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Les censures

Au gré de leurs productions volontairement provocatrices, violentes et politiquement incorrectes, les développeurs de chez Rockstar Games se sont forgés une réputation d'éternels «bad boys» du jeu vidéo. Qu'elle leur ait apporté une publicité bonne comme mauvaise selon les points de vue et les sensibilités de chacun, cette réputation leur a quoi qu'il en soit porté préjudice, en éveillant controverses à tire-larigot, scandales de toutes natures dans la presse généraliste, poursuites judiciaires et autres insurrections d'associations bien pensantes (qui a dit Familles de France ?).

A côté des GTA, ce fut surtout Bully et la série des Manhunt qui créèrent des polémiques. Le premier Manhunt, à cause de son extrême violence, fut interdit en Nouvelle-Zélande et en Australie, et fut même retiré de la vente par beaucoup d'enseignes du Royaume-Uni lorsqu'en 2004, il fut accusé d'avoir inspiré un jeune qui avait assassiné son ami de sang-froid. Manhunt 2 lui, fut interdit en Angleterre, en Irlande, en Italie et en Suisse. Aux Etats-Unis, sa classification ESRB (Entertainment Software Rating Board) étant menacée de basculer vers un «Adults Only», Rockstar a préféré censurer le jeu en ajoutant un voile aveuglant durant les scènes gore pour qu'on ne voit presque plus rien. Cette version édulcorée est finalement sortie en Angleterre, tout comme chez nous. Quant à Bully, encourageant soi-disant les violences commises par les jeunes dans leurs écoles, il fut interdit au Brésil et aura même déclenché une manifestation du groupe «Peaceaholics» («accros à la paix»), juste sous les bureaux de Take-Two à Manhattan !

GTA 3 fut le premier jeu de Rockstar à avoir véritablement soulevé les foules (il fut interdit pendant un temps en Australie, pays qui aura par la suite l'habitude de bannir presque tous les opus de la série pour leur violence jugée outrancière). Même si les premiers GTA sur PS1 et PC jouaient déjà dans la cour de la violence et ne laissaient pas indifférents les plus virulents des anti-jeux vidéo, l'impact visuel qu'impliquait alors la 3D de GTA 3 donnait une tout autre tournure aux actes presque terroristes que pouvait commettre le joueur dans la ville de Liberty City. Et en voyant à quel point le jeu fut un franc succès en termes de vente, l'inquiétude générale commençait à planer. D'ailleurs, il faut savoir qu'il y eut un certain malaise au moment de la sortie du jeu, à cause des événements tragiques du 11 Septembre 2001 qui y étaient très proches. Les développeurs ont donc dû retarder quelque peu la sortie de GTA 3 pour effectuer des changements de dernière minute, et éviter une levée de bouclier qui aurait pu leur être fatale. Ils ont également censuré certaines missions jugées trop violentes, retiré quelques effets gore, supprimé une mission spécifique qui se déroulait en avion, enlevé les écoliers et les bus scolaires qui se baladaient dans la ville, et changé l'apparence des voitures de police. A noter que le problème lié au choc du 11 Septembre 2001 et à l'invasion de l'Afghanistan qui s'ensuivit fut exactement le même pour Smuggler's Run 2, qui dû se rabattre sur des décors tirés de Russie et du Vietnam, plutôt que de l'Afghanistan.

Les voitures de police avant, et après les modifications

Si GTA 3 avait dérangé à cause de sa violence, il en fut de même pour GTA Vice City à la différence que ce dernier fut aussi accusé d'encourager des discriminations envers les minorités ethniques présentes dans le jeu. Certains habitants de Floride d'origine cubaine et haïtienne porteront plainte en montrant du doigt les insultes proférées dans Vice City. Sous la pression, Rockstar remaniera les lignes de dialogues dont il était question, pour contenter tout le monde.

Et l'affaire «Hot Coffee» de San Andreas qui a tant fait couler d'encre, vous vous en souvenez ? Pour rappel des faits, Hot Coffee était un mod au contenu sexuellement explicite pour ne pas dire pornographique, qu'un certain Patrick Wildenborg avait non pas créé, mais seulement déniché parmi les fichiers dissimulés de la version PC de GTA San Andreas. La découverte de ce mini-jeu graveleux créa un tel séisme aux Etats-Unis (les vendeurs spécialisés refusaient alors de mettre le jeu en rayon et la sénatrice Hilary Clinton s'était engagée dans une lutte sans merci contre le jeu), qu'au final Rockstar Games dut casser la tirelire pour rapatrier dans l'urgence toutes les copies de GTA San Andreas, tandis que la classification ESRB passait de «Mature» à «Adults Only». Mais ce n'est pas tout, GTA San Andreas eut bien d'autres déboires, car outre les problèmes liés à l'ESRB, d'autres vinrent lui mettre des bâtons dans les roues. Il y eut la «Federal Trust Commission» qui mena une enquête pour comprendre pourquoi le fameux mod pornographique devait être présent dans la version finale, le «Sex Workers Outreach Project», une organisation de prostituées, s'insurgea du traitement infligé à leurs représentantes virtuelles dans le jeu, et même une mamie de 85 ans qui, après avoir acheté le jeu à son petit-fils, colla un procès à Rockstar pour y avoir dissimulé du contenu potentiellement choquant pour les plus jeunes.

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