Rainbow Islands Evolution

Test Playstation Portable

A l'instar de la DS, la PSP accueille également sa version remixée de Rainbow Islands, un titre d'arcade créé par Taito en 1987 qui s'érigeait en suite du premier et légendaire Bubble Bobble. Cette nouvelle mouture, sous-titrée Evolution, tente ici de redynamiser la formule éprouvée que de nombreux joueurs ont appris à aimer au fil des ans, mais ne parvient finalement qu'à la dynamiter.

Au fond, c'est véritablement le besoin compréhensible de renouveau qui conditionne les principaux défauts de Rainbow Islands Evolution. Le titre de 87 constituait l'exemple type d'un jeu trompeusement simpliste, où le système de contrôle basique et le nombre limité d'options dissimulaient en fait un gameplay plein de nuances et de possibilités. A l'inverse, Rainbow Islands Evolution est devenu presque trop compliqué, noyé par des ajouts inutiles qui brisent l'équilibre du titre originel, au point qu'il en deviendra parfois injouable. S'il est toujours question d'escalader des niveaux plate-formiques verticaux en produisant des séries d'arcs-en-ciel sur lesquels on pourra bondir, les similitudes avec le titre d'origine s'avèrent finalement trop peu nombreuses pour faire véritablement honneur à la vieille formule Rainbow Islands.

La première bourrasque dans cette tempête de modernisme déplacé nous est apportée par l'arrivée en fanfare d'un nouveau scénario. Un scénario plutôt accessoire cela dit, mais dont la loufoquerie semble toutefois en accord avec l'univers de la série. On apprendra ainsi qu'une maison de disques nommée Million Records est sur le point d'instaurer un monopole total sur l'industrie musicale des Rainbow Islands. La méthode qu'elle emploie pour parvenir à ses fins consiste tout simplement à enlever tous les compositeurs de talent du petit archipel aérien (de Mozart à Diam's, en passant par Sean Paul ou même Steven Seagal) puis de les enchaîner dans une routine nauséabonde où leur créativité finira bien vite par s'éteindre. Forcés de produire une musique uniforme et sans saveur pour leurs nouveaux employeurs, les artistes n'ont plus qu'à attendre l'intervention musclée de Bubby et Bobby, versions modernes de Bub et Bob. C'est à eux qu'incombe la lourde tâche de mettre à bas l'improbable dictature musicale. Au début de l'aventure, vous devrez donc choisir l'un des personnages, aux caractéristiques légèrement différentes, pour mieux vous élancer vers les hautes sphères des niveaux de Rainbow Islands. Sachez cependant que vos personnages prendront vite des "niveaux" et que leurs différences originelles tendront à s'estomper au fur et à mesure de votre progression.

Sobrement équipé d'une vielle à roue (pour faire simple, une sorte de guitare moyenâgeuse actionnée par une manivelle) dont il se servira pour produire des arcs-en-ciel destructeurs d'ennemis ou faisant office de plates-formes de fortune, votre héros semble bien mal parti. D'autant que cette fois, un compteur limite le nombre d'arcs-en-ciel que vous pourrez créer en même temps. Cet ignoble stratagème, cette restriction contre nature, aurait certes pu apporter un peu de stratégie au soft, mais elle revient surtout à rendre le titre plus lent, plus haché, moins instinctif et donc clairement moins agréable à parcourir que les anciens titres. On se croûtera régulièrement sur le sol dur des Rainbow Islands pour avoir omis de regarder le compteur. Autre nouveauté discutable, le fait que les niveaux du jeu s'étendent également en profondeur, et non plus seulement verticalement. On aura ainsi accès à trois plans parallèles de plates-formes, et si l'idée semble séduisante, elle se révèle trop mal exploitée pour convaincre. En effet, les seuls moyens de changer de plan consistent à en passer par des plates-formes mouvantes, extrêmement lentes et dangereuses à pratiquer, puisqu'on risquera de chuter à tout moment avant d'atteindre sa destination. En effet, le soft peine beaucoup trop à retranscrire la profondeur et la distance qui séparent une plate-forme située au premier plan d'une située plus loin vers le fond. Du coup, on s'élancera régulièrement vers un îlot de verdure ou un bonus que l'on croyait sur le même plan, pour finalement plonger dans le vide avec l'aisance et la légèreté d'un parpaing.

Enfin, la dernière nouveauté s'avère être un petit objet mobile appelé Résonateur, qui vous accompagne lors de votre ascension (en gardant toutefois ses distances, sans doute pour éviter de se viander comme un jambon lorsque vous oubliez de regarder votre compteur d'arcs-en-ciel). En opérant un mouvement circulaire avec le stick de la console (qui ne sert d'ailleurs qu'à ça), vous pourrez toutefois le forcer à vous rejoindre puis tenter de le charger en énergie. Une fois les batteries du petit engin bien remplies, celui-ci déclenchera alors une attaque mortelle qui vaporisera tous les monstres qu'elle rencontrera sur son chemin. L'ennui, c'est que le petit machin se montre très souvent caractériel, mettra généralement trop de temps à vous rejoindre et encore plus à se charger, vous exposant ainsi aux foudres de l'adversaire, comme à celles de la lassitude. Pour terminer, notons que Rainbow Islands Revolution renoue avec la difficulté des premiers épisodes, et si cette constatation comblera d'aise les fans aguerris, les nouveaux venus risqueront eux de déchanter.

Alors que Rainbow Islands Revolution cherchait à mettre en valeur l'écran tactile de la DS au point de dénaturer le gameplay originel, la PSP échoue également au jeu de la modernisation. Des ajouts superflus, un gameplay modifié sans véritable logique et sans que cela n'apporte quoi que ce soit à l'ancienne formule, voilà ce qui vous attend sur ce petit UMD décevant à bien des égards.

Hiro, le 27 juillet 2007