Supreme Ruler 2020

Test PC

Simulation géopolitique austère et exigeante, Supreme Ruler 2020 nous propulse dans un futur proche aussi dangereux qu'instable à la tête d'une nation. Un excellent moyen d'étancher sa soif de pouvoir pathologique pour peu que l'on ait le courage d'assimiler un système de jeu très élitiste.

Nous sommes en 2020 et le monde va mal. Une crise énergétique sans précédent a entraîné une série de conflits que les Nations Unies ont été totalement incapables d'enrayer. L'Amérique du Nord a été ravagée par une vague de sécessions et l'Union Européenne n'est plus. La plupart des pays se sont lancés dans la course à l'armement pour faire main basse sur les dernières ressources énergétiques, la nourriture et l'eau potable. Quitte à provoquer une guerre nucléaire mondiale, les aggressions se multiplient. Pas de chance, c'est dans ce contexte chaotique que vous venez d'être élu à la tête d'un état...

Avant d'entrer dans le vif du sujet, il convient de préciser que le joueur téméraire qui s'essaye à Supreme Ruler 2020 sans avoir goûté à l'édition 2010 s'expose à une sérieuse déconvenue. En effet, la première impression ressentie lors des parties de chauffe est tout simplement épouvantable. On est noyé sous des tonnes d'informations, de variables, et de paramètres à régler sans que l'on n'ait la moindre idée de ce que l'on doit faire. On se perd dans des dédales de menus en anglais. On se fait attaquer de toutes parts. La carte immense élaborée avec la NASA répertorie des milliers de villes et des centaines de régions. Bref, l'expérience est plutôt traumatisante. Comble de malheur, le tutoriel famélique ne remplit à aucun moment son rôle et le joueur ne peut même pas compter sur le manuel pour lui donner des éléments de stratégie. C'est donc en tâtonnant et en observant ses collaborateurs, pris en charge par l'I.A., qu'il apprendra finalement les subtilités du jeu.

Dans Supreme Ruler 2020 en effet, nous ne sommes pas seul aux commandes de l'état que l'on a choisi de diriger. Que l'on administre l'Australie ou le Kurdistan, il a tant de choses à faire que l'on doit déléguer l'immense majorité du travail à nos subordonnés. Ainsi, on peut se concentrer par exemple sur la construction des infrastructures ou le commerce sans se préoccuper de l'armée ou des finances. Six ministères se partagent l'essentiel des tâches : la recherche, les finances, la production, le département d'état, la défense, et les opérations militaires. Il existe de nombreux prétendants à la fonction ministérielle, offrant tous des caractéristiques distinctes. Le joueur doit donc sélectionner avec soin la personne la plus compétente pour tel ou tel poste. Néanmoins, à l'usage, on s'aperçoit que l'I.A n'est pas vraiment affectée par les diverses politiques des ministres nommés de sorte que la gestion des ressources humaines n'a finalement pas grand intérêt. On communique avec tout ce beau monde par mail (comme quoi, internet a encore de beaux jours devant lui) et il est tout à fait possible de se contenter d'avaliser ou de censurer leurs propositions. Bien entendu, les masochistes et autres fans de gestion peuvent aussi se plonger avec délectation dans les menus bardés d'icônes et de chiffres indigestes pour diriger en personne l'économie, la diplomatie, etc...

Comme dans tous les jeux du même genre (Civilization, Europa Universalis, etc), les négociations entre états rivaux finissent toujours un jour ou l'autre par se régler à grands coups de latte. Supreme Ruler 2020 ne fait pas exception, bien au contraire. Avec son gameplay totalement ouvert, il est possible de déclarer la guerre à tout moment au mépris du réalisme politique. Des blocs se forment en fonction des alliances et l'embrasement d'une région a tôt fait de dégénérer en gigantesque conflit mondial. Lorsque nous avons attaqué la Norvège avec la République de Paris (oui, il s'en est passé des choses depuis 2008 !) aux côtés de l'Allemagne de l'Ouest ressuscitée et de la République Marseillaise, nous avons déclenché sans le vouloir la plus terrifiante guerre mondiale que l'Histoire ait jamais connu. De la Bulgarie à l'Angleterre en passant par les Pays-Bas et même la Suisse, la moitié de l'Europe nous est tombée dessus sans crier gare. Il a alors fallu gérer, avec l'aide du ministre des opérations militaires, les dizaines d'unités se baladant en tout sens sur la carte recouverte d'hexagones. Une tâche pour le moins prenante bien que l'on ait pu déplorer une certaine confusion au niveau de l'affichage. Au fond, force est de reconnaître qu'il devient très difficile de décrocher une fois que l'on s'est pris au jeu. Et même si on ne comprend pas la moitié des options et qu'on se contente plus souvent d'observer que d'intervenir, guider la destinée d'une nation à travers une période aussi troublée a quelque chose de grisant.

Dharn, le 30 juillet 2008