Exalight

Test PC

Développé par le studio français F4 sous l'égide de Neuf Cegetel, annoncé comme le premier jeu de courses massivement multijoueur, Exalight a de quoi susciter la curiosité. Hélas, son gameplay sympathique s'accommode difficilement de la progression mal calibrée, motivée par les aspirations mercantiles de l'éditeur. Faites chauffer le moteur et la carte bleue : la course va commencer.

Dès les premiers pas dans l'univers d'Exalight, on sent la prédominance de la French Touch. Moebius pour la BD, Le Cinquième Element pour le cinéma, et The Nomad Soul pour le jeu vidéo : telles semblent avoir été les sources d'inspiration des game designers. L'univers de fantasy futuriste esquissé par le jeu propose au joueur trois races très différentes à incarner. Avec leurs tatouages tribaux et leurs bandanas dans les cheveux, les Jawals sont les "humains" du jeu, roublards comme il se doit. Architecture tout en rondeurs, écriture d'inspiration hébraïque, tons ocre et beiges : leur monde multiplie les références à la culture nord-africaine. Le peuple des Piro Piro semble quant à lui sorti de l'imagination d'un mangaka français sous acide : ces insouciants petits mangeurs de caramel évoluent dans des environnements kawaï aux couleurs criardes. Enfin, les Zhuus sont des insectes-robots qui manquent sacrément de personnalité et ont la fâcheuse habitude de rester siroter de l'huile de coude dans leur ruche technologique sombre et froide. Bref, ça part un petit peu dans tous les sens, et l'ensemble manque singulièrement de cohésion. Cette dernière ne tient que dans les portails qui permettent de passer d'un monde à l'autre, ainsi que dans un background mystique commun aux trois races, fondement d'une passion partagée : les courses de modules volants appelés Sliders.

Ces courses sont organisées sur une vingtaine de circuits dédiés qui reprennent les environnements de chaque monde et opposent indifféremment les représentants des trois races. Le personnage que l'on incarne possède un Slider de base qui lui permet de concourir dès qu'il le souhaite en allant voir le Commissaire des Courses. On est alors confronté à plusieurs autres adversaires (les courses accueillent jusqu'à 8 joueurs simultanés) dans des circuits instanciés. Il existe plusieurs modes de jeu différents (chacun pour soi, en équipe, en arène), et chaque circuit est classé selon sa difficulté : les plus tordus ne tolèrent pas la moindre erreur. Avec leurs virages suspendus ou à l'équerre, leurs zones d'accélération à ne pas manquer et leurs obstacles piégeux, les tracés évoquent WipeOut ou Pod (ce dernier fut d'ailleurs l'un des premiers jeux de courses jouables en ligne). La conduite, à la fois simple et suffisamment technique, motive également cette comparaison. Mais l'essence même de son gameplay rapproche davantage Exalight de l'esprit d'un Mario Kart, aussi surprenant que cela puisse paraître. En effet, les performances de pilote et la bonne connaissance des circuits ne suffisent pas, puisqu'il faut composer avec un paramètre qui donne son nom au jeu : l'Exalight. Cette force permet d'utiliser des pouvoirs nommés Furies afin de ralentir les autres joueurs. Notre personnage dispose de trois caractéristiques qui influent sur l'efficacité des Furies : l'Examax qui représente la capacité de sa jauge de pouvoir, l'Exagen qui détermine la vitesse de regénération de cette jauge, et enfin la chance, qui joue sur la résistance aux furies et sur les coups critiques. Ces caractéristiques peuvent être augmentées grâce à l'expérience accumulée au fil des courses. En fonction de ses performances, on remporte également des points de courses qui permettent de progresser dans le classement général, ainsi que des Kins, la monnaie du jeu. C'est là que tout commence à se dégrader.

Cette monnaie permet en effet d'améliorer son Slider de base – d'une relative inefficacité – en le dotant d'armes ou de modules divers, disponibles dans le quartier marchand. Elle permet également d'acquérir des Sliders plus puissants (il en existe trois catégories : léger, moyen et lourd, avec leurs avantages et inconvénients respectifs). Mais tout cela coûte cher, très cher. Ce n'est qu'à l'issue de nombreuses courses qu'on finit par pouvoir financer son nouveau Slider. La progression est d'autant plus longue qu'Exalight n'a aucun scrupule à opposer les débutants à des adversaires bien mieux équipés : en début de jeu, on passe donc son temps à squatter les dernières places du classement, ne gagnant qu'une maigre poignée de Kins à chaque course. Que faire quand on n'a ni le temps ni la patience ? C'est simple : il suffit de sortir la carte bleue. Un micro-paiement à Neuf Cegetel suffit pour disposer d'un Slider de classe 3. On est tout à fait libre de ne pas rentrer dans ce système, mais il faudra au minimum le subir : on se fait souvent souffler la victoire par un nouveau venu beaucoup moins expérimenté que soi, mais qui possède un Slider plus rapide parce qu'il est né de bonne famille. Perdre contre des adversaires meilleurs que soi, c'est normal ; perdre contre des adversaires mieux équipés que soi, c'est aussi le propre des MMO ; mais perdre face à des adversaires plus friqués que soi, c'est un peu difficile à avaler. Exalight n'est pas le premier jeu en ligne à adopter ce modèle économique (on pense notamment à Pangya) et à troquer le mythe du grosbill no-life contre celui du grosbill adepte de l'item shop. Mais difficile de nier que le challenge en pâtit, et le plaisir de jeu avec.

Si on ajoute la nécessité de s'acquitter d'un abonnement mensuel (si modique soit-il) pour jouer, on tend vers la supercherie. Car dans le fond, Exalight n'a de MMO que le nom. Sorti des courses (et de leur dimension répétitive), il n'y a pas grand-chose à faire dans chacun des trois mondes, d'une taille ridiculement petite. De nombreuses fonctionnalités n'ont pas encore été implémentées et accentuent l'impression d'inachevé qui se dégage du jeu (des bugs gênants subsistent). Le temps passé dans les villes se résume bien souvent à saliver sur les équipements vendus par les marchands. Pour l'heure, on a donc affaire à un jeu de courses online avec portail communautaire (auquel peut se résumer l'aspect MMO) et incitation à sortir la carte bleue. On espère qu'Exalight évoluera favorablement dans le temps, et - pourquoi pas - saura se défaire d'un aspect mercantile bien trop prononcé en regard de ses modestes qualités.

Pixelpirate, le 07 avril 2008

  • Editeur : Neuf Cegetel
  • Développeur : F4
  • Type : Course / MMO
  • Multijoueurs : courses accueillant de 2 à 8 joueurs en ligne simultanément
  • Sortie France : 19 mars 2008
  • Version : française intégrale
  • Config minimum : Windows XP, processeur 1,6 Ghz, 512 Mo de Ram, carte graphique 128 Mo, 1,5 Go d'espace libre sur le disque dur, connexion internet haut débit
  • Classification : Déconseillé aux - de 12 ans
  • Web : Site web officiel
  • Similaire à :
    Planet Of Death
    WipEout