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Carnavale
- Posté le
1er septembre 2009 à 11:52:04

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<< GOLDEN EPOPEE >>
--> SAISON 3 : SAIAN TOUTE PUISSANTE <--
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Carnavale
- Posté le
1er septembre 2009 à 11:56:44

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* * * * * * * * * * * * AVERTISSEMENT * * * * * * * * * * * *
Chers Lecteurs, ô chers Habitués, ce message s’adresse à vous autant qu’à nous, les soi-disant auteurs de Golden Epopée.
Cancres en sociologie, nous avons la paresse de ne vous diviser qu’en trois groupes bien distincts, définis comme ci-suit.
Parmi vous, il y a tout d’abord ceux qui considèrent l’épopée parfaitement terminée, complète, et peaufinée. Tout a été dit, il n’y a rien à redire. La vie de nos héros se termine heureusement, à quelques détails près : tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes.
A ceux-là, dont nous partageons le point de vue, nous demandons franchement de refermer ce livre et d’aller boire un verre sur les quais de la Seine avec quelques amis. Poursuivre le récit n’a vraiment plus de sens ; maintenant, il faut vivre, et puis, tourner la page.
Parmi vous, il y a ensuite ceux qui considèrent l’épopée parfaitement terminée, complète, et peaufinée. Tout a été dit, il n’y a rien à redire. Toutefois, amoureux du feuilleton, et tristes de quitter vos héros favoris, vous souhaitez, fut-ce même à contrecœur, connaître la suite de leurs aventures.
A ceux-là, dont nous partageons le point de vue, nous demandons franchement de continuer de lire, tout en se disant bien que nous ne sommes peut-être que les continuateurs sournois, illégitimes, d’auteurs dont nous avons volé les pseudonymes, et dont nous reprenons, par trop illégalement, les plumes abandonnées. Nous souhaitons également de ces lecteurs qu’ils veuillent bien estimer que tout ce qu’ils liront dans les pages à venir n’est que le fruit d’un rêve et qu’en réalité, tout s’est bien terminé sur le Retour du Roi Padgram et sur le Beau Mariage avec Lysette la Très Jolie Dame de ses Grosses Pensées. Vous voilà rassurés. Pas de culpabilisation. Ce qui va suivre, ce n’est que pour du faux.
Parmi vous, il y a enfin ceux qui considèrent l’épopée parfaitement pas finie, incomplète, et bâclée. Tout semble avoir été dit ; alors qu’il n’en est rien. La vie ne s’arrête pas sur une happy fin et vous êtes convaincus que les aventures de Padgram et ses amis ne font que commencer, et qu’enfin, le plus dur est à venir.
A ceux-là, dont nous partageons le point de vue, nous demandons franchement de ne pas nous faire chier, tout en leur disant bien que c’est pour eux, adorables fripons, que nous inaugurons le Deuxième Cycle d’Or de Golden Epopée. Padgram et ses amis n’en sont probablement pas au bout de leurs peines et c’est avec plaisir que nous imaginons, à présent, besogneux, les conséquences logiques de leurs belles escapades.
L’essentiel est bien dit. Quitte à perdre sans doute – d’ailleurs, nous l’espérons – trois cent pour cent des deux lecteurs qui nous sont restés attachés – à nous ou à nos doubles, qu’importe – je déclare à présent, la IIIe Saison de Golden Epopée, officiellement ouverte !
- Les Auteurs –
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Carnavale
- Posté le
1er septembre 2009 à 11:57:49

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« SILENCE ! »
L’histoire recommence. On se tait.
« J’ai dit : SILENCE ! »
Myosotis écrasa de son poing le crâne de la gargouille prévue à cet effet et payée pour souffrir plus que toi. Il y eut un pet. Une mouche, tout au plus. On bloqua sa respiration. Le Dieu des Dieux eut un sourire puis embrassa sa tendre épouse, et par ailleurs sa fille, Sanlapis.
Autour de la gigantesque table garnie de mets choisis succulents et divins, au milieu des nuages qui formaient les coussins, et des esclaves seins nus qui dansaient pour la pluie, l’assistance toute entière réagit alors d’une seule voix :
« Bon, que veux-tu, Dieu des Dieux ? »
Myosotis répondit : « Vous m’épuisez, les dieux. »
Tous : « Pourquoi ça ? »
Il les regarda, sanguinaire et fasciste.
Myosotis : « C’est la crise de foi, la débandade. Les dieux disparaissent par milliers et nous ne faisons rien. Pourquoi sommes-nous de moins en moins nombreux à être vénérés ? Que s’est-il passé !? Pourquoi sommes-nous en voie de disparition !? »
Les suggestions jaillirent en geysers innombrables.
« Un tueur est parmi nous ! »
« Une météorite les a mis en orbite ! »
« Un virus les a pssschiiit ! »
« Un magicien a mal fini son tour ! »
« Les disparus jouent à cache-cache un chouïa trop longuet ! »
Myosotis : « Ou alors… Chute DRAMATIQUE du cours de la conversion universelle ! »
Tous : Quoi !?
Myosotis : En un mot comme en mille : les fidèles nous font faux bond. Admettons l’inadmissible : une nouvelle déesse a fait son apparition, et joue sur NOTRE territoire. »
Tous : Qui !? La blondinette !?
Myosotis : Parfaitement ! Cette soi-disant Saïan Toute-Puissante ! Depuis son apothéose, il y a un an, sur le champ de bataille, à Barzabute, avec sa montée en grade de simple humaine à surhumaine, grâce aux pouvoirs cosmiques phénoménaux octroyés par ce vieux briscard de Soleil, et grâce enfin à l’écœurante et formidable lumière dont elle a inondé les cœurs humains, il n’y en a plus que pour elle ! Je suis jaloux, jaloux, et au bord du gouffre !
Tous : Et nous donc !
Myosotis : Par conséquent, je déclare officiellement ouverte la guerre à la religion solaire inaugurée par Saïan Toute-Puissante, qui est sur le point de renverser la nôtre. Sanlapis, des suggestions ?
Sanlapis : Cacahuètes et Martini.
Myosotis : C’est tout ?
Sanlapis : Non. Pourquoi mettre en place une guerre de religion qui va nous coûter encore plus de fidèles alors que nous pourrions nous débarrasser nous-mêmes de cette toute-puissante gamine ?
Myosotis : Laissons aux hommes, si vous le voulez bien, les tâches qui tachent : qu’ils s’entretuent en notre nom, qu’ils convertissent les hérétiques à la seule vraie religion, la nôtre, et que Saïan Toute-Puissante soit réduite à néant. D’ici là, allons forniquer et ne suggère plus rien de semblable, veux-tu ?
Sanlapis : Dieu est grand.
Ceci était une réunion expresse organisée au Cabaret du Mont Panagogod, l’Olympe de Saldra, qui mettait en présence moult divinités : muses alcooliques, titans pantouflards, nymphettes refaites, diablotins déprimés, angelots amputés, géants incontinents, et forces élémentaires fermentées.
Grâce à cette réunion divine, une incroyable guerre de religion va commencer sur Saldra. Et ça va faire du bien à tout ce petit monde-là. Car, ne le nions pas, ça s’empâte grave à Barzabute.
à vous la suite!
-Chapterving-
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Un_poil_sur_leQ
- Posté le
1er septembre 2009 à 12:03:50

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Rien qu’au château, Padgram passe le plus clair de son après-midi au bain avec Lysette. On a élargi le bassin de deux ou trois tours de taille pour faire passer le Roi ; on a creusé aussi, pour éviter les malheureuses inondations du mois dernier. Quant à la Reine, elle, rien à signaler : toujours aussi fine et belle, ne cesse de regarder son époux avec envie.
Padgram : Mais pourquoi donc, enfin ? Que m’envies-tu de particulier ? Je suis si gros et tu es si belle ! Qu’as-tu à désirer autant ma bedaine ?
Lysette : D’abord, elle est belle. Ensuite, on y dort bien. Enfin, j’ai l’impression…
Tout en l’écoutant, le Roi lui savonnait le dos et le polissait avec le respect d’un sculpteur en pleine création.
Lysette :… J’ai l’impression que les gens me perçoivent comme une fille superficielle, sans profondeur, sans consistance, sans relief. Comme si je n’étais pas digne d’être ta Reine.
Padgram : Quelle idée farfelue !
Lysette :… Ca me gêne. Je songe très sérieusement à m’arrondir.
Padgram : Ca par exemple ! Tu veux un bébé ? Y a que moi qui peux.
Lysette : Je sais bien, mais ce n’est pas ça… Je veux être grosse, c’est tout.
Padgram : Ridicule ! La graisse est une affaire antique. La minceur, c’est l’avenir !
Lysette : Faux ! Réfléchis, mon Roi ! Si je gagne en consistance, je perds en superficialité, c’est logique !
Padgram : C’est crétin et infondé.
Lysette : Infondé ? Ecoute plutôt ! L’autre jour, un scribouilleur est venu m’interroger. Le savais-tu ?
Padgram : Nenni. Et alors ?
Lysette : Eh bien…
Lysette était seule, ce matin-là, et recevait depuis le début de la matinée les bonnes et mauvaises gens de Barzabute afin de compiler les colliers de leurs doléances. L’un de ces gourmets de la pseudo information, qui rôdent fort souvent dans les soirées mondaines du golden Moyen-Âge, était présent et, arrivé au guichet de la Reine, s’était empressé de lui réclamer une entrevue privée.
Coquette, la Reine avait accepté, congédiant tous les manants à la ronde. Le scribouilleur n’était pas désagréable à regarder : cheveux noirs assez longs pour sembler intelligents, petites lunettes rondelettes, sourcils faussement broussailleux, sourire aligné, et barbe de deux jours parfaitement pertinente. Il se présenta sous le nom de…
« Ursulo Fouillordhur, pour vous servir, votre Majesté. »
Lysette : Pour quel scribouillis travaillez-vous ?
Ursulo : Crottin-Matin, la gazette de tous les crétins.
Lysette : Pardon ?
Ursulo : Potins.
Lysette : Ha ! Mais oui ! J’adore ce que vous faites. Je vous lis tous les jours.
Ursulo : On ne refait pas une femme, Votre Majesté.
Lysette : Vous sous-entendez ?
Ursulo : Que vous êtes très belle.
Lysette : C’est gentil. Mais tenez votre rang, vous êtes un cafard.
Ursulo : Face à vous, Votre Majesté, on n’est pas cafard, on est microbe.
Lysette : C’est vrai. Que voulez-vous savoir, Microbe ?
Ursulo : Puis-je parler franchement ?
Lysette : Ne faites pas comme si vous m’en demandiez l’autorisation, Bactérie.
Ursulo : Bien. D’abord, ça fait quoi d’être reine ?
Lysette : C’est tranquille.
Ursulo : Aimez-vous vraiment votre mari ?
Lysette : Profondément.
Ursulo : Parlons-en. Comment se déroulent vos approfondissements royaux ?
Lysette : Je vous demande pardon ?
Ursulo : Est-il bon amant ?
Lysette : La question me semble particulièrement…
Ursulo : Mauvais à ce point, vraiment ? Bon. Je note.
Lysette : Mais !!
Ursulo : Par ailleurs, êtes-vous familière des privautés intimes ?
Lysette : Par toutes les culottes de… !!!
Ursulo : En aucune façon, c’est noté. Je le comprends. Une Reine ne peut pas tout oser. Ce qui m’amène à la…
Lysette :… Sortez !!
Ursulo :…question suivante : les seins de votre époux sont-ils un complexe pour vous ?
Lysette : VOUS DEPASSEZ LES BORNES DE LA...
Ursulo : Ils vous tracassent, donc.
Lysette : JE VAIS VOUS...!
Il évita l’uppercut qu’elle projeta de lui enfoncer dans la conduite nasale.
Ursulo : Enfin, dernière question mais ô combien essentielle pour nos lectrices : à défaut de la sentir, avez-vous déjà vu la quéquette de votre mari ?
Lysette blêmit.
Dans le bain, Padgram cessa soudainement de savonner sa belle.
Padgram : Et qu’as-tu répondu ?
Lysette : Qu’il serait étonné de voir à quel point on peut être gros et forgé comme un titan.
Padgram : Et comment a-t-il réagi ?
Lysette : En ricanant. Il m’a fait cette remarque…
« Faut-il qu’il vous batte pour que vous appreniez vos réponses par cœur ? »
Padgram : NON !?
Lysette : Si...
Padgram : Dis-moi que tu l’as fait jeter en prison !
Lysette : Non. Je l’ai assassiné du regard et il est parti. Je ne voulais pas prendre une décision préjudiciable à ton image.
Padgram : Mais c’est lui qui va assassiner ton image ! Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé avant !?
Lysette : Tu étais occupé à d’autres affaires ! Je n’allais pas t’ennuyer avec une peccadille. Pourquoi lui donner autant d’importance ?
Padgram : De quand date cette entrevue ?
Lysette : D’il y a deux jours.
Padgram : Deux jours !? As-tu guetté le Crottin-Matin ?
Lysette : Rien n’est paru encore.
Padgram : Rien ne paraîtra ! Je te le garantis !
En achevant sa phrase, il se leva, glorieux, provoquant un raz-de-marée qui emporta Lysette et la fit atterrir dans ses gros bras potelés. Ils se regardèrent alors avec la douce tendresse de deux pigeons cossus et s’embrassèrent tout nus dans le cortège des bulles qui neigeaient autour d’eux…
à vous!
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Apotheose
- Posté le
1er septembre 2009 à 15:34:56

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Voilà un beau cliché. Et pour cause. Les deux amoureux ignoraient qu’une chauve-souris sournoise cachée-perchée dans un coin de la fenêtre de pierre de leur belle salle-baignoire, était en train de cligner des yeux, très vite, tel un méchant kodak, en cliquetant des dents, et en ricanant fort, jubilant et ravi. La bête s’évada, voleta, débile, jusqu’à l’épaule de son maître, Ursulo Fouillordhur, qui l’attendait au pied du château.
Le scribouilleur donna un biscuit sec à sa protégée et la regarda dans les yeux, le sourire aux lèvres.
Ursulo__ « Allons vite développer tes clichés, petite amie ! »
Sinistre, l’homme s’emmitoufla dans une cape de félonie avant de s’engouffrer dans un cellier, quelques rues plus loin. Là, poignard à la main, un haruspice, devin sanguinaire habitué à lire l’avenir dans les entrailles de ses victimes, l’attendait, l’air lugubre.
Ursulo__ Bonjour, Haruspice, décervelez-moi cette chauve-souris, je vous prie. Il est des images qui n’ont pas de prix. Le vôtre sera le mien.
Sans un mot, l’haruspice hocha la tête, attrapa la chauve-souris comme une mouche par la nuque, et sans laisser à la bête le temps de couiner, lui ouvrit le crâne pour laisser couler dans une écuelle de fer, appelée soucoupe, le jus des dernières images enregistrées par sa conscience.
Ursulo__ Voilà l’encre de mon succès ! Ces gravures sont royales et vont faire un malheur ! Ca, c’est une belle soucoupe ! Une soucoupe exclusive, même !
Il remercia l’haruspice, le paya grassement, et emporta le jus de la soucoupe dans une gourde qu’il se hâta d’emporter dans son atelier d’imprimerie artisanale, où chaque matin, Crottin-Matin naissait, si semblable aux serpents qui se répandent et se faufilent, séduisants, entre les sens et les ruelles.
Pour éviter les déconvenues avec la censure, Fouillordhur avait fait en sorte d’aménager plus d’une centaine d’imprimeries, disséminées un peu partout dans la cité royale. Crottin-Matin était à la fois confectionné partout et nulle part – nul ne savait où se trouvaient les autres ateliers. Les équipes d’Ursulo travaillaient nuit et jour pour dénicher les informations les plus odorantes, parfumées à l’ortie mais cuisinées au miel : pour raconter l’odieux, il faut des mots fleuris.
Les meilleurs scandales se dégotaient le plus souvent en dehors de Barzabute. Barzabute, là où, depuis un an, tout est si beau et si gai, désespérément gai. L’harmonie règne partout. On s’ennuie, c’est affreux.
En tout cas, Fouillordhur avait bien raison de multiplier ses imprimeries.
Après le bain amoureux et la confession de Lysette, le Roi Padgram envoya des soldats saisir l’imprimerie principale de Crottin-Matin, et engagea un crieur public pour annoncer l’absolue interdiction de diffuser les informations d’ordre intime. L’affaire fit hélas beaucoup de publicité au journal qui ne cessa point de paraître et d’être vendu en nombre. Au contraire, le chiffre d’affaires doubla dès le lendemain.
Au petit matin, en effet, des gravures du Roi et de la Reine tout nus dans leur bain, s’étaient mises à circuler en bonnes et dues mains ; en prime une entrevue exclusive d’Ursulo Fouillordhur avec Sa Majesté Lysette, laquelle s’épanchait longuement sur ses problèmes de couple avant de proposer au scribouilleur honoré quelques petites gâteries, par peur de voir ses propos publiés – supputait l’article –, ou pour combler le manque, côté draps.
Padgram entra dans une fureur à laquelle nous sommes peu habitués.
Padgram__ « TROUVEZ-LE ! TROUVEZ CET ABOMINABLE RAT ! »
Rune et Londe, agentes secrètes officielles du Roi, s’empressèrent de mener leur enquête. Mais leurs sources étaient impuissantes – ou pas assez payées pour – à révéler la cachette de Fouillordhur.
Après une journée de fouilles et d’interrogatoires, les deux jeunes filles n’avaient toujours rien trouvé.
à vous la suite!
_Apothéose_
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Laikri_Venn
- Posté le
1er septembre 2009 à 15:57:30

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Pas découragées pour autant, elles arpentaient désormais les ruelles mal famées de Barzabute, éclairées au bougeoir, là où, au cœur de la nuit, ribaudes et mécréants viennent confondre l’alcool et la chair.
Prudentes, les jeunes pirates évitèrent les bourgeois enivrés qui viennent retrouver auprès des damoiselles engendrées par la nuit une paix qu’au foyer ils ont déjà perdue.
Ces femmes maquillées, aux froufrous innombrables, dont le parfum profond cache souvent l’odeur du malheur ou du vide, regardaient les jumelles avec un air moqueur, provocant, et teinté de douce mélancolie.
“Avez-vous vu cet homme ?” demandait Rune, d’un ton ferme, en montrant un portrait de Fouillordhur. Systématiquement, un lent non de la tête tenait lieu de réponse.
C’est qu’elles ont des serments à respecter, ces filles de la rue, petites déesses déchues de la fonction de femme. D’âges et de tailles diverses, fraîches ou fanées, parfois fines, parfois grosses, parfois laides ou sublimes, mais beautés entamées par l’amertume du corps, elles posent dans la rue comme un long défilé de mannequins déjà morts, puant la naphtaline et le gingembre mou.
Au-dessus de la rue, du haut de son balcon, une jeune fille aux gros seins pamplemousse et fleuris, cheveux de jais exquis fondant sur sa poitrine en cascades de nuit, le regard abyssal tant félin que féroce, accoudée, nonchalante, d’une taille moyenne, à la croupe admirable, et d’une peau d’albâtre, regardait les jumelles questionner ses consœurs, tandis qu’un gros marin au nombril découvert s’agitait derrière elle comme un petit caniche, en maintenant ses hanches.
Il y eut un petit cri de goret égorgé et quelques grosses gouttes de sueur au vin rouge épongées sur le front, aussi gras que le reste. Le marin reboucla son pantalon défait, remercia d’une claque sa gourmande jument, et s’en alla gaiement rejoindre ses amis.
Jeanne ne s’était même pas retournée pour le saluer. Elle le haïssait, lui comme tous les autres. Elle haïssait la vie. Sa pauvre et triste vie qui n’était – c’est burlesque – que vide et amnésie.
Il y a un an tout juste, elle s’était réveillée, toute nue, dans cette ruelle, en position fœtale. Un homme à l’œil tout rouge l’avait immédiatement frappée avec un grand bâton.
« Charogne ! Qui es-tu ! Et que fais-tu à roupiller ainsi sur mon chemin !? »
Tremblante, la pauvre jeune femme avait à peine osé articuler une réponse.
« Où… suis… je ? »
Un autre coup de bâton lui tint lieu de réplique, l’assommant sur le coup.
Lorsqu’elle se réveilla, des femmes l’entouraient, vulgaires et maquillées, accompagnées d’hommes mûrs aux dents sales et dorées. Madame Granulasse, énorme dans sa robe en rideaux de velours cramoisi, une cravache à la main, avait silencieusement fait signe à sa belle assistance.
Les hommes avaient alors laissé toutes leurs compagnes pour s’occuper de celle qui ignorait tout d’elle-même, et jusqu’à son prénom.
Au terme d’une orgie où plus de cent aimèrent à se la partager, l’inconnue devint Jeanne. On lui donna une chambre – un simple cagibi – qui devait lui servir de maison et de bureau de travail.
Six mois après son entrée en fonction, on lui offrit le privilège d’une chambre avec balcon. A condition qu’elle reçoive, bien sûr, ceux dont pas une mite ne veut : les marins, les soudards, les bouchers, et les prêtres. Elle avait accepté, prête à tout pour renoncer à la misère et le malheur dans lesquels la vie l’avait directement plongée. Un balcon, c’était toujours ça de gagné.
L’amnésie de Jeanne arrangeait bien la mère Granulasse, fille d’une génération de maquerelles, maquerelles de mères en filles : la petite était sans attaches et semblait suffisamment dégoûtée des mâles pour ne pas lui faire le coup de tomber amoureuse. Un corps qui dure pour un cœur endurci, ça n’a pas de prix.
Après le départ du gros marin, Jeanne se débarbouilla le visage et attendit calmement sa prochaine visite.
C’était un prêtre à capuchon, l’un de ceux qui ne se déshabillent pas, se soulagent tout vêtus, et cachent dans leur manteau des objets contondants, pour corser la rencontre. Ce sont les pires de tous.
Jeanne soupira et s’allongea sur le lit, sans un mot, les bras en croix, les yeux fermés, prête à recevoir le fouet par lequel chacune se soumet.
Mais le fouet ne vint pas.
« Redresse-toi, petite Jeanne. Ce soir, c’est réveillon. »
Etonnée par la douceur de la voix, Jeanne se releva et découvrit alors son hôte assis sur le matelas, deux grands verres à la main, une bouteille dans l’autre.
Devant les yeux ébahis de la belle, il versa un bon vin, goûta aux deux verres pour éreinter tout soupçon de droguerie ou bien d’empoisonnement, et lui tendit la coupe.
« A ta santé, Chérubine ! »
Jeanne but sans comprendre.
Jeanne : Comment m’avez-vous appelée ?
Prêtre : Par ton vrai nom. Mais plus tard les explications. J’aimerais te faire l’amour.
Jeanne -- D’accord… M’en direz-vous plus ?
Prêtre -- Assurément. D’abord, je veux te goûter. Tu es si belle.
Son premier compliment.
Jeanne -- Je sais…
Ils firent l’amour, tranquillement, sans brutalité. C’était beau. Il s’abandonna sur son ventre, l’embrassa sur la bouche pour lui imposer le silence, et s’en alla furtivement en murmurant simplement : « Je reviendrai. Ton destin sera grand. »
C’en était trop. Elle se leva brusquement, emporta les draps avec elle, et s’empressa à la suite du prêtre. Celui-ci courait vite. La rue rejointe, il avait disparu.
à vous la suite!
--Laikri_Venn--
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Carnavale
- Posté le
1er septembre 2009 à 16:04:41

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Heureusement, une fille de gitane lui indiqua l’impasse où il s’était engouffré. Jeanne la remercia et s’y précipita.
Au bout de l’impasse, un tas de ferraille l’attendait. Sous le tas de ferraille, elle découvrit une trappe. Elle l’ouvrit et s’y faufila. Sur un toit, plus haut, inspectant les altitudes de la ville, Londe et Rune, l’avaient repérée.
Londe : En voilà une qui ne pourra pas nier qu’il y a des passages secrets dans cette ville !
Rune : Suivons-la, sœurette… Elle sait peut-être où se cache Fouillordhur !
Elles firent un bond prodigieux pour rejoindre le sol et s’engouffrèrent à leur tour sous la trappe mystérieuse.
Jeanne avait atterri dans un dédale de couloirs lugubres et humides qui devaient ressembler à des catacombes. Aucune lueur ne permettait de trancher la question. Seule la rumeur d’une conversation put orienter ses pas. « Aaah Dophylis, enfin te voilà ! On ne t’attendait plus ! » entendit-elle au loin. Dophylis ? Etait-ce le nom de son dernier client ? Jeanne éprouva soudain le sentiment curieux que marcher dans le noir le plus complet… C’était comme si ! Il n’y avait rien de plus naturel. Une simple habitude. Bizarre.
Les jumelles, avec leurs yeux de chat, la suivaient doucement, en se tenant fermement la main. Le nom qui avait été prononcé au loin les avait fait trembler de peur et de rage. Dophylis, le prêtre du temple de Myosotis, le mangeur de vierges, l’increvable pourriture, celui qui devait encore une jambe à Londe… Comment l’oublier ?
La rumeur de la conversation devint de plus en plus forte. Un halo de lumière apparut finalement au fond d’un couloir, au détour d’un virage. Jeanne y courut, trop impatiente d’en savoir davantage, insouciante quant au danger.
Sur la pointe des pieds, toujours enrobée dans son long drap tout blanc, elle tendit l’oreille, cachée derrière un coin de mur, pour observer la scène.
Dans une vaste pièce entièrement faite de marbre, où n’errait pas un meuble, une soixantaine de prêtres étaient réunis autour d’une famille de bons citoyens dont la dentition ne mentait pas : c’étaient des Sans-Royaumes. Ceux-là mêmes que le bon roi Padgram avait imposés à Barzabute, il y a un an de cela, après la reconquête de son trône.
Le prêtre Dophylis les regarda tous les quatre, père, mère, fille, et fils, recroquevillés sur eux-mêmes comme des chatons échaudés, le visage décomposé par la peur.
Dophylis : Vous me faites pitié…
Le père : S’il vous plaît ! Epargnez ma famille ! On ne vous a rien fait !
Dophylis : Je proteste, humble pourceau. Tu m’as fait que tu es né et t’es reproduit. Myosotis l’autorise-t-il ? Non.
Le père : Qu’est-ce que vous allez nous faire !? Qu’est-ce que vous allez nous faire !?
Dophylis : Te réserver le sort digne de tes semblables.
Jeanne se mordit la lèvre, épouvantée.
Les prêtres élevèrent leurs cannes de pèlerins et sans une once d’hésitation les abattirent avec fracas sur le crâne de leurs victimes. Ils s’y reprirent à plusieurs fois, tapant tous en même temps, sans retenir leur force. En ricanant, presque, dans leur barbe. Ils murmuraient…
« A mort, les hérétiques ! A mort, les hérétiques ! A mort, les hérétiques ! »
Les malheureuses victimes essayaient de ramper, ensanglantées, pour échapper aux coups, mais les prêtres ne faiblissaient pas, et continuaient de taper là où ça fait mal.
Le père, visage fendu, essayait de protéger son fils mais l’enfant était déjà livide, piétiné. L’homme hurlait, une médaille en forme de soleil à la main : « Saïan Toute-Puissante ! Viens nous en aide ! Je t’en prie ! Viens nous en aide ! »
Cette supplication ne fit qu’irriter davantage les prêtres. Après avoir ôté la vie à la fille, au fils, et à la mère, ils achevèrent le père.
En s’avançant pour mieux voir, Rune et Londe s’étaient retenues de crier. Jeanne les avait remarquées, à côté d’elle, et s’était reculée pour qu’elles ne l’aperçoivent pas. Epouvantées par les cris de la famille, les jumelles avaient oublié qui elles poursuivaient, occultant jusqu’à la présence de Jeanne.
Celle-ci se terra dans l’ombre, en guettant les mouvements des jumelles. Son cœur battait comme un petit lièvre au milieu d’un labyrinthe.
Dans leur coin, Rune et Londe fixaient Dophylis, le visage recouvert du sang de ses victimes. Elles se tenaient la main fermement, comme pour faire un serment, luttant pour ne pas se jeter dans la mêlée ; ils étaient trop nombreux, les attaquer ? Folie. Rune murmura à sa sœur.
Rune : Tâchons de comprendre…
Dophylis prit la parole. Jeanne se rapprocha pour écouter.
Dophylis : Mes frères, les usurpateurs sont dans la ville. La mort de ces vermines, à nos pieds comme il sied, n’est qu’un commencement. Nous devons supprimer de Barzabute tous les Sans-Royaumes, adorateurs païens de cette Saïan Toute-Puissante…
Dans leur coin, Londe et Rune restaient abasourdies.
Londe : Saïan Toute-Puissante… !? Mais de quoi il parle !?
Le prêtre poursuivit son discours.
Dophylis : Nous ne pourrons jamais remettre les choses à leur place si le Roi des Usurpateurs, l’abominable Padgram, conserve en sa demeure ce nabot ridicule qui servait Conspiru. Tant que Broalcoeur de Méchanie, le créateur d’harmonie, sera en vie, cette pseudo-joie de vivre générale continuera de perdurer. Le pouvoir bienfaiteur de cet alchimiste est une malédiction que la Mort seule peut conjurer. Trouvons-le et tuons-le ! Gloire à Myosotis, dont nous sommes les serviteurs !
Tous : Gloire à Myosotis !! Mort à Broalcoeur de Méchanie !!
L’heure était grave. Rune et Londe venaient de surprendre un complot de la plus haute importance et ô combien plus sérieux que l’affaire Fouillordhur. Il fallait prévenir Padgram au plus vite ! Elles détalèrent, oubliant complètement Jeanne, restée figée, pour rejoindre au plus vite les Ruelles de la Luxure.
Quelle ne fut pas leur surprise, néanmoins, lorsqu’au détour d’une impasse, revenues à la surface, une ombre s’interposa devant elles.
« Alors, amours ? On m’évite ? »
Dophylis retira sa capuche et leur jeta un regard d’hyène qui se fixa plus particulièrement, cruelle douceur, sur les yeux de Londe.
à vous la suite!
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Laikri_Venn
- Posté le
1er septembre 2009 à 16:09:21

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La jolie blonde hurla de rage en extirpant une longue dague de son fourreau, prête à se jeter sur lui. Sa sœur l’en empêcha. Derrière leur ennemi, soixante autres ombres surgirent, comme des voiles de ténèbres se détachant des murs. L’impasse était étroite.
Rune serra la main de Londe qui, elle, serrait les dents.
Rune -- Fuyons, ma sœur !
Elles tournèrent les talons comme des furies et s’élancèrent à perdre haleine à travers le dédale du quartier de Tralalazabute. Les prêtres, tels des gnous en troupeau, brandirent leurs cannes et leur coururent après.
Dophylis -- Rattrapez-les !! Il me les faut mortes ou vivantes !! J’ai faim !!
Ils étaient nombreux, rapides, discrets. Londe et Rune avaient beau connaître les rues, pas d’issue en vue. Une autre impasse les arrêta. Dans une nuit privée de lune, difficile de se repérer. Elles virent alors, en se retournant, les prêtres avec leurs cannes brandies, se rapprocher d’elles comme d’épouvantables zombies.
Londe -- Bon sang… Ca n’était qu’une enquête de routine à la base !
Rune -- Il faut qu’on trouve un moyen de s’en sortir !
Londe -- Arrête de parler, et agis !!
Mais ils étaient là, ils ricanaient, et leurs mains crochues s’approchaient comme des couleuvres.
Rune -- Il va falloir se battre…
Londe -- C’est du suicide !
Rune -- Tant pis !
Londe -- J’allais le dire !
Elles extirpèrent toutes deux leurs épées et dans un superbe élan se jetèrent dans le tas. Leurs lames entremêlées purent couper quelques cuisses et leur ouvrir un passage au milieu des cris et des gerbes de sang.
Rune -- Allez, vite, on se dépêche !
Mais ils étaient encore nombreux ; il fallut lutter pour couper la main d’un prêtre, accrochée au pied de Londe.
Quelques rues plus loin, ils étaient toujours derrière eux.
Londe -- Mais ils se reproduisent ou quoi !?
Bien sûr, maquereaux, clients, et ribaudes n’entendaient rien : il y avait peut-être des gens en danger dans les parages, et il était fort possible que du sang soit répandu ce soir, mais, bon… tant que ce n’était pas le leur…
Alors qu’une autre impasse s’apprêtait à les mettre en délicatesse, une porte s’ouvrit soudain à la volée. Des mains se précipitèrent sur les deux jeunes pirates en sueur et les ramenèrent à toute vitesse à l’intérieur. La porte se referma et se fondit dans le mur. Mécanisme secret : un passage introuvable.
Dehors, les prêtres se regardèrent, reniflèrent, se fouillèrent mutuellement, et se mirent à grogner. Bredouilles. Leurs proies avaient disparu. Londe et Rune plaquèrent leurs oreilles, cœur battant, contre les murs.
Dophylis parlait.
Dophylis -- Elles vont nous dénoncer… Partons vite capturer l’alchimiste !
à vous la suite!
- Laikri_Venn -
(c'est vrai que ça s'harmonise bien, nico)
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Blina
- Posté le
2 septembre 2009 à 16:10:19

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Les deux jumelles se retournèrent et reconnurent Giorjak le Forgeron, dont elles venaient de trouver la forge.
LONDE> Giorjak ! Comme je suis contente de te voir ! Les affaires marchent bien !?
GIORJAK> Pas trop… Les gens me trouvent trop laid.
RUNE> Laisse-leur le temps de s’habituer…
GIORJAK> Au bout d’un an, y a prescription ! Si vous étiez là…
LONDE> Oui mais non.
GIORJAK> C’étaient qui, ces clowns ?
RUNE> Pas des gentils. Viens avec nous, il faut qu’on se rende au château au plus vite.
GIORJAK> Venez plutôt avec moi. Sortir n’est pas sûr. Ma forge mène à la bibliothèque du château. Par là, nous irons plus vite !
Londe et Rune hochèrent la tête et accompagnèrent le Subsaldrante, ventre à terre.
Elles n’aperçurent pas, derrière elles, la jeune et jolie fille, vêtue d’un grand drap blanc, qui les avait suivies en toute discrétion. Elle s’élança à leur poursuite.
Au château, pendant ce temps-là, dans la grande bibliothèque, Belgamore Parichel, très vieux mais très savant, s’épanchait tendrement sur un gros poussiéreux – un livre, évidemment.
BELGAMORE> Décidément, je ne comprends pas…
Il ne fit pas attention aux trois énergumènes qui surgirent tout à coup devant lui, couverts de suie. Il s’adressa à eux en restant le nez collé à son manuscrit.
BELGAMORE> Que puis-je pour vous, petites damoiselles ?
LONDE> Belga, il faut prévenir Padgram, un complot se trame contre lui !
BELGAMORE> Comme tous les mois, n’en faisons pas un drame.
RUNE> Sauf que là, ça a l’air sérieux !
BELGAMORE> Comme tous les mois…
LONDE> Padgram est-il là ?
BELGAMORE> Où voulez-vous qu’il soit ? Allez lui raconter, si ça vous chante.
RUNE> Non, nous n’avons pas le temps. Il faut surveiller la cellule de Broalcoeur.
BELGAMORE> Glloq s’en charge nuit et jour, ne vous inquiétez pas.
LONDE> Allons-y, Rune !
Les jumelles coururent rejoindre les oubliettes. Giorjak salua Belgamore, qui ne lui répondit pas, et revint à sa forge. Du côté des oubliettes, devant les barreaux, Glloq était assommée, et les barreaux avaient été entrouverts. Broalcoeur n’était plus là.
RUNE> Bon sang ! Comment ont-ils fait !?
LONDE> Ils n’ont pas pu agir aussi vite ! Ce ne sont pas ceux de toute à l’heure qui ont enlevé l’alchimiste ! Ils ont des complices dans le château, c’est forcé !
RUNE> C’est une catastrophe. Londe, réveille Glloq. Je cours prévenir Pad.
Pendant ce temps, Jeanne s’était doucement introduite dans la grande bibliothèque du château et s’était rapprochée comme un spectre du vieillard à lunettes penché sur son gros livre.
Celui-ci fit un bond en l’apercevant.
JEANNE> Oh pardon ! Je ne voulais pas vous effrayer !
BELGAMORE> Ca par exemple ! Mais qui êtes-vous ? Et que fabriquez-vous ici ?
JEANNE> Je m’appelle Jeanne. J’ai vu de la lumière et…
BELGAMORE> Qu’est-ce que c’est que cet accoutrement ?
JEANNE> On a bien le droit de s’habiller comme on veut, non ?
BELGAMORE> Vous avez tout à fait raison. Mais hé, aimez-vous les livres ?
JEANNE> Je n’en ai jamais lus.
BELGAMORE> Sacrilège. Venez vous asseoir.
Elle fit le tour de la table et rejoignit le bienveillant érudit.
BELGAMORE> Savez-vous lire ?
JEANNE> Peut-être.
BELGAMORE> Lisez ceci, pour voir.
Jeanne se confrontait à la première page d’un gigantesque ouvrage, qui devait valoir son pesant d’or.
JEANNE> « C’est… l’his…toire… d’un gars… Il s’appelle… Padgram… »
BELGAMORE> Continuez, c’est très bien.
JEANNE> « Padgram n’est pas un gars comme les autres. C’est un fils princier. Son problème ? Eh bien, le même que tous les autres : l´amour ! Padgram est amoureux et sa bien-aimée ne l´aime pas. C´est triste ? Je ne crois pas. L´histoire vous l´expliquera mieux que moi. »
BELGAMORE> Ca vous plaît comme introduction ?
JEANNE> C’est bizarre. C’est vous qui l’avez écrit ?
BELGAMORE> Parfaitement, et je continue de le faire, à l’instant même. Je suis le biographe officiel de Sa Majesté. A l’heure qu’il est, cependant, un seul problème me tarabuste.
JEANNE> Lequel ?
BELGAMORE> Il me manque des faits. Il y a des pages blanches. Je ne sais pas comment les noircir. Je ne supporte pas les trous de mémoire.
JEANNE> Vous voulez dire, des trous d’histoire ?
BELGAMORE> Oui, vous m’avez compris. Il y a des trous dans cette histoire. C’est un mystère.
JEANNE> Interrogez le Roi.
BELGAMORE> Il ne sait rien. Pour lui, il n’y a pas de trous. Tout s’est déroulé comme il me l’a décrit. A l’origine de son épopée, Bougrasse l’Enragé lui transmet sa mission, sa quête, sa destinée : réunir une armée pour reprendre ses droits à Barzabute. Il part, il arrive sur la Plaine des Mille et Un Rires, là, son cousin Gaulois meurt, là, il y a un trou, quelque chose se passe, ou quelqu’un, impossible de savoir, nul ne sait ce qui s’y passe. C’est alors qu’il rencontre Londe et Rune, et poursuit sa route avec elles. A Fërucora, il prend un bateau pour les Zalzaries, dans l’espoir de s’allier avec le sultan Gerabrossa. Mais cette histoire me semble abracadabrante : comment Padgram a-t-il pu envisager une seule fois l’idée que Gerabrossa puisse devenir son allié ? Il devait y avoir une autre raison, une raison vitale pour prendre ce bateau. Aller sauver quelqu’un par exemple, je ne sais pas. C’est un mystère.
JEANNE> Si vous le dites…
BELGAMORE> Ce n’est pas tout ! Sa Majesté m’a confié avoir souffert de la perte d’un enfant.
JEANNE> Vraiment ?
BELGAMORE> Oui ! Or, il ne se souvient pas de la mère et suppose que c’est Lysette ! Mais comment Lysette aurait-il pu s’unir à lui avant leurs épousailles ? Ils ne s’étaient même pas retrouvés.
JEANNE> Vous croyez que le Roi a aimé une autre femme avant d’épouser Lysette ?
BELGAMORE> Probablement. Mais pourquoi l’aurait-il occultée de sa mémoire ? C’est un mystère.
Padgram surgit soudainement dans la bibliothèque, suivi de Rune.
PADGRAM> Belgamore ! Vite ! J’ai besoin de tes lumières !
Belgamore s’excusa de son incorrection auprès de Jeanne et se leva élégamment pour rejoindre le Roi.
BELGAMORE> Qu’il y a-t-il, mon Roi ?
PADGRAM> L’image royale est désastreuse. Broalcoeur vient d’être enlevé par des comploteurs, et la Reine passe pour une débauchée. Quant à nos anatomies, toute la cité les connaît désormais par cœur à cause des gravures de Fouillordhur !
BELGAMORE> Tout ceci n’a rien d’effrayant, Votre Majesté.
PADGRAM> Quoi !? L’alchimiste dont le pouvoir est de placer l’harmonie là où règne le chaos vient de disparaître ! Je passe pour un forniqueur en baignade ! Et ça n’a rien d’effrayant ?
BELGAMORE> Votre Altesse, sauf erreur, qui doit veiller à faire régner l’harmonie en son royaume ? Un vulgaire nabot avec des pouvoirs magiques à la petite semaine ?
PADGRAM> Non… C’est moi.
BELGAMORE> Et enfin, que vous importe la diffusion de ces images intimes ? Vous êtes le Roi, vous êtes condamné à être critiqué et caricaturé. Avant même les clichés de ce Fouillordhur, je connais bien des théâtres de chiffons qui, pour amuser le peuple, se sont mis à parodier la vie sexuelle de Sa Majesté. Vous êtes si gros, il est normal que les gens en rient. Votre ventre assure votre succès. Plus on en parle, plus vous existez. Croyez-moi, c’est là le principal.
PADGRAM> Tu veux dire que ma bedaine est là pour les divertir et c’est tant mieux ?
BELGAMORE> Exactement.
PADGRAM> Bon, ça n’empêche pas qu’il faut retrouver Broalcoeur. Allié à de mauvais esprits, l’alchimiste pourrait aussi se retourner contre nous.
RUNE> Padgram, foi de Rune ! Dans leur réunion, les prêtres parlaient carrément de le tuer. Ils veulent que la cité perde sa joie de vivre et se débarrasser de tous les Sans-Royaumes.
BELGAMORE> Pour tous ces bienheureux autrefois sans foyer qui ont rejoint le beau royaume de Barzabute, je prédis malheureusement un destin douloureux.
PADGRAM> Comment ça, Belgamore ? Depuis un an qu’ils sont là, le peuple a très bien intégré les Sans-Royaumes ! Nous avons même célébré les premiers mariages métis, il y a trois mois de cela !
BELGAMORE> L’entente cordiale aura duré le temps de la reconstruction, vous le verrez. Solidaires en bâtisseurs, le seront-ils encore lorsqu’il s’agira de vivre une fois pour toutes ensemble ?
PADGRAM> J’ai foi en eux.
BELGAMORE> Inquiétez-vous des mœurs et des comportements du peuple, plutôt que des complots isolés. Quant à Broalcoeur, il sera facile de le retrouver.
RUNE> Explique-toi, vieil homme.
BELGAMORE> Je lui ai donné, à sa demande, un encrier de Forêveur…
RUNE> L’encrier éternel ? Celui qu’on ne trouve qu’en Yupuzgo ?
BELGAMORE> Oui, pour écrire ses propres mémoires à l’encre indélébile. Dès qu’on touche à cette encre, elle s’accroche à ton corps et en retient la vie autant que la pensée. Ainsi, plus aisément filent les mots sur le papier. Chacun de tes déplacements est enregistré par l’encre et se retranscrit dans le livre de tes mémoires.
RUNE> Donc, si on trouve les Mémoires de Broalcoeur, l’encre nous dira où il est, c’est ça ?
BELGAMORE> Vous pensez plus vite que moi, jeune Rune.
PADGRAM> Bon, Rune, ce sera tout ?
RUNE> Non, il y a autre chose. Dophylis a mentionné le culte d’une déesse dont le nom vous étonnera…
BELGAMORE> Saïan Toute-Puissante ?
PADGRAM> Quoi !?
RUNE> Ca alors, Belgamore ! Tu m’impressionnes ! En as-tu entendu parler ?
BELGAMORE> Je vous en dirai plus, mais une seule priorité à la fois, voulez-vous ? Courez trouver les Mémoires de Broalcoeur.
L’agente secrète se hâta de retourner aux oubliettes, sans prêter attention à la présence de Jeanne, décidément résolue à l’oublier. Pendant ce temps, celle-ci s’était aventurée au cœur des rayonnages.
à vous la suite, les golden loulous!
-Blinoushka-
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Un_poil_sur_leQ
- Posté le
2 septembre 2009 à 16:13:07

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Jeanne : Tiens ! Qu’est-ce que c’est que ce livre-là ?
Padgram sursauta en entendant la voix de la jeune fille.
Padgram : Ca par exemple, je ne vous avais pas vue ! Vous êtes ?
Jeanne : Jeanne, Votre Majesté. Simple visiteuse.
Padgram : Ah fort bien, fort bien. Quelle trouvaille avez-vous faite ?
Jeanne : « Les Mémoires du Trublion », ça vous dit quelque chose ?
Belgamore se précipita auprès d’elle.
Belgamore : Par la barbe du Nougat ! Ce sont les mémoires de Conspiru le Trublion !
Padgram : Sans blague…
Belgamore : Si ! C’est le titre ! Suis-je sot !? En un an d’exploration, je ne l’avais jamais aperçu !
Padgram : Et qu’est-ce que ça raconte d’inintéressant ?
Belgamore : Nous allons le savoir sur-le-champ… Faites-nous donc la lecture, petite Jeanne !
Jeanne : « Mémoires de Conspiru le Trublion, le plus vertueux des vertueux et ce, sur tous les fronts.
Toute ma vie, j’ai refusé les compromis. J’ai bien connu des tentations mais hé, qui n’en connaît pas ? Je suis né à Trublionie, dans le comté de Félonie. J’étais le dernier enfant d’une fratrie de douze, parmi lesquels se comptaient cinq garçons – six avec moi – et six filles, toutes plus laides les unes que les autres.
Ma mère était rousse comme l’Enfer et, contrairement aux sœurs, qui avaient emprunté à mon père sa trop grosse bouche charnue et son nez de cochon, belle, oui, elle était belle ; féérique, même. Elle ne m’aimait guère, hélas. A ma naissance, elle inaugura mes séances d’éducation en me fouettant avec mon propre cordon ombilical : pour me punir d’avoir été trop long à sortir. J’ai gardé le cordon avec moi, comme une médaille, pour me souvenir de ce jour où la Vertu était apparue.
Oui, ma mère était bien la Vertu en personne. Elle avait beau me détester, je l’adorais quand même. Plus elle me punissait de façon violente, plus je m’imprégnais du courage formidable dont il faut faire preuve pour vivre avec et pour la Vertu. Mon père m’aimait beaucoup, mais, lui, en revanche, je le méprisais car il était fort laid et très puant aussi. Quand il voulait m’embrasser, je sentais ses pustules se coller à mon menton, je n’avais qu’une envie : les faire toutes éclater. Grands dieux ! Je n’avais que deux ans alors… »
Padgram : Je crois que ça ira pour le moment, Mademoiselle Jeanne. Ce bougre-là ne pourra plus jamais écrire d’horreurs, fussent-elles celles de sa vie.
Belgamore : Son style est très mauvais mais, tout de même, quel caractère !
Jeanne : Il avait l’air drôle.
Padgram : En un sens, oui.
Au même moment, un jour plus tard, mais seulement quelques heures avant, un jeune homme malheureux courait dans les rues de Barzabute, à la poursuite d’une fille jolie comme un cœur.
Le jeune homme : « Reviens ! Reviens, Astiklapine ! Je peux changer ! Je te le jure ! »
Mais Astiklapine ne se retournait pas et courait, en larmes. Le jeune homme était bien connu de Padgram : c’était son cousin, Padbol.
Padbol : Ma mie ! Mon amour ! Mon pain ! Mon boute-en-train ! Ma chevrette ! Ma choupette ! Ma chouquette ! Ma levrette ! Reviens, je t’en suce les pluies !
Une vieille se permit de lui faire un croche-patte ; il s’étala de tout son long sur une flaque de purin et se releva, en grognant.
La vieille : Sucer les pluies, c’est pas possible. C’est « je t’en supplie » qu’on dit, « jeeee t’eeeen suuuuupplie ».
Padbol : Foutre saint gris ! Je m’étais pourtant entraîné à le gémir ! Et maintenant, gracias, maudite vielle bique ! Astiklapine s’est échappée !
La vieille : Pas d’bol…
Padbol : Oui ?
La vieille : Quoi ?
Padbol : Bah, vous venez de m’appeler !
La vieille : Qui ? Moi ? Ah non. En revanche, je connais un homme qui peut t’aider dans tes problèmes de couple.
Padbol : Qui ! Qui est-il ?
La vieille : Avant de répondre à ta question, dis-moi, mon garçon : quel est ton problème de couple ?
Padbol : Je pue de la gueule.
La vieille : Ca, c’est embêtant. Viens avec moi, Chaux pourra t’aider !
Padbol : C’est qui ça, Chaux ?
La vieille : Pas Sacho ! Chaux !
Padbol : Comme chaud chaud chaud le caca ?
La vieille : Oh ! Oh ! Oh ! Ca va ! Reste poli, petit ! Tu as compris ! Allons-y. Il t’attend déjà.
Padbol : Mais je ne le connais pas !
La vieille : AH !
Padbol : Mais !?
La vieille : C’est par ici, gni, ouh la la, que j’ai mal…
Padbol : Calculs rénaux ?
La vieille : Non, lumbago. Let’s go.
Elle le mena à travers les ruelles jusqu’à une impasse menant à un passage secret dans lequel un escalier en colimaçon permettait de rejoindre les plus hauts toits de la joyeuse cité. Là, sur un transat médiéval, Chaux de Pagrin attendait Padbol, Padbol de Déveinie, le plus malchanceux de tous les cousins de Padgram.
Chaux : Bonjour, Padbol.
Padbol : Bonjour, Chaux.
Chaux : Quel bon vent t’amène ?
Padbol : Mon haleine.
Chaux : Un vent mauvais, alors.
Padbol : Astiklapine m’en a mis des centaines.
Chaux : L’aimes-tu vraiment ?
Padbol : En tout cas, elle est belle.
Chaux : Bien foutue, sans aucun doute.
Padbol : C’est une manière de voir les choses.
Chaux : Non, c’est la seule. Ecoute-moi bien, Padbol, ne reste pas debout, et prends donc un transat avec moi, que nous prenions un peu le soleil tous les deux.
Padbol : Tu es gay ?
Chaux : Très joyeux, toujours, mais j’aime les femmes. Je les connais si bien que je pourrais en faire une thèse.
Padbol : Voyez-vous ça !
Chaux : Chacune de mes conquêtes est un nouveau chapitre du livre de mon cœur. J’aime, je désire, vois-tu, en permanence, c’est ma malédiction, c’est ainsi que nous sommes, nous autres, à Pagrin.
Padbol : Comment peux-tu m’aider ?
Chaux : Connais-tu le Breuvage de la Charmenthe ?
Padbol : Non !
Chaux : C’est une potion de charme : plus tu en bois, plus tu te menthes. Et c’est divin ! Il est vrai, mon ami, que la menthe demeure la meilleure façon de plaire aux charmantes.
Padbol : Mais la menthe fait mentir, à ce qu’on m’a dit ! C’est une dangereuse plante !
Chaux : On le dit, on le dit, et l’on a bien raison. Mais à plantes exigeantes, plantes conséquentes ! Car les femmes sont des loups et nous sommes des brebis ! Si la menthe rend charmant c’est parce qu’elle fait mentir et quand tu mens, tu sais, toujours tu es gagnant.
Padbol : Charmant ? En mentant !? Mais comment !?
Chaux : A haleine fraîche et beau minois, les mignonnes, toujours, resteront en émoi. Si bien que tu peux dire toutes les bêtises du monde : elles te croiront toujours, pourvu que tu sois beau et sentes bon de la bouche.
Padbol : Oh, c’est cynique !
Chaux : Oh, le pudique !
Padbol : Si bien que ?
Chaux : Il te faut réunir les ingrédients nécessaires au Breuvage de la Charmenthe, reviens ensuite me voir, je t’en confectionnerai. Et tu pourras alors rendre amantes toutes les chiantes qui se refusent à toi.
Padbol : Voilà qui me remplit le cœur d’allégresse et de vin ! Tu es un prince, mon ami Chaux ! A plus tard, amigo !
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Carnavale
- Posté le
2 septembre 2009 à 16:14:39

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Padbol rejoignit la place publique ; contre l’avis du Roi, qui l’ignorait encore, on pendait un mendiant accusé d’être lui-même.
Mendiant : « C’est une tragique erreur ! Messires ! Damoiselles ! Nobles seigneurs ! Je vous en supplie ! Par toutes les briques de vos palais ! Par toutes les feux de vos diadèmes ! Par toutes les cuisses de vos pintades ! De vos poulettes et vos grillades ! Laissez-moi donc sortir d’ici ! Je ne sais plus trop qui je suis ! »
La foule éclata de rire et hâta le bourreau de faire son office. La corde n’était pas bien nouée. Pour patienter, on mitrailla le pauvre bougre du déjeuner classique : tomates, courgettes, et gros œufs pourris, le tout agrémenté – c’était une grande première – d’un peu de salsifis et de lapin farci. Le mendiant, affamé, en profita alors pour manger sa ration, ce qu’il gobait au vol ; on n’a pas toujours droit au dernier des repas du condamné à mort.
La corde fut nouée, le mendiant supplia, la foule hurla plus fort, Padgram, du haut de son balcon, voulut intervenir, mais il était trop tard, le pauvre était pendu.
La foule applaudit et voulut s’en aller. Mais un ouragan s’échappa aussitôt du corps de la victime. Son ventre devint gros, ses mains poilues, son menton large, sa tête plus chauve, son œil plus terne. La foule hurla, mais de terreur cette fois. A la place du pendu, se balançait tout doucement, le cou serré, le front livide… Broalcoeur de Méchanie, le prodigieux alchimiste.
Padgram, rejoint aussitôt par Rune et Londe, qui n’avaient pas trouvé les Mémoires de Broalcoeur, en resta bouche bée. Le créateur d’harmonie, celui qui rendait la ville si gaie, si joyeuse, si unie… Venait de mourir, sous leurs yeux. Et ce sont eux, les gens de Barzabute, qui l’avaient mis à mort.
Rune : Quel est ce maléfice !
Padgram : On lui a fait boire une potion de transformation ! On l’a transformé en mendiant pour mettre en scène son exécution publique ! Allons vite trouver le bourreau !
Londe : Il se sera sans doute déjà enfui !
Non, pas encore. Au contraire, hurlant de rire – ça hurle beaucoup dans cette histoire – il vient d’extirper une hache cachée sous l’estrade du pendu, et maintenant, il coupe la corde. Le corps retombe lourdement sur le sol. La foule est tétanisée et n’ose plus bouger. Le bourreau, toujours sûr de lui, saute alors de l’escalier de la potence, brandit son arme vertigineuse et, devant les yeux effarés de l’assistance… l’abat sur le ventre de Broalcoeur, qui s’ouvre en deux !!
C’est alors qu’une fumée noire, broussailleuse, épaisse comme un taureau, hors des entrailles entrouvertes du malheureux alchimiste, naquit dans le ciel et se propagea dans toute la cité de Barzabute comme un vertigineux brouillard. Pendant dix bonnes minutes, partout dans les rues, ça hurla – rebelote –, ça cria, ça voulut s’agripper, et, noir total oblige, ça voulut s’accrocher, se calmer, se peloter, se bécoter, s’abuser, se sauver, se terrer, se violer, se tuer, s’essuyer, pleurnicher, et hurler, toujours, toujours, hurler : ô glorieuse débandade.
Quand la lumière revint, tout le monde cligna des yeux : la fumée s’était dissipée. Le bourreau regarda tous les habitants de Barzabute avec un dédain maléfique. Il ôta sa capuche : c’était Dophylis.
Dophylis : « Regardez-vous ! Sinistres Barzabutiens ! Regardez le visage de votre barbarie ! Trouvez-en le responsable ! L’alchimiste parti : c’est la fin de l’harmonie ! C’est le début du châtiment pour vous ! »
Mais de quoi parlait-il, ce triste cornichon ?
Les habitants de Barzabute ne manquèrent pas de le comprendre vite. Chacun regarda ses mains, ses ongles, et toucha ses cheveux, son nez, sa bouche, avant de jeter un coup d’œil aux autres. Horreur et barbituriques ! Gravité de l’impossible !
Tout le monde avait pris le visage de quelqu’un d’autre ! Monsieur était devenu Madame ! Jeannot avait pris l’apparence de Roberto, et Roberto l’apparence de Jeannot. Pas un n’avait été épargné – à part nos héros, parce que quelque chose les protège : moi – et se mettait maintenant à hurler de plus belle : tous venaient d’échanger leur identité avec leur pire ennemi. Dans un accès de fureur, ils se mirent à pointer du doigt Dophylis, prêts à le lyncher comme un sorcier. Le prêtre les méprisa.
Dophylis : « Ô pécheurs infernaux ! Vous venez d’ôter la vie à autrui, le garant féérique de la belle harmonie, en étiez tous réjouis, et maintenant, réclamez encore du sang ! Ô mes aïeux ! Mon sang ! Peuple pouilleux ! Si tu veux retrouver ton visage d’antan, chasse donc les misérables que ton gros Roi appelle les « Nobles Sans-Royaumes » ! Prends-t-en à leur sale culte, le culte de Saïan, Saïan la Toute-Puissante ! Car leurs païenneries et leur obscure magie t’ont fait perdre le sens de la vie authentique ! Adieu ! »
Sur ces mots, véritable maître des mots et de l’illusion, il disparut dans un halo de fumée. Une trappe l’attendait, a priori, mais tout le monde n’y vit que du feu. Padgram, Londe, et Rune s’étaient cachés à temps pour ne pas tomber sur la populace. L’heure était très grave. Retour à la bibliothèque.
à vous la suite!
-Chapterving-
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Everlasting
- Posté le
9 octobre 2009 à 01:51:35

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___Bibliothèque royale___
Jeanne : « Il y a des matins où comme… d.. deux gouttes d’eau, le ciel ressemble à une large route. Il y a des dragons qui quand ils fu-rent faits, l’étaient pour être possédés et conservés… Et il y a des machines lâchées de très haut… avec amour. Et des ventres qui souffrent de tant de bourdons, q.. qui piquent si terriblement… …»
Belgamore : Ahh, ta voix est du timbre des diseuses de contes, petite Jeanne : comme un flot, et empreint de dureté. Que pense tu de ce passa… ?
Padgram : RAAAAAAAH. Mon peuple ! Le chantage ! Jamais !
Londe : Dophylis, Dophylis, Dophylis, ce nom est une maladie… BELGAMORE !! Vérifie donc s’il n’est pas mentionné dans les affections purulentes, du genre hémorroïdes? En es tu sûr ?? Impossible. Eh bien, il est MORT ! Non. Je te le jure, une guerre religieuse qu’il veut ! Oui, les Sans-Royaumes ! MORT à lui !
Belgamore : Suffit, vous effrayez la jeune Jeanne ! L’affaire apparait certes houleuse. Mon bon Padgram, venez ici mon ami. Que doit faire le roi lorsque c’est le chaos qui règne ?
Padgram : Envoyer l’armée ?
Belgamore : Oui, enfin non. Pas ici.
Rune : Belgamore, saurais tu comment délier la transformation qui affecte ces gens ? Et pourquoi sommes-nous tous immunisés ? Même elle, d’ailleurs (elle jeta un regard à Jeanne).
Belgamore : Hmm. Il est vrai que… un petit ange a veillé sur nous pour le coup. Ce prêtre veut faire vaciller la foi du peuple, l’aliéner… il faudrait profiter de ce petit ange pour la lui redonner. Après tout, nous étions les plus proches de Saïan. Et les Sans-Royaumes, qui l’adorent, n’ont pas été touchés par le maléfice. Nous pourrions jouer au jeu du prêtre, et prêcher. Prouver que Saïan est réellement… toute puissante.
Padgram : Je suis roi moi, pas prophète !
Rune : Non, c’est pas bête comme idée. On pourrait aussi multiplier les religions concurrentes, et diviser la populace en un micmac de spiritualités farfelues, histoire de déporter l’attention des Sans-Royaumes. En période de crise, on croit facilement à n’importe quoi…
Londe : On pourrait déjà demander de l’aide. Je sais pas vous mais moi je connais deux guérisseurs terribles…
Jeanne : Eh, y’a une émeute là.
Les battants de la grande porte furent bientôt pris d’assaut, et la bibliothèque résonna comme l’intérieur d’un tam-tam. Les gonds allaient sauter plus rapidement qu’il n’est classiquement convenu dans ce genre de scène.
Padgram : Les enfants, on se sépare. Je vais chercher Lysette. Rune et Londe, à droite. Belgamore et Jeanne, à gauche. Rejoignez tous vos appartements du donjon, ils n’arriveront pas à s’y forcer une entrée avant plusieurs jours. Demain, tout le monde s’échappe incognito et infiltre la cité.
Belgamore : Que chacun sème la pagaille, manipule, détourne. Soyez habiles rhéteurs, inversez toutes les logiques, prouvez l’improuvable. Envoyez tout le monde en pèlerinage au Trudur s’il le faut. Mais il n’y aura pas de massacre des Sans-Royaumes !
Les gonds craquèrent, la foule se déversa, les héros se faufilèrent entre les gigantesques rayons et s’évanouirent en un clin d’œil. Le château de Barzabute, c’est gros, blindé, et il faut le connaître quand on l’attaque. Comme Padgram.
____Plus tard dans la nuit, lorsque même les émeutes s’endorment____
Des pas de course au devant de la porte. Et puis derrière la porte ; Londe à sa suite. Empêchant le hall sombre de happer son parfum, se laissant tout juste guider de ses mains de grès. Rune, du nord, c’est elle qui se précipite et s’engouffre, défonce l’air suave de la nuit. Les feux follets sont rentrés au bercail, courant. Au passage, lancent leur cape au majordome aux bras de bois raide ; et Rune continue, attend de sentir les hauts poils du tapis frotter ses chevilles pour que toutes deux s’affalent ensemble. Recroquevillées, un peu.
Aucun bruit et, comme elles attendent, de même le silence nocturne patiente, aussi. Rune finit par se hisser sur ses jambes, tâtonne, colle sa main sur une chandelle, et d’un mouvement des doigts, l’allume. De l’autre côté, Londe s’est mise à gigoter et fait de même pour les autres bougies. Le tapis se pique d’or, crépite, retient un instant la lumière, puis s’affaire, coule dans l’espace, chasse des fantômes dans toutes les pièces, serpente entre les pièces, va se répandre dans ses endroits préférés : la surface massive et écorchée d’une table de bois noir, l’intime lustre d’une très haute étagère, les coussins tissés de rouge royal, les sous-vêtements plus clairs que la nuit qui sèchent à la fenêtre, les filins de la grande harpe. Rune contourne l’instrument, expire, va s’étendre sur son lit sculpté, drapée, fourbue. Il est tard. Un bain tiède était prêt pour elle.
Sa tête dans ses mains, reposée sur la table, Londe s’est mise à fixer des yeux la théière d’étain et ses éclats semés par le temps. Les restes du brouet piétinent dans leur bol. Elle pense et repense, c’est le cri du thé qu’elle ingère, brûlant et fort sur le chemin où refroidi il s’en descendra ruisseler et gonfler ses seins, alourdir son coeur et fumer froidement ses derniers arômes au creux de son estomac. Ses paupières cachent de plus en plus le vague de ses yeux, les commissures de ses lèvres tremblent à chaque bâillement effacé.
Londe se leva péniblement, avança dans la pièce voisine ou sa sœur était assoupie. Elle retira ses sandales, massa ses pieds dans le bain creusé à même le sol, éclaboussa l’eau chinée, les sêcha lentement. Des mouvements lents et précis. Elle se redressa, et alla se caler à côté d’elle, sa sœur, comme elle avait pris l’habitude de le faire depuis, depuis quelques temps. A peine un coup d’œil à la nuit, et elle enfouit son visage dans les cheveux de Rune. Celle-ci ne bougea qu’à peine, grognant légèrement, puis noua machinalement son bras mou autour d’elle, tapotant sa tête. Affection ? Nous ne savons pas. Cela n’avait pas cessé.
Cliquetis d’une souris qui court. Toujours nuit. On entend en contrebas, dans la cour intérieure, le glouglou des fontaines.
- Tu penses que Jeanne voudra rester avec nous ?
- Sait-on jamais, ces gens qui apparaissent hors de la marée populaire sont bizarres. T’en viendrais à te méfier. Toute leur vie sans en avoir l’air, et soudain si particuliers et exceptionnels. Elle a l’air d’être bien innocente, mais aussi bien mystérieuse. Avec son drap et ses petits pieds, et ses airs. T’as vu ?
- Sans peur hm.
Il y’eut un silence.
- On s’encrasse, Rune.
- Mmhm, j’sais pas.
- Et Saïan ?
- Quoi Saïan ?
- Brûler ainsi…
- Mouais.
- Je veux dire, tu crois qu’elle est encore…
- Quelque part ? Non. Elle me manque aussi, remarque. Déjà avant, c’était un sacré bout de flamme…
- J’ai bien envie de partir à sa recherche, tester, pour voir.
- Elle se serait déjà manifestée si elle avait encore un lien avec le royaume. Oublie. A mon avis, elle est pas loin de Sublime et ils sont comme deux nuages entrelacés. Mais une déesse ? Nan.
- On en a rencontré pourtant pas mal les années passées… dis, Rune, pourquoi on dort chaque fois ensemble ?
- Mmh, j’en ai envie, c’est tout.
- Moi je pense que c’est à cause de la fusion. On a ce… lien. Je peux encore sentir tout ce que toi tu…
- Oui je sais, moi aussi. Tout ce que tu ressens, que ce soit agréable… ou pas.
- C’est bizarre hein ?
- Dépend, par fois tu me surprends Londe. Aujourd’hui par exemple, lorsque Dophylis a brisé l’harmonie, cette colère puissante qui t’as envahit…
- Bah, non, j’étais bien trop surprise pour être en colère. T’as du mal interpréter ce que tu ressentais toi, c’est toi qui baignait de colère, je l’ai senti d’ailleurs.
- Hein ? Qu’est-ce que tu racontes, je l’aimais bien Broalcoeur, mais sur le moment j’étais vraiment parfaitement indifférente.
- Alors peut-être qu’on est moins proches qu’il y a un an. C’était pourtant très fort, une sorte de bouillonnement de lave.
- … …
- T’en fais pas, dors, demain on a du pain sur la planche. Je te testerai. Héhé.
A vous la suite!
-Everlasting-
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Carnavale
- Posté le
11 octobre 2009 à 03:27:55

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Tandis qu'elles devisaient, Belgamore Parichel, quelques couloirs plus loin, se livrait à l'autopsie du corps de feu Broalcoeur le Vil, qu’une troupe de soldats avaient, dans la débâcle, réussi à rapatrier. Jeanne l'assistait. L’imposante masse de l’alchimiste, ouverte en deux dans la longueur, toute violacée et bubonneuse, s’étalait, vaste et grumeleuse, comme un pavé de rumsteck bleu, sur une table d’acajou.
L’érudit analysait les cicatrices, les contusions, et les chairs intérieurs, encore fumantes, au moyen d’une paire de lunettes à verres en vitraux pourpres, qui permettaient ainsi à l’utilisateur de saisir le réel comme le font les mouches. A mesure qu’il parcourait, comme sur une mappemonde, les sinuosités de l’improbable mort, le vieil homme reniflait et hochait de la tête en répétant souvent, dans sa belle barbichette, quel morceau, quel morceau...
Belgamore : Quel morceau ! A en croire les stigmates et si j'ai bonne mémoire quant aux vieux rudiments d'anatomie que j'ai gardés d’hier... Notre alchimiste a été victime d'un triple empoisonnement. L'Oubliule, la Folliole, l'Aphasiant : la trinité du crime. Il les a absorbées. Toutes les trois, en même temps.
Jeanne : Des poisons ?
Belgamore : Pire.
Jeanne : Non ?
Belgamore : Des substances !
Jeanne : Ca par exemple !
Belgamore : Eh oui.
Jeanne : Mais comment expliquer ce changement de faciès ?
Belgamore : Une seule chose à la fois, veux-tu ! Il existe un moyen de reconstituer les étapes du crime…
Jeanne : Fascinant.
Belgamore : Que dis-tu ? Je n’ai encore rien révélé !
Jeanne : Je suis fascinée par le visage de ce cadavre. L’effroi. Dans la complexion même de la nuque. Je n’avais jamais vu ça auparavant.
Belgamore : Mais d’où viens-tu, au juste ?
Jeanne : Ah non…
Belgamore : Eh bien ?
Jeanne : Vous manquez déjà à votre parole ?
Belgamore : Euh… Ma parole… ?
Jeanne : Nous avons établi un proverbe, Messire Parichel.
Belgamore : Pas de réponses à nos questions, et que survivent tous les mystères…
Jeanne : Ca vaudra mieux pour l’univers.
Belgamore : Je me rappelle, oui. Navré. Mais tu portes un drap et ne t’en débarrasses point. Je devine la nudité d’une enfant errante, qui…
Jeanne : Ne jouez pas aux devinettes.
Belgamore : Jeanne, nous t’acceptons ici car tu es de bonne compagnie. Mais il faudra bien que tu finisses par revenir chez toi. On doit te chercher, là d’où tu viens.
Jeanne : S’ils me cherchent, c’est pour de mauvaises raisons.
Belgamore : Le château est-il ton seul asile ?
Elle ne répondit rien.
Jeanne : Par quel moyen, disiez-vous, peut-on reconstituer les étapes d’un crime ?
Belgamore : Hum… C’est un peu… En un mot, il faut plonger le corps dans un bain de Récacapépétuline.
Jeanne : Faut le dire vite.
Belgamore : Beau nom, non ?
Jeanne : Non non.
Belgamore : Sais-tu qui l’a inventé ?
Jeanne : Un bègue ?
Belgamore : Précisément !
Jeanne : Et que permet cette mixture ?
Belgamore : Tu vas voir…
Il fit rouler une baignoire de cuivre jusqu’au bord de la table, et d’un coup de canne, poussa le corps de Broalcoeur à l’intérieur. Il consulta sa bibliothèque et s’arrêta sur un étalage étiqueté : « Dons de Karzus ». Réprimant une quinte de toux, l’érudit extirpa d’un fatras de bibelots et d’innombrables fioles, une boîte de lessive médiévale.
Jeanne : Qu’est-ce que c’est ?
Belgamore : De la Récacapépétuline.
Jeanne : Sérieusement, c’est quoi le but de cette… ?
Belgamore : Faire en sorte que les choses se répètent.
Jeanne : Pardon ?
Belgamore : Faire en sorte que les choses se répètent.
Jeanne : Vous pouvez répé… ?
Belgamore : Pas trois fois.
Jeanne : Ah ! Vu ! Comment vous appelez ça, déjà ?
Belgamore : De la Récacapépétuline.
Jeanne : De la quoi ?
Belgamore : Ah non, ne jouez pas à ça ! Vous voyez bien que ça marche !
Jeanne : Etonnant…
Belgamore : Tu m’irrites avec tes fascinant, étonnant. Aide-moi plutôt à ouvrir la boîte et à la vider dans la baignoire.
Aussitôt dit, aussitôt fait. La poudre blanche et noire, mêlée à des plumettes discrètement dorées, enroba le cadavre, et le fit cuire un peu. Belgamore se chargea d’un long parchemin vierge et le déroula comme le drap d’un très grand lit, au-dessus de la baignoire. Jeanne demeurait dubitative.
Les effluves de la chair, travaillée par la Récacapépétuline, tout en s’évaporant, s’imprimèrent sur le parchemin, et révélèrent, point par point, l’histoire du crime de Broalcoeur, sous la forme de hiéroglyphes enfantins.
Belgamore : Magnifique ! Quel plaisir ! Comme dans mes anciens livres d’images !
Jeanne : Ce que vous pouvez être gâteux, parfois…
Belgamore : Dis donc, jeune fille, un peu plus de respect pour celui qui t’a sauvée !
Pour comprendre ce cri du cœur, revenons quelques heures en arrière...
à vous la suite !
-Chapterving-
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Apotheose
- Posté le
11 octobre 2009 à 13:42:10

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__ Quelques heures en arrière, lorsque les émeutes promettent encore de devenir meurtrières __
Belgamore__ Que chacun sème la pagaille, manipule, détourne. Soyez habiles rhéteurs, inversez toutes les logiques, prouvez l’improuvable. Envoyez tout le monde en pèlerinage au Trudur s’il le faut. Mais il n’y aura pas de massacre des Sans-Royaumes !
Ils entendirent les gonds céder. Tous se séparèrent. Belgamore et Jeanne restèrent seuls.
Jeanne__ Où allons-nous ?
Belgamore__ Au devant de la foule.
Jeanne__ Pour nous faire tuer ?
Belgamore__ C’est une alternative, oui.
Ils se hâtèrent dans les couloirs, en quête de la source des cris et des fureurs. La rumeur grandissait. Les gardes semblaient avoir du mal à contenir le flot des hystéries hargneuses. Au détour d’un virage, Belgamore s’avança. La foule des enragés le reconnut. Il y avait parmi eux de nombreux Sans-Royaumes.
Belgamore__ Chers amis, soyez braves ! Ecoutez, s’il vous plaît !
La foule__ Rendez-nous nos visages !! Rendez-nous nos visages !!
Belgamore__ Silence !!
Le vieillard avait donné tant d’importance à sa voix que les clameurs se turent aussitôt.
Belgamore__ Laissez parler la voix de la sagesse !
Jeanne lui murmura : « Messire Belgamore, vous en faites un peu trop… »
Ce à quoi Belgamore répondit : « Laisse-moi donc les amadouer… »
« Braves gens ! » reprit-il.
« Vous avez été dupés par un homme exécrable qui n’agit que par jalousie et ambition. Votre malédiction est réversible, j’en fais le serment ! »
La foule__ Dis-nous comment !!
Belgamore__ Pour l’instant, à vrai dire, je n’en sais rien. Mais voilà ce que je vous propose. Y a-t-il des femmes parmi ces hyènes que vous êtes ?
Les femmes__ Ouiiii !
Evidemment, plusieurs des voix qui venaient de retentir étaient aussi masculines, puisque beaucoup, en prenant les traits de leur pire ennemi, en avaient pris le sexe.
Belgamore__ Mesdames ! Auriez-vous l’obligeance de sortir les petits miroirs que tout un chacune porte toujours sur soi ?
Les hommes vêtus en femmes, car femmes de jadis, hochèrent la tête en même temps que celles qui n’avaient adopté que l’abhorré visage d’une rivale irritante. Tous et toutes extirpèrent de leurs ceintures ou de leurs baluchons des miroirs tout ronds, tout lisses, tout shine.
Belgamore__ Voilà qui est fort bien ! Mesdames, messires, brisez-les en deux, en trois, en quatre, que tout le monde dispose d’un morceau de reflet !
Les miroirs furent brisés. Les gardes se demandèrent si le vieux chnoque n’avait pas perdu la raison, attendu que ces morceaux de verre s’avèreraient des armes meurtrières, pour une foule disponible.
Belgamore__ A présent, gentilshommes, damoiselles, retrouvez, parmi la foule, le visage qui était le vôtre, vous y retrouverez votre identité…
La foule__ Et notre pire ennemi !
Belgamore__ Certes, mais si vous vous mettez désormais à vivre l’un à côté de l’autre en ne vous adressant la parole que par miroir interposé, vous serez bien obligés de vivre en cohabitation avec vous-même, et par la même occasion, avec votre pire ennemi ! Ce qui n’est pas si mal…
La foule__ C’est juste ! Mais comment vivre avec soi tout en sachant qu’on est ce qu’on méprise le plus… ?
Belgamore__ Il est plus courageux de surmonter sa haine que d’en faire l’instrument d’une révolte vaine…
La foule__ Tu as réponse à tout !
Belgamore__ C’est ma fonction, ici. Demeurez donc ainsi, en couple, en tolérance, jusqu’à ce que nous résolvions le problème.
Les meilleurs ennemis se retrouvèrent ainsi deux à deux, pour vivre coude à coude, un miroir dans chaque main, tendu devant leurs yeux. La malédiction dont Dophylis avait frappé la cité de Barzabute était en un tour de main devenue le levier idéal pour Dame Tolérance.
La foule se dispersa, grommelante mais résignée. Belgamore se frotta les mains. Jeanne était ébahie.
Belgamore__ Voilà qui est réglé… Ce sera dur pour eux… Mais au moins, cela les occupera.
Jeanne__ Êtes-vous sûr que votre leçon de morale tiendra la route jusqu’au bout ?
Belgamore__ Pourquoi en douter ?
Jeanne__ J’ai l’impression qu’il est difficile de faire confiance aux hommes. Personnellement, je les déteste, et je ne conçois pas que…
Belgamore__ Attention !!
Le vieil homme se jeta sur la courtisane et la plaqua au sol. Un maladroit venait de glisser sur un bout de miroir laissé à l’abandon. Le morceau s’était envolé, avait tournoyé dans l’air et, à cinq secondes près, tranchait sans états d’âme la gorge de la jeune fille.
Belgamore__ Tu as eu chaud !
Jeanne__ Enlevez vos mains de mes fesses.
Belgamore__ C’était mon projet.
Une troupe de gardes arriva en sueur. Ils portaient avec peine un brancard sanguinolent.
Un Garde__ Messire Belgamore ! Nous avons récupéré la dépouille de l’alchimiste…
Belgamore__ C’est bon, amenez-le dans mon laboratoire. Je vais l’examiner.
___ Quelques heures plus tard, là où nous les avions laissés ___
Jeanne__ Expliquez-moi, maintenant.
Belgamore étendit devant son apprentie le parchemin où la rétrospective du meurtre de Broalcoeur venait de s’imprimer, sous formes de dessins pour le moins explicites.
Belgamore__ Etape numéro 1 : voici un homme en cage, Broalcoeur, qui sombre dans l’ennui. Etape numéro 2, voilà des hommes en noir qui se font passer pour des gardes, au cœur du château. Quoi de plus conventionnel, pour le moment ? Etape numéro 3, l’enlèvement. Le repas de Broalcoeur a été corrompu. Pour mémoire, songer à rendre une petite visite aux cuisines du château. On y retrouvera probablement les substances dont je te parlais et dont voici les traces.
Jeanne__ Le rose, le bleu, le violet ?
Belgamore__ Oui. Le rose, c’est l’Oubliule, la poudre d’amnésie qui peut, à forte dose, te faire oublier tout, et ce, jusqu’à ton nom…
Jeanne eut le cœur battant. Se pourrait-il qu’elle-même ait été la victime de… ?
Belgamore__ Le bleu, c’est la Folliole. Un petit pain au fromage de brebis qui, une fois avalé, pourra te faire admettre tout et n’importe quoi. Te convaincre par exemple, que tu es quelqu’un d’autre. Le processus est parfois irréversible et souvent mène à la mort.
Jeanne__ Ahurissant.
Belgamore__ Assez, t’ai-je dit !
Jeanne__ Compris !
Belgamore__ Demeure le violet… L’Aphasiant. Pastille aux allures d’hostie, se dilue sur la langue en un coup de salive, et empêche aussitôt de dire quoi que ce soit de ceux qui t’ont forcé, blessé, ou humilié. Ainsi, le bon violeur a toujours dans sa poche deux ou trois Aphasiants. Nombreuses sont les victimes viscéralement inaptes à raconter leur sort. Et tous ces criminels de rester impunis.
Jeanne__ J’en ai froid au kiki.
Belgamore__ C’est que ce drap aussi ne doit point tenir chaud !
Jeanne__ Restez donc concentré sur votre dur propos.
Belgamore__ Certes. Donc, après ingurgitation des terrifiantes potions, on le traîne dans une rue – c’est le seul sens au fond de cette grande ligne droite qu’on aperçoit ici, par souci de perspective – on l’emmène dans une cale, on le bat, on le viole, on le grime, on lui met dans le ventre par le biais du nombril un certain nombre odieux de poudres et de liquides, et on le jette devant la baraque d’une milice, en criant « au voleur, au voleur ». Accusation facile. Apparences trompeuses parfaitement maîtrisées. Voilà le coup porté. Sur la place publique, la mort de l’alchimiste a libéré de quoi transformer tout repère en chaos… Ceux qui lui ont fait ça savaient ce qu’ils faisaient. Cette exécution est un pur attentat. Ils veulent la guerre civile. Une seule question demeure : pourquoi ne sommes-nous pas touchés par le nuage d’inversion faciale ?
Jeanne__ Que faire pour le savoir ?
Belgamore__ Brûler le parchemin et disperser les cendres sur le cadavre. La réaction de la matière nous révèlera d’autres secrets…
A peine eut-il consumé le document qu’une fumée jaunâtre se répandit dans la pièce, comme une bourrasque. Les deux enquêteurs se retrouvèrent aussitôt aveuglés, et toussèrent longtemps avant de pouvoir reprendre une conversation normale.
Seulement, lorsque Jeanne releva la tête, elle ne faisait plus face à Belgamore mais à une vieille femme aux traits d’une pureté incomparable, d’une beauté très digne, aux narines frétillantes.
Belgamore, quant à lui, ne faisait plus face à Jeanne, mais à Dophylis.
à vous la suite !
__Apothéose__
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Un_poil_sur_leQ
- Posté le
12 octobre 2009 à 12:21:45

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Ainsi, les mystères s’accumulent, et restent sans réponses. Jugez plutôt des événements.
Le lendemain matin, le très gros Roi Padgram se réveilla, baillant, énorme, très gras, dans son grand lit de soie, aux côtés de sa Reine. Il l’avait protégée des ardeurs de la foule, heureusement apaisée par l’habile stratagème du très sage Belgamore.
Padgram cligna des yeux et chercha les mamelons de sa tendre moitié, qu’il avait l’habitude d’honorer chaque matin, même les jours de pluie.
Lorsqu’il les retrouva, il fut ma foi surpris et pour cause, damoiseaux ! Les seins de sa Lysette avaient trois fois enflé ! Vastes et flasques comme jamais !
Padgram : Ah ça, ma parole ! Mais quel est ce prodige !? Aurais-tu avalé quelque levure, ma Reine ?
Il ouvrit clairement les yeux pour en avoir le cœur net et fut tout étonné de se retrouver nez à nez avec lui-même.
Lysette, elle, cligna des yeux, réveillée par les adorables tripotages de son époux… Devinez quoi ? Elle poussa un cri de stupeur lorsqu’à son tour, elle se tourna vers Padgram. Il n’était plus là. C’était elle ! Le Roi, lui, resta quelques secondes la bouche ouverte, ne sachant que dire.
Padgram : Que vois-je ? Est-ce un miroir ? Je fais face à mon propre corps !
Lysette : N’est-ce pas tout étonnant ? Moi aussi, je me vois !
Et soudain, tous deux, réalisant, de concert : « Mais ma parole, tu parles, ô Reflet ! »
Padgram : Quelle stupeur ! Est-ce bien moi ?
Lysette : Assurément, c’est moi !
Padgram avait pris le corps de Lysette et Lysette le corps de Padgram.
Padgram : Que s’est-il passé !? Regarde-moi, j’ai des seins ! Et moins que d’habitude ! Je suis rousse ! Je sens bon !
Lysette : Reste courtois, mon Roi ! Regarde ces outres à vache ! Et mes cuisses ! Et mes joues ! Je suis pachydermique !
Padgram : Mais c’est cataclysmique ! Je suis devenu toi !
Lysette : Et j’en ai fait autant !
Padgram : Il faudra bien expliquer ce mystère ! Je ne supporte pas de me voir ainsi !
Lysette : Et moi donc ! Te savoir dans mon corps, c’est franchement répugnant ! Je veux savoir qui nous a fait ça !
Une vieille dame s’introduisit violemment dans la chambre, suivie de quatre soldats.
Les bougres, dont les heaumes dissimulaient le visage, traînaient avec eux le sinistre Dophylis, bâillonné, gesticulant, le corps tout recouvert d’un immense drap blanc.
La vieille dame : Padgram ! Lysette ! Navré de vous réveiller ! Mais l’heure est grave !
Padgram : Mais qui êtes-vous, Madame ?
La vieille dame : C’est moi, c’est Belgamore !
Padgram : Je vous demande pardon ?
La vieille dame : Belgamore ! Oui ! C’est moi ! J’ai changé de visage !
Padgram : Toi aussi !?
Belgamore : Comment ça !?
Padgram : Regarde-moi, je suis Lysette !
Belgamore : Ca, je le vois bien que tu es Lysette ! Que se passe-t-il au juste ?
Lysette : Non, ce qu’il essaye de te dire, Belgamore, c’est qu’il est Padgram.
Belgamore : Attendez, qui est Lysette ?
Lysette : C’est moi.
Belgamore : Mais tu es Padgram !
Lysette : Oui, aussi.
Belgamore : Je n’y comprends plus rien !
Padgram : Belgamore, pourquoi es-tu une femme ?
Belgamore : Je ne sais pas, mais quelle femme !
Padgram : Comment ça ?
Belgamore : Je suis celle que j’ai toujours aimée et que je crois morte depuis des années. Son nom est Paroxyne. J’ai pris sa figure ! Je suis tout bouleversé...
Padgram : Bizarre. Moi aussi, j’ai pris les traits de la personne que j’aime le plus…
Lysette : C’est tout pareil…
Belgamore : Une substance à retardement, incorporée dans le cadavre de Broalcoeur, s’est libérée au cours de l’autopsie et s’est répandue dans tout le château, sous la forme d’un nuage d’inversion faciale !
Padgram : Encore !?
Belgamore : Tous les habitants auraient donc pris les traits de leur plus grand amour… ?
Padgram : Bon ! Surtout, ne pas communiquer cette information ! Des épouses pourraient être blessées par le visage de leur mari !
Lysette : Et vice-versa !
Belgamore : Pour qui me prenez-vous ! Je ne suis pas un briseur d’harmonie ! Dophylis, lui, en revanche, semble en faire sa spécialité…
Padgram : Que fait-il ici, dans ce grand drap blanc ? Vous l’avez arrêté ?
Belgamore : Oui, séquestré, interrogé, humilié, et j’en viens maintenant à me dire que j’ai fait une erreur… Il s’agit peut-être bien de Jeanne.
Jeanne : C’est ce que je me tue à vous dire depuis le début de la nuit !!
Belgamore : J’étais persuadé que Dophylis avait fait quelque chose à la petite, je n’arrivais pas à y croire.
Jeanne : Vous êtes érudit mais sacrément borné !
Padgram : Jeanne ? La petite Jeanne aimerait Dophylis au point d’en prendre le visage ?
Jeanne : Je ne sais pas qui il est, je vous le jure !
Belgamore : Alors pourquoi as-tu emprunté ses traits !? La fumée jaune a parlé pour toi ! Tu l’aimes !
Jeanne : Mais ! C’est que ! Je ! Je !
Lysette : Allons, parle !
Jeanne : Le soir où je suis arrivée dans votre bibliothèque, j’étais partie à sa poursuite… Il… Nous avons… Il m’a…
Belgamore : Eh bien !?
La pauvre jeune fille, sous les grotesques traits du prêtre, soupira et demanda aux soldats de la relever. Belgamore hocha la tête. Elle inspira, pleine de regret, et se reprit.
Jeanne : Je suis une fille de la rue. Je reçois les hommes en échange d’argent… C’était l’un de mes clients… Mon… Mon dernier client.
Lysette : Elle dit vrai… Je lis dans son passé.
L’esprit de Jeanne s’illumina.
Jeanne : Vrai !? Roi Padgram !? Vous pouvez lire dans… ?
Lysette : Non, moi, c’est Lysette. Et la réponse est oui.
Padgram : Et alors ? D’où vient-elle ? Nous gagnerons du temps.
Jeanne : Que vous révèle mon passé ?
Lysette : C’est flou, je n’y vois rien. Oh mon dieu ! Pauvre petite…
Jeanne : Ne me plaignez pas…
Padgram : Qu’il y a-t-il ?
Lysette se redressa non sans peine – elle n’avait pas l’habitude de porter en elle tout le poids de Padgram – et quitta le lit en se précipitant pour prendre Jeanne aux traits de Dophylis dans ses bras.
Padgram : Mais enfin, Lysette, que se passe-t-il !?
Lysette : Tais-toi… Tu ne comprendrais pas.
Belgamore s’approcha des deux hommes enlacés et ébouriffa le crâne dégarni du prêtre, empli de tendresse et de repentance.
Belgamore : Je crois que la vie de notre Jeanne a été bien cruelle…
Jeanne : Ainsi, Padg… Lysette… Vous ne voyez rien en moi, au-delà de cette ruelle…
Lysette : Je crains que non…
Padgram : Bon, d’accord, c’est horrible, mais ça n’explique toujours pas pourquoi tu aimes Dophylis !
Jeanne : Parce que… Parce que le soir où nous avons… Il m’a appelé d’un nom qui semblait signifier : « Je sais tout de toi ». Il m’a dit que j’étais belle, il ne m’a pas brusquée, il est resté très tendre, il m’a fait des…
Padgram : Abrège, abrège.
Jeanne : Il m’a dit que mon destin serait grand…
Inyashar Dallutino, sous les traits de Tobinio, débarqua dans la chambre en éclatant la porte à coups de pieds.
Inyashar : Bon ! Y a pas de quoi casser le cul à un canard ! Cette fille est une traîtresse, point barre !
Padgram : Bonjour, Tobinio !
Inyashar : Non, moi c’est Inyashar !
Padgram : Ah bah oui, forcément, toi aussi, tu as été touchée…
Inyashar : Je dois avouer que t’es carrément sexy quand t’es Lysette, Padgram.
Belgamore : Tu écoutais derrière la porte, depuis le début ?
Inyashar : Ouais.
Belgamore : C’est pas très poli.
Inyashar : C’est pour ça que je l’ai fait.
Padgram : Où est Tobinio ?
Inyashar : Sans doute en train de s’éclater avec mon corps.
Padgram : Tu voudrais bien, hein… ?
Lysette : Tu as fini par coucher avec ?
Inyashar : Non, mais j’y arriverai.
Lysette : Un an que ça dure ! Quelle incompétence, ma pauvre fille…
Inyashar : Si t’avais pas une tête de Padgram, ma Reine, je te mettrais bien mon poing dans ta gueule.
Belgamore : C’est pas très poli non plus, ça.
Inyashar : Crois-tu ! Elle adore ça…
Padgram : Non ?
Inyashar : Si si.
Padgram : Lysette ?
Lysette : T’occupes.
Jeanne : Je peux finir ?
Inyashar : On t’a donné la parole, trouffion ?
Jeanne : Tu peux m’appeler souillon. Trouffion, c’est pour les garçons.
Inyashar : Et pas polie, avec ça !
Belgamore : Oui, mais tu adores ça…
Padgram : Jeanne, avais-tu d’autres choses à nous dire sur cet individu que tu as le malheur de faire exister sous nos yeux !?
Jeanne : Oui, c’est tout… C’est tout…
Lysette : Faux !
Padgram : Ah ah !
Jeanne : Euh…
Lysette : Il t’a appelé d’un autre nom, n’est-ce pas ?
Inyashar : Qu’est-ce qu’on s’en fout ?
Jeanne : Oui, je… en effet, il m’a…
Lysette : Pourquoi, « Chérubine » ?
Jeanne : Je l’ignore. Je veux le retrouver, et comprendre pourquoi.
Belgamore : Voilà pourquoi tu aimes tant ma bibliothèque !
Jeanne : Non, rien à voir… C’est juste que… Je n’ai pas de culture, rien. Pas un gramme d’esprit ni de lettres. Je ne veux pas retourner à mon ancienne vie ! Je veux rester ici, avec vous, au château !
Inyashar : Bah oui, c’est vrai, t’as raison, avec croissant, petit-déjeuner, formule complète !? Quand on est pauvre, on le reste !
Padgram : C’est la fille d’un voleur au grand cœur qui dit ça ?
Inyashar : Mon père, c’est mon père. Mais d’accord, j’ai rien dit. Je provoque, c’est mon droit !
Lysette : Tâcheron…
Inyashar : Me lance pas, toi !
Padgram : Bon, on se calme. Réfléchissons posément à la situation…
à vous !
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Blina
- Posté le
26 octobre 2009 à 00:42:18

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INYASHAR> Ou alors ne réfléchissons pas du tout.
JEANNE> Faites quelque chose pour moi !
INYASHAR> Allons manger.
Une deuxième Lysette débarqua dans la chambre.
PADGRAM> Lysette, te voilà redevenue toi-même !
LYSETTE> Non, (dit la première) je suis toujours là. C’est juste qu’il y a une autre Lysette dans ce château. Et c’est une Lysette de trop.
TOBINIO> Pas de panique, c’est moi, c’est Tobinio !
INYASHAR> QUOI !? Tu as pris les traits de ta mère !? Cela signifie que… Par toutes les cornes graissées à l’usage des mouilleuses ! Tu l’aimes donc plus que moi !?
TOBINIO> Je ne l’ai pas fait exprès.
LYSETTE> Maman est fière de toi, Tobinio.
TOBINIO> Tu as la tête de Padgram, Maman.
LYSETTE> Tu t’y habitueras.
BELGAMORE> L’histoire n’avance pas…
Quelqu’un rota. Je crois que c’est Lysette qui a fait le coup. Mais qui accuserait la Reine avec une gueule de roi ?
BELGAMORE> Comment inverser la situation actuelle ?
PADGRAM> Ne pensons plus et allons manger.
On convint que la meilleure façon de ne pas penser était encore de faire des activités sportives, culinaires, et créatives. Padgram organisa un grand concours de fresques à pieds pour calmer les gens de Barzabute qui commençaient à se détester eux-mêmes, et dont le bras tendu face aux morceaux de miroir commençait à faiblir.
Par un geste, Belgamore proposa de donner au château où tous les visages n’étaient que le reflet de l’amour le nom d’Amorosée. Par un autre, il somma les esprits de donner à la cité de Barzabute le nom de Détestaze. Barzabute ne serait plus désormais que le nom d’un continent.
Pendant ce temps, dans son repaire, Dophylis enrageait de ne pas voir la population s’exciter comme il s’y attendait. Il fallait invoquer les Dieux et les sommer de les aider un peu, lui et ses amis, dans cette terrible épreuve : comment achever de mettre l’harmonie à mal.
DOPHYLIS> Ô DIEUX ! Ô TOUT-PUISSANT MYOSOTIS ! COMMENT PUIS-JE TE SERVIR SI TU NE M’AIDES PAS ?
Un coup de foudre le fit taire à jamais. Littéralement. Dophylis ne pouvait tomber amoureux que de vierges. Tous les prêtres autour de lui reculèrent horrifiés – ils se trouvaient alors dans les catacombes interdites, cachées sous la renaissante Forêt de Bataclard – Dophylis était grillé et sentait le jambon cuit. Sa vie s’arrêtait là. Tant pis pour lui.
LES PRETRES> Tout est perdu ! Myosotis l’a puni d’un éclair de furie ! Nous devons renoncer à briser l’harmonie !!
Ils se dispersèrent en hurlant de terreur. Dans le noir, deux petits yeux sournois les observèrent s’enfuir. Ursulo Fouillordhur se frottait les mains. Il tenait sa vengeance. Il ne supportait pas que le Roi ait détruit son beau Crottin-Matin. Il prendrait le sinistre relais de l’absolu crétin qui venait, d’on ne sait où, se faire enluminer à mort et pour la vie.
Devinez seulement d’où venait le coup de foudre… ?
D’en haut, bien entendu. Quelqu’un a-t-il fait exprès de tuer Dophylis ? Pas exactement. Dans un grand champ nuageux de maïs étincelant, flottant dans une caravane de ballons multicolores, Saïan Hapic’n, la peau cuivrée, dorée, les yeux tout blancs, s’ennuyait ferme, prisonnière du ciel. Ses pouvoirs cosmiques phénoménaux en avaient fait une déesse. Tout le monde l’adorait. On s’échangeait sa photo en secret sous les manteaux. On dressait des petits temples ici et là. Et l’on avait même pour projet, à la barbe des suzerains, et à commencer par Padgram, de dresser une cathédrale en son honneur. Elle apportait espoir et lumière aux gens. Mais nulle divinité n’était venue la saluer. Elle demeurait coincée dans son immortalité, dans sa toute-puissance, dans sa belle résidence de maïs et d’air frais.
Au moment où Dophylis implorait Myosotis, tout en bas, Saïan songeait à Sublime, qu’elle n’avait pas oublié. Son cœur avait fait un bond si prodigieux qu’une vague de nuages s’en trouva bouleversée, se chamailla gaiement, avant de libérer une puissante décharge qui toasta Dophylis, nous en débarrassant définitivement.
Saïan ne comprenait pas pourquoi les ballons se multipliaient, jour après jour. Elle comprit tardivement qu’il s’agissait au fond du nombre des fidèles qui allait, grandissant. Fouillordhur était devenu jaloux de cette religion qui lui piquait tous ses lecteurs. Puisqu’il avait élu résidence dans les catacombes du royaume, il serait en mesure de refaire un atelier d’imprimerie. Il siffla une fois ses chauves-souris pour qu’elles retiennent les prêtres fuyards dans leur course. Il les siffla une deuxième fois pour faire venir tous ses reporters, éparpillés un peu partout sur le continent. Tous se tinrent bientôt devant lui, l’oreille ouverte, l’œil retroussé.
FOUILLORDHUR> Nous sommes les rebuts de la nouvelle société. Si nous sommes devenus des Sans-Royaumes, à notre tour, ne méritons-nous pas d’intégrer un royaume et de revendiquer nos droits ? Pas un obèse ne contredirait cela.
TOUTE L’ASSEMBLEE> C’est juste !
FOUILLORDHUR> Dans ce cas, aidez-moi à établir en ces lieux les locaux d’une nouvelle rédaction, d’un journal inédit, qui organisera de façon structurée, et massive, l’esprit de l’anarchie qu’il nous faut diffuser. Les prêtres se chargeront des chroniques spirituelles. Nous allons contre-attaquer la religion solaire, encore officieuse, avec notre propre religion. Ne luttons pas au nom des dieux mais au nom de la discorde !
TOUTE L’ASSEMBLEE> Ouais !
FOUILLORDHUR> Quant à mes fidèles reporters, arrangez-vous pour compromettre les grands de ce monde, faites brûler les opinions, attisez la haine, provoquez des coups d’éclat, faites-en des articles… Nous avons les moyens de tout détruire et de tout reconstruire.
TOUTE L’ASSEMBLEE> Ca sonne bien !
FOUILLORDHUR> Alors, au boulot !
En haut, les Dieux, présidés par Myosotis, dans une grande piscine de sang virginal, n’étaient pas franchement heureux.
MYOSOTIS> Si les hommes commencent à lutter en leur nom propre et plus en le nôtre, où allons-nous !? Ils vont précipiter notre disparition, ces cochons-là !
SANLAPIS> Il faut que l’un de nous se décide à aller leur rendre visite… A s’incarner, pour mieux les orienter !
MYOSOTIS> Des volontaires ?
Ecoutez-les siffloter l’Ode à la Joie.
MYOSOTIS> Je vois. J’irai donc seul.
SANLAPIS> Je t’accompagne.
MYOSOTIS> Non.
SANLAPIS> Si.
MYOSOTIS> Tu es jalouse ? Tu sais bien que les humaines ne sont pas mon genre.
SANLAPIS> Bah moi, elles le sont.
MYOSOTIS> Ah ? Bon bah d’accord. Allons-y alors.
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Blina
- Posté le
26 octobre 2009 à 00:42:41

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Pendant ce temps, au sommet d’une montagne, dormait Grisk le Falou, sous les traits de Grisk le Falou, dans le corps de Ulice Zunee, plus précisément, transformé en Grisk le Falou, Ulice Zunee, l’apothicaire de Pok, village des Zalzaries. Karzus le Shaman l’avait quitté, il y a un an, pour organiser la reconstruction du continent Zalzarien. Grisk avait une barbe et s’était enlaidi – oui, c’est possible – à force d’endurer le froid et le vent dur qui lui avait ôté déjà un gros orteil. Sur la neige éternelle, il restait incrusté, au sommet du Mont Dhûr, dont la pointe acérée flattait copieusement la fine couche de cristal qui séparait la Terre du Mont Panagogod, où les Dieux, en pagaille, venaient se réfugier, au cœur du cabaret où débute notre histoire.
Le vent fit mugir le Mont Dhûr et s’exciter la pointe du sommet : la fine couche de cristal en un instant craqua – mais jamais trop longtemps car c’est une couche divine –, laissant passer deux corps, une belle femme, un bel homme, s’écrouler des nuages, et retomber à plat, de part et d’autre de Grisk, qui rêvait de Saïan.
Myosotis se réveilla en sursaut, Sanlapis en fit de même
SANLAPIS> Myosotis, qu’il fait froid !
MYOSOTIS> Silence ! Regarde celui-là ! Il dort comme un bambin…
SANLAPIS> Mangeons-le !
MYOSOTIS> Restons discret, ma fille.
SANLAPIS> Appelle-moi ton épouse.
MYOSOTIS> Pas le temps pour une scène. Nous avons du travail ! C’est peut-être à ça que ressemblent les humains de nos jours (dit-il en désignant l’affreuse tête bleuie du charmant Subsaldrante).
SANLAPIS> Imitons-le.
Ils se transformèrent alors en Subsaldrantes, et décidèrent de garder cette apparence passe-partout.
SANLAPIS> On le réveille ?
MYOSOTIS> Tu en meurs d’envie.
SANLAPIS> HOMME LAID ! REVEILLE-TOI !
Grisk se réveilla comme un chien enragé.
GRISK> QUI !? QUE !? QUOI !?
MYOSOTIS> Enchanté, Kikekwa, moi, c’est Myosotis. Et voilà ma femme, Sanlapis. Nous venons incognito du Ciel pour organiser une guerre de religion à Barzabute. Tu es des nôtres ?
GRISK> Bof. Allons-y.
Le Subsaldrante était si déprimé par la perte de Saïan et par la persévérance de son affreuseté qu’il ne remarqua même pas qu’il était en compagnie de semblables, et surtout, il ne s’inquiéta pas davantage de leur projet avoué.
La longue était route jusqu’à Barzabute, et cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas revu ses amis… Ils passeraient sans doute par la Montagne du Carciphale, là où le vaillant Casteldago ne cesse d’envisager des micmacs à tire-larigot.
Aux Zalzaries, pendant ce temps là, Karzus le Shaman avait pressé les travaux de reconstruction. Avec la magie, tout va plus vite. Le continent avait repris toute sa superbe et tout le monde vivait en paix et en domination commerciale sur le reste de la planète. Mais pour la première fois depuis un an, Karzus avait senti la menace. Des êtres surnaturels venaient de débarquer sur Saldra, et il était temps d’aller rendre une petite visite à son énorme compère de Barzabute.
Il se dédoubla pour laisser l’image d’un pouvoir autoritaire, stable, et mystique, au sommet du beau palais d’Anthar Obn Suur, complètement repensé, reconstruit, et repensé au mieux, prit l’apparence de Topazos, le Druide Itinérant, avant d’enfourcher un Dromadaire Volant – Dragons en Rupture de Stock oblige – et fonça vers Barzabute, où quelqu’un a objectivement décidé qu’il devait s’y passer des choses terrifiantes, une fois par an.
Pendant qu’il fait son voyage, laissez-moi vous dire que si tous les habitants du château avaient pris le visage de leur bien-aimé, et si, une fois à l’extérieur, ils retrouvaient leur visage naturel, sans prendre celui de leur pire ennemi, c’est parce que le Bon Gros Roi Padgram n’était qu’amour et vie. Il avait désappris à haïr avec la chute de Conspiru et son mariage avec Lysette. Jeanne même, dont la vie toute entière incitait à la haine, était comme devenue sensible à l’amour pur, nullement taché de hargne. Elle n’était que désir, désir d’en savoir plus. Avec sa tête de chauve, sa tête de Dophylis, elle était bien chagrine. Elle préférait sa tête, ses beaux cheveux tout noirs, ses seins de boulangère, sa bouche raffinée. Elle passait tout son temps avec Belgamore, aux traits de Paroxyne – mystérieuse amoureuse sur lequel Belgamore reste assez peu prolixe –, à chercher une solution pour lutter contre l’Amorosée, pendant que le Royaume s’amusait à oublier ses petits chagrins et ses grands accidents à travers des jeux, des concours, des tournois, et des expositions, et pendant, enfin, que Fouillordhur organisait souterrainement la révolution des fâchés.
Pour apaiser les humeurs coléreuses, Lysette, qui devait commander à la place de Padgram, et qui voyait ainsi réalisé son désir d’être prise au sérieux – car plus grosse et plus consistante donc moins superficielle, dixit l’intéressée – décida d’organiser des équipes tournantes pour que les sujets puissent les uns après les autres profiter de la vie de château et quitter un instant le visage de leur pire ennemi, pour retrouver celui de leur plus bel amour.
Hélas, il avait fallu plusieurs fois retenir des meurtres et des crimes passionnels car bien souvent les femmes réalisaient, non sans humiliation, que leur conjoint en aimait une toute autre… et réciproquement.
Des mois plus tard, Grisk le Falou poussa la porte du Palais de Padgram – où visiblement, tout le monde peut entrer comme dans un moulin – accompagné de ses deux Subsaldrantes. A peine eut-il franchi le seuil de ce château tant regretté que son visage et son corps se transformèrent. On poussa un grand cri de stupeur. Il était tombé nez à nez avec une troupe de manants venus là pour oublier le visage de leur haine. Les deux Subsaldrantes, derrière lui, furent encore plus ébahis. Rune et Londe – qui, à cause de l’Amorosée, avaient tout simplement échangé leurs visages – Inyashar, Tobinio, Lysette, Jeanne, Padgram, et Belgamore… Tous accoururent pour comprendre la raison de cet émoi dont la rumeur stridente se répandait déjà au-delà du château… Padgram, bouche bée, put à peine articuler trois mots devant celui qui croyait encore être Grisk le Falou, stoppé net au milieu du couloir d’entrée… Pour rien au monde le pauvre bougre n’aurait su s’expliquer la foule des regards qui le dévisageaient, sourire béat ou plein de crainte… Padgram ravala sa salive et se précipita pour le prendre dans ses bras.
GRISK> Mais qu’est-ce qui t’arrive, Lysette ?
PADGRAM> C’est moi, Padgram ! Vrai, oh vrai de vrai ! Tu es revenue parmi nous !
GRISK> Ca fait longtemps, je sais, mais… Je me suis dit qu’il était temps que je revienne.
PADGRAM> Sois bienvenue en ma demeure, ô Saïan toute-puissante…
à vous la suite !
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Carnavale
- Posté le
26 octobre 2009 à 09:39:14

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Vous pouvez imaginer la surprise de Grisk ? Pas nous. Aussi, remontons quelques mois avant son arrivée pour vous raconter comment Padgram en vint à connaître davantage les tenants et les aboutissants de cette fameuse histoire de Saïan-Toute-puissante, comment il retrouva Karzus non sans une joie joufflue, et comment son cousin Padbol devint la clef d’une grande énigme.
Les expositions, les concours, et les tournois allaient bon train, malgré l’hiver, on faisait cuire des poulets, des moutons, et des faisans à la broche. On s’affrontait sur des canassons paysans, ce que pas un n’avait eu le droit de faire jusqu’à présent. En un mot comme en plusieurs, qu’il vous faudra compter, Padgram s’évertuait non sans brio à divertir son peuple, et à lui offrir les divertissements de ses aristocrates. La Cour, de fait, le désertait, lui et son bide. D’abord, on tolérait mal cette inversion des faciès amoureux. Les nobles ne supportaient pas de porter le visage des servantes qui aguichaient leur cœur pour rester très poli – pourtant, ils les aimaient, ces souillons de fortunes aux décolletés intenses ; imaginez la tête de Madame la Baronne, de Monseigneur Half-Le-Loup, lorsqu’en ses draps de soie, ils se découvraient lâches, et amoureux d’un autre ! Ainsi donc le peuple, même haineux de soi-même, se rapprochait grandement de son bon roi obèse.
Karzus arriva un jour en dromadaire fugace, et fit une cabriole avant d’atterrir devant le fauteuil de Padgram.
Karzus : Padgram, l’heure est grave !
Padgram : Topazos ?
Karzus : Non, c’est Karzus. J’ai pris l’apparence du Druide pour passer plus incognito.
Padgram : Tu as vu, je suis grimé en Lysette !
Karzus : Oui, ça pue l’Amorosée à des kilomètres à la ronde…
Padgram : Pourquoi n’es-tu pas affecté ? Ton visage n’a pas changé.
Karzus : Parce que je suis la seule personne que j’aime le plus avant mon défunt père. Et puis, je suis blindé contre ces maléfices. Je suis venu pour t’aider.
Padgram : Pour l’instant, j’ai fait cesser toutes les enquêtes, pour que le peuple n’ait qu’une image louable de lui et de moi-même.
Karzus : Des dieux viennent d’arriver sur Saldra et leurs intentions ne sont pas pacifiques !
Padgram : Qu’y puis-je ?
Karzus : Tiens-toi préparé, ils n’aiment pas le fait que Saïan soit devenue une déesse susceptible de narguer leur puissance.
Belgamore, Londe et Rune, Lysette, Tobinio, Inyashar, et Jeanne en profitèrent pour faire leur entrée, sous les traits respectifs de Paroxyne, Rune et Londe, Padgram, Lysette, Tobinio, et Dophylis.
Karzus : Voilà de bien étranges figures ! Heureux de vous retrouver, les amis, fût-ce sous un faciès différent ! Il se peut que nous ayons trouvé avec ce maléfice imprévu un remède pour notre cher Grisk…
Padgram : Ou alors… Une solution inédite à notre problème central.
Karzus : Je t’écoute ?
Padgram : Si Grisk entre dans le château, il portera le visage de la personne qu’il aime le plus au monde. Ce sera Saïan, assurément. Lui, à nos côtés, nous pourrons facilement manier l’opinion des gens. Si la déesse qu’ils admirent en secret depuis des mois – et au passage, merci encore une fois de ne m’avoir prévenu qu’en temps de crise, Belgamore ! – je disais donc, si la déesse qu’ils admirent en secret se trouve être de notre côté, nous n’aurons plus jamais à craindre les débordements anarchistes et contestataires de Dophylis et ses prêtres.
Lysette : Mais mon amour, c’est de la manipulation politico-religieuse !
Padgram : Précisément ! D’ici là, nous devons retrouver Saïan.
Belgamore : Non, d’ici là, nous devons rester auprès de notre peuple et attendre que Grisk nous revienne.
Karzus : Ca tombe bien, il est sur la route. Les deux dieux l’accompagnent. Tenez-vous prêt à les recevoir, ce sera dans quelques mois, à peine.
Au même moment, Padbol, le cousin de Padgram, débarqua dans la Salle du Trône, avec un air penaud et affligé. Lui non plus n’avait pas changé de visage.
Padgram : Padbol, cousin, que t’arrive-t-il ? Ton visage n’est pas devenu celui de ta chère Astiklapine ?
Padbol : Hélas, cousin, ou cousine, que sais-je ? (Que tu es appétissante sous les traits de ta femme, cousin !) Je suis le responsable de cette Amorosée.
Tous : Quoi !?
Padbol : Chaux de Pagrin, ce séducteur, m’a donné il y a quelques temps, au moment où toute la crise de l’harmonie s’est déclenchée, un Breuvage bien particulier, le Breuvage de…
Karzus :…la Charmenthe !
Padbol : Oui ! Grâce à lui, je devais devenir un incorrigible séducteur et convaincre n’importe qui, par ma seule personne, de l’aimer. A commencer par Astiklapine ! Je me suis réfugié dans le château pour boire la mixture une fois préparée par mon charlatan, et tout ce que j’ai réussi à faire c’est…
Belgamore :… de la cracher au moment où un gaz extrêmement nocif se répandait dans le château ! Le fait que Padgram soit amour et vie n’a donc aucun rapport avec le maléfice de l’Amorosée ! Le gaz jaune sorti du ventre de Broalcoeur n’était qu’un reflux intestinal ! C’est ton haleine de Charmenthe, puissant philtre d’amour, qui, mêlée aux particules de gaz itinérant aux vertus renversantes, a fait de cette jaunisse…
Padbol : …une belle Amorosée.
Padgram : Et où est-il, ce Chaux de Pagrin ?
Padbol : Dans la Forteresse du Mât-de-Nesse. Les visages de ses pires ennemis sont si nombreux qu’ils se bousculent et continuent de se bousculer sur son faciès, ce qui l’a rendu paranoïaque et schizophrène. Nulle dame désormais ne le désire. A vrai dire, la plupart de ces visages haïs et changeants, ne sont rien d’autres que des faces féminines…
Padgram : Puisque Belgamore est sage et que nous ne pouvons nous permettre de quitter notre château, je propose qu’au lieu d’aller chercher Saïan Hapic’n au terme de je ne sais quel interminable pèlerinage, nous la fassions venir à nous. Du moins spirituellement. En attendant l’arrivée de Grisk.
Ils se mirent donc en tête d’officiellement construire la première cathédrale dédiée à la Déesse choisie par le Soleil, pour le Représenter au milieu des Vivants.
Padbol : Mais, du coup, Padgram, vous autres… vous voulez conserver l’Amorosée ?
Padgram : Oui. Elle est devenue arme politique, cette fumée, profitons-en. Rune et Londe, des nouvelles de Fouillordhur et de Dophylis ?
Rune : Ni l’un…
Londe : Ni l’autre…
Padgram : Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. Si ces deux là ressurgissent, pour les deux maux distincts dont je les accuse, je saurai les recevoir. Gentilshommes, gentilles dames, au travail ! La cathédrale de Saïan Hapic’n n’attend pas !
Nul doute qu’en haut, dans le ciel, Saïan serait touchée si elle savait ce qu’on faisait pour elle. Mais elle se fiche, comme tous les Dieux, de ce que font les humains pour elle. Ce n’est pas qu’elle s’en fiche, c’est qu’elle est incapable de le percevoir. Elle s’est amusée au début à lancer des boules de feu, et les voir rebondir interminablement sur toutes les parois de sa cage dorée. Mais le jeu l’a vite ennuyée. Qui viendra la sauver d’un pareil traquenard ? Un connard. Vous en saurez davantage plus tard.
Quelques mois ont passé, Grisk et ses deux acolytes, non sans avoir bavardé de choses bonnes à manger, de la forme des fleurs qui a certes changé, de l’odeur des chemins qui sentent le chat mouillé, de la tête des passants qui n’aiment pas leur visage, ont fini par atteindre le point de Barzabute.
Vous vous rappelez le coup de foudre extrêmement rapide et surprenant, même pas pris en conscience par vos yeux de sournois, qui mit le prêtre Dophylis à terre, le brûla, le calcina, le ratatina, le pulvérisa, sans qu’il ait le temps de comprendre comment ni pourquoi ? Bien, c’est tout ce qu’on voulait vérifier. Des fois que vous ayez encore du mal à admettre la mort du prêtre. On vous le rappellera souvent, je m’en porte garant.
Grisk poussa donc la porte du château et survint ce que vous savez. Padgram, en le voyant arriver, savait bien à qui il avait affaire… Revenons exactement aux quelques lignes de dialogue mystérieuses sur lesquelles nous les avions laissés…
Grisk : Ca fait longtemps, je sais, mais… Je me suis dit qu’il était temps que je revienne.
Padgram : Sois bienvenue en ma demeure, ô Saïan toute-puissante…
Grisk resta interloqué.
Grisk : Euh doit y avoir erreur sur…
Padgram (entre ses dents) : Fais ce que je te dis et ferme-la. Je sais qui tu es. Admets que tu es Saïan.
Grisk se jeta un coup d’œil : ses seins étaient magnifiques – qui n’en a pas de beaux dans Golden Epopée ? – beaux comme des pamplemousses – comparaison standard – et son parfum ne trompait pas : il était devenu Saïan. Lui qui avait passé plus d’un an de sa vie, il y a un an, à changer très régulièrement de corps, et notamment celui, furtif, de sa belle amoureuse, il ne pouvait hésiter sur l’évidence de son apparence. Il était bien devenu la belle, la toute-belle, et glorieuse Saïan Hapic’n. Image qui jusqu’alors n’était resté en lui que sous un souvenir atroce, démesuré, celui d’une jeune fille emporté dans le ciel, dans un cri, dans une apothéose de feux et de lumières par trop incandescentes. C’était ça le souvenir de l’amour.
Padgram en prenant sa Saïan par l’épaule jeta un regard aux deux Subsaldrantes, hideux, qui, eux, n’avaient pas changé de visage, et qui assistaient à la scène d’un air circonspect. Le Roi de l’Amorosée ne fit pas tergiverser davantage le souci incertain des conventions d’usage et adressa un coup d’œil significatif à Lysette, dont l’obésité royale réclamait l’expression de l’autorité conjugale.
Lysette : Valets ! Pages ! Ecuyers ! Allez donc vous occuper de ces nobles étrangers qui nous font la Grande Joie d’accompagner la Toute-Puissante Saïan. Je veux les inviter à mon Souper ce soir. Le peuple y est convié. Prévoyez une grande table. On va bien s’amuser.
Grisk : Si tu le dis…
à vous la suite !
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Everlasting
- Posté le
14 décembre 2009 à 00:12:30

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___Au pied des murailles, Barzabute___
Tables de bois et nappes en papier - les premières posées, on claque les secondes dans le bleu de l’air. « Kvping ». Cuillers et orangers sont apportés par les sexes correspondants, disposés, avec et pour le goût. Grisk, c’est son job depuis le tout début, se promène, se déhanche, passe entre les arches où tournent flammes et cochons, foule l’herbe avec, il imagine, ses bras de cire ballants et désarticulés. Mais ils sont beaux bien sûr, avec de fins poignets que l’on voudrait toucher, saisir dans ses mains, ou sentir autour de son cou, par anticipation. Ainsi passe le corps de Saïan, faisant des prisonniers sur son passage, mettant en cage les âmes aux idées folles qui flânent sur l’herbe filoute, ces âmes en avance sur l’horaire du méga banquet organisé par Padgram. On attend, on attend aux airs d’un piano, aux airs des corps qui lévitent, sans prise, en boucles sur eux-mêmes ou en pointes esseulées, seuls dans leur improvisation, seules, en biographies.
Plus loin sur la bande de prairie où se déroulent les préparatifs du banquet, sur des murets aux abords des remparts, Myosotis et Sanlapis se querellent.
- J’ai eu une grrande vision mon Sotis : Padgram dans un bain de sang, les autels qui brûlent, une orgie autour de lui. Un dîner dionysiaque, avec de la sauce partout, des ravins de cadavres, du sexe, de la violeeeence et toi, mon Zozo, en chef orchestre !
- Les massacrer sans préalable? Quel ennui, je préfère de loin semer la zizanie et les
- Zizanie ? Qui est Zizanie ?
- Une de mes grand-mères
- Une maitresse ou pas?
- Boarf
- Et Ennui ?
- Sanlapis... ...
- Oui Sotis ?
- Je te hais
- Ooh, moi aussi Myotis
Ils s’embrassèrent, firent un peu l’amour, parlèrent de Saïan, levèrent leurs têtes vers la nouvelle cathédrale fraichement élevée, parlèrent encore, Sanlapis s’enthousiasma, se querellèrent, et bis repetitia. Nous étions l’après midi.
La fin d’après midi. De chaque maison, de chaque seuil, hommes et femmes de notre ville prirent comme convenu, à l’heure qui convient, une forme propre à se déverser dans les ruelles et boulevards. La populace vint, devint, elle se serra, tissa un tapis de tête sur l’avenue, et procéda. A pas lents, vers la plaine, vers la grande table, où jadis marcha Saïan, où son ombre vagabonde encore, perchée sur l’âme d’un nabot qui ne s’y fait pas.
Le soir ; l’obscurité relève dignement son col. Les braises parlent et les cochons se sont tus, on rassemble dans un coin les animaux noctu-lumineux de la contrée, qu’on puisse voir. A voir il y a. Des rangées de doigts plongent à l’unisson, et elles mangent ; des centaines de mains s’agitent en maints gestes, et elles discutent ; des bras se tendent, et ils boivent ; des épaules roulent et roulent encore, et elles se lovent entre elles ; des cous se dressent, et ils regardent ; des têtes dodelinent, et c’est déjà l’ivresse. Un banquet à ciel ouvert, entourés des grands moulins à vent, planté sur la divinité qui donne le nom à cette foutue planète qui est la leur, à ce peuple un peu fou, un peu barza. La nuit semble encore calme, molle, un peu comme les interminables serpents que forment les tables. Et que chante Barzabute. Plaisante nuit, plaisante nuit.
- Il faut bien que le peuple oublie parfois ses petits soucis... ...
La grosse Padgram grignote sa serviette. A sa gauche, son goguenard de mari en tenue gracieuse, les deux oiseaux copines comme castor, Paroxamote, l’ignoble Dophylis qu’on a enturbanné pour l’occasion, Tobinio qui se coupe les ongles des pieds, le double de la reine qui est en fait son fils, au grand intérêt de Myosotis qui s’entretient avec lui, sous le regard de sa femme qui affûte ses couteaux. Y’a-t-il quelqu’un à la droite de Lysette ? Oui, Karzus, et aussi une paire d’yeux verts dans la nuit, d’yeux qui ne cillent pas. Drapée, un anneau au cou, deux plumes incrustées dans chaque poignet, Èsse Ah Ih Ah Ènne, elle-même, nayade astrale en incarnation.
Saïan n’a pas été oubliée. Dans un coin, les crédules sans-royaumes dansent et pleurent de joie en criant « Hosannah ». Le trouble agite tous les autres, leur fait perdre la fourchette et leur laisse la viande sur le nez. Padgram, puissante, en profite pour se lever.
Padgram : Zabute ! Mon peuple ! As-tu assez bu ?
Le Peuple : Nos femmes se plaignent et leurs voix sont comme du saxophone à nos oreilles, Ô Lysette ! Et ton nom sonne comme L’ivresse ! Nous t’aimons !
Padgram : Vous me réjouissez, bonnes gens. Pas disciplinés pour un sou, mais fidèles à vous-même. Savez vous que cette fête est donnée en l’honneur d’un invité de marque ?
Les regards tentèrent de se faire littéralement la malle, échouèrent tous. « Elle ». « Là ». La déesse.
Au milieu des murmures, Myosotis coupa une carotte et fit un geste avec sa fourchette. Un homme s’éleva de la foule attablée.
Un homme : Dophylis disait qu’il fallait l’écorcher vive si on voulait retrouver notre apparence, ainsi que ses fidèles. Pourquoi pas ? (un autre murmure, ou était-ce un frisson, parcourut les rangs)
Un Sans-Royaume : Parce qu’elle te séchera la gueule en l’allumant ?
L’homme, croisant les bras derrière sa tête : - Qu’elle prouve qui elle est alors!
Karzus l’interrompit : Réplique banale, tu l’as devant toi, jeune enthousiaste, que te faut-il de plus ?
Myosotis balbutia et s’étouffa avec sa carotte, l’homme se rassit.
Sanlapis se regarda les ongles. Un autre se leva, couteau à la main, qui alla droit vers Saïan.
Inyashar se balança légèrement sur son banc tout en se léchant le doigt, et mit un coup de pied distrait à Sanlapis. L’homme tomba sur son couteau et s’ouvrit le cou. Un ohhh respectueux s’étira.
Sanlapis : Hep, vous m’avez bousculée, jeune homme.
Inyashar : Hein ? Ah scuse, ça venait pas de toi les bruits obscènes ? J’aurais juré qu’on s’étouffait le gosier dans le coin.
Padgram : Vite, secourez ce malheureux.
Sanlapis : J’ai l’air d’aimer tes manières ?
Inyashar : Même tarif, juste la prochaine fois j’attendrai que ton poulet soit aux fesses pour te débloquer.
Myosotis : Je fais des bruits obscènes moi ?
Rune : C’était dégoûtant pour tout dire.
Sanlapis : Tu manque pas d’airs, mariole, t’es née avec ou c’est la gamine en robe de chambre qui te les fait grandir ?
Inyashar : Ah ouaais, c’est pas un hoquet mais carrément la langue que t’essaies de te racler. Je vais te dire, pisse-pauvre, un peu de pus et rien d’autre à postillonner, nouillard, zéro tranchant.
Lysette : Mon régime m’interdit les haricots
Sanlapis, dans une colère noire, se mit à tricoter légèrement des doigts, contenant quelque maléfice. « Sale pestiférée, je vais te… ». Mais Myosotis l’entrava de ses bras à temps et s’isola avec elle pour tenter de la raisonner.
Ignorant de ces trames, Padgram haranguait le public, annonçait une démonstration. Grisk et Saian se levèrent sur un geste, étendirent leurs bras comme un druide; Karzus, dans l'ombre, amorçait déjà un feu d’artifice. Un truc pulsant, avec des couleurs bien vulgaires et des éclats de tonnerre à contretemps, des formes de lézard et de primo-genèse qui évoquent le surnaturel, le grand show. Est-ce que le public fut converti par un choc existentiel ou juste plaisamment estomaqué, c’est à considérer, pour ce qui est de mon avis la phrase s’arrête là.
Ainsi, pendant que les deux dieux se chamaillaient, que Myosotis implorait, soupirait, regardait ailleurs, échouant temporairement à religio-guerroyer, la peuple faisait sienne la nuit, allumait sa bougie, avec ferveur et esprit de Noël. Un grand élan de ferveur enivrée, qui remuait le ciel ou se dissipait toute juste la fumée de Karzus, dont nous ne sommes ma foi pas mécontents.
La nuit continuait.
- ça tremble méchamment
- c’est toi ça ?
- non
- j’entends comme une voix
- presque distincte
- Rune, tu crois que…
A vous la suite!
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Gabarit
- Posté le
15 décembre 2009 à 10:26:55

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...Maman est là ?
- Rien n'est sûr, soeur. Buvons.
___ Le lendemain matin ___
Un coq s'égosilla en vain : l'orgie avait été telle que les corps gisaient là, victimes de l'ivresse.
Myosotis et Sanlapis se promenaient entre les convives et cherchèrent leur consoeur, Saïan, qu'ils avaient pourtant fréquentée sans savoir pendant tant de temps : ils avaient décidé de régler le conflit à l'amiable.
Myosotis : Mais où est-elle ?
Sanlapis : Je t'aime.
Myosotis : Rêve un peu, et dis-moi si tu la sens.
Sanlapis : Les humains puent et ne me laissent qu'un goût de courgette. J'en ai mangé deux hier. Leurs pintades m'ennuyaient.
Myosotis : Je sais. Dans quinze minutes, ils vont se rendre compte de la disparition des deux enfants. Nous mettrons ça sur le compte de la petite salope.
Sanlapis : On ne règle plus ça à l'amiable ?
Myosotis : Non. J'ai décidé qu'on allait l'écraser. Il faut la rendre la plus impopulaire. Le mieux serait de faire apparaître un rêve à tous ces crétins. Faisons-leur croire que leurs enfants ont tous été dévorés par la sangsue.
Sanlapis : D'où l'appelles-tu sangsue ?
Myosotis : Pour rien.
Sanlapis : Je maîtrise les rêves, mon bon mari, j'étais là quand vous y avez pensé, à la petite grue, cette nuit. Elle ne vous a pas fait jouir, n'est-ce pas ?
Myosotis : Ma chère femme, tu es si bonne.
Sanlapis : Nous allons l'écraser aussi facilement qu'une mouche et nous redeviendrons vite les Puissants que nous étions. Nous allons faire regretter son apothéose à cette blondasse.
Elle fit claquer ses phalanges et envoya immédiatement un songe sombre à l'ensemble du peuple, les manants, les faquins, les mendiants, les va-nu-pieds, les bourgeois, les militaires, les bouffons, les clercs, les artisans, les troubadours, les esclaves, les domestiques, les valets, les pages, les seigneurs, les damoiselles, les barbots, les éleveurs de porcs, les palefreniers, les fermiers, les forgerons, les scientifiques, les mafieux, les insensés, les très sensés, les prolétaires, les anarchistes, les brigands, les lépreux, les filles de joie, les acharnés de la bibine, les contremaîtres, les aubergistes, les boulangers. On pourrait dire tout le monde pour aller plus vite. On pourrait.
Tous se réveillèrent immédiatement avec une énorme gueule de bois et se précipitèrent pour aller retrouver leur enfant. Mais Myosotis avait fait fort : il avait fait en sorte que le rêve devienne réalité. Tous les enfants de Barzabute avaient été égorgés et gisaient dans leurs lits ou par terre.
Un grand cri s'éleva dans l'assistance, puis un autre, et encore un autre. Une symphonie de hurlements éclata dans l'aube naissante. Les deux dieux se frottaient les mains et s'étaient éclipsés dans l'espoir secret que Saïan Toute-Puissante se ferait lyncher sur-le-champ. L'intention collective fut immédiate. Mais comme on ne trouvait pas Saïan, on décida une bonne fois pour toutes de faire du roi le responsable.
Padgram somma Lysette de prendre ses responsabilités, au sens propre. Ils s'étaient tous réfugiés dans le château. Pas de trace de Grisk aux traits de Saïan.
Padgram : Mais je ne comprends pas ! Ce banquet devait résoudre tous les problèmes ! Je comptais sur la bienveillance des dieux ! Nous les avons autant honorés que Saïan !
Karzus : Tu ne sais pas jusqu'où une divinité peut aller pour obtenir ce qu'elle veut... Ils peuvent tout, Padgram. Le peuple a perdu son engeance. Que veux-tu qu'il y ait de pire pour eux ?
Rune : Il faut éviter de poser cette question ! Le pire est toujours possible !
Belgamore : Mes trésors de sagesse ne nous aideront plus. Le pont-levis va céder.
Inyashar : Trop tard ! Les soldats du château étaient pères de famille, tout le monde s'est retournés contre notre tronche.
Londe : Livrons-leur Dophylis !
Jeanne : Je ne suis pas Dophylis !
Lysette : Il faut leur parler !
Padgram : C'est ce que je te dis depuis tout à l'heure !
Tobinio : Mais où est Grisk !?
Padgram : Mieux vaut qu'il ne soit pas là !
Lysette : JE DIS IL FAUT LEUR PARLER !
Karzus : Suicidaire. Ils vont vous lyncher avant même que vous ayez ouvert la bouche. Non, il faut s'enfuir, et sur-le-champ.
Padgram : Mais je ne peux pas quitter mon peuple ! Ne saurais-tu leur redonner leurs enfants !?
Karzus : Je suis shaman, pas vaudou ! Et ils sont trop morts pour être nombreux.
Lysette : Quoi ?
Karzus : Ils sont nombreux et morts, trop nombreux, pas assez de magie : c'est impossible. Et puis lutter contre la magie des Dieux ? Non, non. Il faut fuir. Et d'ailleurs, vous êtes bien gentil, mais moi, j'ai un continent à gérer.
Inyashar : Mais enfin, moule à bite, tu nous lâches !?
Karzus : Non, je vous suggère juste de partir. Les voilà qui arrivent.
Padgram : Ne tergiversons pas davantage. Tous en arrière !
Glloq galopa jusqu'aux fuyards et, la langue toute pendue, leur dit : "Vénez les topains, on sera en sécurité par li par la ! Vénez les topains, vénez les topains ! Je sais où y pourront pas nous saigner! Non, non, non ! Y nous zécorcheront pas, parole de moi!"
Signé : Gabarit.
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(Très heureux de pouvoir contribuer à votre histoire. J'ai fini de lire le mois dernier, sur les conseils d'Apothéose. Les personnages sont super. J'espère pouvoir participer davantage encore. A bientôt)
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Sujet : « *** Golden Epopée *** »
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