Aeon Flux

Test Xbox

Se déroulant dans un univers orienté cyber-punk que n'aurait pas renié Philip K. Dick, Aeon Flux nous narre l'histoire d'Aeon Flux justement, une guerrière faisant partie d'un groupe de rebelles nommés les Monicans. Décidés à renverser l'ordre autocratique régnant sur Bregna, ces derniers devront terrasser les Breens, principaux accusés dans cette exploitation du malheur. Car, évidemment, les hommes n'ont pas forcément beaucoup le sens de l'humour durant les longues années suivant une catastrophe industrielle ayant causé des morts par milliards. Pourtant, au fil du jeu, on sent quelque peu un esprit chafouin planer sur les immeubles décrépis et les landes métalliques. Charlize Theron est effectivement très jolie mais ça ne l'empêche pas de nous faire rire. Surtout quand elle prend le rôle de la dernière des Monicans.

Mettant dans l'ambiance en quelques maigres secondes, la scène d'introduction renseigne également sur ce que l'on peut s'attendre à voir débarquer dans les fabuleux instants qui vont s'enchaîner par la suite. Véritables actes de mémoires, les scènes cinématiques en images de synthèse rappelleront aux anciens ce qu'était l'état de cette technique au début des années 90 et permettront aux plus jeunes de constater enfin les progrès effectués, trop habitués à déguster quotidiennement les dernières avancées en la matière. Pixellisées, mal compressées et affichant un rendu à peine digne d'une PSone en petite forme, ces phases relatant le scénario du soft n'apparaissent heureusement qu'à de rares moments, vous laissant libre d'oublier ces visions cauchemardesques le temps d'une partie. De plus, non sous-titrées, celles-ci laisseront de côté les personnes sujettes à conflit avec l'anglais, afin de bien leur montrer que le jeu de Majesco ne s'apprivoise pas facilement, qu'il faut comprendre ses travers pour qu'il nous accepte. Encore faut-il en ressentir l'envie, mais c'est une autre histoire. Bref, après ces fugaces doutes quant à la suite des évènements, vous serez enfin catapulté dans le jeu, au sein d'un tutorial assez bien ficelé, prenant place dans une sorte d'arène où Aeon semble récolter les faveurs du public. C'est donc en ce lieu semblable à un Colisée futuriste, bardé de néons et d'acier, que vous ferez vos premiers pas, sans vraiment vous soucier de petits désagréments qui vont ensuite prendre nettement plus d'ampleur. Une fois cette étape close, à vous l'aventure grisante au sein de sept épisodes vous narrant les prémices du film sorti il y a déjà plusieurs mois. Une manière de procéder intéressante, mais qui se voit sabordée par un gameplay plus qu'énervant.

Plus que tenter de renverser l'ordre établi, digne d'une vision idyllique d'un Big Brother inspiré, mademoiselle Flux va devoir tout d'abord trouver le moyen de lutter contre l'un de ses pires ennemis, à savoir la caméra. Semblant tout faire pour vous obliger perfidement à rater la majeure partie de vos sauts et actions, l'angle de vision ne peut qu'être à la solde du tyrannique Trevor Goodchild. En effet, outre le fait que le point de vue ne parvient à s'axer correctement sur la voie à emprunter qu'à condition que vous vous trouviez à un endroit précis, vous serez également surpris par sa propension à ne se cadrer qu'au bout de deux secondes, vous masquant par là même la suite de votre cheminement. Un écueil terriblement gênant, notamment lorsqu'on réitère une scène précise et que l'on va de fait trop rapidement pour cette pauvre caméra poussive, habituée à prendre le temps de la découverte. Mais ce n'est pas tout, car le système de combat a visiblement décidé de s'associer également aux ennemis de la belle Aeon. S'il est possible de perpétrer une attaque de nombreuses manières différentes, suite à une course sur un mur ou après un habile salto arrière par exemple, vous vous trouverez fort dépourvu lorsque le moment d'enchaîner sera venu. Alors que de nombreux titres d'action tentent de favoriser l'accessibilité en brisant l'obligation du joueur de se trouver à moins d'un mètre pour porter un coup, Aeon Flux semble désirer revenir sur ces acquis. Offrant au joueur l'un des principes de pugilat les plus apathiques vus à ce jour, le titre de Majesco remet au goût du jour le concept de la précision tatillonne. Il vous faudra pour le coup être bien sûr d'être à la bonne distance pour espérer déclencher un direct à la mâchoire efficace. Un parti pris réaliste, qui dans le fond n'est pas vraiment contestable, mais qui s'accompagne d'une difficulté à apprécier la distance handicapante. Vous serez donc forcé de coller littéralement vos opposants dans l'espoir d'un contact, ce qui peut encore ne pas survenir.

En effet, il faut savoir que notre héroïne aux cheveux plaqués se décale légèrement dès qu'elle donne un coup de pied ou de poing, ce qui a pour effet de vous forcer à reprendre à chaque fois le déroulement des opérations en main, après un premier assaut fouettant souvent l'air. Pour clore en beauté cette funeste liste, attendez-vous à subir de nombreuses désillusions, tant la raideur des assauts empêche de prendre le moindre plaisir ludique, pétrifié une ultime fois par des combinaisons digne d'un Oni mal en point, ce qui laisse pantois. Vous aurez aussi l'occasion d'éxécuter vos proies via un système de mise à mort simple dans le principe, mais plus problématique dans les faits. Toutefois, tout n'est pas mauvais dans le jeu. D'abord, vous aurez l'insigne honneur d'utiliser une sorte de grappin magnétique nécessaire dans diverses situations, allant de la collecte d'informations à la fuite éperdue. L'impression de vertige se dégageant de ces sauts dans le vide, rappelant grandement la scène d'espionnage acrobatique maintes et maintes fois aperçue lors du Mission Impossible de Brian de Palma, s'avère grisante et donne lieu à des chorégraphies diverses. Vous pouvez à votre gré faire feu tout autour de vous en pivotant durant la descente, atterrir en douceur après une pirouette féline, ou bien suspendre un innocent à votre place afin de lui faire connaître l'ivresse des hauteurs. Une idée ingénieuse et bien mise en scène, qui offre une variation à l'exploration basique de niveaux au level-design terne. Néanmoins, vous ne pourrez avoir recours à cette action qu'à des endroits précis, limitant grandement l'enthousiasme généré par cette dernière. Dans la continuité, la gestion de divers gadgets se révèle suffisamment intéressante pour en tirer un point positif. Les "rouleurs" sont ainsi les outils les plus ludiques, disposant d'une maniabilité proche de celle de la forme sphérique de Samus dans la série Métroid Prime. Vous devrez en fait vous en servir pour pénétrer dans des endroits inaccessibles afin de vous libérer la voie, tout en faisant attention aux nombreux pièges attendant une unique faute de votre compagnon électronique.

Dans le registre du simple déplacement, vous trouverez également un élément plutôt digne d'intérêt, renvoyant totalement au côté félin de l'héroïne. Chaque mouvement est en effet très vif, et donne vraiment le sentiment de diriger un ersatz de ninja capable des acrobaties les plus imprévisibles. Il est donc agréable de pouvoir bondir de barres en barres, de courir sur les murs, ou encore d'effectuer des sauts impressionnants via un système recourant à l'habituel Q.T.E. Même si l'influence de Prince Of Persia se fait plus que sentir, le fait de ressentir cette souplesse tire de la torpeur dans laquelle plonge le jeu et libère un dynamisme que l'on croyait disparu avec la liberté. Car, dans le monde d'Aeon Flux, la linéarité est de mise et vous serez sans cesse accompagné de manière assez lourde dans vos prérégrinations, sans vous donner la moindre chance de "contempler" les environnements ou de ressentir totalement l'impression d'oppression véhiculée par l'ambiance. Enfin, et vous deviez sans doute appréhender la chose, la qualité graphique du jeu s'avère clairement en dessous de la moyenne et ne tente même pas d'essayer de masquer ses rivières d'aliasing et ses textures simplistes par un flou habile. Sur ce point au moins, le soft de Majesco fait preuve d'une honnêteté à toute épreuve. Au final, bâclé graphiquement, possédant un gameplay mal réglé et une construction chaotique, Aeon Flux ne se rattrape que grâce à quelques bonnes idées éparpillées dans la masse. Toutefois, elles ne suffiront pas à empêcher le titre de finir dans les mains crochues de Trevor.

Killy, le 12 avril 2006