Test Risen 2 : Dark Waters- Xbox 360

Xbox 360

Sorti au mois d'avril dernier sur PC, le jeu de rôle Risen 2 : Dark Waters est à ce jour la plus grosse production de Piranha Bytes en termes de budget. Après avoir annoncé qu'il se chargerait lui-même de la version consoles, le studio allemand s'est résolu à la confier une fois de plus à Wizarbox, qui s'était déjà occupé du portage Xbox 360 de Risen premier du nom. De quoi de nourrir quelques inquiétudes...

Risen 2 : Dark Waters

Bien qu'il ne soit pas nécessaire d'avoir joué au premier Risen pour comprendre et apprécier Dark Waters, l'histoire s'inscrit dans la continuité des événements survenus dix ans plus tôt sur l'île de Faranga. La victoire du héros sans nom sur le Titan de feu n'a pas empêché le réveil des autres forces élémentaires, qui ont déjà commencé à se manifester en dévastant certaines régions du monde. Devenu officier de l'Inquisition à Caldéra, une cité portuaire menacée par un Kraken qui en empêche l'approvisionnement, il se résigne à son triste sort en noyant son désespoir dans l'alcool. C'est une vieille connaissance, Patty, qui va lui redonner un peu d'espoir : elle lui apprend que son père, le Capitaine Barbe-d'Acier, a retrouvé la trace d'une arme mythique capable de terrasser n'importe quel monstre marin et de vaincre le Titan Mara. Débarqué incognito sur le comptoir de Tacarigua avec la bénédiction de l'Inquisition, le héros sans nom va se faire passer pour un pirate et s'efforcer de faire ses preuves afin de rejoindre l'équipage de Barbe-d'Acier.

Test Risen 2 : Dark Waters Xbox 360 - Screenshot 68Parfois crues, les répliques ne sont pas dénuées d'humour.

Si la trame principale n'était pas le point fort de Risen premier du nom, elle se révèle ici plus agréable à suivre : plus mouvementée et mieux mise en scène, elle s'appuie sur des personnages intéressants et souvent bien croqués. Vous aurez bien entendu l'occasion de mettre votre sabre au service de causes plus ou moins nobles, qu'il s'agisse de l'Inquisition, des différentes factions de pirates ou encore d'une tribu indigène. Mais pendant la première moitié du jeu, la liberté n'est pas vraiment le maître mot tant Dark Waters suit un tout autre cap que son prédécesseur : il vous impose un parcours entre plusieurs îles – toutes moins vastes que Faranga – à visiter les unes après les autres. Ce n'est qu'après avoir récupéré un navire et recruté un équipage que vous aurez enfin l'occasion de voler de vos propres ailes, en retournant au besoin sur les îles déjà explorées. En gros, la progression de Risen 2 est l'inverse de celle du premier volet (qui se montrait de plus en plus dirigiste). A choisir, on préfère cette optique, dans laquelle le jeu donne l'impression de s'ouvrir. Mais il reste que l'univers, aussi morcelé que celui d'un Two Worlds II (et de surcroît moins varié), ne satisfera qu'à moitié les amateurs d'open worlds, bien que sa surface totale soit finalement plus importante que celle du premier Risen. Et si Piranha Bytes a réussi à préserver un parfait équilibre entre exploration, combats et interactions sociales, il faut attendre la fin du jeu pour évoluer dans une grande ville, qu'on aurait aimée plus dignement peuplée. Les quêtes annexes sont nombreuses et les interactions avec les PNJ, qui ont tous leur emploi du temps, toujours aussi riches, mais jamais on ne retrouve la densité d'intrigues qui animait Port-Faranga. L'expérience est donc moins intense, et l'ambiance un poil décevante, car plus proche des joyeux Pirates des Caraïbes que des crépusculaires Contrebandiers de Moonfleet.

Test Risen 2 : Dark Waters Xbox 360 - Screenshot 69Les combats sont bien plus faciles quand vous êtes soutenu.

Risen 2 se montre en revanche tout aussi gratifiant que son prédécesseur sur le plan du développement de votre personnage. Le système historique issu des Gothic a été légèrement retouché pour offrir davantage de souplesse, mais ses fondements n'ont pas changé. Chacun de vos exploits (exploration, quêtes, combats et accomplissements de toutes sortes) est l'occasion d'engranger des points de gloire, qui représentent votre expérience. Cette expérience ne vous permet plus de franchir des niveaux et de gagner des points d'apprentissage (ces deux notions ont disparu), mais peut être investie à tout moment pour améliorer l'un de vos domaines de compétences : lames, armes à feu, résistance, ruse et vaudou. Chacun de ces domaines est subdivisé en plusieurs talents (votre aptitude de ruse détermine par exemple votre score de tour pendable, de larcin et de langue de velours), que vous pouvez améliorer indépendamment les uns des autres par le biais de votre équipement, mais recouvre également une série de compétences précises (parade, riposte et coup puissant pour ce qui concerne l'escrime) que vous ne débloquerez qu'en vous offrant les services des entraîneurs dédiés. Sans doute plus complexe à appréhender mais moins rigide à l'usage, ce nouveau système ne renie aucunement le credo "Dis-moi qui tu aides, je te dirai qui tu es" si cher à Piranha Bytes. Il s'agit toujours de se rapprocher de certaines factions pour bénéficier de capacités exclusives tout en fermant la porte à d'autres. Ainsi, aider les Shaganumbi sur la Côte des Epées sera l'occasion de vous initier aux secrets de la magie vaudou, tandis que le ralliement à l'Inquisition vous permettra de bien mieux maîtriser les armes à feu. On apprécie également que les entraînements coûtent cher et confèrent à l'or accumulé une réelle valeur, là où on ne savait plus trop quoi en faire dans le premier Risen.

Test Risen 2 : Dark Waters Xbox 360 - Screenshot 70Le nouveau système d'évolution est beaucoup plus souple.

Si la refonte du système d'évolution du personnage était un pari risqué mais au final bien mis en œuvre, on n'en dira pas autant de celle des combats, qui constituait pourtant l'indéniable point fort du jeu précédent. Piranha Bytes a souhaité qu'ils retranscrivent le dynamisme et la technicité propres à l'escrime : c'est, à ce niveau, un échec total. Le lock automatique vous oriente face à votre adversaire sans que vous puissiez manœuvrer librement, l'esquive a disparu et les coups disponibles sont bien moins nombreux. Essayer de mener un combat de façon subtile revient trop souvent à s'en prendre plein la tronche, d'autant que vos ennemis semblent à la fois moins intelligents et plus agressifs. Résultat : vous finissez par matraquer le bouton d'attaque comme dans un hack'n slash. Au vu de la lourdeur de l'action, c'est encore la technique qui fonctionne le mieux. Seule la possibilité d'exécuter des coups pendables relève l'intérêt des combats. Décharge de pistolet, coup de pied bien placé, projection de sable dans les yeux... : les options en la matière sont aussi fun qu'originales. Même si la plupart sont soumises à un cooldown qui vous empêche d'en abuser, elles vous permettront bien souvent de prendre l'ascendant sur vos opposants. Les affrontements semblent très exigeants en début de jeu, mais on se rend vite compte que leur difficulté est artificielle. Construire un personnage taillé pour le combat permet de s'en tirer sans faire valoir aucun skill. Le problème est similaire concernant d'autres domaines qu'on aurait souhaité voir améliorés : un gros score de ruse permet toujours de réussir tous ses vols à la tire et d'ouvrir quasi automatiquement les coffres verrouillés, sans risque d'échec. Il y a bien un mini-jeu de crochetage consistant à débloquer des loquets dans un ordre précis, mais il reste aussi fastidieux qu'accessoire dans la mesure où il est impossible de casser la serrure.

Test Risen 2 : Dark Waters Xbox 360 - Screenshot 71Parviendrez-vous à vaincre ce redoutable buveur de rhum ?

Il ne faudrait pourtant pas croire que tous les ajouts de Risen 2 sont à jeter - loin de là ! Cette suite regorge même de bonnes idées qui lui confèrent un indéniable pouvoir de séduction. La plus marquante réside sans doute dans la magie vaudou, qui vous permet de confectionner des poupées destinées à posséder certains PNJ. Vous pouvez alors agir en leur nom en vous glissant directement dans leur peau. Un vrai bonheur, d'autant que c'est généralement l'occasion de quelques traits d'humour bien sentis. A côté de ça, vous retrouverez bien entendu des options d'artisanat plus classiques, permettant de fabriquer fusils, potions, etc. Si la possibilité de partir en expédition avec un des membres de votre équipage est bienvenue, sachez qu'une caractéristique de ruse élevée vous accordera la compagnie d'un singe dressé, capable de partir en reconnaissance, de se faufiler dans des passages étroits, d'activer des leviers ou encore de chaparder ce que vous voulez ! C'est, là encore, une idée réjouissante, d'autant que la recherche de trésors reste l'activité annexe la plus développée. Les différentes îles abondent de coffres enterrés dont l'emplacement vous est indiqué par des cartes, de temples oubliés où reposent de véritables richesses, ou encore d'artefacts légendaires que des lectures avisées vous permettront de retrouver. Comme dans un Zelda, vous êtes souvent incité à revenir dans des zones déjà explorées afin d'en percer tous les secrets. Mais restez prudent, car nombreux sont les pièges qui guettent les chasseurs de trésors imprudents : vous pourriez bien vous retrouver découpé ou empalé à la faveur d'un QTE loupé. Parfois intégrés dans les combats, ces derniers savent se faire discrets. Sachez enfin que Risen 2 propose quelques mini-jeux d'adresse plus ou moins réussis (le concours de beuverie, tir sur cibles...).

Test Risen 2 : Dark Waters Xbox 360 - Screenshot 72Chaque île dispose de sa propre ambiance. Ici, Tacarigua.

Très complet, l'ensemble s'avèrerait somme toute parfaitement recommandable si l'aspect technique de cette version Xbox 360 ne venait pas entacher sérieusement l'expérience de jeu. Pour commencer, les protagonistes souffrent d'une modélisation et d'une animation datées (sans parler de ces maudits sauts lunaires !). Et même si on croise moins de clones, leurs visages sont très inégaux : certains sont relativement travaillés, un style légèrement cartoon à l'appui, mais d'autres sont vraiment hideux (les personnages féminins en particulier). Magnifiques sur PC, les environnements de jeu sont ici bien moins convaincants : les textures délavées, le clipping omniprésent et les ombres clignotantes ternissent sérieusement l'immersion visuelle, et même le cycle jour / nuit et les conditions météo ne font plus le même effet, privant le joueur des panoramas grandioses de la version PC. Mais même sur console, Risen 2 reste plus joli que son prédécesseur. Les décors sont plus riches et plus fouillés (les compositions végétales n'ont pas été allégées) et les développeurs ont eu la main moins lourde sur le HDR. Le revers de la médaille, c'est qu'en dépit d'un univers moins ouvert, le framerate reste toujours aussi souffreteux. Heureusement, les saccades occasionnelles s'avèrent moins pénalisantes que dans l'épisode précédent, les combats étant moins exigeants. En revanche, les problèmes de caméra, déjà présents dans la version PC, s'avèrent ici particulièrement agaçants, car elle n'est pas facile à recadrer. Pour ne rien arranger, sachez que cette version Xbox 360 souffre d'un volet sonore très insatisfaisant. Bruitages inaudibles ou de mauvaise qualité, monstres continuant à vociférer quand ils sont morts, répliques buggées ou muettes (quand ce ne sont pas les PNJ eux-mêmes qui disparaissent à l'issue d'un dialogue) : rien ne vous sera épargné !

Le constat est donc accablant. Si cette incursion bienvenue dans l'univers de la flibuste, qui perpétue des mécaniques de jeux de rôle que nous sommes nombreux à apprécier, suscite la sympathie, elle souffre d'un aspect technique si médiocre que son achat doit être mûrement réfléchi. On comprendra parfaitement ceux qui, échaudés par le mauvais portage de l'épisode précédent, refuseront d'accorder une chance supplémentaire à Piranha Bytes.

Pixelpirate, le 31 juillet 2012

Les notes

  • Graphismes 10/20

    Risen 2 bénéficie d'environnements de jeu exotiques plus riches et plus fouillés que ceux de son prédécesseur, dans lesquels on prendrait beaucoup de plaisir à évoluer si les textures délavées, le clipping prononcé, les ombres clignotantes et le framerate poussif ne ternissaient pas l'immersion visuelle. Les protagonistes souffrent pour leur part d'une modélisation et d'une animation dépassées.

  • Jouabilité 15/20

    Au-delà du découpage prononcé de l'univers et de l'orientation moins technique des combats (entachés de problèmes de caméra dans cette version Xbox 360), on apprécie les nombreux ajouts qui enrichissent le gameplay, ainsi que la refonte du système d'évolution du personnage. Pensée à l'origine pour le portage du jeu sur consoles, l'interface s'avère pratique et fonctionnelle.

  • Durée de vie 16/20

    On nous promettait un jeu 50 % plus long que son prédécesseur, ce qui n'est pas vraiment le cas même si la construction différente des deux titres rend toute comparaison hasardeuse. Risen 2 offre une quarantaine d'heures en fouinant un peu partout, et davantage pour qui veut découvrir tous les trésors cachés. A noter que le DLC "Le Temple de l'Air" est inclus dans cette version console.

  • Bande son 11/20

    Kai Rosenkranz cède la place à Bastian Seelbach (Gothic 4 : Arcania), qui reconduit le même style de compositions mélancoliques mais se montre un peu moins inspiré. Les effets sonores sont quant à eux de piètre qualité et même parfois buggés. On peut aussi regretter l'absence de voix françaises, mais les interprètes anglais sont plutôt bons et la traduction est remarquable.

  • Scénario 15/20

    La trame principale est mieux mise en scène et plus intéressante à suivre que celle de Risen premier du nom. La reconstitution de l'univers de la flibuste manque pourtant un peu d'ambition. En dépit du pitch assez sombre, l'ambiance reste légère et les pirates croisés tiennent plus d'un Jack Sparrow que d'un Barbe-Noire.

  • Note Générale12/20

    Bien qu'il mouille dans des eaux familières, Risen 2 : Dark Waters sait se mettre en danger en mettant le cap vers de nouveaux horizons... au risque de s'échouer sur de terribles écueils. On déplore ainsi le morcellement de l'univers de jeu ou encore le système de combats bien moins technique, qui marque un vrai retour en arrière. Mais Risen 2, c'est aussi la possibilité de recruter un équipage, de partir en expédition avec un compagnon, de projeter du sable à la figure de ses adversaires, de confectionner des poupées vaudoues pour prendre le contrôle de certains PNJ, ou encore de dresser un petit singe pour dénicher des trésors. Bref, un plaisir qui se construit sur une somme de détails réjouissants. Il est d'autant plus regrettable que Piranha Bytes n'ait tiré aucune leçon de ses erreurs et nous inflige, une fois encore, une version Xbox 360 trahie par un aspect technique médiocre et un manque de finition évident, qui brisent l'immersion. La coupe est pleine et dans ces conditions, ce n'est même pas la peine d'envisager l'avenir de la licence sur consoles.

    La note de la rédaction est une appréciation de la qualité générale du jeu, mais n'est pas une moyenne arithmétique des différents critères.

  • Note Lecteurs 14/20

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