Le phénomène des machinimas a réellement commencé en 1996 avec la sortie du jeu Quake et plus particulièrement avec la diffusion de Diary of a Camper, un petit film d'à peine plus d'une minute réalisé par le célèbre clan de joueurs The Rangers. En dépit d'un script minimaliste et d'angles de caméra que l'on pourrait aujourd'hui qualifier de très sommaires, il s'agissait là du premier détournement d'un moteur de jeu au service d'une histoire autre que celle prévue par le jeu lui-même. Le scénario se déroule dans une partie de Quake et décrit la rencontre sanglante entre l'équipe des Rangers et un campeur, joueur qui préfère se poser dans un coin et attendre le combat plutôt que de le chercher lui-même. Après que deux de leurs équipiers tombent sous les tirs du campeur, les trois derniers Rangers décident de répliquer et ouvrent le feu sur leur ennemi pour s'apercevoir qu'il s'agit en réalité de John Romero, l'un des créateurs du jeu. Impressionnés, épatés et surtout amusés par Diary of a Camper, les joueurs du monde entier ne tarderont pas à s'intéresser de près à cette nouvelle façon d'aborder les jeux et plusieurs autres films sortiront des esprits les plus inventifs.
Dès lors, la mode était lancée. Des petits films commencèrent à surgir de tous les coins de la communauté, comme si chaque clan de joueurs se devait de produire son propre court métrage. Bien sûr, tous n'étaient pas des chefs-d'oeuvre, mais de cette période faste, nous retiendrons plusieurs projets réussis tels que Blahbalicious d'Avatar and Wendigo ou encore Operation Bayshield du clan Undead. Ce dernier film se distingue particulièrement par la tentative de lip synching (synchronisation des lèvres) appliquée aux personnages. Cette multiplication de courts métrages entraîne inévitablement la création de sites internet autour du phénomène. The Cineplex, Psyk's Popcorn Jungle et The Quake Movie Library seront parmi les premiers à s'intéresser à ce que tout le monde nommait alors des Quake Movies. Des critiques et des revues apparaissent rapidement, encourageant les créateurs à se surpasser et à présenter des films de plus en plus aboutis.
En 1997, la sortie de Quake 2 ne fait qu'alimenter le phénomène grâce à la possibilité de modifier les caméras après l'enregistrement de séquences. Cette fonction facilitera grandement la tâche des machinéastes en leur permettant une mise en scène à la fois plus simple à mettre en place, mais aussi plus élaborée. Le premier film à voir le jour grâce à ces nouveaux outils sera Eschaton : Nightfall de Strange Company (malheureusement aucune vidéo n'est aujourd'hui disponible). Strange Company jouera par la suite un rôle majeur dans le mouvement puisqu'il sera à l'origine du terme machinima et de la mise en place du site du même nom (comme nous le verrons dans la prochaine partie).
Jusque-là, les films étaient encore appelés des Quake Movies. Ils s'échangeaient assez facilement sous la forme de fichiers de démos permettant à quiconque possédant le jeu de voir le film en toute simplicité. Les fichiers ne comprenaient alors qu'un minimum d'informations n'incluant grosso modo qu'un script de film que le moteur de jeu (déjà installé sur l'ordinateur du spectateur) pouvait interpréter. L'arrivée de Quake III allait cependant chambouler tout cela en posant pas mal de problèmes à la communauté. Le nouveau format de fichiers de démos contenait de précieuses informations sur le code réseau et leur échange laissait grande ouverte la porte aux tricheurs obligeant id Software, le studio créateur du jeu, à limiter fortement leur propagation. Quake III marquera ainsi un gros coup de mou dans le monde des Quake Movies. Peu de nouveaux films verront le jour mais les créatifs les plus courageux ne baisseront pourtant pas les bras et se bougeront pour entretenir le média, le structurer et lui donner un vrai nom.