Darkness Within : A La Poursuite De Loath Nolder

Test PC

Depuis plus de 70 ans, le mythe de Cthulhu a fait frissonner d'angoisse des générations de lecteurs avides de sensations. Sorti de l'imagination fertile (et quelque peu dérangée) de H.P. Lovecraft, cet univers cauchemardesque propose un voyage à la frontière de la folie, entre rêve et réalité. Déjà adaptée sur de multiples supports (cinéma, jeu de rôle...), cette oeuvre majeure de la littérature fantastique se voit aujourd'hui transposée dans un jeu d'aventure : Darkness Within. Plongée dans cette expérience dont on ne revient pas indemne.

Dans Darkness Within, la première chose qui frappe l'esprit du joueur et commence à effriter ses certitudes est la réalisation globalement ratée. Dès l'introduction, le doute s'instille insidieusement à la vue de la première cinématique, horriblement compressée, bourrée d'artefacts et doublée sans grande conviction. Ces craintes se confirment à l'apparition des premiers décors, franchement passables. Après Dark Corners of the Earth et Robert D. Anderson & the Legacy of Cthulhu, voici encore un jeu lovecraftien visuellement daté. Décidément, c'est à croire que ce pauvre Cthulhu est abonné aux moteurs graphiques aussi antédiluviens que les Grands Anciens peuvent l'être. Bien que techniquement dépassé, le jeu n'est toutefois pas complètement moche, certains décors s'en sortant correctement. Surtout, un grain un peu sale recouvre beaucoup d'environnements, leur conférant une atmosphère malsaine à souhait. Il faudra cependant augmenter un peu le gamma pour en profiter, car la plupart des lieux visités sont recouverts d'épaisses ténèbres, tout comme l'histoire d'ailleurs.

Il faut donc tenter de les dissiper en menant l'enquête. Le joueur incarne Howard E. Loreid, inspecteur de police de son état, chargé de retrouver Loath Nolder, un détective privé suspecté de meurtre. Notons que ces faits se passent en 2011 et non pas pendant les années folles comme la majeure partie de l'oeuvre de Lovecraft. Cela n'affecte pas l'ambiance, beaucoup de décors étant tellement décrépis qu'ils semblent tout droit sortis des années 20. Seuls quelques gadgets électroniques trahissent le contexte moderne de Darkness Within. Le déroulement de l'investigation va rapidement amener le héros à s'intéresser à d'étranges choses : rites occultes, malédictions ancestrales... Bref, tout ce qui touche à l'occulte. Inutile d'en révéler plus, mieux vaut découvrir la vérité par vous-même mais sachez que le scénario devrait satisfaire les amateurs du mythe de Cthulhu, auquel il reste très fidèle. Du coup, on pourra regretter une certaine prévisibilité, mais ça reste une aventure agréable à parcourir pour peu qu'on apprécie de s'immerger dans un univers glauque (à ce sujet, le classement du jeu en "7 ans et plus" me paraît légèrement sous-estimé, une fois n'est pas coutume). Le gros point noir de cette histoire est plutôt à chercher du côté de sa durée, bien trop faible : comptez cinq à six heures maximum pour en voir le bout.

Cela dépendra bien sûr de la rapidité avec laquelle vous viendrez à bout des énigmes. Evoquons donc maintenant le gameplay de Darkness Within. Au premier abord, il semble très classique. Comme dans la plupart des jeux d'aventure en vue subjective, on se déplace d'un écran fixe à l'autre en cliquant. La souris permet également de faire des rotations pour orienter la vue. Enfin, le pointeur sert évidemment à fouiller les décors pour y ramasser les objets intéressants. Ceux-ci peuvent être examinés de plus près dans l'inventaire. Mais il ne contient pas que les objets, il regroupe aussi les indices immatériels découverts. Ce peut être une date de naissance, un détail sur un personnage, une observation à propos d'un lieu, etc. Toutes ces informations s'obtiennent notamment en lisant. Et de la lecture, il y en a ! Correspondance, notes, articles de presse, ouvrages divers... De nombreuses pages vous attendent, révélant de précieuses indications à qui saura les dénicher. Je vous conseille d'ailleurs de faire le jeu au moins en mode de difficulté "inspecteur", dans lequel vous devez étudier manuellement chaque document. Il faudra donc souligner les passages susceptibles de receler des indices pour qu'ils s'ajoutent à l'inventaire. Ils peuvent ensuite y être combinés pour obtenir de nouvelles déductions. Ce système original est très bien sur le papier, mais souffre en pratique d'une interface lourde peu agréable à l'usage, dommage. Au final, que reste-t-il donc à Darkness Within pour convaincre ? Son ambiance et son histoire, assurément, qui font honneur à l'oeuvre originale. Cela ne suffit pas à faire oublier les lacunes des graphismes et du gameplay ou la faible durée de vie, mais ça sauve tout de même l'intérêt de cette aventure.

Captain Obvious, le 13 mai 2008