Juiced Eliminator

Test Playstation Portable

Dans la grande série des portages de jeux PS2 sur PSP, l'heureux élu est aujourd'hui le courageux Juiced, qui après s'être battu pour exister sur consoles de salon, se voit adapté avec violence dans un monde inconnu. Tentant le tout pour le tout en débarquant naïvement sur une plateforme possédant déjà de nombreux jeux de courses, le titre de Juice Games devient une sorte de beau kamikaze au clair de lune. Patience fait peut-être bien plus que force ni que rage, mais après une bonne grosse année d'existence sous nos latitudes, la PSP trouvera t-elle la force de mettre en avant un titre que la majorité des joueurs intéressés s'est déjà offerte il y a un long moment déjà ?

Autrefois fier étendard d'Acclaim, Juiced avait subi les foudres du marché et s'était retrouvé en réanimation chez THQ après moult tractations, avant une sortie en fanfare il y a un peu plus d'un an. Lui emboîtant le pas, cet opus PSP ne s'embête pas vraiment et reprend la majorité des dispositions de son grand frère. Se déroulant dans l'univers frais et coloré du tuning, le soft vous place dans la peau d'un jeune homme avide d'expériences routières cherchant à épater le plus de monde autour de lui. Une impulsion de puissance traduite par des points de respect qu'il faudra glaner au gré des courses et des duels à la bonne odeur de gasoil. Mais avant de faire ne serait-ce que bouger l'une des paupières de vos adversaires, il vous incombera de passer par les tâches habituelles d'un soft axé sur la modification mécanique et esthétique. De fait, si votre motorisation est un atout non négligeable, il ne faudra pas oublier non plus de soigner son apparence, seule marque visible de classe. Même si au final il semble que vos admirateurs soient seulement sensibles à l'accumulation de plein de choses qui doivent avoir le "style", le principe est assez intéressant en soi, donnant aux véhicules un faux air de fétiche assez en accord avec la relation pratiquement charnelle qu'entretiennent les préparateurs et leurs bolides. Dans cette optique, vous devrez bien évidemment passer par un classique garage dans lequel vous équiperez diverses pièces à votre monture, ces dernières se débloquant au fur et à mesure de vos victoires. Si les premières minutes laissent entrevoir des possibilités de customisation tentaculaires, les heures suivantes masquent ce constat à cause d'une limitation cruelle des modèles de capots ou de spoilers par exemple. Cela n'a rien d'un drame profond, mais il est maladroit pour ce jeu de mettre en avant cette image de liberté de personnalisation avant de rabattre sur le visage du joueur de telles limites.

Même si le risque de croiser des bolides assez similaires reste suffisamment élevé, vous pourrez toutefois créer très facilement votre rêve mécanique par le biais d'une interface simple et extrêmement bien pensée. La seule difficulté restera ensuite de bien gérer vos fonds, sachant que la moindre pièce que vous ajouterez à la carrosserie de votre machine coûte une petite fortune. D'autant qu'à la manière des versions consoles de salon, la progression de la difficulté ne suit pas vraiment celle de votre argent, sachant que vous aurez un long moment de creux avant de vous remettre dans la partie. Un passage dans le rouge qui poussera peut-être certains joueurs à délaisser le jeu, ce qui est compréhensible, d'autant que cette phase coïncide avec le moment où l'on se dit que tout cela manque cruellement de vie. De la même manière que nombre de portages sur PSP, Juiced Eliminator n'implémente que quelques maigres "nouveautés" dans son concept de départ. Un manque d'innovation qui faisait déjà défaut aux versions précédentes et qui remet le couvert un an plus tard. Certes, les relations avec les autres compétiteurs ont été un peu remaniées et l'idée astucieuse consistant à se former une bande de pilotes au gré des rencontres se voit un peu dégraissée, mais le manque de profondeur se ressent rapidement. Tentant de se cacher derrière un nouveau mode de course baptisé Eliminator qui n'apporte rien de plus au soft et que l'on a déjà expérimenté des dizaines de fois dans d'autres productions, cette carence en devient paradoxalement plus visible.

Comme à l'accoutumée, ceux qui n'ont jamais eu entre leurs mains une version précédente de Juiced trouveront sûrement une sorte de fraîcheur à ce soft, brassant tout de même quelques petites trouvailles, mais ils déchanteront toutefois bien vite face à la concurrence sur la machine. Pourtant, le soft de THQ est loin d'être mauvais en soi. Offrant un nombre assez élevé de bolides et des environnements variés, il dispose également d'une bande-son moins classique que dans d'autres jeux du genre ne parvenant pas à se débarrasser des sempiternels morceaux de rap commerciaux, ainsi que d'une accessibilité incontestable. Mais à chaque pas vers la lumière il est trop facile de trébucher et de tomber. C'est ce que fait Juiced Eliminator en réutilisant le gameplay des versions antérieures. Sympathique sur PS2, ce gameplay le devient d'un coup beaucoup moins en raison d'un mauvais équilibrage de la sensibilité. Grâce au stick analogique insupportable de la dame PSP, le titre s'avère moins précis, moins réactif et perd cette petite once de folie qui le caractérisait. Que reste t-il alors ? Simplement le plaisir de s'essayer à un jeu divertissant, pensé pour le fun immédiat et sans chaînes. Oui mais quelques heures seulement. Car il vous restera toujours cette image d'une réalisation tout juste correcte dans un environnement ludique assez faible. Une rémanence dont même les pilotes les plus conciliants auront du mal à se défaire. Reste que le dernier né du studio Juice Games propose une durée de vie imposante grâce à des modes multi en ad-hoc corrects ainsi qu'une longue lignée d'épreuves en mode arcade et Career Challenge. A défaut de jouer l'outsider agréable comme dans ses vertes années, Juiced se place cette fois-ci dans le rôle de celui que l'on attendait au tournant. Et on peut dire qu'il ne l'a pas très bien négocié.

Killy, le 30 août 2006