hasard ni au destin, vous voyez, je veux dire, au moment même où je vous parle, et vous en savez quelque chose, je suis comme qui dirait en quête d´un sens, un sens ou plutôt... une direction, une indication de route, une forme de pancarte qui aurait la gentillesse de me mener à bon port, naviguant sans souci à travers la tempête de la vie et ses trop nombreux cumulus, une direction, oui, un revirement de boussole en quelque sorte, et même un sens au fond, oui, un sens, un sens à ce que je suis, et bien que ce soit difficile, il me semble que c´est à votre contact, débarrassé de toute l´hypocrisie des conventions, que j´apprends réellement ce qu´il m´est possible de faire ou non, aussi me suis-je toujours demandé dans quelle mesure on pouv...

    Rune : OKAY!! Allons traduire ces prédictions!

    Ainsi commencèrent-ils à bucher. La séance de tempête mentale allait durer un temps considérable. Les Anciens allaient veiller à ce que les trois compagnons ne manquent de rien, leur amenant régulièrement des graines de pissenlit, dont seule Rune raffolait, ce qui laissait d´ailleurs Padgram particulièrement en effroi. Un mot comme "diète" l´avait toujours fait frissonné. Dans son système de valeur, ça connotait suicide. Et, on l´aura compris, Padgram était de la vie un fanatique. Etre privé de cheval, douce chair de cheval qui, coupé en cuissots, se meut dans votre bouche, s´épanouit sur votre langue, au point d´y fondre en gémissant, noyé dans une sauce au vin parfumé aux gingembre, c´était là renoncer au sel même de la vie.


    Karzus : La deuxième prédiction, je crois, parle de la mer. Essayons d´y voir plus clair. D´après ce que j´ai entendu, elle a dit... "Han mienne sort mézor dais mur la serre"... Si seulement Grisk était là !

    Rune : On doit se débrouiller tout seuls. S´il s´agit d´un dialecte particulier...

    Karzus : Ce n´est pas un dialecte. C´est son tic! Elle inverse tout pour brouiller les pistes.

    Padgram : Ouais, je parie qu´elle le fait exprès...

    Rune : Pourquoi dis-tu que la deuxième prédiction parle de la mer ?

    Karzus : Eh bien, tu peux transformer facilement mur la serre, en "sur la mer".

    Rune : Bien sûr... Attends que je me concentre. Han mienne sort mézor dais sur la mer... Han mienne, ment hienne ?

    Padgram : Des hyènes sur la mer ?

    Karzus : C´est ésotérique...

    Rune : Non attendez... mienne sort... mienne sort... sienne mort !

    Padgram : Les hyènes sont mortes ?

    Karzus : Mais non! Rune, ne crois-tu pas qu´il faut lire... "An..." "An..." "Ancienne mort" ?

    Les trois héros écarquillèrent les yeux et se regardèrent comme s´ils avaient trouvé le messie.

    Tous : HELLIA !

    Rune : Mais oui !! La prédiction concerne Hellia !

    Padgram : Bon, bon, alors dis la phrase en entier!

    Rune : Eh bien... avec "mézor dais", ça devient... L´ancienne Mort est désormais sur la mer !

    Padgram : Hellia serait donc menée en bateau ? Il faut bien qu´elle soit partie d´un port ! Or, Fërucora n´en est certainement pas un.

    Karzus : Le port le plus proche de Fërucora - et Myosotis sait qu´il est déjà loin - ne peut être que Kuliz.

    Padgram : Oui mais comment peut-elle s´être retrouvée là-bas ?

    Karzus : On finira bien par le savoir, mais cette vieille folle vient de nous donner notre seul premier indice. Quitte à ce que ce soit faux, autant en avoir le coeur net.

    Rune : De toute façon, on y réfléchira après, à présent, il faut traduire les deux autres!

    Padgram : Moui, bon, la troisième est facile, je crois qu´elle m´est adressée. Mais ça n´a rien d´une prédiction !

    Rune : Que veux-tu dire ?

    Padgram : Eh bien je sais que je ne suis pas le plus intelligent de tous mais il est facile de reconnaître un proverbe aussi commun!

    Karzus : Quoi donc ?

    Padgram : Pff, mais c´est simple, voyons ! "A v´heure caillant dien rein biple seau", autrement dit : "à coeur vaillant, rien d´impossible!"

    Karzus l´applaudit, fier de la vivacité d´esprit de son prince, ce qui exaspéra Padgram. Rune, dans son coin, souriait. Elle avait évidemment percé le proverbe à jour depuis longtemps mais c´était trop drôle de voir Padgram jouer au modeste bougon intelligent.

    Karzus : Bon, ceci dit, le plus dur reste la première.

    Padgram : Elle est allée trop vite, je ne m´en rappelle pas. Je savais qu´il y avait du tartre dans cette affaire.

    Rune : Oui, du tartre, c´est bien ça. Moi je m´en souviens. Elle a dit... attends voir... "Tatre..."... "Tatre quand taie joie troures tinbio déo rhénos ronces chant n´eau meuh près phare elle peu j´aimais l´an"...

    Padgram : C´est vrai que ça ressemble plus à du yahourt qu´à autre chose...

    Rune : Bon ! Procédons avec méthode !

    Karzus : Oui, séparons les mots en trois groupes, et cherchons chacun de notre côté ! Il y en a dix huit. Six par tête, donc !

    Padgram s´isola alors avec "Tatre quand taie joie troures tinbio", Rune avec "déo rhénos ronces chant n´eau meuh", et Karzus avec "pré phare elle peu j´aimais l´an".


    === Chez le Forgeron ===

    La forge était installée dans une grande caverne qui surplombait toute la fabuleuse cité des Subsaldrantes. Le forgeron n´avait pas d´apprentis, il travaillait seul, utilisant pour enclume sa propre jambe, qui en avait déjà l´apparence et la consistance, comme vous le savez déjà.

    Il s´appelait Giorjak, et d´après Grisk, vivait toujours en solitaire, désireux de ne jamais rencontrer personne. Ses relations sociales se limitaient à ses seuls clients, qu´il n´avait d´ailleurs pas si nombreux puisque jamais les Subsaldrantes n´avaient eu à essuyer de déclarations de guerre.

    Lorsque Grisk et Londe s´étaient approchés, on entendait au loin les bruits d´une lame qu´on tord et qu´on polie à force de raison et d´endurance.

    Giorjak n´eut pas l´air content de voir son chef apparaître.

    Giorjak : Que me veux-tu! (gromela-t-il).

    Grisk : Cette jeune fille a besoin qu´on lui répare sa jambe. Pourrais-tu la souder ?

    Giorjak : Tu me paieras, pour ça ?

    Grisk soupira.

    Grisk : Giorjak, Giorjak, Giorjak... Pourquoi faut-il que nous en parilons à chaque fois? Non, tu ne seras jamais payé, et tu le sais très bien.

    Giorjak : Alors, bon vent. Je te l´ai dit, j´en ai ras l´enclume de votre système de feignants! Je suis le seul qui m´échine, ici! Et l´on voudrait que je gagne la même chose que le moindre de nos prétendus Anciens qui passent leur temps à pieuter dans leur crasse ??

    Londe : Euh, Grisk, de quoi parle-t-il ?

    Giorjak : Excusez-moi, Mademoiselle. Vous n´y êtes pour rien. Mais ces empaffés ne souhaitent vivre que de leur sordide trafic! Et une fois qu´ils récoltent l´argent de leurs échanges frauduleux, ils le transforment en denrées alimentaires - et quand je parle de denrées alimentaires ! tiens ! ça me fait bien rire ! - et puis le répartissent dans toute la population. Et voilà notre moyen de subsistance ! Voilà comment notre belle cité connaîtra un jour un progrès !

    Grisk : Je les connais tes arguments, Giorjak! Ici, il s´agit d´aider l´amie de nos héros!

    Giorjak : Eh bien, peuvent-ils, eux au moins, me payer ?

    Londe : Nous... nous n´avons pas beaucoup d´argent. Du moins... nous ne sommes pas si à l´aise que ça...

    Giorjak : Alors que me proposez-vous en échange d´un service pareil ? Vous vous rendez compte que c´est un travail délicat! On ne soude pas une jambe comme on soude une lance. N´avez-vous rien de valeureux à me proposer ?

    Londe : Eh bien... N´auriez-vous pas besoin de main d´oeuvre ?

    Giorjak : Aah de la main d´oeuvre !. .. En temps normal, je refuse tout assistant mais... mais je ne me trompe pas, pas vrai, vous me proposez bien un humain, là.

    Londe : Oui... Une assistante, si vous voulez.

    Giorjak : Vous ? Vous voudriez... en échange de votre jambe soudée... Devenir mon assistante ? Travailler pour moi ?

    Londe : Non... Pas moi... (elle se mit à sourire) Mais je connais une jeune fille qui sera ravie de le faire.

    Giorjak : Dépend-t-elle de vous ? Avez-vous toute liberté sur elle ?

    Londe : Tout à fait...

    Giorjak : Très bien, approchez. Vous serez sur pied d´ici deux heures. Mais il faut avant tout vous endormir. Grisk, va donc me chercher du somnanzol !

    Grisk partit en courant à pas enclumés pour aller se procurer la substance requise et revint quelques secondes plus tard. Giorjak était en train de recouvrir la cuisse coupée de Londe d´une lotion cicatrisante. Il prit la fiole de somnanzol que lui avait ramené le Falou, pencha la tête de Londe et lui fit tout boire d´un trait. La jeune fille tomba aussitôt inconsciente.

    Giorjak : Très bien... On peut y aller.

    Il prit la jambe, veilla à y faire quatre encoches, et puis la fixa sur la cuisse coupée de la jeune fille, étendue sur l´établi. Grisk resta pour maintenir le membre, tandis que Giorjak commençait à déverser sur le point d´attache un coulis d´étain en fusion qui allait bientôt solidifier toute la chair périphérique.


    === Kuliz - Le Port, au crépuscule ===

    Un grand bateau était prêt à partir. Le soleil pointait ses dernières épérons avant de retomber dans l´oubli de la nuit, qui allait être aussi froide qu´agitée.

    Le carrosse de Nortellon s´arrêta devant le pont. Il sortit, majestueux, accompagné de sa nouvelle esclave, qui n´en menait pas large.

    Il se retourna vers elle, et la prit par les épaules.

    Nortellon : Voilà, Hellia. Tu étais la dernière. Un destin nouveau va s´offrir à toi. Tu es très belle. Je pense que tu le satisferas amplement. Je n´ai été ton maître que le temps de ce voyage. Nous nous reverrons sans doute.

    Hellia ne comprenait évidemment rien à ce qu´il venait de dire. Pourquoi l´acheter pour aussitôt la remettre à d´autres mains ? Elle regrettait de plus en plus d´être devenue humaine. La peste soit de ces fous de mortels!

    Nortellon, sans un sourire, la dirigea vers l´escalier qui menait au bateau. Sans grande conviction, elle monta. Dans la pénombre ambiante, elle ne vit que des silhouettes s´approcher d´elle, la ligoter, et l´amener de force dans une cale, pour l´enfermer dans une cage avec d´autres corps, qu´elle identifia bientôt comme des femmes.

    On retira l´escalier, on leva l´ancre. Et le bateau partit, laissant Nortellon, méditatif.

    Nortellon : Voilà... J´ai payé ma dette...

    Mais à quel prix l´avait-il fait !


    === La cité des Subsaldrantes ===

    Rune, Karzus, et Padgram accoururent au-devant de Londe qui sortait toute joyeuse sur ses deux jambes de la forge, agile et superbe, comme auparavant. Grisk et Giorjak la regardaient, amusés.

    Londe : Regardez !! Je marche ! Je cours ! Je m´accroupis ! Je me plie ! Je danse ! Je vis!! Je vis!!

    Ses trois compagnons lui sourirent avec émotion. Elle semblait véritablement heureuse.

    Rune : Et... Et nous, Londe, on a reçu trois prédictions et on les a déchiffrées!

    Londe : C´est vrai ? L´oracle vous a dit quelque chose ??

    Rune : Oui ! D´abord, d´après ce qu´on a compris, Hellia serait sur les flots !

    Londe : Ah! Mais comment la retrouver sur les flots ??

    Rune : On avisera... Sinon, il est conseillé à Padgram de croire en la vaillance de son coeur, car, du coup, rien ne lui sera impossible!

    Padgram : Oui, enfin c´est pas gagné, hein...

    Londe : Et il y avait autre chose ?

    Karzus : Oui... La première des prédictions, et la plus dure de toutes à déchiffrer, est encore plus impossible à comprendre.

    Londe : Que dit-elle ?

    Padgram : "Quatre temps et trois jours bientôt réordonnés seront prochainement par le feu mélangés"

    Londe : Qu´est-ce que ça veut bien pouvoir dire...?

    Giorjak : Euh dites! Désolé de couper court à votre réflexion mais maintenant, Londe, vous avez un contrat à honorer! Je veux mon dû!

    Padgram : Son dû? De quoi s´agit-il Londe...

    La jeune fille devint rouge et commença à bredouiller.

    Giorjak : Allons, jeune damoiselle, montrez-moi de qui il s´agit.

    Padgram : Comment ça de qui ??

    Londe, en baissant la tête, pointa le doigt fébrilement vers sa soeur qui resta éberluée, incrédule.

    Londe (murmurant) : Vous... Vous auriez pu le deviner tout seul...

    Giorjak : Il fallait bien que vous la désigniez. Très bien, amenez-la moi!

    Rune hallucinait.

    Rune : Comment ça ? Mais qu´est-ce que cette histoire ! Non ! Non ! Lâchez-moi ! Qu´est-ce que vous faites ! Londe, c´est quoi ce contrat !

    La jeune brune venait d´être transportée par trois Subsaldrantes jusque devant Giorjak, qui se frottait les mains d´un air satisfait.

    Giorjak : Dorénavant, jeune hurlante, tu seras à mon service. Tu m´aideras à la forge. Et qui sait, peut-être même pourrons-nous fonder une famille un jour...!

    Rune : QUOI??

    Giorjak : Allons, allons, je plaisante.

    Rune : Aaah ouff...

    Giorjak : Bah oui, je n´ai jamais voulu de famille, c´est pas aujourd´hui que je vais commencer!

    Rune : Hein!! Mais alors tout le reste, c´est pas du pipeau??

    Giorjak : J´ai une tête à pipeauter ?

    Rune : T´as une tête horrible ! Et celle de ma soeur l´est encore plus !!

    Elle se jeta sur elle et commença à la rouer de coups de poing, oubliant qu´il suffirait d´une pitchenette de Londe pour qu´elle se fasse rétamer.

    Cependant, la miraculée, trop honteuse, ne chercha pas à se défendre, se faisant exploser la machoire sans broncher.

    Rune : Tu n´es qu´une infâme petite pourriture ! Me vendre, moi ! Me vendre ! Tu n´as aucun droit sur moi ! Aucun !

    Londe se contenta de murmurer : Si... je suis née trente-sept secondes avant toi...

    Rune : Tu me le paieras ! TU ME LE PAIERAS !

    Mais elle n´eut pas le temps de terminer son massacre. Les autres Subsaldrantes la prirent par les bras et l´emmenèrent au fond de la forge, pour lui donner ses nouveaux habits et ses nouveaux outils...

    Padgram et Karzus n´arrivaient pas à croire ce qu´ils venaient de voir.


    à vous la suite!
    -Chapterving-
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  • Posté le 3 septembre 2007 à 13:40:56 Avertir un administrateur


  • La tension était à son comble et pendant un instant on entendait plus que les bouillonnements des metaux en fusion dans l´arrière boutique.

    Rune: Je demande la création d´un syndicat!

    Giorjak: Un sein de quoi??

    Rune: Un syndicat, le syndicat c´est le progrès. Il sert à défendre le droit des travailleurs.

    Giorjak se mordilla la lèvre, soudain hésitant. Partageait-elle son idée de révolution de la société subsaldrantienne ou cherchait-elle à l´embobiner? Il jeta un coup d´oeil interrogateur à l´assistance. Karzus, pensif, se disait que la magie l´emportait sur la politique en simplicité et en efficacité, Padgram n´avait jamais entendu ce mot à la cour, Londe s´écrasait dans son remord, tandis que Grisk était absorbé par la dégustation d´une crotte de nez.

    Rune, consciente de sa position de force, se mit à expliquer les droits et devoirs qui devaient régir le monde du travail et le monde tout court. Et termina sur la plus haute revendication, l´inaliénable prérogative, celle figurant au premier alinea de la convention de Nevazithre: le droit aux vacances.

    Giorjak, interloqué: des vacances?

    Rune: parfaitement, environ 5 semaines en temps normal, plus une addition de 4 mois et demi en cas d´enfantement.

    Giorjak: et... ... et tu... vous êtes enceinte? .....mère?

    Rune lui adressa son sourire le plus malicieux, lui fit un clin d´oeil et révéla la genèse de son oeil.

    Gorjiak, passablement décontenancé, fit appel aux anciens et demanda à ce que les vieux traités de Nevazithre soient consultés pour ce cas. Ils se rendirent donc tous à la bibliothèque de la ville, où étaient entreposés tous les livres jetés depuis la surface. Ainsi se déployait devant eux un rayon considérable consacré à la chimie moléculaire, un autre à la philosophie et un dernier à la justice. Il n´y avait par contre pas trace de livres religieux, consacrés à l´ufologie ou le lifting des sourcils. Padgram regardait toute cette science depuis l´entrée, incapable qu´il était de se mouvoir entre les rayons.

    Il fallut d´abord dépoussiérer l´endroit, puis dépoussiérer les anciens, ce qui mobilisa une après-midi (si l´après-midi a un sens à 2 kilomètres sous terre). Puis ils se plongèrent dans les pages jaunies, chapitre après chapitre. Mais en vain. Aucun texte n´avait prévu ce cas épineux et personne ne savait ce qu´il convenait de faire. Le forgeron, devant l´hébétude des séniles, fit la moue, grommela, puis finit par s´avouer vaincu:

    - Grmpf, c´est bon, vous pouvez prendre vos vacances mais ensuite, jurez moi que vous me reviendrez!

    Rune, le sourire jusqu´aux oreilles, croisa les doigts et promis. La parole d´une pirate sert à tricher, quoiqu´elle se jurait en même temps que Londe ne s´en tirerait pas comme ça. Celle-ci sanglotait sur ses deux pieds.

    Padgram se réjouit: son équipe restait intacte et soudée comme une jambe à un bassin. Karzus appréciait en silence l´intelligence de Rune tout en choisissant dans la bibliothèque plusieurs cartes maritimes qui trainaient. Grisk, lui, n´avait rien suivi, mais il partageait l´excitation du groupe et se félicitait de l´avoir amené ici. Son quotidien avait été agrémenté, sa vision des humains avait changé et il envisageait déjà d´entreprendre un jour un voyage à la surface.

    Le souffle de l´aube traversa les arches blances de la cité à la douce clarté, effleurant le lac dont le calme de miroir n´était troublé que par une bande de sâles mioches jouant à s´éclabousser. La troupe se préparait à partir, le Verlcano Bébèrt ayant accepté de les mener où bon leur semblerait. Tout le peuple Subsaldantre était réunit devant le gros vers pour admirer le spectacle et souhaiter bonne chance aux héros. Padgram s´était assis devant, aux rènes du ver (qui regrettait déjà sa promesse, pfiou, quelle gravité!), fier comme un gosse sur son cheval à bascule. Et Grisk regardait avec envie cet aventurier, moche comme lui mais l´air conquérant, clignant de ses yeux blancs.
    Rune le regardait du haut du vers, et ricana:

    - Alors vieux débris, tu veux monter avec nous? Ou alors la surface te fait trop peur?

    La lumière dans les yeux du chef et un acquiescement silencieux furent la seule réponse. Et il bondit sur le ver (qui accusa un gémissement, il commençait à y avoir trop de passagers là, on tend la main et ils vous prennent le bras, bon j´ai ni l´un ni l´autre, mais on m´y reprendra).

    Rune: Hein?? mais je...

    Karzus: - Hmmm, la science des subsaldantres est médiocre, vous allez faire fuir les gens, la route sera pleine de dangers, ça fera un homme de plus pour baver sur Hellia quand on la retrouvera..... ça fait suffisamment de bonnes raisons de vous accepter. Et puis vous ne coûterez pas cher en nourriture.

    Grisk: - Merci chers amis, je rêve de conduire un jour les subsaldantres à la surface, à nouveau parmi la société. Mon fils Grisk II s´occupera de la cité durant mon absence. Et puis sérieux j´en avais marre de toutes ces conneries, qu´ils se débrouillent maintenant.

    Padgram fit un gest d´adieu au peuple sous-terrain, fit cambrer le ver et le propulsa en avant, dans le mur, friable sous les dents acérées du monstre, dans une course hallucinée à travers les murailles de Saldra.


    à vous la suite!
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  • -PlacidVlad- Voir le profil de -PlacidVlad-
  • Posté le 3 septembre 2007 à 15:43:54 Avertir un administrateur
  • Le ver filait à une vitesse hallucinante au travers des longs couloirs par où respirait Saldra. Padgram et ses amis ne le savaient pas, mais Bébert le vers n´était pas une lumière en ce qui concernait l´orientation, aussi fit il nombre de tours et détours. Le temps passait et Padgram commençait à avoir faim, ils s´arretèrent donc pour se restaurer. Padgram sortit de son ventre des kilos de viande sechée et de haricots blancs.

    Grisk: "Seigneur! Est ce donc de la nourriture?"

    Karzus: "Oui"

    Grisk: "Et c´est de la nourriture provenant de Padgram?"

    Karzus: "Nous ne sommes pas cannibales: la généreuse panse du prince Padgram peut rendre bien des services et en tout premier lieu elle peut servir de besace."

    Grisk: "Incroyable..."

    Ils mangèrent et Grisk s´étonna de toutes ces saveurs inconnues.

    Lorsqu´ils eurent fini, Grisk avait tellement mangé qu´il fallut attendre qu´il digèrequelques heures avant de pouvoir repartir, sous peine de le voir mourir d´hyperglycémie, avait expliqué Karzus.

    Grisk et Padgram s´endormirent, Londe et Rune restaient silencieuses et Karzus méditait. Il s´inquiétait pour Hellia et cette prophétie qui la concernait. Il essayait d´établir une connexion mentale avec le petit oiseau d´os qu´il avait lancé aux trousses de l´ex-mort. Il commença par entendre une voix. Il essaya d´améliorer la connexion, mais il se rendit bien vite compte que cette voix ne provenait pas de ses pensées, mais bien du fond d´un tunnel... Il regarda vers Rune et Londe, qui semblaient aussi avoir perçu quelque chose. Il se leva et les jumelles le suivirent. Ils avançaient vers cette voix, qui semblait répeter inlassablement la même chose, une sorte de poème.

    Ils arrivèrent à un embranchement et une lumière venait du fond d´un des tunnels qui semblait se terminer en cul de sac. Au bout, une large salle était baignée de ce même halo qui luisait dans la ville subsaldrante. Aux murs, il y avait des fruichizzis sauvages. Au fond de la salle, un homme était recroquevillé sur lui même et marmonnait les paroles qui devenaient de plus en plus compréhensibles au fur et à mesure qu´ils approchaient de lui. Il avait les yeux retournés dans leur orbite, tout veinés de rouge. Il bavait abondament. Il avait apparement consommé des fruichizzis.

    Homme: "La Rune sera Londe... La Lune sera Ronde... La Rune sera Londe... La Lune sera Ronde..."

    Rune: "Il dit n´importe quoi..."

    Londe: "D´où connait t il nos noms?"

    Karzus: "Il ne les connait pas. Cet homme est drogué. Il dérive sur la lune qui devient ronde. La pleine lune, quoi."

    L´homme commença alors à convulser. Karzus, Londe et Rune reculèrent et l´homme chut, inerte. Mort.

    Les trois compères, curieux de savoir qui était cet homme, mais sans plus, revinrent vers leurs deux autres compagnons. Grisk s´était eveillé et sentait ses doigts qui fleuraient la viande sechée. Padgram dormait toujours et ressemblait à une gigantesque coloquinte. Karzus parla à Grisk de l´homme et de ses paroles sans sens.

    Grisk: "La pleine lune...? Je ne l´ai jamais vue, mais j´en ai beaucoup entendu parlé. Les hommes de la surface y font souvent allusion lorsque des choses étranges se passent, je me trompe?"

    Karzus: "Non. Mais ce que disait cet homme n´avait de toutes façons aucun sens. Au fait! Tant que Padgram dort, j´aimerais avoir votre aide et votre avis sur la prophétie de l´oracle. Je doute que ça rime à quelque chose, mais j´aimerais votre regard d´expert, vous qui avez l´habitude des paroles de l´oracle. On en est arrivés à une conclusion, d´apres les indications données par la vieille. Le problème c´est qu´il y a une phrase qui n´a pas de sens, dans le tas: Quatre temps et trois jours bientôt réordonnés seront prochainement par le feu mélangés. Vous croyez que ça a du sens?"

    Grisk: "Je n´en sais rien. Nul ne le sait jamais, même l´oracle."

    Karzus: "Mmmh... Reflechissons..."

    Mais Padgram se reveilla en sursaut ce qui fit trembler les fondations de Saldra et la prophétie quitta les pensées de Karzus et de Grisk. Il se levèrent et Grisk proposa au shaman de se revetir, depuis le temps qu´il était nu... Padgram sortit donc de ses bourrelets un morceau de tissu que Karzus se noua autour de la taille. Ils se remirent en route.


    A vous la suite!!

    -PlacidVlad-
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  • Posté le 3 septembre 2007 à 16:52:11 Avertir un administrateur
  • Au fait, Everlasting!

    Chapter (Carnavale) m´avait parlé de toi et c´est cool que tu te joignes à nous!

    Ton style est excellent et j´espère que tu resterasdans les rangs!

    GE ne fait que commencer!!
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  • -PlacidVlad- Voir le profil de -PlacidVlad-
  • Posté le 3 septembre 2007 à 16:53:19 Avertir un administrateur
  • Et aussi, et surtout, bienvenue dans l´équipe
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  • Posté le 3 septembre 2007 à 17:41:18 Avertir un administrateur
  • Padgram: nous sommes tout proche de la surface, il nous faut choisir une destination. Se planquez dans Fërucora comme le suggérait Karzus ou alors foncer vers le port de Kuliz? Si nous prenons la seconde solution, nous aurons à nos trousses des hordes de soldats armés jusqu´aux dents et avides de sang nous pourchassant inlassablement...

    Londe: Ce serait fun. Et puis moi aussi j´aime le sang.

    Rune: Ce séjour chez les chauves souris t´as bien remonté on dirait.

    Londe: A force de fréquenter une vampire...

    Rune: Ha, marrant venant d´une blonde suc...

    Karzus leur donna un coup sur la tête à chacune avec un gourdin trouvé par terre:
    - Silence les cruches. Observez: vu la senteur du coin, on doit pas être loin des égoûts de Fërucora, une idée constructive serait d´utiliser Bébert pour raser la ville, ça apprendrait à ces benêts à détruire des laboratoires et à tenter de nous pendre.

    Padgram: - Il y a des innocents tout de même

    Karzus: - Pff, celui qui se tait est complice.

    Grisk prenait des notes sur un calepin. L´oeil en coin, Padgram s´inquiétait de l´influence du groupe sur ce néophyte aux cheveux blancs. Karzus était d´humeur boudeuse, de même que les deux filles. Il fallait qu´il prenne les choses en main:

    - Récupérer Hellia est notre priorité! Les femmes d´abord! Nous nous dirigerons vers Kulitz, et nous ferons des pauses régulières en surface pour vérifier que nous sommes toujours sur la bonne route. Et également pour pique-niquer, je commence à avoir une faim de loup et ces stalagmites en forme de gâteaux de mariage me font saliver.

    - Fais gaffe, tu dévies de Hellia sur Lysette là, ricana Rune.

    Padgram devint tout rouge et se mit à bredouiller qu´il était temps de se mettre en route. Grisk acquiesça, son impatience de voir le ciel grimpait à mesure qu´ils restaient là. On tenta d´expliquer à Bébert la signification d´une carte, et le ver, bien que demeurant à son QI habituel, avait l´air du moins enthousiaste. Ce concept de se diriger non aléatoirement était intéressant.

    La course reprit son cours, ils frôlèrent la ville de Fërucora, créant au passage un mini séisme qui ébranla la salle de thé dans laquelle Balfoy prenait sa coupe de 5h30, ce qui eu pour effet de renverser le brûlant liquide sur les froques du suzerain, causant des dégâts irrémédiables, et des cris très instructifs sur l´ancêtre biologique des humains de la terre de Saldra. Ils dépassèrent ensuite la forêt de Trahune (les cris, mais aussi nos héros) puis se perdirent dans les collines Sentronelles (idem).

    Fourbus par la traversée, les gaianautes s´étiraient tandis que Grisk courait comme un enfant dans les autes herbes à l´odeur d´anzalie, chantant et clignant de l´oeil, émerveillé devant quelque insecte, ému par la vue des nuages et du grand astre. Il ne tarda d´ailleurs pas à avoir un coup de soleil et se mit bientôt à pleurnicher. "Z´veux rentrer à la maison". Rune se jurait intérieurement de ne jamais faire d´enfant ou alors de les abandonner devant une église (sadique pensée).

    Karzus analysait la végétation et déduisit qu´ils étaient loin de Kulitz. Ses pensées sur la collaboration entre humains et limaces furent parmi les plus noires imaginables. Bébert de son côté, avait entamé de brouter une colline. Après 800 ans à grignoter des miniers égarés, le végétarianisme semblait une évolution appréciable.

    L´estomac de Padgram nourrissait des pensées moins méditatives et se mit à grogner férocement, ce qui eu facilement pu passer pour le bruit d´un dragon en période des amours. Il en avait marre de la viande séchée. Lui aussi devait prendre les choses en main. Il envoya ses réserves vers la tête de Padgram pour l´aider à réfléchir à un changement d´alimentation, et cela en utilisant à pleine puissance les capacités olfactives de Padgram.
    L´estomac voulait du poisson.


    Quittons un instant ce déjeuner sur l´herbe pour revenir à la situation d´Hellia. A l´heure la plus sombre de la nuit, dans l´odeur du bois humide, à fond de cale.

    - Sais-tu où ils nous emmènent?

    - Hmm. Au harem du sultan Gerabrossa le Jaune, dans l´est lointain, dans la cité forteresse d´Anthar´obn Suur.

    - Euuuh... et c´est bien là-bas?

    Silence. Hellia se mit à prier que ses amis la retrouvent un jour. Elle ne pouvait prier à la Terre, alors elle s´adressa à l´Océan. Humblement, sans attente. Il répondit.

    - Glouglou, eh bien ma vieille Helliarane, il semblerait que tu sois au creux de la vague. Mais n´oublie pas que le remous va et vient, glouglou on gagne et perd. La mer demeure plate et infinie. Toi tu es finie et raplaplate par contre mouarf glouglou.

    Hellia se mit à rire doucement: - C´est le moment, t´as pas changé grand vaseux. Pourquoi me réponds tu alors que Saldra reste sourde à mes appels?

    - Glourf, aujourd´hui je ne réponds pas à la Mort mais à une simple humaine qui joint ses mains avec ferveur.

    - Etre humain est douloureux. Il est vrai que la mort est douce.

    - Bouarglfgl, tu sais Helliarane, il existe une Mort, mais personne ne peut personnifier la vie, on ne sait où elle commence. Tout comme l´océan ne commence pas au rivage. Puisse ce voyage t´apprendre le mouvement des vagues, leur rythme, leur force, leur origine, le reflet qu´elles renvoient au repos et ce qu´elles propulsent contre les falaises érodées. Glougl l´eau s´écoule partout, trouve toujours son chemin, et pourtant personne ne peut la prendre.

    La voix de l´Océan s´évanouit dans un gargouillement. Hellia se rappellait de ses visites à ce vieux barbu bourru mais malicieux. Elle médita un moment. Puis s´endormit. Le lendemain elle verrait les murailles du sultanat. Mais aucune muraille ne retenait l´eau, ni aucun seigneur.


    A vous la suite!
    -Everlasting-

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    Merci PlacidVad, je me joins volontiers à vous :)
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  • Laikri_Venn Voir le profil de Laikri_Venn
  • Posté le 3 septembre 2007 à 18:28:24 Avertir un administrateur
  • --- Dans les oubliettes de Barzabute ---

    Maître Lardon avait été jeté dans un sombre cachot aussi puant que dégoûtant. On n´y aurait même pas enfermé un dégénéré. Il faut croire que l´humanisme n´était pas une notion très en vogue en ces temps reculés où les châteaux forts n´étaient pas encore les quatre étoiles que nous connaissons déjà.

    Il se croyait seul et désespéré, il en avait toutes les apparences. Mais à vrai dire, son coeur fut vraiment soulagé lorsqu´il se rendit compte qu´à quelques cachots de lui - ils étaient tous alignés - un gros prisonnier continuait à purger sa peine irrépressible.

    Maître Lardon-- Psst! Psst! Hé vous là !

    Le gros prisonnier-- Hum ? Qui me demande ?

    Maître Lardon-- Bougrasse! C´est vous ?

    Bougrasse-- Comment connaissez-vous mon nom ? Et qui êtes-vous d´abord ?

    Maître Lardon-- Je suis le cuisinier du château! Enfin, l´ex-cuisinier. On m´a enfermé !

    Bougrasse-- Merci, je n´avais pas remarqué. Et pourquoi diable vous a-t-on enfermé ?

    Maître Lardon-- J´ai aidé le prince Padgram à s´échapper !

    Bougrasse-- Oooh ! Vous seriez donc complice de son évasion inexplicable ?

    Maître Lardon-- Précisément !

    Bougrasse-- C´est fantastique! Vous savez donc que j´ai un lien de fraternité avec le prince!

    Maître Lardon-- Eh bien, je n´ai pas trop eu l´occasion d´en savoir beaucoup, mais apparemment, on vous aurait arrêté, torturé, et vous auriez avoué je ne sais quel projet de guerre...

    Bougrasse-- Ah taisez-vous! Je m´étranglerai bien moi-même pour avoir céder à la torture! Mais vous ignorez à quel point ce chien de tyran qui dort dans des draps qui ne lui appartiennent pas, est capable de concevoir des infâmies mécaniques aussi tordues et monstrueuses que les tréfonds de son coeur!

    Maître Lardon-- J´ai entendu les cris, oui...

    Bougrasse-- Mon pauvre ventre a tant pâti... Et il a fallu que je révèle tous les projets de notre vrai monarque... Sans doute aura-t-on un peu de pitié pour moi quelque part chez Sanlapis... Mais dites-moi ! Pouvez-vous me dire ce qu´il est advenu de mes quatre compagnons! Ceux qui m´accompagnaient ?

    Maître Lardon-- Je crois hélas qu´ils ont été pendus, il y a un mois de cela...

    Bougrasse-- Ah l´ordure... Au moins, il ne retrouvera pas les autres.

    Maître Lardon-- Parce qu´il y en a d´autres ?

    Bougrasse-- Oh oui ! Des centaines d´autres ! Dissimulés dans la forêt de Bataclard! Prêts à frapper lorsque le moment sera venu ! Lorsque le prince Padgram reviendra en conquérant pour faire de nous des hommes libres, enfin !

    Maître Lardon-- Mais... Vous ignorez donc que...

    Bougrasse-- Quoi ?

    Maître Lardon-- La forêt de Bataclard a été rasée par les sbires de Conspiru. Ce n´est plus qu´une plaine stérile.

    Bougrasse-- Il a... Il a brûlé la forêt ??

    Maître Lardon-- Oui. Et c´était pourtant l´une des seules qui n´avait pas été atteinte par cet espèce de catastrophe pyrotechnique monstrueuse survenue d´on ne sait trop où...

    Bougrasse-- Mais... mais pourquoi avoir détruit la forêt !

    Maître Lardon-- Vous connaissez bien la légende. Elle rendait gros. Et Conspiru veut purger le monde de tous ceux qui ne correspondraient pas à son propre modèle.

    Bougrasse-- Je sais tout cela... Mais... Mes pauvres amis, j´espère qu´ils auront eu le temps de s´enfuir! Déjà que ce n´est pas une mince affaire, sans mauvais calembour, de les entraîner à l´endurance! A la course! Rien que ces mots inconnus leur faisait peur et leur donnait la nausée!

    Maître Lardon-- Vous n´avez donc eu aucune nouvelle de Padgram ?

    Bougrasse-- Pas la moindre. Il a choisi la voie de la prudence, tout comme j´aurais dû faire. Et maintenant, je l´ai compromis, il doit être recherché partout, traqué de toutes parts.

    Maître Lardon-- Vous savez, je ne pense pas que vous lui soyiez très utile en vous morfondant ici!

    Bougrasse-- Mais qu´est-ce que vous croyez ?! Je passe mes nuits à essayer d´imaginer le meilleur moyen pour me sortir de là!

    Maître Lardon-- Vraiment...? Et vous n´avez jamais essayé de penser à la manière dont Padgram avait pu s´échapper à la première fois.

    Bougrasse-- Ben je n´ai pas son intelligence et puis je...

    Il eut soudain une révélation.

    Bougrasse-- Haaaan ! Mais oui ! Vous l´avez aidé !! Qu´avez-vous fait ??

    Maître Lardon-- Touchez les barreaux de votre fenêtre!

    Bougrasse-- Ils sont tout durs!

    Maître Lardon (dans ses dents) -- Ah la fripouille... il les a déjà fait remplacer. (tout haut) bien! alors regarder la chaîne qui vous entoure le cou! Vous la trouvez épaisse n´est-ce pas??

    Bougrasse-- Si vous saviez seulement ce que la notion d´épaisseur m´évoque!

    Maître Lardon-- Frappez trois fois le rythme d´une vogue! Tapez sur la chaîne qui vous entoure le cou! Allez-y!

    Bougrasse s´exécuta. Et fut alors surpris de voir aussitôt du collier un petit clapet de fer qui révéla que le collier était creux. A l´intérieur il y avait un flacon rempli d´un liquide très rouge, qui ressemblait à du sang.

    Bougrasse-- Ca alors! Mais qu´est-ce que c´est ??

    Maître Lardon-- Ma botte secrète! Prenez le flacon et videz le sur les barreaux!

    Bougrasse, intrigué, s´approcha des barreaux, déboucha le flacon, et aspergea le métal du liquide rubicond.

    Quelle ne fut pas sa surprise de voir aussitôt la matière se dissoudre dans un grand bruit de cuisson. En quelques secondes, tout le fer disparut, laissant la voie complètement libre.

    Bougrasse-- Par Yodlatis! Qu´est-ce que c´est que cette mixture ??

    Maître Lardon-- Du tabasco! C´est moi qui l´ai fait!

    Bougrasse-- Maître Lardon, vous êtes super!! Mais comment vous remercier?? Avez-vous la même chose sur vous ??

    Maître Lardon-- J´ai bien peur que vous ayiez été le dernier prisonnier à bénéficier de mes astuces. J´ai toujours été contre les oubliettes. C´est barbare et inutile! De toute façon, maintenant, ils sont bien trop occupés, ils ne s´occuperont pas de votre évasion, qu´ils pensent toujours impossible! Alors, partez! Fuyez! Rassemblez vos gens! Et reprenez le flambeau de la résistance!

    Bougrasse-- Maître Lardon... Comment... Comment vous remercier ?

    Maître Lardon-- Vous en aurez l´occasion plus tard! Filez, à présent!

    Il entendit alors le cliquetis d´une châine qu´on défait, un bruit d´essoufflement terrible qui lui indiquait tous les efforts que Bougrasse faisait pour faire passer les avants poches de ses sous-avants bras, et puis enfin un grand soupir de soulagement. Des bruits de pas feutrés enfin, ceux de l´obèse libéré sur l´herbe mouillée de Barzabute, qui s´éloignent peu à peu, et puis qui disparaissent dans le souffle du vent.

    Maître Lardon frissonna. Finalement, être arrêté avait du bon. Et sur cette pensée délicieuse, il s´endormit contre le mur.


    à vous la suite!
    Laikri_Venn


    (bienvenue, Everlasting! On est tous les deux nouveaux apparemment^^! On peut former un club!)
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  • -PlacidVlad- Voir le profil de -PlacidVlad-
  • Posté le 3 septembre 2007 à 19:19:27 Avertir un administrateur
  • Au fait, j´ai eu une idée, mais qui necessite le consentement et la participation de tous. J´ai donc besoin de vos adresses MSN, parce qu´à part Chapter et Laikri, j´ai personne...

    S´il vous plait, envoyez ça par mail à PlacidVlad@hotmail.com
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  • Axnyff Voir le profil de Axnyff
  • Posté le 3 septembre 2007 à 20:37:29 Avertir un administrateur
  • Toujours aussi bien voire plus :ok:
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  • Un_poil_sur_leQ Voir le profil de Un_poil_sur_leQ
  • Posté le 4 septembre 2007 à 11:35:30 Avertir un administrateur
  • °°° Dans les profondeurs des collines Sentronelles °°°

    Malgré leurs divergences d´appétit, les gaianautes avaient repris leur route, essayant vainement de diriger ce foutu Ver vers une direction qui ne soit pas celle qu´ils ne voulaient pas, autrement dit une destination qui ne soit pas Kuliz. Ils ignoraient, même si l´instinct aurait pu leur dire, que toutes ces tergiversations souterraines et géographiques, cette espèce de verdeterrodépendance ne faisait que les retarder et les éloigner davantage d´Hellia qui avait déjà quitté Kuliz depuis deux jours.

    N´arrivant pas à maîtriser l´absence de cerveau de Bébert, Padgram opta pour une nouvelle pause lorsqu´il se rendit compte, en entendant certaines clameurs familières de la surface qu´ils étaient encore revenus à Fërucora.

    Padgram: Ca ne peut plus durer, on n´y arrivera pas, on tourne en rond depuis trois jours.

    Grisk: Qu´est-ce que tu suggères ?

    Karzus: Se débarrasser du ver et revenir à des moyens de transport plus orthodoxes ?

    Padgram: C´est quoi ça ?

    Karzus: Oui bon, orthodoxes, myosotiens, peu importe.

    Padgram: On peut pas se débarrasser de Bébert comme ça, sinon il va redevenir cruel et con, et même pire. Je ne veux pas avoir ce poids supplémentaire sur la conscience.

    Grisk: On peut comprendre ça...

    Londe: Alors qu´est-ce qu´on fait ?

    Rune: Moi je sais! On pourrait faire une sorte... d´opération!

    Padgram: Une opération ?

    Rune: Il nous faut beaucoup de métal! Et beaucoup d´aimantine! Grisk, toi qui connaît bien les roches et les minerais, sais-tu où l´on pourrait en trouver ?

    Grisk: Eh bien, c´est délicat à trouver. Il faut se rendre à l´entrée d´un tunnel de Respiration. La proximité du coeur de la terre sécrète toujours quelques flaques de poulizsch. En y trempant des silex, on peut obtenir de l´aimantine.

    Rune: Pas une minute à perdre alors! Padgram! Souffle!

    Padgram: Quoi??

    Rune: Souffle, te dis-je! A fond sur le crâne de Bébert!

    Notre héroïque obèse ne se laissa pas prier et souffla profondément sur la tête du ver, tête dont la localisation géographique reste encore imprécise et je dirais même improbable mais nous autres lecteurs Terriens sommes si peu sensibles à ces petites choses.

    Bébert, éprouvant aussitôt l´haleine chaude et bienfaisante de son maître, le comprit exactement comme Rune le désirait : signal précis, retour au bercail!

    Tout le monde s´accrocha à l´un de ses plis visqueux et gigantesques, et comme un boulet de canon, il partit à toute allure à travers les grottes, forant en une seconde des parois que des hommes auraient pris des mois avant de percer. Son énergie dépassait tous les dispositifs du monde.

    Lorsqu´il arriva finalement à l´entrée du tunnel de la Respiration, l´un des nombreux tunnels, il arrêta subitement sa course et laissa descendre les voyageurs.

    Grisk indiqua les flaques à Rune, qui se précipita vers elles, non sans avoir cassé un peu d´une paroi pour obtenir un silex aussi tranchant que mortel.

    Elle plongea la pierre dans l´eau étincelante. Lorsqu´elle la ressortit, celle-ci diffusait, comme un bijou fluorescent, une lueur bleue désormais familière. Elle regarda Grisk qui haussait les épaules, puis Londe, Karzus, et Padgram, qui n´avaient pas l´air de bien comprendre où elle voulait en venir, et puis, en souriant malicieusement, frotta énergiquement sur la matière.

    Aussitôt, la lueur bleue s´effaça pour laisser place à une matière dure et brillante qu´elle reconnaissait sans problèmes.

    Elle leva le silex d´aimant en direction de Londe qui fut aussitôt prodigieusement soulevée en l´air, fit un vol plané, irrémédiablement attirée vers Rune. Les deux filles échangèrent un coup de boule dans le choc, et retombèrent toutes les deux sur le sol. Rune éclata de rire. Londe ne voyait pas franchement ce qu´il y avait de drôle, mais prit le parti de rigoler aussi, histoire de pas jouer à celle qui sait pas rigoler.

    Rune: J´en étais sûre! Cette pierre est formidable!

    Padgram: Mais qu´est-ce qui s´est passé avec Londe??

    Karzus: Bah c´est évident, l´aimant a attiré l´étain utilisé pour la soudure de la jambe.

    Grisk: J´ignorais à quel point le poulizsch pouvait faire de la plus banale des pierres un aimant aussi puissant.

    Rune: Maintenant, Padgram, sors moi tous les outils de ta besace!

    Padgram, qui comprenait vraiment rien à rien, s´exécuta une fois de plus et laissa agir Rune qui s´isola avec marteau, scie d´ivoire, et bois d´ébène pendant une heure, laissant les autres profiter de la sensation d´air marin que leur diffusait le souffle inspirant et expirant du coeur de Saldra.

    Lorsqu´elle revint, elle tenait dans ses mains une énorme boussole.

    Rune: Et voilà! Maintenant, on va donner son cachet à Bébert, et je peux vous dire qu´on n´aura plus aucun problème d´orientation!

    Devant les yeux hallucinés, admiratifs, et même jaloux en ce qui concernait Londe, de ses camarades, Rune arriva devant Bébert en agitant la grande boussole comme une sucrerie. Celui-ci voyait pas trop la différence entre la pastille aux flèches et l´espèce de steak sur jambes qui le tenait et s´apprêtait à passer un coup de langue pour prendre le tout mais, en jetant un coup d´oeil furtif à Padgram, comprit qu´il était préférable de se pencher et de gober le cachou de métal.

    Aussitôt après ingurgitation, ses yeux prirent la couleur rouge de l´intelligence, succédant ainsi à ce rouge stupide qui nous horripilait, et ses dents devinrent même un peu plus ordonnées. En fait, l´aimant les avait poussées à tous se coller les unes aux autres comme un jeu de dominos.

    Rune: Très bien, mes amis! Remontez tous, désormais! Kuliz nous attend!

    Ils grimpèrent, et laissèrent Rune prendre les commandes. Elle avait gardé un morceau d´aimant brut. Elle le plaqua sur le crâne de Bébert et dans un grand cri enthousiaste lui ordonna :

    "Allez mon Bébert! Plein Wou..."

    Padgram: Attends! Comment tu sais par où on doit aller?

    Rune: Réfléchis, prince des balourds! Nous sommes au tunnel même de la Respiration. L´air et l´eau sont toujours deux forces contradictoires. Et depuis le début de notre voyage souterrain, il est assez clair que le souffle de Saldra souffle contre nous, autrement dit vers Fërucora et ses environs, qui se situent au Nord-Ouest de la Plaine des Grands Rires, laquelle se situe au Sud de Barzabute, Barzabute qui correspond donc au Sud-Est de Fërucora. Toute cette région est terrestre. Kuliz et la mer sont précisément au Nord de cette région, laquelle est alignée, c´est bien connu, au niveau de la périphérie du pôle Est du monde. Ce qui en d´autres termes signifie, qu´en étant au bord d´un des tunnels même de la Respiration que Bébert a su reconnaître comme le tunnel qui lui est affilié, nous sommes toujours dans la région de Fërucora, alignés que nous sommes, donc, avec le fameux Pôle Est. Il faut donc aller à l´exact opposé de l´air qui alimente l´Est pour se tourner vers l´Ouest dominé par l´eau! L´Ouest du Pôle Est qui est précisément la localisation maritime officielle de Kuliz!

    Karzus: Vraiment ?

    Rune: Foi de fille de pirate!

    Padgram: Et tu pouvais pas te contenter de dire que tu savais où c´était!! En route, maintenant!

    Rune: J´allais le dire! Bébert... Plein ouest!

    Et ils démarrèrent à toute allure, sûrs, cette fois, de leur direction.


    à vous!
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  • Blina Voir le profil de Blina
  • Posté le 6 septembre 2007 à 12:00:59 Avertir un administrateur
  • Pendant deux jours alors, ils allèrent sans s´arrêter à travers les profondeurs, croisant mille et mille galeries, riches de pierres toujours différentes, toujours plus précieuses et plus belles, et ce, jusqu´à rencontrer un mur gigantesque que même Bébert ne pouvait percer, un mur derrière lequel retentissait les grondements de l´océan.

    RUNE> Et voilà, nous y sommes! Kuliz est par-dessus nos têtes!

    KARZUS> La question est de savoir, comment on fait pour revenir à la surface. Si on y va avec Bébert, on crée un traumatisme collectif. On ne peut pas l´emmener avec nous.

    PADGRAM> Mais qu´est-ce qu´il va devenir, tout seul, sous la terre! A attendre notre retour !

    RUNE> Padgram, il est fait pour la liberté, pas pour être apprivoisé.

    PADGRAM> Mais sa liberté ne lui sert à rien puisqu´il n´en a pas conscience et qu´il va de ci de là sans même comprendre pourquoi il peut le faire. Je crois que ce dont il a besoin c´est avant tout d´affection!

    GRISK> Tu sais, Padgram, il a déjà un père.

    PADGRAM> Un père ?

    GRISK> Eh oui... Un papa qui l´attend

    LONDE> Oui. Un... Un papa.

    RUNE> Un papa qui l´attend, qui l´aime...

    PADGRAM> Un papa... Un papa... un de ces papas qui croient en leur fils...

    Padgram, Rune, et Londe se regardèrent tous les trois. On sentait dans leur respiration une émotion qui rendait leur visage plus sombre, leur voix plus voilée. Sans qu´elles soient à la naissance même de leurs yeux, quelques esquisses de larmes se retenaient. Il y avait cette soudaine prise de conscience, ce sentiment intense d´être liés. Ils avaient tous les trois perdu leur père. Ils avaient tous les trois perdu leur père.

    PADGRAM> Je... (il soupira) Je... Très bien, laissons Bébert ici.

    Sans un mot, ils descendirent alors tous ensemble de leur gigantesque monture et lui firent un salut d´adieu. Le ver ne sut pas tout de suite si c´était un signal pour qu´il les bouffe tous, mais finit par établir qu´il s´agissait peut-être d´un remerciement. Tout flatté, il se mit alors à rougir comme pas possible, au point d´en devenir un ver fluorescent. Il laissa couler une grosse larme depuis ses yeux horribles, laquelle éclata sur Grisk qu´il fallut réanimer après le choc, et puis se retira doucement, rampant en silence, disparaissant dans l´ombre.

    Ils entendirent l´écho d´un skwi de mélancolie retentir et puis s´effondrer dans les éclats de pierre incrustées dans les roches.

    PADGRAM> Adieu, vaillant lombric...

    Ils restèrent ainsi, sans un mot, à réaliser le départ de leur ami souterrain, quelques secondes.

    C´est Karzus qui mit fin au temps mort.

    KARZUS> Je viens de réaliser...

    PADGRAM> Quoi ?

    KARZUS> Je crois que Bébert était une fille.

    TOUS> Ah...

    Et le silence se poursuivit.

    Longtemps.


    Et c´était beau.


    Même si on n´entendait rien.


    Même si c´était qu´un ver.


    C´était triste.



    Voilà.












    RUNE> euh... bon!... on y va ?

    Il y eut un soupir collectif.

    TOUS> On y va.

    Mais aller où ? C´était bien la question ! Kuliz, d´accord, la surface, bien entendu, mais comment ? C´était toujours le même problème.

    PADGRAM> Bon, Rune, toi, la femme qui pense, as-tu une idée de comment on va faire pour remonter ?

    RUNE> Ben...

    PADGRAM> Oui ?

    RUNE> Non.

    PADGRAM> Ah...

    LONDE> Pourquoi on ne mettrait pas en oeuvre le stratagème que vous avez utilisé dans le labyrinthe du temple de Myosotis ? Quand vous êtes venus me libérer ?

    PADGRAM> Il doit bien y avoir cinq kilomètres qui nous séparent de la surface. Je sais que mon ventre a du ressort, mais tout de même il y a des limites.

    KARZUS> Vous savez on pourrait tout simplement faire de l´escalade!

    GRISK> Vous n´y pensez pas! Avec tous les éclats de pierre qui sortent de la roche en pics hirsutes, vous vous découperiez les mains en moins de temps qu´il faut à une mouche pou réaliser qu´elle vient de se coller dans un papier qui s´est juré de la tuer.

    KARZUS> Un tel papier existe ?

    GRISK> Dans quelques siècles, oui, on en trouve de très efficaces.

    PADGRAM> Oui, bon, ça ne résoud pas la question. Comment on fait ?

    LONDE> Ben Grisk, vous, comment vous faites pour rejoindre la surface quand vous gérez votre trafic ?

    GRISK> Nous ne nous rendons jamais à la surface. On fait ça avec un système de poulie et de panier. On met les cultures dedans et on nous renvoie l´argent.

    LONDE> Mais comment vous pouvez être sûrs qu´ils vont vous renvoyer l´argent ?

    GRISK> On place un serpent dans le panier. Il est dressé à mordre et à injecter un venin mortel dans la main malhonnête si le poids du panier n´est pas immédiatement rééquilibré, après les fruchizzi retirés, par le poids en or correspondant.

    LONDE> Et vous ne vous êtes jamais dits qu´ils pouvaient tuer le serpent avant qu´il puisse faire quoi que ce soit ?

    GRISK> Nos bêtes sont trop rapides pour ça. Et la convoitise des hommes est assez importante pour faire preuve de prudence. Pour goûter au plaisir, il faut savoir payer le prix.

    LONDE> Bon eh bien, n´y a-t-il pas un de ces sytèmes de poulie sous Kuliz que nous pourrions utiliser pour nous remonter ?

    GRISK> Oh... Nous n´avons jamais eu de point de diffusion à Ku... enfin... quoique...

    PADGRAM> Quoique ?

    GRISK> Eh bien, vous venez de me le rappeler, mais je crois qu´il y a longtemps, nous avions un commerce actif avec un aubergiste qui séjourne au centre de la ville. Malheureusement, son trafic a été découvert. Il a essayé de nous faire plonger avec lui mais fort heureusement personne n´a cru à son histoire. Pour les gens, l´existence des Subsaldrantes n´est qu´une légende pour enfants. Quand il a voulu montrer la trappe par laquelle nous effectuions les échanges, il n´a trouvé qu´une surface de pierre plate, achevant ainsi de se rendre ridicule et de passer pour fou. Nous avions en effet pris le soin de faire disparaître toute trace effective de ce commerce, en camouflant tout avec de la pierre et du métal.

    PADGRAM> Bon et donc ?

    GRISK> Eh bien, nous pensions à l´époque que nous allions bien un jour ou l´autre refaire des affaires avec Kuliz mais l´occasion ne s´est jamais présentée à nouveau. On a fini par oublier l´histoire de l´aubergiste.

    PADGRAM> BON ET DONC ??

    GRISK> Eh bien comme nous avions encore l´idée à l´époque qu´un jour ou l´autre nous allions reprendre les affaires, il me semble que nous avions laissé sur place, rangé dans un coin, tout le matériel nécessaire à la création d´un système de poulie. Sauf erreur, il doit donc être toujours en place.

    PADGRAM> Formidable! Où peut-on le trouver ??

    GRISK> Absolument aucune idée.

    Et sa réponse fit l´effet d´un grand pet tout foireux.

    LONDE> C´est pas drôle...

    PADGRAM> C´est minable...

    KARZUS> Ca mérite des excuses!

    RUNE> Ca pue...

    GRISK> Mais ! Il existe un moyen de me rappeler !

    RUNE> Eh bah dis!

    GRISK> Coucher avec l´une de vous deux !

    Rune et Londe éclatèrent de rire.

    LONDE> Bien tenté! Mais tu vas pas assouvir tes frustrations de gros moche sur nous deux en prétextant un truc pareil.

    GRISK> Pourtant, la tradition Subsaldrantienne dit que pour....

    RUNE>...se rafraîchir la mémoire, il faut éprouver un orgasme, oui oui, bien sûr.

    GRISK> Vous ne me croyez pas ?

    RUNE> Y a un moment où t´en as douté ?

    GRISK> Bon bah zut, vous êtes pas tombées dans le panneau. C´est pas juste. Quand les autres font ça, ça marche toujours !

    KARZUS> Euh personne ne fait ça.

    GRISK> Bon, venez, c´est par là.

    Ainsi il les guida jusqu´à une paroi creuse dans laquelle tous les instruments servant à la création d´une poulie étaient réunis. Il y avait un vieux pistolet harpon, une corde usée, deux poulies, un panier percé, et une mue de serpent. Ce dernier détail fit reculer Padgram.

    PADGRAM> Euh... Qui dit mue de serpent dit serpent pas mort!

    GRISK> C´est impossible! Ca fait trop de temps!

    PADGRAM> Et t´as jamais pensé que ça pouvait se reproduire ces bêtes là??

    GRISK> Ah pas bête... Bon, j´y vais de toute façon, s´il y a un serpent, il me reconnaîtra, je suis un familier.

    PADGRAM> Sois prudent...

    Alors Grisk, après avoir jeté un coup d´oeil, enfonça sa main dans le trou de la paroi afin de récupérer tous les outils. Seulement, il ne perçut pas le petit sifflement hostile qui signifiait assez bien qu´un gardien rampant avait élu domicile ici-bas depuis longtemps. Karzus qui avait l´ouïe très fine eut juste le temps de crier Attention.

    Mais malgré toute la familiarité que pouvait avoir Grisk avec l´ancêtre du serpent, rien n´empêcha sa main d´être profondément mordue, et ce jusqu´au sang!

    Il hurla de douleur, retira précipitamment son membre mortellement touché hors de la paroi et s´écroula par terre, fiévreux et déjà blanc.

    PADGRAM> Mon dieu! Il faut faire quelque chose!

    KARZUS> Ce serpent n´est plus apprivoisé, c´est un sauvage. Je connais ces bêtes là, je m´en occupe!

    PADGRAM> Mais Grisk!!

    KARZUS> Les filles, restez à ses côtés, laissez le toucher un peu vos cuisses, ça le maintiendra conscient le temps que je tue le serpent.

    PADGRAM> Ca ne fera que retarder l´inévitable échéance!! Il va mourir!!

    KARZUS> Toi, arrête de gesticuler comme ça tu es grotesque. Va plutôt lui soulever la tête, et donne-lui de l´eau!

    PADGRAM> J´ai pas d´eau!!

    RUNE> Roh mais si, regarde dans ton ventre, j´ai rempli de poulizsch la gourde commune!

    Padgram découvrit ainsi dans ses bourrelets fourre-tout ce qu´il n´imaginait pas possible, but lui-même une gorgée, ayant le gosier trop sec, et ce depuis trop longtemps, et puis se précipita au chevet de Grisk, gémissant, pour humecter ses lèvres de la substance.

    Les deux filles se mirent aux côtés du hideux convalescent et lui permirent, même à contrecoeur, de laisser balader ses mains sur leurs cuisses. Mais ses mains étaient inanimées. La nouvelle Mort les lui tenait, et elle était bientôt prête à repartir.

    Karzus pendant ce temps avait identifié le serpent et son type. De façon tout à fait inattendue, il avait alors plongé son crâne dans le trou de la paroi, et fait silencieusement face à la créature sifflante qui le toisait, dans le creux de la pierre, avec des yeux brillants et venimeux.

    KARZUS> Tu n´es pas fait pour gagner ce duel, ami d´écailles...

    Le serpent devenait de plus en plus agressif tout en restant à distance. Le shaman n´était pas une proie comme les autres. Ca n´était pas non plus un prédateur. C´était plutôt un rival. Un rival aussi dangereux que lui.

    Au bout d´un moment, jugeant la tension trop insoutenable, il finit alors par se jeter tête baissée contre le sorcier chauve afin de l´achever.

    Mais Karzus le guettait, imperturbable, et ne faisait en fait qu´attendre précisément cette réaction. C´était le serpent qui devait venir vers lui et non lui vers le serpent. Dès que la tête du reptile fut à sa portée, il esquiva sa morsure, en profita pour le prendre par le cou, et d´un geste brusque le lui arracha.

    Aussitôt, le shaman ressortit de la paroi et se précipita vers Grisk. Il fit jaillir le venin hors du cou tranché de la créature et le recueillit dans le bouchon de la gourde. Il mélangea la substance avec un peu de pouliszch et porta le tout aux lèvres de Grisk.

    En quelques secondes, son visage reprit une couleur plus grise, ce qui pour les Subsaldrantes est l´équivalent de notre rose de joues, signe d´une vie bonne, gourmande, saine, et allègre.

    La nouvelle Mort fut contrainte de laisser les mains reposer par terre, laissant ainsi à Grisk la possibilité d´empoigner les cuisses et de connaître pour la première fois de sa vie ce que certains humains savants appellent encore de nos jours une érection.

    KARZUS> Pas de panique, mes amis, il est sauvé...

    Il eurent alors tous un grand sourire de soulagement, aidant Grisk à reprendre peu à peu ses esprits.

    Le problème est que le remède l´avait rendu temporairement aphone. Il ne pouvait pas non plus se relever, étant encore paralysé par les traces du venin peu à peu mourantes à l´intérieur de son corps.

    KARZUS> Il faudra encore un certain temps avant qu´il puisse communiquer avec nous normalement. Il va falloir qu´on monte le système de poulie sans lui.

    RUNE> Ca ne devrait pas être très compliqué!

    Elle se mit ainsi avec Padgram et Londe à trouver le moyen d´utiliser tous les outils dont ils disposaient. Karzus, pendant ce temps, restait au chevet du guéri.

    PADGRAM> Bon... A priori, il faut utiliser le pistolet harpon pour envoyer la corde se figer quelque part dans la pierre.

    RUNE> Mais dis donc, tu sais que tu commences à faire des progrès en matière de logique !

    LONDE> Et toi, en matière de condescendance!

    Rune regarda sa soeur, toute satisfaite de sa petite réflexion. Et Rune aurait pu se vexer. Mais elle sourit. Elles étaient redevenues soudées lorsque Grisk avait voulu faire sa proposition malhonnête. Et ça lui avait fait du bien. Mais ça ne voulait pas dire qu´elle oubliait ce que Londe avait osé proposé à Giorjak le Forgeron.

    PADGRAM> Bon... Donc... Euh... qui sait bien viser ?


    à vous la suite!
    -Blina-
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  • Carnavale Voir le profil de Carnavale
  • Posté le 10 septembre 2007 à 12:03:45 Avertir un administrateur
  • Londe : Ben, personnellement, avec un seul oeil, c´est pas moi qui sera la plus qualifiée.

    Rune : Moi mon oeil est encore trop frais, une notion comme l´équilibre n´est pas encore pour moi l´objet d´une excessive certitude !

    Karzus : J´ai déjà déployé toute mon énergie en triomphant du serpent, tu ne peux pas me demander de fournir un tel effort! Et puis de toute façon, je ne vous aide pas, je reste au chevet de Grisk !

    Grisk : ...

    Padgram : Bon, je vois, dans le genre équipe de bras cassés, vous ! Faut vraiment que je fasse tout ici !

    Tout le monde le regarda avec un air qui disait : dis donc, le bibendum, t´es pas du genre à exagérer, là?

    Alors Padgram leur répondit par un regard qui disait plutôt : hé je suis prince et c´est déjà super pour moi d´avoir fourni autant d´efforts sportifs en si peu de temps.

    Mais évidemment personne ne comprit ses yeux parce qu´ils avaient toujours l´air d´avoir repérer un truc à bouffer, ce qui ne permettait pas de communiquer un large éventail d´émotions. Et pourtant, il y en avait tellement d´émotions sous cette si massive carcasse de gras, c´était vraiment par trop injuste de ne pas être perçu comme à l´image même de son intériorité profonde.

    Résigné, il se redressa, tendit le lance-harpon vers le plafond, cligna d´un oeil, tira un peu sa langue, cambra ce qu´il pouvait de ses fesses, dilatées par la concentration mentale, se mit à respirer plus fort et plus lentement, tenta d´accrocher intensément son regard au plafond de pierre qui le surplombait de cinq ou six kilomètres, et sans crier gare, appuya sur la gâchette.

    CLIC! Prrrt--- Prrrt--- Prrrt---...

    Padgram : En rade ! Il nous faut de l´huile de vidange !

    Karzus : Ca n´existe pas encore.

    Londe : Attends, j´en ai.

    Karzus : Impossible, je te dis que ça n´existe pas encore.

    Londe : Ben moi je te dis que j´en ai.

    Karzus : Ben je te dis que ce que t´as n´existe pas.

    Rune : J´ai un air de déjà-vu.

    Londe : Ah c´est finaud de se la péter maintenant que madame a ses deux prunelles pour mater !

    Rune : Mais non, tu ne comprends pas, il se trouve simplement que cette discussion on ne peut plus triviale me rappelle les écrits d´un grand poissonnier philosophe et passeur originaire des Kalpazions du Sud, Reno Déchek !

    Londe : Ah le mec qui se mettait des bougies dans le... ?

    Rune : Mais non, il les faisait fondre pour faire des expériences sur la matière !

    Karzus : Ah, un alchimiste ?

    Rune : Un philosophe, je te dis!! C´est le passeur des Kalpazions! Oh vous ne pouvez pas ne pas le connaître! Je passe donc je sue ! Ca ne vous dit rien ?? C´est anthologique !

    Londe : Ah oui je me disais bien que tu étais fan de ce gars...

    Rune : C´est comme un prince pour moi...

    Padgram : Humph ! Bon ! Londe ! As-tu ou n´as-tu pas ce que tu prétends posséder sans pour autant avoir la certitude de son existence ??

    Londe : Affirmatif ! Dans les deux cas !

    Padgram : euh...

    Karzus : C´est impossible !

    Londe : N´est impossible que ce que le possible décide, et réciproquement !

    Rune : Bien dit ! Tu as retenu ce que je t´ai dit, soeurette !

    Londe : Ah, tais toi donc, potentiel automate !

    Rune : Là, c´est trop !

    Karzus : Et impossible en plus!

    Pagram : SILENCE !! !!!

    Tout le monde s´arrêta aussi nettement qu´une flèche dans une cible.

    Padgram : ON A UNE COPINE A ALLER CHERCHER !! (il souffle, se calme, remet ses bourrelets en place tout désordonnés sous le coup de l´émotion, et reprend une voix normale). Aussi... Londe... pour la dernière fois... merci, Karzus, de ne plus intervenir... et Rune, tu fais comme Grisk sait si intelligemment le faire, tu la fermes... Londe... donc... peux-tu éventuellement me passer cette huile de vidange que tu es selon tes dires en mesure de posséder ?

    Londe : En tant que sujet ayant récemment récupéré sa jambe, au prix d´une soudure qui n´est pas exempte des menaces que font peser sur sa cuisse des mots comme "rouille", je réponds que oui, je possède cette substance, livrée par les bons soins de mon chirurgien forgeron Giorjak.

    Et elle sortit de sa poche une fiole contenant un liquide aussi gras et puant que ce que peut représenter effectivement l´huile de vidange.

    Karzus : Humph ! Ca existe donc !

    Rune : Je dirais même plus, donc, ça est !

    Padgram : LA FERME ! (à Londe, plus doucement) Merci...

    Londe : Par contre, Padgram, ne prends peut-être pas tout le... NOOOOOON !

    Trop tard! Padgram avait déjà vidé toute la fiole dans le mécanisme de la gâchette.

    Padgram : Oups !

    Londe : Et comment je vais faire moi, maintenant, si je rouille!!

    Padgram : On te trouvera ça quelque part, t´inquiètes pas!

    Londe : Mais si ça n´existait que dans la forge de Giorjak !!

    Padgram : Eh bien, on en fabriquera nous-mêmes.

    Karzus : Il a raison, Londe. Dès que j´aurai retrouvé de quoi fabriquer mes potions et mes mixtures, je serai en mesure de t´en préparer.

    Rune : Mais tu as dit que ça n´existait pas ! Incrédule ! Homme de peu de foi ! Tu es donc un opportuniste des idées ! Comment peux-tu renoncer aussi facilement à ton système de valeurs ??

    Karzus : Point du tout! Je suis l´homme, je suis celui qui s´adapte aux vérités se révélant jour après jour! Si le concept d´huile de vidange est possible, alors je suis en mesure, en puissance, virtuellement capable en somme, d´en créer. L´odeur est parvenue à mes subtiles narines et je suis apte à identifier tous les ingrédients qui constituent la mixture. Faites-moi confiance, la vidange est de ce monde.

    Rune : Puisse Reno adhérer à ta morale !

    Karzus : Au nom du Yod, du San, et du Myosotis.

    Tous : Shalzim.

    Padgram : Bon ! Maintenant, en avant, la surface nous attend!

    Il refit tout son manège de viseur appliqué, appuya fermement sur la gâchette, évitant de laisser le gras instable de son index s´embourber dans les fentes du mécanisme de projection, et puis laissa filer dans une superbe explosion de fumée le grand harpon de bronze vers le plafond de pierre.

    La corde défila à la vitesse de la lumière. Mais tandis qu´elle filait vers le haut, Rune se rendit compte qu´elle était trop courte et qu´une fois le harpon fixé, ils ne pourraient jamais l´atteindre.

    Alors, aussitôt, sans réfléchir, devant les yeux effarés de ses amis, elle se jeta sur un bout de la corde, le saisit par le poing gauche, et fut irrémédiablement projetée vers le haut, dans la trajectoire du harpon !

    Celui-ci finit par se fixer très fermement dans la pierre, tandis que Rune, après avoir glissée tout le long de la corde, jusqu´à son extrémité, restait pendue dans le vide, seulement retenue par son poing, à au moins une vingtaine de mètres au-dessus de Padgram et ses compagnons. Ceux-ci durent se mettre à crier pour communiquer.

    Padgram : Bonne initiative Rune ! Mais ça ne nous aide pas davantage !

    Rune : Je me doute bien !

    Karzus : Depuis que les Subsaldrantes ont laissé leur matériel moisir ici, les profondeurs ont dû être creusées et agrandies par l´action conjuguée des Verlcano, du ressac souterrain de la mer et de l´usure, de l´effritement même, des minerais!

    Rune : Oui, tu as raison, c´est fou comme la raison qui justifie le fait que la corde soit si courte m´intéresse en ce moment!!

    Londe : Pour le coup, Padgram, on peut peut-être essayer de la rejoindre en rebondissant sur ton ventre.

    Padgram : Oh... Vous finirez par me tuer...

    Karzus : Mais non, tu es un homme très résistant!

    Pagram : Et gnagnagna et gnagnagna !

    En ronchonnant, Padgram s´assit alors par terre et un par un laissa ses compagnons prendre de l´élan face à lui, courir très vite, sauter sur son ventre comme sur un trampoline, et rejoindre dans un bond vertigineux les jambes de Rune.

    Le seul problème, mais de taille, apparut alors double. Non seulement le fait de s´accrocher aux jambes de Rune n´aidait pas forcément celle-là à garder fermement la corde avec son poing gauche! Mais en plus Grisk et Padgram étaient toujours en bas! Grisk convalescent et handicapé, Padgram trop gros pour être trampoliné par quelqu´un d´autre que lui, que pouvaient-ils vraiment, en toute rationalité, faire ?




    eh bien, nous le saurons peut-être dans la prochaine suite!
    à vous celle-ci!
    -Chapterving-
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  • Posté le 11 septembre 2007 à 14:16:52 Avertir un administrateur
  • ___ Le Cité forteresse d´Anthar´obn Suur ___

    Les prisonnières avaient finalement été débarquées après un nombre peu recommandable de jours de navigation sans avoir connu la moindre douche, et c´est un comble quand on vit pendant autant de temps non déterminé à quelques mètres de la plus grande réserve d´eau du monde, laquelle vous sert accessoirement de moyen de flottaison et de transport.

    La Cité Forteresse du sultan Gerabrossa le Jaune disposait d´un port propre, bien que fort sale. La Forteresse en elle même, c´était un de ces ensembles touffus de grandes tours géométriquement desaxées et malsaines, de ces tours qui vous écrasent de toute leur satanique immensité, toujours couronnées par ces obscurs nuages colériques, où gronde souvent quelque fébrile menace d´orage et de chaos.

    Hellia, dont la vue avait faibli à cause du séjour prolongé dans les ténèbres de la cale, fut toutefois ravie, malgré la brutalité des soudards qui les avait enchaînées, elle et ses compagnonnes d´infortune, par les pieds et la nuque, comme des animaux, d´éprouver la revivifiante splendeur du fumet des fleurs orientales qui bordaient, comme des taches de beauté au milieu d´un cimetière, les chemins qui menaient au pont-levis les séparant encore de leur destin.

    La Forteresse, protégée par des douves de vingt kilomètres de large et profondes d´un millier de mètres, était comme on peut s´en douter extrêmement protégée. L´unique pont-levis qui y menait, long, donc, d´une vingtaine de milliers de mètres, grinçait sous les pieds, et menaçait de s´effondrer à la moindre surcharge pondérale. Une façon de décourager tout ennemi un peu trop zélé de franchir en bloc la passerelle monumentale.

    Après avoir marché avec prudence pendant plus de cinq heures, pressées par leurs accompagnateurs, généreux en coups de fouet, et sollicitant constamment la légèreté dans le pas, les damoiselles infortunées furent introduites, passant sous le grandiose arche d´entrée, tout de gris reluisant, dans la Cité même.

    Les habitants étaient blancs, mais pas blancs et roses comme le bon Barbazutien lorsqu´il n´est pas affligé d´un dément pour tyran, non, c´était plutôt le blanc de la maladie, de la pâleur morbide, qui vous donne envie de fuir le monde pour ne plus jamais être confronté à cette espèce de molécule infecte que notre langage particulier désigne sous le nom de microbe. Ils étaient vitreux, pas drôles, et avançaient comme des ombres. Leurs activités, traditionnelles par ailleurs - il y avait bien un boulanger, un maréchal-ferrand, un poissonnier, un forgeron, un marchand d´étoffes et d´esclaves, un cordonnier, bottier, et chapelier, un vendeur de salades et autres mensonges en tous genres, et puis quelques musiciens des rues s´appliquant à entonner des requiems ayant, pour le coup, une véritable allure de requiem - leurs activités donc se déroulaient de façon mécanique et morne, sans dynamisme aucun, disons pour être clair que même un cimetière serait paru plus vivant. Oh dis donc, elle est frappante celle-là, hein! Quelle image! Quel style! Je m´étonne moi-même parfois... Dis donc, m´interromps pas comme ça dans mon auto-satisfaction, lecteur, tu me perturbes avec tes envies de savoir la suite. Bon.

    Autant dire, donc, qu´on était pas chez les rigolos. Voilà ce qu´il faut en retenir. Ceci dit, Hellia et ses compagnonnes, accompagnées dans le palais du Sultan, qui était au centre de la Cité, logique on me dira, après avoir gravi une interminable suite de marches en colimaçon, très resserrées, découvrirent que l´intérieur réservé au sultan était pour le coup aussi pétant de couleurs et de vie que le nom royal le supposait. En effet, ce ne sera une surprise pour personne, tout dans cette salle déclinait cette couleur primaire aussi enthousiasmante qu´ambigüe : le jaune. Les murs étaient dorés, les colonnes, couleur de miel, les plafonds faisaient jaune d´oeuf, et les coussins, jaunisse. Les esclaves sensuelles accueillirent les nouvelles recrues avec un dégoût qui se teintait de dédain et de jalousie. Pieds nus et cheveux ou détachés ou coiffés en nattes, elles étaient vêtues de corsaires transparents et de marcels à voiles rouges et orangés, laissant par trop deviner la perfection plastique de leur corps dominé.

    Elles se mirent à rire de la défroque d´Hellia qui n´avait même plus la force de les toiser avec l´un des ses regards qui vous figent, vous glacent, et qui, en temps normal, vous tuent. Mais le temps n´avait rien de normal dans ces appartements sultaniques, et pardonnez le néologisme mais sultanique est bien le terme qui convient pour désigner le si monstrueux contraste caractérisant la double réalité, extérieure et intérieure, de l´inquiétant microcosme d´Anthar´obn Suur, dont nous renseignerons l´Histoire ultérieurement. Je préfère en effet me concentrer sur le sort d´Helliarane, personnage cher à notre coeur, et au vôtre, qui était, comme on s´en doute, et depuis un certain temps maintenant, en bien mauvaise posture.

    Gerabrossa les attendait dans la chambre centrale qui constituait également la salle du trône et le cabinet de rendez-vous de ses ministres, officiels garants d´une démocratie officialisée par un document qu´on a depuis longtemps brûlé. Ici, la parole est à chacun. Pour peu que la langue, si désir elle a de ne pas se voir tranchée, se garde bien de ne pas adhérer au projet constamment parfait du Jaune sultan.

    Gerabrossa était l´un de ces nabots qui suscitent immédiatement, sans raison, un immense mépris physique, l´un de ces obséquieux personnages qui vous dégoûtent puissamment et dont vous souhaitez immédiatement la mort en imaginant ce qu´il serait capable de faire à votre petite soeur - que les enfants uniques me pardonnent mais j´aime le concept de petite soeur -, tout de soie vêtu et coiffé d´un turban d´une taille comparablement aussi grande que la sienne propre. De sorte qu´il était redoublé verticalement, et de manière, donc, suffisamment ridicule, pour nous permettre de nous gausser de son humble personne.

    Les nouvelles esclaves furent alignées devant lui, et laissées à sa merci, dans sa chambre fermée à clef. Ce qui se passa donc dans cette salle, lors de cette première rencontre, relève donc du huis clos politique.

    Toutefois, ayant à coeur de dire toute la vérité à nos lecteurs, et bien sûr rien que la vérité, j´ai pris sur moi de vous raconter en termes synthétiques ce qui se déroula ce jour-là.

    Eh bien, c´est très simple, lorsque vous avez tous les droits sur des êtres humains, que d´ailleurs vous ne considérez même pas tels, eh bien il vous est donné de choisir entre ce qui vaut et ce qui ne vaut pas, ce qui est consommable et ce qui est d´emblée périmé. Le consommable survit et devient donc officiellement membre de votre frigidaire humain. Le périmé, en revanche, subit, disons, une réorientation qui s´apparente pour nous à une simple décapitation, en bonne et due forme. Aussi, sous les yeux d´Hellia, écarquillés de terreur, toutes les têtes de ses compagnonnes volèrent, nettement tranchées, d´un seul coup de sabre. L´ancienne mort constata qu´elle ne pouvait même plus voir son successeur récupérer les âmes des cadavres. Elle était désormais tout à fait humaine. Les corps s´étaient effondrés autour d´elle comme un jeu de dominos, laissant s´écouler de grands lacs de sang, transformant la moquette jaune placenta en un charmant tapis d´un coloris carotte tout à fait intéressant sur le plan visuel, et bien sûr esthétique.

    Ainsi donc, Hellia avait été jugée, pesée visuellement, et sans état d´âme avait été reconnue comme parfaitement consommable. Nul à ce moment précis pouvait évidemment renseigner sa date de péremption mais toujours est-il que pour le moment, le sabre l´épargnait. Gerabrossa, satisfait de sa nouvelle recrue, mais mécontent d´avoir encore une fois sali son beau sol, fit venir les soudards accompagnateurs et leur ordonna de se crever les yeux devant lui pour avoir encore gâché tout un banc de potentielles recrues. Hellia fut menée jusqu´à un vestibule où on lui donna son marcel, son corsaire, après l´avoir lavée, huilée, maquillée, et parfumée.

    Ce qu´elle ignorait, c´est que les parfums dont on la baignait, et l´huile dont on la recouvrait, étaient avant tout de puissantes drogues aphrodisiaques qui allaient, bien malgré elle, la plonger très vite dans un désir de débauche et de perdition tout à fait adéquat avec le projet principal de Gerabrossa qui n´était, en somme, qu´une recherche raisonnée d´un plaisir aussi divers qu´illimité.

    Mais que faisaient Padgram et sa bande !


    à vous la suite!
    Apothéose
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  • Posté le 11 septembre 2007 à 14:21:07 Avertir un administrateur
  • [que vous ne considérez d´ailleurs même pas comme* tels]
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  • Laikri_Venn Voir le profil de Laikri_Venn
  • Posté le 13 septembre 2007 à 11:31:48 Avertir un administrateur
  • Eh bien, nous le saurons après nous être intéressés à la manière dont Lysette avait réinvesti ses fonctions de simple domestique, au château de Barzabute.

    Celle-ci était vraiment heureuse de reprendre le tablier et de renouer avec ses amies, auxquelles elle n´avait plus reparlé depuis plus de deux ans.

    Pourtant, le matin qui avait suivi son altercation avec Conspiru, lorsqu´elle se présenta dans la salle commune, aucun regard, aucun sourire ne l´accueillit avec la camaraderie qu´elle espérait.

    En fait, dès qu´elle était entrée, la rumeur habituelle des fourchettes qui cognent les assiettes et des bouches qui avalent bruyamment les bols de lait chaud avait cessé, laissant place à un silence plutôt pesant.

    Le petit-déjeuner ne s´annonçait pas très joyeux. Même les mouches qu´on entend habituellement voler dans ces moments là semblaient la regarder avec un mélange de crainte et de mépris. Mal à l´aise, Lysette s´était assise seule à une table, constatant que par le plus grand des hasards, il ne lui restait plus de place à celle de ses amies. Elles ne lui accordèrent pas un regard. Lorsqu´elle s´était assise, elle avait juste perçu leurs pouffements étouffés.

    Peu à peu, le vacarme reprend, laissant Lysette songeuse. La sonnerie de la cloche générale lui remet l´esprit en place. Renouant avec ses anciens réflexes, elle va vider son bol dans la grande cuve des déchets, puis se dirige vers le couloir des blanchisseuses, où sur plusieurs étagères sont réparties les blouses de laine et les coiffes prévues pour la fonction. Lysette constate que son uniforme n´y est plus. Alors elle va voir la responsable des domestiques et lui demande où elle peut en trouver, et la responsable lui dit qu´elle doit se débrouiller. Alors, Lysette est obligée de se rendre au travail sans l´uniforme qui convient.

    Elle arrive dans la salle des bacs à linge, située dans les hauteurs des tours de Barzabute, là où les fenêtres sont grandes ouvertes pour rafraîchir les draps, et les faire sécher plus vite. Elle redécouvre l´effort, alors, et l´effort lui fait mal. Elle doit se baisser, retrousser ses manches, découvrir ses bras qu´elle avait pris l´habitude de recouvrir de baume, les plonger dans l´eau bouillante des baquets chauffés à feu vif, elle doit prendre la planche, frotter, en sueur, elle se nettoie le front, elle souffle, derrière elle on rit, c´est qu´elle n´a plus l´habitude bien sûr, petite nature bourgeoise empâtée dans ses coussins. Elle frotte, elle souffle, elle trouve que la tâche n´en finit pas. Et voilà le jeu pervers de ses amies qui lui apportent d´autres tonnes de draps à laver, quand elle vient à peine d´en finir une montagne.

    Elle sait, Lysette, elle sait qu´elle pourrait soudain reprendre le rôle de première dame du royaume, et se venger en exigeant leur perte, mais c´est ses amies, et surtout c´est son choix, elle a quitté Conspiru pour ça, parce que c´est sa condition, et qu´on n´échappe pas à sa condition. Alors, elles s´en vont et la laissent seule, et elle frotte, bien que son front soit rouge et ses bras brûlés, elle frotte, elle étend, elle change l´eau, rallume le feu, et continue son ouvrage, sans relâche, même si ça doit mortellement l´épuiser, même si ça n´est que le premier jour, elle frotte parce qu´elle a besoin de s´y faire.

    La nuit est tombée, elle a lavé toute la journée, elle est seule, elle a fini ses innombrables ouvrages. Quelqu´un viendra-t-elle la chercher pour lui prévenir que le dîner est prêt ? Personne. Elle se rend à la salle commune. Personne. Ils sont déjà tous partis. Est-ce qu´il lui reste quelque chose à manger ? Non. Rien. Tant pis, c´est le premier jour, elle le sait qu´elle doit s´accrocher coûte que coûte. Elle va se coucher au coin d´un mur, personne ne lui a prévu de lit. Ils étaient quand même bien agréables les couettes de son nouveau lit à baldaquins...

    Le lendemain matin, elle est réveillée par un coup de pied, le petit-déjeuner est déjà fini, il faut qu´elle retourne au couloir des blanchisseuses, les yeux à demi-fermés, alourdis par des cernes brunes, elle se lève, elle marche comme une morte, elle y va, se rappelle soudain qu´elle n´a pas d´uniforme, et repart dans les sous-sols. Et elle se baisse, retrousse ses manches, et frotte. Soudain, elle réalise que le linge qu´elle nettoie lui est familier. C´est normal, ses amies sont venues pendant la nuit pour salir tout le travail de la veille. Tous les draps sont tachés de confiture. Elle doit tout recommencer, elle a pris du retard. Elle a faim, elle lècherait bien les taches de confiture, mais on la surveille, on rit non loin, et elle a encore de l´honneur, alors elle frotte, elle frotte sans les regarder, mais elle sait déjà qu´elle les déteste, qu´ils la détestent, et peut-être que c´était une erreur, mais non, c´était son choix, elle n´a nulle part où aller, elle les déteste, ils paieront bien un jour, mais non, il faut frotter, car ce n´est que le deuxième jour.

    La nuit vient, toujours personne, toujours rien à manger, toujours pas de lit décent, rien que des mauvais rêves, et un coin de mur pour abriter son humiliation. On la réveille avec un seau d´eau, car les coups de pied n´y faisaient plus rien, elle doit retourner au couloir des blanchisseuses, elle a faim, elle se sent maigre, mais on la presse, car il y a encore beaucoup de travail, alors, elle redescend, et puis soudain en voyant le baquet, en voyant le tas de draps de la veille taché et chiffonné pendant la nuit, et le tas qu´on lui donne encore, elle veut vomir tout un torrent de bile, mais elle ne fait que prendre appui sur un mur, elle est pâle, elle tombe. Quelqu´un l´aidera à se réveiller ? Personne. De la pitié pour une ancienne patronne ? Jamais. Elle reprend ses esprits quand la nuit est tombée, elle a un bleu sur la hanche, et un tas de draps qui l´attendent. Cette fois, elle restera éveillée la nuit, d´abord pour laver, jusqu´à la dernière tache, ensuite pour surveiller, car il faut bien se battre, ce n´est que le troisième jour.

    Elles ne viennent pas, bien sûr, ce serait trop facile. Elle perd le sommeil à attendre leur venue, mais non, les draps ne seront pas tachés aujourd´hui. Elle peut passer à une autre montagne. Et ainsi passent les jours, ainsi passent les heures, plus longues que des jours, et la haine l´accable, et seule, et sans rien, elle sait qu´elle a perdu son propre pari.

    Survivre, voilà une nouvelle quête, et elle ne s´y attendait pas. Elle les quitte un matin, sans prévenir personne, on le remarquera, mais on haussera les épaules, et on continuera à travailler. Elle se traîne dans les couloirs à la recherche d´une personne à qui parler, mais les gardes ont reçu l´ordre de garder le silence. Son ancienne chambre, la chambre de Padgram, il n´y a plus rien dedans, déjà un débarras.

    Revenir à Conspiru ? lui demander pardon ? Le séduire faussement ? Lui faire croire à l´amour ? Plutôt revenir aux draps... S´enfuir ? On la retient ici. S´enfuir pour aller où, d´ailleurs ? Nulle part, il n´y a que du vide pour elle. De sa poche usée, dans une robe qui l´est davantage, sa dernière, elle retire son petit miroir. Plus aucun point n´y brille hormis l´énorme rouge.

    "Padgram..."

    Elle dit ce nom sans une once d´émotion. C´était donc tout ce qu´il lui restait ? Ce gros amoureux absurde ! Et c´est à cause de lui, à cause des signaux de ce stupide miroir, qu´elle avait commencé à s´emballer, à emballer Conspiru, à en arriver là. Ce n´était qu´un gros point rouge méprisant.

    Mais c´était quand même le seul qui restait.

    Elle monta sur les toits, s´isola, s´endormit. Qu´attendre de la vie, maintenant ? Peut-être rien.






    --- Sous Kuliz ---



    Padgram-- Bon, écoutez, j´ai une idée toute simple! Vous grimpez tous les trois sur cette corde parce que vous êtes agiles, et une fois arrivés en haut, une fois remontés, vous nous balancer une corde plus longue et on remonte avec Grisk!

    Karzus-- Très bien, je monte en premier, c´est moi le plus instable!

    Le shaman, qui se pendait à la jambe de Londe, laquelle se pendait à la jambe de Rune, s´accrocha successivement à leurs tuniques, qui se défirent sur le coup, avant d´empoigner solidement la corde et de se glisser sur elle au moyen de se bras, en serrant très fortement ses genoux. Londe essaya en vain de retenir son bas mais celui-ci tomba sur Padgram, à demi-nue, elle se hissa sur la jambe de sa soeur, laquelle vit alors tout le reste de ses vêtements tomber, puis imita Karzus. Tout en levant les yeux, elle ne put s´empêcher de constater que le pagne très sommaire du shaman lui permettait d´avoir une vue assez précise de sa virilité.

    Rune, enfin, malgré toute la honte que lui inspirait la nudité, se mit à grimper à la suite de sa soeur et du mage. La vision qui s´offrit alors à Grisk resté couché sur le dos, de cuisses féminines jamais vues auparavant se hancher et se déhancher, provoqua comme une accélération d´adrénaline qui élimina définitivement toutes les traces du venin du serpent. Se redressant, revigoré par la délicatesse ce qu´il avait vu, il demanda à Padgram quel était le plan. Le gros lui répondit qu´il y en avait un mais qu´il était, pour ne pas changer, très foireux.

    Karzus, arrivé à l´extrémité, tapa un peu sur la paroi pour voir si elle était suffisamment fine pour être chamboulée, et fut satisfait d´entendre résonner un son creux. Il prépara son poing et avec une justesse et une précision extraordinaires explosa la croûte du sol.

    Quelle ne fut pas sa surprise alors de voir apparaître hors du trou formé un cadavre d´homme!! Celui-ci, happé par la gravité, retomba en se décomposant sur le sol, juste aux pieds de Padgram.

    Karzus-- Nous sommes sous un cimetière!!

    Padgram (à Grisk)-- Il s´imagine peut-être qu´à cinq kilomètres de distance je peux comprendre ce qu´il dit...

    Le shaman déblaya un peu plus le trou, laissant retomber les vers familiers au cadavre sur les cheveux des jumelles consternées, puis se hissa dans la tombe et la creva d´un autre coup de poing bien préparé.

    Les jumelles eurent à coeur de laisser retomber les vers puis de suivre le shaman dans sa splendide venue au jour.

    Lorsqu´ils furent tous les trois hors de la tombe, ils furent d´abord éblouis parce qu´ils n´avaient pas vu le soleil depuis longtemps. Et lorsqu´ils réalisèrent qu´ils étaient tous les trois nus, du moins quasiment pour Karzus, couverts de boue et de vers retardataires, c´est sans étonnement qu´ils virent de vieilles dames en train de se recueillir auprès de tombes adjacentes pousser des cris de terreur en criant au revenant.

    Padgram et Grisk restés en bas, il s´agissait maintenant de trouver un moyen de les remonter. Le cimetière était en fait un peu à l´écart de la ville. On apercevait les toits des maisons et juste à côté la grande brise qui soufflait sur les puissantes vagues de la mer.

    Karzus prit alors une plaque mortuaire et grava dessus avec un morceau de la tombe un message destiné à l´obèse et au subsaldrante.

    "ALLONS CHERCHER DE QUOI VOUS REMONTER EN VILLE - NE BOUGEZ PAS"

    Il envoya la pierre valdinguer sous le tombeau. Mais évidemment, la distance étant ce qu´elle est, arrivée par terre, il ne restait plus rien du message.

    Padgram-- Gageons qu´il ont décidé de nous tuer !

    Grisk-- Gageons plutôt qu´ils vont cherche de l´aide...

    Padgram-- Bon... Tu paries combien ?

    Grisk-- Rune et Londe.

    Padgram-- Non, elles n´appartiennent à personne, et surtout pas à toi, tu peux pas miser ça.

    Grisk-- Je sais, je disais ça pour que toi tu les mises.

    Padgram-- Ouais, c´est ce que je pensais, t´as rien d´intéressant à proposer...

    Grisk-- Un bisou ?

    Padgram-- Ta gueule...



    --- A la surface - le Cimetière ---

    Karzus, Rune et Londe, commencèrent d´abord à fouiller les tombes pour essayer de se trouver des vêtements décents. Mais ils ignoraient alors qu´un gardien faisant sa ronde venait de les repérer, trop heureux de coincer la main dans le sac des profanateurs de sépultures!


    à vous la suite!
    -Laikri_Venn-

    (Apotheose, je tiens à te dire que tu es un très très grand écrivain^^!)
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  • -PlacidVlad- Voir le profil de -PlacidVlad-
  • Posté le 13 septembre 2007 à 14:02:05 Avertir un administrateur
  • Londe: "Rien de rien! Mais qu´est ce qu´ils font avec leurs vêtements, les morts!? Ils les mangent?"

    Rune: "Ne dis donc pas de betises, tu sais bien que les morts ne digèrent pas les vêtements!"

    Londe: "N´empêche que toi t´as peut etre l´habitude de te balader les seins à l´air mais moi ça me dérange et j´aimerais bien trouver quelque chose à me mettre sur le dos!"

    Karzus: "Chut!"

    Londe: "Quoi?"

    Karzus leva un doigt, semblant essayer de se concentrer pour écouter quelque chose. Il lacha un pet soudain, sourit, poussa un petit soupir de soulagement et se remit à chercher. Rune s´assit pendant que Londe soulevait une lourde dalle.

    Londe: "Mais pourquoi on met quelque chose d´aussi lourd au dessus des morts!? On a peur qu´ils s´en aillent ou quoi?"

    Rune: "C´est une bonne question. Karzus?"

    Karzus: "J´en sais rien. Bon, apparement y a rien ici, on va devoir acheter des vêtements en ville..."

    Rune: "En imaginant qu´on nous laisse entrer, pauvres va-nu-fesses que nous sommes..."

    Karzus: "Y a qu´un moyen de le savoir..."

    Et ils se dirigèrent vers la sortie du cimetierre. Mais à peine avaient t ils franchi le portail qu´on leur tomba dessus. Ils sentirent quelque chose de très froid au contact de leur peau. C´étaient des personnes en armure. Des soldats, pour ceux qui n´auraient pas encore fait le rapprochement. Ils étaient cinq.

    Soldat: "Aaaah! On vous tiens! Vandales!"

    Londe: "Que... quoi?"

    Soldat: "Profaner les tombeaux des morts de Kuliz... Vous allez passer un sale quart d´heure! Et peut etre même deux!"

    Rune: "Mais... on a rien fait!"

    Soldat: "Vous direz ça au juge!"

    Karzus: "Au juge!?"

    Soldat: "Et oui! Se balader à poil dans un cimetierre en retournant les tombes, c´est un grave délit! C´est le gardien qui nous a prévenus! Vous devrez en répondre devant le juge du temple de Demagoris (dieu protecteur des marins)!"

    Pour les crimes de haute gravité, les criminels étaient jugés par les hauts prètres. Ce que Karzus ne comprenait pas, c´était pourquoi on les accusait de crime alors qu´ils se baladaient simplement nus dans un cimetierre en retournant les tombes. Ca faisait des années que le shaman faisait ça et il ne s´etait jamais vu poser de probleme. Pire, il n´était pas rare que des soldats viennent le rejoindre. "Pour la santé", qu´ils disaient.


    -A cinq kilomètres sous terre-

    Padgram: "Il vont nous tuer!"

    Grisk: "Ils vont chercher de l´aide!!"

    -A la surface-

    Rune: "Mais lachez moi, bande de goujats!"

    Soldat: "Ola on se calme, ma petite dame!"

    Soudain, Londe s´effondra en hurlant. Elle se tenait la tête, accroupie sur le sol. Trois soldats s´approchèrent d´elle pour voir ce qui se passait. Londe les regarda puis leur mit unr bonne poellée de roustes à chacun. Les trois soldats sombrèrent dans un profond coma et les deux autres qui restaient sortirent leurs armes. Mais Londe fut plus rapide, elle en étala un et Rune s´occupa du dernier, en lui decochant un bon coup de pied dans les valseuses. Les trois compagnons se cachèrent dans un buisson, d´autres soldats arrivaient déjà.

    Rune: "Pourquoi nous amener au juge!? On a rien fait!"

    Karzus: "J´ai comme l´impression que c´est pas parce qu´on est tout nus qu´on nous recherche..."

    Londe: "Tu veux dire qu´on nous aurait déjà reperés!?"

    Karzus: "Oui. Je ne sais pas comment, mais c´est bien le cas. En tout cas il va falloir faire profil bas pendant quelques temps. J´espere que Padgram et Grisk s´en sortiront... J´espere qu´on pourra les prévenir..."

    Rune: "Et si les soldats découvrent le passage qui mêne sous terre?"

    Karzus: "Je doute qu´ils s´amuseront à escalader cinq kilomètres, mais s´ils le font, alors ce sera la fin des Subsaldrantes..."

    Les soldats finirent par partir, après avoir plus ou moins fouillé le périmètre.

    Karzus: "Allons nous en d´ici, on a déjà assez perdu de temps. Allons prevenir notre gros prince de la situation. Londe! Tu viens?"

    Londe était dans ses pensées. Elle pensait à Hellia et à l´amour. Ca faisait si longtemps qu´elle n´avait pas vu le magnifique gris de ses yeux...

    Rune: "Londe!"

    La jeune blondasse s´extirpa de ses reveries et se releva. Elle regarda vers le ciel, la lune formait un beau croissant. Est ce que, quelque part, Hellia regardait aussi la lune? Est ce qu´elle pouvait seulement la voir?


    -PlacidVlad-
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  • Posté le 14 septembre 2007 à 13:54:21 Avertir un administrateur
  • Eh bien à vrai dire Hellia voyait des lunes, oui, en effet, mais elle aurait sans doute préféré voir le grand large parce que la lune qui s´agitait devant ses yeux était pour le moins hideuse, couverte qu´elle était de bubons et de varices. C´est qu´il était pas super hygiénique le petit Gerabrossa, mais fallait faire avec, parce que c´est ça que préférait le Sultan, qu´on lui renifle les miches, et faut dire que personnellement je suis pas certain que le papier toilette existait déjà à cette époque alors autant vous dire que face à un cul pareil un archéologue aurait eu un sacré boulot, vu la solidité des couches qui s´étaient succédées au fil des âges. Ceci dit, comme je respecte carrément les archéologues, je n´irai pas plus loin dans mes comparaisons parce qu´autant pas trop fignoler, vous l´aurez compris, Hellia était en pleine expérience olfactive et les fesses jaunes dansaient et dansaient devant son nez qui n´en pouvait plus de se retrousser pour éviter tant bien que mal les glorieuses effluves qui émanaient avec force et intensité hors de cette cavité centrale que la postérité a rebaptisé "anneau de Satan". Eh oui, parce qu´entre sultan et satan il n´y a qu´un saut, et je ne dis pas ça pour préfigurer ce qui va maintenant arriver à Hellia parce que ce n´est plus vraiment le sujet, on l´aura compris de toute façon, Hellia est vraiment dans la merde, et maintenant c´est même plus une comparaison imagée, c´est pour vous dire comme cette histoire a de la ressource!

    Bref, Padgram et Grisk continuaient à parier comme des golios sur les intentions réelles, fictives ou motivées, de leurs amis qui de toute façon appréhendaient encore le statut d´exhibitionniste qu´ils allaient se coltiner dans moins de quinze minutes.

    Avant ça donc ils essayèrent de crier à Padgram de la situation mais non seulement le gros n´écoutait rien attendu que Grisk lui pompait l´air avec ses mises imaginaires, mais en plus, comme ça a déjà été dit, à cinq kilomètres de distance, on voit mal comment on peut encore communiquer, faut dire à l´époque la communciation, ça avait de la classe! On s´écrivait pas des trucs sur des choses toutes carrées et froides comme aujourd´hui, nan, on faisait plutôt dans la lettre, môssieur, de la lettre avec un grand L et on parlait pendant des kilomètres de lignes d´encre et d´encre de tout ce qui se passait dans la vie et ça avait la beauté des poèmes de Horace Boulicot, un grand monsieur qui a vécu toute sa vie avant de mourir, plus de cinq siècles avant l´époque de Padgram.

    Mais ne nous attardons pas sur votre manque de culture littéraire parce que maintenant il faut vous dire qu´astronomiquement à Kuliz il y a quelque chose d´assez sympa, le jour et la nuit sont en cohabitation presque permanente, c´est-à-dire que la moitié de la ville est toujours baignée dans le soleil quand l´autre est dans la nuit, le port n´est en fait pas autre chose qu´une limite, qu´un Partage des ombres, entre la lumière et les ténèbres, et l´un et l´autre s´alternent indéfiniment comme font toujours le jour et la nuit, c´est d´un profond ce que je raconte... Bref, ça explique sans doute pourquoi Londe pouvait à la fois être éblouie en sortant de la tombe par un soleil bien vivant et parfaitement rêveuse face à la lune. Kuliz c´était un peu le rêve de l´un de nos grands chanteurs contemporains déjà morts. Le soleil a rendez-vous avec la lune et la lune, bah elle est là, et le soleil l´attend plus, c´est pas beau ça ? Bah non la nuit on peut pas savoir s´il fait beau. Ahah trop fendard ce moi-même! Enfin, nous y sommes, donc, à ce point, où Padgram n´a pas saisi une goutte de ce que lui ont crié en vain Londe, Rune, et Karzus, qui ont finalement décidé de partir va-nu-fesser dans les quartiers de Kuliz en se faisant passer pour des indigènes venus présenter un spectacle de rue exotique et fabuleux. Ils jonglent, font des galipettes, se meuvent comme des singes en poussant des grognements, on les regarde avec étonnement, on s´en amuse, on sourit, on rigole, et voilà qu´on les applaudit !

    Comme ils sont tout boueux, visuellement, on les croit sans problème, et on leur jette même des pièces, ce qui au bout de deux heures, leur donne assez de fonds pour aller s´acheter de vrais et beaux costumes chez un marchand unijambiste qui leur fait un prix d´ami par solidarité avec les petits sauvages. Maintenant, Londe a un beau cache-oeil en laine, qui lui donne un charme épatant, une chemise de soie blanche avec col relevé, des gants de cuir, une paire de braies en coton, rayées de vert et de blanc, et de grandes bottes rouges à éperons d´argent. Karzus a fini par céder au chantage de la civilisation et s´est offert un magnifique petit kilt brun sans sous-vêtements - la tradition kulizienne le veut - mais reste pieds et torse nu avec ses tatouages et ses innombrables colliers d´os, de plumes multicolores, et de bois peint. Quant à Rune, fidèle à ses seins nus, elle envisage les seins pas nus, et se noue un foulard orange autour de la poitrine ce qui la rend quand même très sexy, d´autant plus que contrairement à sa soeur elle a plutôt opté pour un mini-short fendu à la cuisse gauche, fait d´un joli tissu assorti au foulard, avec pour simples chausses de discrètes sandales. Elle se noue les cheveux en une longue tresse qui lui donne un air à la fois studieux et terriblement accrocheur pour le regard du badaud qui s´en fait un torticolis coupable, difficile à expliquer à Bobonne lorsqu´il revient manger à la maison, mais ça c´est votre histoire, pas la nôtre, alors continuons, continuons car le temps presse, la pauvre Hellia, toute droguée qu´elle est, ne sait même plus à qui appartient les lunes qui tourbillonnent autour d´elles, mais que fait donc Pagram, bordel de bordel !

    Ben lui c´est simple, il se dit qu´après tout sous la terre c´est pas mal et qu´il pourrait fonder un foyer avec son ventre, engendrer une famille - il en est capable, c´est les hommes qui accouchent à l´époque - mais quand même se coller Grisk c´est pas non plus le rêve alors vite faut trouver un moyen de se sortir de là! Pas de panique, l´amitié c´est quand même pas pour les marmottes, voilà que Londe, Rune, et Karzus se ramènent dans le cimetière non sans avoir remis une rouste aux soldats qui venaient à peine de sortir de leur coma. Avec eux, ils ont un gros aimant acheté à l´aimanterie de Kuliz - et c´est que Rune s´y connait en aimants ! - sans plus essayer de communiquer, chose vaine comme on vous a dit, ils prennent un soldat au hasard, le dépouillent de son armure - pas du tout super comme celles des soldats de Balfoy et de Conspiru ! - et les balancent sur Padgram et Grisk, interrompus dans leur pari interminable, concluant une bonne fois pour toutes, vu la lourdeur des trucs qu´on leur a envoyé sur le crâne que l´obèse a gagné sur toute la ligne, ils veulent bien les tuer. Sauf que dans l´armure il y a un papier avec marqué dessus "t´en va pas gros lard, on va te sauver, mets l´armure, et fais vite!". Bon Padgram, on l´a remarqué, il a pris un peu du grade dans cette histoire, j´ai pas dit du gras, j´ai dit du grade! Ouais, du grade, parce que quand même entre l´espèce de bouffi incapable de se bouger les miches pour aller sauter une femme dans le concours international de saut-aux-femmes, sport chéri on vous l´a dit par les Barbazutiens et grand cousin du Soude-au-Cul, un concours spécialement organisé pour lui par son défunt père en plus ! bref entre ce gars là, empoté et boulimique, et le gars qui se tient en face du gros moche de service venu d´on sait pas trop quelle cité souterraine de mes deux, y a quand même pas photo, y a un chef qui se dessine sous les bourrelets! Tout ça pour vous dire que quand même il en est plus au stade où il obéit gentiment aux ordres qu´un papier d´armure stupide lui envoie. Ceci dit, comme il est bonne poire et qu´il considère que Grisk est sur le point d´éventuellement lâcher une caisse, ce qui reviendrait à une dilatation du nombril probablement assez désagréable pour la vue, il décide de faire confiance à la boîte de conserve humaine. Aussi oblige-t-il le pas beau à faire comme lui, revêtir l´armure, tant bien que mal, parce que bon, malgré toutes ses aventures, il a quand même pas perdu beaucoup de poids le salaud de prince, mais bref il se débrouille comme il peut, et vlan! lui et Grisk se font d´un coup prodigieusement décoller du sol et s´envolent à une vitesse faramineuse jusqu´à la surface, où leurs armures finissent par se coller toutes les deux au gros aimant qui les attirait depuis le début.

    Une fois qu´ils ont passé deux heures à sortir Padgram de la tombe, profitant d´un nouveau réveil des soldats pour leur coller un autre passeport pour le coma, ils écoutent Rune se vanter.

    Rune : Eh ouais ! En fait, l´aimanterie c´est d´abord une diamanterie! Dans diamant, il y a de l´aimantine, dans tous les cas, l´aimant et le diamant c´est ce qui attire les regards, suscite le désir. Du coup, aimant a aussi donné aimer. Avec toute la charge de métal que vous aviez sur le corps et puis l´amour dont tu es empli et que tu diffuses avec tant de force - à se demander si ce n´est pas ça qui te rend si gros, Padgram - il était assez facile de vous attirer avec ce petit outil si pratique, jusqu´à ce cimetière qui nous sépare encore d´Hellia.

    Padgram: Vous avez trouvé des vêtements pour moi?

    Karzus: On t´a racheté les mêmes, on pensait que t´y tenais. De toute façon, t´as une taille de poitrine unique au monde.

    Padgram: C´est juste.

    Grisk: Et moi ?

    Karzus: Ben toi... tu vas rester dans ton armure pour éviter qu´on voit ta gueule et tu vas te faire passer pour un soldat pour nous emmener sans encombre jusqu´au centre commercial maritime de Kuliz surveillé par plein de soldats qui sont déjà sur leurs gardes apparemment. Comme a priori, Hellia est déjà sur la mer, et qu´elle n´a aucune raison d´être partie en bateau toute seule sans nous donner de nouvelles, je pense que d´une manière ou une autre, elle a été vendue comme esclave. Donc, Grisk, rappelle-toi, tu es un soldat qui a capturé de nouveaux esclaves et tu te renseignes sur les destinations vers lesquelles on a l´habitude d´envoyer les femmes, d´accord ?

    Grisk: D´accord!

    Karzus: T´as tout compris?

    Grisk: Non.

    Karzus soupira et lui réexpliqua tout, jusqu´à ce qu´il percute.

    Grisk: J´ai percuté!

    Padgram: Magnifique! Bâillonnons et ligotons les soldats avec la corde du harpon, enterrons les vivants en les laissant respirer s´il vous plaît, comme ça on ne les retrouvera pas avant longtemps.

    Londe: Hellia, nous voilà!

    Ils s´occupèrent alors des soldats comme Padgram l´avait suggéré, puis lièrent un dernier morceau de corde à leurs poings pour avoir l´allure d´esclaves à vendre. Grisk prit la tête du peloton et mena ainsi la petite troupe jusqu´au port.

    Dans la ville, ils ne passèrent pas inaperçus, mais rien ne passait vraiment inaperçu dans cette ville où le soleil et la lune n´arrêtaient pas de copuler. A ce moment là de la journée, le jour était du côté du port, et la nuit du côté de la ville basse. Pour éviter d´être plus non inaperceptibles qu´ils ne l´étaient déjà, ils passèrent par un raccourci que connaissait Karzus, car grand habitué de la ville, où il faisait souvent nuit. C´est en passant dans une ruelle cachée qui les séparait encore du port, qu´ils attirèrent alors l´attention d´un regard penché à la fenêtre de l´étage d´une riche maison au toit de chaume, dissimulée dans la zone.

    Vous l´aurez reconnu, c´était Nortellon.


    à vous!
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  • Blina Voir le profil de Blina
  • Posté le 17 septembre 2007 à 14:22:47 Avertir un administrateur
  • Intrigué, il regardait la troupe singulière déambuler maladroitement en direction du port. Si c´étaient de nouveaux esclaves, ils étaient loin d´avoir le profil type. Il fallait en avoir le coeur net. Il sortit précipitamment de chez lui.

    Dans la ruelle, Londe remarqua que Karzus se tenait la main droite en ayant la bouche un peu crispée.

    LONDE> Karz, qu´est-ce que tu as ?

    KARZUS> Rien.

    LONDE> Bah si, je vois bien que t´as mal au poignet, là.

    KARZUS> C´est rien, je te dis.

    Londe se tut alors. Elle réalisait soudain que le coup de poing du shaman dans la croûte qui les séparait de la surface avait dû être assez prodigieux. Elle se rendit compte qu´elle ne mettait pas assez sa force à contribution, et elle se demanda pourquoi. Avait-elle peur, au fond, de l´utiliser ? Cette force était-elle constante ? Après tout, pour des raisons toujours indéterminées, elle l´avait perdue pendant un certain temps à Fërucora et même au temple de Myosotis. Vivre au contact du souffle de la Terre lui avait rendu sa puissance mais, hormis l´impressionnante démolition du long couloir de pierre qui les séparait, elles et ses amis, de la culture des fruichizzi, elle ne s´était jamais vraiment prêtée à d´autres actions volontaires. Elle aurait pu dompter le Ver, foutre une rouste à sa soeur quand celle-ci s´était jetée sur elle, tuer le serpent qui avait paralysé Grisk, contribuer à accélérer la remontée vers la surface de Kuliz, et s´occuper toute seule des soldats qu´ils avaient bâillonnés et enterrés vivants... Elle savait qu´elle aurait pu le faire, mais elle avait laissé les autres agir et penser, se concerter, échouer... Peur de sa propre force ? Ca n´avait pas de sens... Pourtant, il ne lui semblait pas manquer de confiance. Mais c´était plus fort qu´elle, elle n´avait pas le déclic, il fallait vraiment une surprise ou un accès de colère pour déchaîner la bête. Si seulement elle avait connu sa mère... C´était d´elle qu´elle tenait ses capacités. Et d´elle, elle ne savait que le prénom, Nescence. Albatrusse l´avait abandonnée après avoir fini de ruiner, par son occupation prolongée, la cité sacrée de Forzina. Qu´était-elle devenue ? Avait-elle été répudiée pour avoir été outragée et engrossée par un barbare ? Avait-elle cherché à retrouver Albatrusse ? Autant de questions qu´elle ne s´était pas posées depuis longtemps. Maman, prononça-t-elle intérieurement, maman, maman, maman. Plaisir de le dire, plaisir d´y songer, plaisir d´en écouter l´écho intérieur, privée de ce mot, privée depuis toujours.


    Karzus, lui, commençait à éprouver un certain malaise. Il s´était engagé dans cette aventure, mais au nom de quoi ? De l´aide qu´il devait à Padgram en raison de la dette dont il était redevable à feu le roi Grofor, certes. Mais maintenant, la dette avait quand même été largement payée. En se mettant ainsi au service de l´obèse, il n´avait pas cessé d´être compromis. Il avait perdu toutes ses potions, son laboratoire avait été saccagé, son nom bafoué par la condamnation à mort, il y avait d´ailleurs échappé de justesse. Son plus fidèle oiseau s´était envolé. Son moyen de locomotion secret avait été anéanti par le poids du prince, et en plus il avait dû subir l´affront de se remettre aux soins d´une oracle de pacotille pour trouver un indice sur la position d´Hellia, lui qu´on venait toujours voir avant, quand il y avait des disparitions inexpliquées ou des enlèvements d´enfant. Lui qui retrouvait toujours tout le monde. Bien sûr, il se sentait bien avec les jumelles taquineuses, le yéti des profondeurs, et le bibendum empoté, mais tout de même, il en était à se demander s´il était bien à sa place. La magie lui manquait. Il fallait absolument qu´il reconstitue tout son attirail, sans lui, il se sentait encore plus nu qu´il ne l´était déjà. Avec ses capacités de métamorphose, il aurait pu éviter à l´équipée un considérable nombre d´embûches. En fait, il se demandait s´il n´y avait pas quelque chose de dérisoire à se trouver médiocre privé de tous les artifices qui font une bonne réputation. Humainement, Karzus ne se connaissait pas vraiment. En prendre conscience l´effrayait mais il ne fallait rien laisser transparaître : après tout, n´était-il pas l´incarnation même de la sagesse au sein de l´équipe ? Se rendre utile auprès de Grisk en s´occupant personnellement du serpent lui avait redonné beaucoup d´énergie. Mais il avait agi en simple technicien, en simple maître de dressage. Il ne savait pas où était l´homme, où était le coeur. Il se demandait s´il était seulement capable de vivre sincèrement les émotions, et de considérer l´existence avec un regard dégagé du filtre que son érudition avait tissé, sans jamais se remettre en cause, années après années.


    Grisk, dans son armure, s´amusait terriblement. Ces gens de la surface dont lui et son peuple s´étaient toujours autant méfiés avaient finalement de quoi fanfaronner. Leurs procédés, leurs gesticulations, leurs disputes, leur courage, leur soleil, leur lune, leurs rues, leurs costumes, leurs tapis, leur beauté et leur laideur communicatives, leurs parfums et leurs puanteurs, leurs musiques, leurs saltimbanques, leurs marchands et leurs voix de ténor, leurs odeurs de cuisine jusque là inconnues, c´était un florilège d´incroyables merveilles. Et puis sentir le goût salé du vent venant de la mer, la voir apparaître au-devant, la mer, avec ses vagues bleues et vertes, écumeuses et noires, parfois grises, parfois d´or, reproduisant le ciel en milliers de morceaux tanguants et vacillants comme des plumes dispersées. Pour la première fois de sa vie, il avait éprouvé la sensation de la mort, la sensation du risque, l´imprévu, le plaisir d´attarder son regard sur des cuisses de filles, y trouver l´énergie nécessaire à sa remise sur pied, et maintenant il jouait un rôle, on lui confiait une mission. Il y avait de quoi abandonner ses anciens préjugés sur ses anciens clients. Il ignorait seulement qu´une fois l´armure enlevée, toute la fascination s´en irait en fumée. En lui, point de merveilles, seulement des ordures. On lui ferait bien sentir que son hideux aspect ne ferait jamais de lui qu´une créature de foire, une attraction grisante, lui qui était le chef, on le cachait sous une armure, on avait honte de sa figure, et il tolérait ça. Il comprenait bien que la mission l´exigeait; il se savait parfois l´esprit lent, mais il n´ignorait pas que certains costumes et certains masques doivent parfois être revêtus pour éviter de faire apparaître des vérités trop désagréables pour la foule. Aussi acceptait-il la farce. La farce du pas beau qu´on cache sous la conserve car c´est bien connu l´essentiel est invisible pour les yeux et gnagnagna et gnagnagna seulement voilà, seul devant une chanson en vers contant les exploits valeureux d´un guerrier qui entend devenir un héros, et s´élever au-dessus des simples opinions de la populace, on se dit que c´est touchant, on se dit que cet héroïsme devrait être le nôtre, et que la populace est bien bête, mais dès qu´on est face au bizarre, à l´étrange, à l´atroce, on oublie les belles morales qu´on a tirées de nos épiques lectures, on se rabaisse là, à la simple opinion, et l´on rit face au monstre que l´on déteste parce qu´il fait peur. Voilà où Grisk en était de ses pensées, quand ils arrivèrent au port.

    Ils se dirigèrent vers le centre du port, où toutes les estrades des marchands d´esclaves étaient dressées. Il prit sa voix la plus baroque et s´adressa à l´un des marchands.

    GRISK> Holà, messire ! Est-ce donc à vous qu´il faut vendre des esclaves ?

    LONDE (dans ses dents)> C´est quoi cette entrée en matière pourrie??

    GRISK> Chut, esclave, laisse-moi faire!

    LE MARCHAND> Ben, moi je me suis spécialisé dans les esclaves colorés. Je veux bien vous prendre le chauve basané là.

    GRISK> Non, non, ils ne peuvent pas être vendus séparément.

    LE MARCHAND> Bah dans ce cas, adressez-vous à Monoplook, il prend tous les esclaves, quels qu´ils soient.

    GRISK> C´est génial! On va pouvoir vous vendre!

    PADGRAM (dans ses dents)> Euh... Grisk, rappelle-toi, c´est pas le but de la manoeuvre. Trouve un marchand spécialisé en esclaves féminines!

    GRISK> Ah... Bon. J´irai voir Monoplook après alors.

    PADGRAM (dans ses dents)> Euh.... Ouais.

    Grisk chercha donc du regard sur toutes les estrades ce qui pouvait ressembler à un banc de femmes.Seulement il y voyait mal avec son casque, ce qui fait qu´en essayant de se diriger, devant les yeux mal assurés de ses compagnons, il finit par se cogner la tête en plein dans le dos d´un homme de grande taille.... aux cheveux rouges.

    Lorsqu´il se retourna pour considérer l´importun qui l´avait bousculé, Toneo Bulzor dit Toneo le Rouge, chasseur de primes, fut absolument ravi, et Padgram et les autres complètement paniqués.

    TONEO> Tiens, tiens, tiens, mais qui voilà ! Alors soldat! Vous les avez finalement capturés !

    Grisk comprit que Toneo, qu´il n´avait d´ailleurs jamais vu, le prenait pour ce que son armure signifiait. Après que Karzus lui ait fait une bourrade légère, il se décida à répondre à Toneo.

    GRISK> Euh... Oui, oui!

    TONEO> Je vous avais bien dit qu´ils se réfugieraient à Kuliz. C´était évident sur le plan stratégique ! Recherchés sur tout le continent, le seul moyen de s´échapper, c´était la mer. Et vous voilà, donc mes mignons. Balfoy vous attend avec impatience.

    GRISK> Ils... ils ne sont pas habilités à vous répondre!

    TONEO> Oh... Vous êtes très à cheval sur le protocole, mon bon ami. Détendez-vous, la récompense sera grande !

    GRISK> Euh oui, je me doute bien.

    TONEO> D´ailleurs, peut-être seriez-vous enclin à partager, hm ? Je veux dire (il rapprocha sa bouche de l´oreille de Grisk), entre nous, c´est un peu moi qui vous ai donné le tuyau, non ? Alors, un petit 50/50? Qu´est-ce que vous en pensez?

    GRISK> Je... Je n´ai pas le temps de traiter avec vous, Monsieur!

    TONEO> Oh je vois, monsieur fait son individuel! Et d´ailleurs, on peut savoir pourquoi vous êtes sur le marché aux esclaves et pas au quartier général ?

    GRISK> Eh bien... euh... Je leur fais prendre l´air avant... avant le cachot qui les attend.

    TONEO> Hm... C´est généreux... Eh bien, bonne promenade, dans ce cas...

    Il passa à côté des prisonniers et tapota sur l´épaule de Padgram qui regarda fixement devant lui.

    TONEO> Superbe danse que vous nous avez fait là, à Fërucora, prince! Dommage que ça se finisse comme ça, j´aurais adoré continuer à discuter avec vous comme nous l´avons fait.

    Et tout en éclatant de rire, il s´éloigna non sans remercier aussi profondément Karzus de lui avoir permis de donner une nouvelle vie à ses cheveux. Quand il fut loin, Padgram secoua la tête.

    PADGRAM> Il a beau bien parler et avoir du courage... C´est un crétin... Bien joué, Grisk, tu as été parfait.

    Grisk hocha la tête pour le remercier de ce petit mot et continua à marcher à la recherche d´un marchand de femmes. C´est alors qu´apparut au détour d´une estrade, le noble bourgeois à l´oeil caché qui portait le nom de Nortellon.

    NORTELLON> Soldat, je vous salue.

    GRISK> Salut... (aux autres) Mais on peut pas faire un pas sans être tranquille, ici !

    NORTELLON> Où portez-vous donc ces prisonniers ?

    GRISK> Je suis sur un marché d´esclaves, ça ne vous crève pas un peu les yeux ?

    Nortellon se racla la gorge, visiblement blessé.

    NORTELLON> Merci, c´est très délicat de votre part...

    GRISK> Oui oh pardon je vais pas non plus m´arrêter à toutes les petites expressions qui font moucher tous les surfaceux, hein !

    NORTELLON> Pardon ?

    GRISK> Rien, rien. Ecoutez, monsieur, passez votre chemin, j´ai à faire.

    NORTELLON> Attendez... Je connais un marchand qui vous fera un excellent prix des deux jeunes filles...

    GRISK> Vraiment ? Est est-il spécialisé uniquement dans...

    ?? > OH MON DIEU ! Papa ! C´est exactement ce qu´il me faut !

    Une jeune femme habillée d´une magnifique robe blanche décolletée, aux boucles de miel, au regard pétillant, et aux joues d´un rose fraîchement moelleux, se précipita sur Padgram et le serra dans ses bras comme une énorme peluche. Elle fermait les yeux et se sentait comme transportée, soulagée d´un poids considérable, paradoxe assez frappant puisque c´était bien Padgram qu´elle tentait d´ensserrer dans ses bras. Le pauvre obèse tombait complètement des nues! Voilà autre chose, s´écria-t-il intérieurement! La première chose qu´il sentit, c´est son parfum de miel, la douceur de sa tête posée contre son épaule, la sincérité de ses bras serrés autour de lui tant bien que mal.

    Derrière elle, s´approcha un homme habillé très noblement, avec moult rubans rouges et dorures de toutes sortes, portant une barbichette noire, au visage durci par l´autorité qui incombe aux gens de Justice. C´est assurément un membre de l´aristocratie. Derrière lui, une esclave très fière se tenait à sa disposition.

    L´ARISTOCRATE> Allons donc ma fille, tu veux donc celui-là ?

    NORTELLON> Seigneur Hapic´n! Quelle bonne surprise!

    HAPIC´N> On dit "Hapikeune", monsieur Nortellon, pas Hapikène ou Hapikeuneu!

    NORTELLON> Mille pardons, Seigneur. Je vois que votre charmante fille vous accompagne. Comment allez-vous, mademoiselle Saïan ?

    SAÏAN> On dit Sayane, monsieur Nortellon, pas Saillant ! Je vais très bien, merci beaucoup. Vous êtes en train de les acheter, les esclaves, là ?

    GRISK> Non, non, non, il n´achète rien du tout ! Et vous non plus vous n´achetez rien du tout ! Lâchez le gros !

    SAÏAN> Pas question ! C´est lui que je veux!

    Le Seigneur Hapic´n s´approcha du soldat.

    HAPIC´N> Dites donc... Savez-vous un peu qui je suis ? Si Saïan Hapic´n, fille de la première richesse de Kuliz, n´a pas satisfaction sur-le-champ, je connais un soldat qui pourrait très vite perdre du grade. Donnez-moi votre matricule!

    GRISK> Monsieur, j´ai... j´ai des ordres! Laissez-moi passer!

    NORTELLON> Attendez, je suis prêt à vous acheter les deux filles pour mon compte, mon bon.

    SAÏAN> Je veux le gros ! Je veux le gros !

    PADGRAM> Oui, bah mademoiselle, modérez un peu votre ardeur, hein !

    Hapic´n fut ulcéré par ce qui venait de se passer, prit son gant et gifla violemment la joue de Padgram, qui en fut tout secoué.

    HAPIC´N> Comment oses-tu, misérable rat, t´adresser à ma fille de la sorte ? Qui t´a appris à ne pas tenir ta langue ?

    PADGRAM> Oh mais je vous le dirai bien un jour, triste sire ! Je veillerai personnellemen à ce que tous les esclaves du monde délient leur langue !
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