Secret of Mana

Test Wii

Deuxième opus de la série des Seiken Densetsu, Secret Of Mana est pour beaucoup de joueurs un jeu unique et innovant. Il fut un choc pour tous ceux qui n'avaient pas encore touché de RPG. Sorti en 1994, sa réédition sur Console Virtuelle fin 2008 nous donne une bonne occasion de nous attendrir à nouveau sur ce jeu de Square acclamé de façon universelle, et d'en comprendre les raisons.

L'histoire se centralise sur le sort d'un jeune garçon qui va, bien malgré lui, rouvrir une guerre vieille de mille ans en découvrant l'Epée Mana. Etant maintenant le seul à pouvoir raviver l'épée pour sauver le monde, il va partir dans une quête qui s'avérera beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît au départ. Il rencontrera sur sa route une jeune princesse à la recherche de son bien-aimé et un enfant elfe qui a perdu la mémoire. Tous les trois s'uniront pour lutter contre un Empire malfaisant, et surtout contre Thanatos, dont les intentions ne sont pas claires, du moins au début. Même si on a du mal à accrocher aux quinze premières minutes, à cause d'une impression de déjà-vu, on se laisse vite emporter par les différents rebondissements, ainsi que les petites histoires qui viendront se greffer à la trame principale.

L'une des grosses particularités du jeu, c'est qu'il est jouable à trois. Le système permet de choisir un des trois personnages et d'être rejoint par d'autres joueurs même en pleine partie, ou au contraire de laisser l'IA s'occuper des autres protagonistes. Cerise sur le gâteau, vous pouvez changer de personnage à volonté. Même aujourd'hui, il est rare de voir une telle liberté dans un RPG, déjà qu'il est rare de voir des RPG (ou Action RPG) jouables à plusieurs. Mais ce n'est pas le seul coup d'éclat du système de jeu de Secret Of Mana. L'innovant Ring System, un menu qui tourne autour du personnage, permet de choisir son arme, ses magies, ou encore son équipement, de façon simple et ergonomique. Du coup, plus besoin de passer par des écrans comme dans un Final Fantasy par exemple. Pratique et intuitif, ce système est une partie importante du gameplay.

Le gameplay justement, parlons-en. Nous sommes donc dans un A-RPG, et non pas dans un jeu au tour par tour. Cela vous permet de frapper, et d'esquiver les ennemis en temps réel. De plus, étant jouable à plusieurs, vous pourrez élaborer quelques tactiques pour enchaîner les ennemis plus facilement. Pour cela, vous disposerez de huit armes différentes, toutes évolutives, mais aussi d'une quarantaine de magies glanées au cours du jeu, chiffre assez incroyable surtout à l'époque. Mais tous les personnages ne peuvent pas les utiliser. Le héros ne possède d'ailleurs aucun sort, mais il a davantage de vie et de puissance. En revanche, la fille pourra utiliser des magies curatrices ou de soutien tandis que l'elfe sera le magicien noir de la bande. Cette distinction rend chaque personnage totalement indispensable au sein du groupe. Heureusement, lors d'une partie en solo, le Ring System permet d'avoir accès facilement aux magies de la fille et de l'elfe, même si on contrôle le garçon.

L'aspect graphique aura été l'un des grands atouts du jeu. Non seulement les décors sont incroyablement variés et originaux, mais en plus, le bestiaire plus que conséquent a bénéficié d'un travail particulièrement complet. Se balader dans les différents environnements devient vite un plaisir, avec des passages originaux comme le Temple de la Lune, le continent perdu (où l'on trouvera un métro… ?!) ou encore Puritas, une forêt pleine d'embûches. De plus, votre voyage aux quatre coins du monde sera accompagné par les compositions d'Hiroki Kikuta (Soukaigi, Koudelka), œuvres atypiques, parfois expérimentales, mais tellement indissociables du soft. Le lancinant Angel's Fear, qui ouvre le jeu, explique à lui tout seul que la bande originale de Secret Of Mana soit considérée comme un monument du jeu vidéo. De la flûte au piano, en passant par les percussions, vos oreilles voyageront autant que vos yeux, empruntant les mêmes routes vers le plaisir absolu.

Il va pourtant nous falloir apporter quelques ombres à ce tableau idyllique. Bien qu'adulé, ce jeu comporte des défauts trop présents pour passer outre. Tout d'abord, l'intelligence artificielle. Il faut le dire, le pathfinding est désastreux, autant pour les ennemis que pour vos partenaires qui se retrouveront souvent bloqués par un rocher. Heureusement, on peut changer de personnage pour les débloquer, mais ça reste tout de même rageant. Autre défaut, vous pouvez facilement enchaîner les ennemis et les boss en utilisant la magie, car ils restent figés un long laps de temps pendant l'animation, vous permettant d'utiliser d'autres magies en boucle. Une fois cela compris, les boss deviennent vite une formalité. C'est vraiment dommage, car le jeu devient trop facile. De plus, le soft ne comportant à vrai dire pas de quête annexe, il en devient assez court pour un RPG. Soit dit en passant, les ennemis peuvent aussi vous enchaîner sans que vous ne puissiez rien faire, ce qui aura tendance à énerver certains.

A cela s'ajoutent d'autres défauts plus mineurs, comme l'inefficacité de certaines armes ou encore une traduction française que l'on qualifiera de particulière pour ne pas être trop méchant. Fort heureusement, ces quelques défauts n'arrivent pas à effacer l'ambiance caractéristique de ce titre, en partie grâce à son bestiaire et à ses graphismes colorés, les rebondissements nombreux de son scénario, et une bande-son enivrante, de celle qu'on écoute volontiers sur son lecteur mp3. Même si le succès de ce jeu en France est aussi dû au fait qu'il fut l'un des premiers RPG nippons traduits dans notre beau pays, Secret Of Mana possède des qualités indéniables qui font de lui l'une des plus grandes réussites du jeu vidéo.

Anagund, le 24 juin 2009