Test Alpha Centauri- PC

PC

Trois ans après un excellent second volet, la série des Civilizations s'offre un peu d'exotisme en 1999 et propose de faire évoluer une civilisation sur une autre planète, ni plus ni moins ! On ne peut qu'apprécier ce vent de fraîcheur sur la série mythique de Sid Meier, surtout qu'il s'agit là d'un jeu particulièrement soigné, et qui se permet le sacrilège ultime pour un épisode de la licence : s'accorder un véritable scénario !

Alpha Centauri

Souvenez-vous, dans Civilization II, en jouant la carte de la recherche scientifique, vous pouviez gagner la partie en envoyant un vaisseau spatial sur Alpha Centauri. Eh bien, pour changer, on commence ici directement le jeu avec l'atterrissage mouvementé de ce vaisseau. Nous sommes en l'an de grâce 2100, et suite à des conflits violents, l'équipage se scinde en sept factions rivales, à l'idéologie bien définie, qui vont tenter de rejoindre la planète Chiron à bord de capsules de survie séparées. A part une optique radicalement tournée vers la science-fiction, le principe de la série n'a pas changé : vous êtes à la tête d'une civilisation et devez la faire évoluer à travers les siècles (de 2100 à 2600) en la contrôlant à tous les niveaux. A chaque tour, des choix s'imposent pour améliorer vos technologies, construire et gérer vos « villes », les aménager, « terraformer » votre territoire, ou déplacer vos unités sur la carte. Voilà donc de la pure stratégie au « tour par tour » conservant le mélange de macro-gestion (niveau global) et micro-gestion (niveau des villes) propre à la série. La guerre et les combats occupent une place importante du gameplay, mais la diplomatie n'est pas en reste et les alliances et échanges entre factions ne seront pas de trop pour garantir le succès de l'implantation humaine sur la planète. Nous reviendrons plus tard sur les conditions de victoire, mais d'ici-là le chemin est long pour votre petite colonie qui tentera de survivre dans un environnement hostile et inconnu.

Test Alpha Centauri PC - Screenshot 1La série Civilization prend le virage de la science fiction.

Le background d'Alpha Centauri est très travaillé et le simple fait de choisir sa faction présente clairement un questionnement idéologique et philosophique, chaque dirigeant affichant sa propre personnalité. Le peu de factions est ainsi compensé par leurs caractères respectifs très marqués : des écologistes nostalgiques aux scientifiques dénués de scrupules, en passant par les religieux fondamentalistes, on a l'embarras du choix. Il semble cependant important de noter que chaque faction a ses avantages et ses défauts (technologies de départ, bonus, malus propres), mais qu'il existe un léger déséquilibre de puissance entre elles, assez handicapant. En dehors du choix de la faction, il est également possible de choisir certaines préférences au niveau de la map, de la difficulté et des règles du jeu. Sur ce dernier point, il faut savoir que certaines règles changent grandement la difficulté et l'expérience de jeu. Par exemple, si la recherche technologique reste normalement soumise au hasard, une règle permet de choisir directement la technologie à pousser pourvu que les prérequis soient vérifiés. Ça n'a l'air de rien mais ça modifie complètement le gameplay.

Test Alpha Centauri PC - Screenshot 4Sept leaders, pour autant de factions différentes.

Une fois la partie lancée, on pourra remarquer une interface un peu lourde mais au design plutôt réussi. La map en elle-même est en 3D isométrique n'offrant pas, même pour l'époque, un niveau de détail incroyable, certaines textures sont même inesthétiques au possible. Cela dit, les couleurs ternes et le style épuré participent paradoxalement à l'ambiance du jeu, mystérieuse et mélancolique. Les fonctionnalités ne sont pas toutes extrêmement intuitives et la multiplicité d'informations et de menus peut submerger le néophyte. Si la prise en main n'est pas simple, l'interface s'avère très pratique après un petit temps d'adaptation. Des écrans diplomatiques permettent de communiquer avec les autres dirigeants une fois leur fréquence découverte (quelques erreurs de traduction sont à regretter et l'IA n'est pas incroyable non plus) et la fameuse encyclopédie de la série, répondant désormais au doux nom de « liaisons de données », éclairera le joueur perdu dans ce vaste univers.

Test Alpha Centauri PC - Screenshot 5Bienvenue sur la planète Chiron !

Le tout baignant résolument dans la science-fiction, les amoureux de la licence verront les huttes remplacées par des capsules de ravitaillement réservant toutes sortes de surprises et les barbares par des formes de vie extraterrestres agressives, résolues à attaquer vos installations. Pour le reste, retenons que les trois ressources principales de vos bases (pouvant être marines) seront les nutriments, nourriture indispensable à la croissance de la population, les minéraux, nécessaires à la production d'unités et de bâtiments, et l'énergie qui constituera l'argent nécessaire aux dépenses en tout genre. Si aménager des bâtiments simples ne suffit pas à votre bonheur, il reste les projets secrets. Ces derniers sont des bâtiments spéciaux, longs à construire et uniques, qui confèrent des avantages importants à ceux qui les possèdent.

Test Alpha Centauri PC - Screenshot 6L'écran de base est assez sobre.

Alpha Centauri présente aussi quelques nouveautés. Pour commencer, un atelier fait son apparition et permet de personnaliser ses unités. Sans se révéler indispensable, il s'agit là d'une fonctionnalité agréable pour optimiser sa force militaire. Ensuite, il est possible d'orienter sa politique grâce au « génie civil » qui se divise en quatre rubriques : économie, système de gouvernement, valeurs et société du futur. Ces dernières accordent chacune des bonus et des malus en fonction de la direction choisie : une économie verte sera plus écologique qu'une économie de marché mais sera moins rémunératrice. Aux traditionnelles victoires par conquête (atteintes lorsqu'une faction conquiert par la force l'ensemble des territoires occupés par les autres factions) et par point (remportées par la faction ayant réalisé le meilleur score lors de la date limite fixée vers 2600), viennent s'ajouter une victoire diplomatique (être élu gouverneur suprême), une victoire économique (avoir le monopole de la planète) et la victoire technologique. De plus, un monument est prévu pour inscrire vos réussites à la postérité.

Test Alpha Centauri PC - Screenshot 7Une avancée technologique accompagnée de son descriptif très complet.

Mais venons-en au point capital : le scénario. Au cours de la partie, des textes viendront vous plonger dans le récit de la vie des colons et si vous choisissez la victoire technologique, vous pourrez accéder à la « transcendance » et connaître le fin mot de l'histoire : une belle métaphore sur le rapport de l'homme à son environnement. Evidemment tout cela fait davantage office de toile de fond que de véritable scénario. Mais là où le jeu se démarque, c'est par une foule de petits détails, comme les citations évoquées plus haut, qui viennent ornementer l'univers d'Alpha Centauri. Chaque technologie et chaque projet secret est ainsi accompagné d'une explication et d'une citation réelle ou fictive pertinente. En outre, la construction de chaque projet secret s'accompagne d'une vidéo originale et bien réalisée. Autant dire que l'atmosphère du jeu est quasi parfaite.

Test Alpha Centauri PC - Screenshot 8On ne peut qu'orienter la recherche.

Pour finir, le jeu bénéficie de thèmes musicaux magnifiques qui renforcent l'ambiance générale, à la fois inquiétante et fascinante. Les doublages français sont tout à fait convaincants et chaque dirigeant a sa propre voix. On regrettera par contre la qualité des bruitages, parfois de mauvais goût lors des combats. Ces derniers ont alors tendance à devenir insupportables vers les fins de parties, quand il y a énormément d'unités sur la map. On peut aussi déplorer l'absence de campagnes consistantes et si le multijoueur est possible, l'âge du jeu le rend aujourd'hui quasi obsolète. Malgré ses rides et ses défauts, Alpha Centauri reste un excellent opus, qui se décide enfin à nous offrir une époque futuriste complète, tout en conservant ce qui fait le succès de la série : un principe addictif et une durée de vie monstrueuse !

Touchstone (contributeur de jeuxvideo.com), le 23 novembre 2012

Les notes

  • Graphismes 14/20

    Même pour l'époque, il faut bien reconnaître que le graphisme général n'est pas exceptionnel ; en revanche, Alpha Centauri se rattrape et sauve les apparences grâce à une interface grouillant de petits détails sympathiques et surtout des vidéos d'une très grande qualité artistique.

  • Jouabilité 17/20

    S'il faut avouer que le tout n'est pas incroyablement intuitif, il serait injuste de ne pas reconnaître la richesse du gameplay, et le côté jouissif du titre une fois qu'on a réussi à le prendre en main. Une mention spéciale aux ajouts vraiment originaux de cet épisode.

  • Durée de vie 18/20

    Dans la lignée de ses prédécesseurs, Alpha Centauri offre des parties incroyablement longues et réussit à faire du « tour par tour » une expérience passionnante. On devient facilement accro au concept.

  • Bande son 17/20

    Des musiques tout simplement géniales, on aime ou on n'aime pas, mais elles sont en totale adéquation avec l'univers et facilitent ainsi l'immersion. Chose rare, le doublage français n'a pas à rougir et les voix sont tout à fait convaincantes malgré quelques passages un peu trop emphatiques. Les bruitages, en revanche, sont tout simplement horripilants, même si fort heureusement on s'y habitue sans trop de mal.

  • Scénario 16/20

    Point fort d'Alpha Centauri, la création d'un univers complet et attachant. Le titre réussit avec brio à se détacher pour une fois de l'histoire de notre civilisation pour se tourner vers son futur. En revanche, le scénario aurait gagné à être étoffé d'une campagne et quelques erreurs de traduction viennent nuire à l'ensemble.

  • Note Générale17/20

    Inutile de cacher son enthousiasme face à cette petite perle, véritable curiosité dans la série des Civilizations, qui nous offre un plaisir de jeu intact, et qui pèche par excès en offrant à la série un supplément d'âme. Combien de fans n'ont jamais rêvé d'aller coloniser d'autres planètes ? Ce vent de fraîcheur sur l'une des plus grandes séries du genre offre un épisode qui se permet de transcender ses prédécesseurs et qui finalement n'a jamais trouvé son pendant dans les opus actuels. Cette singularité force le respect et devrait pousser les inconditionnels de la licence à découvrir cet outsider encore trop méconnu du grand public. Impossible de rester indifférent face à un tel jeu, soit on adore, soit on déteste, mais au moins on tutoie un chef-d'œuvre vidéoludique oublié depuis trop longtemps. Car au-delà du jeu, il s'agit d'une véritable réflexion sur notre nature profonde, sur l'avenir de notre Terre et de notre civilisation, le tout avec une petite note de poésie bienvenue dans ce monde de brutes. Un délice !

    La note de la rédaction est une appréciation de la qualité générale du jeu, mais n'est pas une moyenne arithmétique des différents critères.

  • Note Lecteurs 15/20

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