Shin Megami Tensei : Persona 3

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L'univers torturé de Shin Megami Tensei n'aura bientôt plus de secrets pour nous grâce à Koei qui, depuis quelques années maintenant, édite de manière systématique chacun des nouveaux volets de la série d'Atlus. Spin-off de cette saga atypique dans le domaine du RPG, Persona 3 nous fait basculer dans une réalité rendue cauchemardesque sous l'effet de la 25ème heure les nuits de pleine lune.

Dans la mythologie grecque, le Tartare était le nom donné à la prison des Enfers où les âmes damnées devaient endurer un châtiment éternel pour expier les fautes qu'elles avaient commises. Un endroit maudit qui a visiblement inspiré les auteurs de Persona 3 puisque, selon eux, il existerait une tour appelée Tartarus peuplée de créatures semblables à des ombres, les Shadows, qui se répandent la nuit venue pour corrompre notre réalité. Face à ce phénomène troublant, les rares personnes capables de voir et de combattre ces ombres décident de se réunir le soir venu pour explorer le Tartarus étage par étage. Mais la tour n'apparaît que durant la Dark Hour, un intervalle de temps qui n'existe pas pour le commun des mortels et qui se manifeste chaque nuit après la 24ème heure.

Dans Persona 3, le lycéen que l'on incarne va brutalement prendre conscience qu'il a la faculté de voir les Shadows et de les combattre en matérialisant une sorte d'alter ego de sa personnalité qu'on qualifiera de Persona. Mais pour invoquer celle-ci, il faut qu'il ait le courage de se tirer une balle dans la tête avec un sang-froid dont même les membres du S.E.E.S. ont parfois du mal à faire preuve. L'adolescent est d'ailleurs le seul à pouvoir contrôler plusieurs Persona, un atout non négligeable qui lui permettra de devenir l'élément clé parmi ceux qui luttent contre les ombres du Tartarus. Le soft étant architecturé suivant un calendrier qu'on va vivre au jour le jour, le temps passé sur le campus vous permettra d'enquêter et de renforcer vos relations sociales le jour tandis que vos nuits seront consacrées à l'exploration de la tour. Cette dernière est constituée d'un nombre hallucinant d'étages à nettoyer, générés aléatoirement suivant le principe du dungeon-RPG.

Même si sa construction comporte un aspect répétitif évident, le jeu offre une liberté appréciable dans l'organisation de l'emploi du temps, permettant à chacun de progresser à son rythme. Le scénario n'avance véritablement que les nuits de pleine lune, il ne tient donc qu'à vous de faire évoluer rapidement vos personnages en écumant les étages du Tartarus dès que vous en avez l'occasion, ou au contraire de ne poursuivre son exploration qu'une fois par semaine. Au fil de l'aventure, le groupe accueillera de nouveaux membres que vous pourrez sélectionner pour vous accompagner durant vos pérégrinations au sein du donjon. Vous pourrez ainsi les déployer dans les étages les plus simples pour qu'ils se chargent des ennemis de base tout en restant en contact avec vous pour vous indiquer l'emplacement de l'escalier vers le niveau suivant. Mais le challenge étant globalement assez élevé, vous serez plus avisé de rester groupés pour combattre à l'unisson en bénéficiant des talents de chacun.

Bien que vous ne contrôliez pas vos alliés directement, vous pouvez tout de même leur donner des directives de combat et faire appel à Mitsuru ou Fuuka pour déceler les points faibles de vos ennemis. Un réflexe à acquérir rapidement car vous n'irez pas loin si vous jouez sans tenir compte des propriétés de vos adversaires. Invoquer une Persona capable de lancer un sort de foudre sur un monstre qui y est particulièrement sensible vous permettra en effet de le mettre à terre et surtout de gagner au passage un tour de jeu supplémentaire. En répétant l'opération sur l'ensemble des ennemis présents à l'écran, vous aurez ensuite la possibilité de les massacrer en vous jetant dessus avec tous vos coéquipiers. Autant dire que les affrontements sont généralement vite expédiés si vous jouez intelligemment et que vous ne laissez pas vos adversaires exploiter à leur tour les faiblesses de vos personnages.

Mais encore faut-il disposer d'une panoplie de sorts variée, et pour cela il est indispensable de s'entourer d'un maximum de Persona aux talents complémentaires. En fin de combat, vous aurez généralement droit à une sorte de loterie qui vous permettra d'acquérir divers bonus mais aussi de nouvelles Persona. Un bon moyen de renforcer son jeu en attendant de les fusionner dans la Velvet Room. Cet endroit situé au pied du Tartarus permet en effet d'unifier les compétences de plusieurs Persona pour les fusionner en une nouvelle entité. En plus d'offrir un nombre incalculable de combinaisons possibles, ce système est également le meilleur moyen de créer des Persona possédant les magies dont vous avez besoin. La Velvet Room donne par ailleurs accès à toutes sortes de quêtes annexes qui vous inciteront à explorer le Tartarus de fond en comble pour recevoir des récompenses appréciables.

Mais la force de Persona 3 réside aussi dans le fait que l'aventure menée le jour est directement liée à l'investigation du Tartarus la nuit, et inversement. Votre vie de lycéen est loin d'être aussi morose qu'elle n'en a l'air puisqu'elle vous autorise à nouer des relations plus ou moins fortes avec certaines personnes. Ces liens sociaux se renforceront à chaque fois que vous accepterez de passer du temps avec ces individus, ce qui se répercutera ensuite directement sur la puissance de vos Persona. Les NPC sont en effet liés à des cartes de tarot relatives à certaines Persona, et si vous en créez une qui possède la même arcane, elle pourra bénéficier d'un bonus d'expérience d'autant plus important que votre lien social sera élevé. Les phases d'aventure et de dungeon-RPG sont donc parfaitement indissociables et fonctionnent suivant une logique très cohérente.

Si l'intrigue et les dialogues jouent un rôle prépondérant dans Persona 3, il est regrettable que les textes n'aient pas été traduits en français. De plus, les voix anglaises ne collent pas vraiment à l'univers du jeu où tous les personnages ont des noms japonais et arborent un design très typé manga. Dans la mesure où l'histoire s'étale sur plusieurs mois et que le calendrier défile au jour le jour, il est évident qu'on ne va pas vivre ces derniers dans leur intégralité. Le soft nous place ainsi à certains moments de la journée et on ne peut généralement effectuer qu'une seule activité avant de rentrer au QG des S.E.E.S. A vous d'occuper votre temps libre comme vous l'entendez en discutant avec les autres pour nouer de nouvelles relations ou en essayant d'améliorer vos aptitudes. La fatigue est le premier élément à prendre en compte puisque vous ne pourrez pas explorer le Tartarus si vous êtes malade ou épuisé. Il faudra alors vous coucher plus tôt pour récupérer, quitte à dormir pendant les cours. En contrepartie, le fait d'étudier au maximum renforcera votre sérieux, répondre aux questions du prof vous fera gagner des points de charisme et aller chanter au karaoké ou accepter les médicaments douteux de l'infirmier vous donnera du courage. C'est assez tiré par les cheveux mais l'idée a le mérite de nous inciter à varier nos activités pour obtenir un personnage équilibré. Le soft jouit par ailleurs d'une durée de vie assez incroyable et on regrettera seulement que cette version ne bénéficie pas des ajouts introduits dans l'épisode FES récemment confirmé aux Etats-Unis.

Romendil, le 03 mars 2008