Sigma Star Saga

Test Gameboy Advance

Le jeu vidéo est un média qui laisse libre cours à la plus grande créativité. Fait d'éléments différents, parfois très hétérogènes, un soft peut contenir un nombre incalculable de petites subtilités et de composants diversifiés. Une sorte de grand mélange réfléchi, qui forme dans la plupart des cas un ensemble cohérent. C'est visiblement dans ce sens qu'a été composé Sigma Star Saga, plaçant dans le même moule des morceaux de RPG et des copeaux de Shoot'em up. Un mariage qui peut sembler étrange et pas vraiment attirant sur le papier, mais qui dévoile ses charmes une fois dans le monde virtuel réduit de notre GBA.

Débutant de manière originale par une phase de shoot pure et dure sans aucune préparation en amont, Sigma Star Saga cherche dès le départ à créer la surprise. Laissant espérer une sorte de jeu d'exploration assez classique par le biais de son introduction, ce dernier prend le joueur à contre-pied et impose une construction qui va devenir son moteur central. Une fois le cap de l'étonnement passé, le titre ne vous laissera pas en paix pour autant, réservant un retournement scénaristique intéressant, malgré un côté relativement classique dans le fond. Sans vous dévoiler de détails inutiles, vous passez en résumé dans les rangs de l'ennemi Krill afin de les espionner de l'intérieur. Une situation ambiguë dans le sens où vous devrez obligatoirement éliminer quelques-uns de vos anciens compatriotes terriens pour prouver votre loyauté à cet empire extraterrestre. De plus, votre commandant humain ne reculera devant aucun sacrifice pour obtenir les données guerrières en possession des Krills, allant même jusqu'à tenir des propos cyniques et difficilement acceptables sur les personnes éliminées par vos soins. Surtout que vous ne savez jamais si celui-ci vous fait réellement confiance et s'il vous libérera une fois votre tâche terminée. Le malheureux pilote Ian Recker est donc empêtré dans une histoire de lutte de pouvoir des deux côtés, ne pouvant se raccrocher à rien ni à personne. Sigma Star Saga place une ambiance vraiment sombre et immersive, laissant le joueur s'inquiéter constamment pour son avatar, souvent proche d'être découvert par l'adversaire. Toutefois, ces phases de "crainte" sont habilement équilibrées avec des passages humoristiques bien utilisés et souvent assez drôles. Un aspect double que l'on retrouve facilement dans le gameplay.

Au lieu de se laisser aller à nous offrir des schémas classiques d'un Action-RPG tout ce qu'il y a de plus basique, Namco choisit la voie de l'honnêteté. Tablant sur l'innovation, le studio japonais prend le risque de placer côte à côte deux types de softs complètement à l'opposé, à savoir le shoot'em up et le RPG. Une expérience que même les plus grands alchimistes n'auraient pas osé tenter à part Square-Enix et Rare respectivement dans Kingdom Hearts et Starfox Adventures qui faisaient intervenir de courtes séquences de tir spatial. Sigma Star Saga va un peu plus loin et offre un mélange pas si effrayant que ça. Le tout se déroule en deux phases bien distinctes, avec d'un côté les passages d'exploration assez communs, durant lesquels vous chercherez certains passages ou objets afin de faire avancer votre quête, et de l'autre les combats spatiaux à scrolling horizontal. Mais là où Sigma Star innove c'est dans la manière de faire cohabiter les deux. En effet, vos déplacements sur la terre ferme se font à la manière de n'importe quel A-RPG. Vous avancez, actionnez des mécanismes, résolvez quelques maigres énigmes et surtout combattez contre la faune locale à l'aide de multiples armes. Au nombre de 6, ces dernières ne sont pas vraiment des plus inventives, mis à part le Krill Puck, une sorte de palet rebondissant sur les murs avant d'exploser et le Warp Tool vous permettant de passer à travers certaines matières. Ces outils de combat seront votre seule protection contre les créatures pas très conciliantes que vous rencontrerez au fil de votre progression. En revanche, un détail vous troublera rapidement. Si c'est un A-RPG comment se fait-ce que je ne gagne pas d'expérience ? Une interrogation qui trouve sa réponse ailleurs.

Cet ailleurs est bien évidemment l'espace intersidéral dans lequel vous évoluez aux commandes des meilleurs vaisseaux de la flotte Krill. Ces joutes spatiales font en réalité office de combats aléatoires, à la manière d'un RPG "old-school", se déclenchant sans prévenir durant vos recherches au sol. L'explication officielle est qu'il est impératif pour les pilotes de remonter dans leurs engins afin d'empêcher l'ennemi de profiter des moments de calme pour attaquer lâchement l'Empire. Une raison bien suffisante pour subir une téléportation soudaine dans le cockpit de l'un des quelques modèles de croiseur Krill. Vous vous retrouvez donc sans transition au coeur d'un gameplay très différent de celui que vous venez de quitter, sans autre indication qu'un nombre précis d'adversaires à abattre. Vous ne devrez donc pas éliminer tous les ennemis à l'écran, ce qui peut paraître troublant au départ, mais qui devient assez vite une habitude, voire une stratégie. Effectivement ces passages sont les seuls moments où vous pourrez récupérer de l'expérience, sous la forme de petites boules bleues lâchées par les vaisseaux adverses. Mais il faut savoir que suivant l'engin anéanti, les points d'XP varient largement. Il vaut alors mieux se concentrer sur ceux qui rapportent le plus et laisser passer les plus petits sans les détruire, dans la mesure du possible. Un plan de plus en plus facile à mettre en oeuvre avec l'arrivée de nouveaux éléments pour votre armement.

En effet, l'un des intérêts de l'utilisation des vaisseaux est de pouvoir en modifier les outils offensifs de façon très simple. Il vous suffit de choisir trois "morceaux" dans les 76 disponibles que vous découvrirez dans les passages d'exploration. Le premier est le type de canon, le second est le genre de munition et le dernier s'avère être le modèle d'impact. Le nombre d'associations possibles est donc très important et permet de customiser au mieux son approche du shoot'em up. Malheureusement, à trop vouloir s'étendre sur deux genres différents, Sigma Star Saga ne parvient pas à être convaincant sur l'un et sur l'autre. Proposant des épisodes d'action au sol relativement mous et dénués d'un véritable rythme, le titre trébuche également sur une gestion de la difficulté assez troublante. Non que le soft soit vraiment compliqué, mais les points de sauvegarde sont disposés de telle manière que votre mort signifie souvent l'obligation de refaire avec le sourire plus d'un tiers du niveau entamé. Sans compter le côté terriblement haché de la progression à cause des innombrables combats aériens, durant d'ailleurs bien trop longtemps, en plus des affrontements avec les monstres au sol. Du côté des phases de shoot, on remarque également un manque réel de vitesse et d'intensité ce qui les rend répétitives sur le long terme et surtout fatigantes. Il aurait peut-être été plus malin de donner le choix de monter dans son vaisseau le moment donné ou de créer un véritable lien avec les passages au sol, en tout cas plus intéressant qu'une simple barre de vie commune. Les "instants shoot'em up" auraient aussi mérité un level design moins stéréotypé et surtout des situations de combat plus variées. Des problèmes dommageables amoindrissant le plaisir diffusé par un titre atypique et vraiment nouveau dans son approche du gameplay. Servi par un scénario prenant, un univers riche et une réalisation sans faille, Sigma Star Saga avait tout pour s'imposer, mis à part un vrai équilibre ludique.

Killy, le 06 juillet 2006