Driver : Parallel Lines

Test Xbox

A une époque où les titres mettant en scène de valeureuses automobiles tendaient à tous se ressembler Driver était parvenu à créer une nouvelle niche dans laquelle s'engouffrer. Ancré dans les années 70 au gré d'une ambiance à la Bullit, le titre de Reflections donnait vie à un nouveau genre, la "simulation" de poursuites en voitures cinématographiques. Un terme bien précis pour un soft qui parvenait à développer un attachement immédiat et qui se voyait surtout détenteur d'un gameplay à la fois fascinant et intuitif. Malheureusement, deux suites sans saveur vinrent ternir son image de marque, reléguant la licence dans les bas-fonds. Est-ce que cet épisode de la dernière chance va parvenir à changer la donne ? GTA est en tout cas passé par là...

Vous plaçant directement au volant d'un Muscle Car ressemblant trait pour trait à celui que l'on dirigeait dans le premier opus, Driver Parallel Lines se fend d'un clin d'oeil sympathique qui se conclut par des sensations que l'on croyait disparues, enterrées dans des souvenirs lointains. En effet, on retrouve immédiatement ses marques, cette petite tendance à un amortissement surréaliste de chaque côté de la carrosserie, et cet énorme survirage qui a causé la mort de nombreuses manettes innocentes. Cet ensemble de particularités, tirant parfois sur le défaut, mais aboutissant souvent à des moments de plaisir intense se voit donc à nouveau injecté après un troisième épisode s'éloignant cruellement de l'essence de la saga. C'est de ce fait avec l'excitation de l'enjoliveur sortant enfin de son carcan lors d'un virage serré que l'on se fond dans le soft. Parcourant les avenues très réalistes d'un New York reproduit avec fidélité, vous allez faire une connaissance violente mais sûrement intense avec la jouabilité pratiquement habituelle de ce Driver. Chaque croisement est propice à une sortie inconsciente, les pneus fumant et les freins rougeoyant, dans un désir assumé d'assurer le spectacle. En fait, la prise en main des véhicules à quatre roues pousse viscéralement à se laisser aller, porté par les images refaisant surface des vieux policiers des années 70, plein de courses-poursuites et d'étincelles sous le pot d'échappement. Plus subtil du fait de la gestion analogique de l'accélération et du freinage, ce gameplay toujours aussi dynamique demande maintenant un temps de maîtrise un peu plus long, mais offrant une dimension supplémentaire aux prises de risque inconsidérées dont vous serez l'instigateur. Néanmoins, les machines à deux roues s'avèrent nettement moins convaincantes de ce côté-là.

Apparues avec le troisième opus, les motos opèrent ici un retour littéralement fracassant. Plus légères et surtout ayant une tendance désagréable à pivoter brutalement, ces dernières sont en quelque sorte la garantie de mourir rapidement et sans souffrance. Il est en effet assez malaisé de diriger ces bolides effilés sans subir une seule fois une perte totale de contrôle, passablement affolé par les constants balancements de l'engin. Assez rares d'ailleurs, ces machines aux pointes de vitesse étonnantes et fascinantes ne vous serviront vraiment qu'un nombre restreint de fois et restent totalement déconseillées lors de missions considérées comme dangereuses. Mais, vous le savez, certains softs semblent ressentir un malin plaisir à se prendre eux-mêmes à contre-pied. Dans ce genre, le titre édité par Atari fait très fort et vous propose une épreuve à moto quasiment ironique tant elle n'y est pas adaptée. Pour vous donner une petite idée de ce qui vous attend, le principe est en fait de concourir dans une sorte de duel vous forçant à passer dans des points de contrôles jusqu'à l'arrivée. Jusque-là, rien de bien grave, au contraire. On se prend au jeu, naïvement, et on tente de travailler la prise de trajectoire afin de rendre hommage à ce "test" de pur pilotage. Tout cela n'est bien sûr qu'un habile stratagème destiné à faire naître un sentiment de confiance. Car, en plein milieu de la course, et à la surprise générale, des hommes de main montent des barrages sur la route, vous accueillant à grands renforts de rafales de mitraillettes. Perdant de précieux points de vie dans l'action, ce qui n'est qu'une faible contrepartie, vous pouvez également ne pas parvenir à passer ces voyous et vous écraser dans les voitures bloquant votre parcours. A moitié mort et tentant de remonter en selle malgré les coups de feu tout autour de vous, vous apercevez votre concurrent s'enfuir lestement vers la ligne d'arrivée. Un passage des plus frustrants qui est malheureusement le schéma presque constant des missions dans Driver Parallel Lines.

Conçu un tantinet sur le principe inhérent à GTA, le système de progression du soft de Reflections vous oblige à aller d'une part en quête de vos tâches en vous adressant aux personnes concernées sans rapport avec le scénario et d'autre part en rendant visite à des personnes intégrées dans la trame, passage obligé pour une continuation du titre. Le côté recherche fait donc une entrée remarquée, même si le nombre de "quêtes" annexes s'avère somme toute assez faible et que l'intérêt, sans cesse renouvelé, d'une recherche active de divertissements à la GTA n'est ici que peu présent. Certes, il demeure amusant de se voir catapulté en plein milieu d'un Destruction Derby amateur, ou de participer à de véritables courses de vitesse sur circuit, néanmoins assez peu adaptées à la jouabilité spécifique du titre, mais on reste sur sa faim. De plus, les environnements, du moins dans la partie 1978, se révèlent assez peu diversifiés, ne poussant pas forcément à l'errance divertissante. Pourtant, devant l'étendue stupéfiante de New York, vous aurez de quoi faire si vous désirez effectuer une visite culturelle fascinante effectivement, mais peu intense. Je ne dis pas que l'on ne s'amuse pas dans ces tours en ville improvisés, mais il est dommage de ne pas avoir prévu davantage de points focalisant l'attention. De ce fait on se rabat sur les missions, originales et intéressantes dans le fond, proposées par le scénario. Rattaché à un client du nom de Slink, vous devrez effectuer ses moindres caprices crapuleux dans l'espoir de devenir son chauffeur attitré et ainsi vous faire un nom dans le milieu. Rencardé par Ray, vous hébergeant au-dessus de son garage, il ne tient qu'à vous de passer au travers des fusillades, habituelles dans les strates où vous évoluez. C'est alors que vous découvrirez la joie de la difficulté du soft, s'amusant visiblement à vous placer dans des situations quasi inextricables, ou du moins déséquilibrées par rapport à votre position. Vous tomberez sans cesse dans des pièges, des traquenards, des complots survenant à chaque fois dans des moments de faiblesse. Si on n'atteint pas le niveau de l'horrible dernière épreuve de Driver premier du nom, l'ensemble reste souvent énervant et parfois désespérant. Il est dommage de ne pas avoir su mettre plus en avant des objectifs bien pensés dans leur conception.

D'autant que dans la foulée, les phases à pied manquent vraiment de saveur, vous laissant aux commandes d'un TK aux cheveux longs stylé, mais incapable de sauter, de rouler, voire de simplement monter sur un mur de trente centimètres de hauteur. Vous ne pourrez essentiellement que marcher, tirer ou vous accroupir. Une limitation maladroite, quelque peu rattrapée par un système de lock pratique et relativement fiable, empêchant de se confronter à des duels d'armes à feu mous et injouables à l'image de ceux présents dans la série GTA. Peut-être que ce manque de possibilités évolue plus tard lorsque notre héros rentre dans le chemin de la vengeance. Devant cette accumulation de défauts, vous pourriez être tenté de crier au scandale et préparer un modeste bûcher dans votre salon, mais ce ne sera pas nécessaire. En effet, à côté de cette impression générale mitigée, Driver parvient étonnamment à charmer, grâce à une ambiance très forte, vous propulsant à la fin des années 70, où les camps sont troubles et où la justice semble être dépassée par le banditisme "classe" pétri de sens de l'honneur. Une sorte de fable aux légers accents de Tarantino et à l'habillage intelligemment adapté. Un bonheur, souligné par une bande-son de très grande qualité, masquant comme elle peut la réalisation ouvertement limitée du soft. Dommage que l'on perde cette atmosphère attachante au passage du 21ème siècle, visiblement plus austère. Au final et grâce à son univers "seventies" fantastique et au plaisir de la conduite sans cesse présent, Driver Parallel Lines parvient à tirer sa carte du lot, s'extirpant à grande peine du marasme où il aurait très bien pu sombrer. Si la période 2006 diffuse de manière analogue un univers cohérent et immersif, vous passerez de longues heures à parcourir Manhattan et consorts. Loin d'être l'étape de la rédemption, cette dernière donne au moins quelques couleurs à la série.

Killy, le 27 mars 2006