ATV Off Road Fury 3

Test Playstation 2

Quoi de plus agréable que de se balader négligemment dans une forêt à peine éclairée par les dernières lueurs du jour, en humant les discrets courants d'air chargés d'odeurs d'essences de pins. Une activité reposante, paisible, durant laquelle, avec un peu de chance, on peut apercevoir des petits lapins... se faire percuter par un quad lancé à pleine vitesse. Néanmoins, cela ne se passe que très rarement, heureusement pour les populations de rongeurs à longues oreilles des fourrés. A ce propos, si vous ne parvenez pas à calmer votre ami velu ayant échappé à la mort, la meilleure chose à faire est de lui proposer une thérapie avec ATV OffRoad Fury 3. Il comprendra alors sa chance, et surtout pourra s'amuser à encastrer le pilote dans chaque tronc d'arbre errant. Quand le jeu vidéo devient altruiste...

Débutant par l'une des introductions les plus pompières de l'histoire du jeu vidéo, le titre de Climax annonce la couleur. Point de finesse ici messieurs dames. Non, vous allez devoir vous confronter à un monde dur, violent et torturé. Point de salut dans le quad. Simplement la boue, le sang et les larmes. Rien ne pourra venir vous chercher lorsque vous serez happé par cette fureur. Préparez-vous à laisser sortir votre côté sauvage. C'est un peu le discours auquel ATV OffRoad semble désirer nous faire adhérer. Outre le fait qu'il n'en est pas question, ce message s'avère des plus mensongers, une fois les entrailles du jeu découvertes. En effet, loin d'être bourrin, le soft demande un temps d'adaptation assez important. Mais pas d'inquiétude, le casque planté dans la terre est encore d'actualité. Lors de vos premières parties sous serez sûrement étonné par l'étrange réaction des divers engins à votre disposition. Dérapant au-delà de vos rêves les plus débridés, et démontrant une capacité à se renverser particulièrement remarquable, ceux-ci vous confronteront à vous-même plus d'une fois. Une véritable entreprise de "dressage" se met alors en place, durant laquelle il vous incombera de saisir la moindre subtilité du pilotage. Car, mis à part le classique "je tourne le guidon à droite pour aller à droite", bien d'autres paramètres sont à prendre en compte. Tout d'abord, il vaut mieux saisir le concept de la prise d'adhérence dans les plus brefs délais, c'est à dire après la première épreuve, sous peine de subir les affres de la défaite. En fait, le moteur physique se révélant relativement réaliste, vous devrez gérer le basculement de votre véhicule en jouant avec la position du pilote. Peu utile dans les virages assez "plats", cette technique apparaît comme difficilement dispensable dès que les courbes se creusent, vous poussant à ressortir sur deux roues. D'une part le mouvement du conducteur vous permettra de vous stabiliser et d'autre part de gagner de la vitesse en sortie. Un atout et une idée de choix donc, qui vous sauveront la vie plus d'une fois. D'autant que vos opposants ne vous rendront pas les choses plus faciles, loin de là.

Très agressifs pour des raisons que l'on ignore autant qu'eux, vos concurrents ne vous laisseront jamais prendre plus de deux centièmes d'avance, tentant à chaque instant de vous déborder, voire de vous bousculer perfidement en direction d'un bidon ou d'un poteau. Une attitude vraiment détestable qui joue sur deux tableaux. Effectivement, d'un côté, cela donne du piment aux courses, vous contraignant à ne jamais baisser votre garde, mais d'un autre cette férocité empêche quelque peu de trouver le temps de réellement piloter. On passe plus son temps à tenter de survivre qu'à aborder les pistes de façon sportive. Du coup, on n'ose jamais prendre de trajectoires trop fines de peur de côtoyer de manière un peu trop intime un adversaire. Toutefois, et malgré ce léger handicap, la conduite offre un plaisir réel, puisant dans un "fun" brut et une accessibilité progressive tout en étant agréable. Pourquoi donc noircir ce beau tableau avec une gestion des collisions complètement fantaisiste ? Soumis à la règle de l'injustice la plus totale, les heurts que vous serez forcé de partager avec vos rivaux tiennent du n'importe quoi généralisé. Par exemple, s'il vous arrive de toucher un quad au niveau du pare-chocs arrière de la même manière deux fois de suite, à une vitesse quasiment identique, les réactions peuvent varier d'un extrême à l'autre. Soit vous serez projeté sur le côté en une fraction de seconde, sans votre engin bien évidemment, soit vous causerez la perte de l'autre compétiteur. On ne sait donc jamais ce qui va se passer lors d'un accrochage, ce qui est assez troublant, notamment lorsque l'on est au creux du peloton. Une peur panique qui se solde par une prise de risques minimale. Des précautions regrettables, notamment lorsque l'on voit la richesse des pistes présentées et leur côté ouvertement spectaculaire.

Répartis dans différents états des Etats-Unis justement, les circuits vous placent au choix dans des lieux fermés correspondant au super-cross ou des terrains ouverts nécessaires pour des épreuves comme l'enduro, le freestyle, ou encore les compétitions dites nationales. Bien entendu, chaque type d'environnement a ses particularités, et il vous incombera de bien en prendre compte dans l'espoir de gagner des prix, de l'argent, et donc acheter des pièces ou de l'équipement. De ce fait, vous pourrez à loisir choisir vos pneus ou la longueur des rapports de votre boîte de vitesses en fonction du revêtement et du "visage" de la piste. Une initiative bien heureuse, qui permet d'accoler un petit côté simulation au jeu, dont la forme évoque clairement l'arcade. Vous pourrez donc parcourir des forêts, des mines ouvertes désaffectées, des terrains vagues et des circuits indoor au gré des modes de jeu précités, le mode "petit circuit" étant le seul manquant à l'appel dans l'énumération. Ce dernier est en fait une reproduction à l'identique des challenges outdoor classiques sur une distance bien moins longue. D'autre part, vous pourrez en plus de tout cela définir les conditions de ces épreuves entre un time-trial, une course normale, ou une course libre vous autorisant à flâner en toute quiétude. Dans la foulée, le titre vous propose même de créer vos logos, de gérer la couleur de votre pilote et de vos engins, de modifier des pièces, etc. Une richesse notable qui donne une vraie assise au soft et l'empêche de trop souffrir de ses carences graphiques et de gameplay dans une certaine mesure. ATV OffRoad Fury 3 demeure alors dans son élément, à savoir celui de titres sympathiques, mais en ne possédant pas tous les atouts pour charmer davantage. On prend du plaisir à conduire les quads, c'est certain, mais pas suffisamment pour recommander chaudement le soft.

Killy, le 13 février 2006